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Depuis l'Antiquité, les femmes sont en retrait des histoires -quand elles y sont. Et lorsqu'elles veulent s'y faire une place, héroïnes tragiques, sorcières ou justicières, quand elles cherchent à démêler les fils de l'embrouille, à déchirer le rideau pour découvrir ce qu'on leur cache avec des règles, des lois, des guerres, quand elles avancent vers la connaissance en cherchant à la partager, le réflexe est toujours le même : les faire taire, à tout prix, au prix de leur vie si nécessaire. Dans les mythes comme dans l'histoire, les grandes figures de révolte sont souvent des femmes. Antigone ou la révolte morale : elle se pend après avoir été condamnée à être enfermée vivante dans un tombeau. Cassandre ou la révolte intellectuelle : elle meurt assassinée par l'épouse de son amant. Cléopâtre ou la révolte politique : elle se suicide pour ne pas être exhibée comme un trophée à Rome. Marguerite Porete ou la révolte religieuse : elle est brûlée vive à Paris en 1310, avec son livre dans lequel elle avait osé prôner une relation directe à Dieu, Le miroir des âmes simples. Jeanne d'Arc ou la révolte guerrière : elle aussi brûlée vive en 1431 sur la Place du Vieux-Marché à Rouen. Olympe de Gouge ou la révolte juridique : elle meurt guillotinée en 1793 à Paris. Les lanceuses d'alerte contemporaines sont, d'une certaine manière, les héritières de ces révoltées. Elles mettent le doigt dans la plaie et elles appuient. On ne les tue plus, mais...
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