Vu Le Quotes

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Un jour, j'ai vu le soleil se coucher quarante-trois fois!» Et un peu plus tard tu ajoutais: «Tu sais... quand on est tellement triste on aime les couchers de soleil... - Le jour des quarante-trois fois tu étais donc tellement triste? Mais le petit prince ne répondit pas.
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Antoine de Saint-Exupéry (Le Petit Prince)
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J'ai trop vu, trop senti, trop aimĂ© dans ma vie; Je viens chercher vivant le calme du LĂ©thĂ©. Beaux lieux, soyez pour moi ces bords oĂč l'on oublie: L'oubli seul dĂ©sormais est ma fĂ©licitĂ©.
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Alphonse de Lamartine
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Je reste des heures entiĂšres debout au mĂȘme endroit, presque sans bouger (j’ai mĂȘme vu le vent s’arrĂȘter dans ma main)
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Richard Brautigan (In Watermelon Sugar)
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L'amour comme moi part en voyage Un jour je le rencontrerai A peine j'aurai vu son visage Tout de suite je le reconnaĂźtrai...
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Édith Piaf
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Ma mĂ©moire Est encore obscurcie de t’avoir vu venir Et partir. Le temps se sert de mots comme l’amour
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Paul Éluard (Capital of Pain)
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Ta voix, tes yeux, tes mains, tes lĂšvres, Nos silences, nos paroles, La lumiĂšre qui s’en va, la lumiĂšre qui revient, Un seul sourire pour nous deux, Par besoin de savoir, j’ai vu la nuit crĂ©er le jour sans que nous changions d’apparence, Ô bien-aimĂ© de tous et bien-aimĂ© d’un seul, En silence ta bouche a promis d’ĂȘtre heureuse, De loin en loin, ni la haine, De proche en proche, ni l’amour, Par la caresse nous sortons de notre enfance, Je vois de mieux en mieux la forme humaine, Comme un dialogue amoureux, le cƓur ne fait qu’une seule bouche Toutes les choses au hasard, tous les mots dits sans y penser, Les sentiments Ă  la dĂ©rive, les hommes tournent dans la ville, Le regard, la parole et le fait que je t’aime, Tout est en mouvement, il suffit d’avancer pour vivre, D’aller droit devant soi vers tout ce que l’on aime, J’allais vers toi, j’allais sans fin vers la lumiĂšre, Si tu souris, c’est pour mieux m’envahir, Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard.
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Paul Éluard
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Non sono riuscito ad averti vicino ma questo non significa non averti dentro. Sai cosa sarĂČ io per te? SarĂČ sempre quel piccolissimo particolare che ogni tanto scorgerai nell’aria, nelle cose che guardi, nella loro bellezza, quel dettaglio emotivo che ti viene incontro. L’attimo che ti innamora l’anima per l’inquadratura di un tramonto, unico, imprevisto, che torna in mente all’ improvviso. Il diversivo, il tempo di un sorriso quasi inatteso che ti confonde i respiri, il deja vu, la sponda di un sogno. Le storie finiscono mentre quel piccolo particolare, quel quasi niente, mi farĂ  restare con te per sempre.
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Massimo Bisotti
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Pauvres créatures! Si c'est un tort de les aimer, c'est bien le moins qu'on les plaigne. Vous plaignez l'aveugle qui n'a jamais vu les rayons du jour, le sourd qui n'a jamais entendu les accords de la nature, le muet qui n'a jamais pu rendre la voix de son ùme, et, sous un faux prétexte de pudeur, vous ne voulez pas plaindre cette cécité du coeur, cette surdité de ùme, ce mutisme de la conscience qui rendent folle la malheureuse affligée et qui la font malgré elle incapable de voir le bien, d'entendre le Seigneur et de parler la langue pure de l'amour et de la foi.
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Alexandre Dumas fils (La dame aux camélias)
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Oui, sans le connaĂźtre, sans mĂȘme avoir jamais vu ses traits, je lui en ai voulu. Être jaloux d'un mort. Vouloir ĂȘtre Ă  sa place.
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Philippe Claudel (Grey Souls)
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Est-ce que nous voyons la cent milliĂšme partie de ce qui existe ? Tenez, voici le vent, qui est la plus grande force de la nature, qui renverse les hommes, abat les Ă©difices, dĂ©racine les arbres, soulĂšve la mer en montagnes d’eau, dĂ©truit les falaises, et jette aux brisants les grands navires, le vent qui tue, qui siffle, qui gĂ©mit, qui mugit, – l’avez-vous vu, et pouvez-vous le voir ? Il existe, pourtant.
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Guy de Maupassant (Le Horla et autres nouvelles fantastiques)
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Je t'ai vu en companie de cet homme, et le regard que tu lui portais Ă©tait celui que j'aurais rĂȘvĂ© voir dans tes yeux alors que tu me regardais. Il avait l'air si grand Ă  tes cĂŽtĂ©s, et moi si petit dans cette allĂ©e. Si j'avais pu ĂȘtre cet homme, je t'aurais tout donnĂ©, mais je n'Ă©tais que moi, l'ombre de celui que tu avais aimĂ© alors que nous Ă©tions enfants, l'ombre de l'adulte que j'Ă©tais devenu.
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Marc Levy (Le Voleur d'ombres)
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Les vierges entonnaient le cantique de Zacharie: -- BĂ©ni soit le Seigneur, le dieu d'IsraĂ«l. Brusquement la voix s'arrĂȘta dans leur gorge. Elles avaient vu la face du moine et elles fuyaient d'Ă©pouvante en criant: -- Un vampire! un vampire! Il Ă©tait devenu si hideux qu'en passant la main sur son visage, il sentit sa laideur.
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Anatole France (ThaĂŻs)
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Je suis ravi pour ces rĂ©voltes qui se font entendre un peu partout dans le monde. Une chaine s’est brisĂ©e. En revanche, je reste trĂšs vigilant car nous avons vu comment les amĂ©ricains Ă©taient impliquĂ©s en Tunisie et comment ils le sont avec l’armĂ©e de l’administration de Moubarak. En rĂ©alitĂ© nous avons deux dictateurs qui sont partis mais deux systĂšmes restent Ă  rĂ©former. Nous devrions tendre vers une dĂ©mocratie transparente et incorruptible. Or, qui souhaite cela aujourd’hui ? Surement pas le gouvernement amĂ©ricain et encore moins les europĂ©ens qui n’ont cessĂ© de cautionner et de profiter des avantages des dictateurs. Et les Etats-Unis ne voudraient pas d’une vraie dĂ©mocratie « transparente ». MĂȘme si Barack Obama clame le contraire, son administration a un tout autre programme.
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Tariq Ramadan
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La Courbe de tes yeux La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur, Un rond de danse et de douceur, Auréole du temps, berceau nocturne et sûr, Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu. Feuilles de jour et mousse de rosée, Roseaux du vent, sourires parfumés, Ailes couvrant le monde de lumiÚre, Bateaux chargés du ciel et de la mer, Chasseurs des bruits et sources des couleurs, Parfums éclos d'une couvée d'aurores Qui gßt toujours sur la paille des astres, Comme le jour dépend de l'innocence Le monde entier dépend de tes yeux purs Et tout mon sang coule dans leurs regards.
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Paul Éluard (Capital of Pain)
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Et la jeune fille s’était dressĂ©e comme pour aller Ă  son tour se tuer, se jeter Ă  son tour dans la mer et aprĂšs elle avait pleurĂ© parce qu’elle avait pensĂ© Ă  cet homme de Cholen et elle n’avait pas Ă©tĂ© sĂ»re tout Ă  coup de ne pas l’avoir aimĂ© d’un amour qu’elle n’avait pas vu parce qu’il s’était perdu dans l’histoire comme l’eau dans le sable et qu’elle le retrouvait seulement maintenant Ă  cet instant de la musique jetĂ©e Ă  travers la mer. Comme plus tard l’éternitĂ© du petit frĂšre Ă  travers la mort
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Marguerite Duras (The Lover)
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Claque un peu ton bec mon Golgotheau, t’as rien vĂ©cu t’as juste de la gueule, le premier furvent t’étais raclĂ© devant papa-maman, alors laisse-moi faire, tu me dois tout, je vais lui grĂ©mir les vertĂšbres, Ă  la Traceuse, et te la basculer latĂ©ral, d'un coup de reins comme t’en as jamais vu frangin, Ă  se dĂ©boĂźter le tronc, chuis le meilleur, ancre ça, le premier du monde.
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Alain Damasio (La Horde du Contrevent)
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Quelques crimes toujours prĂ©cĂšdent les grands crimes. Quiconque a pu franchir les bornes lĂ©gitimes Peut violer enfin les droits les plus sacrĂ©s; Ainsi que la vertu, le crime a ses degrĂ©s, Et jamais on n'a vu la timide innocence Passer subitement Ă  l'extrĂȘme licence.
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Jean Racine (PhĂšdre)
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Si vous dites aux grandes personnes: "J'ai vu une belle maison en briques roses, avec des gĂ©raniums aux fenĂȘtres et des colombes sur le toit..." elles ne parviennent pas Ă  s'imaginer cette maison. Il faut leur dire: "J'ai vu une maison de cent mille francs." Alors elles s'Ă©crient: "Comme c'est joli!
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Antoine de Saint-Exupéry (Le Petit Prince)
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OĂč sont les hommes ? demanda poliment le petit prince. La fleur, un jour, avait vu passer une caravane : – Les hommes ? Il en existe, je crois, six ou sept. Je les ai aperçus il y a des annĂ©es. Mais on ne sait jamais oĂč les trouver. Le vent les promĂšne. Ils manquent de racines, ça les gĂȘne beaucoup.
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Antoine de Saint-Exupéry (Le Petit Prince)
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Qu'une goutee de vin tombe dans un verre d'eau; quelle que soit la loi du movement interne du liquide, nous verrons bientÎt se colorer d'une teinte rose uniforme et à partir de ce moment on aura beau agiter le vase, le vin et l'eau ne partaßtront plus pouvoir se séparer. Tout cela, Maxwell et Boltzmann l'ont expliqué, mais celui qui l'a vu plus nettement, dans un livre trop peu lu parce qu'il est difficile à lire, c'est Gibbs dans ses principes de la Mécanique Statistique. Let a drop of wine fall into a glass of water; whatever be the law that governs the internal movement of the liquid, we will soon see it tint itself uniformly pink and from that moment on, however we may agitate the vessel, it appears that the wine and water can separate no more. All this, Maxwell and Boltzmann have explained, but the one who saw it in the cleanest way, in a book that is too little read because it is difficult to read, is Gibbs, in his Principles of Statistical Mechanics.
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Henri Poincaré (The Value of Science: Essential Writings of Henri Poincare (Modern Library Science))
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Nietzsche avait vu juste, avec son flair de vieille pétasse, le christianisme était au fond une religion féminine.
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Michel Houellebecq (Soumission)
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Il est du vĂ©ritable amour comme de l’apparition des esprits : tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu.
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François de La Rochefoucauld
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Il est du vĂ©ritable amour comme de l’apparition des esprits : tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu.
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François de La Rochefoucauld
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J'ai toujours vu que, pour rĂ©ussir dans le monde, il fallait avoir l'air fou, et ĂȘtre sage.
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Montesquieu
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–Alors tu t’es bien amusĂ©e ? –Comme ça. –T’as vu le mĂ©tro ? –Non. –Alors, qu’est-ce que t’as fait ? –J’ai vieilli
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Raymond Queneau (Zazie in the Metro)
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Nous avons vu des astres Et des flots, nous avons vu des sables aussi; Et, malgré bien des chocs et d'imprévus désastres, Nous nous sommes souvent ennuyés, comme ici.
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Charles Baudelaire
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J'étais sûre de le connaßtre, certaine de ne l'avoir jamais vu.
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Fabrice Colin (Bal de givre Ă  New York)
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Le jardin dormait encore. Je l'ai surpris, nourrice. Je l'ai vu sans qu'il s'en doute. C'est beau un jardin qui ne pense pas encore aux hommes.
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Jean Anouilh
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La premiÚre fois que Lauren a vu le confrÚre de son patron, elle l'a supposé né des amours indignes entre un crapaud femelle et un poussin trop gras. "En un mot : crapoussin!
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Hervé Picart (La pendule endormie (L'Arcamonde, #4))
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ils n’ont plus fait, par leurs formules, qu’une religion de mots, vu qu’il en coĂ»te peu de prescrire l’impossible quand on se dispense de le pratiquer.
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Jean-Jacques Rousseau (Les Confessions)
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Et quand j'ai vu ses lÚvres hautaines s'éclairer d'un sourire, j'ai serré le bras davantage pour qu'elles se rapprochent des miennes.
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F. Scott Fitzgerald (The Great Gatsby)
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Je me suis aperçue dans le miroir et j’ai vu, en termes trĂšs clairs, que j’étais belle. Mais ça ne signifiait pas que quiconque m’aimait.
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Taylor Jenkins Reid (The Seven Husbands of Evelyn Hugo)
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A-t-on jamais vu chose inouïe comme un peuple libéré de la superstition, du rituel, de la religion, de l'argent, de la peur et du remords ?
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Henry Miller (Le Monde du sexe)
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Paris est un sujet d'envie pour ceux qui ne l'ont jamais vu ; de bonheur ou de malheur (selon la fortune) pour ceux qui l'habitent, mais toujours de regrets pour ceux qui sont forcés de le quitter.
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Honoré de Balzac (Les Parisiens comme ils sont)
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J'ai vu avec étonnement la faiblesse de l'empire des Osmanlins. Ce corps malade ne se soutient pas par un régime doux et tempéré, mais par des remÚdes violents, qui l'épuisent et le minent sans cesse.
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Montesquieu (Lettres persanes)
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la cigarette gagne sur tout !... partout !... dans les conditions vraiment implacables : la cigarette !... j’ai vu aussi bien Ă  la rifle qu’à l’ambulance de la prison, le dernier suprĂȘme souci humain : fumer !... ce qui prouve vous me direz pas le contraire que l’homme est d’abord, avant tout : rĂȘveur !... rĂȘveur-nĂ© ! povoĂźte ! primum vivere ? pas vrai !... primum gamberger ! voilĂ  !... le rĂȘve Ă  tout prix !... avant la brife, le pive et l’oigne !
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Louis-Ferdinand Céline (Castle to Castle)
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Nous nous trouvons dans la situation des premiers chrétiens qui demandaient que faisait Dieu avant d'avoir créé le monde. La réponse populaire était « Il préparait l'enfer pour ceux qui se posent cette question ! »... Saint Augustin n'était pas d'accord. Il avait bien vu la difficulté d'une telle interrogation. Elle supposait que le temps existait « avant » la création. Il répondait que la création était non seulement celle de la matiÚre, mais aussi celle du temps !
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Hubert Reeves (La Plus Belle Histoire du Monde)
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Il avait vu les trois grandes expressions de la société : l'obéissance, la Lutte et la Révolte; la Famille, le Monde et Vautrin. Et il n'osait prendre parti. L'Obéissance était ennuyeuse, la Révolte impossible, et la Lutte incertaine. Sa
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Honoré de Balzac (Le PÚre Goriot)
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Et j'ai pleuré devant la joie bleue du monde. Pendant deux heures je n'ai vu que le bleu. L'Atlantique et son ciel. Et puis mes larmes qui coloraient le paysage, Comment oublier le bleu du ciel ? Comment oublier la coagulation de l'azur ?
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Catherine Mavrikakis
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Quand j'ai vu TIti et Grosminet, toute cette violence contre le pauvre chat, j'ai horreur de Titi. Il Ă©tait Ă  l'aise, lui, il taquinait le chat ; le pauvre minou, lui, ne comprenait rien et en prenait plein la tĂȘte. C'est un naĂŻf. Titi est un salopard.
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Emmanuelle Laborit (Le Cri de la mouette)
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En Ă©crivant, elle s'efface. Elle disparaĂźt derriĂšre le brin d'herbe que, sans elle, on n'aurait jamais vu. Elle n'Ă©crit pas pour s'exprimer, quelle horreur, ce mot lui rappelle celui d'expectorer, dans les deux cas le rĂ©sultat ne peut ĂȘtre qu'un phlegme gluant, plein de glaires ; elle n'Ă©crit pas pour se distinguer. Elle Ă©crit pour tĂ©moigner : ici a vĂ©cu une fleur, trois jours de juillet de l'an 18**, tuĂ©e par une ondĂ©e un matin. Chaque poĂšme est un minuscule tombeau Ă©levĂ© Ă  la mĂ©moire de l'invisible.
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Dominique Fortier (Les villes de papier)
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Je vais vous Ă©clairer, moi, la position dans laquelle vous ĂȘtes; mais je vais le faire avec la supĂ©rioritĂ© d'un homme qui, aprĂšs avoir examinĂ© les choses d'ici-bas, a vu qu'il n'y avait que deux partis Ă  prendre : ou une stupide obĂ©issance ou la rĂ©volte. Je
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Honoré de Balzac (Le PÚre Goriot)
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Vos larmes sont douces et me touchent. Je vous abandonne parce que je ne songe plus Ă  vos seins dans mes rĂȘves. J'ai vu d'autres visages. Nos cƓurs sont des affamĂ©s. Notre esprit ne connaĂźt pas le repos. La vie est belle Ă  proportion qu'elle est fĂ©roce, comme nos proies.
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Pascal Quignard (Tous les matins du monde - Scénario du film (French Edition))
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Co-co
 cosa
 s-st
 stai
 fa-face
ndo?” Le catene di Gray non gi permettevano di raggiungere le sbarre della cella, ma avanzĂČ quanto potĂ©, come per unirsi a Bruto. “Sto
 studiando le lettere. Ci provo. Non sono molto bravo.” “Pe-pe-perchĂ©?” “PerchĂ© sono goffo e stupido e
” “No! Pe-per
chĂ© vu-vuoi
 stu-stu
diarle?” “Me lo chiedono tutti. L’altro giorno sono andato a fare una passeggiata, e ho visto una libreria. Centinaia
 no, migliaia di libri. Era come se ognuno di essi racchiudesse un segreto. Credo di voler vedere qualcuno di quei segreti.
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Kim Fielding (Brute)
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Celui qui a vu couler son sang, dont les dents ont craqué sous le ceste, qui, renversé, a supporté le poids de l'adversaire étendu sur lui, que l'on a pu abattre sans abattre son courage, qui à chaque chute s'est relevé plus opiniùtre, celui-là descend plein d'espoir dans l'arÚne.
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Seneca (SénÚque : Oeuvres complÚtes illustrées (31 titres annotés et complétés) (French Edition))
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Six heures s'Ă©coulĂšrent comme un coup de vent, dans cette chambre oĂč il se retrouvait, seul, face Ă  ses toiles et Ă  une musique qui ne le dĂ©rangeait mĂȘme pas, malgrĂ© le volume de la chaĂźne Hi-fi tournĂ© au maximum. Un petit instant de silence se marqua vu que le CD de musique s’arrĂȘta.
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Ikrame Selkani (Il Ă©tait une fois Émilie
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Les hommes, quelque beau visage que fortune leur fasse, ne se peuvent appeler heureux jusqu'à ce qu'on leur ai vu passer le dernier jour de leur vie, à cause de l'incertitude et de la variabilité des choses humaines qui d'un bien léger mouvement se changent d'un état en un autre tout divers
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Michel de Montaigne (Essais (French Edition))
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L'Appareil peut le détruire, l'effacer, il pourrait le retourner, le reprogrammer et lui faire adorer la soumission jusqu'à la folie, il ne pourra lui enlever ce qui ne connaßt pas, n'a jamais vu, jamais eu, n'a jamais reçu ni donné, qui pourtant il hait par-dessus tout et traque sans fin: la liberté.
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Boualem Sansal (2084: La fin du monde)
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C'est ridiule et bizarre a dire mais je suis persuade qu'il y a encore nombre de gens d'une certaine societe, en particulier des femmes, qui auraient vu disparaitre instantanement leur amour pour leurs amis, pour leur mari, pour leurs enfants, si seulement on leur avait interdi d'en parler en francais
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Leo Tolstoy (Jeunesse)
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But, you will say, what a dreadful person you are, with your impossible religious notions and idiotic scruples. If my ideas are impossible or idiotic then I would like nothing better than to be rid of them. But this is roughly the way I actually see things. In Le philosophe sous les toits by Souvestre you can read what a man of the people, a simple craftsman, pitiful if you will, thinks of his country: ‘Tu n’as peut-ĂȘtre jamais pensĂ© ĂĄ ce que c’est la patrie, reprit-il, en me posant une main sur l’épaule; c’est tout ce qui t’entoure, tout ce qui t’a Ă©levĂ© et nourri, tout ce que tu as aimĂ©. Cette campagne que tu vois, ces maisons, ces arbres, ces jeunes filles qui passent lĂĄ en riant, c’est la patrie! Les lois qui te protĂ©gent, le pain qui paye ton travail, les paroles que tu Ă©changes, la joie et la tristesse qui te viennent des hommes et des choses parmi lesquels tu vis, c’est la patrie! La petite chambre oĂș tu as autrefois vu ta mere, les souvenirs qu’elle t’a laisses, la terre oĂș elle repose, c’est la patrie! Tu la vois, tu la respires partout! Figure toi, tes droits et tes devoirs, tes affections et tes besoins, tes souvenirs et ta reconnaissance, rĂ©unis tout ça sous un seul nom et ce nom sera la patrie.
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Vincent van Gogh
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Qu’as-tu vu? lui demande-t-il. - Rien. Ton cƓur. - Ce n’est rien? dit-il, faussement outrĂ©. Rien? Comment peux-tu dire une chose pareille?” Elle lui sourit, fait semblant de sourire, mais il lui prend alors la main et la pose sur sa poitrine. “Et ce n’est pas mon cƓur que tu as vu, lui dit-il. Mais le tien.
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Maggie O'Farrell (Hamnet)
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La douleur de Pierre, Ă  l’aurore, grandit et sa honte croit, et bien qu’il ne voie lĂ  personne, il a honte de lui-mĂȘme Ă  la vue de son pĂ©chĂ© : pour Ă©veiller la honte en un cƓur magnanime il n’est pas besoin qu’il se sache vu ; il a honte de soi quand il faute, n’eĂ»t-il d’autres tĂ©moins que le ciel et la terre.
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Miguel de Cervantes Saavedra (Don Quichotte (Tome 1) (French Edition))
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Par JEUNE FILLE DE BONNE FAMILLE, elle entendait une fille recommandable au vu des rÚgles établies par la société. Et par la société, il faut comprendre la famille, les voisins, les professeurs, les éboueurs, les boulangers, les enfants, les imams, les gardiens, les journalistes, les chauffeurs de taxi et enfin, le président.
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Kaouther Adimi (Des pierres dans ma poche)
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« Écoutez, ma petite amie, je ne sais pas exactement ce que vous cherchez, mais si vous voulez attirer l’attention sur votre personne, permettez-moi de prĂ©juger vos chances de succĂšs. Non mais franchement, qui croyez-vous Ă©tonner ? Tout est dĂ©jĂ  vu et revu. Il faut vous y faire ma chĂšre, le monde est vieux, l’originalitĂ©, c’est du passĂ©. »
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Antoine Buéno (Le triptyque de l'asphyxie : Ou chronique de la mort des macchabées)
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je ne puis m'empĂȘcher de voir dans le systĂšme scolaire tel qu'il fonctionne sous nos yeux une vĂ©ritable machine infernale, sinon programmĂ©e pour atteindre ce but, du moins aboutissant Ă  ce rĂ©sultat objectif : rejeter les enfants des classes populaires, perpĂ©tuer et lĂ©gitimer la domination de classe, l'accĂšs diffĂ©rentiel aux mĂ©tiers et aux positions sociales. Une guerre se mĂšne contre les dominĂ©s, et l'École en est donc l'un des champs de bataille. Les enseignants font de leur mieux ! Mais ils ne peuvent rien, ou si peu, contre les forces irrĂ©sistibles de l'ordre sociale, qui agissent Ă  la fois souterrainement et au vu de tous, et qui s'imposent envers et contre tout. (p. 124)
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Didier Eribon (Returning to Reims)
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C'est vrai qu'aucun [...] n'avait vu ce que nous pouvions voir nous, les enfants et ma mĂšre, au sein du foyer, oĂč il se comportait comme un tyran. Et c'est quand mĂȘme ça qui ressort avant tout de cette personnalitĂ© : quelqu'un qui ne supporte pas la contradiction, qui doit tout le temps avoir la main sur tout, qui dĂ©cide, surveille, punit, et qui, jamais ne partage le pouvoir.
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Neige Sinno (Triste tigre)
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..., savez-vous ce que c'est que de voir mourir quelqu'un ? Y avez-vous déjà assisté ? Avez-vous vu comment le corps se recroqueville, comment les ongles bleuis griffent le vide, comment chaque membre se contracte, chaque doigt se raidit contre l'effroyable issue, comment un rùle sort du gosier...avez-vous vu dans les yeux exorbités cette épouvante qu'aucun mot ne peut rendre ?
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Stefan Zweig
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— T’es vraiment trop mignonne ! J’ai envie de te dĂ©vorer toute crue ! — Encore ? remarque Deimos en arrivant Ă  notre niveau. Mais pourquoi tout le monde veut manger notre enfant ? — Mais parce qu’elle est beaucoup trop choupinette et potelĂ©e ! m’exclamĂ©-je. Ça n’a pas l’air de convaincre Deimos qui grimace. — Cronos faisait ça avec les siens, ça n’avait rien d’adorable. Vu sous cet angle

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Liv Stone (Insoumise Méroé (Witch and God, #3))
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Mais le revenu annuel de toute sociĂ©tĂ© est toujours prĂ©cisĂ©ment Ă©gal Ă  la valeur Ă©changeable de tout le produit annuel de son industrie, ou plutĂŽt c'est prĂ©cisĂ©ment la mĂȘme chose que cette valeur Ă©changeable. Par consĂ©quent, puisque chaque individu tĂąche, le plus qu'il peut, 1° d'employer son capital Ă  faire valoir l'industrie nationale, et - 2° de diriger cette industrie de maniĂšre Ă  lui faire produire la plus grande valeur possible, chaque individu travaille nĂ©cessairement Ă  rendre aussi grand que possible le revenu annuel de la sociĂ©tĂ©. A la vĂ©ritĂ©, son intention, en gĂ©nĂ©ral, n'est pas en cela de servir l'intĂ©rĂȘt public, et il ne sait mĂȘme pas jusqu'Ă  quel point il peut ĂȘtre utile Ă  la sociĂ©tĂ©. En prĂ©fĂ©rant le succĂšs de l'industrie nationale Ă  celui de l'industrie Ă©trangĂšre, il ne pense qu'Ă  se donner personnellement une plus grande sĂ»retĂ© ; et en dirigeant cette industrie de maniĂšre Ă  ce que son produit ait le plus de valeur possible, il ne pense qu'Ă  son propre gain ; en cela, comme dans beaucoup d'autres cas, il est conduit par une main invisible Ă  remplir une fin qui n'entre nullement dans ses intentions ; et ce n'est pas toujours ce qu'il y a de plus mal pour la sociĂ©tĂ©, que cette fin n'entre pour rien dans ses intentions. Tout en ne cherchant que son intĂ©rĂȘt personnel, il travaille souvent d'une maniĂšre bien plus efficace pour l'intĂ©rĂȘt de la sociĂ©tĂ©, que s'il avait rĂ©ellement pour but d'y travailler. Je n'ai jamais vu que ceux qui aspiraient, dans leurs entreprises de commerce, Ă  travailler pour le bien gĂ©nĂ©ral, aient fait beaucoup de bonnes choses. Il est vrai que cette belle passion n'est pas trĂšs commune parmi les marchands, et qu'il ne faudrait pas de longs discours pour les en guĂ©rir.
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Adam Smith (An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations)
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« Les grandes personnes aiment les chiffres. Quand vous leur parlez d'un nouvel ami, elles ne vous questionnent jamais sur l'essentiel. Elles ne vous disent jamais : "Quel est le son de sa voix ? Quels sont les jeux qu'il prĂ©fĂšre ? Est-ce qu'il collectionne les papillons ?" Elles vous demandent : "Quel age a-t-il ? Combien a-t-il de frĂšres ? Combien pĂšse-t-il ? Combien gagne son pĂšre ? " Alors seulement elles croient le connaitre. Si vous dites aux grandes personnes : "J'ai vu une belle maison en briques roses, avec des gĂ©raniums aux fenĂȘtres et des colombes sur le toit..." elles ne parviennent pas Ă  s'imaginer cette maison. Il faut leur dire : "J'ai vu une maison de cent mille francs." Alors elles s'Ă©crient : "Comme c'est joli!" [
] Elles sont comme ça. Il ne faut pas leur en vouloir. Les enfants doivent ĂȘtre trĂšs indulgents envers les grandes personnes. »
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”
Antoine de Saint-Exupéry (Le Petit Prince)
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Comment l'Histoire pourrait-elle mieux servir la vie qu'en attachant Ă  leur patrie et aux coutumes de leur patrie les races et les peuples moins favorisĂ©s, en leur donnant des goĂ»ts sĂ©dentaires, ce qui les empĂȘche de chercher mieux Ă  l'Ă©tranger, de rivaliser dans la lutte pour parvenir Ă  ce mieux? Parfois cela paraĂźt ĂȘtre de l'entĂȘtement et de la dĂ©raison qui visse en quelque sorte l'individu Ă  tels compagnons et Ă  tel entourage, Ă  telles habitudes laborieuses, Ă  tels stĂ©rile coteau. Mais c'est la dĂ©raison la plus salutaire, celle qui profite le plus Ă  la collectivitĂ©. Chacun le sait, qui s'est rendu compte des terribles effets de l'esprit d'aventure, de la fiĂšvre d'Ă©migration, quand ils s'emparent de peuplades entiĂšres, chacun le sait, qui a vu de prĂšs un peuple ayant perdu la fidĂ©litĂ© Ă  son passĂ©, abandonnĂ© Ă  une chasse fiĂ©vreuse de la nouveautĂ©, Ă  une recherche perpĂ©tuelle des Ă©lĂ©ments Ă©trangers. Le sentiment contraire, le plaisir que l'arbre prend Ă  ses racines, le bonheur que l'on Ă©prouve Ă  ne pas se sentir nĂ© de l'arbitraire et du hasard, mais sorti d'un passĂ© — hĂ©ritier, floraison, fruit — , ce qui excuserait et justifierait mĂȘme l'existence : c'est lĂ  ce que l'on appelle aujourd'hui, avec une certaine prĂ©dilection, le sens historique. DeuxiĂšme ConsidĂ©ration intempestive. ch. 3
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Friedrich Nietzsche
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- Sur cette terre qui est la tienne, répliqua l'Esprit, il y a des hommes qui ont la prétention de nous connaßtre et qui se servent de notre nom pour accomplir leurs actes de passion, d'orgueil, de méchanceté, de haine, d'envie, de bigoterie et d'égoïsme. Ces hommes-là nous sont aussi étrangers, à nous et à toute notre famille, que s'ils n'avaient jamais vu le jour. Souviens-toi bien de cela, et une autre fois rends-les responsables de leurs actions, pas nous.
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Charles Dickens (A Christmas Carol)
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  Le roi de France est le plus puissant prince de l'Europe. Il n'a point de mines d'or comme le roi d'Espagne son voisin; mais il a plus de richesses que lui, parce qu'il les tire de la vanité de ses sujets, plus inépuisable que les mines. On lui a vu entreprendre ou soutenir de grandes guerres, n'ayant d'autres fonds que des titres d'honneur à vendre, et, par un prodige de l'orgueil humain, ses troupes se trouvaient payées, ses places munies, et ses flottes équipées.
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Montesquieu (Lettres persanes)
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Quand j'ai cessĂ© de voir trouble, j'ai aperçu une belle brune qui m'observait. Alice m'avait vu dĂ©gouliner. Je ne sais pas si c'est l'Ă©motion, ou le contraste avec le lieu, mais j'ai ressenti une immense attirance pour cette mystĂ©rieuse apparition en pull moulant noir. Plus tard, Alice m'avoua qu'elle m'avait trouvĂ© trĂšs beau: mettons cette erreur d'apprĂ©ciation sur le compte de l'instinct maternel. L'essentiel, c'est que mon attirance Ă©tait rĂ©ciproque - elle avait envie de me consoler, cela se voyait. Cette rencontre m'a appris que la meilleure chose Ă  faire dans un enterrement, c'est de tomber amoureux. C'Ă©tait une amie d'une cousine. Elle me prĂ©senta son mari, Antoine, trĂšs sympa, trop, peut-ĂȘtre. Pendant qu'elle embrassait mes joues mouillĂ©es, elle comprit que j'avais compris qu'elle avait vu que j'avais vu qu'elle m'avait regardĂ© comme elle m'avait regardĂ©. Je me souviendrai toujours de la premiĂšre chose que je lui ai dite: — J'aime bien la structure osseuse de ton visage.
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Frédéric Beigbeder (L'amour dure trois ans (Marc Marronnier, #3))
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La bouteille circula ; le dernier qui la prit la jeta en l’air aprĂšs avoir bu. – Merci, camarade ! cria-t-il Ă  Fabrice. Tous les yeux le regardĂšrent avec bienveillance. Ces regards ĂŽtĂšrent un poids de cent livres de dessus le cƓur de Fabrice : c’était un de ces cƓurs de fabrique trop fine qui ont besoin de l’amitiĂ© de ce qui les entoure. Enfin il n’était plus mal vu de ses compagnons, il y avait liaison entre eux ! Fabrice respira profondĂ©ment, puis d’une voix libre, il dit au marĂ©chal-des-logis :
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Stendhal (La Chartreuse de Parme: L'oeuvre majeure de Stendhal (French Edition))
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Patrice a vingt-quatre ans et, la premiĂšre fois que je l’ai vu, il Ă©tait dans son fauteuil inclinĂ© trĂšs en arriĂšre. Il a eu un accident vasculaire cĂ©rĂ©bral. Physiquement, il est incapable du moindre mouvement, des pieds jusqu’à la racine des cheveux. Comme on le dit souvent d’une maniĂšre trĂšs laide, il a l’aspect d’un lĂ©gume : bouche de travers, regard fixe. Tu peux lui parler, le toucher, il reste immobile, sans rĂ©action, comme s’il Ă©tait complĂštement coupĂ© du monde. On appelle ça le locked in syndrome.Quand tu le vois comme ça, tu ne peux qu’imaginer que l’ensemble de son cerveau est dans le mĂȘme Ă©tat. Pourtant il entend, voit et comprend parfaitement tout ce qui se passe autour de lui. On le sait, car il est capable de communiquer Ă  l’aide du seul muscle qui fonctionne encore chez lui : le muscle de la paupiĂšre. Il peut cligner de l’Ɠil. Pour l’aider Ă  s’exprimer, son interlocuteur lui propose oralement des lettres de l’alphabet et, quand la bonne lettre est prononcĂ©e, Patrice cligne de l’Ɠil.  Lorsque j’étais en rĂ©animation, que j’étais complĂštement paralysĂ© et que j’avais des tuyaux plein la bouche, je procĂ©dais de la mĂȘme maniĂšre avec mes proches pour pouvoir communiquer. Nous n’étions pas trĂšs au point et il nous fallait parfois un bon quart d’heure pour dicter trois pauvres mots. Au fil des mois, Patrice et son entourage ont perfectionnĂ© la technique. Une fois, il m’est arrivĂ© d’assister Ă  une discussion entre Patrice et sa mĂšre. C’est trĂšs impressionnant.La mĂšre demande d’abord : « Consonne ? » Patrice acquiesce d’un clignement de paupiĂšre. Elle lui propose diffĂ©rentes consonnes, pas forcĂ©ment dans l’ordre alphabĂ©tique, mais dans l’ordre des consonnes les plus utilisĂ©es. DĂšs qu’elle cite la lettre que veut Patrice, il cligne de l’Ɠil. La mĂšre poursuit avec une voyelle et ainsi de suite. Souvent, au bout de deux ou trois lettres trouvĂ©es, elle anticipe le mot pour gagner du temps. Elle se trompe rarement. Cinq ou six mots sont ainsi trouvĂ©s chaque minute.  C’est avec cette technique que Patrice a Ă©crit un texte, une sorte de longue lettre Ă  tous ceux qui sont amenĂ©s Ă  le croiser. J’ai eu la chance de lire ce texte oĂč il raconte ce qui lui est arrivĂ© et comment il se sent. À cette lecture, j’ai pris une Ă©norme gifle. C’est un texte brillant, Ă©crit dans un français subtil, lĂ©ger malgrĂ© la tragĂ©die du sujet, rempli d’humour et d’autodĂ©rision par rapport Ă  l’état de son auteur. Il explique qu’il y a de la vie autour de lui, mais qu’il y en a aussi en lui. C’est juste la jonction entre les deux mondes qui est un peu compliquĂ©e.Jamais je n’aurais imaginĂ© que ce texte si puissant ait Ă©tĂ© Ă©crit par ce garçon immobile, au regard entiĂšrement vide.  Avec l’expĂ©rience acquise ces derniers mois, je pensais ĂȘtre capable de diagnostiquer l’état des uns et des autres seulement en les croisant ; j’ai reçu une belle leçon grĂące Ă  Patrice.Une leçon de courage d’abord, Ă©tant donnĂ© la vitalitĂ© des propos que j’ai lus dans sa lettre, et, aussi, une leçon sur mes a priori. Plus jamais dorĂ©navant je ne jugerai une personne handicapĂ©e Ă  la vue seule de son physique. C’est jamais inintĂ©ressant de prendre une bonne claque sur ses propres idĂ©es reçues .
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Grand corps malade (Patients)
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Bien entendu, cette fidelitĂ© aux impressions premiĂšres, et purement physiques, retrouvĂ©es Ă  chaque fois auprĂšs de mes amies, ne concernait pas que les traits de leur visage puisque on a vu que j'Ă©tais aussi sensible Ă  leur voix, plus troublante peut-ĂȘtre, (car elle n'offre pas seulement les mĂȘmes surfaces singuliĂšres et sensuelles que lui, elle fait partie de l'abĂźme inaccessible qui donne le vertige des baisers sans espoir) leur voix pareille au son unique d'un petit instrument oĂč chacune se mettait tout entiĂšre et qui n'Ă©tait qu'Ă  elle.
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Marcel Proust (In the Shadow of Young Girls in Flower)
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Oh ! elle apprend aux flambeaux Ă  illuminer ! Sa beautĂ© est suspendue Ă  la face de la nuit comme un riche joyau Ă  l'oreille d'une Éthiopienne ! BeautĂ© trop prĂ©cieuse pour la possession, trop exquise pour la terre ! Telle la colombe de neige dans une troupe de corneilles, telle apparaĂźt cette jeune dame au milieu de ses compagnes. Cette danse finie, j'Ă©pierai la place oĂč elle se tient, et je donnerai Ă  ma main grossiĂšre le bonheur de toucher la sienne. Mon cƓur a-t-il aimĂ© jusqu'ici ? Non ; jurez-le, mes yeux ! Car jusqu'Ă  ce soir, je n'avais pas vu la vraie beautĂ©.
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William Shakespeare (ROMEO & JULIET)
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Oh ! elle apprend aux flambeaux Ă  illuminer ! Sa beautĂ© est suspendue Ă  la face de la nuit comme un riche joyau Ă  l'oreille d'une Éthiopienne ! BeautĂ© trop prĂ©cieuse pour la possession, trop exquise pour la terre ! Telle la colombe de neige dans une troupe de corneilles, telle apparaĂźt cette jeune dame au milieu de ses compagnes. Cette danse finie, j'Ă©pierai la place oĂč elle se tient, et je donnerai Ă  ma main grossiĂšre le bonheur de toucher la sienne. Mon cƓur a-t-il aimĂ© jusqu'ici ? Non ; jurez-le, mes yeux ! Car jusqu'Ă  ce soir, je n'avais pas vu la vraie beautĂ©.
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William Shakespeare (Romeo & Juliet)
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Notre-Dame est bien vieille : on la verra peut-ĂȘtre Enterrer cependant Paris qu’elle a vu naĂźtre ; Mais, dans quelque mille ans, le Temps fera broncher Comme un loup fait un bƓuf, cette carcasse lourde, Tordra ses nerfs de fer, et puis d’une dent sourde Rongera tristement ses vieux os de rocher ! Bien des hommes, de tous les pays de la terre Viendront, pour contempler cette ruine austĂšre, RĂȘveurs, et relisant le livre de Victor : — Alors ils croiront voir la vieille basilique, Toute ainsi qu’elle Ă©tait, puissante et magnifique, Se lever devant eux comme l’ombre d’un mort !  [Odelettes (1834)]
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Gérard de Nerval
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Avant-hier, je me suis couchĂ© Ă  5 h[eures] du matin et hier Ă  3 h[eures]. Depuis lundi dernier j’ai laissĂ© de cĂŽtĂ© toute autre chose, et j’ai exclusivement toute la semaine piochĂ© ma Bovary, ennuyĂ© de ne pas avancer. Je suis maintenant arrivĂ© Ă  mon bal, que je commence lundi. J’espĂšre que ça ira mieux. J’ai fait, depuis que tu m’as vu, 25 pages net (25 p[ages] en 6 semaines). Elles ont Ă©tĂ© dures Ă  rouler. Je les lirai demain Ă  Bouilhet. – Quant Ă  moi, je les ai tellement travaillĂ©es, recopiĂ©es, changĂ©es, maniĂ©es, que pour le moment je n’y vois que du feu. Je crois pourtant qu’elles se tiennent debout. –
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Gustave Flaubert (GUSTAVE FLAUBERT: Correspondance - Tome 2 -1851-1858 (French Edition))
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J’essayais toujours de le garder dans mon champ de vision. Je ne le laissais jamais s’éloigner de moi sauf bien sĂ»r quand il n’était pas avec moi. Et quand il n’était pas avec moi, je ne me souciais guĂšre de ce qu’il faisait du moment qu’il restait exactement le mĂȘme avec les autres. Pourvu, pensais-je, qu’il ne soit pas quelqu’un d’autre quand il est avec eux. Qu’il ne soit pas quelqu’un que je n’ai encore jamais vu. Qu’il n’ait pas une vie diffĂ©rente de celle qu’il a avec nous, avec moi. Pourvu que je ne le perde pas. Je savais que je n’avais aucune prise sur lui, rien Ă  offrir, rien pour le sĂ©duire. Je n’étais rien.
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André Aciman (Call Me By Your Name (Call Me By Your Name, #1))
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Le dĂ©sir de dire, le souci impĂ©rieux de porter tĂ©moignage, se trouve immĂ©diatement confrontĂ© Ă  toute une sĂ©rie de rĂ©ticences et de rĂ©sistances, nĂ©e de la disproportion entre ce que ces gens ont vĂ©cu et le rĂ©cit qu'il est possible - ou impossible - d'en faire. À peine commence-t-on Ă  raconter qu'on suffoque : nous avons affaire Ă  l'une de ces rĂ©alitĂ©s qui font dire qu'elles dĂ©passent l'entendement ou l'imagination. Je songe Ă  Robert Antelme, au tout dĂ©but de L'espĂšce humaine, quand il Ă©voque le sentiment de l'insuffisance ou de l'inutilitĂ© du langage pour ces hommes qui ont vu "ce que les hommes ne doivent pas voir". (p. 166)
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Michaël Ferrier (Fukushima : Récit d'un désastre)
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Il serra ses mains en poings et se força Ă  marcher Ă  pas lents et mesurĂ©s vers la tombe et commença Ă  haleter. Bon sang, il ne pouvait pas s’écrouler. Il voulait le faire, il avait besoin de le faire, besoin de voir ce qu’il pourrait retirer de ce rappel physique de sa propre mortalitĂ© Ă©phĂ©mĂšre. Peut-ĂȘtre que cela lui donnerait envie de vivre Ă  nouveau. Il lut les dates de dĂ©cĂšs marquĂ©es sur les pierres tombales, en faisant attention Ă  ne pas marcher sur les tombes des autres pauvres enfants morts, d’annĂ©e en annĂ©e, jusqu’à ce qu’il voit son nom. JULIETTE ANNE MARTIN 14 aoĂ»t 1991-9 octobre 2008 Fille bien-aimĂ©e. Il n’y avait pas d’ours, de plaques ou mĂȘme d’anges comme il en avait vu sur les autres pierres tombales, alors qu’il cherchait la sienne. Elle Ă©tait gris foncĂ©, en marbre et trĂšs Ă©lĂ©gante. Ses jambes se dĂ©robĂšrent sous lui quand il rĂ©alisa que son amie, sa Juliette, gisait Ă  ses pieds, et il atterrit sur la terre molle Ă  cĂŽtĂ© d’elle. Les fleurs oubliĂ©es tombĂšrent au sol et des sanglots secs ravagĂšrent son corps. Il ne pleurerait pas, il le savait. Il Ă©tait incapable de pleurer depuis cette nuit-lĂ . Tout comme il ne supportait plus d’ĂȘtre touchĂ©, il ne pouvait Ă©prouver le plus petit soulagement que les pleurs lui auraient accordĂ©.
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J.P. Barnaby (Aaron: Histoire d'un survivant #1 (French Edition))
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J'ai souvent vu que les hommes deviennent nĂ©vrosĂ©s quand ils se contente de rĂ©ponses insuffisantes ou fausses aux questions de la vie. Ils cherchent situation, mariage, rĂ©putation, rĂ©ussite extĂ©rieure et argent ; mais ils restent nĂ©vrosĂ©s et malheureux, mĂȘme quand ils ont atteint ce qu'ils cherchaient. Ces hommes le plus souvent souffrent d'une trop grande Ă©troitesse d'esprit. Leur vie n'a point de contenu suffisant, point de sens. Quand ils peuvent se dĂ©velopper en une personnalitĂ© plus vaste, la nĂ©vrose, d'ordinaire, cesse. C'est pourquoi l'idĂ©e de dĂ©veloppement, d'Ă©volution a eu chez moi, dĂšs le dĂ©but, la plus haute importance. (p. 229)
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C.G. Jung (Memories, Dreams, Reflections)
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A feu mon pĂšre, Ă  mon grand-pĂšre, familiers des deuxiĂšmes balcons, la hiĂ©rarchie sociale du théùtre avait donnĂ© le goĂ»t du cĂ©rĂ©monial: quand beaucoup d'hommes sont ensemble, il faut les sĂ©parer par des rites ou bien ils se massacrent. Le cinĂ©ma prouvait le contraire : plutĂŽt que par une fĂȘte, ce public si mĂȘlĂ© semblait rĂ©uni par une catastrophe; morte, l'Ă©tiquette dĂ©masquait enfin le vĂ©ritable lien des hommes, l'adhĂ©rence. Je pris en dĂ©goĂ»t les cĂ©rĂ©monies, j'adorai les foules; j'en ai vu de toute sorte mais je n'ai pas retrouvĂ© cette nuditĂ©, cette prĂ©sence sans recul de chacun Ă  tous, ce rĂȘve Ă©veillĂ©, cette conscience obscure du danger d'ĂȘtre homme qu'en 1940, dans le Stalag XII D.
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Jean-Paul Sartre (Les mots et autres écrits autobiographiques)
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Cette sociĂ©tĂ©, que j'ai remarquĂ©e la premiĂšre dans ma vie, est aussi la premiĂšre qui ait disparu Ă  mes yeux. J'ai vu la mort entrer sous ce toit de paix et de bĂ©nĂ©diction, le rendre peu Ă  peu solitaire, fermer une chambre et puis une autre qui ne se rouvrait plus. J'ai vu ma grand'mĂšre forcĂ©e de renoncer Ă  son quadrille, faute des partners accoutumĂ©s; j'ai vu diminuer le nombre de ces constantes amies, jusqu'au jour oĂč mon aĂŻeule tomba la derniĂšre. Elle et sa sƓur s'Ă©taient promis de s'entre-appeler aussitĂŽt que l'une aurait devancĂ© l'autre; elles se tinrent parole, et madame de BedĂ©e ne survĂ©cut que peu de mois Ă  mademoiselle de Boisteilleul. Je suis peut-ĂȘtre le seul homme au monde qui sache que ces personnes ont existĂ©. Vingt fois, depuis cette Ă©poque, j'ai fait la mĂȘme observation; vingt fois des sociĂ©tĂ©s se sont formĂ©es et dissoutes autour de moi. Cette impossibilitĂ© de durĂ©e et de longueur dans les liaisons humaines, cet oubli profond qui nous suit, cet invincible silence qui s'empare de notre tombe et s'Ă©tend de lĂ  sur notre maison, me ramĂšnent sans cesse Ă  la nĂ©cessitĂ© de l'isolement. Toute main est bonne pour nous donner le verre d'eau dont nous pouvons avoir besoin dans la fiĂšvre de la mort. Ah! qu'elle ne nous soit pas trop chĂšre! car comment abandonner sans dĂ©sespoir la main que l'on a couverte de baisers et que l'on voudrait tenir Ă©ternellement sur son cƓur?
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François-René de Chateaubriand (Mémoires d'Outre-Tombe)
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On a dit qu’une citĂ© dont les membres auront une Ă©gale rĂ©partition de bien et d'Ă©ducation prĂ©sentera aux regards de la DivinitĂ© un spectacle au-dessus du spectacle de la citĂ© de nos pĂšres. La folie du moment est d'arriver Ă  l'unitĂ© des peuples et de ne faire qu’un seul homme de l'espĂšce entiĂšre, soit ; mais en acquĂ©rant des facultĂ©s gĂ©nĂ©rales, toute une sĂ©rie de sentiments privĂ©s ne pĂ©rira-t-elle pas ? Adieu les douceurs du foyer ; adieu les charmes de la famille ; parmi tous ces ĂȘtres blancs, jaunes, noirs, rĂ©putĂ©s vos compatriotes, vous ne pourriez vous jeter au cou d’un frĂšre. N’y avait-il rien dans la vie d’autrefois, rien dans cet espace bornĂ© que vous aperceviez de votre fenĂȘtre encadrĂ©e de lierre ? Au-delĂ  de votre horizon vous soupçonniez des pays inconnus dont vous parlait Ă  peine l’oiseau du passage, seul voyageur que vous aviez vu Ă  l’automne. C’était bonheur de songer que les collines qui vous environnaient ne disparaĂźtraient pas Ă  vos yeux ; qu’elles renfermeraient vos amitiĂ©s et vos amours ; que le gĂ©missement de la nuit autour de votre asile serait le seul bruit auquel vous vous endormiriez ; que jamais la solitude de votre Ăąme ne serait troublĂ©e, que vous y rencontreriez toujours les pensĂ©es qui vous y attendent pour reprendre avec vous leur entretien familier. Vous saviez oĂč vous Ă©tiez nĂ©, vous saviez oĂč Ă©tait votre tombe ; en pĂ©nĂ©trant dans la forĂȘt vous pouviez dire : Beaux arbres qui m’avez vu naĂźtre, BientĂŽt vous me verrez mourir
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François-René de Chateaubriand (Mémoires d'Outre-Tombe)
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Plus lumineux encore que ces ustensiles, j'ai vu, Ă©parpillĂ©s, des segments de cylindres argentĂ©s, gauchis, vrillĂ©s...des grappes dĂ©chiquetĂ©es de filaments moirĂ©s et, partout autour, des flaques d'un liquide argent vif, sur les couvertures, le sol, les murs... Mon hurlement a dĂ©chirĂ© le silence de la piĂšce. Tout a tremblĂ©. Les murs se sont mis a tourner autour de moi, m'empĂȘchant de trouver la sortie. Ces murs, souillĂ©s d'argent, se dressaient devant moi, quelle que soit la direction vers laquelle je me tournais. Quelqu'un a criĂ© mon nom, mais je n'ai pas reconnu la voix. Mon hurlement Ă©tait trop fort dans mes oreilles. Il explosait sous mon crĂąne. Le mur de roche, l'argent dĂ©goulinant, tout m'a heurtĂ©e de plein fouet et je me suis Ă©croulĂ©e au sol.
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Stephenie Meyer (The Host (The Host, #1))
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Supposons dix hommes, dont chacun a dix sortes de besoins. Il faut que chacun, pour son nĂ©cessaire, s'applique Ă  dix sortes de travaux ; mais, vu la diffĂ©rence de gĂ©nie et de talent, l'un rĂ©ussira moins Ă  quelqu'un de ces travaux, l'autre Ă  un autre. Tous, propres Ă  diverses choses, feront les mĂȘmes, et seront mal servis. Formons une sociĂ©tĂ© de ces dix hommes, et que chacun s'applique, pour lui seul et pour les neuf autres, au genre d'occupation qui lui convient le mieux ; chacun profitera des talents des autres comme si lui seul les avait tous ; chacun perfectionnera le sien par un continuel exercice ; et il arrivera que tous les dix, parfaitement bien pourvus, auront encore du surabondant pour d'autres. VoilĂ  le principe apparent de toutes nos institutions.
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Jean-Jacques Rousseau (Emile, or On Education)
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Mon temps autrefois m'appartenait entiÚrement, et aux livres. Aujourd'hui, chaque minute consacrée à lire ou à écrire est une minute que je ne passe pas avec ma fille; l'écriture s'accompagne désormais d'une hùte et d'une culpabilité détestables. C'est du temps que je lui dérobe, que je ne retrouverai pas, que j'aurais dû lui consacrer et que je n'aurai jamais passé avec elle. Depuis sa naissance, je me prends à penser au futur antérieur et au conditionnel passé, des temps compliqués qui sont le signe qu'on considÚre les choses sous un point de vue autre que celui depuis lequel on parle normalement : demain vu au passé, hier comme une possibilité. Elle dort. Je devrais profiter de ce moment pour écrire, je n'arrive qu'à m'abßmer dans le bruit des vagues. Je voudrais m'étendre sur le sable, rester là jusqu'à la nuit, me laisser emporter par la marée.
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Dominique Fortier
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Cela faisait un maintenant trente secondes qu'Arthur essayait, sans succĂšs de dire "OĂč avez-vous trouvĂ© ça ?" d'un ton brusque et lĂ©gĂšrement interloquĂ©. Finalement, l'instant se prĂ©senta mais il le rata d'une milliseconde. "OĂč avez-vous trouvez ça ?" dit Fenchurch d'un ton brusque et lĂ©gĂšrement interloquĂ©. Arthur jeta sur Fenchurch un regarde brusque et lĂ©gĂšrement interloquĂ© et lança "Quoi ? Tu as dĂ©jĂ  vu des trucs comme ça ? -Oui. J'en ai un. Ou plutĂŽt, j'en ai eu un. Russell me l'a piquĂ© pour y mettre ses balles de golf. Je ne sais pas d'oĂč il venait , ce que je sais, c'est que j'Ă©tais en rogne aprĂšs Russell pour me l'avoir piquĂ©. Pourquoi, tu en as un, toi aussi ? -Oui, il Ă©tait..." Ils se rendirent compte l'un et l'autre que le regard de Wonko le Sain passait brusquement de l'un Ă  l'autre, tout en essayant dans l'intervalle de paraĂźtre interloquĂ©. "Vous aussi, vous en avez un ?
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Douglas Adams (So Long, and Thanks for All the Fish (The Hitchhiker's Guide to the Galaxy, #4))
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[TaoĂŻsme] Il s'agit lĂ  d'une expĂ©rience mystique, peu saisissable en elle-mĂȘme, et qui ne s'atteint que par l'ascĂšse et la mĂ©ditation. 'N'Ă©coutez pas par l'oreille, mais Ă©coutez par le CƓur' [...]. Le but, c'est d'atteindre par de longues annĂ©es de mĂ©ditation et de purifications, par des bonnes actions rĂ©pĂ©tĂ©es, ce qu'un privilĂ©giĂ© obtient, nous dit-on, en quelques jours: 'Au bout de trois jours, il put se dĂ©tacher du monde extĂ©rieur; au bout de sept jours, il put se dĂ©tacher des choses proches; au bout de neuf jours, il put se dĂ©tacher de sa propre existence. Puis... il obtint la pĂ©nĂ©tration claire, il vit ce qui est l'Unique; aprĂšs avoir vu ce qui est unique, il put arriver Ă  l'Ă©tat oĂč il n'y a ni prĂ©sent ni passĂ©; enfin, il atteignit l'Ă©tat oĂč il n'y a ni vie, ni mort. Par lĂ  le taoĂŻsme rejoint toutes les grandes expĂ©riences mystiques, qu'elles soient chrĂ©tiennes, islamiques ou bouddhistes.
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Fernand Braudel (A History of Civilizations)
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Seigneur, voyez l’état oĂč vous me rĂ©duisez. J’ai vu mon pĂšre mort, et nos murs embrasĂ©s; J’ai vu trancher les jours de ma famille entiĂšre, Et mon Ă©poux sanglant traĂźnĂ© sur la poussiĂšre, Son fils seul avec moi, rĂ©servĂ© pour les fers. Mais que ne peut un fils! Je respire, je sers. J’ai fait plus; je me suis quelquefois consolĂ©e Qu’ici, plutĂŽt qu’ailleurs, le sort m’eĂ»t exilĂ©e; Qu’heureux dans son malheur, le fils de tant de rois, Puisqu’il devait servir, fĂ»t tombĂ© sous vos lois; J’ai cru que sa prison deviendrait son asile. Jadis Priam soumis fut respectĂ© d’Achille: J’attendais de son fils encor plus de bontĂ©. Pardonne, cher Hector, Ă  ma crĂ©dulitĂ©! Je n’ai pu soupçonner ton ennemi d’un crime : MalgrĂ© lui-mĂȘme enfin je l’ai cru magnanime. Ah! s’il l’était assez pour nous laisser du moins Au tombeau qu’à ta cendre ont Ă©levĂ© mes soins, Et que, finissant lĂ  sa haine et nos misĂšres, Il ne sĂ©parĂąt point des dĂ©pouilles si chĂšres!
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Jean Racine (Andromaque)
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On a souvent dit, au vu de ces scÚnes irréelles, que les hommes de Hassan [Sabbah] étaient drogués. Comment expliquer autrement qu'ils [l'Ordre des Assassins] aillent au-devant de la mort avec le sourire ? On a accrédité la thÚse qu'ils agissaient sous l'effet du haschisch. Marco Polo a popularisé cette idée en Occident ; leurs ennemis dans le monde musulman les ont parfois appelés haschichiyoun, "fumeurs de haschisch", pour les déconsidérer ; certains orientalistes ont cru voir dans ce terme l'origine du mot "assassin" qui est devenu, dans plusieurs langues européennes, synonyme de meurtrier. Le mythe des "Assassins" n'en a été que plus terrifiant. La vérité est autre. D'aprÚs les textes qui nous sont parvenus d'Alamout, Hassan aimait à appeler ses adeptes Assassiyoun, ceux qui sont fidÚles au Assass [ۣ۳ۧ۳], au "Fondement" de la foi, et c'est ce mot, mal compris des voyageurs étrangers, qui a semblé avoir des relents de haschisch.
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Amin Maalouf (Samarkand)
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Je me suis rendu compte que je n’avais pas vu l’eau depuis quatre jours et que je portais toujours les mĂȘmes vĂȘtements, avec les reliefs de fourmis. Elle, en revanche, portait une autre robe, blanche, Ă  ras du cou, qui la couvrait entiĂšrement. La robe ne comportait ni motifs ni inscriptions ; ce qui ne laissait pas de m’étonner, car maman n’avait jamais portĂ© que d’affreux corsages, immanquablement couverts d’inscriptions. Je la regardais aller et venir dans la cuisine, comme un mĂ©tronome sorti de son axe. Elle Ă©tait blanche et cylindrique, et j’imaginais sa robe se transformer en un tube coiffĂ© d’un petit couvercle dans lequel je la tiendrais captive et dont je ne la libĂ©rerais que de loin en loin. Le matin ou le soir, ou Ă  la fin de la semaine, ou pour NoĂ«l. Ou, ce qui serait le mieux, seulement Ă  la fin, pour qu’elle meure. Maman-tube de dentifrice. Maman-Ɠsophage. Maman-ascaride. Maman-cĂąble. Maman-craie. Maman-os. Maman-fil. Maman-comĂšte. Maman-bougie.
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Tatiana ÈšĂźbuleac (El verano en que mi madre tuvo los ojos verdes)
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Oui, la vie m’a traversĂ©e, je n’ai pas rĂȘvĂ©, ces hommes, des milliers, dans mon lit, dans ma bouche, je n’ai rien inventĂ© de leur sperme sur moi, sur ma figure, dans mes yeux, j’ai tout vu et ça continue encore, tous les jours ou presque, des bouts d’homme, leur queue seulement, des bouts de queue qui s’émeuvent pour je ne sais quoi car ce n’est pas de moi qu’ils bandent, ça n’a jamais Ă©tĂ© de moi, c’est de ma putasserie, du fait que je suis lĂ  pour ça, les sucer, les sucer encore, ces queues qui s’enfilent les unes aux autres comme si j’allais les vider sans retour, faire sortir d’elles une fois pour toutes ce qu’elles ont à dire, et puis de toute façon je ne suis pour rien dans ces Ă©panchements, ça pourrait ĂȘtre une autre, mĂȘme pas une putain mais une poupĂ©e d’air, une parcelle d’image cristallisĂ©e, le point de fuite d’une bouche qui s’ouvre sur eux tandis qu’ils jouissent de l’idĂ©e qu’ils se font de ce qui fait jouir, tandis qu’ils s’affolent dans les draps en faisant apparaĂźtre çà et là un visage grimaçant, des mamelons durcis, une fente trempĂ©e et agitĂ©e de spasmes, tandis qu’ils tentent de croire que ces bouts de femme leur sont destinĂ©s et qu’ils sont les seuls à savoir les faire parler, les seuls à pouvoir les faire plier sous le dĂ©sir qu’ils ont de les voir plier.
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Nelly Arcan (Putain)
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Cette sociĂ©tĂ©, que j'ai remarquĂ©e la premiĂšre dans ma vie, est aussi la premiĂšre qui ait disparu Ă  mes yeux. J'ai vu la mort entrer sous ce toit de paix et de bĂ©nĂ©diction, le rendre peu Ă  peu solitaire, fermer une chambre et puis une autre qui ne se rouvrait plus. J'ai vu ma grand'mĂšre forcĂ©e de renoncer Ă  son quadrille, faute des partners accoutumĂ©s; j'ai vu diminuer le nombre de ces constantes amies, jusqu'au jour oĂč mon aĂŻeule tomba la derniĂšre. Elle et sa sƓur s'Ă©taient promis de s'entre-appeler aussitĂŽt que l'une aurait devancĂ© l'autre; elles se tinrent parole, et madame de BedĂ©e ne survĂ©cut que peu de mois Ă  mademoiselle de Boisteilleul. Je suis peut-ĂȘtre le seul homme au monde qui sache que ces personnes ont existĂ©. Vingt fois, depuis cette Ă©poque, j'ai fait la mĂȘme observation; vingt fois des sociĂ©tĂ©s se sont formĂ©es et dissoutes autour de moi. Cette impossibilitĂ© de durĂ©e et de longueur dans les liaisons humaines, cet oubli profond qui nous suit, cet invincible silence qui s'empare de notre tombe et s'Ă©tend de lĂ  sur notre maison, me ramĂšnent sans cesse Ă  la nĂ©cessitĂ© de l'isolement. Toute main est bonne pour nous donner le verre d'eau dont nous pouvons avoir besoin dans la fiĂšvre de la mort. Ah! qu'elle ne nous soit pas trop chĂšre! car comment abandonner sans dĂ©sespoir la main que l'on a couverte de baisers et que l'on voudrait tenir Ă©ternellement sur son cƓur? 
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François-René de Chateaubriand (Memoires D'Outre Tombe Lu Par Daniel Mesguich)
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On ne peut pas dire que le petit bourgeois n'a rien lu. Il a tout lu, tout dévoré au contraire. Seulement son cerveau fonctionne à la maniÚre de certains appareils digestifs de type élémentaire. Il filtre. Et le filtre ne laisse passer que ce qui peut alimenter la couenne de la bonne conscience bourgeoise. Les Vietnamiens, avant l'arrivée des Français dans leur pays, étaient gens de culture vieille, exquise et raffinée. Ce rappel indispose la Banque d'Indochine. Faites fonctionner l'oublioir ! Ces Malgaches, que l'on torture aujourd'hui, étaient, il y a moins d'un siÚcle, des poÚtes, des artistes, des administrateurs ? Chut ! Bouche cousue ! Et le silence se fait profond comme un coffre-fort ! Heureusement qu'il reste les nÚgres. Ah ! les nÚgres ! parlons-en des nÚgres ! Eh bien, oui, parlons-en. Des empires soudanais ? Des bronzes du Bénin ? De la sculpture Shongo ? Je veux bien ; ça nous changera de tant de sensationnels navets qui adornent tant de capitales européennes. De la musique africaine. Pourquoi pas? Et de ce qu'ont dit, de ce qu'ont vu les premiers explorateurs... Pas de ceux qui mangent aux rùteliers des Compagnies ! Mais des d'Elbée, des Marchais, des Pigafetta ! Et puis de Frobénius ! Hein, vous savez qui c'est, Frobénius ? Et nous lisons ensemble : « Civilisés jusqu'à la moelle des os ! L'idée du nÚgre barbare est une invention européenne. » Le petit bourgeois ne veut plus rien entendre. D'un battement d'oreilles, il chasse l'idée. L'idée, la mouche importune.
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Aimé Césaire (Discourse on Colonialism)
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L’assemblĂ©e sentit que son prĂ©sident allait aborder le point dĂ©licat. Elle redoubla d’attention. « Depuis quelques mois, mes braves collĂšgues, reprit Barbicane, je me suis demandĂ© si, tout en restant dans notre spĂ©cialitĂ©, nous ne pourrions pas entreprendre quelque grande expĂ©rience digne du dix-neuviĂšme siĂšcle, et si les progrĂšs de la balistique ne nous permettraient pas de la mener Ă  bonne fin. J’ai donc cherchĂ©, travaillĂ©, calculĂ©, et de mes Ă©tudes est rĂ©sultĂ©e cette conviction que nous devons rĂ©ussir dans une entreprise qui paraĂźtrait impraticable Ă  tout autre pays. Ce projet, longuement Ă©laborĂ©, va faire l’objet de ma communication ; il est digne de vous, digne du passĂ© du Gun-Club, et il ne pourra manquer de faire du bruit dans le monde ! — Beaucoup de bruit ? s’écria un artilleur passionnĂ©. — Beaucoup de bruit dans le vrai sens du mot, rĂ©pondit Barbicane. — N’interrompez pas ! rĂ©pĂ©tĂšrent plusieurs voix. — Je vous prie donc, braves collĂšgues, reprit le prĂ©sident, de m’accorder toute votre attention. » Un frĂ©missement courut dans l’assemblĂ©e. Barbicane, ayant d’un geste rapide assurĂ© son chapeau sur sa tĂȘte, continua son discours d’une voix calme : « Il n’est aucun de vous, braves collĂšgues, qui n’ait vu la Lune, ou tout au moins, qui n’en ait entendu parler. Ne vous Ă©tonnez pas si je viens vous entretenir ici de l’astre des nuits. Il nous est peut-ĂȘtre rĂ©servĂ© d’ĂȘtre les Colombs de ce monde inconnu. Comprenez-moi, secondez-moi de tout votre pouvoir, je vous mĂšnerai Ă  sa conquĂȘte, et son nom se joindra Ă  ceux des trente-six États qui forment ce grand pays de l’Union ! — Hurrah pour la Lune ! s’écria le Gun-Club d’une seule voix.
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Jules Verne (From the Earth to the Moon)
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On s'Ă©tait trompĂ©. L'erreur qu'on avait faite, en quelques secondes, a gagnĂ© tout l'univers. Le scandale Ă©tait Ă  l'echelle de Dieu. Mon petit frĂšre Ă©tait immortel et on ne l'avait pas vu. L'immortalitĂ© avait Ă©tĂ© recelĂ©e par le corps de ce frĂšre tandis qu'il vivait et nous, on n'avait pas vu que c'Ă©tait dans ce corps-lĂ  que se trouvait ĂȘtre logĂ©e l'immortalitĂ©. Le corps de mon frĂšre Ă©tait mort. L'immortalitĂ© Ă©tait morte avec lui. Et ainsi allait le monde maintenant, privĂ© de ce corps visitĂ©, et de cette visite. On s'Ă©tait trompĂ© complĂštement. L'erreur a gagnĂ© tout l'univers, le scandale. [...] Il faudrait prĂ©venir les gens de ces choses-lĂ . Leur apprendre que l'immortalitĂ© est mortelle, qu'elle peut mourrir, que c'est arrivĂ©, que cela arrive encore. Qu'elle ne se signale pas en tant que telle, jamais, qu'elle est la duplicitĂ© absolue. Qu'elle n'existe pas dans le dĂ©tail mais seulement dans le principe. Que certaines personnes peuvent en recĂ©ler la prĂ©sence, Ă  condition qu'elles ignorent le faire. De mĂȘme que certaines autres personnes peuvent en dĂ©celer la prĂ©sence chez ces gens, Ă  la mĂȘme condition, qu'elles ignorent le pouvoir. Que c'est tandis qu'elle se vit que la vie est immortelle, tandis qu'elle est en vie. Que l'immortalitĂ© ce n'est pas un question de plus ou moins de temps, que ce n'est pas une question d'immortalitĂ©, que c'est une question d'autre chose qui reste ignorĂ©. Que c'est aussi faux de dire qu'elle est sans commencement ni fin que de dire qu'elle commence et qu'elle finit avec la vie de l'esprit du moment que c'est l'esprit qu'elle participe et de la poursuite du vent. Regardez les sables morts des dĂ©serts, le corps mort des enfants : l'immortalitĂ© ne passe pas par lĂ , elle s'arrĂȘte et contourne.
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Marguerite Duras (L'Amant)
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Un jour, avec des yeux vitreux, ma mĂšre me dit: « Lorsque tu seras dans ton lit, que tu entendras les aboiements des chiens dans la campagne, cache-toi dans ta couverture, ne tourne pas en dĂ©rision ce qu'ils font: ils ont soif insatiable de l'infini, comme toi, comme moi, comme le reste des humains, Ă  la figure pĂąle et longue. MĂȘme, je te permets de te mettre devant la fenĂȘtre pour contempler ce spectacle, qui est assez sublime » Depuis ce temps, je respecte le voeu de la morte. Moi, comme les chiens, j'Ă©prouve le besoin de l'infini... Je ne puis, je ne puis contenter ce besoin! Je suis fils de l'homme et de la femme, d'aprĂšs ce qu'on m'a dit. Ça m'Ă©tonne... je croyais ĂȘtre davantage! Au reste, que m'importe d'oĂč je viens? Moi, si cela avait pu dĂ©pendre de ma volontĂ©, j'aurais voulu ĂȘtre plutĂŽt le fils de la femelle du requin, dont la faim est amie des tempĂȘtes, et du tigre, Ă  la cruautĂ© reconnue: je ne serais pas si mĂ©chant. Vous, qui me regardez, Ă©loignez-vous de moi, car mon haleine exhale un souffle empoisonnĂ©. Nul n'a encore vu les rides vertes de mon front; ni les os en saillie de ma figure maigre, pareils aux arĂȘtes de quelque grand poisson, ou aux rochers couvrant les rivages de la mer, ou aux abruptes montagnes alpestres, que je parcourus souvent, quand j'avais sur ma tĂȘte des cheveux d'une autre couleur. Et, quand je rĂŽde autour des habitations des hommes, pendant les nuits orageuses, les yeux ardents, les cheveux flagellĂ©s par le vent des tempĂȘtes, isolĂ© comme une pierre au milieu du chemin, je couvre ma face flĂ©trie, avec un morceau de velours, noir comme la suie qui remplit l'intĂ©rieur des cheminĂ©es : il ne faut pas que les yeux soient tĂ©moins de la laideur que l'Etre suprĂȘme, avec un sourire de haine puissante, a mise sur moi.
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Comte de Lautréamont (Les Chants de Maldoror)
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Il etait plutot fin, donc, le sable, delie, ne s'agglomerait pas, c'etait de la pierre, en fait, de la pierre pilee, rien a voir ou presque avec la poussiere, c'est ce que je veux dire. Mais plus maintenant. C'est que ca vole, quand meme, le sable. Et il volait, la, sous les pieds des enfants, et partout ca retombait, et pour la premiere fois j'ai vu la plage comme une grande plage de poussiere. Je dis grande parce que j n'avais jamais vu autant de poussiere, meme chez moi, apres le depart de Constance. Et j'ai forcement pense a Laura, mais ce n'est pas ca, je n'ai pas eu a y penser, bien sur, j'y pensais, je ne faisais que ca, mais j'y pensais avec recul, enfin j'essayais, parce que le moins qu'on puisse dire c'est que j'avais besoin de distance, sauf que je n'arrivais pas a' en prendre, de la distance, je souffrais, c'est egalement le moins qu'on puisse dire, et le seul resultat de mes efforts c'etait ca: penser que je m'etais trompe, que Laura en fin de compte n'avait jamais convenu, depuis le debut, ni pour le menage, ni comme femme, donc, comme femme susceptible d'apporter un peu d'order, dans ma vie, et alors j'en trouvais la verfication maintenant, sur le sable, ce sable que je n'avais jamais aime, au fond, pas plus que la poussiere, ou Laura me laissait, jusqu'a la mordre. Et j'ai vu que le gens s'y couchaient, dans ce sable, que n'etait plus que poussiere, maintenant, et je me suis dit je suis comme eux, a cette difference pres qu'ils sont beaucoup plus forts, eux. Parce qu'ils s'entrainen, en fait. A y retourner, donc. A la poussiere, oui. Je pensais ca aussi parce que je me sentais mort, bien sur, mais tout de meme. Et je le pensais encore parce que j n'etais pas pret, moi. Je me sentais mort depuis deux minutes, seulement. Mort, mais supris.
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Christian Oster (Une femme de ménage)
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Porteurs Notre monde repose sur les Ă©paules de l'autre. Sur des enfants au travail, sur des plantations et des matiĂšres premiĂšres payĂ©es bon marchĂ© : des Ă©paules d'inconnus portent notre poids, obĂšse de disproportion de richesses. Je l'ai vu. Dans les ascensions qui durent bien des jours vers les camps de base des hautes altitudes, des hommes et aussi des femmes et des enfants portent notre poids dans des hottes tressĂ©es. Tables, chaises, vaisselle, tentes, cuisiniĂšres, combustibles cordes, matĂ©riel d'escalade, nourriture pour plusieurs semaines, en somme un village pour vivre lĂ  oĂč il n'y a rien. Ils portent notre poids pour le prix moyen de trois cents roupies nĂ©palaises par jour, moins de quatre euros. Les hottes pĂšsent quarante kilos, mais certains en portent de plus lourdes. Les Ă©tapes sont longues, elles fatiguent le voyageur avec son petit sac Ă  dos et le minimum nĂ©cessaire. Des porteurs de tout notre confort marchent avec des tongs ou bien pieds nus sur des pentes qui manquent d'oxygĂšne, la tempĂ©rature baissant. La nuit, ils campent en plein air autour d'un feu, ils font cuire du riz et des lĂ©gumes cueillis dans les parages, tant que quelque chose sort de terre. Au NĂ©pal, la vĂ©gĂ©tation monte jusqu'Ă  trois mille cinq cents mĂštres. Nous autres, nous dormons dans une tente avec un repas chaud cuisinĂ© par eux. Ils portent notre poids et ne perdent pas un gramme. Il ne manque pas un mouchoir au bagage remis en fin d'Ă©tape. Ils ne sont pas plus faits pour l'altitude que nous, la nuit je les entends tousser. Ce sont souvent des paysans des basses vallĂ©es de riziĂšres. Nous avançons pĂ©niblement en silence, eux ne renoncent pas Ă  se parler, Ă  raconter, tout en marchant. Nous habillĂ©s de couches de technologie lĂ©gĂšre, aĂ©rĂ©e, chaude, coupe-vent, et cetera, eux avec des vĂȘtements usĂ©s, des pulls en laine archiĂ©limĂ©s : ils portent notre poids et sourient cent plus que le plus extraverti de nos joyeux compĂšres. Ils nous prĂ©parent des pĂątes avec l'eau de la neige, ils nous ont mĂȘme apportĂ© des oeufs ici, Ă  cinq mille mĂštres. Sans eux, nous ne serions ni agiles, ni athlĂ©tiques, ni riches. Ils disparaissent en fin de transport, ils se dispersent dans les vallĂ©es, juste Ă  temps pour le travail du riz et de l'orge. (p. 11-12)
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Erri De Luca (Sulla traccia di Nives)
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Qu'il renie sagement en lui le roi noir dĂ©possĂ©dĂ© il n'est plus qu'un captif heureux. Un jour, pourtant, on le dĂ©livrera. Quand il sera trop vieux pour valoir ou sa nourriture ou ses vĂȘtements, on lui accordera une libertĂ© dĂ©mesurĂ©e. Pendant trois jours, il se proposera en vain de tente en tente, chaque jour plus faible, et vers la fin du troisiĂšme jour, toujours sagement il se couchera sur le sable. J'en ai vu ainsi, Ă  Juby, mourir nus. Les Maures coudoyaient leur longue agonie, mais sans cruautĂ©, et les petits des Maures jouaient prĂšs de l'Ă©pave sombre, et, Ă  chaque aube, couraient voir par jeu si elle remuait encore, mais sans rire du vieux serviteur. Cela Ă©tait dans l'ordre naturel. C'Ă©tait comme si on lui eĂ»t dit : « Tu as bien travaillĂ©, tu as droit au sommeil, va dormir. » Lui, toujours allongĂ©, Ă©prouvait la faim qui n'est qu'un vertige, mais non l'injustice qui seule tourmente. Il se mĂȘlait peu Ă  peu Ă  la terre. SĂ©chĂ© par le soleil et reçu par la terre. Trente annĂ©es de travail, puis ce droit au sommeil et Ă  la terre. Le premier que je rencontrai, je ne l'entendis pas gĂ©mir : mais il n'avait pas contre qui gĂ©mir. Je devinais en lui une sorte d'obscur consentement, celui du montagnard perdu, Ă  bout de forces, et qui se couche dans la neige, s'enveloppe dans ses rĂȘves et dans la neige. Ce ne fut pas sa souffrance qui me tourmenta. Je n'y croyais guĂšre. Mais, dans la mort d'un homme, un monde inconnu meurt, et je me demandais quelles Ă©taient les images qui sombraient en lui. Quelles plantations du SĂ©nĂ©gal, quelles villes blanches du Sud-Marocain s'enfonçaient peu Ă  peu dans l'oubli. Je ne pouvais connaĂźtre si, dans cette masse noire, s'Ă©teignaient simplement des soucis misĂ©rables le thĂ© Ă  prĂ©parer, les bĂȘtes Ă  conduire au puits. si s'endormait une Ăąme d'esclave, ou si, ressuscitĂ© par une remontĂ©e de souvenirs, l'homme mourait dans sa grandeur. L'os dur du crĂąne Ă©tait pour moi pareil Ă  la vieille caisse aux trĂ©sors. Je ne savais quelles soies de couleur, quelles images de fĂȘtes, quels vestiges tellement dĂ©suets ici, tellement inutiles dans ce dĂ©sert, y avaient Ă©chappĂ© au naufrage. Cette caisse Ă©tait lĂ , bouclĂ©e, et lourde. Je ne savais quelle part du monde se dĂ©faisait dans l'homme pendant le gigantesque sommeil des derniers jours, se dĂ©faisait dans cette conscience et cette chair qui, peu Ă  peu, redevenaient nuit et racine. p98-99
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Antoine de Saint-Exupéry (Wind, Sand and Stars)
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Le monde d’aujourd’hui est un chaos d’opinions et d’aspirations dĂ©sordonnĂ©es : le soi-disant « monde libre » est un chaos fluide ; la partie totalitaire du monde moderne est un chaos rigide. Par opposition, le monde ancien constituait toujours un ordre, c’est-Ă -dire une hiĂ©rarchie de concepts, chacun au niveau qui lui est propre. Le chaos a Ă©tĂ© provoquĂ©, nous l’avons vu, par le « tĂ©lescopage » humaniste de la hiĂ©rarchie jusqu’au niveau psychique, et par l’intrusion, dans les considĂ©rations terrestres, d’aspirations vers l’autre monde, frustrĂ©es et perverties. L’homme, en raison de sa vĂ©ritable nature, ne peut pas ne pas adorer ; si sa perspective est coupĂ©e du plan spirituel, il trouvera un « dieu » Ă  adorer Ă  un niveau infĂ©rieur, dotant ainsi quelque chose de relatif ce qui seul appartient Ă  l’Absolu. D’oĂč l’existence aujourd’hui de tant de « mots tout-puissants » comme « libertĂ© », « Ă©galitĂ© », « instruction », « science », « civilisation », mots qu’il suffit de prononcer pour qu’une multitude d’ñmes se prosterne en une adoration infra-rationnelle. Les superstitions de la libertĂ© et de l’égalitĂ© ne sont pas seulement le rĂ©sultat mais aussi, en partie, la cause du dĂ©sordre gĂ©nĂ©ral, car chacune, Ă  sa maniĂšre, est une rĂ©volte contre la hiĂ©rarchie ; et elles sont d’autant plus pernicieuses qu’elles sont des perversions de deux des Ă©lans les plus Ă©levĂ©s de l’homme. Corruptio optimi pessima, la corruption du meilleur est la pire ; mais il suffit de rĂ©tablir l’ordre ancien, et les deux idoles en question s’évanouiront de ce monde (laissant ainsi la place aux aspirations terrestres lĂ©gitimes vers la libertĂ© et l’égalitĂ©) et, transformĂ©es, reprendront leur place au sommet mĂȘme de la hiĂ©rarchie. Le dĂ©sir de libertĂ© est avant tout dĂ©sir de Dieu, la LibertĂ© Absolue Ă©tant un aspect essentiel de la DivinitĂ©. Ainsi, dans l’Hindouisme, l’état spirituel suprĂȘme qui marque la fin de la voie mystique est dĂ©signĂ© par le terme de dĂ©livrance (moksha), car c’est un Ă©tat d’union (yoga) avec l’Absolu, l’Infini et l’Éternel, qui permet l’affranchissement des liens de la relativitĂ©. C’est Ă©videmment, avant tout, cet affranchissement auquel le Christ faisait rĂ©fĂ©rence lorsqu’il disait : « Recherchez la connaissance, car la connaissance vous rendra libre », Ă©tant donnĂ© que la connaissance directe, la Gnose, signifie l’union avec l’objet de la connaissance, c’est-Ă -dire avec Dieu. (pp. 59-60)
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Martin Lings (Ancient Beliefs and Modern Superstitions)
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On apprit qu’il avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©, en dehors de la ville, en proie Ă  un accĂšs de folie furieuse. On l’avait conduit Ă  l’hĂŽpital oĂč il Ă©tait mort deux jours aprĂšs. Une mort pareille Ă©tait la consĂ©quence nĂ©cessaire, naturelle, de toute sa vie. Il devait mourir ainsi, quand tout ce qui le soutenait dans la vie disparaissait d’un coup comme une vision, comme un rĂȘve vide. Il mourut aprĂšs avoir perdu son dernier espoir, aprĂšs avoir eu la vision nette de tout ce qui avait leurrĂ© et soutenu sa vie. La vĂ©ritĂ© l’aveugla de son Ă©clat insoutenabe . et ce qui Ă©tait le mensonge lui apparut tel Ă  lui-mĂȘme. Pendant la derniĂšre heure de sa vie, il avait entendu un gĂ©nie merveilleux qui lui avait contĂ© sa propre existence et l’avait condamnĂ© pour toujours. Avec le dernier son jailli du violon du gĂ©nial S... s’était dĂ©voilĂ© Ă  ses yeux tout le mystĂšre de l’art, et le gĂ©nie, Ă©ternellement jeune, puissant et vrai, l’avait Ă©crasĂ© de sa vĂ©ritĂ©. Il semblait que tout ce qui l’avait tourmentĂ© durant toute sa vie, par des souffrances mystĂ©rieuses, indicibles, tout ce qu’il n’avait vu jusqu’à ce jour que dans un rĂȘve et qu’il fuyait avec horreur et se masquait par le mensonge de toute sa vie, tout ce qu’il pressentait et redoutait, tout cela, tout d’un coup, brillait Ă  ses yeux qui, obstinĂ©ment, ne voulaient par reconnaĂźtre que la lumiĂšre est la lumiĂšre, et que les tĂ©nĂšbres sont les tĂ©nĂšbres. La vĂ©ritĂ© Ă©tait intolĂ©rable pour ces yeux qui voyaient clair pour la premiĂšre fois ; elle l’aveugla et dĂ©truisit sa raison. Elle l’avait frappĂ© brusquement, comme la foudre. Soudain s’était rĂ©alisĂ© ce qu’il avait attendu toute sa vie avec un tremblement de terreur. Il semblait que durant toute sa vie une hache avait Ă©tĂ© suspendue au-dessus de sa tĂȘte ; que toute sa vie il avait attendu Ă  chaque instant, dans des souffrance indicibles, que cette hache le frappĂąt. Enfin elle l’avait frappĂ©. Le coup Ă©tait mortel. Il voulait s’enfuir, mais il ne savait oĂč aller. Le dernier espoir s’était Ă©vanoui, le dernier prĂ©texte anĂ©anti. Celle dont la vie lui avait Ă©tĂ© un fardeau pendant de longues annĂ©es, celle dont la mort, ainsi qu’il le croyait dans son aveuglement, devait amener sa rĂ©surrection Ă  lui, Ă©tait morte. Enfin il Ă©tait seul ; rien ne le gĂȘnait. Il Ă©tait enfin libre ! Pour la derniĂšre fois, dans un accĂšs de dĂ©sespoir, il avait voulu se juger soi-mĂȘme, se condamner impitoyablement comme un juge Ă©quitable ; mais son archet avait faibli et n’avait pu que rĂ©pĂ©ter faiblement la derniĂšre phrase musicale du gĂ©nie. À ce moment, la folie, qui le guettait depuis dix ans, l’avait frappĂ© irrĂ©missiblement
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Fyodor Dostoevsky (Netochka Nezvanova)
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banquet oifert Ă  un dĂ©putĂ© par ses Ă©lecteurs reconnaissants. La cheminĂ©e est ornĂ©e d’une pendule d’un goĂ»t atrocement troubadour, reprĂ©sentant le templier Bois-Guilbert enlevant une RĂ©becca dorĂ©e sur un cheval argentĂ©. A droite et Ă  gauche de cette odieuse horloge sont placĂ©s deux flambeaux de plaquĂ© sous un globe. Ces magnificences sont l’objet de la secrĂšte envie de plus d’une mĂ©nagĂšre de Pont-de-Arche, et la servante elle-mĂȘme ne les essuie qu’en tremblant. Je ne parle pas de quelques caniches en verre filĂ©, d’un petit saint Jean en pĂąte de sucre, d’un NapolĂ©on en chocolat, d’un cabaret chargĂ© de porcelaines communes et pompeusement installĂ© sur une table ronde, de gravures reprĂ©sentant les Adieux de Fontainebleau, Souvenirs et regrets, la Famille du marin, les Petits Braconniers et autres vulgaritĂ©s du mĂȘme genre. — Concevez-vous rien de pareil ? Je n’ai jamais su comprendre, pour ma part, cet amour du commun et du laid. Je conçois que tout le monde n’ait pas pour logement des Alhambras, des Louvres ou des ParthĂ©nons ; mais il est toujours si facile de ne pas avoir de pendule ! de laisser les murailles nues, et de se priver de lithographies de Maurin ou d’aquatintes de Jazet ! Les gens qui remplissaient ce salon me semblaient, Ă  force de vulgaritĂ©, les plus Ă©tranges du monde ; ils avaient des façons de parler incroyables, et s’exprimaient en style fleuri, comme feu Prudhomme, Ă©lĂšve de Brard et Saint-Omer. Leurs tĂȘtes, Ă©panouies sur leurs cravates blanches, et leurs cols de chemise gigantesques faisaient penser Ă  certains produits de la famille des cucurbitacĂ©s. Quelques hommes ressemblent Ă  des animaux, au lion, au cheval, Ă  l’ñne ; ceux-ci, tout bien considĂ©rĂ©, avaient l’air encore plus vĂ©gĂ©tal que bestial. Des femmes, je n’en dirai rien, m’étant promis de ne jamais tourner en ridicule ce sexe charmant. Au milieu de ces lĂ©gumes humains, Louise faisait l’effet d’une rose dans un carrĂ© de choux. Elle portait une simple robe blanche serrĂ©e Ă  la taille par un ruban bleu ; ses cheveux, sĂ©parĂ©s en bandeaux, encadraient harmonieusement son front pur. Une grosse natte se tordait derriĂšre sa nuque, couverte de cheveux follets et d’un duvet de pĂȘche. Une quakeresse n’aurait rien trouvĂ© Ă  redire Ă  cette mise, qui faisait paraĂźtre d’un grotesque et d’un ridicule achevĂ©s les harnais et les plumets de corbillard. des autres femmes ; il Ă©tait impossible d’ĂȘtre de meilleur goĂ»t. J’avais peur que mon infante ne profitĂąt de la circonstance pour dĂ©ployer quelque toilette excessive et prĂ©tentieuse, achetĂ©e d’occasion. Cette pauvre robe de mousseline qui n’a jamais vu l’Inde, et qu’elle a probablement faite elle-mĂȘme, m’a touchĂ© et sĂ©duit ; je ne tiens pas Ă  la parure. J’ai eu pour maĂźtresse une gitana grenadine qui n’avait pour tout vĂȘtement que des pantoufles bleues et un collier de grains d’ambre ; mais rien ne me contrarie comme un fourreau mal taillĂ© et d’une couleur hostile. Les dandies bourgeois prĂ©fĂ©rant de
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Théophile Gautier (La Croix de Berny: Roman steeple-chase (French Edition))
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[...] Pourtant, s’il n’existe pas de moyen infaillible pour permettre au futur disciple d’identifier un MaĂźtre authentique par une procĂ©dure mentale uniquement, il existe nĂ©anmoins cette maxime Ă©sotĂ©rique universelle (127) que tout aspirant trouvera un guide authentique s’il le mĂ©rite. De mĂȘme que cette autre maxime qu’en rĂ©alitĂ©, et en dĂ©pit des apparences, ce n’est pas celui qui cherche qui choisit la voie, mais la voie qui le choisit. En d’autres termes, puisque le MaĂźtre incarne la voie, il a, mystĂ©rieusement et providentiellement, une fonction active Ă  l’égard de celui qui cherche, avant mĂȘme que l’initiation Ă©tablisse la relation maĂźtre-disciple. Ce qui permet de comprendre l’anecdote suivante, racontĂ©e par le Shaykh marocain al-’ArabĂź ad-DarqĂąwĂź (mort en 1823), l’un des plus grands MaĂźtres soufis de ces derniers siĂšcles. Au moment en question, il Ă©tait un jeune homme, mais qui reprĂ©sentait dĂ©jĂ  son propre Shaykh, ’AlĂź al-Jamal, Ă  qui il se plaignit un jour de devoir aller dans tel endroit oĂč il craignait de ne trouver aucune compagnie spirituelle. Son Shaykh lui coupa la parole : « Engendre celui qu’il te faut! » Et un peu plus tard, il lui rĂ©itĂ©ra le mĂȘme ordre, au pluriel : « Engendre-les! »(128) Nous avons vu que le premier pas dans la voie spirituelle est de « renaĂźtre »; et toutes ces considĂ©rations laissent entendre que nul ne « mĂ©rite » un MaĂźtre sans avoir Ă©prouvĂ© une certaine conscience d’« inexistence » ou de vide, avant-goĂ»t de la pauvretĂ© spirituelle (faqr) d’oĂč le faqĂźr tire son nom. La porte ouverte est une image de cet Ă©tat, et le Shaykh ad-DarqĂąwĂź dĂ©clare que l’un des moyens les plus puissants pour obtenir la solution Ă  un problĂšme spirituel est de tenir ouverte « la porte de la nĂ©cessitĂ© »(129) et de prendre garde qu’elle ne se referme. On peut ainsi en dĂ©duire que ce « mĂ©rite » se mesurera au degrĂ© d’acuitĂ© du sens de la nĂ©cessitĂ© chez celui qui cherche un MaĂźtre, ou au degrĂ© de vacuitĂ© de son Ăąme, qui doit ĂȘtre en effet suffisamment vide pour prĂ©cipiter l’avĂšnement de ce qui lui est nĂ©cessaire. Et soulignons pour terminer que cette « passivitĂ© » n’est pas incompatible avec l’attitude plus active prescrite par le Christ : « Cherchez et vous trouverez; frappez et l’on vous ouvrira », puisque la maniĂšre la plus efficace de « frapper » est de prier, et que supplier est la preuve d’un vide et l’aveu d’un dĂ©nuement, d’une « nĂ©cessitĂ© » justement. En un mot, le futur disciple a, aussi bien que le MaĂźtre, des qualifications Ă  actualiser. 127. Voir, dans le Treasury of Traditional Wisdom de Whitall Perry, Ă  la section rĂ©servĂ©e au MaĂźtre spirituel, pp. 288-95, les citations sur ce point particulier, de mĂȘme que sur d’autres en rapport avec cet appendice. 128. Lettres d'un MaĂźtre soufi, pp. 27-28. 129. Ibid., p. 20. - Le texte dit : « porte de la droiture », erreur de traduction corrigĂ©e par l’auteur, le terme arabe ayant bien le sens de « nĂ©cessitĂ© », et mĂȘme de « besoin urgent ». (NdT)
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Martin Lings (The Eleventh Hour: The spiritual crisis of the modern world in the light of tradition and prophecy)
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Wilhelm, on deviendrait furieux de voir qu’il y ait des hommes incapables de goĂ»ter et de sentir le peu de biens qui ont encore quelque valeur sur la terre. Tu connais les noyers sous lesquels je me .suis assis avec Charlotte, Ă  St
, chez le bon pasteur, ces magnifiques noyers, qui, Dieu le sait, me remplissaient toujours d’une joie calme et profonde. Quelle paix, quelle fraĂźcheur ils rĂ©pandaient sur le presbytĂšre ! Que les rameaux Ă©taient majestueux ! Et le souvenir enfin des vĂ©nĂ©rables pasteurs qui les avaient plantĂ©s, tant d’annĂ©es auparavant !
 Le maĂźtre d’école nous a dit souvent le nom de l’un d’eux, qu’il avait appris de son grand-pĂšre. Ce fut sans doute un homme vertueux, et, sous ces arbres, sa mĂ©moire me fut toujours sacrĂ©e. Eh bien, le maĂźtre d’école avait hier les larmes aux yeux, comme nous parlions ensemble de ce qu’on les avait abattus. Abattus ! j’en suis furieux, je pourrais tuer le chien qui a portĂ© le premier coup de hache. Moi, qui serais capable de prendre le deuil, si, d’une couple d’arbres tels que ceux-lĂ , qui auraient existĂ© dans ma cour, l’un venait Ă  mourir de vieillesse, il faut que je voie une chose pareille !
 Cher Wilhelm, il y a cependant une compensation. Chose admirable que l’humanitĂ© ! Tout le village murmure, et j’espĂšre que la femme du pasteur s’apercevra au beurre, aux Ɠufs et autres marques d’amitiĂ©, de la blessure qu’elle a faite Ă  sa paroisse. Car c’est elle, la femme du nouveau pasteur (notre vieux est mort), une personne sĂšche, maladive, qui fait bien de ne prendre au monde aucun intĂ©rĂȘt, attendu que personne n’en prend Ă  elle. Une folle, qui se pique d’ĂȘtre savante ; qui se mĂȘle de l’étude du canon ; qui travaille Ă©normĂ©ment Ă  la nouvelle rĂ©formation morale et critique du christianisme ; Ă  qui les rĂȘveries de Lavater font lever les Ă©paules ; dont la santĂ© est tout Ă  fait dĂ©labrĂ©e, et qui ne goĂ»te, par consĂ©quent, aucune joie sur la terre de Dieu ! Une pareille crĂ©ature Ă©tait seule capable de faire abattre mes noyers. Vois-tu, je n’en reviens pas. Figure-toi que les feuilles tombĂ©es lui rendent la cour humide et malpropre ; les arbres interceptent le jour Ă  madame, et, quand les noix sont mĂ»res, les enfants y jettent des pierres, et cela lui donne sur les nerfs, la trouble dans ses profondes mĂ©ditations, lorsqu’elle pĂšse et met en parallĂšle Kennikot, Semler et MichaĂ«lis. Quand j’ai vu les gens du village, surtout les vieux, si mĂ©contents, je leur ai dit : « Pourquoi l’avez-vous souffert ?— A la campagne, m’ontils rĂ©pondu, quand le maire veut quelque chose, que peut-on /aire ? * Mais voici une bonne aventure. : le- pasteur espĂ©rait aussi tirer quelque avantage des caprices de sa femme, qui d’ordinaire ne rendent pas sa soupe plus grasse, et il croyait partager le produit avec le maire ; la chambre des domaines en fut avertie et dit : « A moi, s’il vous plaĂźt ! » car elle avait d’anciennes prĂ©tentions sur la partie du presbytĂšre oĂč les arbres Ă©taient plantĂ©s, et elle les a vendus aux enchĂšres. Ils sont Ă  bas ! Oh ! si j’étais prince, la femme du pasteur, le maire, la chambre des domaines, apprendraient
. Prince !
 Eh ! si j’étais prince, que m’importeraient les arbres de mon pays ?
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Johann Wolfgang von Goethe (The Sorrows of Young Werther)