Eut Quotes

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Il dort. Quoique le sort fĂ»t pour lui bien Ă©trange, Il vivait. Il mourut quand il n'eut plus son ange. La chose simplement d'elle-mĂȘme arriva, Comme la nuit se fait lorsque le four s'en va.
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Victor Hugo (Les Misérables)
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Il dort. Quoique le sort fut pour lui bien Ă©trange, Il vivait. Il mourut quand il n’eut plus son ange. La choise simplement d’elle-mĂȘme arriva. Comme la nuit se fait lorsque le jour s’en va. He is asleep. Though his mettle was sorely tried, He lived, and when he lost his angel, died. It happened calmly, on its own. The way night comes when day is done.
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Victor Hugo (Les Misérables)
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Un soir qu'ils Ă©taient couchĂ©s l'un prĂšs de l'autre, comme elle lui demandait d'inventer un poĂšme qui commencerait par je connais un beau pays, il s'exĂ©cuta sur-le-champ. Je connais un beau pays Il est de l'or et d'Ă©glantine Tout le monde s'y sourit Ah quelle aventure fine Les tigres y sont poltrons Les agneaux ont fiĂšre mine À tous les vieux vagabonds Ariane donne des tartines. Alors, elle lui baisa le la main, et il eut honte de cette admiration.
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Albert Cohen (Belle du Seigneur)
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Mais il avait oubliĂ© l’inventaire, il ne voyait pas son empire, ces magasins crevant de richesses. Tout avait disparu, les victoires bruyantes d’hier, la fortune colossale de demain. D’un regard dĂ©sespĂ©rĂ©, il suivait Denise, et quand elle eut passĂ© la porte, il n’y eut plus rien, la maison devint noire.
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Émile Zola (The Ladies' Paradise)
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Encore plus faux et dangereux qu’il n’est aimable et sĂ©duisant, jamais, depuis sa plus grande jeunesse, il n’a fait un pas ou dit une parole sans avoir un projet, et jamais il n’eut un projet qui ne fĂ»t malhonnĂȘte ou criminel.
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Pierre Choderlos de Laclos (Les Liaisons dangereuses)
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Mais comment l'avez-vous remarquĂ©e? Vous allez Ă  la mosquĂ©e mais vous prĂȘtez plus d'attention aux gens qui vous entourent qu'Ă  Dieu. Si vous Ă©tiez les bons croyants que vous prĂ©tendez ĂȘtre, vous ne vous seriez mĂȘme pas aperçu de la prĂ©sence de cette femme, eut-elle Ă©tĂ© nue.
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Elif Shafak (The Forty Rules of Love)
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Un regard d'argent, empreint de bonté. D'argent en train de fondre. En le voyant, elle eut conscience de la valeur de Hans Huvermann
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Markus Zusak (The Book Thief)
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Bien différente eut été leur vie s'ils avaient su à temps qu'il est plus facile de contourner les grandes catastrophes conjugales que les minuscules misÚres de tous les jours.
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Gabriel GarcĂ­a MĂĄrquez (Love in the Time of Cholera)
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Il y eut un silence et il dit : - J'ai cru bien faire, Herr Unteroffizier. - Il ne faut pas croire, BĂŒrkel. Il faut obĂ©ir.
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Robert Merle (La mort est mon métier)
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DerriĂšre mon dos, un officier de sa suite chuchota d'une voix moqueuse : "Eh bien on leur donne quand mĂȘme une douche aprĂšs tout." Il y eut deux ou trois rires Ă©touffĂ©s.
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Robert Merle (La mort est mon métier)
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Il dort. Quoique le sort fut pour lui bien Ă©trange, Il vivait. Il mourut quand il n'eut plus son ange. La chose simplement d'elle-mĂȘme arriva, Comme la nuit se fait lorsque le jour s'en va.
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Victor Hugo (Les Misérables)
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Il dort. Quoique le sort fut pour lui bien etrange, Il vivait. Il mourut quand il n'eut plus son ange. La chose simplement d'elle-meme arriva, Comme la nuit se fait lorsque le jour s'en va.[71]
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Victor Hugo (Les Misérables)
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Il parvint à la reconnaitre au milieu du tumulte et, à travers les larmes de sa douleur irrémédiable de mourir sans elle, la regarda une derniÚre fois, pour toujours et à jamais, avec les yeux les plus lumineux, les plus tristes et les plus reconnaissants qu'elle lui eut vus en un demi-siÚcle de vie commune, et il réussit à lui dire dans un dernier souffle: << Dieu seul sait combien je t'ai aimée >>
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Gabriel GarcĂ­a MĂĄrquez (Love in the Time of Cholera)
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Heureusement l'ennemi Ă©tait on ne peut moins entreprenant. Il y eut des nuits oĂč notre position eĂ»t pu ĂȘtre prise d'assaut par vingt boy-scouts armĂ©s de carabines Ă  air comprimĂ©, ou tout aussi bien par vingt girl-guides armĂ©es de raquettes.
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George Orwell (Homage to Catalonia)
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« Un homme trĂšs croyant priait chaque jour son Dieu, puis un jour il perdit beaucoup d’argent et se mit Ă  prier Dieu pour gagner au loto
 Au bout de nombreuses annĂ©es, l’homme mourut et comme il Ă©tait un croyant rempli de ferveur, il rencontra Dieu. Il lui dit alors : “Dieu, pourquoi ne m’as-tu pas aidĂ© pour gagner au loto au moment oĂč j’en avais le plus besoin alors que je t’ai toujours servi avec ferveur ?” Et Dieu lui rĂ©pondit : “Mon fils je n’aurais pas demandĂ© mieux que de t’aider mais encore eut-il fallu que tu achĂštes un billet du loto.” »
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Anne Meurois-Givaudan (Petit manuel pour un grand passage)
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Une fois, il m'a dit que j'Ă©tais belle. Il y a plus de vingt ans et j'avais un peu plus de vingt ans. J'Ă©tais joliment vĂȘtue, un faux air de Dior; il voulait coucher avec moi. Son compliment eut raison de mes jolis vĂȘtements. Vous voyez, on se ment toujours. Parce que l'amour ne rĂ©sisterait pas Ă  la vĂ©ritĂ©.
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Grégoire Delacourt (La liste de mes envies)
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Toutes les nuits je ne pense qu'en celle Qui a le corps plus gent qu'une pucelle De quatorze ans, sur le point d'enrager: Et au dedans un cƓur, pour abrĂ©ger, Autant joyeux qu'eut oncques damoiselle. Elle a beau teint, un parler de bon zĂ©le, Et le tĂ©tin rond comme une grozelle; N'ai-je donc pas bien cause de songer Toutes les nuits?
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Clément Marot
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Plus tard, entre le rĂȘve Ă©veillĂ© et la lĂ©thargie, elle sentit un courant d’air trĂšs frais derriĂšre elle, avant qu’une douce chaleur irradie le long de son dos. Un bras fort se resserra autour de sa taille et elle se sentit lovĂ©e contre un torse ferme et agrĂ©ablement chaud. Elle n’eut mĂȘme pas Ă  rĂ©flĂ©chir pour reconnaĂźtre la silhouette de Tristan. Tout son ĂȘtre le reconnaissait.
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Elisia Blade (Séduire & Conquérir (Crush Story #4))
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Elle se tut, si belle que Natan eut l'impression qu'une porte s'ouvrait. Une porte chargée de plus de pouvoirs que toutes celles des Bùtisseurs réunis. Une porte que trois mots magiques lui permettaient d'emprunter. Ces trois mots qui existaient en lui depuis le commencement des temps. Depuis la premiÚre fois qu'il l'avait vue. Trois mots. Il les lui chuchota à l'oreille. Shaé tressaillit.
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Pierre Bottero (Le Souffle de la HyĂšne (L'Autre, #1))
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la ration de viande Ă©tait si rĂ©duite que les chansonniers prĂ©tendaient qu’on pouvait l envelopper dans un ticket de mĂ©tro - Ă  condition que le ticket n’eut pas Ă©tĂ© poinçonnĂ©, sinon, la viande risquait de tomber par le trou. (
) Certaines Ă©toffes Ă©taient en fibre de bois. (
) quelques cinĂ©mas restaient ouverts grĂące aux gĂ©nĂ©rateurs Ă©lectriques qu’actionnaient de vaillants pĂ©daleurs. (1re partie, ch. 2)
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Larry Collins (Is Paris Burning?)
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Elle passa la main sur son front, s’obligeant Ă  respirer avec lenteur pour chasser le cauchemar qui pulsait encore dans chacune des fibres de son corps. Elle se leva sans bruit. — Que t’arrive-t-il ? murmura Salim prĂšs d’elle. — Un mauvais rĂȘve. Je vais marcher un peu. Pour oublier... — Je viens. Ce n’était pas une question ni mĂȘme une proposition. Aussi silencieux l’un que l’autre, ils s’éloignĂšrent du tas de cendres qui rougeoyait toujours. Ils n’avaient pas fait trois pas que la voix d’Edwin s’éleva. Parfaitement Ă©veillĂ©e. — Ne dĂ©passez pas la limite des arbres. Puis celle d’Ellana. Gouailleuse. — Ni les autres. Salim n’eut pas le temps de trouver une rĂ©plique. — Les limites exister pour ĂȘtre dĂ©passĂ©es ! — Et si vous fichiez la paix Ă  ces jeunes gens ? Chiam et Erylis ! Son cauchemar eĂ»t-il Ă©tĂ© moins prĂ©gnant, Ewilan aurait Ă©clatĂ© de rire.
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Pierre Bottero (L'ƒil d'Otolep (Les Mondes d'Ewilan, #2))
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La mort ne faisait pas souffrir. C'Ă©tait la vie, cette atroce sensation d'Ă©touffement : c'Ă©tait le dernier coup que devait lui porter la vie. Ses mains et ses pieds, dans un dernier sursaut de volontĂ©, se mirent Ă  battre, Ă  faire bouillonner l'eau, faiblement, spasmodiquement. Mais malgrĂ© ses efforts dĂ©sespĂ©rĂ©s, il ne pourrait jamais plus remonter ; il Ă©tait trop bas, trop loin. Il flottait languissement, bercĂ© par un flot de visions trĂšs douces. Des couleurs, une radieuse lumiĂšre l'enveloppaient, le baignaient, le pĂ©nĂ©traient. Qu'Ă©tait-ce ? On aurait dit un phare. Mais non, c'Ă©tait dans son cerveau, cette Ă©blouissante lumiĂšre blanche. Elle brillait de plus en plus resplendissante. Il y eut un long grondement, et il lui sembla glisser sur une interminable pente. Et, tout au fond, il sombra dans la nuit. Ça, il le sut encore : il avait sombrĂ© dans la nuit. Et au moment mĂȘme oĂč il le sut, il cessa de le savoir.
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Jack London (Martin Eden)
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Un jour, dit la lĂ©gende, il y eut un immense incendie de forĂȘt. Tous les animaux terrifiĂ©s et atterrĂ©s observaient, impuissants, le dĂ©sastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacĂ© par ses agissements dĂ©risoires, lui dit: « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas Ă©teindre le feu ? » « Je le sais », rĂ©pond le colibri, « mais je fais ma part.
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Pierre Rabhi (La part du colibri: L'EspĂšce humaine face Ă  son devenir)
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- Bon, intervint Camille. par quoi commence-t-on ? Nous allons chez Mathieu ? Il n'y eut pas de rĂ©ponse et elle planta les mains sur ses hanches. - Je vous signale que je suis la plus jeune, les fustigea-t-elle. Vous pourriez faire un effort et ne pas me laisser prendre seule toutes les dĂ©cisions. vous ressemblez Ă  deux moutons ! - Ne t'inquiĂštes pas, Bjorn, persifla Salim. Ça la prend rĂ©guliĂšrement, mais elle fait des progrĂšs. Il n'y a pas longtemps, elle me traitait de mollusque. Me voilĂ  devenu mouton. Peut-ĂȘtre un jour aurai-je le droit d'ĂȘtre traitĂ© comme un humain ! Dis-moi ma vieille, poursuivit-il Ă  l'intention de Camille, ça changerait quoi qu'on te donne notre avis ? Tu ne tiens jamais compte de ce qu'on te propose ! Suppose que je te conseille d'attendre demain pour rendre visite Ă  ton frĂšre. Quelle serait ta rĂ©action ? - Je t'Ă©couterai jusqu'au bout, lança-t-elle d'une voix tranquille, et je te dirais que ton idĂ©e est stupide. Nous y allons tout de suite. En route ! Bjorn la regardait, sidĂ©rĂ©, et Salim hocha la tĂȘte. - Surprenante, non ?
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Pierre Bottero (L'Ăźle du destin (La QuĂȘte d'Ewilan, #3))
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Il eut un rire mĂ©prisant. „Non, je ne parle pas d’ordres reçus et d’obĂ©issance. Le bourreau n’obĂ©it pas Ă  des ordres. Il fait son travail, il ne hait pas ceux qu’il exĂ©cute, il ne se venge pas sur eux, il ne les supprime pas parce qu’ils le gĂȘnent ou le menacent ou l’agressent. Ils lui sont complĂštement indiffĂ©rents. Ils lui sont tellement indiffĂ©rents qu’il peut tout aussi bien les tuer que ne pas les tuer.” Il me regarda. „Pas de mais? Allez-y, dites qu’il n’est pas permis qu’un homme soit Ă  ce point indiffĂ©rent Ă  un autre. On ne vous a pas appris ça? La solidaritĂ© avec tout ce qui a visage humain? La dignitĂ© humaine? Le respect de la vie?
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Bernhard Schlink (The Reader)
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Puis elle s’avisa que la lettre pourrait ĂȘtre utile, la dĂ©froissa soigneusement sur son couvre—pied et la relut en se rongeant les ongles. Quand elle eut une bonne demi—douzaine de rognures, elle les rassembla entre le pouce et l’index, dĂ©fit le pommeau de cuivre d’un montant de son lit et les laissa tomber dedans, l’air grave et solennel. Depuis une cinquantaine d’annĂ©es, elle accumulait ainsi ses rognures et avait dĂ©jĂ  rempli les deux montants du pied. C’était une des rares et modesres joies de son existence solitaire que de se figurer en esprit de temps Ă  autre la masse qu’elles formeraient si on les rassemblait dans un seau. (chapitre 28)
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Yves Beauchemin (Juliette Pomerleau)
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Je voulais vous exposer mon livre aussi succinctement que possible; mais je vois qu'il me faudra y joindre encore quantité d'explications verbales. Mon exposé exigera donc au moins dix soirées d'aprÚs le nombre de chapitres de mon livre. (Il y eut quelques rires.) De plus, je dois vous prévenir que mon systÚme n'est pas complÚtement achevé. (Nouveaux rires.) Je me suis embrouillé dans mes propres données et ma conclusion se trouve en contradiction directe avec l'idée fondamentale du systÚme. Partant de la liberté illimitée, j'aboutis au despotisme illimité. J'ajoute à cela, cependant, qu'il ne peut y avoir d'autre solution du problÚme que la mienne.
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Fyodor Dostoevsky (Demons)
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Il eut mĂȘme le temps de comparer les mĂ©rites respectifs de l'une et de l'autre et de faire ce choix sans consĂ©quence pratique que font presque toujours les hommes en regardant les femmes. Darenski, qui cherchait Ă  mettre la main sur le commandant de l'armĂ©e, qui se demandait si celui-ci lui donnerait les chiffres dont il avait besoin, qui se demandait oĂč il pourrait trouver Ă  manger et Ă  dormir, qui aurait aimĂ© savoir si la division oĂč il devait se rendre n'Ă©tait pas trop Ă©loignĂ©e et si la route qui y menait n'Ă©tait pas trop mauvaise, Darenski, donc, eut le temps de se dire pour la forme (mais quand mĂȘme pas seulement pour la forme): 'Celle-lĂ !' Et il advint qu'il n'alla pas chez le chef de l'Ă©tat-major mais resta Ă  jouer aux cartes.
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Vasily Grossman
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Il eut soudain envie d'abandonner ses projets, de sortir dans la nuit et de partir. Il allait traverser les montagnes enneigĂ©es, sans s'arrĂȘter, et parcourir les cents lieus qui le sĂ©paraient de l'Auvergne, et lĂ -bas se rĂ©fugier dans sa vieille caverne et s'y endormir pour ne jamais se rĂ©veiller. Mais il n'en fit rien. Il resta assis et ne cĂ©da pas, parce que c'Ă©tait chez lui une envie ancienne, de partir et de se rĂ©fugier dans sa caverne. Il connaissait cela. Ce qu'en revanche il ne connaissait pas encore, c'Ă©tait de possĂ©der un parfum humain, aussi magnifique que le parfum de la jeune fille derriĂšre le mur. Et quoiqu'il sĂ»t devoir payer cruellement la possession de ce parfum de sa perte ultĂ©rieure, cette possession et cette perte lui parurent plus dĂ©sirables que de renoncer abruptement Ă  l'une comme Ă  l'autre. Car il avait passĂ© sa vie Ă  renoncer. Tandis que jamais encore il n'avait possĂ©dĂ© et perdu.
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Patrick SĂŒskind (Perfume: The Story of a Murderer)
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De fait, la relation entre l’amour et la nuit n’est pas seulement un thĂšme bien connu de la poĂ©sie romantique. Elle a aussi un soubassement existentiel diversement attestĂ©. Universellement, c’est surtout la nuit qu’hommes et femmes s’unissent sexuellement. MĂȘme lorsqu’il s’agit d'une simple aventure, la formule typique et la promesse seront toujours une « nuit d'amour » — dans ce contexte une « matinĂ©e d’amour » ferait l'effet d une fausse note. [...] Et si souvent les femmes — certaines femmes — dĂ©sirent encore maintenant cette condition, c’est parce qu’agit en elles, plus que la pudeur, un lointain reflet instinctif du phĂ©nomĂšne servant de fondement aux dispositions ou usages rituels dont on a parlĂ© et leur confĂ©rant une signification qui n’a rien de saugrenu. Hathor, dĂ©esse Ă©gyptienne de l’amour, eut aussi le nom de «MaĂźtresse de la Nuit», et l’on peut peut-ĂȘtre saisir un lointain Ă©cho de tout cela dans ce vers de Baudelaire : «Tu charmes comme le soir — Nymphe tĂ©nĂ©breuse et chaude».
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Julius Evola (Eros and the Mysteries of Love: The Metaphysics of Sex)
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De nos jours, tout le monde veut paraĂźtre intelligent ; on aimerait mieux ĂȘtre taxĂ© de criminel que de naĂŻf, si cela pouvait se faire sans risques. Mais comme l'intelligence ne se tire pas du vide, on a recours Ă  des subterfuges : l'un des plus courants est la manie de la "dĂ©mystification", qui permet d'avoir l'air intelligent Ă  peu de frais, car il suffit de dire que la rĂ©action normale vis-Ă -vis de tel phĂ©nomĂšne est un "prĂ©jugĂ©" et qu'il est grand temps de le prĂ©senter en dehors de la "lĂ©gende" ; si on pouvait soutenir que l'ocĂ©an est un Ă©tang et l'Himalaya une colline, on le ferait. Il est impossible Ă  certains auteurs de se borner Ă  constater, comme tout le monde l'a fait avant eux, que telle chose ou tel homme eut telles qualitĂ©s et tel destin ; il faut toujours commencer par faire remarquer qu'"on a trop dit que..." et que la rĂ©alitĂ© est tout autre, et qu'on l'a enfin dĂ©couverte, et qu'auparavant tout le monde Ă©tait dans le "mensonge". On applique ce stratagĂšme surtout Ă  des choses Ă©videntes et universellement connues ; ce serait par trop naĂŻf sans doute de reconnaĂźtre en deux mots qu'un lion est un carnivore et qu'il n'est pas tout Ă  fait sans danger.
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Frithjof Schuon (Light on the Ancient Worlds: A New Translation with Selected Letters)
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Le premier empereur est appelĂ© l'Empereur du Ciel. Il a dĂ©terminĂ© l'ordre du temps qu'il a divisĂ© en dix troncs cĂ©lestes et douze branches terrestres, le tout formant un cycle. Cet empereur vĂ©cut dix-huit mille ans. Le second empereur est l'Empereur de la Terre ; il vĂ©cut aussi dix-huit mille ans : on lui attribue la division du mois en trente jours. Le troisiĂšme empereur est l'Empereur des Hommes. Sous son rĂšgne apparaissent les premiĂšres Ă©bauches de la vie sociale. Il partage son territoire en neuf parties, et Ă  chacune d'elles il donne pour chef un des membres de sa famille. L'histoire cĂ©lĂšbre pour la premiĂšre fois les beautĂ©s de la nature et la douceur du climat. Ce rĂšgne eut quarante-cinq mille cinq cents ans de durĂ©e. Pendant ces trois rĂšgnes qui embrassent une pĂ©riode de quatre-vingt-un mille ans, il n'est question ni de l'habitation, ni du vĂȘtement. L'histoire nous dit que les hommes vivaient dans des cavernes, sans crainte des animaux, et la notion de la pudeur n'existait pas parmi eux. A la suite de quels Ă©vĂ©nements cet Ă©tat de choses se transforma-t-il ? L'histoire n'en dit mot. Mais on remarquera les noms des trois premiers empereurs qui comprennent trois termes, le ciel, la terre, les hommes, gradation qui conduit Ă  l'hypothĂšse d'une dĂ©cadence progressive dans l'Ă©tat de l'humanitĂ©.
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Tcheng-Ki-Tong (Les Chinois peints par eux-mĂȘmes)
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Le « mythe », comme l’« idole » n’a jamais Ă©tĂ© qu’un symbole incompris : l’un est dans l’ordre verbal ce que l’autre est dans l’ordre figuratif ; chez les Grecs, la poĂ©sie produisit le premier comme l’art produisit la seconde ; mais, chez les peuples Ă  qui, comme les Orientaux, le naturalisme et l’anthropomorphisme sont Ă©galement Ă©trangers, ni l’un ni l’autre ne pouvaient prendre naissance, et ils ne le purent en effet que dans l’imagination d’Occidentaux qui voulurent se faire les interprĂštes de ce qu’ils ne comprenaient point. L’interprĂ©tation naturaliste renverse proprement les rapports : un phĂ©nomĂšne naturel peut, aussi bien que n’importe quoi dans l’ordre sensible, ĂȘtre pris pour symboliser une idĂ©e ou un principe, et le symbole n’a de sens et de raison d’ĂȘtre qu’autant qu’il est d’un ordre infĂ©rieur Ă  ce qui est symbolisĂ©. De mĂȘme, c’est sans doute une tendance gĂ©nĂ©rale et naturelle Ă  l’homme que d’utiliser la forme humaine dans le symbolisme ; mais cela, qui ne prĂȘte pas en soi Ă  plus d’objections que l’emploi d’un schĂ©ma gĂ©omĂ©trique ou de tout autre mode de reprĂ©sentation, ne constitue nullement l’anthropomorphisme, tant que l’homme n’est point dupe de la figuration qu’il a adoptĂ©e. En Chine et dans l’Inde, il n’y eut jamais rien d’analogue Ă  ce qui se produisit en GrĂšce, et les symboles Ă  figure humaine, quoique d’un usage courant, n’y devinrent jamais des « idoles » ; et l’on peut encore noter Ă  ce propos combien le symbolisme s’oppose Ă  la conception occidentale de l’art : rien n’est moins symbolique que l’art grec, et rien ne l’est plus que les arts orientaux ; mais lĂ  oĂč l’art n’est en somme qu’un moyen d’expression et comme un vĂ©hicule de certaines conceptions intellectuelles, il ne saurait Ă©videmment ĂȘtre regardĂ© comme une fin en soi, ce qui ne peut arriver que chez les peuples Ă  sentimentalitĂ© prĂ©dominante. C’est Ă  ces mĂȘmes peuples seulement que l’anthropomorphisme est naturel, et il est Ă  remarquer que ce sont ceux chez lesquels, pour la mĂȘme raison, a pu se constituer le point de vue proprement religieux ; mais, d’ailleurs, la religion s’y est toujours efforcĂ©e de rĂ©agir contre la tendance anthropomorphique et de la combattre en principe, alors mĂȘme que sa conception plus ou moins faussĂ©e dans l’esprit populaire contribuait parfois au contraire Ă  la dĂ©velopper en fait. Les peuples dits sĂ©mitiques, comme les Juifs et les Arabes, sont voisins sous ce rapport des peuples occidentaux : il ne saurait, en effet, y avoir d’autre raison Ă  l’interdiction des symboles Ă  figure humaine, commune au JudaĂŻsme et Ă  l’Islamisme, mais avec cette restriction que, dans ce dernier, elle ne fut jamais appliquĂ©e rigoureusement chez les Persans, pour qui l’usage de tels symboles offrait moins de dangers, parce que, plus orientaux que les Arabes, et d’ailleurs d’une tout autre race, ils Ă©taient beaucoup moins portĂ©s Ă  l’anthropomorphisme.
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René Guénon (Introduction to the Study of the Hindu Doctrines (Collected Works of Rene Guenon))
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Le dĂ©ment - N'avez-vous pas entendu parler de ce dĂ©ment qui, dans la clartĂ© de midi alluma une lanterne, se prĂ©cipita au marchĂ© et cria sans discontinuer : « Je cherche Dieu ! Je cherche Dieu ! » –Étant donnĂ© qu'il y avait justement lĂ  beaucoup de ceux qui ne croient pas en Dieu, il dĂ©chaĂźna un Ă©norme Ă©clat de rire. S'est-il donc perdu ? disait l'un. S'est-il Ă©garĂ© comme un enfant ? disait l'autre. Ou bien s'est-il cachĂ© ? A-t-il peur de nous ? S'est-il embarquĂ© ? A-t-il Ă©migrĂ© ?–ainsi criaient-ils en riant dans une grande pagaille. Le dĂ©ment se prĂ©cipita au milieu d'eux et les transperça du regard. « OĂč est passĂ© Dieu ? lança-t-il, je vais vous le dire ! Nous l'avons tuĂ©,–vous et moi ! Nous sommes tous ses assassins ! Mais comment avons-nous fait cela ? Comment pĂ»mes-nous boire la mer jusqu'Ă  la derniĂšre goutte ? Qui nous donna l'Ă©ponge pour faire disparaĂźtre tout l'horizon ? Que fĂźmes-nous en dĂ©tachant cette terre de son soleil ? OĂč l'emporte sa course dĂ©sormais ? OĂč nous emporte notre course ? Loin de tous les soleils ? Ne nous abĂźmons-nous pas dans une chute permanente ? Et ce en arriĂšre, de cĂŽtĂ©, en avant, de tous les cĂŽtĂ©s ? Est-il encore un haut et un bas ? N'errons-nous pas comme Ă  travers un nĂ©ant infini ? L'espace vide ne rĂ©pand-il pas son souffle sur nous ? Ne s'est-il pas mis Ă  faire plus froid ? La nuit ne tombe-t-elle pas continuellement, et toujours plus de nuit ? Ne faut-il pas allumer des lanternes Ă  midi ? N'entendons-nous rien encore du bruit des fossoyeurs qui ensevelissent Dieu ? Ne sentons-nous rien encore de la dĂ©composition divine ?–les dieux aussi se dĂ©composent ! Dieu est mort ! Dieu demeure mort ! Et nous l'avons tuĂ© ! Comment nous consolerons-nous, nous, assassins entre les assassins ? Ce que le monde possĂ©dait jusqu'alors de plus saint et de plus puissant, nos couteaux l'ont vidĂ© de son sang,–qui nous lavera de ce sang ? Avec quelle eau pourrions-nous nous purifier ? Quelles cĂ©rĂ©monies expiatoires, quels jeux sacrĂ©s nous faudra-t-il inventer ? La grandeur de cet acte n'est-elle pas trop grande pour nous ? Ne nous faut-il pas devenir nous-mĂȘmes des dieux pour apparaĂźtre seulement dignes de lui ? Jamais il n'y eut acte plus grand,–et quiconque naĂźt aprĂšs nous appartient du fait de cet acte Ă  une histoire supĂ©rieure Ă  ce que fut jusqu'alors toute histoire ! » Le dĂ©ment se tut alors et considĂ©ra de nouveau ses auditeurs : eux aussi se taisaient et le regardaient dĂ©concertĂ©s. Il jeta enfin sa lanterne Ă  terre : elle se brisa et s'Ă©teignit. « Je viens trop tĂŽt, dit-il alors, ce n'est pas encore mon heure. Cet Ă©vĂ©nement formidable est encore en route et voyage,–il n'est pas encore arrivĂ© jusqu'aux oreilles des hommes. La foudre et le tonnerre ont besoin de temps, la lumiĂšre des astres a besoin de temps, les actes ont besoin de temps, mĂȘme aprĂšs qu'ils ont Ă©tĂ© accomplis, pour ĂȘtre vus et entendus. Cet acte est encore plus Ă©loignĂ© d'eux que les plus Ă©loignĂ©s des astres,–et pourtant ce sont eux qui l'ont accompli. » On raconte encore que ce mĂȘme jour, le dĂ©ment aurait fait irruption dans diffĂ©rentes Ă©glises et y aurait entonnĂ© son Requiem aeternam deo. ExpulsĂ© et interrogĂ©, il se serait contentĂ© de rĂ©torquer constamment ceci : « Que sont donc encore ces Ă©glises si ce ne sont pas les caveaux et les tombeaux de Dieu ? »
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Friedrich Nietzsche (The Gay Science)
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Quand Ts'in (Qin n.n.) eut dispersĂ© les royaumes combattants et qu’il rĂ©gna sur l’empire, sa conduite ne changea pas, son gouvernement ne se modifia pas ; c’est pourquoi il obtint des rĂ©sultats diffĂ©rents lorsqu’il fit des conquĂȘtes et lorsqu’il les conserva ; il Ă©tait isolĂ© en possession (de l'empire), et c’est pourquoi on pouvait attendre sa perte imminente. Supposez que le roi de Ts’in eĂ»t administrĂ© les affaires suivant les principes des gĂ©nĂ©rations anciennes et qu’il eĂ»t suivi les traces des Yn (Shang n.n.) et des Tcheou (Zhou n.n.) dans la direction qu’il donna Ă  son gouvernement ; quand bien mĂȘme dans la suite il y aurait eu un souverain dissolu et arrogant, la calamitĂ© de la ruine et du pĂ©ril ne se serait point produite. C’est pourquoi quand les trois dynasties fondĂšrent leur empire, leur renommĂ©e fut Ă©clatante et leur Ɠuvre dura longtemps. Maintenant, lorsque Eul-che (Qin Er Shi n.n.) (de la dynastie) Ts'in prit le pouvoir, dans l'empire il n'y eut personne qui ne tendit le cou pour observer comment il gouvernerait; en effet, celui qui a froid apprĂ©cie fort des vĂȘtements grossiers, celui qui a faim trouve agrĂ©able au goĂ»t la lie du vin et l'enveloppe du grain; l'empire retentissait de plaintes, c'Ă©tait une ressource pour le nouveau souverain: cela signifie qu'auprĂšs d'un peuple accablĂ© il est aisĂ© de passer pour bon.
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Sima Qian (MĂ©moires historiques - DeuxiĂšme Section)
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Si Eul-che (Qin Er Shi n.n.) s’était conduit comme un souverain ordinaire et avait confiĂ© les charges aux hommes loyaux et sages, si les sujets et le souverain avaient eu les mĂȘmes sentiments et avaient pris en pitiĂ© le malheur du monde, si, quand il Ă©tait encore vĂȘtu de blanc, (Eul-che) avait rĂ©parĂ© les fautes de l’empereur son prĂ©dĂ©cesseur, s’il avait divisĂ© son territoire et distribuĂ© son peuple de façon Ă  donner des fiefs aux descendants des plus mĂ©ritants entre ses sujets, s'il avait fondĂ© des royaumes et Ă©tabli des princes de maniĂšre Ă  honorer l'empire, s'il avait vidĂ© les prisons et Ă©pargnĂ© les supplices, relĂąchĂ© ceux qui avaient Ă©tĂ© condamnĂ©s comme parents complices' et ceux qui avaient Ă©tĂ© condamnĂ©s comme calomniateurs, et renvoyĂ© chacun dans son village, s'il avait rĂ©pandu le contenu de ses greniers et distribuĂ© ses richesses afin de secourir les personnes abandonnĂ©es et misĂ©rables, s'il avait restreint les taxes et diminuĂ© les corvĂ©es afin d'aider le peuple en dĂ©tresse, s'il avait adouci les lois et modĂ©rĂ© les chĂątiments afin de sauve- garder l'avenir, il aurait fait que tous les habitants de l'empire auraient pu se corriger, qu'ils auraient redoublĂ© de vertu et auraient rĂ©formĂ© leurs actions, que chacun aurait veille sur sa propre conduite, que les espĂ©rances de la multitude du peuple auraient Ă©tĂ© satisfaites; puis, grĂące au prestige et Ă  la bienfaisance qu'il aurait exercĂ©s sur l'empire, l'empire tout entier se serait rassemblĂ© autour de lui. Alors, Ă  l’intĂ©rieur des mers, tous auraient Ă©tĂ© contents et chacun se serait trouvĂ© heureux de son sort ; on n’aurait eu qu’une crainte, celle d’un changement ; mĂȘme s’il y avait eu des fourbes dans le peuple, ils n’auraient pu distraire le cƓur du souverain ; mĂȘme s’il y avait eu des ministres dĂ©shonnĂȘtes, ils n’auraient pu dĂ©cevoir son intelligence ; le flĂ©au des cruautĂ©s et des troubles aurait donc pris fin. Eul-che ne suivit point cette ligne de conduite, mais aggrava la situation par son manque de raison. Il ruina le temple ancestral aux yeux du peuple ; il recommença Ă  construire le palais Ngo-pang; il multiplia les chĂątiments et aggrava les supplices ; ses officiers gouvernĂšrent avec la derniĂšre rigueur ; les rĂ©compenses et les punitions furent injustes; les taxes et les impĂŽts furent immodĂ©rĂ©s ; l'empire fut accablĂ© de corvĂ©e; les officiers ne purent maintenir l'ordre ; les cent familles se trouvĂšrent Ă  toute extrĂ©mitĂ© et le souverain ne les recueillit pas et n'eut pas pitiĂ© d'elles. A la suite de cela, la perversitĂ© surgit de toutes parts et l’empereur et ses sujets se trompĂšrent mutuellement. Ceux qui avaient encouru des condamnations Ă©taient en foule ; ceux qui avaient Ă©tĂ© mutilĂ©s et suppliciĂ©s s’apercevaient de loin les uns les autres sur les routes, et l’empire en souffrait. Depuis, les princes et les hauts dignitaires jus- qu'au commun peuple, tous Ă©taient tourmentĂ©s de l’idĂ©e de leur propre danger et se trouvaient personnellement dans une situation trĂšs pĂ©nible. Aucun d’eux ne se sentait Ă  l’aise dans la place qu’il occupait ; aussi Ă©tait-il facile de les Ă©branler. C’est pourquoi Tch’en ChĂ© (Chen Sheng n.n.) sans avoir besoin d’ĂȘtre sage comme T’ang et Ou' (Wu n.n.), sans ĂȘtre au prĂ©alable Ă©levĂ© en dignitĂ© comme les ducs ou les marquis, n’eut qu’à agiter, le bras Ă  Ta-tsĂ© pour que l’empire entier lui rĂ©pondit comme l’écho, car son peu-pie Ă©tait en danger.
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Sima Qian (MĂ©moires historiques - DeuxiĂšme Section)
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Quelle en est la cause ? La voici : dans les temps modernes et dans l'antiquitĂ©, il n'y avait plus de rois depuis longtemps; la maison des Tcheou (Zhou n.n.) s'Ă©tait affaiblie; quand les cinq hĂ©gĂ©mons eurent cessĂ© d'ĂȘtre, ses ordres n'eurent plus d'autoritĂ© dans l'empire; c'est pourquoi les seigneurs gouvernĂšrent par la violence ; les forts tyrannisĂšrent les faibles; la majoritĂ© opprima la minoritĂ©; les armes et les cuirasses ne furent point dĂ©posĂ©es; les hommes de valeur et le peuple furent Ă©puisĂ©s. Or, quand Ts'in (Qin n.n.) se tourna du cĂŽtĂ© du sud et rĂ©gna sur l'empire, il y eut dĂšs lors en haut un Fils du Ciel ; aussitĂŽt la multitude innombrable du peuple espĂ©ra obtenir la paix conforme Ă  sa nature et Ă  sa destinĂ©e ; il n’y eut per- sonne qui ne se portĂąt vers lui de tout son cƓur et qui ne regardĂąt en haut avec respect. Dans ces circonstances, c’était lĂ  que se trouvait le principe du prestige protecteur, de la gloire assurĂ©e, du pĂ©ril conjurĂ©. Le roi de Ts’in (Qin n.n.) nourrissait des sentiments avides et bas; il appliquait les connaissances qui sortaient de son propre esprit; il ne donnait pas sa confiance aux ministres Ă©prouvĂ©s et ne contractait pas des liens Ă©troits avec les gens de valeur et le peuple ; il abandonna la ligne de conduite suivie par les rois et Ă©tablit son pou- voir autocratique; il interdit les Ă©crits et les livres et rendit impitoyables les chĂątiments et les lois ; il mit au premier rang la tromperie et la violence, et au dernier rang la bontĂ© et la justice; il fit de la tyrannie le fonde- ment de l'empire. Or, si celui qui conquiert et annexe met en avant la tromperie et la violence, d’autre part, celui qui pacifie et affermit tient en estime la douceur et l’équitĂ© ; cela signifie que les mĂ©thodes ne sont pas les mĂȘmes pour prendre et pour conserver.
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Sima Qian (MĂ©moires historiques - DeuxiĂšme Section)
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Les voies qui mÚnent à Dieu sont impénétrables. Plus impénétrables encore sont celles qui mÚnent au succÚs. Il y eut, suite à cet incident, une véritable ruée sur les oeuvres de Prétextat Tach. Dix ans plus tard, il était un classique. Fin du roman.
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Amélie Nothomb (HygiÚne de l'assassin)
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11 heures. Il y eut tout. La jalousie, l'exclusion, la fin de l'histoire durant quelques secondes. Une jeune femme, grande, blonde et plate (entre vingt-cinq et trente ans, à cÎté d'elle la femme de S. paraissait fripée), qu'il voulait visiblement séduire. Elle était accompagnée de son mari, éditeur minuscule, du PC sans doute. Entre les deux couples formés, j'étais de trop. En plus, ma présence paraissait bizarre (à la femme de S. et à cette femme, qui a tout de suite repéré une connivence entre S. et moi). Puis je pars. Seule. Je revois ce tapis de l'ambassade, ces marches que je descends en pensant, « ça y est ».
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Annie Ernaux (Se perdre (Folio t. 3712))
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On eut le grand tort, par la suite, de considĂ©rer les revendications roumaines entiĂšrement satisfaites et les traitĂ©s de 1919 et de 1920 comme leur expression dĂ©finitive. Leurs dispositions n'Ă©taient en rĂ©alitĂ© que le rĂ©sultat d'un compromis, entre des aspirations ethniques plus Ă©tendues et la pression des Grandes Puissances, qui en marchandĂšrent longuement la reconnaissance. Le vĂ©ritable fondement de l'unitĂ© roumaine n'a Ă©tĂ© Ă©tabli ni Ă  Saint-Germain, ni Ă  Trianon ; il est constituĂ© par l'existence mĂȘme du peuple roumain, Ă©nigme et miracle de l'histoire du Sud-Est de l'Europe, et par la mission qui lui est dĂ©volue par sa situation gĂ©ographique. À ce point de vue, les Ă©vĂ©nements de 1919 comportent une conclusion qui n'est pas nĂ©gligeable : s'il n'y avait pas eu alors, du Dniestr Ă  la Theiss Ă©lĂ©ment organisĂ© et conscient de rĂ©sistance et de rĂ©action qu'Ă©tait l'armĂ©e romaine, le spectre de l'armĂ©e rouge universelle sur les bords du Rhin, qui hantait comme un cauchemar les nuits de Lloyd George, serait devenu facilement une terrible rĂ©alitĂ©. Entre la Russie bolcheviste et l'Allemagne spartakiste, la constitution d'une Pologne indĂ©pendante eĂ»t Ă©tĂ© impossible, et le gĂ©nĂ©ral Weygand aurait tentĂ© en vain de s'opposer, sous les murs de Varsovie, Ă  l'offensive de Tukatchevsky. Combien le cours des Ă©vĂ©nements en Europe Centrale eĂ»t Ă©tĂ© diffĂ©rent ! (p. 324-325)
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Gheorghe I. Brătianu (Origines et formation de l'unité roumaine)
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Logos Ceux qui ne se pressent pas y parviennent. Celui qui patiente l'emporte. C'est toujours autrement. La connaissance est douleur. La vie poursuit son propre moi comme eau vive. Tu as dormi sur des fleurs sauvages. Le sang du vent tombait goutte-à-goutte des arbres. Et j'ai songé aux paysannes à leurs myrtilles et à leur doux parler. Nous quittons notre moi, les objets, les brumes et les murmures pour accomplir un dénouement dont la fragrance nous trouble. J'ai vu aurores et crépuscules, lunes se levant, se couchant. Toute chose est unique. Toujours différente. Et des oiseaux paradoxaux chantaient
 Et je les entendis, les entendis ! Femmes de fiÚvre délirant au torse des hommes. Je sais la pùleur et la folie comme je sais mes deux bras las de se souvenir. La vie a poursuivi son propre moi comme eau vive. Les os de la lune s'enquiÚrent de nous dans l'air. Il y eut d'étranges saisons
 Les gens pourrissaient vivants. Une bouche se pencha pour s'abreuver à la nuit. Et dÚs lors tu attendis la fin comme on attend la tentation
 Harmonieusement fatigué, l'été s'achevait. La lune comme une nonne jacobine se leva sur les genoux de l'Apocalypse. Pas de plus magnifique floraison qu'un corollaire. Tu aimais les oiseaux, les arbres et les eaux, mais tu n'eus pas d'eaux, pas d'arbres, ni d'oiseaux. (p. 55)
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Ion Caraion (La neige qui jamais ne neige et autres poĂšmes)
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Quand le roi Hiang (Xiang Yu n.n.) eut conclu le traitĂ©, il ramena ses soldats, les licencia et revint du cĂŽtĂ© de l’est. Han voulait s’en retourner vers l’ouest ; Tchang Leang et Tch’en Ping lui donnĂšrent’ ce conseil : « Han possĂšde plus de la moitiĂ© de l’empire et les seigneurs se sont tous rattachĂ©s Ă  lui ; les soldats de Tchou sont Ă©puisĂ©s et leurs vivres sont Ă  bout. Voici l'Ă©poque oĂč te Ciel (a rĂ©solu de) perdre Tch'ou. Il vaut mieux profiter de ces circonstances et s’emparer immĂ©diatement (de Tch’ou) ; si maintenant vous te laissez aller sans l’attaquer, ce sera, comme on dit : en nourrissant le tigre attirer sur soi- mĂȘme le malheur. » Le roi de Han Ă©couta leurs conseils.
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Sima Qian (MĂ©moires historiques - DeuxiĂšme Section)
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Jadis, aucune femme ne pouvait faire l'ascension de la montagne sacrĂ©e [le mont Fuji], et c'est Lady Parkes – Ă©pouse d'un diplomate anglais – qui osa la premiĂšre braver l'interdit. C'Ă©tait en 1867. Depuis lors, il y eut bien d'autres sacrilĂšges, celui d'installer un observatoire au sommet ou d'encombrer ses pentes de toutes les ordures laissĂ©es par les foules innombrables qui le gravissent chaque Ă©tĂ©. Tout japonais se doit en effet d'aller assister au lever du soleil : le GoraĂŻko purificateur. D'aprĂšs un proverbe nippon il existe deux sortes d'imbĂ©ciles : ceux qui n'ont jamais fait l'escalade et
 ceux qui l'entreprenne une seconde fois ! Je n'ai pas l'intention de rĂ©pĂ©ter l'exercice. Il vaudrait mieux demander Ă  mes chevilles, Ă  mes genoux et aux courbatures des jours suivants, la premiĂšre impression laissĂ©e par huit heures de montĂ©e nocturne dans la pierre ponce et la scorie ou le pied recule Ă  chaque pas. Un chapelet d'immondices et d'espadrilles usĂ©es jalonne la piste. De temps en temps, une station de repos vous redonne du courage ou permet d'Ă©tancher une soif rendue inextinguible par l'Ă©pouvantable poussiĂšre soulevĂ©e par une ribambelle d'autres grimpeurs et, surtout, ceux qui dĂ©valent la pente Ă  toute vitesse dans cette lave granulaire. (p. 230)
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Michael Stone (Incroyable Japon)
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Dorina eut l'impression que le serpent venait directement à elle, et une terreur subite remplaça le charme de naguÚre. Comme si elle s'éveillait soudain devant une chose impossible à regarder, une chose terrible et périlleuse, qu'une jeune fille n'avait pas le droit de voir. L'approche du serpent semblait aspirer sa respiration, éparpiller le sang dans ses veines, embraser sa chair tout entiÚre d'une terreur teintée de frissons inconnus, d'un amour malade. Il y avait un insolite message de mort et de souffle érotique dans cette oscillation hideuse, dans la froide luminosité du reptile.
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Mircea Eliade (Șarpele)
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Il n'en faut pas plus pour se rendre compte d'un Ă©loignement: des yeux qui ne voient pas, une bouche frappĂ©e d'un mutisme absent, une laideur du visage observĂ©e avec stupĂ©faction, le constat qu'il n'y a rien Ă  dire et qu'il faut comprendre prĂ©cisĂ©ment ce qu'on voit sans illusion, c'est cela, il n'y aura plus rien d'autre, mĂȘme si jadis il y eut quelque chose. [Nu e nevoie de mai mult ca să-ți dai seama de o Ăźnstrăinare: ochi care nu te văd, gură lovită de un mutism absent, o urĂąÈ›enie a chipului pe care o observi stupefiat, sugestia că nu e nimic de spus și că trebuie să Ăźnțelegi exact ceea ce vezi și să nu-ți faci iluzii, asta e, altceva nu va mai fi, chiar dacă altădată a fost ceva.]
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Marin Preda (Cel mai iubit dintre pămùnteni)
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Tout voleur de profession qu’il Ă©tait — car on ne pouvait pas appeler vannier quelqu’un qui juste de temps en temps tressait un panier pour se distraire — Faustino dĂšs qu’il buta sur la chapelle, eut un coup au cƓur. Et il s’arrĂȘta. Jamais il n’avait cambriolĂ© un lieu saint. S’agissait malgrĂ© tout de voler la Vierge ! Mais l’hĂ©sitation ne dura qu’une minute. TrempĂ© de la tĂȘte aux pieds, son corps le poussa en avant, vers l’abri d’un toit. Pas de temps Ă  perdre, pas le moindre. Ni le corps ni l’esprit ne pouvaient se permettre de faiblesse, en pareille occasion. Fallait aller de l’avant !
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Miguel Torga
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Sans laisser Ă  April le temps de nĂ©gocier cet obstacle (ce qui l’aurait sans doute beaucoup amusĂ©), il se pencha, passa un bras autour de sa taille avec une fermetĂ© de fer, glissa l’autre sous ses genoux et la souleva au-dessus de la barriĂšre. Elle n’eut mĂȘme pas le temps de protester. — Vous ĂȘtes plus fort que je ne l’aurais cru, dit-elle alors qu’il la reposait sur ses pieds. — Et vous, ma chĂšre, vous ĂȘtes plus lĂ©gĂšre que je ne le pensais, rĂ©pondit-il sa main toujours posĂ©e au creux de son dos. Beaucoup plus lĂ©gĂšre.
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Michelle Gable (L'appartement oublié)
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Toute la petite société entra dans ce louable dessein ; chacun se mit à exercer ses talents. La petite terre rapporta beaucoup. Cunégonde était à la vérité bien laide ; mais elle devint une excellente pùtissiÚre ; Paquette broda ; la vieille eut soin du linge.
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Voltaire (Candide)
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– Je me rappelle surtout un fait que nous a rapportĂ© mon pĂšre, comme il rentrait Ă  la maison un des jours d’émeutes. Des gens tiraient sur la troupe. Un passant s’approche d’un homme qui n’arrivait pas Ă  toucher son but ; et lui prend le fusil des mains, vise un soldat qui tombe et comme il rendait l’arme Ă  son propriĂ©taire, celui-ci eut un geste comme pour lui dire : “Continuez, vous vous en servez si bien.” Et l’autre : “Non, ce n’est pas dans mes opinions.” Degas se plaisait Ă  ces rĂ©cits du passĂ©.
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Ambroise Vollard (En Écoutant CĂ©zanne, Degas, Renoir)
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L’enfant eut le cƓur comprimĂ© de souffrance. Mais Ă  l’intĂ©rieur d’elle quelque chose de fort et de clair chuchotait : Moi, je me souviens, moi, je sais que ce n’était pas un rĂȘve, moi, je sais que la dĂ©esse est ma mĂšre et moi, je sais qu’elle m’aime comme je l’aime et que cet amour existe.
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AmĂ©lie Nothomb (Frappe-toi le cƓur)
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Tout Ă  coup, April eut trop chaud. Elle arracha son foulard et s’éventa le visage avec. — Faire la fiesta. Au club Beauchamp. Stanhope et Carlyle, la bande au grand complet. — La bande au grand complet, rĂ©pĂ©ta April.
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Michelle Gable (L'appartement oublié)
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Mais quand il les eut mises en branle, quand il sentit cette grappe de cloches remuer sous sa main, quand il vit, car il ne l'entendait pas, l'octave palpitante monter et descendre sur cette échelle sonore comme un oiseau qui saute de branche en branche, quand le diable musique, ce démon qui secoue un trousseau étincelant de strettes, de trilles et d'arpÚges, se fut emparé du pauvre sourd, alors il redevint heureux, il oublia tout, et son coeur qui se dilatait fit épanouir son visage.
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Victor Hugo (Notre Dame de Paris)
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Sur la soie beige, beige, je sentis glisser les corps Ă  mes cĂŽtĂ©s. L’un d’entre eux se pressa contre moi, et je ressentis le moelleux de seins chauds contre mon bras. De l’autre cĂŽtĂ©, une main calleuse se posa sur mon torse. Je ne bougeai pas. Des froissements se firent entendre de nouveau. Je sentis une bouche glisser Ă  partir de mon torse jusqu’à mon pubis, y laissant un sillon de feu. Je n’ouvris pas les yeux. Le visage Ă©tait doux. C’était Tiashe. Quelque chose de chaud et de dur percuta ma joue, puis la tapota un moment. — Ouvre les yeux, Shade. Je dois te rendre en fin de journĂ©e. Tu as encore largement le temps de me sucer. Je n’obĂ©is pas. Il fit glisser son membre sur mes lĂšvres, pour dĂ©clencher un sursaut chez moi. J’avais appris depuis longtemps Ă  ne rien laisser transparaĂźtre. Je ne rĂ©agis pas. MĂȘme quand il força sur mes lĂšvres closes, me fourrant son membre dans la bouche quand mĂȘme. — Tiashe, dit l’homme prĂšs de moi en se retirant. RĂ©veille-le. À peine, la phrase eut-elle Ă©tĂ© prononcĂ©e que je sentis les lĂšvres de Tiashe se refermer autour de ma queue.
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Phoenix Pharell (L'Éveil (Cendresa, #1))
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Pouchkine était son pÚre spirituel. Pouchkine domina la vie littéraire de Dostoïevski du début à la fin. C'est pour lui, l'idole littéraire de sa jeunesse, que le romancier prit pour la derniÚre fois la parole en public. En 1880, à l'occasion de l'inauguration du monument Pouchkine, Dostoïevski prononça un discours qui eut un immense retentissement dans toute la Russie.
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Joseph Frank (DostoĂŻevski, un Ă©crivain dans son temps (LITTERATURE ETR))
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La chute de la Monarchie avait Ă©tĂ© si prompte, que, la premiĂšre stupĂ©faction passĂ©e, il y eut chez les bourgeois comme un Ă©tonnement de vivre encore. L’exĂ©cution sommaire de quelques voleurs, fusillĂ©s sans jugements, parut une chose trĂšs juste. On se redit, pendant un mois, la phrase de Lamartine sur le drapeau rouge, » qui n’avait fait que le tour du Champ de Mars, tandis que le drapeau tricolore », etc ; et tous se rangĂšrent sous son ombre, chaque parti ne voyant des trois couleurs que la sienne - et se promettant bien, dĂšs qu’il serait le plus fort, d’arracher les deux autres.
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Gustave Flaubert (L’Éducation Sentimentale (illustrated))
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Les annĂ©es ont filĂ© et se rĂ©sument. DĂ©jĂ . C'est la loi commune. Il faut Ă  l'existence quelques moments, une minute au moins, qui, en contenant des millions, rĂ©siste Ă  l'usure, aux disparitions, et, le condensant, tĂ©moigne prĂšs de nous, jusqu'au bout, de ce que nous avons le plus aimĂ©. Cette minute, en nous tenant Ă  ce que la vie eut de plus large, de plus beau, de plus intense, nous parait devoir durer plus que nous-mĂȘmes. L'avoir vĂ©cue, c'est vivre encore.
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Michel Bernard
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Coiffure, robe, parfum, elle eut le temps de toute étudier dans la fiÚvre, pour paraßtre le lendemain comme elle voulait qu'il la vßt, élégante et négligée, simple et raffinée, désirable sans provocation, énigmatique dans ses intentions.
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Jean-Christophe Rufin (Les sept mariages d'Edgar et Ludmilla)
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L'excĂšs est le point de dĂ©part incontestable. Le surplus ne peut ĂȘtre investi dĂšs le moment oĂč l'extension n'est plus possible. Ceci implique a priori que de grandes quantitĂ©s d'Ă©nergie furent disponibles Ă  l'usage de qui eut la force de les gaspiller. Un avantage certain fut donnĂ© de la sorte aux bĂȘtes de proie. Les carnassiers des diverses classes animales m'avaient pas seulement sur les herbivores un privilĂšge de situation: ceux-ci rĂ©pondaient mal aux nĂ©cessitĂ©s d'un systĂšme excluant la croissance indĂ©finie. Un monde d'herbivores oĂč le dĂ©veloppement n'eĂ»t trouvĂ© d'obstacle que la disette est inconcevable. La disette Ă  l'Ă©tat permanent ne peut rĂ©sulter d'une surabondance. Et sous forme de chair l'excĂšs Ă©tait donnĂ© Ă  qui voulait. A condition toutefois qu'il le gaspille. Si les animaux carnivores avaient Ă©tĂ© Ă©conomiquement constituĂ©s, s'ils avaient au maximum utilisĂ© l'Ă©nergie dont ils s'emparaient, lui faisant rendre en volume la mĂȘme quantitĂ© qu'eussent produite, en assimilant une mĂȘme quantitĂ© d'Ă©nergie, les animaux mangĂ©s, l'effet eĂ»t Ă©tĂ© faible. A la longue toutefois il est clair que les gaspillages des dĂ©vorateurs nu pouvaient suffire: mĂȘme se reproduisant lentement, ils ne pouvaient sans fin subvenir au besoin qu'a le globe-vivant de dispenser et de perdre tout ce qu'il ne peut contenir.
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Georges Bataille (ƒuvres complùtes, tome VII)
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La gĂ©nĂ©rositĂ©, la noblesse d’ñme, l’humanitĂ© lui semblĂšrent peu Ă  peu n’exister que chez ce jeune abbĂ©. Elle eut pour lui seul toute la sympathie et mĂȘme l’admiration que ces vertus excitent chez les Ăąmes bien nĂ©es.
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Stendhal (The Red and the Black)
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eut l’idĂ©e de demander si le retour de ceux qui Ă©taient partis avant l’épidĂ©mie pouvait ĂȘtre autorisĂ©. AprĂšs quelques jours de rĂ©flexion, la prĂ©fecture rĂ©pondit par l’affirmative.
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Albert Camus (La peste)
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L'armĂ©e de Charles Martel se composait de Bourguignons, d'Allemands, de Gaulois, et celle d'AbdĂ©rame d'Arabes et de BerbĂšres. Le combat resta indĂ©cis une partie de la journĂ©e, mais le soir, un corps de soldats francs s'Ă©tant dĂ©tachĂ© du gros de l'armĂ©e pour se porter vers le camp des musulmans, ces derniers quittĂšrent le champ de bataille en dĂ©sordre pour aller dĂ©fendre leur butin, et cette manƓuvre maladroite entraĂźna leur perte. Ils durent battre en retraite et retourner dans les provinces du sud. Charles Martel les suivit de loin. ArrivĂ© devant Narbonne, il l'assiĂ©gea inutilement, et s'Ă©tant mis alors, suivant l'habitude de l'Ă©poque, Ă  piller tous les pays environnants, les seigneurs chrĂ©tiens s'alliĂšrent aux Arabes pour se dĂ©barrasser de lui, et l'obligĂšrent Ă  battre en retraite. BientĂŽt remis de l'Ă©chec que leur avait infligĂ© Charles Martel, les musulmans continuĂšrent Ă  occuper leurs anciennes positions, et se maintiennent encore en Lrance pendant deux siĂšcles. En 737, le gouverneur de Marseille leur livre la Provence, et ils occupent Arles. En 889, nous les retrouvons encore Ă  Saint-Tropez, et ils se maintiennent en Provence jusqu'Ă  la fin du dixiĂšme siĂšcle. En 935, ils pĂ©nĂštrent dans le Valais et la Suisse. Suivant quelques auteurs, ils seraient mĂȘme arrivĂ©s jusqu'Ă  Metz. Le sĂ©jour des Arabes en France, plus de deux siĂšcles aprĂšs Charles Martel, nous prouve que la victoire de ce dernier n'eut en aucune façon l'importance que lui attribuent tous les historiens. Charles Martel, suivant eux, aurait sauvĂ© l'Europe et la chrĂ©tientĂ©. Mais cette opinion, bien qu'universellement admise, nous semble entiĂšrement privĂ©e de fondement.
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Gustave Le Bon (ۭ۶ۧ۱۩ Ű§Ù„Űč۱ۚ)
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Quand tout le monde eut posé les questions de politesse habituelles sur le confort du voyage...
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Christophe Tison (Les Amants Ne Se Rencontrent Nulle Part)
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Il devint ainsi un de ces ouvriers savants qui savent Ă  peine signer leur nom et qui parlent de l'algĂšbre comme d'une personne de leur connaissance. Rien ne dĂ©traque autant un esprit qu'une pareille instruction, faite Ă  bĂątons rompus, ne reposant sur aucune base solide. Le plus souvent, ces miettes de science donnent une idĂ©e absolument fausse des hautes vĂ©ritĂ©s, et rendent les pauvres d'esprit insupportables de carrure bĂȘte. Chez SilvĂšre, les bribes de savoir volĂ© ne firent qu'accroĂźtre les exaltations gĂ©nĂ©reuses. Il eut conscience des horizons qui lui restaient fermĂ©s. Il se fit une idĂ©e sainte de ces choses qu'il n'arrivait pas Ă  toucher de la main, et il vĂ©cut dans une profonde et innocente religion des grandes pensĂ©es et des grands mots vers lesquels il se haussait, sans toujours les comprendre. Ce fut un naĂŻf, un naĂŻf sublime, restĂ© sur le seuil du temple, Ă  genoux devant des cierges qu'il prenait de loin pour des Ă©toiles.
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Émile Zola (Emile Zola: Oeuvres complùtes - 101 titres et annexes)
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À chaque porte qui s’ouvrait je voyais un nouveau monstre. Et puis, enfin, je tombai sur un pauvre idiot qui avait vraiment envie de se cultiver, et cela m’acheva. J’eus honte de moi, de mon pays, de ma race, de mon Ă©poque. Il me fallut un temps du diable pour le convaincre de ne pas acheter cette sacrĂ©e EncyclopĂ©die. Il me demanda innocemment pourquoi, dans ce cas, j’avais frappĂ© chez lui – et sans une minute d’hĂ©sitation je lui racontai un mensonge gros comme moi, un mensonge qui devait par la suite se rĂ©vĂ©ler exact : une grande vĂ©ritĂ©. Je lui racontai que je faisais semblant de vendre cette EncyclopĂ©die, Ă  seule fin de rencontrer des gens et d’écrire Ă  leur propos. Cela eut le don de l’intĂ©resser Ă©normĂ©ment, plus mĂȘme que l'EncyclopĂ©die. Il voulut savoir ce que j’écrirais sur son compte – pouvais-je le lui dire ? Il m’a pris vingt ans de ma vie pour rĂ©pondre Ă  cette question. Mais la voici, ma rĂ©ponse. « Si cela vous intĂ©resse encore de le savoir, chez M. X., de Bayonne, voici... Je vous dois beaucoup parce que aprĂšs ce mensonge que je vous avais racontĂ©, en sortant de chez vous, je dĂ©chirai le prospectus que m’avait fourni l'EncyclopĂ©die britannique et le jetai dans le caniveau. Je me dis que jamais plus je n’irais trouver les gens sous de faux prĂ©textes, fĂ»t-ce pour leur distribuer la Sainte Bible. Jamais plus je n’irais rien vendre, dussĂ©-je en crever de faim. Je rentre chez moi maintenant pour m’asseoir Ă  mon bureau et coucher sur le papier ce que je sais des gens. Et si quelqu’un cogne Ă  ma porte et vient me vendre quelque chose, entrez donc, lui dirai-je, pourquoi diable faites-vous ce mĂ©tier ? Et s’il me dit que c’est parce qu’il a besoin de vivre, je lui offrirai tout l’argent que j’ai en poche et le supplierai de rĂ©flĂ©chir encore une fois Ă  ce qu’il fait. Je voudrais empĂȘcher le plus de gens possible de feindre d’avoir Ă  faire ceci ou cela pour gagner leur vie. Rien de plus faux. Mieux vaut encore crever vraiment de faim. Quiconque se laisse volontairement crever de faim ajoute une dent Ă  l’engrenage du processus automatique. J’aimerais mieux voir un homme empoigner son fusil et tuer son prochain pour se procurer la nourriture qui lui manque, que d’entretenir le processus automatique en prĂ©tendant que cet homme doit gagner sa vie. VoilĂ  ma rĂ©ponse, cher M. X. »
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Henry Miller (Tropique du Capricorne / Tropique du Cancer)
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invasion brutale de la maladie eut pour premier effet d’obliger nos concitoyens à agir comme s’ils n’avaient pas de sentiments individuels.
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Albert Camus (La peste)
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Les deux femmes, vĂȘtues de noir, remirent le corps dans le lit de ma sƓur, elles jetĂšrent dessus des fleurs et de l’eau bĂ©nite, puis, lorsque le soleil eut fini de jeter dans l’appartement sa lueur rougeĂątre et terne comme le regard d’un cadavre, quand le jour eut disparu de dessus les vitres, elles allumĂšrent deux petites bougies qui Ă©taient sur la table de nuit, s’agenouillĂšrent et me dirent de prier comme elles. Je priai, oh ! bien fort, le plus qu’il m’était possible ! mais rien
 LĂ©lia ne remuait pas ! Je fus longtemps ainsi agenouillĂ©, la tĂȘte sur les draps du lit froids et humides, je pleurais, mais bas et sans angoisses ; il me semblait qu’en pensant, en pleurant, en me dĂ©chirant l’ñme avec des priĂšres et des vƓux, j’obtiendrais un souffle, un regard, un geste de ce corps aux formes indĂ©cises et dont on ne distinguait rien si ce n’est, Ă  une place, une forme ronde qui devait ĂȘtre La tĂȘte, et plus bas une autre qui semblait ĂȘtre les pieds. Je croyais, moi, pauvre naĂŻf enfant, je croyais que la priĂšre pouvait rendre la vie Ă  un cadavre, tant j’avais de foi et de candeur ! Oh ! on ne sait ce qu’a d’amer et de sombre une nuit ainsi passĂ©e Ă  prier sur un cadavre, Ă  pleurer, Ă  vouloir faire renaĂźtre le nĂ©ant ! On ne sait tout ce qu’il y a de hideux et d’horrible dans une nuit de larmes et de sanglots, Ă  la lueur de deux cierges mortuaires, entourĂ© de deux femmes aux chants monotones, aux larmes vĂ©nales, aux grotesques psalmodies ! On ne sait enfin tout ce que cette scĂšne de dĂ©sespoir et de deuil vous remplit le cƓur : enfant, de tristesse et d’amertume ; jeune homme, de scepticisme ; vieillard, de dĂ©sespoir ! Le jour arriva. Mais quand le jour commença Ă  paraĂźtre, lorsque les deux cierges mortuaires commençaient Ă  mourir aussi, alors ces deux femmes partirent et me laissĂšrent seul. Je courus aprĂšs elles, et me traĂźnant Ă  leurs pieds, m’attachant Ă  leurs vĂȘtements : — Ma sƓur ! leur dis-je, eh bien, ma sƓur ! oui, LĂ©lia ! oĂč est-elle ? Elles me regardĂšrent Ă©tonnĂ©es. — Ma sƓur ! vous m’avez dit de prier, j’ai priĂ© pour qu’elle revienne, vous m’avez trompĂ© ! — Mais c’était pour son Ăąme ! Son Ăąme ? Qu’est-ce que cela signifiait ? On m’avait souvent parlĂ© de Dieu, jamais de l’ñme. Dieu, je comprenais cela au moins, car si l’on m’eĂ»t demandĂ© ce qu’il Ă©tait, eh bien, j’aurais pris La linotte de LĂ©lia, et, lui brisant la tĂȘte entre mes mains, j’aurais dit : « Et moi aussi, je suis Dieu ! » Mais l’ñme ? l’ñme ? qu’est-ce cela ? J’eus la hardiesse de le leur demander, mais elles s’en allĂšrent sans me rĂ©pondre. Son Ăąme ! eh bien, elles m’ont trompĂ©, ces femmes. Pour moi, ce que je voulais, c’était LĂ©lia, LĂ©lia qui jouait avec moi sur le gazon, dans les bois, qui se couchait sur la mousse, qui cueillait des fleurs et puis qui les jetait au vent ; c’était Lelia, ma belle petite sƓur aux grands yeux bleus, LĂ©lia qui m’embrassait le soir aprĂšs sa poupĂ©e, aprĂšs son mouton chĂ©ri, aprĂšs sa linotte. Pauvre sƓur ! c’était toi que je demandais Ă  grands cris, en pleurant, et ces gens barbares et inhumains me rĂ©pondaient : « Non, tu ne la reverras pas, tu as priĂ© non pour elle, mais tu as priĂ© pour son Ăąme ! quelque chose d’inconnu, de vague comme un mot d’une langue Ă©trangĂšre ; tu as priĂ© pour un souffle, pour un mot, pour le nĂ©ant, pour son Ăąme enfin ! » Son Ăąme, son Ăąme, je la mĂ©prise, son Ăąme, je la regrette, je n’y pense plus. Qu’est-ce que ça me fait Ă  moi, son Ăąme ? savez-vous ce que c’est que son Ăąme ? Mais c’est son corps que je veux ! c’est son regard, sa vie, c’est elle enfin ! et vous ne m’avez rien rendu de tout cela. Ces femmes m’ont trompĂ©, eh bien, je les ai maudites. Cette malĂ©diction est retombĂ©e sur moi, philosophe imbĂ©cile qui ne sais pas comprendre un mot sans L’épeler, croire Ă  une Ăąme sans la sentir, et craindre un Dieu dont, semblable au PromĂ©thĂ©e d’Eschyle, je brave les coups et que je mĂ©prise trop pour blasphĂ©mer.
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Gustave Flaubert (La derniÚre heure : Conte philosophique inachevé)
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Annoncer à Plectrude qu'elle ne pourrait plus danser revenait à annoncer à Napoléon qu'il n'aurait jamais plus d'armée: c'était la priver non pas de sa vocation mais de son destin. Elle ne pouvait pas y croire. Elle interrogea tous les médecins possibles et imaginables: il n'y en eut pas un pour lui laisser une lueur d'espoir. Il faut les en féliciter: il eût suffi que l'un d'entre eux lui accordùt un centiÚme de chance de guérison et elle s'y fût accrochée au point d'y laisser la vie.
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Amélie Nothomb (The Book of Proper Names)
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II L'Association bretonne. Il est une institution qui distingue la Bretagne des autres provinces et oĂč se rĂ©flĂšte son gĂ©nie, l'Association bretonne. Dans ce pays couvert encore de landes et de terres incultes, et oĂč il reste tant de ruines des anciens Ăąges, des hommes intelligents ont compris que ces deux intĂ©rĂȘts ne devaient pas ĂȘtre sĂ©parĂ©s, les progrĂšs de l'agriculture et l'Ă©tude des monuments de l'histoire locale. Les comices agricoles ne s'occupent que des travaux d'agriculture, les sociĂ©tĂ©s savantes que de l'esprit; l'Association bretonne les a rĂ©unis: elle est Ă  la fois une association agricole et une association littĂ©raire. Aux expĂ©riences de l'agriculture, aux recherches archĂ©ologiques, elle donne de la suite et de l'unitĂ©; les efforts ne sont plus isolĂ©s, ils se font avec ensemble; l'Association bretonne continue, au XIXe siĂšcle, l'oeuvre des moines des premiers temps du christianisme dans la Gaule, qui dĂ©frichaient le sol et Ă©clairaient les Ăąmes. Un appel a Ă©tĂ© fait dans les cinq dĂ©partements de la Bretagne Ă  tous ceux qui avaient Ă  coeur les intĂ©rĂȘts de leur patrie, aux Ă©crivains et aux propriĂ©taires, aux gentilshommes et aux simples paysans, et les adhĂ©sions sont arrivĂ©es de toutes parts. L'Association a deux moyens d'action: un bulletin mensuel, et un congrĂšs annuel. Le bulletin rend compte des travaux des associĂ©s, des expĂ©riences, des essais, des dĂ©couvertes scientifiques; le congrĂšs ouvre des concours, tient des sĂ©ances publiques, distribue des prix et des rĂ©compenses. Afin de faciliter les rĂ©unions et d'en faire profiter tout le pays, le congrĂšs se tient alternativement dans chaque dĂ©partement; une annĂ©e Ă  Rennes, une autre Ă  Saint-Brieuc, une autre fois Ă  VitrĂ© ou Ă  Redon; en 1858, il s'est rĂ©uni Ă  Quimper. A chaque congrĂšs, des questions nouvelles sont agitĂ©es, discutĂ©es, Ă©claircies[1]: ces savants modestes qui consacrent leurs veilles Ă  des recherches longues et pĂ©nibles, sont assurĂ©s que leurs travaux ne seront pas ignorĂ©s; tant d'intelligences vives et distinguĂ©es, qui demeureraient oisives dans le calme des petites villes, voient devant elles un but Ă  leurs efforts; la publicitĂ© en est assurĂ©e, ils seront connus et apprĂ©ciĂ©s. D'un bout de la province Ă  l'autre, de Rennes Ă  Brest, de Nantes Ă  Saint-Malo, on se communique ses oeuvres et ses plans; tel antiquaire, Ă  Saint-Brieuc, s'occupe des mĂȘmes recherches qu'un autre Ă  Quimper: il est un jour dans l'annĂ©e oĂč ils se retrouvent, oĂč se resserrent les liens d'Ă©tudes et d'amitiĂ©. [Note 1: Voir l'Appendice.] Le congrĂšs est un centre moral et intellectuel, bien plus, un centre national: ces congrĂšs sont de vĂ©ritables assises bretonnes; ils remplacent les anciens États: on y voit rĂ©unis, comme aux États, les trois ordres, le clergĂ©, la noblesse et le tiers-Ă©tat, le tiers-Ă©tat plus nombreux qu'avant la RĂ©volution, et de plus, mĂȘlĂ©s aux nobles et aux bourgeois, les paysans. La Bretagne est une des provinces de France oĂč les propriĂ©taires vivent le plus sur leurs terres; beaucoup y passent l'annĂ©e tout entiĂšre. De lĂ  une communautĂ© d'habitudes, un Ă©change de services, des relations plus familiĂšres et plus intimes, qui n'ĂŽtent rien au respect d'une part, Ă  la dignitĂ© de l'autre. PropriĂ©taires et fermiers, rĂ©unis au congrĂšs, sont soumis aux mĂȘmes conditions et jugĂ©s par les mĂȘmes lois; souvent le propriĂ©taire concourt avec son fermier. Dans ces mĂȘlĂ©es animĂ©es, oĂč l'on se communique ses procĂ©dĂ©s, oĂč l'on s'aide de ses conseils, oĂč l'on distribue des prix et des encouragements, les riches propriĂ©taires et les nobles traitent les paysans sur le pied de l'Ă©galitĂ©; ici, la supĂ©rioritĂ© est au plus habile: c'est un paysan, GuĂ©venoux, qui, en 1857, eut les honneurs du congrĂšs de Redon. Voici quatorze ans que l'Association bretonne existe; l'ardeur a toujours Ă©tĂ© en croissant; les congrĂšs sont devenus des solennitĂ©s: on y vient de tous les points
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Anonymous
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Mais le premier de tous est un savant illustre, qui n'appartient pas seulement Ă  la Bretagne, mais Ă  la France, le cĂ©lĂšbre voyageur en Égypte, M. Caillaud. DouĂ© de l'esprit le plus sagace et le plus pĂ©nĂ©trant, il a fait en histoire naturelle plusieurs dĂ©couvertes, une surtout, des plus intĂ©ressantes, pour laquelle la Hollande lui a dĂ©cernĂ©, il y a peu d'annĂ©es, un prix extraordinaire, la dĂ©couverte du procĂ©dĂ© de perforation des pholades. On avait jusqu'alors cru que les pholades, petits mollusques trĂšs-communs sur les cĂŽtes de Bretagne, employaient, pour percer le dur granit oĂč elles vivent, un acide qu'elles distillaient Ă  travers les valves de leur coquille. M. Caillaud eut des doutes Ă  ce sujet: il recueillit, prĂšs du Pouliguen, des pholades attachĂ©es Ă  des morceaux de roc (gneiss), les plaça dans un bocal d'eau de mer incessamment renouvelĂ©e, et attendit l'effet de leur travail. Huit jours, quinze jours se passĂšrent sans que les pholades donnassent signe de vie, lorsqu'une nuit il fut Ă©veillĂ© par un bruit de scie qui retentissait dans le bocal; il se lĂšve, et, Ă  la lueur d'une lampe, il voit un des petits animaux se tournant et se retournant Ă  droite et Ă  gauche, avec un mouvement rĂ©gulier, Ă  la maniĂšre d'une vrille qui perce un trou; puis, aprĂšs un certain temps, la pholade s'arrĂȘte, et un jet de poussiĂšre fine obscurcit l'eau du bocal; c'Ă©tait le rĂ©sidu de son travail, la partie du roc pulvĂ©risĂ© oĂč elle avait pĂ©nĂ©trĂ©, dont elle se dĂ©barrassait et qu'elle chassait au dehors. Et tour Ă  tour le savant, attentif et charmĂ©, surprend une Ă  une les pholades accomplissant leur patient ouvrage, et se creusant leur demeure, l'arrondissant et la polissant, comme avec la rĂąpe la plus dĂ©licate, sans autre instrument que leur coquille; et cette coquille, au lieu de se dĂ©tĂ©riorer par le frottement continu, se dĂ©veloppe Ă  mesure que le travail avance; Ă  la scie qui s'use une autre scie s'ajoute, puis une troisiĂšme, une quatriĂšme, et ainsi de suite jusqu'Ă  quarante, que M. Caillaud a comptĂ©es, et avec lesquelles le petit animal, Ă  force de tourner et retourner sa frĂȘle enveloppe, cette coquille que la pression d'un doigt d'enfant suffirait Ă  briser, perce Ă  jour le granit sur lequel s'Ă©mousse un ciseau de fer! phĂ©nomĂšne admirable qui confond la sagesse humaine,
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Anonymous
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Il y eut un bref accord dissonant, car le chef d’orchestre, qui s’était trop rapprochĂ© du bord, venait de tomber dans le vide, et le vice-chef prit la direction de l’ensemble. Au moment oĂč le chef d’orchestre s’écrasa sur les dalles, ils firent un autre accord pour couvrir le bruit de la chute, mais l’église trembla sur sa base.
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Anonymous
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Beaucoup continuent d’invoquer la “force physique supĂ©rieure des mĂąles” comme facteur de la sujĂ©tion des femmes. Comme les auteur(e)s qui invoquent le “pouvoir de gestation” des femmes, ils considĂšrent que certains traits physiques “constituent des pouvoirs en soi”, et donc des pouvoirs rĂ©els Ă  moins que la sociĂ©tĂ© n’intervienne pour contrarier cette hiĂ©rarchie naturelle. Mais il est remarquable que cette vision du rĂŽle de la force individuelle soit utilisĂ©e en ce qui concerne les rapports entre les sexes, et ne soit utilisĂ©e que lĂ , et pas dans l’explication des rapports entre colonisateurs et colonisĂ©s, Blancs et Noirs, patrons et employĂ©s, etc. Cette “explication” naturaliste et individualiste revient Ă  nier que les rapports entre les sexes sont des rapports entre les groupes. Or la force physique n’intervient pas – mĂȘme pas comme “pouvoir en soi” – dans les rapports entre les groupes. Les AmĂ©ricains ont Ă©tĂ© battus au Vietnam par un peuple fait d’individus dont aucun n’aurait rĂ©sistĂ© dans un combat singulier (et ceci n’est qu’un exemple parmi des milliers). Encore eut-il fallu que la sociĂ©tĂ© permette ce combat singulier, qu’elle l’organise.
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Christine Delphy (Penser le genre)
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Or, di Pantagruel, de couraige jen ay pour plus cinquante frans. Mais quoy ? Hercules ne osa jamais entreprendre contre deux. — C’e , di Panurge, bien chien chiĂ© en mon nez, vous comparez vous Ă  Hercules ? vous avez plus de force aux dentz, et plus de sens au cul, que n’eut jamais Hercules en tout son corps et ame. Autant vault l’homme comme il s’e ime
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Anonymous
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Se convertir d’une religion à une autre, c’est non seulement changer de concepts et de moyen, mais aussi remplacer une sentimentalité par une autre. Qui dit sentimentalité, dit limitation : la marge sentimentale qui enveloppe chacune des religions historiques prouve à sa manière la limite de tout exotérisme et par conséquent la limite des revendications exotériques. Intérieurement ou substantiellement, la revendication religieuse est absolue, mais extérieurement ou formellement, donc sur le plan de la contingence humaine, elle est forcément relative ; si la métaphysique ne suffisait pas pour le prouver, les faits eux-mêmes le prouveraient. Plaçons-nous maintenant, à titre d’exemple, au point de vue de l’Islam exotérique, donc totalitaire : aux débuts de l’expansion musulmane, les circonstances étaient telles que la revendication doctrinale de l’Islam s’imposait d’une façon absolue ; mais plus tard, la relativité propre à toute expression formelle devait apparaître nécessairement. Si la revendication exotérique — non ésotérique — de l’Islam était absolue et non relative, aucun homme de bonne volonté ne pourrait résister à cette revendication ou à cet « impératif catégorique » : tout homme qui lui résisterait serait foncièrement mauvais, comme c’était le cas aux débuts de l’Islam, où on ne pouvait pas sans perversité préférer les idoles magiques au pur Dieu d’Abraham. Saint-Jean Damascène avait une fonction élevée à la cour du calife de Damas (4) ; il ne s’est pas converti à l’Islam, pas plus que ne le fit Saint-François d’Assise en Tunisie ni saint Louis en Egypte, ni saint Grégoire Palamas en Turquie (5). Or, il n’y a que deux conclusions possibles : ou bien ces saints étaient des hommes foncièrement mauvais, — supposition absurde puisque c’étaient des saints, — ou bien la revendication de l’Islam comporte, comme celle de toute religion, un aspect de relativité ; ce qui est métaphysiquement évident puisque toute forme a des limites et que toute religion est extrinsèquement une forme, l’absoluité ne lui appartenant que dans son essence intrinsèque et supraformelle. La tradition rapporte que le soufi Ibrāhīm ben Adham eut pour maître occasionnel un ermite chrétien, sans que l’un des deux se convertît à la religion de l’autre ; de même la tradition rapporte que Seyyid Alī Hamadānī, qui joua un rôle décisif dans la conversion du Cachemire à l’Islam, connaissait Lallā Yōgīshwari, la yōginī nue de la vallée, et que les deux saints avaient un profond respect l’un pour l’autre, malgré la différence de religion et au point qu’on a parlé d’influences réciproques (6). Tout ceci montre que l’absoluité de toute religion est dans la dimension intérieure, et que la relativité de la dimension extérieure devient forcément apparente au contact avec d’autres grandes religions ou de leurs saints. ---- Notes en bas de page ---- (4) C’est là que le saint écrivit et publia, avec l’acquiescement du calife, son célèbre traité à la défense des images, prohibées par l’empereur iconoclaste Léon III. (5) Prisonnier des Turcs pendant un an, il eut des discussions amicales avec le fils de l’émir, mais ne se convertit point, pas plus que le prince turc ne devint chrétien (6) De nos jours encore, les musulmans du Cachemire vénèrent Lallā, la Shivaïte dansante, à l’égal d’une sainte de l’Islam, à côté de Seyyid Alī ; les hindous partagent ce double culte. La doctrine de la sainte se trouve condensée dans un de ses chants : « Mon gourou ne m’a donné qu’un seul précepte. Il m’a dit : du dehors entre dans ta partie la plus intérieure. Ceci est devenu pour moi une règle ; et c’est pour cela que, nue, je danse » (Lallā Vākyāni, 94)
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Frithjof Schuon (Form and Substance in the Religions (Library of Perennial Philosophy))
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La pluie tombait. Le grand couvercle du ciel se brisa en six Ă©clats bleuĂątres pulvĂ©rulents, tel un vernis fendillĂ© Ă  souhait, et s'effondra. Il vit des milliards de gouttes cristallines hĂ©siter le temps qu'il fallait pour ĂȘtre photographiĂ©es dans le flash de la dĂ©charge Ă©lectrique. Puis il n'y eut plus qu'eau et tĂ©nĂšbres.
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Ray Bradbury
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Que signifie qu’il n’y pas une continuation de l’Ɠuvre de RenĂ© GuĂ©non par consensus ? Je ne sais ce que font les Maçons guĂ©noniens, mais je sais que le groupe soufique de VĂąlsan correspond pleinement Ă  tout ce que dĂ©sirait GuĂ©non ; quant Ă  moi l’Ɠuvre de GuĂ©non en tant qu’ensemble indivisible ne me concerne pas puisque je n’en accepte pas tous les axiomes, et on ne peut en bonne logique me reprocher de ne pas avoir rĂ©alisĂ© un programme que je n’ai jamais eu l’intention de rĂ©aliser. » « On peut ironiser sur des « excommunications rĂ©ciproques » quand il s’agit d’une secte intrinsĂšquement hĂ©tĂ©rodoxe, donc d’une caricature, – de mormons, de bĂ©haĂŻstes, d’anthroposophes – mais non quand il s’agit d’un milieu normal et honorable se rĂ©fĂ©rant Ă  des vĂ©ritĂ©s spirituelles ; dans ce dernier cas, mĂȘme les anathĂšmes peuvent ĂȘtre honorables, et il y eut dans tous les climats, dans les premiers siĂšcles du Christianisme aussi bien qu’aux dĂ©buts de l’Islam, et jusque dans les ordres monastiques et les confrĂ©ries. « Les divergences des sages sont une bĂ©nĂ©diction » disait le ProphĂšte. Les guĂ©noniens, dans leur ensemble sont des hommes respectables, et il faut respecter mĂȘme leur divergences, lesquelles ne peuvent prĂȘter au ridicule, ou plutĂŽt au mĂ©pris, que dans les cas oĂč un individu se mĂȘle sottement ou effrontĂ©ment des choses qui le dĂ©passent ; or je revendique la plus rigoureuse honorabilitĂ© non seulement pour moi-mĂȘme, mais aussi pour mon ancien adversaire VĂąlsan, dont j’ai toujours respectĂ© la position – ce fut celle de GuĂ©non – et avec lequel j’ai eu de bons rapports jusqu’à sa mort, malgrĂ© nos divergences. Mais il va sans dire que je ne saurais revendiquer cette honorabilitĂ© pour des personnes, guĂ©noniennes ou non, qui n’ont ni vertu ni bonne foi. » « VĂąlsan me disait une fois qu’il y a peu d’hommes intelligents parmi les guĂ©noniens, quelqu’en puisse ĂȘtre la raison ; il parlait Ă©videmment, non d’un groupe, mais de tous les guĂ©noniens ; et il avait une certaine expĂ©rience de leur moyenne, comme je l’ai moi-mĂȘme. Une des raisons de cet Ă©tat de choses est la suivante : l’ésotĂ©risme attire, non seulement les hommes d’élite mais aussi les mĂ©diocres souffrant de sentiments d’infĂ©rioritĂ© qu’ils cherchent Ă  compenser par quelque sublimation ; et il y a ausi des psychopathes Ă  la recherche soit d’un espace de rĂȘve, soit d’un abri donnant un sentiment de sĂ©curitĂ©. On ne peut pas empĂȘcher que de tels hommes existent, mais ce n’est pas une raison pour ĂȘtre dupe de leur « orthodoxie », ni surtout de leur mythomanie. » « J’ajouterai que VĂąlsan fut la personnification du guĂ©nonisme intĂ©gral et inflexible, qu’il fut – lui seul – le « dauphin » de GuĂ©non ; qu’il fut un homme fort intelligent et profondĂ©ment spirituel, en sorte qu’il me fut possible d’avoir avec lui les meilleurs rapports, malgrĂ© nos divergences. C’est d’ailleurs sa paix avec moi, et son dĂ©sir de m’avoir comme collaborateur Ă  la revue, qui est le principal chef d’accusation de la part des sectaires de Turin ; » [Frithjof Schuon – Lettre Ă  Jean-Pierre Laurant (Pully avril 1976)]
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Frithjof Schuon
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« L’ouvrage de Rama P. Coomaraswamy, The Destruction of the Christian Tradition (...) est un exposĂ© brillamment Ă©crit et bien documentĂ© sur ce qui s’est dĂ©roulĂ© immĂ©diatement avant, pendant et aprĂšs le concile Vatican II. L’auteur s’intĂ©resse avant tout Ă  ce qui est orthodoxe et Ă  ce qui est hĂ©rĂ©tique, et la maniĂšre tout Ă  fait claire, directe et simple dont il traite son sujet est basĂ©e sur les dĂ©cisions des prĂ©cĂ©dents conciles et les dĂ©clarations des plus hautes autoritĂ©s de l’Église Ă  travers les siĂšcles. Ce qu’il a Ă©crit est suffisant et n’a pas besoin d’additifs. Mais, Ă  partir d’un angle lĂ©gĂšrement diffĂ©rent et en quelque sorte pour affronter les modernistes sur leur propre terrain, qui est celui de l’opportunisme psychique, nous voudrions nĂ©anmoins ajouter les remarques suivantes. Les responsables des changements en question ont fait valoir qu’une religion doit se conformer aux temps, Ă  quoi on doit rĂ©pondre : non, si se conformer veut dire cesser d’ĂȘtre soi-mĂȘme et devenir complice des temps. La vĂ©ritable conformitĂ© est diffĂ©rente : la mĂ©decine, par exemple, afin de se conformer Ă  une Ă©poque, doit ĂȘtre capable de fournir des antidotes Ă  tout ce qui se prĂ©sente comme maladies. De mĂȘme, il ne serait pas dĂ©raisonnable de maintenir qu’afin de se conformer Ă  un Ăąge caractĂ©risĂ© par de violents changements et des troubles dĂ©sordonnĂ©s, la religion doit ĂȘtre plus prĂ©parĂ©e que jamais Ă  manifester, et mĂȘme Ă  proclamer, son inĂ©branlable stabilitĂ© sans laquelle, en tant que vĂ©hicule de la VĂ©ritĂ© Éternelle, elle ne peut jamais ĂȘtre, en tout Ă©tat de cause, fidĂšle Ă  elle-mĂȘme. Il ne fait guĂšre de doute que l’ñme humaine a profondĂ©ment besoin dans son existence de quelque chose qui resterait toujours identique, et elle a le droit d’attendre de la religion qu’elle soit la constante infaillible qui satisfasse ce besoin. De telles considĂ©rations furent dissĂ©minĂ©es aux quatre vents par le concile Vatican II. Il n’est donc pas surprenant que celui-ci ait prĂ©cipitĂ© une crise sans prĂ©cĂ©dent. La gravitĂ© de la situation peut ĂȘtre mesurĂ©e, jusqu’à un certain point, par les chiffres suivants : de 1914 Ă  1963, il n’y eut que 810 prĂȘtres qui demandĂšrent Ă  l’Église Catholique la permission d’abandonner le sacerdoce, et parmi ces demandes 355 seulement furent acceptĂ©es. Depuis le concile, il y a eu plus de 32 000 dĂ©fections au sein du clergĂ©. Il faut considĂ©rer que ces chiffres se rapportent en partie Ă  ceux qui sont coupables de la crise et en partie Ă  ceux qui en sont les victimes ; en ce qui concerne ces derniĂšres, qui sont des membres du clergĂ© ou des laĂŻques, il est significatif que non seulement l’usage de la liturgie traditionnelle a Ă©tĂ© dĂ©couragĂ© mais qu’il a mĂȘme Ă©tĂ© expressĂ©ment interdit. Cette stratĂ©gie aurait totalement Ă©chouĂ© s’il n’y avait eu le fait que l’immense majoritĂ© des laĂŻques — et ceci s’applique Ă©galement dans une certaine mesure aux membres du clergĂ© eux-mĂȘmes — s’imaginent que l’obĂ©issance due Ă  la hiĂ©rarchie clĂ©ricale est absolue. L’un des grands mĂ©rites de l’ouvrage de Rama Coomaraswamy est de montrer Ă  quel moment, selon la doctrine catholique strictement traditionnelle, l’obĂ©issance devient un pĂ©chĂ© et Ă  quel moment l’autoritĂ©, mĂȘme celle d’un pape, devient nulle et non avenue. » [recension dans "Croyances anciennes et Superstitions modernes", Appendice II.]
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Martin Lings (Ancient Beliefs and Modern Superstitions)
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L'annĂ©e 1936, dans ses Carnets, Camus Ă©crit Ă  propos d'une conversation qu'il eut avec son ancien professeur de philosophie, Jean Grenier, Ă  propos du communisme: "Toute la question est celle-ci: pour un idĂ©al de justice, faut-il souscrire Ă  des sottises? On peut rĂ©pondre oui: c'est beau. Non: c'est honnĂȘte". De 1935 Ă  1937, l'auteur de Noces a choisi la beautĂ©; ensuite, et jusqu'Ă  la fin de sa brĂšve existence en janvier 1960, le philosophe de L'Homme rĂ©voltĂ© a optĂ© pour l'honnĂȘtetĂ© - ce qui, somme toute, ne manquait pas de beautĂ©.
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Michel Onfray (L'ordre libertaire: la vie philosophique d'Albert Camus)
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Ce serait peut-ĂȘtre de l’impiĂ©tĂ© chez Saint Augustin (par exemple), si d’un cĂŽtĂ© on lui proposait d’enterrer ses Ă©crits, dont notre religion reçoit un si grand fruit, ou d’enterrer ses enfants au cas oĂč il en eut, s’il n’aimait pas mieux enterrer ses enfants.
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Michel de Montaigne (Essais - Livre II (Français moderne et moyen Français comparés))
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Un jour, d'elle-mĂȘme, elle se farda les ongles en rouge. Jamais, jusque lĂ , elle n'avait osĂ© le faire. Ce qui la saisit, ce fut que ses ongles ressentirent le froid du vernis. Elle eut alors le sentiment que notre corps en a toujours de nouvelles Ă  nous apprendre.
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Jacques Audiberti (Le MaĂźtre De Milan)
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Il y eut une tension de pensĂ©e entre un taoĂŻsme et un bouddhisme d’une part, soucieux de dĂ©livrer l’humain des misĂšres du corps et du monde, et un confucianisme d’autre part, attentif Ă  dĂ©finir l’humain par rapport Ă  tous ses humbles liens (pays, corps, famille). Autant le taoĂŻsme prĂȘche le dĂ©tachement et la rĂ©signation du sage solitaire (on l’a vu avec Tchouang Tseu qui prĂ©fĂ©rait continuer Ă  traĂźner sa queue dans la gadoue plutĂŽt que d’accepter une importante fonction qui l’aurait asservi), autant le confucianisme, qui prĂŽne la vigilance morale et politique, est une philosophie de l’engagement. Nous tenons lĂ  les deux pĂŽles opposĂ©s de l’attitude du philosophe vis-Ă -vis du pouvoir politique et dont on trouve en Europe des analogues : ainsi l’épicurien se dĂ©finit-il comme dĂ©finitivement dĂ©tachĂ© des affaires humaines considĂ©rĂ©es comme vaines, tandis que le stoĂŻcien se considĂšre comme un citoyen du monde (cosmopolite).
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Christian Godin (La Philosopie Pour Les Nuls)
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Il y eut aussi les viols. Une Ă©tude a dĂ©comptĂ© les viols de guerre commis par les troupes amĂ©ricaines (de toutes couleurs) en Europe en 1944 et 1945. Il y aurait eu prĂšs de 17 000 viols commis par des GI amĂ©ricains en Allemagne (et 3 620 en France). Car le viol, on ne le dit pas assez, de tout temps et en tout lieu, a toujours Ă©tĂ© et demeure une des plaies de la guerre, quelle qu’elle soit2. La libĂ©ration de l’Europe n’a pas dĂ©rogĂ© aux rĂšgles barbares selon lesquelles les femmes sont quasi systĂ©matiquement les victimes sexuelles des troupes d’invasion et d’occupation. Ainsi, comme dans toutes les guerres, beaucoup d’enfants naquirent de ces rencontres3. On estimait en 1952 Ă  94 000 le nombre de « bĂ©bĂ©s de l’occupation » (Besatzungskinder). Plus de 3 000 Ă©taient mĂ©tis (« enfants de l’occupation illĂ©gitimes de couleur ») ; de ces derniers, les deux tiers vivaient chez leurs parents et prĂšs de 400 dans la famille, mais 450 dans des familles nourriciĂšres et 314 en institutions ; 350 (soit environ 10%) Ă©taient complĂštement abandonnĂ©s, 362 seulement furent reconnus ou aidĂ©s par leur pĂšre4.
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Catherine Coquery-Vidrovitch (Des victimes oubliées du nazisme (Documents) (French Edition))
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Il y eut un moment, par exemple, oĂč M. Gliddon, ne pouvant pas faire comprendre Ă  l'Egyptien le mot : la Politique, s'avisa heureusement de dessiner sur le mur, avec un morceau de charbon, un petit monsieur au nez bourgeonnĂ©, aux coudes troussĂ©s, grimpĂ© sur un piedestal, la jambe gauche tendue en arriĂšre, le bras droit projetĂ© en avant, le poing fermĂ©, les yeux convulsĂ©s vers le ciel, et la bouche ouverte sous un angle de 90 degrĂ©s.
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Edgar Allan Poe (Nouvelles histoires extraordinaires)
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Ce sujet que je traite est tout plein de mysticitĂ© ; car lorsque le CrĂ©ateur tout-puissant de la nature commença Ă  donner sa loi, et qu'il voulut manifester sa puissance Ă  MoĂŻse, il lui apparut en forme de lumiĂšre dans un buisson ardent, qui brĂ»lait sans se consumer. De mĂȘme lorsque le Verbe eut Ă©tablit sa loi et cessĂ© de converser avec les hommes, il remonta au ciel, d'oĂč il Ă©tait descendu, avec une mystique couronne d'Ă©pines sur la tĂȘte, unissant ainsi les deux Ă©poques de la promulgation de sa loi, afin de prouver que c'est un seul et mĂȘme Dieu, le pĂšre et le fils, principe et fin du siĂšcle, qui les a donnĂ©es.
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Clement of Alexandria (Le PĂ©dagogue, Tome 1)
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— Devant une certaine fenêtre du premier étage, dit-il, il y a un hêtre qui est parmi les plus beaux arbres du parc. — Ma chambre. C’est une grande chambre. Sa bouche à lui fut humide d’avoir bu et elle eut à son tour, dans la douce lumière, une implacable précision. — Une chambre calme, dit-on, la meilleure.
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Marguerite Duras (Moderato cantabile)
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― En rĂ©alitĂ©, reprit Elianor qui venait d'avoir un Ă©clair de gĂ©nie, nous sommes un couple libre. Tristan toussa si bruyamment qu'elle eut du mal Ă  contenir son sourire. ― Je vous demande pardon ? souffla la grande brune aprĂšs quelques secondes d'Ă©bahissement. Elianor, la dĂ©marche chaloupĂ©e, alla s'installer sur l'accoudoir du fauteuil de Tristan. Elle fit courir ses doigts jusqu'Ă  son Ă©paule. ― ChĂ©ri, est-ce que tu lui as parlĂ© de notre projet ? De ton fantasme avec les crochets et les pince-tĂ©tons ?
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Elisia Blade (Séduire & Conquérir (Crush Story #5))
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En 1825, un IsraĂ©lite d’origine portugaise, MordecaĂŻ Manuel Noah, ancien consul des États-Unis Ă  Tunis, acheta une Ăźle appelĂ©e Grand Island, situĂ©e dans la riviĂšre Niagara, et lança une proclamation engageant tous ses coreligionnaires Ă  venir s’établir dans cette Ăźle, Ă  laquelle il donna le nom d’Ararat. Le 2 septembre de la mĂȘme annĂ©e, on cĂ©lĂ©bra en grande pompe la fondation de la nouvelle citĂ© ; or, et c’est lĂ  ce que nous voulions signaler, les Indiens avaient Ă©tĂ© invitĂ©s Ă  envoyer des reprĂ©sentants Ă  cette cĂ©rĂ©monie, en qualitĂ© de descendants des tribus perdues d’IsraĂ«l, et ils devaient aussi trouver un refuge dans le nouvel Ararat. Ce projet n’eut aucune suite, et la ville ne fut jamais bĂątie ; une vingtaine d’annĂ©es plus tard, Noah Ă©crivit un livre dans lequel il prĂ©conisait le rĂ©tablissement de la nation juive en Palestine, et, bien que son nom soit aujourd’hui assez oubliĂ©, on doit le regarder comme le vĂ©ritable promoteur du Sionisme. [Chapitre V - Les origines du Mormonisme]
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René Guénon (Mélanges)
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La mort m'eut semblé un moindre suicide
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Jean Schlumberger (Un Homme heureux)
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On a coutume, dans le monde occidental, de considĂ©rer l’islamisme comme une tradition essentiellement guerriĂšre et, par suite, lorsqu’il y est question notamment du sabre ou de l’épĂ©e (es-sayf), de prendre ce mot uniquement dans son sens le plus littĂ©ral, sans mĂȘme penser jamais Ă  se demander s’il n’y a pas lĂ  en rĂ©alitĂ© quelque chose d’autre. Il n’est d’ailleurs pas contestable qu’un certain cĂŽtĂ© guerrier existe dans l’islamisme, et aussi que, loin de constituer un caractĂšre particulier Ă  celui-ci, il se retrouve tout aussi bien dans la plupart des autres traditions, y compris le christianisme. Sans mĂȘme rappeler que le Christ lui-mĂȘme a dit : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épĂ©e », ce qui peut en somme s’entendre figurativement, l’histoire de la ChrĂ©tientĂ© au moyen Ăąge, c’est-Ă -dire Ă  l’époque oĂč elle eut sa rĂ©alisation effective dans les institutions sociales, en fournit des preuves largement suffisantes ; et, d’autre part, la tradition hindoue elle-mĂȘme, qui certes ne saurait passer pour spĂ©cialement guerriĂšre, puisqu’on tend plutĂŽt en gĂ©nĂ©ral Ă  lui reprocher de n’accorder que peu de place Ă  l’action, contient pourtant aussi cet aspect, comme on peut s’en rendre compte en lisant la BhagavadgĂźtĂą. À moins d’ĂȘtre aveuglĂ© par certains prĂ©jugĂ©s, il est facile de comprendre qu’il en soit ainsi, car dans le domaine social, la guerre, en tant qu’elle est dirigĂ©e contre ceux qui troublent l’ordre et qu’elle a pour but de les y ramener, constitue une fonction lĂ©gitime, qui n’est au fond qu’un des aspects de la fonction de « justice » entendue dans son acception la plus gĂ©nĂ©rale. Cependant, ce n’est lĂ  que le cĂŽtĂ© le plus extĂ©rieur des choses, donc le moins essentiel : au point de vue traditionnel, ce qui donne Ă  la guerre ainsi comprise toute sa valeur, c’est qu’elle symbolise la lutte que l’homme doit mener contre les ennemis qu’il porte en lui-mĂȘme, c’est-Ă -dire contre tous les Ă©lĂ©ments qui, en lui, sont contraires Ă  l’ordre et Ă  l’unitĂ©. Dans les deux cas, du reste, et qu’il s’agisse de l’ordre extĂ©rieur et social ou de l’ordre intĂ©rieur et spirituel, la guerre doit toujours tendre Ă©galement Ă  Ă©tablir l’équilibre et l’harmonie (et c’est pourquoi elle se rapporte proprement Ă  la « justice »), et Ă  unifier par lĂ  d’une certaine façon la multiplicitĂ© des Ă©lĂ©ments en opposition entre eux. Cela revient Ă  dire que son aboutissement normal, et qui est en dĂ©finitive son unique raison d’ĂȘtre, c’est la paix (es-salĂąm), laquelle ne peut ĂȘtre obtenue vĂ©ritablement que par la soumission Ă  la volontĂ© divine (el-islĂąm), mettant chacun des Ă©lĂ©ments Ă  sa place pour les faire tous concourir Ă  la rĂ©alisation consciente d’un mĂȘme plan ; et il est Ă  peine besoin de faire remarquer combien, dans la langue arabe, ces deux termes, el-islĂąm et es-salĂąm, sont Ă©troitement apparentĂ©s l’un Ă  l’autre.
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René Guénon (Symbols of Sacred Science (Collected Works of Rene Guenon))
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L’impĂ©ratrice Tarunesh inclina son visage gĂ©nĂ©reux aux traits rĂ©guliers Ă  son adresse, bien que le jeune Sorcelier ne puisse affirmer si c’était en signe de remerciement ou une simple notification de sa remarque. Le Dejazmach Elias sembla vouloir en tirer parti : - Voyez, Ô Reine des Rois, une bĂȘte fauve et quoi d’autre par-dessus le marchĂ© ! Permettez-moi de risquer ma vie plutĂŽt que d’exposer votre auguste personne inutilement
 Il y eut des murmures d’approbation mais CĂ©lian nota que Nyssa, qui Ă  son grand plaisir le rejoignait, ne partageait visiblement pas l’avis d’Elias. - Votre inquiĂ©tude n’est pas de mise, Dejazmach, s’exclama Tarunesh avec une douceur voilĂ©e, ses yeux brillants emplis d’assurance. Le jour oĂč une bĂȘte des herbes grasses aura ma vie, je ne serai effectivement plus digne de rĂ©gner ! Assez perdu de temps. Selamawit, Mengistu, escortez notre Nigiste Negest ! commanda le Dejazmach Elias en se redressant vivement, se tournant vers les guerriers et la foule assemblĂ©s derriĂšre lui.
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Cyrille Mendes (Les Épieurs d'Ombre)
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POSSESSION L'Ăąge terrible, c'est l'Ăąge d'or. J'appelle ainsi la dure Ă©poque oĂč l'or eut son avĂšnement. C'est l'an 1300, sous le rĂšgne du beau roi qu'on put croire d'or ou de fer, qui ne dit jamais un mot, grand roi qui parut avoir un dĂ©mon muet, mais de bras puissant, assez fort pour brĂ»ler le Temple, assez fort pour atteindre Rome et d'un gant de fer porter le premier souffle au pape. L'or devient alors le grand pape, le grand dieu. Non sans raison. Le mouvement a commencĂ© sur l'Europe par la croisade. On n'estime de richesse que celle qui a des ailes et se prĂȘte au mouvement, celle des Ă©changes rapides. Le roi, pour frapper ses coups Ă  distance ne veut que de l'or.
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Jules Michelet
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Les indigĂšnes n’avaient pas d’art monumental; ils empruntĂšrent celui des Carthaginois, auxquels ils devaient tant d’autres choses. Art hybride(5), mĂ©lange Ă  closes variables de motifs orientaux et de motifs hellĂ©niques ; art routinier, d’aspect archaĂŻque. Ce furent probablement des architectes puniques que l’on appela d’abord pour bĂątir les Ă©difices dont on avait besoin ; ils purent avoir des Ă©lĂšves d’origine numide, qui, du reste, n’auraient rien innovĂ©. Le temple de Masinissa, Ă©levĂ© Ă  Dougga peu d’annĂ©es aprĂšs la ruine de Carthage, eut pour constructeurs Hanno, fils d’Iatonbaal, fils d’Hannibal, — trois noms phĂ©niciens, — et Niptasan, — nom libyque, — fils de Shafot, — nom phĂ©nicien (mais la lecture n’est pas certaine)(6). L’inscription du mausolĂ©e de Dougga, qui est Ă  peu prĂšs contemporain du temple, indique, comme « constructeurs des pierres », un Ab[d]arish, fils d’Abdashtart, — deux noms phĂ©niciens, — puis un Libyen, le propre fils du personnage pour lequel le mausolĂ©e fut fait, enfin un Mangi, fils de Varsacan, — deux noms libyques(7). 6. Chabot, Punica, p. 210 et 220. Remarquer que, dans cette inscription bilingue, la mention des constructeurs est faite seulement en langue punique Tome III - p86
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StĂ©phane Gsell (Histoire ancienne de l’Afrique du Nord)
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C'était à la fois une source de terreur et de confort pour moi que de paraßtre souvent invisible - que d'exister, en fait, d'une maniÚre incomplÚte et minimale. J'avais l'impression de n'avoir aucun impact sur le monde, et d'avoir, en échange, le privilÚge de l'observer à son insu. Mais mon allusion à cette sensation d'existence spectrale eut une résonance particuliÚre, et la sueur me couvrit tout le corps, me convainquant sur-le-champ de ma grossiÚre existence corporelle.
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Marilynne Robinson (Housekeeping)
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Chap. II – Les origines du spiritisme : « On sait que c’est en AmĂ©rique que le spiritisme, comme beaucoup d’autres mouvements analogues, eut son point de dĂ©part : les premiers phĂ©nomĂšnes se produisirent en dĂ©cembre 1847 Ă  Hydesville, dans l’État de New-York, dans une maison oĂč venait de s’installer la famille Fox, qui Ă©tait d’origine allemande, et dont le nom Ă©tait primitivement Voss. Si nous mentionnons cette origine allemande, c’est que, si l’on veut un jour Ă©tablir complĂštement les causes rĂ©elles du mouvement spirite, on ne devra pas nĂ©gliger de diriger certaines recherches du cĂŽtĂ© de l’Allemagne ; nous dirons pourquoi tout Ă  l’heure. Il semble bien, d’ailleurs, que la famille Fox n’ait jouĂ© lĂ -dedans, au dĂ©but du moins, qu’un rĂŽle tout involontaire, et que, mĂȘme par la suite, ses membres n’aient Ă©tĂ© que des instruments passifs d’une force quelconque, comme le sont tous les mĂ©diums. Quoi qu’il en soit, les phĂ©nomĂšnes en question, qui consistaient en bruits divers et en dĂ©placements d’objets, n’avaient en somme rien de nouveau ni d’inusitĂ© ; ils Ă©taient semblables Ă  ceux que l’on a observĂ©s de tout temps dans ce qu’on appelle les « maisons hantĂ©es » ; ce qu’il y eut de nouveau, c’est le parti qu’on en tira ultĂ©rieurement. Au bout de quelques mois, on eut l’idĂ©e de poser au frappeur mystĂ©rieux quelques questions auxquelles il rĂ©pondit correctement ; pour commencer, on ne lui demandait que des nombres, qu’il indiquait par des sĂ©ries de coups rĂ©guliers ; ce fut un Quaker nommĂ© Isaac Post qui s’avisa de nommer les lettres de l’alphabet en invitant l’« esprit » Ă  dĂ©signer par un coup celles qui composaient les mots qu’il voulait faire entendre, et qui inventa ainsi le moyen de communication qu’on appela spiritual telegraph. L’« esprit » dĂ©clara qu’il Ă©tait un certain Charles B. Rosna, colporteur de son vivant, qui avait Ă©tĂ© assassinĂ© dans cette maison et enterrĂ© dans le cellier, oĂč l’on trouva effectivement quelques dĂ©bris d’ossements. D’autre part, on remarqua que les phĂ©nomĂšnes se produisaient surtout en prĂ©sence des demoiselles Fox, et c’est de lĂ  que rĂ©sulta la dĂ©couverte de la mĂ©diumnitĂ© ; parmi les visiteurs qui accouraient de plus en plus nombreux, il y en eut qui crurent, Ă  tort ou Ă  raison, constater qu’ils Ă©taient douĂ©s du mĂȘme pouvoir. DĂšs lors, le modern spiritualism, comme on l’appela tout d’abord, Ă©tait fondĂ© ; sa premiĂšre dĂ©nomination Ă©tait en somme la plus exacte, mais, sans doute pour abrĂ©ger, on en est arrivĂ©, dans les pays anglo-saxons, Ă  employer le plus souvent le mot spiritualism sans Ă©pithĂšte ; quant au nom de « spiritisme », c’est en France qu’il fut inventĂ© un peu plus tard.
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René Guénon (The Spiritist Fallacy (Collected Works of Rene Guenon))
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L’agonie de notre temps gĂźt lĂ . Le siĂšcle ne s’effondre pas faute de soutien matĂ©riel. Jamais l’univers ne fut si riche, comblĂ© de tant de confort, aidĂ© par une industrialisation Ă  ce point productrice. Jamais il n’y eut tant de ressources ni de biens offerts. C’est le cƓur de l’homme, et lui seul, qui est en Ă©tat de faillite. C’est faute d’aimer, c’est faute de croire et de se donner, que le monde s’accable lui-mĂȘme des coups qui l’assassinent. Le siĂšcle a voulu n’ĂȘtre plus que le siĂšcle des appĂ©tits. Son orgueil l’a perdu. Il a cru aux machines, aux stocks, aux lingots, sur lesquels il rĂ©gnerait en maĂźtre. Il a cru, tout autant, Ă  la victoire des passions charnelles projetĂ©es au delĂ  de toutes les limites, Ă  la libĂ©ration des formes les plus diverses des jouissances, sans cesse multipliĂ©es, toujours plus avilies et plus avilissantes, dotĂ©es d’une « technique » qui n’est, en somme, gĂ©nĂ©ralement, qu’une accumulation, sans grande imagination, d’assez pauvres vices, d’ĂȘtres vidĂ©s.
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Leon Degrelle (Almas ardiendo: notas de paz, de guerra y de exilio)
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OrfĂ©us s'approcha, tout prĂšs. Il y eut un silence. Malva ferma les yeux et, avec une douceur infinie, OrfĂ©us posa ses lĂšvres sur les siennes. À cet instant, leurs cƓurs devinrent semblables aux Ă©toiles jumelles qui brillaient dans le ciel : deux petites points lumineux au milieu des tĂ©nĂšbres immenses de l'univers.
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Anne-Laure Bondoux (The Princetta)
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D'autre part l'autonomie que vous aviez prise trop prĂ©maturĂ©ment, non seulement vis Ă  vis de Mostaganem, mais d'une façon gĂ©nĂ©rale par rapport aux sources de l'Ă©sotĂ©risme islamique dont vous ne vous ĂȘtes jamais inquiĂ©tĂ©, venait accentuer la faiblesse de cette position et la traduire surtout dans le domaine des moyens techniques de la voie, qui se trouvĂšrent ainsi limitĂ©s aux premiers Ă©lĂ©ments reçus par vous Ă  la zĂąouyah allaouiyah. Ici la chose doit ĂȘtre mise en rapport avec le fait que quelques annĂ©es aprĂšs votre retour d'AlgĂ©rie vous avez affirmĂ© ĂȘtre le successeur au "maqĂąm" du Sheikh el-Allaoui, notion extrĂȘmement imprĂ©cise et Ă©quivoque(1), mais qui eut le rĂŽle de consacrer l'attitude de suffisance par soi de votre direction initiatique et d'indiffĂ©rence Ă  tout ce qui pouvait exister encore ailleurs. (Lettre de M.VĂąlsan Ă  F.Schuon, novembre 1950)
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Michel VĂąlsan
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Il n'empĂȘche que vos prĂ©occupations se trouvĂšrent engagĂ©es encore en dehors des nĂ©cessitĂ©s de la voie islamique. Citons ici pour mĂ©moire l'affaire de la direction initiatique des Maçons: la "transmission" d'un Nom d'incantation que vous n'aviez jamais reçu vous-mĂȘme, ni mĂȘme entendu, encore moins connu dans ses vertus et dans sa fonction dans le cadre d'une initiation cosmologique comme celle de la maçonnerie. Dans ce cas vous aviez invoquĂ© agir en raison d'un "idhn" divin. Quoiqu'il en fĂ»t, il n'en est rien sorti, et d'aprĂšs le "vague" qui planait sur tout cela, il eut Ă©tĂ© plutĂŽt Ă©tonnant qu'il en fĂ»t autrement. Pour le Bouddhisme et les Peaux-Rouges dont les travaux littĂ©raires vous ont tant occupĂ©, vous-mĂȘme et d'autres fuqarĂą, les applications pratiques sont, jusqu'Ă  prĂ©sent, restĂ©es limitĂ©es: simple [ ] "protection spirituelle" offerte Ă  certain[s] Bouddhiste[s] d'Occident, Ă©changes de bĂ©nĂ©dictions avec les chefs Peaux-Rouges.(2) (2) A ce dernier propos ce qui m'a toujours semblĂ© particuliĂšrement choquant, c'est que les parures, les armes, les rites du calumet et chants importĂ©s d'outre-ocĂ©an, et auxquels vous vous attardiez, [allaient ĂȘtre portĂ©s] par vous et d'autres musulmans, jusque dans un monastĂšre chrĂ©tien pour ĂȘtre "communiquĂ©s" Ă  un moine trĂšs peu satisfait de son christianisme et aimant les Peaux-Rouges! (Lettre de M.VĂąlsan Ă  F.Schuon, novembre 1950)
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Michel VĂąlsan
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Des millions de projectiles destructeurs ont Ă©tĂ© lancĂ©s au cours de cette guerre mondiale, les ingĂ©nieurs ont imaginĂ© les engins balistiques les plus puissants, les plus violents, Ă  la portĂ©e la plus grande. Mais, dans l’histoire contemporaine, aucun projectile n’eut plus de portĂ©e et ne fut plus dĂ©cisif que ce train, chargĂ© des rĂ©volutionnaires les plus dangereux, les plus rĂ©solus du siĂšcle, et qui, une fois franchie la frontiĂšre suisse, file Ă  travers l’Allemagne pour gagner Saint-PĂ©tersbourg oĂč il fera voler en Ă©clats l’ordre du monde.
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Stefan Zweig (Decisive Moments in History: Twelve Historical Miniatures (STUDIES IN AUSTRIAN LITERATURE, CULTURE, AND THOUGHT TRANSLATION SERIES))
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Kostia sortit de la poche intérieure de sa vareuse un objet rectangulaire enveloppé d'indienne. - Prends. C'est ce que j'aimais le plus au monde quand j'étais seul. Romachkine eut dans la main une miniature encadrée d'ébÚne. Dans le cercle noir apparaissait un visage de femme magiquement réel qui n'était qu'équilibre, intelligence, rayonnement, silence. Romachkine dit avec une sorte de frayeur éblouie: - Est-ce possible? Crois-tu vraiment, Kostia, qu'il y a des visages comme celui-ci? Kostia s'emporta; - Les visages vivants sont plus beaux... Au revoir, vieux,
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Victor Serge (The Case of Comrade Tulayev)
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J'avais quatre ans et c'Ă©tait mon premier jour dans la maison du bas oĂč on avait dĂ©cidĂ© de nous exiler. Hadjer, dĂ©jĂ  vieille fille Ă  cette Ă©poque, s'affairait autour du fourneau pour prĂ©parer un cafĂ©. Mon pĂšre avait rĂ©parĂ© l'arrivĂ©e d'eau, avait jetĂ© un regard sur la cour sĂšche et sans herbes, m'avait observĂ© un moment pendant que je jouais avec des cailloux blancs, avait mĂȘme ouvert la bouche pour dire quelque chose ...mais il tourna le dos - pour vingt ou trente ans, d'ailleurs...Ma tante eut l'intelligence de retenir son Ă©motion, comme pour m'obliger Ă  mĂ»rir un peu et Ă  quitter l'enfance pleurnicharde de l'abandonnĂ©.
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Kamel Daoud (Zabor ou Les Psaumes)
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J'avais quatre ans et c'Ă©tait mon premier jour dans la maison du bas oĂč on avait dĂ©cidĂ© de nous exiler. Hadjer, dĂ©jĂ  vieille fille Ă  cette Ă©poque, s'affairait autour du fourneau pour prĂ©parer un cafĂ©. Mon pĂšre avait rĂ©parĂ© l'arrivĂ©e d'eau, avait jetĂ© un regard sur la cour sĂšche et sans herbes, m'avait observĂ© un moment pendant que je jouais avec des cailloux blancs, avait mĂȘme ouvert la bouche pour dire quelque chose ...mais il tourna le dos - pour vingt ou trente ans, d'ailleurs, il avait dĂ©cidĂ© qu'il valait mieux s'occuper des murs que des sien et annonça qu'il allait refaire le carrelage, les toilettes et la peinture. Ma tante eut l'intelligence de retenir son Ă©motion, comme pour m'obliger Ă  mĂ»rir un peu et Ă  quitter l'enfance pleurnicharde de l'abandonnĂ©.
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Kamel Daoud (Zabor ou Les Psaumes)
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J'avais quatre ans et c'Ă©tait mon premier jour dans la maison du bas oĂč on avait dĂ©cidĂ© de nous exiler. Hadjer, dĂ©jĂ  vieille fille Ă  cette Ă©poque, s'affairait autour du fourneau pour prĂ©parer un cafĂ©. Mon pĂšre avait rĂ©parĂ© l'arrivĂ©e d'eau, avait jetĂ© un regard sur la cour sĂšche et sans herbes, m'avait observĂ© un moment pendant que je jouais avec des cailloux blancs, avait mĂȘme ouvert la bouche pour dire quelque chose ...mais il tourna le dos - pour vingt ou trente ans, d'ailleurs, il avait dĂ©cidĂ© qu'il valait mieux s'occuper des murs que des siens et annonça qu'il allait refaire le carrelage, les toilettes et la peinture. Ma tante eut l'intelligence de retenir son Ă©motion, comme pour m'obliger Ă  mĂ»rir un peu et Ă  quitter l'enfance pleurnicharde de l'abandonnĂ©.
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Kamel Daoud (Zabor ou Les Psaumes)
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Lors donc que Rome, dans cette prĂ©tendue marche triomphale vers la civilisation unique, eut dĂ©truit, l'une aprĂšs l'autre, Carthage, l'Egypte, la GrĂšce, la JudĂ©e, la Perse, la Dacie, les Gaules, il arriva qu'elle avait dĂ©vorĂ© elle-mĂȘme les digues qui la protĂ©geaient contre l'ocĂ©an humain sous lequel elle devait pĂ©rir.
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Aimé Césaire
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Il trouva ce qu’il allait faire. Il se dirigea vers sa pile de disques et choisit L’Art de la fugue. « Si son gĂ©nie ne me donne pas de courage, autant abandonner tout de suite. » Il resta assis, immobile, Ă©coutant Bach construire un monde, le peupler, l’organiser et finalement le combattre et ĂȘtre dĂ©truit par lui. Lorsque la musique s’arrĂȘta, comme l’homme s’était arrĂȘtĂ© lorsque la mort Ă©tait venue, Doc avait retrouvĂ© son courage. « Bach s’est battu, dit-il, il n’a pas Ă©tĂ© vaincu. S’il avait vĂ©cu, il aurait continuĂ© Ă  se battre. Donnez-moi un peu de temps ! Je veux rĂ©flĂ©chir. Qu’avait donc Bach que je n’aie pas ? N’est-ce pas la vaillance ? Est-ce que la vaillance n’est pas la plus belle qualitĂ© de l’ñme ? » Il s’arrĂȘta et eut soudain l’impression qu’il allait fondre en larmes. « Pourquoi ne l’ai-je pas compris tout de suite ? Moi qui l’admire tant, je ne l’ai pas dĂ©celĂ© quand je l’ai vue. Bach avait son talent, sa famille, ses amis. Chacun a quelque chose. Et Suzy, qu’a-t-elle ? Rien, sinon la vaillance. Elle se bat et elle gagnera. Si elle ne gagne pas, la vie ne vaut pas la peine d’ĂȘtre vĂ©cue. Qu’est-ce que j’entends par gagner ? se demanda Doc. Je sais. Pour gagner, il suffit de ne pas ĂȘtre vaincu." Tendre Jeudi, John Steinbeck.
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John Steinbeck
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Les Occidentaux ont militĂ© pendant deux dĂ©cennies pour la crĂ©ation d’un Sud-Soudan indĂ©pendant. Cela a Ă©tĂ© fait. Il y eut une grande fĂȘte de l’indĂ©pendance, en juillet 2011. Le nouveau pays a Ă©tĂ© inondĂ© de subventions. Un an et demi plus tard, il Ă©tait la proie d’une effroyable guerre civile, qui est devenue, Ă  cĂŽtĂ© du virus Ebola, la premiĂšre catastrophe humanitaire du Continent noir.
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Randa Kassis (Le Chaos Syrien, printemps arabes et minorités face à l'islamisme)
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Rome Ă©tait, en l’an 268 de son Ăšre35, ce qu’est Ă  peu prĂšs la France l’an IV de la RĂ©publique. Mais prĂȘcha-t-on alors le dogme du silence et de la patience ? de la prudence et de la constance ?.... Non. Cassius Viscellinus se prĂ©sente. Il porte la main droit Ă  la plaie. Quoique patricien, c’est lui qui le premier propose la loi agraire. « Il est souverainement injuste, s’écrie-t-il, que le peuple Romain, si courageux, et qui expose tous les jours sa vie pour Ă©tendre les bornes de la RĂ©publique, languisse dans une honteuse pauvretĂ©, pendant que le SĂ©nat et les patriciens jouissent seuls du fruit de ses conquĂȘtes... PlĂ©bĂ©iens !, ajoute-t-il, il ne tient qu’à vous de sortir tout Ă  coup de la misĂšre oĂč vous a rĂ©duit l’avarice des patriciens. » Ce discours, dit Vertot, fut accueilli aux transports les plus vifs du peuple. Il n’y eut que l’infĂąme Appius et ses suppĂŽts (les Louvet, les RĂ©al et les MĂ©hĂ©e de ce temps-lĂ ), qui traitĂšrent Cassius de royaliste, comme les Appius d’aujourd’hui me traitent.
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Gracchus Babeuf (Le Manifeste des Plébéiens)
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[...] car une des caractĂ©ristiques du monde moderne est de chercher par des artifices Ă  rĂ©aliser illusoirement des impossibilitĂ©s et Ă  les rendre crĂ©dibles par de faux prodiges. Tel fut le cas, par exemple, de la « marche sur la lune » qu'un auteur traditionnel (sauf erreur, il s'agit de Frithjof Schuon) avait dĂ©clarĂ©e impossible. Par une sorte de miracle technique et scientifique, elle fut rĂ©alisĂ©e tout de mĂȘme, et prĂ©sentĂ©e comme un « grand pas pour l'humanitĂ© » de maniĂšre Ă  discrĂ©diter le bon sens et le jugement traditionnel. Pourtant, l'on se rend compte aujourd'hui (mĂȘme si l'on Ă©vite de le reconnaĂźtre) que cet auteur avait vu juste et dit la vĂ©ritĂ©. L'impossibilitĂ© de l'entreprise apparaĂźt dans le fait qu'elle fut sans lendemain, pour des raisons aussi bien humaines que matĂ©rielles. Elle fut, elle aussi, un vĂ©ritable leurre, qui eut pour effet d'abuser une gĂ©nĂ©ration. pp.53-54
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Charles-André Gilis (La profanation d'Israël selon le droit sacré)
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Les tĂ©nĂšbres Ă©taient vastes et coulantes. Elles ondulaient au bord de moi. Tout n’était qu’écho, pulsation, flottement, Ă©tirement, sommeil, Ă©veil et faim. Dans mon cƓur qui vibrait comme un colibri, quelque chose attendait : un potentiel. Une rage lointaine qui crĂ©pitait. Puis il y a eut un souffle, un dĂ©chirement en moi et les tĂ©nĂšbres de velours se fendirent. Froid, terreur et lumiĂšre blanche glaciale.
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Melissa Albert (The Hazel Wood (The Hazel Wood, #1))
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Le Sirien reprit les petites mites, il leur parla encore avec beaucoup de bontĂ©, quoiqu’il fĂ»t un peu fĂąchĂ© dans le fond du cƓur de voir que les infiniment petits eussent un orgueil presque infiniment grand. Il leur promit de leur faire un beau livre de philosophie, Ă©crit fort menu pour leur usage, et que, dans ce livre, ils verraient le bout des choses. Effectivement, il leur donna ce volume avant son dĂ©part : on le porta Ă  Paris Ă  l’acadĂ©mie des sciences ; mais, quand le vieux secrĂ©taire l’eut ouvert, il ne vit rien qu’un livre tout blanc : « Ah ! dit-il, je m’en Ă©tais bien doutĂ©. »
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Voltaire (Micromegas)
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Sabran se recula pour l'examiner. Ead eut un aperçu de ses expressions Ă  la lueur des bougies — le front lisse, les yeux sombres et dĂ©terminĂ©s — avant qu'elles s'unissent Ă  nouveau, et leur baiser fut cette fois chaud, novice, fondateur, la naissance d'une Ă©toile sur leurs lĂšvres. Elles Ă©taient des rayons de miel secrets, fragiles et complexes. Ead frissonna quand la nuit accueillie sa peau.
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Samantha Shannon (The Priory of the Orange Tree (The Roots of Chaos, #1))
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Il y avait un homme qui, chaque nuit, mangeait des friandises en invoquant le nom d’Allah. Un jour, Satan lui dit : ‘O’ homme sans dignitĂ©, tais-toi ! Jusqu’à quand rĂ©pĂ©teras-tu Son nom ? Tu vois bien qu’Il ne te rĂ©pond pas ! » L’homme eut le cƓur brisĂ© par ces paroles et ce fut dans cet Ă©tat d’esprit qu’il tomba dans le sommeil. Il fit alors un rĂȘve et vit AĂŻcha qui lui disait : « Pourquoi as-tu cessĂ© de rĂ©pĂ©ter le nom d’Allah ? » L’homme rĂ©pondit : « C’est parce que je n’ai eu aucune rĂ©ponse et j’ai craint qu’Il ne m’ait chassĂ© de sa porte ! » AĂŻcha dit alors : Le CrĂ©ateur nous dit : ‘C’est parce que j’ai acceptĂ© ta priĂšre que je continue Ă  t’entretenir dans cette prĂ©occupation.’ Ta crainte et ton amour sont des prĂ©textes pour entretenir ton intimitĂ© avec Allah. Le seul fait que tu continues Ă  prier t’annonce que tes priĂšres sont acceptĂ©es. »
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Djalal Al-Din Rumi, Le Mesnevi
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longs & enfin avec un de vingt-quatre pouces, & trouva toujours les mĂȘmes effets. Au lieu de bois M. Gray se servit dans la suite d'un fil de fer, puis d'un fil de laiton, & eut encore le mĂȘme succĂšs; mais comme les vibrations de ces fils de fer, & de laiton, causĂ©es par le frottement du tube, Ă©toient incommodes, surtout lorsque les fils Ă©toient longs de deux ou trois pieds, il imagina de suspendre la boule Ă  l'extrĂ©mitĂ© d'une ficelle nouĂ©e au tube par son autre extrĂ©mitĂ©; Ă©tant sur un balcon Ă©levĂ© de trente-six pieds, il laissa pendre la boule ainsi attachĂ©e au tube par le moyen d'une ficelle de cette longueur; le tube Ă©tant frottĂ©, la boule attira & repoussa du cuivre en feuilles qui Ă©toit au-dessous d'elle. M. Gray essaya ensuite de transmettre en ligne horizontale l'Ă©lectricitĂ© Ă  de bien plus grandes distances; il y rĂ©ussit d'abord en se servant pour cela d'une ficelle soutenuĂ« horizontalement Ă  quelque distance de terre sur des fils de soye, & transmit l'Ă©lectricitĂ© Ă  cent quarante pieds; mais comme il vouloit pousser plus loin son expĂ©rience, les fils de soye s'Ă©tant rompus, il leur substitua des fils-d'archal de la mĂȘme finesse; car il s'imaginoit que le succĂšs de l'expĂ©rience dĂ©pendoit de la finesse de ces fils, qu'il croyoit trop minces pour pouvoir intercepter une partie sensible de la force Ă©lectrique communiquĂ©e par le tube Ă  la ficelle & Ă  la boule. Quand il vint Ă  frotter le tube, l'Ă©lectricitĂ© ne fut point transmise Ă  l'extrĂ©mitĂ© de la ficelle. Il reconnut de lĂ  que le succĂšs de la premiĂšre expĂ©rience ne venoit pas de la finesse des fils
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Benjamin Franklin (Experiments and observations on electricity. French)
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— T’as tout compris, Max.   En revenant vers la ville, Kean demeurait silencieux. Il ne comprenait pas pourquoi ils ne pouvaient jamais mettre la main sur un indice solide qui permettrait de dĂ©couvrir le vrai coupable.   — J’ai toujours su que lorsqu’il y avait un problĂšme insoluble, c’était Ă  cause d’un mensonge non rĂ©vĂ©lĂ©.   — Tu crois que quelqu’un ment dans cette affaire ?   — J’en suis sĂ»r. Je ne sais juste pas de qui il s’agit. Le voisin, Chopin, nous a bien dit que quelqu’un Ă©tait sorti vers vingt heures quinze. Ce n’était pas le mari puisqu’il est sorti par derriĂšre.   — C’était l’assassin. Il est probablement entrĂ© par la cuisine et sorti par-devant.   Kean eut un fugace rappel que Maude y avait laissĂ© ses empreintes dans la cuisine. Mais il en chassa vite l’idĂ©e, se souvenant qu’elle l’avait cherchĂ© pour l’inviter Ă  dĂźner.   — Merde ! Qui cela peut-il bien ĂȘtre ?   Max se mit Ă  rĂ©flĂ©chir sĂ©rieusement. AprĂšs un moment il dit :   —
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Louise Alarie (Tu m'appartiens)
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L'islùm dispose de tous les moyens, visibles et invisibles, doctrinaux et rituels, pour accomplir sa mission parmi les hommes et réaliser sa vocation universelle. La reconnaissance, au moins implicite, de ce statut privilégié eut été, pour l'église catholique, une source de bénédiction et une prolongation de son rayonnement au sein du monde moderne. NaguÚre , sous le pontificat de Paul VI, le catholicisme s'efforçait encore de maintenir une position équilibrée et médiatrice au sein des trois religions qui se réclament du monothéisme, alors qu'elle place aujourd'hui tous ses espoirs dans une entente avec le sionisme et tourne le dos à l'enseignement de l'islùm. Elle a fait le mauvais choix et devra en payer le prix, car on ne s'oppose pas impunément à la mission du ProphÚte
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Charles-André Gilis
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Ce moyen, cette pratique, ces allĂ©chements avaient les anciens tyrans, pour endormir leurs sujets sous le joug. Ainsi les peuples, assotis, trouvent beaux ces passe-temps, amusĂ©s d’un vain plaisir, qui leur passait devant les yeux, s’accoutumaient Ă  servir aussi niaisement, mais plus mal, que les petits enfants qui, pour voir les luisantes images des livres enluminĂ©s, apprennent Ă  lire. Les Romains tyrans s’avisĂšrent encore d’un autre point : de festoyer souvent les dizaines publiques, abusant cette canaille comme il fallait, qui se laisse aller, plus qu’à toute autre chose, au plaisir de la bouche : le plus avisĂ© et entendu d’entre eux n’eut pas quittĂ© son esculĂ©e de soupe pour recouvrer la libertĂ© de la rĂ©publique de Platon.
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Étienne de La BoĂ©tie (Discours de la servitude volontaire: RĂ©quisitoire contre l'Absolutisme)
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Il eut un surprenant sourire, puis il me prit dans ses bras et me dit : « Je ne pensais que tu m’avais trahi la derniĂšre fois que tu as parti. Je ne comprenais pas, Lanik. Je pensais que si je te faisais confiance, cela signifie que tu agirais toujours comme je le voulais. ..
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Orson Scott Card (A Planet Called Treason)
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Un homme Ă©tait-il Ă©minent en pouvoir, en vertu, en richesses ou en crĂ©dit, il fut seul Ă©lu magistrat, et l’état devint monarchique. Si plusieurs, Ă  peu prĂšs Ă©gaux entre eux, l’emportaient sur tous les autres, ils furent Ă©lus conjointement, et l’on eut une aristocratie. Ceux dont la fortune ou les talents Ă©taient moins disproportionnĂ©s, et qui s’étaient le moins Ă©loignĂ©s de l’état de nature, gardĂšrent en commun l’administration suprĂȘme, et formĂšrent une dĂ©mocratie.
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Jean-Jacques Rousseau (Discourse on the Origin of Inequality (Dover Thrift Editions: Philosophy))
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Ce qui m'intĂ©resse, c'est de savoir qui paie les RĂ©dempteurs, pas de me dĂ©barrasser d'une poignĂ©e de bouchers qui seront remplacĂ©s par d'autres avant mĂȘme que j'aie le temps de me rĂ©jouir.(...) - Qu'est-ce qui te fait croire que quelqu'un les paie? - Ils ne volent rien, n'emportent rien, ni argent, ni bijoux, ni chevaux. Si c'Ă©tait juste un ramassis d'enragĂ©s, il se serviraient sur les cadavres, ils pilleraient les chariots... - Ce sont des fanatiques, rĂ©torqua Leth Marek, tentant d'oublier que lui-mĂȘme s'Ă©tait fait la mĂȘme rĂ©flexion. Ils tuent au nom de la DĂ©esse, c'est tout ce qui les motive. Annoa eut un sourire dĂ©sabusĂ©. - Tu crois vraiment qu'ils sortent de nulle part, avec leur armement de guerre? Que des fanatiques du culte de la Nature se seraient rassemblĂ©s spontanĂ©ment pour crĂ©er une force de frappe? Que des gens comme toi et moi auraient abandonnĂ© leur famille, leur travail, pour consacrer leur vie Ă  harceler des "infidĂšles"? - Peut-ĂȘtre pas, admit Leth Marek. - Les RĂ©dempteurs sont des hors-la-loi. Kyrenia a mis une prime sur leurs tĂȘtes, et pourtant ils continuent Ă  frapper depuis presque un an. Pour ça, il faut que quelqu'un les paie, et les paie bien.
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Gabriel Katz (La Marche du prophĂšte (Aeternia #1))
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A partir d’aujourd’hui, vous allez apprendre Ă  mourir, dans l’ordre. Jusqu’ici, vous mouriez Ă  l’espagnole, un peu au hasard, au jugĂ© pour ainsi dire. Vous mouriez parce qu’il avait fait froid aprĂšs qu’il eut fait chaud, parce que vos mulets bronchaient, parce que la ligne des PyrĂ©nĂ©es Ă©tait bleue, parce qu’au printemps le fleuve Guadalquivir est attirant pour le solitaire, ou parce qu’il y a des imbĂ©ciles mal embouchĂ©s qui tuent pour le profit ou pour l’honneur, quand il est tellement plus distinguĂ© de tuer pour les plaisirs de la logique. Oui, vous mouriez mal. Un mort par-ci, un mort par-lĂ , celui-ci dans son lit, celui-lĂ  dans l’arĂšne : c’était du libertinage. Mais heureusement, ce dĂ©sordre va ĂȘtre administrĂ©. Une seule mort pour tous et selon le bel ordre d’une liste. Vous aurez vos fiches, vous ne mourrez plus par caprice. Le destin, dĂ©sormais, s’est assagi, il a pris ses bureaux. Vous serez dans la statistique et vous allez enfin servir Ă  quelque chose.
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Albert Camus (L'Ă©tat de siĂšge)
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Nicolas ferma les yeux et eut le vertige. C'était précisément ce genre d'instant, ce genre d'atmosphÚre qu'il voudrait garder au plus profond de lui pour toujours. C'était précisément avec ce genre de souvenirs qu'il pourrait affronter les périodes les plus difficiles de la vie. C'était en ce souvenant de tels moments et en espérant les voir se renouveler qu'il trouverait la force de vivre.
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Marko Leino (La Véritable histoire de Noël)
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l'homme élevé en dignités, que la fortune et sa naissance ont placé sur le grand théùtre, et qui, en entrant dans le monde, eut toutes les préventions pour lui, vaut toujours moins que sa réputation,
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Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (Le Mariage de Figaro)
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Le gĂ©ant, qui souffrait, blessĂ©, De mille morts, de mille peines, Eut un sourire triste et beau ; Et, avant de mourir, regardant le roseau, Lui dit : « Je suis encore un chĂȘne. »
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Jean Anouilh (Fables)