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Aimer ou avoir aimée, cela suffit. Ne demandez rien ensuite. On n'a pas d'autre perle à trouver dans les plis ténébreux de la vie. Aimer est un accomplissement.
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Victor Hugo (Les Misérables: Marius (Les Misérables, #3))
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Les hommes sont bizarres. Ils commettent le pire sans trop se poser de questions, mais ensuite, ils ne peuvent plus vivre avec le souvenir de ce qu'ils ont fait.
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Philippe Claudel (Brodeck)
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Elle se sentait noyĂ©e dans le mĂ©pris de ces gredins honnĂȘtes qui l'avaient sacrifiĂ©e d'abord, rejetĂ©e ensuite, comme une chose malpropre et inutile.
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Guy de Maupassant (Boule de Suif (21 contes))
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Oui, c'est votre idĂ©e, Ă vous tous, les ouvriers français, dĂ©terrer un trĂ©sor, pour le manger seul ensuite, dans un coin d'Ă©goĂŻsme et de fainĂ©antise. Vous avez beau crier contre les riches, le courage vous manque de rendre aux pauvres l'argent que la fortune vous envoie... Jamais vous ne serez dignes du bonheur, tant que vous aurez quelque chose Ă vous, et que votre haine des bourgeois viendra uniquement de votre besoin enragĂ© d'ĂȘtre des bourgeois Ă leur place.
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Ămile Zola (Germinal)
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Je ne sais pas pour vous mais, au dĂ©but de ma vie, il n'y avait que deux sortes de personnes dans mon univers : celle que j'adorais et celles que je dĂ©testais. Mes meilleurs amis et mes pires ennemis. Ceux pour qui je suis prĂȘte Ă tout donner et ceux qui peuvent aller crever. Ensuite on grandit. Entre le noir et le blanc, on dĂ©couvre le gris. On rencontre ceux qui ne sont pas vraiment des amis mais que l'on aime quand mĂȘme un peu et ceux que l'on prend pour des proches et qui n'arrĂȘtent pas de vous planter des couteaux dans le dos.
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Gilles Legardinier (Demain j'arrĂȘte!)
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La vie est une succession de choix quâil faut savoir assumer ensuite.
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Joël Dicker (La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert (Marcus Goldman, #1))
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En gĂ©nĂ©ral, les malheurs d'autrui suscitent inĂ©vitablement trois sentiments chez les tempĂ©raments mesquins : tout d'abord le saisissement ; ensuite la satisfaction intĂ©rieure de ne pas ĂȘtre concernĂ© ; enfin, une joie maligne et secrĂšte. Tels sont les sombres instincts que recĂšle l'Ăąme humaine dans ses trĂ©fonds.
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ĐĐČĐ°Đœ ĐĐ°Đ·ĐŸĐČ (ĐĐŸĐŽ ĐžĐłĐŸŃĐŸ)
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Pauvre petite femme! Ăa baĂźlle aprĂšs l'amour, comme une carpe aprĂšs l'eau sur une table de cuisine. Avec trois mots de galanterie, cela vous adorerait, j'en suis sĂ»r! ce serait tendre! charmannt!... Oui, mais comment s'en dĂ©barresser ensuite? - Rodolphe Boulanger
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Gustave Flaubert (Madame Bovary)
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I headed out of my en-suite into my room and stopped dead as I spotted a life sized inflatable Pegasus sex doll standing in the middle of my goddamn bed.
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Caroline Peckham (Ruthless Fae (Zodiac Academy, #2))
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On peut juger de la bonté d'un livre à la vigueur des coups de poing qu'il vous a donnés et à la longueur de temps qu'on est ensuite à en revenir.
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Gustave Flaubert (Correspondance)
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Une Faëlle a survécu trois semaines à son compagnon. C'est le temps qu'il lui a fallu pour exterminer les responsables de sa disparition. Ensuite, elle est morte.
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Pierre Bottero (L'Ćil d'Otolep (Les Mondes d'Ewilan, #2))
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Trente chevaux sur une colline rouge;
D'abord ils mĂąchonnent,
Puis ils frappent leur marque,
Ensuite ils restent immobiles.
(Les dents)
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J.R.R. Tolkien (The Hobbit, or There and Back Again)
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Mais il était tellement facile de suivre mes impulsions et de me repentir ensuite...
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Françoise Sagan (Bonjour tristesse)
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à ce moment là , j'ai dû comprendre pour la premiÚre fois que le mal est irrémédiable et qu'il est impossible de réparer un tort quoique l'on fasse ensuite. Le seul remÚde est de ne pas en commettre et ne pas en commettre est en ce monde l'oeuvre la plus ardue et secrÚte.
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Erri De Luca (Pas ici, pas maintenant)
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Je suis lùche, c'est pour ça que j'ai besoin de couper les ponts avec tous ceux qui me sont proches, de partir en un lieu totalement inconnu pour revenir ensuite. J'ai l'impression que la vie est toujours neuve comme ça, qu'il reste quelque chose à découvrir. Ca glisse, ça glisse, j'ai l'impression que ça va répondre à toutes les questions. Je me sens tellement vrai quand je m'en vais, j'ai toujours l'impression d'avoir perdu quelque chose quand je reviens. (p224)
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Mian Mian (Candy)
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Le "moment" dâun paysage est aussi unique que celui dâun portrait, et souvent le photographe nây est pour rien, sinon quâil a Ă©tĂ© lĂ au moment oĂč il le fallait. Ensuite lâimage vivra sa vie, enrichie par lâimaginaire de ceux qui la regarderont et par la nostalgie de celui qui lâa faite.
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J.L. Sieff
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Le privilÚge économique détenu par les hommes, leur valeur sociale, le prestige du mariage, l'utilité d'un appui masculin, tout engage les femmes à vouloir ardenment plaire aux hommes. Elles sont encore dans l'ensemble en situation de vassalité. Il s'ensuit que la femme se connaßt et se choisit non en tant qu'elle existe pour soi mais telle que l'homme la définit.
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Simone de Beauvoir (Le deuxiĂšme sexe, I)
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Tu vas voir, le regard des gens sur un mec handicapĂ© se fait en plusieurs temps. Quand les gens te rencontrent la premiĂšre fois, tu nâes rien dâautre quâun handicapĂ©. Tu nâas pas dâhistoire, pas de particularitĂ©s, ton handicap est ta seule identitĂ©. Ensuite, sâils prennent un peu le temps, ils vont dĂ©couvrir une facette de ton caractĂšre. Ils verront alors si tu as de lâhumour, si tu es dĂ©pressif⊠Enfin, ils verront presque avec surprise que tu peux avoir une vraie personnalitĂ© qui sâajoute Ă ton statut dâhandicapé .
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Grand corps malade (Patients)
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En 1878, reçu mĂ©decin Ă lâUniversitĂ© de Londres, je me rendis Ă Netley pour suivre les cours prescrits aux chirurgiens de lâarmĂ©e ; et lĂ , je complĂ©tai mes Ă©tudes. On me dĂ©signa ensuite, comme aide-major, pour le 5e rĂ©giment de fusiliers de Northumberland en garnison aux Indes.
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Arthur Conan Doyle (A Study in Scarlet (Sherlock Holmes, #1))
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Si on bouge sans cesse, on impose un sens, une direction au temps. Mais si on s'arrĂȘte en se butant comme un Ăąne au milieu du sentier, si on se laisse emporter par la rĂȘverie, alors mĂȘme le temps s'arrĂȘte et n'est plus ce fardeau qui pĂšse sur nos Ă©paules. Si on ne le porte pas il verse, il se rĂ©pand tout autour comme la tache d'encre que ma plume faisait toute seule, droite en Ă©quilibre sur le buvard, pour retomber ensuite, vide.
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Erri De Luca (Pas ici, pas maintenant)
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Pour liquider un peuple, on commence par lui enlever la mĂ©moire. On dĂ©truit ses livres, sa culture, son histoire. Puis quelquâun dâautre lui Ă©crit dâautres livres, lui donne une autre culture, lui invente une autre histoire. Ensuite, le peuple commence Ă oublier ce quâil est, et ce quâil Ă©tait.
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Léonora Miano (Rouge impératrice)
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« On ne raconte pas aux enfants ce qui s'est passé avant eux. d'abord ils sont trop petits pour comprendre, ensuite ils sont trop grands pour écouter, puis ils n'ont plus le temps, aprÚs c'est trop tard. C'et le propre de la vie de famille. On vit cÎte à cÎte comme si on se connaissait mais on ignore tout les uns des autres. On espÚre des miracles de notre consanguinité : des harmonies impossibles, des confidences absolues, des fusions viscérales. On se contente du mensonge rassurant de notre parenté. »
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Jean-Michel Guenassia
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Un couple ne coule des jours heureux que lâespace de quelques mois. Ensuite, câest du travail, des compromis, de la frustration, des larmes. Mais ça en vaut la peine, parce que le rĂ©sultat est une unitĂ© qui nâest pas due Ă de la chimie ou de la magie, cette unitĂ©, vous lâavez construite. Lâamour nâexiste pas par lui-mĂȘme, il se bĂątit. (P. 282)
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Joël Dicker (L'Affaire Alaska Sanders)
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Elle Ă©tait amoureuse de LĂ©on, et elle recherchait la solitude, afin de pouvoir plus Ă lâaise se dĂ©lecter en son image. La vue de sa personne troublait la voluptĂ© de cette mĂ©ditation. Emma palpitait au bruit de ses pas ; puis, en sa prĂ©sence, lâĂ©motion tombait, et il ne lui restait ensuite quâun immense Ă©tonnement qui se finissait en tristesse.
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Gustave Flaubert (Madame Bovary)
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Comme il naĂźt beaucoup plus d'individus de chaque espĂšce qu'il n'en peut survivre; comme, en consĂ©quence, la lutte pour l'existence se renouvelle Ă chaque instant, il s'ensuit que tout ĂȘtre qui varie quelque peu que ce soit de façon qui lui est profitable a une plus grande chance de survivre; cet ĂȘtre est ainsi l'objet d'une sĂ©lection naturelle.
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Charles Darwin (The Origin of Species)
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Car l'homme ne vit que durant un clignement de paupiĂšres et ensuite c'est la pourriture Ă jamais, et chaque jour tu fais un pas de plus vers le trou en terre oĂč tu moisiras en grande stupiditĂ© et silence en la seule compagnie de vers blancs et gras comme ceux de la farine et du fromage, et ils s'introduiront dans tous tes orifices pour s'y nourrir.
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Albert Cohen (Belle du Seigneur)
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Je lui avais dit que jâĂ©tais quelquâun dâautre. Et je me suis mise ensuite Ă lui en vouloir dâĂȘtre incapable de voir qui jâĂ©tais vraiment.
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Taylor Jenkins Reid (The Seven Husbands of Evelyn Hugo)
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Il est plus dĂ©sirable de cultiver le respect du bien que le respect de la loi. Nous devons ĂȘtre d'abord des hommes et ensuite seulement des sujets
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Henry David Thoreau (Civil Disobedience)
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Je mets pas mal de choses dâabord sur mon papier ; ensuite jâajoute la simplicitĂ©.
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Anatole France
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Ăa, câest la tragĂ©die de ma vie. Dâavoir utilisĂ© mon corps lorsque câĂ©tait tout ce que jâavais, et dâavoir ensuite continuĂ© Ă le faire alors que dâautres options sâoffraient Ă moi.
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Taylor Jenkins Reid (The Seven Husbands of Evelyn Hugo)
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On croit que ce sont des choses extraordinaires. C'est comme le reste. Comme le reste, ça vous arrive. Ensuite ça vous est arrivĂ©. Ăa pourrait arriver Ă n'importe qui.
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Marguerite Duras
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Dans la vie, on voit ce qui peut ĂȘtre accompli, on pĂšse le pour et le contre et ensuite on saisit lâopportunitĂ©. â Henry
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Neal Shusterman (Dry)
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Britt-Marie pince toujours les lĂšvres ensuite, pour montrer quâelle nâa rien Ă ajouter. Câest pourtant rarement le cas.
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Fredrik Backman (Britt-Marie Was Here)
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Tout grandit, m'a-t-il dit un jour, sauf les catastrophes. Elles sont énormes quand elles naissent; ensuite, elles rapetissent un peu plus chaque jour.
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Rafik Schami (A Hand Full of Stars)
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Tout est en un (Abraham)
Tout est amour (Jésus-Christ)
Tout est économique (Karl Marx)
Tout est sexuel (Sigmund Freud)
Tout est relatif (Albert Einstein)
Et ensuite ?
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Bernard Werber (Le Jour des fourmis (La Saga des Fourmis, #2))
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Tous ceux, tous ceux, tous ceux
Qui me viendront, je vais vous les jeter, en touffe
Sans les mettre en bouquet : je vous aime, j'étouffe
Je t'aime, je suis fou, je n'en peux plus, c'est trop ;
Ton nom est dans mon cĆur comme dans un grelot,
Et comme tout le temps, Roxane, je frissonne,
Tout le temps, le grelot s'agite, et le nom sonne !
De toi, je me souviens de tout, j'ai tout aimé :
Je sais que l'an dernier, un jour, le douze mai,
Pour sortir le matin tu changeas de coiffure !
J'ai tellement pris pour clarté ta chevelure
Que, comme lorsqu'on a trop fixé le soleil,
On voit sur toute chose ensuite un rond vermeil,
Surtout, quand j'ai quitté les feux dont tu m'inondes,
Mon regard ébloui pose des taches blondes !
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Edmond Rostand (Cyrano de Bergerac)
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Sans doute, rien nâest plus naturel, aujourdâhui, que de voir des gens travailler du matin au soir et choisir ensuite de perdre aux cartes, au cafĂ©, et en bavardages, le temps qui leur reste pour vivre.
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Albert Camus (The Plague)
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Les fondements des apprentissages psychomoteurs:
Chaque notion est abordée:
- D'abord par des exercices moteurs.
- Ensuite par des exercices sensorimoteurs.
- Enfin par des exercices perceptivomoteurs .
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A. de Meur (Psychomotricité: éducation et rééducation)
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C'est pas toujours facile, le soir, d'entrer dans une chambre et de s'asseoir au bord du lit pour défaire tranquillement ses lacets et ensuite se glisser dans les draps et regarder le plafond d'un coeur léger.
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Philippe Djian (Erogene Zone)
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Dans le mot défection, il y a une autre idée  : son pÚre lui a manqué. Et le double sens de ce verbe convient absolument. D'abord, une faute, une infraction, une violation. Il s'est dérobé à ses obligations, écarté des routes droites, il a enfreint les rÚgles non écrites, péché contre l'ordre établi, joué contre son camp, piétiné la confiance placée en lui, offensé ses proches, ses amis, il a trahi. Ensuite, une morsure, une douleur, un chagrin. Il n'a pas été présent alors qu'on comptait sur lui, il a laissé un vide que nul n'est venu combler, des questions auxquelles nul n'a su répondre, une frustration irréductible, une demande affective que nul n'a été en mesure d'étancher.
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Philippe Besson (« ArrĂȘte avec tes mensonges »)
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Si monsieur votre pĂšre daigne Ă©jaculer quelquefois dans votre petite bouche, acceptez cela les yeux baissĂ©s, et comme un grand honneur dont vous nâĂȘtes pas digne. Surtout nâallez pas ensuite vous en vanter comme une sotte Ă lâoreille de votre maman.
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Pierre LouĂżs (The Young Girl's Handbook of Good Manners for Use in Educational Establishments (Wakefield Handbooks))
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That was the one thing June had been terrified of having - a standard life, an ordinary life, a life like her parentsâ - living in a pink sandstone semi-detached villa in the suburbs with a neat garden and an en-suite master bedroom with fitted wardrobes
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Kate Atkinson (Not the End of the World)
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Lors de la retraite des Napolitains, sa sĆur a Ă©tĂ© violĂ©e par les soldats, qui lui ont ensuite coupĂ© la tĂȘte et ont laissĂ© dans la rue le corps nu et la tĂȘte coupĂ©e. Le corps et la tĂȘte ont Ă©tĂ© trouvĂ©s et pieusement recueillis par les carabiniers gĂ©nois.
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Alexandre Dumas (Alexandre Dumas - Oeuvres ComplÚtes Illustrées - Partie II : Voyages, Histoire, Théùtre, Causeries, Divers lci-5 (Version Illustrée Standard 90Mo) (French Edition))
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Naphta commença Ă parler de pieux excĂšs de la charitĂ© qu'avait connus le moyen Ăąge, de cas Ă©tonnants de fanatisme et d'exaltation dans les soins donnĂ©s aux malades : des filles de rois avaient baisĂ© les plaies puantes de lĂ©preux, s'Ă©taient volontairement exposĂ©es Ă la contagion de la lĂȘpre, avaient appelĂ© leurs roses les ulcĂšres qui se formaient sur leur corps, avaient bu l'eau oĂč s'Ă©taient lavĂ©s des malades purulents et avaient dĂ©clarĂ© ensuite que rien ne leur avait jamais semblĂ© meilleur.
(ch. VI, operationes spirituales)
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Thomas Mann (The Magic Mountain)
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tu commences par t'inquiĂ©ter, et puis tu commences Ă piger, et ensuite tu sais. Peut ĂȘtre que tu n'as pas envie de savoir, peut ĂȘtre que tu penses que les amoureux c'est comme les mĂ©decins, ça commet toujours des erreurs de diagnostic fatales, mais au fond de ton coeur, tu sais..
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Stephen King (Joyland)
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Les femelles obtenaient ce qu'elles voulaient, d'abord un compagnon, ensuite un repas, rien qu'en changeant le code de leurs signaux. Kya savait qu'il n'y avait aucune place pour juger. Il n'y avait lĂ rien de mauvais, c'Ă©tait seulement l'Ă©lan de la vie, mĂȘme aux dĂ©pends de certains des joueurs.
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Delia Owens (Where the Crawdads Sing)
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Lorsque tu entres dans un lieu inconnu, tu es la cible de tous les regards. Ceux-ci se détournent ensuite quelques secondes avant de revenir sur toi pour ne plus te lùcher. Ces secondes durant lesquelles tu es invisible sont les secondes du marchombre. Elles sont ton temps, ton monde, ta liberté.
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Pierre Bottero (L'Ćil d'Otolep (Les Mondes d'Ewilan, #2))
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Je voudrais te rejoindre dans l'idéal d'un art simple, accessible, qui charme d'abord, bouleverse ensuite. Comme toi, je crois que la science, le métier, l'érudition, la virtuosité technique doivent disparaßtre sous l'apparence d'un naturel aimable.Il nous faut plaire avant tout, mais plaire sans complaire, en fuyant les recettes éprouvées. en refusant de flatter les émotions convenues, en élevant, pas en abaissant. Plaire, c'est-à -dire intéresser, intriguer, soutenir l'attention, donner du plaisir, procurer des émotions, du rire aux larmes en passant par les frissons, emmener loin, ailleurs...
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Ăric-Emmanuel Schmitt
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Qu'importent nos ennuis, nos défaillances, la lenteur d'exécution et le dégoût de l'oeuvre ensuite, si nous sommes toujours en progrÚs  ! Si nous montons, qu'importe le but  ! Si nous galopons, qu'importe l'auberge  ! Ce perpétuel malaise n'est-il pas une garantie de délicatesse, une preuve de foi  !
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Gustave Flaubert (Correspondance 3e série. 1852-1854 (French Edition))
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L'homme, guidé par le sens de la beauté, transforme l'évÚnement fortuit (une musique de Beethoven, une mort dans une gare) en un motif qui va ensuite s'inscrire dans la partition de sa vie. Il y reviendra, le répétera, le modifiera, le développera comme fait le compositeur avec le thÚme de sa sonate.
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Milan Kundera
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Le souper fut comme la plupart des soupers de Paris : d'abord du silence, ensuite un bruit de paroles qu'on ne distingue point, puis des plaisanteries dont la plupart sont insipides, de fausses nouvelles, de mauvais raisonnements, un peu de politique et beaucoup de mĂ©disance ; on parla mĂȘme de livres nouveaux.
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Voltaire (Candide)
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On ne raconte pas aux enfants ce qui s'est passé avant eux. D'abord ils sont trop petits pour comprendre, ensuite ils sont trop grands pour écouter, puis ils n'ont plus le temps, aprÚs c'est trop tard. C'est le propre de la vie de famille. On vit cÎte à cÎte comme si on se connaissait mais on ignore tout les uns des autres.
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Jean-Michel Guenassia
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Ceux qui reprochent Ă nos ancĂȘtres d'avoir Ă©tĂ© sottement crĂ©dules oublient, d'abord qu'on peut Ă©galement ĂȘtre sottement incrĂ©dule, et ensuite qu'en fait de crĂ©dulitĂ©, il n'y a rien de tel que les illusions dont vivent les soi-disant destructeurs d'illusions ; car on peut remplacer une crĂ©dulitĂ© simple par une crĂ©dulitĂ© compliquĂ©e [...]
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Frithjof Schuon (Light on the Ancient Worlds: A New Translation with Selected Letters (The Library of Perennial Philosophy))
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Ce principe Ă©tabli, il s'ensuit que la femme est faite spĂ©cialement pour plaire Ă l'homme. Si l'homme doit lui plaire Ă son tour, c'est d'une nĂ©cessitĂ© moins directe : son mĂ©rite est dans sa puissance ; il plaĂźt par cela seul qu'il est fort. Ce n'est pas ici la loi de l'amour, j'en conviens ; mais c'est celle de la nature, antĂ©rieure Ă l'amour mĂȘme.
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Jean-Jacques Rousseau (Emile, or On Education)
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Et en quoi une vie a-t-elle besoin d'ĂȘtre justifiĂ©e ? La totalitĂ© des animaux, l'Ă©crasante majoritĂ© des hommes vivent sans jamais Ă©prouver le moindre besoin de justification. Ils vivent parce qu'ils vivent et voilĂ tout, c'est comme ça qu'ils raisonnent ; ensuite je suppose qu'ils meurent parce qu'ils meurent, et que ceci, Ă leurs yeux, termine l'analyse.
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Michel Houellebecq (Soumission)
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Mundungus Fletcherâs put in a claim for a twelve-bedroomed tent with en-suite jacuzzi, but Iâve got his number. I know for a fact he was sleeping under a cloak propped on sticks.
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J.K. Rowling (Harry Potter and the Goblet of Fire (Harry Potter, #4))
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George Armstrong Custer a massacré les Indiens Lakota. Sheridan a exterminé les bisons, pour faire mourir de faim le peuple des grandes plaines. Un crime organisé, froidement pensé et systématiquement mis en ouvre. Arrosé de whisky frelaté.
Ensuite, et depuis, il y a eu la Corée, le Vietnam, Cuba, La Grenade, Haïti, le Guatemala, le Nicaragua, l'Irak, l'Afghanistan".
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Sadek Aissat
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Il ne voulait penser qu'à elle, à Darka, comme si c'était pour la revoir qu'il lui fallait foncer à bord d'une vieille guimbarde dans les rues les plus cahoteuses de Lviv, secouer ses passagers pour les libérer de leurs calculs rénaux et aller ensuite la rejoindre, retrouver son guichet éclairé toute la nuit, rempart de lumiÚre protégeant sa magicienne aux longs gants colorés.
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Andrey Kurkov
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Mais quel crime ai-je donc commis ? Ai-je tuĂ© quelqu'un et ensuite perdu la mĂ©moire ? Ai-je tuĂ©, volĂ© ? Non, jâai fait un choix. Il ne les concerne pas, ce nâest pas eux qui en souffrent, je suis inoffensive. Je les dĂ©teste ceux qui disent que je leur fais du mal en me laissant mourir. Ils ne peuvent pas savoir, je ne leur dirai pas, d'ailleurs ils ne m'aiment plus, ce n'est pas ainsi qu'on aime.
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Valérie ValÚre (Le Pavillon des enfants fous)
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Les hommes ont mĂ©pris pour la religion. Ils en ont haine et peur quâelle soit vraie. Pour guĂ©rir cela il faut commencer par montrer que la religion nâest point contraire Ă la raison. VĂ©nĂ©rable, en donner respect.
La rendre ensuite aimable, faire souhaiter aux bons quâelle fut vraie et puis montrer quâelle est vraie.
VĂ©nĂ©rable parce quâelle a bien connu lâhomme. Aimable parce quâelle promet le vrai bien.
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Blaise Pascal (Pensées)
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des mĂ©chants ou un orage avaient rompu l'une des principales branches du jeune arbre, qui pendait dessĂ©chĂ©e; Fabrice la coupa avec respect, Ă l'aide de son poignard, et tailla bien net la coupure, afin que l'eau ne pĂ»t pas s'introduire dans le tronc. Ensuite quoique le temps fĂ»t bien prĂ©cieux pour lui, car lĂ© jour allait paraĂźtre, il passa une bonne heure Ă bĂȘcher la terre autour de l'arbre chĂ©ri. Toutes
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Stendhal (The Charterhouse of Parma)
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Et pour les humains ?
Elle émet une reponse évasive :
Ils ne prĂ©sentent pas grand intĂ©rĂȘt.
[...] Et ceux qui vivent sous la grande roche ?
Belo-kiu-kiuni ne répond pas. Elle demande à rester seule, puis se tourne vers le cadavre de l'ancienne Belo-kiu-kiuni.
La nouvelle reine incline dĂ©licatement la tĂȘte et pose ses antennes contre le front de sa MĂšre. Elle demeure ensuite immobile, un temps trĂšs long, comme plongĂ©e en une CA d'Ă©ternitĂ©.
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Bernard Werber (La Trilogie des Fourmis)
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Et ensuite ? Ensuite, la vie a repris son cours.
C'est comme ça qu'on dit, non, quand il ne se passe rien ?
Quand on oublie ses bonnes rĂ©solutions, quand on abandonne ses rĂȘves de libertĂ© et de grandeur et qu'on continue Ă boire des coups et Ă en tirer Ă gauche Ă droite en s'inventant des comĂ©dies pas romantiques du tout.
A déshabiller Paul pour rhabiller Pierre pour se retrouver finalement nue dans les bras de Jacques.
Oui, c'est comme ça qu'on dit.
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Anna Gavalda (Des vies en mieux)
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Quand on mesure lâhomme et quâon le trouve si petit, et quâensuite on mesure le succĂšs et quâon le trouve si Ă©norme, il est impossible que lâesprit nâĂ©prouve pas quelque surprise. On se demande : comment a-t-il fait ? On dĂ©compose lâaventure et lâaventurier, et, en laissant Ă part le parti quâil tire de son nom et certains faits extĂ©rieurs dont il sâest aidĂ© dans son escalade, on ne trouve au fond de lâhomme et de son procĂ©dĂ© que deux choses, la ruse et lâargent.
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Victor Hugo (Napoléon le Petit (French Edition))
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Maldoror fut bon pendant ses premiĂšres annĂ©es, oĂč il vĂ©cut heureux ; câest fait. Il sâaperçut ensuite quâil Ă©tait nĂ© mĂ©chant : fatalitĂ© extraordinaire ! Il cacha son caractĂšre tant quâil put, pendant un grand nombre dâannĂ©es ; mais, Ă la fin, Ă cause de cette concentration qui ne lui Ă©tait pas naturelle, chaque jour le sang lui montait Ă la tĂȘte ; jusquâĂ ce que, ne pouvant plus supporter une pareille vie, il se jeta rĂ©solĂ»ment dans la carriĂšre du mal⊠atmosphĂšre douce !
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Comte de Lautréamont (Les Chants de Maldoror)
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La conception populiste de la dĂ©mocratie prĂ©sente sur cette base trois caractĂ©ristiques. Elle entend dâabord privilĂ©gier la dĂ©mocratie directe, en appelant notamment Ă multiplier les rĂ©fĂ©rendums dâinitiative populaire ; elle dĂ©fend ensuite le projet dâune dĂ©mocratie polarisĂ©e, dĂ©nonçant le caractĂšre non dĂ©mocratique des autoritĂ©s non Ă©lues et des cours constitutionnelles. Elle exalte enfin, et câest le point nodal, une conception immĂ©diate et spontanĂ©e de lâexpression populaire.
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Pierre Rosanvallon (Le SiÚcle du populisme: Histoire, théorie, critique (French Edition))
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Les Palestiniens nâont pas dâautre choix, faute dâarmes, de dĂ©fenseurs, que le recours au terrorisme. (...) Lâacte de terreur commis Ă Munich, ai-je dit, se justifiait Ă deux niveaux : dâabord, parce que tous les athlĂštes israĂ©liens aux Jeux olympiques Ă©taient des soldats, et ensuite, parce quâil sâagissait dâune action destinĂ©e Ă obtenir un Ă©change de prisonniers. Quoiquâil en soit, nous savons dĂ©sormais que tous, IsraĂ©liens et Palestiniens, ont Ă©tĂ© tuĂ©s par la police allemande.
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Jean-Paul Sartre
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Nous allons te parler de gens qui vivaient en notre temps, soit il y a plus de cent ans, et ne sont guĂšre plus pour toi que des noms inscrits sur des croix inclinĂ©es ou des pierres tombales fissurĂ©es. D'une vie et de souvenirs qui ont disparu en vertu de l'implacable loi du temps. En cela, nous allons le changer. Nos paroles sont telles des brigades de sauveteurs qui jamais ne renoncent Ă leur quĂȘte, leur but est d'arracher des Ă©vĂ©nements passĂ©s et des vies Ă©teintes au trou noir de l'oubli et cela n'a rien d'une petite entreprise, mais il se peut aussi qu'elles glanent en chemin quelques rĂ©ponses et qu'elles nous dĂ©livrent de l'endroit oĂč nous nous tenons avant qu'il ne soit trop tard. Contentons-nous de cela pour l'instant, nous t'envoyons ces mots, ces brigades de sauveteurs dĂ©semparĂ©es et Ă©parses. Elles sont incertaines de leur rĂŽle, toutes les boussoles sont hors d'usage, les cartes de gĂ©ographie dĂ©chirĂ©es ou obsolĂštes, mais rĂ©serve-leur tout de mĂȘme bon accueil. Ensuite, nous verrons bien. (p. 4)
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JĂłn Kalman StefĂĄnsson (HimnarĂki og helvĂti)
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-Je t'aime, dit tout bas M. Jo. Dans le seul livre qu'elle eĂ»t jamais lu, comme dans les films qu'elle avait vus depuis, les mots: je t'aime n'Ă©taient prononcĂ©s qu'une seule fois au cours de l'entretien de deux amants qui durait quelques minutes Ă peine mais qui liquidait des mois d'attente, une terrible sĂ©paration, des douleurs infinies. Jamais Suzanne ne les avait encore entendus prononcer qu'au cinĂ©ma. Longtemps, elle avait cru qu'il Ă©tait infiniment plus grave de les dire, que de se livrer Ă un homme aprĂšs l'avoir dit, qu'on ne pouvait les dire qu'une seule fois de toute sa vie et qu'ensuite on ne le pouvait plus jamais, sa vie durant, sous peine d'encourir un abominable dĂ©shonneur. Mais elle savait maintenant qu'elle se trompait. On pouvait les dire spontanĂ©ment, dans le dĂ©sir et mĂȘme aux putains. CÂŽĂ©tait un besoin qu'avaient quelquefois les hommes de le prononcer, rien que pour en sentir dans le moment la force Ă©puisante. Et de les entendre Ă©tait aussi quelquefois nĂ©cessaire, pour les mĂȘmes raisons.
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Marguerite Duras (The Sea Wall (English and French Edition))
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mais je crois quâelle aurait tout autant de chances dâĂȘtre heureuse, si elle Ă©pousait Mr. Bingley demain que si elle se met Ă Ă©tudier son caractĂšre pendant une annĂ©e entiĂšre ; car le bonheur en mĂ©nage est pure affaire de hasard. La fĂ©licitĂ© de deux Ă©poux ne mâapparaĂźt pas devoir ĂȘtre plus grande du fait quâils se connaissaient Ă fond avant leur mariage ; cela nâempĂȘche pas les divergences de naĂźtre ensuite et de provoquer les inĂ©vitables dĂ©ceptions. Mieux vaut, Ă mon avis, ignorer le plus possible les dĂ©fauts de celui qui partagera votre existence !
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Jane Austen
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Nâacceptez jamais quâune condition requise vienne simplement dâun dĂ©partement, comme « le dĂ©partement juridique » ou « le dĂ©partement sĂ©curité ». Il faut connaĂźtre le nom de la personne prĂ©cise qui a formulĂ© cette demande. Ensuite, si intelligente que soit cette personne, il faut remettre sa demande en question. Les conditions requises des gens intelligents sont les plus dangereuses, parce que les autres sont moins Ă mĂȘme de les questionner. Ne vous en abstenez jamais, mĂȘme si cette condition vient de moi. Ensuite, rendez cette condition moins stupide.
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Walter Isaacson (Elon Musk)
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Ensuite, la peur se tourne vers votre corps, qui sent dĂ©jĂ que quelque chose de terrible et de mauvais est entrain de survenir. DĂ©jĂ , votre souffle s'est envolĂ© comme un oiseau et votre cran a fui en rampant comme un serpent. Maintenant, vous avez la langue qui s'affale comme un opossum, tandis que votre mĂąchoire commence Ă galoper sur place. Vos oreilles n'entendent plus. Vos muscles se mettent Ă trembler comme si vous aviez la malaria et vos genoux Ă frĂ©mir comme si vous dansiez. Votre coeur pompe follement, tandis que votre sphincter se relĂąche. Il en va ainsi de tout le reste de votre corps. Chaque partie de vous, Ă sa maniĂšre, perd ses moyens. Il n'y a que vos yeux Ă bien fonctionner. Ils prĂȘtent toujours pleine attention Ă la peur.
Vous prenez rapidement des dĂ©cisions irrĂ©flĂ©chies. Vous abandonnez vos derniers alliĂ©s: l'espoir et la confiance. VoilĂ que vous vous ĂȘtes dĂ©fait vous-mĂȘme. La peur, qui n'est qu'une impression, a triomphĂ© de vous.
Cette expĂ©rience est difficile Ă exprimer. Car la peur, la vĂ©ritable peur, celle qui vous Ă©branle jusqu'au plus profond de vous, celle que vous ressentez au moment oĂč vous ĂȘtes face Ă votre destin final, se blottit insidieusement dans votre mĂ©moire, comme une gangrĂšne: elle cherche Ă tout pourrir, mĂȘme les mots pour parler d'elle. Vous devez donc vous battre trĂšs fort pour l'appeler par son nom. Il faut que vous luttiez durement pour braquer la lumiĂšre des mots sur elle. Car si vous ne le faites pas, si la peur devient une noirceur indicible que vous Ă©vitez, que vous parvenez peut-ĂȘtre mĂȘme Ă oublier, vous vous exposez Ă d'autres attaques de peur parce que vous n'aurez jamais vraiment bataillĂ© contre l'ennemi qui vous a dĂ©fait.
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Yann Martel (Life of Pi)
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[...] Ensuite, il est une autre raison pour laquelle lâOriental, qui nâa pas le moindre esprit de propagande, ne trouvant aucun intĂ©rĂȘt Ă vouloir rĂ©pandre Ă tout prix ses conceptions, est rĂ©solument opposĂ© Ă toute « vulgarisation » : câest que celle-ci dĂ©forme et dĂ©nature inĂ©vitablement la doctrine, en prĂ©tendant la mettre au niveau de la mentalitĂ© commune sous prĂ©texte de la lui rendre accessible ; ce nâest pas Ă la doctrine de sâabaisser et de se restreindre Ă la mesure de lâentendement bornĂ© du vulgaire ; câest aux individus de sâĂ©lever, sâils le peuvent, Ă la comprĂ©hension de la doctrine dans sa puretĂ© intĂ©grale.
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René Guénon (Introduction to the Study of the Hindu Doctrines)
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La civilisation occidentale s'est entiĂšrement tournĂ©e, depuis deux ou trois siĂšcles, vers la mise Ă la disposition de l'homme de moyens mĂ©caniques de plus en plus puissants. Si l'on adopte ce critĂšre, on fera de la quantitĂ© d'Ă©nergie disponible par tĂȘte d'habitant l'expression du plus ou moins haut degrĂ© de dĂ©veloppement des sociĂ©tĂ©s humaines. La civilisation occidentale, sous sa forme nord-amĂ©ricaine, occupera la place de tĂȘte, les sociĂ©tĂ©s europĂ©ennes venant ensuite, avec, Ă la traĂźne, une masse de sociĂ©tĂ©s asiatiques et africaines qui deviendront vite indistinctes. Or ces centaines ou mĂȘme ces milliers de sociĂ©tĂ©s qu'on appelle "insuffisamment dĂ©veloppĂ©es" et "primitives", qui se fondent dans un ensemble confus quand on les envisage sous le rapport que nous venons de citer (et qui n'est guĂšre propre Ă les qualifier, puisque cette ligne de dĂ©veloppement leur manque ou occupe chez elles une place trĂšs secondaire), elles se placent aux antipodes les unes des autres ; selon le point de vue choisi, on aboutirait donc Ă des classements diffĂ©rents.
Si le critÚre retenu avait été le degré d'aptitude à triompher des milieux géographiques les plus hostiles, il n'y a guÚre de doute que les Eskimos d'une part, les Bédouins de l'autre, emporteraient la palme. (p.36)
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Claude Lévi-Strauss (Race et histoire)
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Le fait de ne pas prolonger lâexpĂ©rience amoureuse nâest pas un critĂšre de validitĂ© en soi. Dans la rencontre attentionnĂ©e avec lâautre, lâindividu est Ă©lectrisĂ©. Dans la rencontre de deux corps sâexalte une sensation de vie intense. Aussi la passion nâest-elle pas toujours liĂ©e Ă la suite de lâĂ©vĂ©nement : il est frĂ©quent de rencontrer sensuellement quelquâun sans vivre ensuite avec lui. Il faut disjoindre la grĂące de la rencontre, qui est Ă©blouissement rĂ©ciproque, des suites dâune relation. Deux ĂȘtres peuvent sâestimer trop diffĂ©rents, trop Ă©loignĂ©s, pour dĂ©cider de former une relation durable, malgrĂ© un Ă©change merveilleux. Les partenaires savent que, « sans lendemain », cet Ă©change se suffit Ă lui-mĂȘme, quâil procure une Ă©nergie fabuleuse. Câest nĂ©anmoins un moment magique. « Une voluptĂ© vraie est aussi difficile Ă rĂ©ussir quâun mariage dâamour », estime Vladimir JankĂ©lĂ©vitch (1949). Il ne sâagit pas de ce que lâon appelle communĂ©ment lâĂ©tat amoureux, aussi cette forme de relation est toujours niĂ©e, vulgarisĂ©e, ramenĂ©e Ă un Ă©change libertin, de pur sexe, instrumental, intĂ©ressĂ©, etc. Pourtant lâapport Ă©motionnel, sensuel, Ă©nergĂ©tique, affectif, amoureux peut avoir des rĂ©percussions plus grandes dans lâhistoire de vie de la personne que des annĂ©es de vie conjugale.
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Serge Chaumier (L'amour fissionnel : Le nouvel art d'aimer)
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Ce qui importe avant tout, c'est que le sens gouverne le choix des mots, et non l'inverse. En matiĂšre de prose, la pire des choses que l'on puisse faire avec les mots est de s'abandonner Ă eux. Quand vous pensez Ă un objet concret, vous n'avez pas besoin de mots, et si vous voulez dĂ©crire ce que vous venez de visualiser, vous vous mettrez sans doute alors en quĂȘte des termes qui vous paraĂźtront les plus adĂ©quats. Quand vous pensez Ă une notion abstraite, vous ĂȘtes plus enclin Ă recourir d'emblĂ©e aux mots, si bien qu'Ă moins d'un effort conscient pour Ă©viter ce travers, le jargon existant s'impose Ă vous et fait le travail Ă votre place, au risque de brouiller ou mĂȘme d'altĂ©rer le sens de votre rĂ©flexion. Sans doute vaut-il mieux s'abstenir, dans la mesure du possible, de recourir aux termes abstraits et et essayer de s'exprimer clairement par le biais de l'image ou de la sensation. On pourra ensuite choisir - et non pas simplement "accepter" - les formulations qui serreront au plus prĂšs la pensĂ©e, puis changer de point de vue et voir quelle impression elles pourraient produire sur d'autres personnes. Ce dernier effort mental Ă©limine toutes les images rebattues ou incohĂ©rentes, toutes les expressions prĂ©fabriquĂ©es, les rĂ©pĂ©titions inutiles et, de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, le flou et la poudre aux yeux.
Extrait de "La politique et la langue anglaise
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George Orwell (Such, Such Were the Joys)
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Si nous Ă©tions lucides, instantanĂ©ment l'horreur de ce qui nous entoure nous laisserait stupides. On ne saurait ĂȘtre parfaitement lucide et dĂ©ambuler dans les rues de nos citĂ©s modernes sans en ĂȘtre affectĂ© de façon ou d'autre. Ce qui ne signifie pas que nous devrions avoir envie de les reconstruire, nos citĂ©s, de les faire un peu moins laides - mais de les planter lĂ , de filer pour ne plus revenir, oui. De tout flanquer en l'air, de plaquer le boulot, d'envoyer paĂźtre les obligations, le percepteur, les lois et tout ce qui s'ensuit. Un ĂȘtre humain parfaitement Ă©veillĂ©, croyez-vous qu'il se conduirait en cinglĂ©, comme c'est le cas, comme on le lui demande, Ă chaque instant de la journĂ©e ?
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Henry Miller (Le Monde du sexe)
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ce qui (...) peut arriver de mieux Ă un individu c'est d' "avoir la chance d'ĂȘtre nĂ© au sein du peuple qu'il faut au moment de l'histoire qu'il faut" : grec et non barbare, aux siĂšcles de Solon et PĂ©riclĂšs ; romain et non pas grec, au temps d'Auguste et des dĂ©buts de la Pax romana ; chrĂ©tien et non pas juif, ensuite, quand l'Europe se christianise et que commencent les pogromes (...) le mieux qui puisse arriver Ă un sujet c'est de naĂźtre occidental ; le pire, la catastrophe irrĂ©mĂ©diable, la figure mĂȘme de l'infortune, du tragique, de la damnation, c'est d'ĂȘtre nĂ© burundais, angolais, sud-soudanais, colombien ou, comme la petite Srilaya, sri-lankais. (ch. 15
Arendt, Sarajevo : qu'est-ce qu'ĂȘtre damnĂ© ?)
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Bernard-Henri Lévy (War, Evil, and the End of History)
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Peindre d'abord une cage
Avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d'utile
pour l'oiseau
placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forĂȘt
se cacher derriĂšre l'arbre
sans rien dire
sans bouger...
Parfois l'oiseau arrive vite
mais il peut aussi bien mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre sâil Ie faut pendant des annĂ©es
la vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau
nâayant aucun rapport
avec la réussite du tableau
Quand l'oiseau arrive
s'il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l'oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un Ă un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau
Faire ensuite le portrait de l'arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l'oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraĂźcheur du vent
la poussiĂšre du soleil
et le bruit des bĂȘtes de l'herbe dans la chaleur de l'Ă©tĂ©
et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter
Si l'oiseau ne chante pas
c'est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s'il chante c'est bon signe
signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucement
une des plumes de l'oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.
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Jacques Prévert (Paroles)
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L'Art dâavoir toujours raison La dialectique 1 Ă©ristique est lâart de disputer, et ce de telle sorte que lâon ait toujours raison, donc per fas et nefas (câest-Ă -dire par tous les moyens possibles)2. On peut en effet avoir objectivement raison quant au dĂ©bat lui-mĂȘme tout en ayant tort aux yeux des personnes prĂ©sentes, et parfois mĂȘme Ă ses propres yeux. En effet, quand mon adversaire rĂ©fute ma preuve et que cela Ă©quivaut Ă rĂ©futer mon affirmation elle-mĂȘme, qui peut cependant ĂȘtre Ă©tayĂ©e par dâautres preuves â auquel cas, bien entendu, le rapport est inversĂ© en ce qui concerne mon adversaire : il a raison bien quâil ait objectivement tort. Donc, la vĂ©ritĂ© objective dâune proposition et la validitĂ© de celle-ci au plan de lâapprobation des opposants et des auditeurs sont deux choses bien distinctes. (C'est Ă cette derniĂšre que se rapporte la dialectique.) DâoĂč cela vient-il ? De la mĂ©diocritĂ© naturelle de lâespĂšce humaine. Si ce nâĂ©tait pas le cas, si nous Ă©tions fonciĂšrement honnĂȘtes, nous ne chercherions, dans tout dĂ©bat, quâĂ faire surgir la vĂ©ritĂ©, sans nous soucier de savoir si elle est conforme Ă lâopinion que nous avions dâabord dĂ©fendue ou Ă celle de lâadversaire : ce qui nâaurait pas dâimportance ou serait du moins tout Ă fait secondaire. Mais câest dĂ©sormais lâessentiel. La vanitĂ© innĂ©e, particuliĂšrement irritable en ce qui concerne les facultĂ©s intellectuelles, ne veut pas accepter que notre affirmation se rĂ©vĂšle fausse, ni que celle de lâadversaire soit juste. Par consĂ©quent, chacun devrait simplement sâefforcer de nâexprimer que des jugements justes, ce qui devrait inciter Ă penser dâabord et Ă parler ensuite. Mais chez la plupart des hommes, la vanitĂ© innĂ©e sâaccompagne dâun besoin de bavardage et dâune malhonnĂȘtetĂ© innĂ©e. Ils parlent avant dâavoir rĂ©flĂ©chi, et mĂȘme sâils se rendent compte aprĂšs coup que leur affirmation est fausse et quâils ont tort, il faut que les apparences prouvent le contraire. Leur intĂ©rĂȘt pour la vĂ©ritĂ©, qui doit sans doute ĂȘtre gĂ©nĂ©ralement lâunique motif les guidant lors de lâaffirmation dâune thĂšse supposĂ©e vraie, sâefface complĂštement devant les intĂ©rĂȘts de leur vanité : le vrai doit paraĂźtre faux et le faux vrai.
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Arthur Schopenhauer (L'art d'avoir toujours raison (La Petite Collection))
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Moi je ris de tout, mĂȘme de ce que jâaime le mieux. â Il nâest pas de choses, faits, sentiments ou gens, sur lesquels je nâaie passĂ© naĂŻvement ma bouffonnerie, comme un rouleau de fer Ă lustrer les piĂšces dâĂ©toffes. â Câest une bonne mĂ©thode. â On voit ensuite ce qui en reste. Il est trois fois enracinĂ© dans vous, le sentiment que vous y laissez, en plein vent, sans tuteur, ni fil de fer, et dĂ©barrassĂ© de toutes ces convenances si utiles pour faire tenir debout les pourritures. Est-ce que la parodie mĂȘme siffle jamais ? Il est bon et il peut mĂȘme ĂȘtre beau de rire de la vie, pourvu quâon vive. â Il faut se placer au-dessus de tout, et placer son esprit au-dessus de soi-mĂȘme, jâentends la libertĂ© de lâidĂ©e, dont je dĂ©clare impie toute limite.
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Gustave Flaubert (GUSTAVE FLAUBERT: Correspondance - Tome 2 -1851-1858 (French Edition))
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Je revenais du lycée et m'attablais devant le plat. Ma mÚre, debout, me regardait manger avec cet air apaisé des chiennes qui allaitent leurs petits.
Elle refusait d'y toucher elle-mĂȘme et m'assurait qu'elle n'aimait que les lĂ©gumes et que la viande et les graisses lui Ă©taient strictement dĂ©fendues.
Un jour, quittant la table, j'allai Ă la cuisine boire un verre d'eau.
Ma mĂšre Ă©tait assise sur un tabouret; elle tenait sur ses genoux la poĂȘle Ă frire oĂč mon bifteck avait Ă©tĂ© cuit. Elle en essuyait soigneusement le fond graisseux avec des morceaux de pain qu'elle mangeait ensuite avidement et, malgrĂ© son geste rapide pour dissimuler la poĂȘle sous la serviette, je sus soudain, dans un Ă©clair, toute la vĂ©ritĂ© sur les motifs rĂ©els de son rĂ©gime vĂ©gĂ©tarien.
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Romain Gary (Promise at Dawn)
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La mort est une chose Ă©tonnante. Les gens passent leur vie entiĂšre Ă faire comme si elle nâexistait pas, et pourtant elle est la plupart du temps notre principale raison de vivre. Certains dâentre nous prennent conscience de la fragilitĂ© humaine assez tĂŽt pour vivre ensuite plus intensĂ©ment, plus obstinĂ©ment, plus furieusement. Quelques-uns ont besoin de sa prĂ©sence constante pour se sentir vivants. Dâautres sont tellement obsĂ©dĂ©s par la mort quâils sâassoient dans la salle dâattente bien avant quâelle nâait annoncĂ© son arrivĂ©e. Nous la redoutons, et pourtant la plupart dâentre nous ont peur quâelle nâemporte quelquâun dâautre plus quâelle ne nous emporte nous-mĂȘmes. Car la plus grande crainte face Ă la mort est quâelle passe Ă cĂŽtĂ© de nous. Et nous laisse esseulĂ©s.
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Fredrik Backman (A Man Called Ove)
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Tant que la lecture est pour nous lâincitatrice dont les clefs magiques nous ouvrent au fond de nous-mĂȘme la porte des demeures oĂč nous nâaurions pas su pĂ©nĂ©trer, son rĂŽle dans notre vie est salutaire. Il devient dangereux au contraire quand, au lieu de nous Ă©veiller Ă la vie personnelle de lâesprit, la lecture tend Ă se substituer Ă elle, quand la vĂ©ritĂ© ne nous apparaĂźt plus comme un idĂ©al que nous ne pouvons rĂ©aliser que par le progrĂšs intime de notre pensĂ©e et par lâeffort de notre coeur, mais comme une chose matĂ©rielle, dĂ©posĂ©e entre les feuillets des livres comme un miel tout prĂ©parĂ© par les autres et que nous nâavons quâĂ prendre la peine dâatteindre sur les rayons des bibliothĂšques et de dĂ©guster ensuite passivement dans un parfait repos de corps et dâesprit.
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Marcel Proust (Days of Reading (Penguin Great Ideas))
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Il sait quelque chose que je ne sais pas  : que je partirai. Que mon existence se jouera ailleurs. Loin, trÚs loin de Barbezieux, de sa langueur, de ses ciels plombés, de son horizon bouché. Que je m'en échapperai comme on s'évade d'une prison, que moi, j'y réussirai. Que je voudrai la ville capitale, que je m'y épanouirai, que j'y trouverai ma place, que j'y ferai ma place. Qu'ensuite, je sillonnerai la planÚte, puisque je ne suis pas fait pour la sédentarité. Il imagine une ascension, une élévation, une épiphanie. Il me croit promis à un destin brillant. Il est convaincu qu'au sein de notre communauté presque oubliée des dieux, il ne peut exister qu'un nombre infime d'élus et que j'en fais partie. Il pense que bientÎt je n'aurai plus rien à voir avec ce monde de mon enfance, que ce sera comme un bloc de glace détaché d'un continent.
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Philippe Besson (« ArrĂȘte avec tes mensonges »)
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remarqua que si on laisse refroidir de la rĂ©sine qui a Ă©tĂ© fondĂŒe, & que, si, avant qu'elle soit tout-Ă -fait refroidie, on en approche du cuivre en feĂŒilles, elle l'attire Ă la distance d'un pouce ou deux, sans aucun frottement prĂ©cĂ©dent. M. Gray continua avec succĂšs les recherches Ă©lectriques de Boyle & de HauksbĂ©e; ayant voulu Ă©prouver s'il y avoit quelque diffĂ©rence dans l'attraction du tube lorsqu'il Ă©toit bouchĂ© par les deux bouts & lorsqu'il ne l'Ă©toit pas, il n'en apperçut aucune; mais comme il tenoit une plume ou duvet au-dessus du bouchon de liĂ©ge dont le bout supĂ©rieur du tube Ă©toit bouchĂ©, il remarqua que cette plume Ă©toit attirĂ©e & ensuite repoussĂ©e par le liĂ©ge de la mĂȘme maniĂšre qu'elle a coutume de l'ĂȘtre par le tube. Cette observation le confirma dans une pensĂ©e qu'il avoit euĂ« autrefois, que, comme le tube frottĂ© dans l'obscuritĂ© communique de la lumiĂšre aux autres corps
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Benjamin Franklin (Experiments and observations on electricity. French (French Edition))
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Quant Ă la question de savoir si un tribunal saisi d'un litige relatif Ă un contrat conclu entre un professionnel et un consommateur peut apprĂ©cier d'office le caractĂšre abusif d'une clause de ce contrat, il convient de rappeler que le systĂšme de protection mis en Ćuvre par la directive europĂ©enne repose sur l'idĂ©e que le consommateur se trouve dans une situation d'infĂ©rioritĂ© Ă l'Ă©gard du professionnel en ce qui concerne tant le pouvoir de nĂ©gociation que le niveau d'information. L'objectif poursuivi par la directive, qui impose aux Ătats membres de prĂ©voir que des clauses abusives ne lient pas les consommateurs, ne pourrait ĂȘtre atteint si ces derniers se trouvaient dans l'obligation d'en soulever eux-mĂȘmes le caractĂšre abusif. Il s'ensuit qu'une protection efficace du consommateur ne peut ĂȘtre atteinte que si le juge national se voit reconnaĂźtre la facultĂ© d'apprĂ©cier d'office une telle clause.
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Emmanuel CarrĂšre (D'autres vies que la mienne)
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Seeing his daughter slowly die, coupled with his infinite sadness and misery, the clockmaker becomes a recluse to the tower of the castle and begins to build something behind closed doors, not even his daughter knows what heâs up to. For five years, she only sees him briefly at meal-times before locking himself up in the tower once again..."
"...Did he have a bathroom in the tower?"
"Yes, Jack. A big one! En-suite! Power-shower and spa! Where was I!?
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Jonathan Dunne (Hearts Anonymous)
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Sans doute, rien n'est plus naturel, aujourd'hui, que de voir des gens travailler du matin au soir et choisir ensuite de perdre aux cartes, au cafĂ©, et en bavardages, le temps qui leur reste pour vivre. Mais il est des villes ou des pays oĂč les gens ont, de temps en temps, le soupçon d'autre chose. En gĂ©nĂ©ral, cela ne change pas leur vie. Seulement, il y a eu le soupçon et c'est toujours cela de gagnĂ©. Oran, au contraire, est apparemment une ville sans soupçon, c'est-Ă -dire une ville tout Ă fauit moderne. Il n'est pas nĂ©cessaire, en consĂ©quence, de prĂ©ciser la façon dont on s'aime chez nous. Les hommes et les femmes, ou bien se dĂ©vorent rapidement dans ce qu'on appelle l'acte d'amour, ou bien s'engagent dans une longue habitude Ă eux. Entre ces deux extrĂȘmes, il n'y a pas souvent de milieu. Cela non plus n'est pas original. A Oran comme ailleurs, faute de temps et de rĂ©flexion, on est bien obligĂ© de s'aimer sans le savoir.
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Albert Camus (The Plague)
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Mais, dit-on, plusieurs se sont tuĂ©s pour ne pas tomber en la puissance des ennemis. Je rĂ©ponds quâil ne sâagit pas de ce qui a Ă©tĂ© fait, mais de ce quâon doit faire. La raison est au-dessus des exemples, et les exemples eux-mĂȘmes sâaccordent avec la raison, quand on sait choisir ceux qui sont le plus dignes dâĂȘtre imitĂ©s, ceux qui viennent de la plus haute piĂ©tĂ©. Ni les Patriarches, ni les ProphĂštes, ni les ApĂŽtres ne nous ont donnĂ© lâexemple du suicide. JĂ©sus-Christ, Notre-Seigneur, qui avertit ses disciples, en cas de persĂ©cution, de fuir de ville en ville, ne pouvait-il pas leur conseiller de se donner la mort, plutĂŽt que de tomber dans les mains de leurs persĂ©cuteurs ? Si donc il ne leur a donnĂ© ni le conseil, ni lâordre de quitter la vie, lui qui leur prĂ©pare, suivant ses promesses, les demeures de lâĂ©ternitĂ©, il sâensuit que les exemples invoquĂ©s par les Gentils, dans leur ignorance de Dieu, ne prouvent rien pour les adorateurs du seul Dieu vĂ©ritable.
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Augustine of Hippo (Saint Augustin: les 9 oeuvres majeures et complÚtes (Les confessions, La cité de Dieu, De la trinité, Traité du libre arbitre...) (French Edition))
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Face Ă ces chiffres, comme on ne sait plus quoi faire, on fait n'importe quoi. Le 14 mars, le ministĂšre de la SantĂ© et du Travail augmente la dose maximale autorisĂ©e pour les travailleurs de la centrale de cent millisieverts pour cinq ans... Ă deux cent cinquante mille millisieverts par an ! C'est vrai, quoi, Ă quoi bon des normes si ce n'est pour les transgresser ? En avril, il fera encore mieux : il Ă©lĂšvera la dose maximale pour les enfants Ă vingt millisieverts par an... ce qui est tout simplement le taux maximum en France (et pour la Commission internationale de protection radiologique) auquel on peut exposer les travailleurs du nuclĂ©aire ! Le gouvernement fera ensuite machine arriĂšre sous la pression des parents et de plusieurs associations, mais c'est dire le degrĂ© de cynisme que l'on peut atteindre pour dĂ©fendre Ă tout prix la filiĂšre : considĂ©rer des gamins sans dĂ©fense au mĂȘme niveau que les spĂ©cialistes du nuclĂ©aire les plus exposĂ©s, il fallait le faire. ils l'ont fait. (p. 234)
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Michaël Ferrier (Fukushima : Récit d'un désastre)
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ScÚne coupées
ScĂšne 1
Edwin et le Ts'lich : premiĂšre
Le Ts'lich s'inclina imperceptiblement et les mots jaillirent de sa gueule aux mandibules acérées.
- Rien ne saurait me forcer Ă te combattre, Edwin Til' Illan. Les lĂ©gendes parlent de toi, l'unique humain qui, par quatre fois, a rĂ©ussi l'exploit de dĂ©faire un guerrier ts'lich. Pourtant, mĂȘme le champion des Alaviriens ne pourrait survivre Ă un affrontement contre deux d'entre nous.
L'air se troubla une fraction de seconde et un second Ts'lich apparut à cÎté du premier.
- Alors, Edwin Til' Illan, m'accordes-tu ce que je suis venu chercher ou tentes-tu de bouleverser les légendes ?
Un rictus sardonique vint déformer le visage du maßtre d'armes.
- Je vais ouvrir vos ventres de sales reptiles puants, rĂ©pandre vos entrailles dans cette clairiĂšre et bouffer vos cĆurs encore fumants. Ensuite je...
- COUPEZ !
- Quoi, coupez ?
- Edwin, mon chéri, il s'agit d'un livre jeunesse, pas d'un film gore ! Adapte ton langage s'il te plaßt. Allez, on reprend !
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Pierre Bottero (L'Ăźle du destin (La QuĂȘte d'Ewilan, #3))
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Qui vous le dit, quâelle (la vie) ne vous attend pas ? Certes, elle continue, mais elle ne vous oblige pas Ă suivre le rythme. Vous pouvez bien vous mettre un peu entre parenthĂšses pour vivre ce deuil⊠accordez-vous le temps.
***
Parce que Ò«a me fait plaisir. Parce que je sais aussi que lâentourage peut se montrer trĂšs discret dans pareille situation, et que de se changer les idĂ©es de temps en temps fait du bien. Parce que je sais que vous aimez la montagne et que vous nâiriez pas toute seule.
***
Oui. Si vous perdez une jambe, Ò«a se voit, les gens sont conciliants. Et encore, pas tous. Mais quand câest un morceau de votre cĆur qui est arrachĂ©, Ò«a ne se voit pas de lâextĂ©rieur, et câest au moins aussi douloureux⊠Ce nâest pas de la faute des gens. Ils ne se fient quâaux apparences. Il faut gratter pour voir ce quâil y a au fond. Si vous jetez une grosse pierre dans une mare, elle va faire des remous Ă la surface. Des gros remous d'abord, qui vont gifler les rives, et puis des remous plus petits, qui vont finir par disparaĂźtre. Peu Ă peu, la surface redevient lisse et paisible. Mais la grosse pierre est quand mĂȘme au fond. La grosse pierre est quand mĂȘme au fond.
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La vie sâapparente Ă la mer. Il y a les bruit des vagues, quand elles sâabattent sur la plage, et puis le silence dâaprĂšs, quand elles se retirent. Deux mouvement qui se croissent et sâentrecoupent sans discontinuer. Lâun est rapide, violent, lâautre est doux et lent. Vous aimeriez vous retirer, dans le mĂȘme silence des vagues, partir discrĂštement, vous faire oublier de la vie. Mais dâautres vague arrivent et arriveront encore et toujours. Parce que câest Ò«a la vie⊠Câest le mouvement, câest le rythme, le fracas parfois, durant la tempĂȘte, et le doux clapotis quand tout est calme. Mais le clapotis quand mĂȘme Un bord de mer n'est jamais silencieux, jamais. La vie non plus, ni la vĂŽtre, ni la mienne. Il y a les grains de sables exposĂ©s aux remous et ceux protĂ©gĂ©s en haut de la plage. Lesquels envier? Ce n'est pas avec le sable d'en haut, sec et lisse, que l'on construit les chĂąteaux de sable, c'est avec celui qui fraye avec les vagues car ses particules sont coalescentes. Vous arriverez Ă reconstruire votre chĂąteau, vous le construirez avec des grains qui vous ressemblent, qui ont aussi connu les dĂ©ferlantes de la vie, parce qu'avec eux, le ciment est solide..
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« Tu ne sais jamais Ă quel point tu es fort jusquâau jour oĂč ĂȘtre fort reste la seule option. » Câest Bob Marley qui a dit Ò«a.
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Manon ne referme pas violemment la carte du restaurant. Elle nâĂ©prouve pas le besoin quâil lui lise le menu pour quâelle ne voie pas le prix, et elle trouvera Ă©gal que chaque bouchĂ©e vaille cinq euros. Manon profite de la vie. Elle accepte lâinvitation avec simplicitĂ©. Elle dĂ©fend la place des femmes sans ĂȘtre une fĂ©ministe acharnĂ©e et cela ne lui viendrait mĂȘme pas Ă lâidĂ©e de payer sa part. Dâabord, parce quâelle sait que Paul sâen offusquerait, ensuite, parce quâelle aime ces petites marques de galanterie, quâelle regrette de voir disparaĂźtre avec lâĂ©volution dâune sociĂ©tĂ© en pertes de repĂšres.
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AgnĂšs Ledig (Juste avant le bonheur)
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Câest que les soirs oĂč des Ă©trangers, ou seulement M. Swann, Ă©taient lĂ , maman ne montait pas dans ma chambre. Je dĂźnais avant tout le monde et je venais ensuite mâasseoir Ă table, jusquâĂ huit heures oĂč il Ă©tait convenu que je devais monter ; ce baiser prĂ©cieux et fragile que maman me confiait dâhabitude dans mon lit au moment de mâendormir, il me fallait le transporter de la salle Ă manger dans ma chambre et le garder pendant tout le temps que je me dĂ©shabillais, sans que se brisĂąt sa douceur, sans que se rĂ©pandĂźt et sâĂ©vaporĂąt sa vertu volatile, et, justement ces soirs-lĂ oĂč jâaurais eu besoin de le recevoir avec plus de prĂ©caution, il fallait que je le prisse, que je le dĂ©robasse brusquement, publiquement, sans mĂȘme avoir le temps et la libertĂ© dâesprit nĂ©cessaires pour porter Ă ce que je faisais cette attention des maniaques qui sâefforcent de ne pas penser Ă autre chose pendant quâils ferment une porte, pour pouvoir, quand lâincertitude maladive leur revient, lui opposer victorieusement le souvenir du moment oĂč ils lâont fermĂ©e.
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Marcel Proust (Swannâs Way (In Search of Lost Time, #1))
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Augmentez la dose de sports pour chacun, dĂ©veloppez l'esprit d'Ă©quipe, de compĂ©tition, et le besoin de penser est Ă©liminĂ©, non ? Organiser, organisez, super-organisez des super-super-sports. Multipliez les bandes dessinĂ©es, les films; l'esprit a de moins en moins d'appĂ©tits. L'impatience, les autos-trades sillonnĂ©es de foules qui sont ici, lĂ , partout, nulle part. Les rĂ©fugiĂ©s du volant. Les villes se transforment en auberges routiĂšres; les hommes se dĂ©placent comme des nomades suivant les phases de la lune, couchant ce soir dans la chambre oĂč tu dormais Ă midi et moi la veille. (1re partie)
On vit dans l'immédiat. Seul compte le boulot et aprÚs le travail l'embarras du choix en fait de distractions. Pourquoi apprendre quoi que ce soit sinon à presser les boutons, brancher des commutateurs, serrer des vis et des écrous ?
Nous n'avons pas besoin qu'on nous laisse tranquilles. Nous avons besoin d'ĂȘtre sĂ©rieusement tracassĂ©s de temps Ă autre. Il y a combien de temps que tu n'as pas Ă©tĂ© tracassĂ©e sĂ©rieusement ? Pour une raison importante je veux dire, une raison valable ?
- Tu dois bien comprendre que notre civilisation est si vaste que nous ne pouvons nous permettre d'inquiĂ©ter ou de dĂ©ranger nos minoritĂ©s. Pose-toi la question toi-mĂȘme. Que recherchons-nous, par-dessus tout, dans ce pays ? Les gens veulent ĂȘtre heureux, d'accord ? Ne l'as-tu pas entendu rĂ©pĂ©ter toute la vie ? Je veux ĂȘtre heureux, dĂ©clare chacun. Eh bien, sont-ils heureux ? Ne veillons-nous pas Ă ce qu'ils soient toujours en mouvement, toujours distraits ? Nous ne vivons que pour ça, c'est bien ton avis ? Pour le plaisir, pour l'excitation. Et tu dois admettre que notre civilisation fournit l'un et l'autre Ă satiĂ©tĂ©.
Si le gouvernement est inefficace, tyrannique, vous Ă©crase d'impĂŽts, peu importe tant que les gens n'en savent rien. La paix, Montag. Instituer des concours dont les prix supposent la mĂ©moire des paroles de chansons Ă la mode, des noms de capitales d'Ătat ou du nombre de quintaux de maĂŻs rĂ©coltĂ©s dans l'Iowa l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente. Gavez les hommes de donnĂ©es inoffensives, incombustibles, qu'ils se sentent bourrĂ©s de "faits" Ă Ă©clater, renseignĂ©s sur tout. Ensuite, ils s'imagineront qu'ils pensent, ils auront le sentiment du mouvement, tout en piĂ©tinant. Et ils seront heureux, parce que les connaissances de ce genre sont immuables. Ne les engagez pas sur des terrains glissants comme la philosophie ou la sociologie Ă quoi confronter leur expĂ©rience. C'est la source de tous les tourments. Tout homme capable de dĂ©monter un Ă©cran mural de tĂ©lĂ©vision et de le remonter et, de nos jours ils le sont Ă peu prĂšs tous, est bien plus heureux que celui qui essais de mesurer, d'Ă©talonner, de mettre en Ă©quations l'univers ce qui ne peut se faire sans que l'homme prenne conscience de son infĂ©rioritĂ© et de sa solitude.
Nous sommes les joyeux drilles, les boute-en-train, toi, moi et les autres. Nous faisons front contre la marée de ceux qui veulent plonger le monde dans la désolation en suscitant le conflit entre la théorie et la pensée. Nous avons les doigts accrochés au parapet. Tenons bon. Ne laissons pas le torrent de la mélancolie et de la triste philosophie noyer notre monde. Nous comptons sur toi. Je ne crois pas que tu te rendes compte de ton importance, de notre importance pour protéger l'optimisme de notre monde actuel.
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Ray Bradbury (Fahrenheit 451)
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Pourquoi n'allez vous pas à l'école? Tous les jours je vous vois en train de flùner.
_ Oh, on se passe fort bien de moi! Je suis insociable, parait-il. Je ne m'intĂšgre pas. C'est vraiment bizarre. Je suis trĂšs sociable, au contraire. Mais tout dĂ©pend de ce qu'on entend par sociable, n'est-ce pas? Pour moi ça veut dire parler de choses et d'autres, comme maintenant. (...) Mais je ne pense pas que ce soit favoriser la sociabilitĂ© que de rĂ©unir tout un tas de gens et de les empĂȘcher ensuite de parler. (...) On ne pose jamais de question, en tout cas la plupart d'entre nous; les rĂ©ponses arrivent toutes seules, bing, bing, bing, et on reste assis quatre heures de plus Ă Ă©couter le tĂ©lĂ©prof. Ce n'est pas ma conception de la sociabilitĂ©. (...) On nous abrutit tellement qu'Ă la fin de la journĂ©e on a qu'une envie: se coucher ou aller dans un parc d'attraction bousculer les gens. (...) Au fond, je dois ĂȘtre ce qu'on m'accuse d'ĂȘtre. Je n'ai pas d'amis. C'est sensĂ© prouver que je suis anormale. Mais tous les gens que je connais passent leur temps Ă brailler, Ă danser comme des sauvages ou Ă se taper dessus. Vous avez remarquĂ© Ă quel point les gens se font du mal aujourd'hui?
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Ray Bradbury (Fahrenheit 451)
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Cette qualitĂ© de la joie nâest-elle pas le fruit le plus prĂ©cieux de la civilisation qui est nĂŽtre ? Une tyrannie totalitaire pourrait nous satisfaire, elle aussi, dans nos besoins matĂ©riels. Mais nous ne sommes pas un bĂ©tail Ă lâengrais. La prospĂ©ritĂ© et le confort ne sauraient suffire Ă nous combler. Pour nous qui fĂ»mes Ă©levĂ©s dans le culte du respect de lâhomme, pĂšsent lourd les simples rencontres qui se changent parfois en fĂȘtes merveilleusesâŠ
Respect de lâhomme ! Respect de lâhomme !⊠LĂ est la pierre de touche ! Quand le Naziste respecte exclusivement qui lui ressemble, il ne respecte rien que soi-mĂȘme ; il refuse les contradictions crĂ©atrices, ruine tout espoir dâascension, et fonde pour mille ans, en place dâun homme, le robot dâune termitiĂšre. Lâordre pour lâordre chĂątre lâhomme de son pouvoir essentiel, qui est de transformer et le monde et soi-mĂȘme. La vie crĂ©e lâordre, mais lâordre ne crĂ©e pas la vie.
Il nous semble, Ă nous, bien au contraire, que notre ascension nâest pas achevĂ©e, que la vĂ©ritĂ© de demain se nourrit de lâerreur dâhier, et que les contradictions Ă surmonter sont le terreau mĂȘme de notre croissance. Nous reconnaissons comme nĂŽtres ceux mĂȘmes qui diffĂšrent de nous. Mais quelle Ă©trange parenté ! elle se fonde sur lâavenir, non sur le passĂ©. Sur le but, non sur lâorigine. Nous sommes lâun pour lâautre des pĂšlerins qui, le long de chemins divers, peinons vers le mĂȘme rendez-vous.
Mais voici quâaujourdâhui le respect de lâhomme, condition de notre ascension, est en pĂ©ril. Les craquements du monde moderne nous ont engagĂ©s dans les tĂ©nĂšbres. Les problĂšmes sont incohĂ©rents, les solutions contradictoires. La vĂ©ritĂ© dâhier est morte, celle de demain est encore Ă bĂątir. Aucune synthĂšse valable nâest entrevue, et chacun dâentre nous ne dĂ©tient quâune parcelle de la vĂ©ritĂ©. Faute dâĂ©vidence qui les impose, les religions politiques font appel Ă la violence. Et voici quâĂ nous diviser sur les mĂ©thodes, nous risquons de ne plus reconnaĂźtre que nous nous hĂątons vers le mĂȘme but.
Le voyageur qui franchit sa montagne dans la direction dâune Ă©toile, sâil se laisse trop absorber par ses problĂšmes dâescalade, risque dâoublier quelle Ă©toile le guide. Sâil nâagit plus que pour agir, il nâira nulle part. La chaisiĂšre de cathĂ©drale, Ă se prĂ©occuper trop Ăąprement de la location de ses chaises, risque dâoublier quâelle sert un dieu. Ainsi, Ă mâenfermer dans quelque passion partisane, je risque dâoublier quâune politique nâa de sens quâĂ condition dâĂȘtre au service dâune Ă©vidence spirituelle. Nous avons goĂ»tĂ©, aux heures de miracle, une certaine qualitĂ© des relations humaines : lĂ est pour nous la vĂ©ritĂ©.
Quelle que soit lâurgence de lâaction, il nous est interdit dâoublier, faute de quoi cette action demeurera stĂ©rile, la vocation qui doit la commander. Nous voulons fonder le respect de lâhomme. Pourquoi nous haĂŻrions-nous Ă lâintĂ©rieur dâun mĂȘme camp ? Aucun dâentre nous ne dĂ©tient le monopole de la puretĂ© dâintention. Je puis combattre, au nom de ma route, telle route quâun autre a choisie. Je puis critiquer les dĂ©marches de sa raison. Les dĂ©marches de la raison sont incertaines. Mais je dois respecter cet homme, sur le plan de lâEsprit, sâil peine vers la mĂȘme Ă©toile.
Respect de lâHomme ! Respect de lâHomme !⊠Si le respect de lâhomme est fondĂ© dans le cĆur des hommes, les hommes finiront bien par fonder en retour le systĂšme social, politique ou Ă©conomique qui consacrera ce respect. Une civilisation se fonde dâabord dans la substance. Elle est dâabord, dans lâhomme, dĂ©sir aveugle dâune certaine chaleur. Lâhomme ensuite, dâerreur en erreur, trouve le chemin qui conduit au feu.
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Antoine de Saint-Exupéry (Lettre à un otage)
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Cette trop grande confiance dans les théories, qui cause tout le mal, vient souvent d'une mauvaise éducation scientifique, dont le savant doit ensuite se corriger. Mieux vaudrait souvent qu'il fût ignorant. Il n'a plus l'esprit libre ; il est enchaßné par des théories qu'il regarde comme vraies absolument. Un des plus grands écueils que rencontre l'expérimentateur, c'est donc d'accorder trop de confiance aux théories. Ce sont les gens que J'appellerai des systématiques.
L'enseignement contribue beaucoup Ă produire ce rĂ©sultat. Il arrive gĂ©nĂ©ralement que dans les livres et dans les cours on rend la science plus claire qu'elle n'est en rĂ©alitĂ©. C'est mĂȘme lĂ le mĂ©rite d'un enseignement de facultĂ© de prĂ©senter la science avec un ensemble systĂ©matique dans lequel on dissimule les lacunes pour ne pas rebuter les commençants dans la science. Or, les Ă©lĂšves prennent le goĂ»t des systĂšmes qui sont plus clairs et plus simples pour l'esprit, parce qu'on a simplifiĂ© sa science et Ă©laguĂ© tout ce qui Ă©tait obscur, et ils emportent de lĂ l'idĂ©e fausse que les thĂ©ories de la science sont dĂ©finitives et qu'elles reprĂ©sentent des principes absolus dont tous les faits se dĂ©duisent. C'est en effet ainsi qu'on les prĂ©sente systĂ©matiquement.
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Claude Bernard (Principes de Médecine expérimentale (French Edition))
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Je ne comprends pas que l'on puisse ne pas fumer. C'est se priver de toute façon de la meilleure part de l'existence et en tout cas d'un plaisir tout Ă fait Ă©minent. Lorsque je m'Ă©veille, je me rĂ©jouis dĂ©jĂ de pouvoir fumer pendant la journĂ©e, et pendant que je mange, j'ai la mĂȘme pensĂ©e, oui, je peux dire qu'en somme je mange seulement pour pouvoir ensuite fumer, et je crois que j'exagĂšre Ă peine. Mais un jour sans tabac, ce serait pour moi le comble de la fadeur, ce serait une journĂ©e absolument vide et insipide, et si, le matin, je devais me dire : "aujourd'hui je n'aurai rien Ă fumer", je crois que je n'aurais pas le courage de me lever, je te jure que je resterais couchĂ©. [...] Dieu merci ! on fume dans le monde entier ; ce plaisir, autant que je sache, n'est inconnu nulle part oĂč l'on pourrait ĂȘtre jetĂ© par les hasards de la vie. MĂȘme les explorateurs qui partent pour le pĂŽle nord se pourvoient largement de provisions de tabac pour la durĂ©e de leurs pĂ©nibles Ă©tapes, et j'ai toujours trouvĂ© cela sympathique lorsque je l'ai lu. Car on peut aller trĂšs mal - supposons par exemple que je sois dans un Ă©tat lamentable -, aussi longtemps que j'aurai mon cigare, je le supporterai, je le sais bien ; il m'aiderait Ă tout surmonter.
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Thomas Mann (The Magic Mountain)
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Ce que je voudrais, disait Lucien, câest raconter lâhistoire, non point dâun person-nage, mais dâun endroit â tiens, par exemple, dâune allĂ©e de jardin, comme celle-ci, raconter ce qui sây passe â depuis le matin jusquâau soir. Il y viendrait dâabord des bonnes dâenfants, des nourrices, avec des rubans⊠Non, non⊠dâabord des gens tout gris, sans sexe ni Ăąge, pour balayer lâallĂ©e, arroser lâherbe, changer les fleurs enfin la scĂšne et le dĂ©cor avant lâouverture des grilles tu comprends ? Alors lâentrĂ©e des nourrices. Des mioches font des pĂątĂ©s de sable, se chamaillent ; les bonnes les giflent. Ensuite il y a la sortie des petites classes â et puis les ouvriĂšres. Il y a des pauvres qui viennent manger sur un banc. Plus tard des jeunes gens qui se cher-chent ; dâautres qui se fuient ; dâautres qui sâisolent, des rĂȘveurs. Et puis la foule, au moment de la musique et de la sortie des magasins. Des Ă©tudiants, comme Ă prĂ©sent. Le soir, des amants qui sâembrassent ; dâautres qui se quittent en pleurant. Enfin, Ă la tombĂ©e du jour, un vieux couple⊠Et, tout Ă coup, un roulement de tambour ; on ferme. Tout le monde sort. La piĂšce est finie. Tu comprends : quelque chose qui donnerait lâimpression de la fin de tout, de la mort⊠mais sans parler de la mort, naturellement.
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André Gide (The Counterfeiters)
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Ne m'écrivez plus qu'une fois par semaine, et de telle sorte que je reçoive votre lettre le dimanche. Car je dois vous le dire, je ne supporte pas vos lettres quotidiennes, je ne suis pas en état de les supporter.
Je rĂ©ponds pas exemple Ă votre lettre et ensuite, je suis apparemment bien tranquille dans mon lit, mais des palpitations me traversent tout le corps et mon cĆur ne connaĂźt que vous. VoilĂ pourquoi je ne veux point savoir que tu es bien disposĂ©e pour moi; car alors pour quelle raison, fou que je suis, restai-je Ă mon bureau ou chez moi, au lieu de me jeter dans le train les yeux fermĂ©s pour ne les rĂ©ouvrir que lorsque je serai prĂšs de toi. Vraiment j'ai parfois l'impression de me repaitre comme un fantĂŽme de ton nom porte-bonheur. mais maintenant y'a-t-il une solution de paix?
A quoi bon ne plus nous écrire qu'une fois par semaine. non, il serait bénin le mal que l'on pourrait supprimer par de telles moyens et je le prévois ces lettres du dimanche, je ne pourrai pas non plus les supporter. C'est pourquoi voulant réparer ce que je négligeais samedi, je t'en prie avec la force qui faiblit déjà un peu a la fin de cette lettre renonçons à tout cela, si nous tenons a notre vie.
Aurai-je eu l'intention de me dire âtienâ en signant, rien ne serait plus faux. Non, Je suis mien et Ă©ternellement liĂ© Ă moi, voilĂ ce que je suis, et il faut que je tache de m'en accommoder.
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Franz Kafka (Letters to Felice)
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Tchâen ChĂ© (Chen Sheng n.n.) fut le premier Ă commencer la rĂ©volte ; les braves sâĂ©lancĂšrent comme un essaim dâabeilles et se combattirent les uns les autres en nombre incalculable. Cependant (Hiang) Yu (Xiang Yu n.n.) nâavait ni un pied ni un pouce de terre ; profitant de lâoccasion, il sâĂ©leva du milieu des sillonsâ ; au bout de trois ans, il commandait Ă cinq seigneursâ, il avait Ă©crasĂ© Tsâin, il partageait lâempire et nommait des rois et des seigneurs ; lâautoritĂ© Ă©manait de (Hiang) Yu ; son titre Ă©tait « roi suprĂȘme ». Quoiquâil nâait pas gardĂ© cette dignitĂ© jusquâau bout, cependant depuis lâantiquitĂ© jusquâĂ nos jours, il nây en a jamais eu de si grande.
Ensuite (Hiang) Yu viola (le traitĂ© relatif aux) passes et regretta (le pays de) Tchâou ; il chassa lâempereur juste et se donna le pouvoir Ă lui- mĂȘme ; il sâirrita de ce que les rois et les seigneurs se rĂ©voltaient contre lui ; quelles difficultĂ©s (ne sâattirait-il pas !).
Il sâenorgueillit de ses exploits guerriers, sâenivra de sa propre sagesse et ne prit pas modĂšle sur lâantiquitĂ©. Sous le prĂ©texte dâagir en roi suprĂȘme, il voulait sâimposer par la force et rĂ©gler Ă son grĂ© tout lâempire. La cinquiĂšme annĂ©e, il perdit soudain son royaume ; lui-mĂȘme mourut Ă Tong-tch'eng mais il ne comprit point encore et ne sâincrimina pas lui-mĂȘme ; quelle erreur ! En effet, « câest le Ciel, dit-il, qui me perd et ce nâest point que jâaie commis aucune faute militaire. » N'est-ce pas lĂ de lâaveuglement ?
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Sima Qian (Mémoires historiques - DeuxiÚme Section (French Edition))
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Violettes sauvages
La fée du printemps, cette année aussi,
de banalitĂ©s plein le sac, sâest prĂ©sentĂ©e,
malgré cela, nous nous sommes réjouis
comme si pour la premiÚre fois elle était arrivée.
En me grondant moi-mĂȘme, enfin,
car je risquais dâabĂźmer mes souliers dans la boue,
je suis allée voir quelles fleurs étaient en train
dâĂ©clore dans le vaste parc, tout prĂšs de chez nous.
CâĂ©tait depuis longtemps que je nâavais plus senti
ce désir de vivre, cette hùte fébrile,
jâavais lâimpression que sous mes pieds a frĂ©mi
la terre que le soleil saurait rendre fertile.
Les arbres nus me semblaient tout Ă fait charmants,
jâaurais voulu les prendre dans mes bras, les [embrasser].
Je passais prĂšs dâeux, comme ça, auparavant,
autant de fois, mais sans vraiment les regarder.
Difficile à dire pourquoi était si beau
le ciel bleu comme les robes dont se lavent les couleurs,
je lâai regardĂ©, la tĂȘte renversĂ©e vers le dos,
et je lâai trouvĂ© absolument enchanteur.
Ensuite, jâai dĂ©couvert les violettes sauvages,
prĂšs dâun chĂȘne : elles Ă©taient dĂ©licates et bleues,
des miettes de ciel dont le printemps de passage
nous fait don, parmi les troncs ombrageux.
Le cĆur battant vite, je me suis inclinĂ©e,
jâĂ©tais sur le point de toucher Ă leurs feuilles,
et je ne sais pourquoi, par lâesprit mâest passĂ©e
lâidĂ©e que le verre nâest pour elles quâun cercueil.
Vers la maison, je suis revenue,
les pas alourdis par un fatigué bonheur,
et si mes mains Ă©taient aussi vides quâau dĂ©but,
jâavais des violettes sauvages dans le cĆur.
(traduit par Elisabeta Isanos)
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Magda Isanos
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longs & enfin avec un de vingt-quatre pouces, & trouva toujours les mĂȘmes effets. Au lieu de bois M. Gray se servit dans la suite d'un fil de fer, puis d'un fil de laiton, & eut encore le mĂȘme succĂšs; mais comme les vibrations de ces fils de fer, & de laiton, causĂ©es par le frottement du tube, Ă©toient incommodes, surtout lorsque les fils Ă©toient longs de deux ou trois pieds, il imagina de suspendre la boule Ă l'extrĂ©mitĂ© d'une ficelle nouĂ©e au tube par son autre extrĂ©mitĂ©; Ă©tant sur un balcon Ă©levĂ© de trente-six pieds, il laissa pendre la boule ainsi attachĂ©e au tube par le moyen d'une ficelle de cette longueur; le tube Ă©tant frottĂ©, la boule attira & repoussa du cuivre en feuilles qui Ă©toit au-dessous d'elle. M. Gray essaya ensuite de transmettre en ligne horizontale l'Ă©lectricitĂ© Ă de bien plus grandes distances; il y rĂ©ussit d'abord en se servant pour cela d'une ficelle soutenuĂ« horizontalement Ă quelque distance de terre sur des fils de soye, & transmit l'Ă©lectricitĂ© Ă cent quarante pieds; mais comme il vouloit pousser plus loin son expĂ©rience, les fils de soye s'Ă©tant rompus, il leur substitua des fils-d'archal de la mĂȘme finesse; car il s'imaginoit que le succĂšs de l'expĂ©rience dĂ©pendoit de la finesse de ces fils, qu'il croyoit trop minces pour pouvoir intercepter une partie sensible de la force Ă©lectrique communiquĂ©e par le tube Ă la ficelle & Ă la boule. Quand il vint Ă frotter le tube, l'Ă©lectricitĂ© ne fut point transmise Ă l'extrĂ©mitĂ© de la ficelle. Il reconnut de lĂ que le succĂšs de la premiĂšre expĂ©rience ne venoit pas de la finesse des fils
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Benjamin Franklin (Experiments and observations on electricity. French (French Edition))
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En admettant que lâon ait compris ce quâil y a de sacrilĂšge dans un pareil soulĂšvement contre la vie, tel quâil est devenu presque sacro-saint dans la morale chrĂ©tienne, on aura, par cela mĂȘme et heureusement, compris autre chose encore : ce quâil y a dâinutile, de factice, dâabsurde, de mensonger dans un pareil soulĂšvement. Une condamnation de la vie de la part du vivant nâest finalement que le symptĂŽme dâune espĂšce de vie dĂ©terminĂ©e : sans quâon se demande en aucune façon si câest Ă tort ou Ă raison. Il faudrait prendre position en dehors de la vie et la connaĂźtre dâautre part tout aussi bien que quelquâun qui lâa traversĂ©e, que plusieurs et mĂȘme tous ceux qui y ont passĂ©, pour ne pouvoir que toucher au problĂšme de la valeur de la vie : ce sont lĂ des raisons suffisantes pour comprendre que ce problĂšme est en dehors de notre portĂ©e. Si nous parlons de la valeur, nous parlons sous lâinspiration, sous lâoptique de la vie : la vie elle-mĂȘme nous force Ă dĂ©terminer des valeurs, la vie elle-mĂȘme Ă©volue par notre entremise lorsque nous dĂ©terminons des valeurs⊠Il sâensuit que toute morale contre nature qui considĂšre Dieu comme lâidĂ©e contraire, comme la condamnation de la vie, nâest en rĂ©alitĂ© quâune Ă©valuation de vie, â de quelle vie ? de quelle espĂšce de vie ? Mais jâai dĂ©jĂ donnĂ© ma rĂ©ponse : de la vie descendante, affaiblie, fatiguĂ©e, condamnĂ©e. La morale, telle quâon lâa entendue jusquâĂ maintenant â telle quâelle a Ă©tĂ© formulĂ©e en dernier lieu par Schopenhauer, comme « nĂ©gation de la volontĂ© de vivre » â cette morale est lâinstinct de dĂ©cadence mĂȘme, qui se transforme en impĂ©ratif : elle dit : « va Ă ta perte ! » â elle est le jugement de ceux qui sont dĂ©jĂ jugĂ©sâŠ
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Friedrich Nietzsche (Twilight of the Idols)
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« Je connais son odeur. Ce petit grain de beautĂ© dans son cou quand elle relĂšve ses cheveux. Elle a la lĂšvre supĂ©rieure un peu plus charnue que lâinfĂ©rieure. La courbe de son poignet, quand elle tient un stylo. Câest mal, câest vraiment mal, mais je connais les contours de sa silhouette. Jây pense en me couchant, et puis je me lĂšve, je vais bosser, et elle est lĂ , et câest insupportable. Je lui dis des trucs avec lesquels je sais quâelle sera dâaccord, juste pour lâentendre me rĂ©pondre : « Hm-hm. » Câest sensuel comme la sensation de lâeau chaude sur mon dos, putain. Elle est mariĂ©e. Elle est brillante. Elle me fait confiance, et la seule chose que jâai en tĂȘte câest de lâamener dans mon bureau, la dĂ©shabiller, lui faire des choses inavouables. Et jâai envie de le lui dire. Jâai envie de lui dire quâelle est  lumineuse, elle brille dâun tel Ă©clat dans mon esprit que ça mâempĂȘche parfois de me concentrer. Parfois jâoublie pourquoi je suis entrĂ© dans la piĂšce. Je suis distrait. Jâai envie de la pousser contre un mur, et jâai envie quâelle se blottisse contre moi. Jâai envie de remonter le temps pour aller mettre un coup de poing Ă son stupide mari le jour oĂč je lâai rencontrĂ©, et ensuite repartir dans le futur pour lui en coller un autre. Jâai envie de lui acheter des fleurs, de la nourriture, des livres. Jâai envie de lui tenir la main, et de lâenfermer dans ma chambre. Elle est tout ce que jâai toujours voulu, et je veux me lâinjecter dans les veines, et Ă la fois ne plus jamais la revoir. Elle est unique, et ces sentiments, ils sont intolĂ©rables, putain. Ils Ă©taient Ă moitiĂ© en sommeil tant quâelle Ă©tait absente, mais, maintenant elle est lĂ , et je ne contrĂŽle plus mon corps, comme un putain dâado, et je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas quoi faire. Je ne peux rien faire, alors je vais juste⊠ne rien faire.  »
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Ali Hazelwood (Love on the Brain)
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J'achÚte un roman marocain d'expression française le vendredi.
Je commence Ă le lire le samedi et dĂšs les premiĂšres pages, je crie: "Encore un qui croit que la littĂ©rature, c'est raconter son enfance et sublimer ou dramatiser son passĂ©. Je me dis; "continue quand mĂȘme, il a ratĂ© le dĂ©but mais tu trouveras sĂ»rement quelque chose de beau plus loin." Rien, walou, nada, niet. chercher des effets de styles, une narration travaillĂ©e, un souffle, une sensibilitĂ©, une sincĂ©ritĂ© est inutile. Tout sonne faux.
Le mec continue de nous bassiner avec ses misĂšres et ses amours d'enfance en utilisant la langue la plus plate que j'ai eu Ă lire ces derniers temps.
Pourquoi tant d'égocentrisme et de nombrilisme?
L'HĂGĂMONIE DU "JE" EST DEVENUE UN VĂRITABLE CANCER POUR LA LITTĂRATURE MAROCAINE.
Beaucoup de ceux qui s'adonnent à l'écriture au Maroc, surtout en français, croient qu'écrire, c'est reparler de leur mÚre, leur pÚre, leurs voisins, leurs frustrations... et surtout LEUR PERSONNE. Si au moins ils avaient l'existence d'un Rimbaud ou d'un Dostoïevski.
Je continue Ă lire malgrĂ© tout, d'abord parce que je suis maso, et ensuite pour ne pas ĂȘtre injuste Ă l'Ă©gard de l'auteur. Peine perdue. Le livre me tombe des mains et je le balance loin de moi Ă la page 94. MĂȘme le masochisme a des limites.
Je n'ai rien contre quelqu'un qui raconte sa vie. Je n'ai rien contre un nombriliste, un égocentrique, un maniaque, un narcissique, un mégalo, etc, du moment qu'il me propose un objet littéraire, un vrai, avec un style... Oui un style. Je ne dis pas avec une langue parfaite; non; je dis avec sa langue à lui, qui fait ressortir sa sincérité, son dilemme, ses tripes, son ùme. C'est ça le style qui fait l'oeuvre et non pas le bavardage.
Pour le bavardage, le "regardez-moi, je suis beau et je suis devenu écrivain"; le "Admirez-moi!", il y a les JamaÀs Fna (avec tous mes respects pour les conteurs de Jamaa Fna) et les Shows.
Alors SVP! un peu de respect pour la littérature.
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Mokhtar Chaoui
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I dial her mum's number, then sit down cross-legged, facing the wall. When she comes on the line, she sounds uncertain, hesitant.
'Hey! Guess where I am?' I ask, my voice loud with false cheer.
'Rami told me. The Wellesly Hospital in Worthing. What's it like?'
'For a loony-bin it's actually quite decent,' I reply. 'I don't have Sky or an en-suite, and the menu isn't exactly Ă la carte, but you know...' I tail off.
There is a silence.
'Do you have your own room?' Jenna asks,
'Oh yeah, yeah. I have a lovely view of the sea between the bars of my window.'
She doesn't laugh.
'Have you started' -there is a pause as she searches for the right word -'threatment?'
'Yeah, yeah. We had group therapy today. Tomorrow we'll probably have art therapy - maybe I'll draw you a hourse and a garden. I know, perhaps they'll teach us to make baskets! Isn't that why they call us basket cases?'
'Flynn, stop,' Jennah softly implores.
'And we'll probably have music therapy the day after. Maybe I'll get to play the tambourine. Or the triangle. I've always wanted to play the triangle!'
'Flynn-'
'No, I'm serious! I'll ask for some manuscript paper and see if I can write a composition for tambourine and triangle. Then I can post if off to you to hand in for my next composition assignment.'
'Flynn, listen-'
'Hold on, hold on! I'm making a note to myself now: Find fellow insane musician and start composing the Flynn Laukonen Sonata for Tambourine and Triangle.'
'Flynn-'
'And then, when they let me out, if they ever let me out, perhaps you could pull a few strigns and organize for me and my tambourine buddy to give a recital. I'm not sure where though -how about the subway at Marble Arch tube? Nice and central, good acoustics-'
'What are the other people like?' Jennah cuts in, an edge to her voice. I notice she doesn't use the word patients. Clever Jennah. For a moment there you almost made me forget I was locked up in a mental institution.
'Round the bend, just like me,' I reply. 'I'm in excellent company. We'll be swapping suicide tips in no time at all!' I give a harsh laugh.
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Tabitha Suzuma (A Voice in the Distance (Flynn Laukonen, #2))
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C'est de là -haut qu'il les aperçoit, au fond de la combe Nerre, écrasés par la perspective : deux insectes minuscules, l'un portant l'autre à travers l'un des endroits les plus inhospitaliers des Causses. Il en oublie la chevrette et, retrouvant l'agilité de ses vingt ans, se laisse glisser d'éboulis en barres rocheuses jusqu'à les surplomber d'une vingtaine de mÚtres.
Deux enfants.
Un garçon épuisé, couvert d'écorchures, qui continue à avancer bien qu'à bout de forces, ses jambes menaçant à tout moment de flancher sous lui, tremblant de fatigue et de froid.
Une fille, ce doit ĂȘtre une fille mĂȘme si elle n'a plus un cheveu sur le crĂąne, immobile dans les bras du garçon. InanimĂ©e. Ces deux-lĂ ont souffert, souffrent encore. Maximilien le sent, il sent ces choses-lĂ .
Alors, quand le garçon dépose la fille à l'abri d'un rocher, quand il quitte son tee-shirt déchiré pour l'en envelopper, quand il se penche pour lui murmurer une priÚre à l'oreille, alors Maximilien oublie sa promesse de se tenir loin des hommes.
Il descend vers eux.
Le garçon esquisse un geste de défense, mais Maximilien le rassure en lui montrant ses mains vides. Des mains calleuses, puissantes malgré l'ùge. Il se baisse, prend la fille dans ses bras. Un frisson de colÚre le parcourt.
Elle est dans un état effroyable, le corps décharné, la peau diaphane, une cicatrice récente zigzague sur son flanc.
Dans une imprécation silencieuse, Maximilien maudit la folie des hommes, leur cruauté et leur ignorance.
Il se met en route, suivi par le garçon qui n'a pas prononcé un mot. Il ne sait pas encore ce qu'il va faire d'eux. Faire d'elle. La soigner, certes, mais ensuite ?
Tout en pensant, il marche Ă grands pas. Tout en marchant, il rĂ©flĂ©chit Ă grands traits. Il atteint Ombre Blanche au moment oĂč le soleil bascule derriĂšre l'horizon, teintant les Causses d'une somptueuse lumiĂšre orangĂ©e. Un frĂ©missement dans ses bras lui fait baisser la tĂȘte. La fille a bougĂ©.
Elle ouvre les yeux.
Ăchange fugace.
Ăchange parfait.
Maximilien se noie dans le violet de son regard et en ressort grandi.
Le dernier des Caussenards a trouvé son destin.
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Pierre Bottero (La ForĂȘt des captifs (Les Mondes d'Ewilan, #1))
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Le beau dialogue que Swann entendit entre le piano et le violon au commencement du dernier morceau! La suppression des mots humains, loin d'y laisser rĂ©gner la fantaisie, comme on aurait pu croire, l'en avait Ă©liminĂ©e ; jamais le langage parlĂ© ne fut si inflexiblement nĂ©cessitĂ©, ne connut Ă ce point la pertinence des questions, l'Ă©vidence des rĂ©ponses. D'abord le piano solitaire se plaignit, comme un oiseau abandonnĂ© de sa compagne ; le violon l'entendit, lui rĂ©pondit comme d'un arbre voisin. C'Ă©tait comme au commencement du monde, comme s'il n'y avait encore eu qu'eux deux sur la terre, ou plutĂŽt dans ce monde fermĂ© Ă tout le reste, construit par la logique d'un crĂ©ateur et oĂč ils ne seraient jamais que tous les deux : cette sonate. Est-ce un oiseau, est-ce l'Ăąme incomplĂšte encore de la petite phrase, est-ce une fĂ©e, invisible et gĂ©missant dont le piano ensuite redisait tendrement la plainte? Ses cris Ă©taient si soudains que le violoniste devait se prĂ©cipiter sur son archet pour les recueillir. Merveilleux oiseau! le violoniste semblait vouloir le charmer, l'apprivoiser, le capter. DĂ©jĂ il avait passĂ© dans son Ăąme, dĂ©jĂ la petite phrase Ă©voquĂ©e agitait comme celui d'un mĂ©dium le corps vraiment possĂ©dĂ© du violoniste. Swann savait qu'elle allait parler encore une fois. Et il s'Ă©tait si bien dĂ©doublĂ© que l'attente de l'instant imminent oĂč il allait se retrouver en face d'elle le secoua d'un de ces sanglots qu'un beau vers ou une triste nouvelle provoquent en nous, non pas quand nous sommes seuls, mais si nous les apprenons Ă des amis en qui nous nous apercevons comme un autre dont l'Ă©motion probable les attendrit. Elle reparut, mais cette fois pour se suspendre dans l'air et se jouer un instant seulement, comme immobile, et pour expirer aprĂšs. Aussi Swann ne perdait-il rien du temps si court oĂč elle se prorogeait. Elle Ă©tait encore lĂ comme une bulle irisĂ©e qui se soutient. Tel un arc-en-ciel, dont l'Ă©clat faiblit, s'abaisse, puis se relĂšve et avant de s'Ă©teindre, s'exalte un moment comme il n'avait pas encore fait : aux deux couleurs qu'elle avait jusque-lĂ laissĂ© paraĂźtre, elle ajouta d'autres cordes diaprĂ©es, toutes celles du prisme, et les fit chanter. Swann n'osait pas bouger et aurait voulu faire tenir tranquilles aussi les autres personnes, comme si le moindre mouvement avait pu compromettre le prestige surnaturel, dĂ©licieux et fragile qui Ă©tait si prĂšs de s'Ă©vanouir.
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Marcel Proust (Swannâs Way (In Search of Lost Time, #1))
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en vĂ©ritĂ© il est trĂšs agrĂ©able de se rĂ©unir, de sâasseoir et de bavarder des intĂ©rĂȘts publics. Parfois mĂȘme je suis prĂȘt Ă chanter de joie, quand je rentre dans la sociĂ©tĂ© et vois des hommes solides, sĂ©rieux, trĂšs bien Ă©levĂ©s, qui se sont rĂ©unis, parlent de quelque chose sans rien perdre de leur dignitĂ©. De quoi parlent-ils ? ça câest une autre question. Jâoublie mĂȘme, parfois, de pĂ©nĂ©trer le sens de la conversation, me contentant du tableau seul.
Mais jusquâici, je nâai jamais pu pĂ©nĂ©trer le sens de ce dont sâentretiennent chez nous les gens du monde qui nâappartiennent pas Ă un certain groupe. Dieu sait ce que câest. Sans doute quelque chose de charmant, puisque ce sont des gens charmants. Mais tout cela paraĂźt incomprĂ©hensible. On dirait toujours que la conversation vient de commencer ; comme si lâon accordait les instruments. On reste assis pendant deux heures et, tout ce temps, on ne fait que commencer la conversation. Parfois tous ont lâair de parler de choses sĂ©rieuses, de choses qui provoquent la rĂ©flexion. Mais ensuite, quand vous vous demandez de quoi ils ont parlĂ©, vous ĂȘtes incapable de le dire : de gants, dâagriculture, ou de la constance de lâamour fĂ©minin ? De sorte que, parfois, je lâavoue, lâennui me gagne. On a lâimpression de rentrer par une nuit sombre Ă la maison en regardant tristement de cĂŽtĂ© et dâentendre soudain de la musique. Câest un bal, un vrai bal. Dans les fenĂȘtres brillamment Ă©clairĂ©es passent des ombres ; on entend des murmures de voix, des glissements de pas ; sur le perron se tiennent des agents. Vous passez devant, distrait, Ă©mu ; le dĂ©sir de quelque chose sâest Ă©veillĂ© en vous. Il vous semble avoir entendu le battement de la vie, et, cependant, vous nâemportez avec vous que son pĂąle motif, lâidĂ©e, lâombre, presque rien. Et lâon passe comme si lâon nâavait pas confiance. On entend autre chose. On entend, Ă travers les motifs incolores de notre vie courante, un autre motif, pĂ©nĂ©trant et triste, comme dans le bal des Capulet de Berlioz. Lâangoisse et le doute rongent votre coeur, comme cette angoisse qui est au fond du motif lent de la triste chanson russe :
Ăcoutez... dâautres sons rĂ©sonnent.
Tristesse et orgie désespérées...
Est-ce un brigand qui a entonné, là -bas, la chanson ?
Ou une jeune fille qui pleure Ă lâheure triste des adieux ?
Non ; ce sont les faucheurs qui rentrent de leur travail...
Autour sont les forĂȘts et les steppes de Saratov.
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Fyodor Dostoevsky
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Jâai remarquĂ© souvent que quand deux amis pĂ©tersbourgeois se rencontrent quelque part, aprĂšs sâĂȘtre saluĂ©s, ils demandent en mĂȘme temps : Quoi de neuf ? il y a une tristesse particuliĂšre dans leurs voix, quelle quâait Ă©tĂ© lâintonation initiale de leur conversation. En effet, une dĂ©sespĂ©rance totale est liĂ©e Ă cette question Ă PĂ©tersbourg. Mais le plus agaçant câest que, trĂšs souvent, lâhomme qui la pose est tout Ă fait indiffĂ©rent, un PĂ©tersbourgeois de naissance, qui connaĂźt trĂšs bien la coutume, sait dâavance quâon ne lui rĂ©pondra rien, quâil nây a rien de nouveau, quâil a posĂ© cette question peut-ĂȘtre mille fois sans aucun succĂšs ; cependant, il la pose, et il a lâair de sây intĂ©resser, comme si les convenances lâobligeaient de participer lui aussi Ă la vie publique, dâavoir des intĂ©rĂȘts publics. Mais les intĂ©rĂȘts publics... Câest-Ă -dire nous ne nions pas que nous ayons des intĂ©rĂȘts publics ; nous tous aimons ardemment la patrie, nous aimons notre cher PĂ©tersbourg, nous aimons jouer si lâoccasion se prĂ©sente. En un mot il y a beaucoup dâintĂ©rĂȘts publics. Mais ce quâil y a surtout chez nous, ce sont les groupes. On sait que PĂ©tersbourg nâest que la rĂ©union dâun nombre considĂ©rable de petits groupes dont chacun a ses statuts, ses conventions, ses lois, sa logique et son oracle. Câest en quelque sorte le produit de notre caractĂšre national qui a encore peur de la vie publique et tient plutĂŽt au foyer. En outre, la vie publique exige un certain art ; il faut sây prĂ©parer ; il faut beaucoup de conditions. Aussi, lâon prĂ©fĂšre la maison. LĂ , tout est plus simple ; il ne faut aucun art ; on est plus tranquille. Dans le groupe, on vous rĂ©pondra bravement Ă la question : Quoi de neuf ? La question reçoit tout de suite un sens particulier, et lâon vous rĂ©pond ou par un potin, ou par un bĂąillement, ou par quelque chose qui vous force vous-mĂȘme Ă bĂąiller cyniquement, magistralement. Dans le groupe, on peut traĂźner de la façon la meilleure et la plus douce une vie utile entre le bĂąillement et le ragot, jusquâau moment oĂč la grippe, ou bien la fiĂšvre chaude, visite votre demeure ; et vous quittez alors la vie stoĂŻquement, avec indiffĂ©rence, sans savoir comment et pourquoi tout cela Ă©tait avec vous jusquâalors. Aujourdâhui, dans lâobscuritĂ©, au crĂ©puscule, aprĂšs une triste journĂ©e, plein dâĂ©tonnement que tout se soit arrangĂ© ainsi, il semble quâon ait vĂ©cu, quâon ait atteint quelque chose, et tout Ă coup, on ne sait pas pourquoi, il faut quitter ce monde agrĂ©able et sans soucis pour Ă©migrer dans un monde meilleur. Dans certains groupes, dâailleurs, on parle fortement de la cause. Quelques personnes instruites et bien intentionnĂ©es se rĂ©unissent. On bannit sĂ©vĂšrement tous les plaisirs innocents, comme les potins et la prĂ©fĂ©rence, et, avec un entrain incomprĂ©hensible, on parle de diffĂ©rents sujets trĂšs importants. Enfin, aprĂšs avoir bavardĂ©, parlĂ©, rĂ©solu quelques questions dâutilitĂ© gĂ©nĂ©rale, et aprĂšs avoir rĂ©ussi Ă imposer aux uns et aux autres une opinion sur toutes choses, le groupe est saisi dâune irritation quelconque et commence Ă sâaffaiblir considĂ©rablement. Finalement, tous se fĂąchent les uns contre les autres. On se dit quelques dures vĂ©ritĂ©s. Quelques caractĂšres tranchants se font jour et tout se termine par la dislocation totale. Ensuite on se calme ; on fait provision de bon sens et, peu Ă peu, lâon se rĂ©unit de nouveau dans le groupe dĂ©crit ci-dessus. Sans doute il est agrĂ©able de vivre ainsi. Mais Ă la longue cela devient irritant ; cela irrite fortement.
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Fyodor Dostoevsky
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Jâai dâailleurs un ami qui, ces jours-ci, mâa affirmĂ© que nous ne savons mĂȘme pas ĂȘtre paresseux. Il prĂ©tend que nous paressons lourdement, sans plaisir, ni bĂ©atitude, que notre repos est fiĂ©vreux, inquiet, mĂ©content ; quâen mĂȘme temps que la paresse, nous gardons notre facultĂ© dâanalyse, notre opinion sceptique, une arriĂšre-pensĂ©e, et toujours sur les bras une affaire courante, Ă©ternelle, sans fin. Il dit encore que nous nous prĂ©parons Ă ĂȘtre paresseux et Ă nous reposer comme Ă une affaire dure et sĂ©rieuse et que, par exemple, si nous voulons jouir de la nature, nous avons lâair dâavoir marquĂ© sur notre calendrier, encore la semaine derniĂšre, que tel et tel jour, Ă telle et telle heure, nous jouirons de la nature. Cela me rappelle beaucoup cet Allemand ponctuel qui, en quittant Berlin, nota tranquillement sur son carnet. « En passant Ă Nuremberg ne pas oublier de me marier. » Il est certain que lâAllemand avait, avant tout, dans sa tĂȘte, un systĂšme, et il ne sentait pas lâhorreur du fait, par reconnaissance pour ce systĂšme. Mais il faut bien avouer que dans nos actes Ă nous, il nây a mĂȘme aucun systĂšme. Tout se fait ainsi comme par une fatalitĂ© orientale. Mon ami a raison en partie. Nous semblons traĂźner notre fardeau de la vie par force, par devoir, mais nous avons honte dâavouer quâil est au-dessus de nos forces, et que nous sommes fatiguĂ©s. Nous avons lâair, en effet, dâaller Ă la campagne pour nous reposer et jouir de la nature. Regardez avant tout les bagages rien laissĂ© de ce qui est usĂ©, de ce qui a servi lâhiver, au contraire, nous y avons ajoutĂ© des choses nouvelles. Nous vivons de souvenirs et lâancien potin et la vieille affaire passent pour neufs. Autrement câest ennuyeux ; autrement il faudra jouer au whist avec lâaccompagnement du rossignol et Ă ciel ouvert. Dâailleurs, câest ce qui se fait. En outre, nous ne sommes pas bĂątis pour jouir de la nature ; et, en plus, notre nature, comme si elle connaissait notre caractĂšre, a oubliĂ© de se parer au mieux. Pourquoi, par exemple, est-elle si dĂ©veloppĂ©e chez nous lâhabitude trĂšs dĂ©sagrĂ©able de toujours contrĂŽler, Ă©plucher nos impressions â souvent sans aucun besoin â et, parfois mĂȘme, dâĂ©valuer le plaisir futur, qui nâest pas encore rĂ©alisĂ©, de le soupeser, dâen ĂȘtre satisfait dâavance en rĂȘve, de se contenter de la fantaisie et, naturellement, aprĂšs, de nâĂȘtre bon Ă rien pour une affaire rĂ©elle ? Toujours nous froisserons et dĂ©chirerons la fleur pour sentir mieux son parfum, et ensuite nous nous rĂ©volterons quand, au lieu de parfum, il ne restera plus quâune fumĂ©e. Et cependant, il est difficile de dire ce que nous deviendrions si nous nâavions pas au moins ces quelques jours dans toute lâannĂ©e et si nous ne pouvions satisfaire par la diversitĂ© des phĂ©nomĂšnes de la nature notre soif Ă©ternelle, inextinguible de la vie naturelle, solitaire. Et enfin, comment ne pas tomber dans lâimpuissance en cherchant Ă©ternellement des impressions, comme la rime pour un mauvais vers, en se tourmentant de la soif dâactivitĂ© extĂ©rieure, en sâeffrayant enfin, jusquâĂ en ĂȘtre malade, de ses propres illusions, de ses propres chimĂšres, de sa propre rĂȘverie et de tous ces moyens auxiliaires par lesquels, en notre temps, on tĂąche, nâimporte comment, de remplir le vide de la vie courante incolore.
Et la soif dâactivitĂ© arrive chez nous jusquâĂ lâimpatience fĂ©brile. Tous dĂ©sirent des occupations sĂ©rieuses, beaucoup avec un ardent dĂ©sir de faire du bien, dâĂȘtre utiles, et, peu Ă peu, ils commencent dĂ©jĂ Ă comprendre que le bonheur nâest pas dans la possibilitĂ© sociale de ne rien faire, mais dans lâactivitĂ© infatigable, dans le dĂ©veloppement et lâexercice de toutes nos facultĂ©s.
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Fyodor Dostoevsky
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Mais quoi, cela pouvait sâarrĂȘter. Ce quâil fallait faire, câĂ©tait reconnaĂźtre clairement ce qui devait ĂȘtre reconnu, chasser enfin les ombres inutiles et prendre les mesures qui convenaient. Ensuite, la peste sâarrĂȘterait parce que la peste ne sâimaginait pas ou sâimaginait faussement.
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Albert Camus (La peste)
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On est en face d'un paradoxe : d'une part le mariage est le lieu - institutionnel - d'une exploitation pour les femmes, d'un part, précisément en raison de cette exploitation, leur situation potentielle (celle de toutes les femmes et pas seulement celle des femmes effectivement mariées) est si mauvaise que le mariage est encore la meilleure carriÚre - économiquement parlant - pour elles. Si une situation initiale ou potentielle est mauvaise, l'état de mariage ne fait ensuite qu'aggraver cette situation, et renforce donc sa propre nécessité. (p. 126)
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Christine Delphy (L'ennemi principal (Tome 1) : économie politique du patriarcat)
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On m'accordera que le premier empĂȘchement Ă lutter contre son oppression, c'est de ne pas se sentir opprimĂ©e. Donc le premier moment de la rĂ©volte ne peut consister Ă entamer la lutte mais doit consister au contraire Ă se dĂ©couvrir opprimĂ©e : Ă dĂ©couvrir l'existence de l'oppression. L'oppression est dĂ©couverte d'abord quelque part. DĂšs lors son existence est Ă©tablie, certes, mais non son Ă©tendue. C'est Ă partir de la preuve qu'elle existe qu'on la cherche ensuite ailleurs, ici, lĂ , en progressant de proche en proche. La lutte fĂ©ministe consiste autant Ă dĂ©couvrir les oppressions inconnues, Ă voir l'oppression lĂ oĂč on ne le voyait pas, qu'Ă lutter contre les oppressions connues. (p. 164)
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Christine Delphy (L'ennemi principal (Tome 1) : économie politique du patriarcat)
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A cet Ă©gard , je trouve cela curieux lâamour dâune mĂšre. Câest quelque chose qui vous contient tout entier, durant neuf mois - puis qui vous lĂąche. Pas le choix â ni pour elle, ni pour vous. Ensuite, câest du soin constant, puis du souci. De la joie aussi â enfin jâimagine⊠Puis un jour, plus rien. Je veux dire : lâun des deux corps disparaĂźt, le regard par lequel on Ă©tait sans doute attachĂ© lâune Ă lâautre, la mĂšre et lâenfant, nâa plus lieu dâĂȘtre, plus rien Ă quoi sâaccrocher. Câest lâespace qui sâouvre Ă la place â tout entier. Câest une libĂ©ration peut ĂȘtre.
Je nâen sais rien en fait.
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BérengÚre Cournut (Zizi Cabane)
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I hadnât come here with any intention to spy on Caleb Altair as he got naked but with my fingers stuck holding the window open a crack, I didnât get much choice in the matter as he dropped his pants next.
Darcy blew out a breath of laughter beside me as he crossed the room and headed into his en-suite, giving us plenty of opportunity to check out his ass before he closed the door. The sound of the shower starting up reached us and I relaxed a little.
âHe might be a part of the asshole brigade, but that guy is stupidly hot,â I murmured.
âNo doubt about that,â Darcy agreed.
âShall we get on with ruining his day then?â I asked with a grin.
âDefinitely.â
(Tory)
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Caroline Peckham (Ruthless Fae (Zodiac Academy, #2))
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Do you want to know a secret?â she breathed, her voice lowering seductively.
âWhat?â I asked, wanting to hear anything and everything she might ever want to tell me.
She leaned a little closer and her long hair tickled my skin.
âI think,â she breathed slowly. âThat Iâm going to puke.â
She leapt off of me so quickly that the bed bounced beneath me as she darted to the en-suite.
My dick was straining so hard against my fly that I thought it might actually burst and I had to rearrange myself before I could follow her.
By the time I got there sheâd already emptied her stomach contents into the toilet and she flushed it before stumbling towards the basin where she washed her mouth out. She proceeded to steal my toothbrush like a goddamn animal and I leaned against the doorframe as I watched her, trying not to look at her ass too much as she bent forward over the basin but I was clearly failing at that.
I should have been pissed at her for intruding on my space like this but somehow I didnât mind at all.
When sheâd finished, she sauntered back towards me, pushing a hand into her hair as she fought to walk in a straight line. She failed.
I caught her as she almost face planted into the tiles and hooked her into my arms before returning her to the bed again. She tugged me down too and I was past the point of protesting.
The moment her head hit the pillow her eyes fell shut but she turned towards me, draping an arm across my waist.
I flicked the lights off and the room was only illuminated by the fire which was burning low in the grate.
âYouâre unbelievable, you know that,â she mumbled.
âIn what way?â I asked, wondering if she just might be about to admit that she felt this heat between us too.
She shifted nearer to me and I pulled her close as she laid her head on my chest. My heart was hammering wildly and I couldnât quite believe the strange turn of events that had led us here. For the longest moment she didnât speak and I began to wonder if sheâd fallen asleep but then she carried on.
âYou have the biggest goddamn jacuzzi Iâve ever seen in your bathroom,â she said and I couldnât help but laugh at the way that conversation had gone.
âDo you like it?â I asked.
âNo. Itâs just unbelievable. Like you. Youâre just... such... a dick.â Her breathing grew heavier and I was sure sheâd passed out again.
A smile pulled at my lips in response to her comment. It might have been nice for my ego if sheâd started declaring how attractive she found me, but in all honesty she just wouldnât have been herself without her smart mouth.
And I was beginning to realise that I might like that, and a few other things about her, just a bit too much.
(Darius POV)
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Caroline Peckham (The Reckoning (Zodiac Academy, #3))
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NOTA. â Le seul usage de cette sauce est d'envelopper certains Ă©lĂ©ments qui sont ensuite panĂ©s Ă l'anglaise.
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Auguste Escoffier (Recettes de Sauces (Les recettes d'Auguste Escoffier t. 4) (French Edition))
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L'aurore passait ensuite sa main pùle sur les plis de la nuit et le jour se levait, impassible, sur un monde défroissé.
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Pia MalaussĂšne (L'Aurore)
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Utiliser son sac avec grace, c'est comme manger avec elegance, marcher avec prestance ou saisir un verre de champagne avec classe.
La beaute se definit en general par la sobriete et l'economie des moyens, par l'adaptation des formes a leur fin, des formes simples, pures et primaires.
Investir dans un sac de qualite, c'est non seulement se faire plaisir mais aussi se revolter contre la mediocrite et la consommation de masse grandissante qui peu a peu detruisent notre culture, notre civilisation et nos sens. Acheter de la qualite, c'est encourager une autre forme de commerce, respecter ce que nous possedons, vivre avec la lenteur d'un cuir qui se patine et pratiquer la simplicite: ne pas toujours chercher a acquerir plus tout en se contentant de ce que l'on a.
Mon conseil est donc celui-ci: ne regardez pas les sacs exposes dans les magasins pour choisir un modele mais ceux portes par les femmes, dans la rue. C'est la meilleure facon de voir comment le cuir se drappe, la forme se bombe, la matiere se patine et s'ils ont, visuellement, une belle architecture une fois portes.
L'argent devrait etre utilise pour vivre dans la qualite, y compris la qualite esthetique. Les belles choses apportent une joie durable.
Le choix d'un sac pour longtemps ne serait-il pas le besoin d'une certaine forme de stabilite, d'harmonie et de confort dans ses besoins materiels?
Affirmer son style, c'est exprimer par ses choix ses gouts et ses valeurs. Les exterioriser ensuite par le bon choix de vetements et de sacs est l'etape suivante.
Etre chic, c'est savoir resister a la tentation.
Faire des economies ce n'est pas acheter au meilleur prix l'objet convoite, c'est apprendre sereinement a s'en passer.
Le voyage est sans doute la meilleure des situations pour apprecier les bienfaits du minimalisme et s'en inspirer pour l'appliquer au quotidien.
Le voyage est l'occasion ideale de "refaire son bagage", c'est-a-dire de repenser la facon dont on vit sa vie et de l'ameliorer. On a tout son temps, en voyage, pour penser, reflechir a ce qui fait le "sel de la vie".
C'est sur la route qu'on apprend a se passer du superflu: pas de television, de distractions, de consommation et de shopping. La vie est simplifiee au profit de la mobilite. On a egalement plus de temps pour soi-meme et/ou les rencontres.
En voyage, on devient, comme le prescrit le zen, prepare a toutes les eventualites de la vie.
le voyage est un retour vers l'essentiel. Proverbe tibetain
Vivre avec peu est comme une invitation au voyage, a un vol interieur qui libere du reel et du poids de l'existence.
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Dominique Loreau (Mon sac, reflet de mon Ăąme. L'art de choisir, ranger et vider son sac (French Edition))
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...le chant des oiseaux avait pratiquement disparu de la surface de la Terre. Des milliers de races d'oiseaux s'étaient éteintes progressivement, couvrant d'un silence mortuaire les aubes enchanteresses, silence aussitÎt comblé par le bruit des bétonneuses, des marteaux-piqueurs, des excavateurs, des grues de chantier, dans un tonnerre métallique quotidien au service de la construction, baromÚtre de la santé économique des nations et de ce qui s'ensuit, la croissance en général, et l'emploi en particulier, cet emploi source de toutes les justifications. Les oiseaux mouraient des tombereaux de produits chimiques déversés sur les prés, dans un vaste holocauste de matiÚres organiques et d'insectes. Les oiseaux aussi s'éteignaient aussi faute de place pour s'ébattre et se reproduire. La Bible, les humanistes avaient consacré l'intangibilité de la primauté de l'homme, de sa vie, de son confort sur toute autre espÚce.
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Marc Dugain (Transparence)
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Avec M. Charlier, avec les livres, j'avais fini par croire que pour ĂȘtre philosophe il suffisait de procĂ©der Ă deux opĂ©rations simples : d'abord choisir un terme abstrait, ensuite le faire prĂ©cĂ©der, comme un nom roturier d'une particule, du mot « idĂ©e ». Disserter sur la nature, c'eĂ»t Ă©tĂ© rester dans les Belles Lettres ; mĂ©diter sur l'idĂ©e de Nature, c'Ă©tait dĂ©jĂ philosopher. Quand nous serions capables de faire tenir ensemble dans leur opposition l'Homme et la Nature, nous aurions conquis nos galons de dialecticiens. La philosophie Ă©tait une activitĂ© noble garantie par la noblesse de ses objets.
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Jean-Bertrand Pontalis (L'amour des commencements)
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Il sâavĂ©ra que Chris sâĂ©tait trompĂ© et que Donna avait vu juste.
Chris Hudson se retrouve inconfortablement coincĂ© sur un canapĂ©, avec Ibrahim, quâil a dĂ©jĂ rencontrĂ©, dâun cĂŽtĂ©, et Joyce, sa taille minuscule, son air enjouĂ© et ses cheveux blancs, de lâautre. TrĂšs clairement ce canapĂ© ne compte que deux places et demie et quand il a Ă©tĂ© offert Ă Chris de sây installer il sâest exĂ©cutĂ© en supposant quâil ne le partagerait quâavec une seule personne.
Mais ensuite, avec une grĂące et une vĂ©locitĂ© auxquelles il ne sâĂ©tait pas attendu de la part de deux personnes percevant une pension de retraite depuis si longtemps, Ibrahim et Joyce sâĂ©taient glissĂ©s de part et dâautre de lui, ce qui lâavait conduit Ă la situation prĂ©sente. Sâil avait su, il aurait dĂ©clinĂ© la proposition et pris lâun des fauteuils dĂ©sormais occupĂ©s par Ron Ritchie, qui paraĂźt plus alerte que la derniĂšre fois quâil lâa vu, et par la terrifiante Elizabeth. Dont on peut vraiment dire quâelle ne tolĂšre aucun refus.
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Richard Osman (The Thursday Murder Club (Thursday Murder Club, #1))
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Un jour, j'ai réalisé que je ne savais plus pour qui j'écrivais, ni pourquoi j'écrivais. Et ensuite, je n'ai plus été capable d'écrire une ligne. C'est une histoire banale... Je n'avais pas de talent, tout simplement.
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Maki Marukido (Pornographer)
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Ne m'écrivez plus qu'une fois par semaine, et de telle sorte que je reçoive votre lettre le dimanche. Car je dois vous le dire, je ne supporte pas vos lettres quotidiennes, je ne suis pas en état de les supporter.
Je rĂ©ponds pas exemple Ă votre lettre et ensuite, je suis apparemment bien tranquille dans mon lit, mais des palpitations me traversent tout le corps et mon cĆur ne connaĂźt que vous. VoilĂ pourquoi je ne veux point savoir que tu es bien disposĂ©e pour moi; car alors pour quelle raison, fou que je suis, restai-je Ă mon bureau ou chez moi, au lieu de me jeter dans le train les yeux fermĂ©s pour ne les rĂ©ouvrir que lorsque je serai prĂšs de toi. Vraiment j'ai parfois l'impression de me repaitre comme un fantĂŽme de ton nom porte-bonheur. mais maintenant y'a-t-il une solution de paix?
A quoi bon ne plus nous écrire qu'une fois par semaine. non, il serait bénin le mal que l'on pourrait supprimer par de telles moyens et je le prévois ces lettres du dimanche, je ne pourrai pas non plus les supporter. C'est pourquoi voulant réparer ce que je négligeais samedi, je t'en prie avec la force qui faiblit déjà un peu a la fin de cette lettre renonçons à tout cela, si nous tenons a notre vie.
Aurai-je eu l'intention de me dire "tien" en signant, rien ne serait plus faux. Non, Je suis mien et éternellement lié à moi, voilà ce que je suis, et il faut que je tache de m'en accommoder.
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Franz Kafka
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Ne m'écrivez plus qu'une fois par semaine, et de telle sorte que je reçoive votre lettre le dimanche. Car je dois vous le dire, je ne supporte pas vos lettres quotidiennes, je ne suis pas en état de les supporter.
Je rĂ©ponds pas exemple Ă votre lettre et ensuite, je suis apparemment bien tranquille dans mon lit, mais des palpitations me traversent tout le corps et mon cĆur ne connaĂźt que vous. VoilĂ pourquoi je ne veux point savoir que tu es bien disposĂ©e pour moi; car alors pour quelle raison, fou que je suis, restai-je Ă mon bureau ou chez moi, au lieu de me jeter dans le train les yeux fermĂ©s pour ne les rĂ©ouvrir que lorsque je serai prĂšs de toi. Vraiment j'ai parfois l'impression de me repaitre comme un fantĂŽme de ton nom porte-bonheur. mais maintenant y'a-t-il une solution de paix?
A quoi bon ne plus nous écrire qu'une fois par semaine. non, il serait bénin le mal que l'on pourrait supprimer par de telles moyens et je le prévois ces lettres du dimanche, je ne pourrai pas non plus les supporter. C'est pourquoi voulant réparer ce que je négligeais samedi, je t'en prie avec la force qui faiblit déjà un peu a la fin de cette lettre renonçons à tout cela, si nous tenons a notre vie.
Aurai-je eu l'intention de me dire "tien" en signant, rien ne serait plus faux. Non, Je suis mien et éternellement lié à moi, voilà ce que je suis, et il faut que je tache de m'en accommoder.
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Franz Kafka (Letters to Felice)
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Ou bien, est-ce pour la combler...et ensuite la séduire, la réduire à une misÚre plus grande encore?
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Gabrielle Roy (Bonheur d'occasion au pluriel: lectures et approches critiques)
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Un couple ne coule des jours heureux que lâespace de quelques mois. Ensuite, câest du travail, des compromis, de la frustration, des larmes. Mais ça en vaut la peine, parce que le rĂ©sultat est une unitĂ© qui nâest pas due Ă de la chimie ou de la magie, cette unitĂ©, vous lâavez construite. Lâamour nâexiste pas par lui-mĂȘme, il se bĂątit.
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Joël Dicker (L'Affaire Alaska Sanders)
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[...], leurs yeux sĂ©vĂšres, inquisiteurs, qui paraissaient fouiller le voile des femmes, ces mĂȘmes voiles qu'ils exigeaient et qu'ils semblaient ensuite ĂŽter du regard. Ils croient avoir le monopole de l'honneur et de la virilitĂ©. Le monopole de Dieu.
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Emilienne Malfatto (Que sur toi se lamente le Tigre)
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Quand j'habitais Alger, je patientais toujours dans l'hiver parce que je savais qu'en une nuit, une seule nuit froide et pure de février, les amandiers de la vallée des Consuls se couvriraient de fleurs blanches. Je m'émerveillais de voir ensuite cette neige fragile résister à toutes les pluies et au vent de la mer. Chaque année, pourtant, elle persistait, juste ce qu'il fallait pour préparer le fruit.
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Albert Camus (L'été - Les Essais LXVIII)
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« La solitude a deux avantages : dâabord dâĂȘtre avec soi-mĂȘme, ensuite de nâĂȘtre pas avec les autres. » Schopenhauer avait dit un jour un truc dans le genre, pensa-t-il en sâavançant vers le bureau de lâassistant de Karen.
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Guillaume Musso (Un appartement Ă Paris (French Edition))
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The time and/or distance required for luxuries to become staples, for wants to become needs, consumption to consume. Londonâs just around the corner, Paris can be ordered, ensuite, round the clock. Our access is bewildering, not just beyond imagination, but becoming imagination, bewildering twice over. We can only search the found, find the searched, and charge it to our room.
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Joshua Cohen (Book of Numbers)
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La solitude a deux avantages : dâabord dâĂȘtre avec soi-mĂȘme, ensuite de nâĂȘtre pas avec les autres.
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Guillaume Musso (Un appartement Ă Paris (French Edition))
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Au reste, les Germains ne croient pas que ce soit honorer les dieux, de les peindre comme des hommes, ou de les renfermer dans les temples; ils se contentent de leur consacrer des bois et des forĂȘts, dans l'obscuritĂ© desquels ils imaginent que rĂ©side la divinitĂ©. X. Ils sont fort adonnĂ©s aux augures et aux sorts, et n'y observent pas grande cĂ©rĂ©monie. Ils coupent une branche de quelque arbre fruitier en plusieurs piĂšces, et le marquent de certains caractĂšres. Ils les jettent ensuite, au hasard, sur un drap blanc. Alors le prĂȘtre, si c'est en public, ou le pĂšre de famille, si c'est dans quelque maison particuliĂšre, lĂšve chaque brin trois fois, aprĂšs avoir invoquĂ© les dieux, et les interprĂšte selon les caractĂšres qu'il y a faits. Si l'entreprise se trouve dĂ©fendue, ils ne passent point plus avant; car on ne consulte point deux fois sur un mĂȘme sujet, en un mĂȘme jour; mais si elle est approuvĂ©e, on jette le sort une seconde fois, pour en avoir la confirmation. Ils consultent aussi le vol et le chant des oiseaux: le hennissement des chevaux est encore pour eux un prĂ©sage trĂšs-assurĂ©. Ils en nourrissent de blancs dans leurs bois sacrĂ©s, et ils croiraient faire une profanation s'ils les employaient aux usages ordinaires.
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Anonymous
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Il n'arrivait às à trouver exactement son aplomb. Comme lorsqu'on déplace un meuble trÚs lourd et qu'on n'arrive plus ensuite à faire coïncider sa base avec ses marques laissées au sol. Ou comme lorsqu'on n'arrive plus à replier une chemise comme l'avait fait la vendeuse. Les plis du tissu sont là , bien marqués, on les suit, mais le résultat n'est plus parfait, il est personnel.
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Fred Vargas
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La charitĂ© lĂ©gale n'exerce pas une moins funeste influence sur la libertĂ© du pauvre que sur la moralitĂ©. Ceci se dĂ©montre aisĂ©ment: du moment oĂč l'on fait aux communes un devoir strict de secourir les indigents, il s'ensuit immĂ©diatement et forcĂ©ment cette consĂ©quence que les communtes ne doivent des secours qu'aux pauvres qui sont domiciliĂ©s sur leur territoire; c'est le seul moyen Ă©quitable d'Ă©galiser la charge publique qui rĂ©sulte de la loi, et de la proportionner aux moyens de ceux qui doivent la supporter. Or, comme dans un pays oĂč la charitĂ© publique est organisĂ©e, la charitĂ© individuelle est Ă peu prĂšs inconnue, il en rĂ©sulte que celui que des malheurs ou des vices rendent incapable de gagner sa vie est condamnĂ©, sous peine de mort, Ă ne pas quitter le lieu oĂč il est nĂ©...Par leur lĂ©gislation sur les pauvres, les Anglais ont immobilisĂ© une sixiĂšme de leur population. Ils l'ont attachĂ© Ă la terre comme l'Ă©taient les paysans du Moyen Age.
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Alexis de Tocqueville (Sur le paupérisme)
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Le goût de la performance, ensuite. J'ai toujours eu, aussi, ce goût-là . J'ai toujours eu cette tentation (encore plus indécente, obscÚne, m'as-tu-vu, déplacée mais je vous dis la vérité) de faire ce que les autres ne font pas ou de le faire, s'ils le font, d'une façon qui n'appartient qu'à moi.
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Bernard-Henri Lévy, Houllebecc
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[...] Ensuite, nous n'avons jamais été dépersonnalisés par les Turcs, et c'est trÚs important. Ils sont arrivés à Oujda et pendant six cents ans nous les avons aidés dix milles fois, en combattant à leur cotés, en leur envoyant des bateaux de blé, du temps de mes aïeux alaouites. Mais, chaque fois qu'ils tentaient de dépasser la frontiÚre, immédiatement on se tapait dessus.
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Hassan II (۰ۧÙ۱۩ Ù
ÙÙ)
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Il y a une logique dans la succession de ces plaies. Le Nil devient rouge comme le sang. Sans doute une crue inhabituelle du Nil a drainĂ© des argiles rouges polluant lâeau au point dây tuer les poissons. AprĂšs ce phĂ©nomĂšne, il y a une invasion de grenouilles. Ces gentils batraciens fuyaient sans doute le Nil polluĂ©. Puis, autre plaie, les mouches et les moustiques pullulent. Les cadavres de poissons et autres animaux empoisonnĂ©s au bord du Nil y sont sans doute pour quelque chose. AprĂšs quoi, câest le bĂ©tail qui est malade et les hommes qui attrapent des furoncles. Responsables, les insectes piquants. Parce quâun malheur nâarrive jamais seul, aprĂšs six plaies, la septiĂšme : la grĂȘle. LĂ , câest la mĂ©tĂ©o qui se dĂ©chaĂźne. Cette grĂȘle hache les cultures, et ce quâil en reste est ensuite attaquĂ© par lâinvasion de sauterelles comme ces pays en connaissent parfois. Est-ce un vent venant dâĂthiopie qui amena les sauterelles avant dâamener des poussiĂšres telles que, durant trois jours, on nây voyait plus rien ? Enfin, derniĂšre et terrifiante plaie : la mort des premiers-nĂ©s mĂąles de chaque famille Ă©gyptienne ! Un Ă©cho affreux Ă tous ces garçons hĂ©breux jetĂ©s dans le Nil.
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Eric Denimal (La Bible pour les Nuls (French Edition))
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Si ton frĂšre, fils de ta mĂšre, ou ton fils, ou ta fille, ou la femme de ton coeur, ou ton ami, qui t'est comme ton Ăąme, t'incite en secret, disant: Allons, et servons d'autres dieux, des dieux que tu n'as point connus, toi, ni tes pĂšres, d'entre les dieux des peuples qui sont autour de vous, prĂšs de toi ou loin de toi, d'un bout de la terre Ă l'autre bout de la terre, tu ne t'accorderas pas avec lui et tu ne l'Ă©couteras pas; et ton oeil ne l'Ă©pargnera pas, et tu n'auras pas pitiĂ© de lui, et tu ne le cacheras pas; mais tu le tueras certainement: ta main sera la premiĂšre contre lui pour le mettre Ă mort, et la main de tout le peuple ensuite; et tu l'assommeras de pierres, et il mourra, car il a cherchĂ© Ă t'entraĂźner loin de l'Ăternel, ton Dieu, qui t'a fait sortir du pays d'Ăgypte,
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Anonymous
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Plus la banque de donnĂ©es de l'enfant est riche, plus il pourra faire de connexions ensuite, donc assimiler de nouveaux savoirs. Ă l'inverse, un enfant peu stimulĂ©, pas trĂšs curieux de nature, va se constituer une trĂšs petite banque de donnĂ©es et aura du mal Ă faire des ponts entre un nouvel apprentissage et son matĂ©riau personnel de base. [âŠ]
L'enfant petit doit vivre des expĂ©rimentations qui vont lui permettre, des annĂ©es plus tard, de passer de la pensĂ©e concrĂšte Ă la pensĂ©e abstraite. En voici un exemple frappant. Le petit enfant aime jouer avec de la pĂąte Ă modeler. Vers 4-6 ans, il dĂ©couvre un concept essentiel sans le savoir : la conservation de la quantitĂ©. C'est un test qui est fait chez l'orthophoniste pour un enfant en difficultĂ© mathĂ©matique. Il joue avec sa pĂąte Ă modeler. Elle est en boule ; puis on lui propose de l'Ă©taler et d'en faire un long serpentin. Si on lui demande : "Est-ce que tu as autant de pĂąte Ă modeler que tout Ă l'heure ?", il peut rĂ©pondre par l'affirmative. Mais certains enfants n'imaginent pas que la mĂȘme quantitĂ© puisse changer de forme. Donc, il rĂ©pondent : "Pas du tout, lĂ , il y en a beaucoup plus. Tu ne vois pas comment c'est long ?" Tant que l'enfant n'a pas compris ce concept de conservation de la quantitĂ© (ou du nombre), il ne peut pas faire des conversions ; il ne peut pas concevoir que des centimĂštres deviennent des mĂštres, et qu'une mĂȘme quantitĂ© puisse s'appeler de diffĂ©rentes façons. ArrivĂ© Ă l'Ăąge des opĂ©rations concrĂštes, comme dirait Jean Piaget, il bute sur des concepts qu'il ne comprend pas, parce que le "terrain" n'a pas Ă©tĂ© prĂ©parĂ© en lui pour qu'il les intĂšgre. (p. 74-75)
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Isabelle Peloux (L'école du Colibri: La pédagogie de la coopération (Domaine du possible) (French Edition))
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Pour un nouvel apprentissage, il faut autant que possible dĂ©buter par l'expĂ©rience, pour que le cerveau se mette en recherche (de comprendre comment ça marche, ce qu'il faut retenir, oĂč sont les difficultĂ©s). Et ensuite, l'enseignant apporte la thĂ©orie qui formalise ce nouveau savoir. S'il fait l'inverse, la thĂ©orie qu'il propose tombe Ă plat car l'enfant ne sait pas sur quoi il doit porter son attention. (p. 76)
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Isabelle Peloux (L'école du Colibri: La pédagogie de la coopération (Domaine du possible) (French Edition))
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Mais peu importe quâil y ait ou non des grands desseins extĂ©rieurs Ă moi. Mon seul espoir a Ă©tĂ© ceci : discerner ce qui pouvait ĂȘtre accompli, croire que câĂ©tait possible, et ensuite mettre tout en Ćuvre pour exĂ©cuter, Ă nâimporte quel prix. Et quand une vie sâachĂšve comme la mienne sâachĂšvera, nul ne peut me persuader que le prix ne valait pas dâĂȘtre payĂ© en Ă©change de ce que jâai reçu
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Orson Scott Card (A Planet Called Treason)
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Comme les baleines, qui recherchent des eaux calmes pour enfanter, mes parents s'Ă©taient retirĂ©s du monde pour fonder lĂ une famille. Mais Ă la diffĂ©rence des baleines, qui regagnent ensuite les profondeurs des ocĂ©ans, ils Ă©taient restĂ©s Ă©chouĂ©s en banlieue. Peut-ĂȘtre se protĂ©geaient-ils de leurs souvenirs de la Hongrie, de la guerre et de leur fuite.
Dans cet endroit vierge, dans cet angle mort, ils avaient tenté autant que possible de ne plus regarder en arriÚre pour tout recommencer à zéro. Ils y avaient presque réussi.
~ P19
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Sacha Batthyany (Mais en quoi suis-je donc concernĂ© ? Un crime en mars 1945. Lâhistoire dâune grande famille hongroise (French Edition))
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Elles Ă©taient ces brebis qui cherchent refuge derriĂšre un rocher quand sĂ©vit la tempĂȘte. ArrivĂ©es dans un endroit inconnu qui leur offre un abri, elles s'attachent Ă retrouver sĂ©curitĂ© et chaleur. Elles savaient que le froid d'autrui viendrait de nouveau les transpercer et se nicher en elles. Aussi s'agissait-il de rĂ©pandre toute la chaleur que l'on avait pour pouvoir ensuite la rĂ©cupĂ©rer au dĂ©cuple. (...) A la maison, il leur Ă©tait interdit de se donner mutuellement la chaleur dont elles avaient besoin. Elles redevenaient des brebis effrayĂ©es perdues dans la montagne sauvage.
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HerbjĂžrg Wassmo (The House with the Blind Glass Windows)
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[La « bĂ©cosse » a] bien des avantages. Lâavantage de la « bĂ©cosse », câest quâelle fonctionne Ă sec contrairement Ă nos cabinets dâaisances grand confort qui Ă©vacuent de trois Ă cinq gallons dâeaux polluĂ©es Ă chaque usage, des eaux quâil nous faut ensuite Ă©purer par le biais de coĂ»teuses installations septiques. Au QuĂ©bec, le RĂšglement sur lâĂ©vacuation et le traitement des eaux usĂ©es des rĂ©sidences isolĂ©es considĂšre la « bĂ©cosse » comme une alternative valable pour les camps de chasse et de pĂȘche et tout chalet sans eau courante, pour ceux qui aiment se retrouver dans un vĂ©ritable milieu sauvage. Elle peut avantageusement remplacer lâinstallation septique avec Ă©lĂ©ment Ă©purateur classique ou modifiĂ©.
Et sa mauvaise rĂ©putation ? Cette rĂ©putation lui vient du fait que la plupart des « bĂ©cosses » que nous avons connues dĂ©gageaient de mauvaises odeurs et nâĂ©taient pas trĂšs accueillantes. Or, un cabinet Ă fosse sĂšche bien construit, selon les normes du RĂšglement, ne dĂ©gage pas dâodeurs et peut facilement ĂȘtre gardĂ© propre comme un sou neuf. Pour quâil en soit ainsi, il est essentiel que la fosse soit creusĂ©e dans un sol sec, permĂ©able et bien drainĂ©. VoilĂ tout le secret dâune bonne « bĂ©cosse ». La dĂ©composition des matiĂšres fĂ©cales doit obligatoirement se faire Ă lâair libre, dans un milieu sec. Les odeurs de putrĂ©faction se produisent inĂ©vitablement quand lâeau sâinfiltre Ă lâintĂ©rieur de la fosse ou quand celle-ci a Ă©tĂ© creusĂ©e dans un endroit oĂč le niveau de la nappe dâeau souterraine est Ă©levĂ©.
Lâeau est lâennemi public n° 1 des « bĂ©cosses ».
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Tony Lesauteur (La Bécosse n'a pas dit son dernier mot)
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[La « bĂ©cosse » a] bien des avantages. Lâavantage de la « bĂ©cosse », câest quâelle fonctionne Ă sec contrairement Ă nos cabinets dâaisances grand confort qui Ă©vacuent de trois Ă cinq gallons dâeaux polluĂ©es Ă chaque usage, des eaux quâil nous faut ensuite Ă©purer par le biais de coĂ»teuses installations septiques. Au QuĂ©bec, le RĂšglement sur lâĂ©vacuation et le traitement des eaux usĂ©es des rĂ©sidences isolĂ©es considĂšre la « bĂ©cosse » comme une alternative valable pour les camps de chasse et de pĂȘche et tout chalet sans eau courante, pour ceux qui aiment se retrouver dans un vĂ©ritable milieu sauvage. Elle peut avantageusement remplacer lâinstallation septique avec Ă©lĂ©ment Ă©purateur classique ou modifiĂ©.
Et sa mauvaise rĂ©putation ? Cette rĂ©putation lui vient du fait que la plupart des « bĂ©cosses » que nous avons connues dĂ©gageaient de mauvaises odeurs et nâĂ©taient pas trĂšs accueillantes. Or, un cabinet Ă fosse sĂšche bien construit, selon les normes du RĂšglement, ne dĂ©gage pas dâodeurs et peut facilement ĂȘtre gardĂ© propre comme un sou neuf. Pour quâil en soit ainsi, il est essentiel que la fosse soit creusĂ©e dans un sol sec, permĂ©able et bien drainĂ©. VoilĂ tout le secret dâune bonne « bĂ©cosse ». La dĂ©composition des matiĂšres fĂ©cales doit obligatoirement se faire Ă lâair libre, dans un milieu sec. Les odeurs de putrĂ©faction se produisent inĂ©vitablement quand lâeau sâinfiltre Ă lâintĂ©rieur de la fosse ou quand celle-ci a Ă©tĂ© creusĂ©e dans un endroit oĂč le niveau de la nappe dâeau souterraine est Ă©levĂ©.
Lâeau est lâennemi public n° 1 des « bĂ©cosses ».
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Tony Le Sauteur (La Bécosse n'a pas dit son dernier mot)
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L'homosexuel qui parle de sa vie « privĂ©e » rompt la situation « normale » puisque celle-ci est dĂ©finie comme telle par le fait que, « normalement », comme dit le langage de tous les jours, l'homosexualitĂ© n'est pas dicible ou, ce qui n'est pas trĂšs diffĂ©rent, n'est pas souvent dite. Toute parole qui consiste Ă dire l'homosexualitĂ© ne peut dĂšs lors ĂȘtre entendue que comme une volontĂ© de l'affirmer, de l'afficher, comme un geste de provocation ou un acte militant. La sortie de la honte est toujours perçue comme la proclamation de la fiertĂ© (ce qu'inĂ©vitablement elle est toujours, puisque celui qui Ă©nonce l'homosexualitĂ© et le fait ainsi entrer dans le discours autrement que comme un objet de plaisanterie ou comme un objet tout court, mais comme la prise de parole d'un sujet, a bien conscience que ce qu'il va dire sera entendu de cette maniĂšre). On ne peut jamais dire simplement qu'on est homosexuel : on l'affirme toujours envers et contre tout, envers et contre tous, et non seulement contre ceux qui voudraient empĂȘcher qu'on puisse le dire, mais aussi contre ceux qui objectent qu'il n'est pas besoin de le dire. C'est pourquoi il y a toujours une certaine théùtralitĂ© propre Ă l'affirmation homosexuelle. Ce n'est donc pas en vertu du fait que, comme l'Ă©crit Sartre, « puisque nous ne faisons que jouer ce que nous sommes, nous sommes tout ce que nous pouvons jouer ». C'est au contraire parce qu'un homosexuel doit si longtemps jouer ce qu'il n'est pas qu'il ne peut ensuite ĂȘtre ce qu'il est qu'en le jouant. C'est vrai. Mais il ne peut en ĂȘtre autrement.
On l'a vu : il y a une énergie qui sourd de la honte, qui se forme en elle et par elle et qui agit comme une force transformatrice. Cette énergie s'exprime dans l'identité théùtralisée, dans la performance (au sens anglais), dans l'exhibitionnisme, l'extravagance ou la parodie. L'exhibitionnisme et la théùtralité sont sans doute, et ont été historiquement, parmi les gestes les plus importants qui ont permis de défier l'hégémonie hétéronormative. Et c'est d'ailleurs pourquoi ils ont toujours fait l'objet d'attaques si virulentes. La honte donne son énergie à l'exhibitionnisme, à l'affirmation de soi comme théùtralité, c'est-à -dire à l'affirmation de soi tout court. (p. 163-164)
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Didier Eribon (Insult and the Making of the Gay Self (Series Q))
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Dans son rapport inaugural, le Forum, Ă propos de la mondialisation qu'il a symbolisĂ©e sous ses formes les plus conquĂ©rantes et sĂ»res d'elles-mĂȘmes, Ă©voque avec un sens exquis de l'euphĂ©misme "un risque de dĂ©sillusion". Mais dans les conversations, c'est autre chose. DĂ©sillusion ? Crise ? InĂ©galitĂ©s ? D'accord, si vous y tenez, mais enfin, comme nous le dit le trĂšs cordial et chaleureux PDG de la banque amĂ©ricaine Western Union, soyons clairs : si on ne paie pas les leaders comme ils le mĂ©ritent, ils s'en iront voir ailleurs. Et puis, capitalisme, ça veut dire quoi ? Si vous avez 100 dollars d'Ă©conomies et que vous les mettez Ă la banque en espĂ©rant en avoir bientĂŽt 105, vous ĂȘtes un capitaliste, ni plus ni moins que moi. Et plus ces capitalistes comme vous et moi (il a rĂ©ellement dit "comme vous et moi", et mĂȘme si nous gagnons fort dĂ©cemment notre vie, mĂȘme si nous ne connaissons pas le salaire exact du PDG de la Western Union, pour ne rien dire de ses stock-options, ce "comme vous et moi" mĂ©rite Ă notre sens le pompon de la "brĂšve de comptoir" version Davos), plus ces capitalistes comme vous et moi, donc, gagneront d'argent, plus ils en auront Ă donner, pardon Ă redistribuer, aux pauvres. L'idĂ©e ne semble pas effleurer cet homme enthousiaste, et Ă sa façon, gĂ©nĂ©reux, que ce ne serait pas plus mal si les pauvres Ă©taient en mesure d'en gagner eux-mĂȘms et ne dĂ©pendaient pas des bonnes dispositions des riches. Faire le maximum d'argent, et ensuite le maximum de bien, ou pour les plus sophistiquĂ©s faire le maximum de bien en faisant le maximum d'argent, c'est le mantra du Forum, oĂč on n'est pas grand-chose si on n'a pas sa fondation caritative, et c'est mieux que rien, sans doute "(vous voudriez quoi ? Le communisme ?"). Ce qui est moins bien que rien, en revanche, beaucoup moins bien, c'est l'effarante langue de bois dans laquelle ce mantra se dĂ©cline. Ces mots dont tout le monde se gargarise : prĂ©occupation sociĂ©tale, dimension humaine, conscience globale, changement de paradigme⊠De mĂȘme que l'imagerie marxiste se reprĂ©sentait autrefois les capitalistes ventrus, en chapeau haut de forme et suçant avec voluptĂ© le sang du prolĂ©tariat, on a tendance Ă se reprĂ©senter les super-riches et super-puissants rĂ©unis Ă Davos comme des cyniques, Ă l'image de ces traders de Chicago qui, en rĂ©ponse Ă Occupy Wall Street, ont dĂ©ployĂ© au dernier Ă©tage de leur tour une banderole proclamant : "Nous sommes les 1%". Mais ces petits cyniques-lĂ Ă©taient des naĂŻfs, alors que les grands fauves qu'on cĂŽtoie Ă Davos ne semblent, eux, pas cyniques du tout. Ils semblent sincĂšrement convaincus des bienfaits qu'ils apportent au monde, sincĂšrement convaincus que leur ingĂ©nierie financiĂšre et philanthropique (Ă les entendre, c'est pareil) est la seule façon de nĂ©gocier en douceur le fameux changement de paradigme qui est l'autre nom de l'entrĂ©e dans l'Ăąge d'or. Ăa nous a Ă©tonnĂ©s dĂšs le premier jour, le parfum de new age qui baigne ce jamboree de mĂąles dominants en costumes gris. Au second, il devient entĂȘtant, et au troisiĂšme on n'en peut plus, on suffoque dans ce nuage de discours et de slogans tout droit sortis de manuels de dĂ©veloppement personnel et de positive thinking. Alors, bien sĂ»r, on n'avait pas besoin de venir jusqu'ici pour se douter que l'optimisme est d'une pratique plus aisĂ©e aux heureux du monde qu'Ă ses gueux, mais son inflation, sa dĂ©connexion de toute expĂ©rience ordinaire sont ici tels que l'observateur le plus modĂ©rĂ© se retrouve Ă osciller entre, sur le versant idĂ©aliste, une indignation rĂ©volutionnaire, et, sur le versant misanthrope, le sarcasme le plus noir. (p. 439-441)
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Emmanuel CarrĂšre (Il est avantageux d'avoir oĂč aller)
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Tout le monde a l'air de savoir qui sont ces Autres ; tout le monde parle d'eux, mais eux ne parlent jamais.
En effet, dans quels discours apparaĂźtre l'Autre, sous sas forme singuliĂšre ou plurielle ? Sous la forme d'un discours adressĂ© Ă des gens qui ne sont pas les Autres. Mais d'oĂč viennent ces Autres ? Y a-t-il des Autres, et si oui, pourquoi ? Il faut, pour Ă©claircir ce mystĂšre, en revenir Ă l'invite. Qui est invitĂ© Ă accepter les Autres ? Pas les Autres, Ă©videmment. Et qui fait cette demande ? De son Ă©nonciateur, qui ne dit pas son nom, tout ce qu'on sait, c'est qu'il n'est pas un Autre. Ce n'est pas lui-mĂȘme qu'il nous invite Ă accepter. Mais pas plus qu'il ne dit qui il est, il n'Ă©nonce qui est ce « Nous » Ă qui il s'adresse. DerriĂšre l'Autre dont on entend parler sans arrĂȘt, sans qu'il parle, se cache donc une autre personne, qui parle tout le temps sans qu'on n'en entende jamais parler : l'« Un », qui parle à « Nous ». C'est-Ă -dire Ă l'ensemble de la sociĂ©tĂ© de la part de l'ensemble de la sociĂ©tĂ©. De la sociĂ©tĂ© normale. De la sociĂ©tĂ© lĂ©gitime. De celle qui est l'Ă©gale du locuteur qui nous invite Ă tolĂ©rer les Autres. Les Autres ne sont pas, par dĂ©finition, des gens ordinaires, puisqu'ils ne sont pas « Nous ». Qui est ce « Un » parlant ? Avant toute autre chose, on sait, parce qu'il le fait, qu'il est celui qui peut dĂ©finir l'Autre. Ensuite, il prendra une position de tolĂ©rance ou d'intolĂ©rance. Mais cette prise de position est seconde par rapport Ă sa capacitĂ© Ă dĂ©finir l'Autre : Ă ce pouvoir. Les Autres sont donc ceux qui sont dans la situation d'ĂȘtre dĂ©finis comme acceptables ou rejetables, et d'abord d'ĂȘtre nommĂ©s.
Au principe, Ă l'origine de l'existence des Uns et des Autres, il y adonc le pouvoir, simple, brut, tout nu, qui n'a pas Ă se faire ou Ă advenir, qui est. (p. 18-19)
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Christine Delphy (Classer, dominer: Qui sont les "autres" ?)
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En mĂȘme temps on se rend compte que la correspondance, qui rĂ©sulte des textes empruntĂ©s Ă Ibn ArabĂź, entre les deux dimensions initiatiques du tĂ»l et de âard d'un cĂŽtĂ©, et les deux substances ontologiques du lĂąhĂ»t et du nĂąsĂ»t d'un autre cĂŽtĂ©, ensuite l'application de ces derniĂšres notions au cas de JĂ©sus, permettent de constater que le signe de la croix peut ĂȘtre vu comme un schĂ©ma de l'union des deux natures en la personne du Christ. Mais s'il en est ainsi, c'est, bien entendu, parce que la croix est avant tout un abrĂ©gĂ© gĂ©omĂ©trique des Ă©tats multiples de l'ĂȘtre et, par cela, un symbole de l'Homme Universel, ainsi que l'a dĂ©montrĂ© GuĂ©non, appuyĂ© sur de nombreux exemples de la tradition universelle.
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Michel Vùlsan (L'Islam et la fonction de René Guénon)
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AprĂšs nous ĂȘtre servis de la supputation adoptĂ©e par les Grecs, il nous faut, pour exposer le tableau des plus longues sĂ©ries d'annĂ©es, nous aider aussi de la chronologie adoptĂ©e par les barbares. Depuis Adam jusqu'au dĂ©luge ils comptent deux mille cent quarante-huit ans quatre jours. Depuis Sem jusqu'Ă Abraham, douze cent cinquante ans. Depuis Isaac jusqu'au partage de la terre promise, six cent seize ans. Depuis les juges jusqu'Ă Samuel, quatre cent soixante trois ans sept mois. Aux juges succĂšde le gouvernement royal, qui dure cinq cent soixante-douze ans six mois dix jours. AprĂšs les rois de Juda s'Ă©lĂšve l'empire des Perses qui dure deux cent trente-cinq ans. AprĂšs l'empire des Perses, l'empire des MacĂ©doniens, qui depuis Alexandre jusqu'Ă la mort d'Antoine, reprĂ©sente un total de trois cent douze ans et dix-huit jours. Viennent ensuite les empereurs Romains ; et depuis Auguste jusqu'Ă la mort de Commode, deux cent vingt-deux ans se sont Ă©coulĂ©s. Depuis la fin de la captivitĂ© de soixante-dix ans et du retour des Juifs dans leur patrie, jusqu'Ă la nouvelle servitude qui les frappa sous le rĂšgne de Vespasien, on compte quatre cent dix ans. Enfin, depuis Vespasien jusqu'Ă la mort de Commode, cent vingt et un ans, six mois vingt-quatre jours.
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Clement of Alexandria (Miscellanies (Stromata))
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Selon des hadßths, « Ismaël a reçu par inspiration (ilhùm) cette langue arabe » ; aussi « le premier dont la langue a articulé l'arabe clair (al-'arabiyya al-mubßna), fut Ismaël alors qu'il était un enfant de 14 ans ». Ces données montrent que l'arabe est dÚs le début une langue révélée, d'origine proprement céleste, non pas une langue naturelle plus ou moins adaptée ensuite pour un usage traditionnel, quel que soit d'ailleurs le rapport sur le plan humain entre l'arabe de la révélation coranique et l'arabe parlé par les tribus contemporaines du ProphÚte.
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Michel Vùlsan (L'Islam et la fonction de René Guénon)
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On reproche Ă la religion d'ĂȘtre incapable de rĂ©soudre les « problĂšmes de notre temps », mais on ne se rend pas compte, premiĂšrement que la religion n'a en vue que les problĂšmes de toujours, et deuxiĂšmement, que nul ne rĂ©soudra les problĂšmes nouveaux, et ne serait-ce que parce que chaque solution engendre, sur ce plan ou Ă ce niveau, de nouveaux problĂšmes.
Au XIXe siĂšcle, la machine â celle qui combine le « fer » et le « feu » â Ă©tait censĂ©e rĂ©soudre une fois pour toutes le problĂšme du travail ; les sĂ©rums devaient abolir la maladie, et ainsi de suite ; or les rĂ©sultats rĂ©els nous incitent Ă faire remarquer qu'un faiseur de pluie ne doit ni ĂȘtre inefficace, ni provoquer une inondation. Il est du reste contradictoire de vouloir abolir le travail et ensuite de le glorifier au point d'en faire une religion.
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Frithjof Schuon (The Transfiguration of Man)
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La phrase de Brecht : le parti a mille yeux mais l'individu n'en a que deux, est fausse comme toutes les vĂ©ritĂ©s premiĂšres. L'imagination exacte d'un dissident peut voir plus que mille yeux auxquels on a mis les lunettes roses de l'unitĂ© et qui ensuite confondent ce qu'ils perçoivent avec l'universalitĂ© du vrai, et rĂ©gressent. C'est Ă cela que s'oppose l'individuation de la connaissance. De celle-ci, de la diffĂ©renciation, ne dĂ©pend pas seulement la perception de l'objet : elle est tout autant elle-mĂȘme constituĂ©e Ă partir de l'objet qui en elle rĂ©clame pour ainsi dire sa restitutio in integrum. NĂ©anmoins, les modes de rĂ©action subjectifs dont l'objet a besoin ont eux-mĂȘmes besoin d'ĂȘtre incessamment corrigĂ©s sur l'objet. Cela s'accomplit dans l'autorĂ©flexion, ferment de l'expĂ©rience spirituelle. Le processus de l'objectivation philosophique serait, pour l'exprimer mĂ©taphoriquement, vertical, infratemporel, face Ă l'horizontal, abstraitement quantifiant, de la science : c'est lĂ toute la vĂ©ritĂ© de la mĂ©taphysique du temps de Bergson.
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Theodor W. Adorno (Negative Dialectics)
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Une fois qu'il a reçu la rĂ©mission de ses pĂ©chĂ©s, l'homme ne doit donc plus faillir, parce que la premiĂšre pĂ©nitence, celle d*s fautes qui souillĂšrent la vie de paganisme, c'est-Ă -dire la vie d'ignorance, est la meilleure. Elle est proposĂ©e Ă ceux qui ont Ă©tĂ© appelĂ©s comme purification de l'Ăąme pour y Ă©tablir la foi. Mais le Seigneur qui lit dans le secret des cĆurs et connait l'avenir, a prĂ©vu d'en haut et dĂšs le commencement l'inconstance de l'homme, son penchant aux rechutes, elles artifices du dĂ©mon. Il n'ignore pas que l'ange du mal, jaloux de ce que l'homme jouit du privilĂšge de la rĂ©mission des pĂ©chĂ©s, suggĂ©rera des occasions de faillir aux serviteurs de Dieu, et que sa malice leur tendra habilement des piĂšges pour 152 les entrainer dans sa ruine. Dieu l'a prĂ©dit, et dans l'abondance de sa misĂ©ricorde, il a fait don d'une seconde pĂ©nitence aux enfants de la foi qui viendraient Ă tomber ; afin que si la faiblesse, cĂ©dant Ă la force ou Ă la sĂ©duction, se laissait tenter, elle reçût une seconde pĂ©nitence, celle aprĂšs laquelle il n'y a plus de pĂ©nitence.
« Car, si nous péchons volontairement aprÚs avoir reçu la connaissance de la vérité, il n'y a plus désormais de victime pour les péchés, mais il ne nous reste qu'une attente terrible du jugement, et le feu vengeur qui dévorera les ennemis de Dieu. »
Ceux dont les pĂ©nitences et les fautes se succĂšdent continuellement ne diffĂšrent en rien de ceux qui n'ont pas encore la foi, sinon qu'ils ont pĂ©chĂ© avec connaissance de cause. Et je ne sais ce qu'il y a de plus funeste, ou de pĂ©cher sciemment, ou de se repentir de ses pĂ©chĂ©s et d'y retomber de nouveau ; des deux cĂŽtĂ©s la faute est Ă©vidente. Ici, pendant l'acte mĂȘme, l'iniquitĂ© est condamnĂ©e par l'ouvrier de l'iniquitĂ© ; lĂ , l'auteur du pĂ©chĂ© le connait avant de le commettre, et pourtant il s'y livre avec la conviction que c'est un mal. L'un se fait l'esclave de la colĂšre et du plaisir, n'ignorant pas Ă quels penchants il s'abandonne ; l'autre qui, aprĂšs s'ĂȘtre repenti de ses vices, se replonge de nouveau dans la voluptĂ©, touche de prĂšs Ă celui qui, dĂšs le principe, pĂšche volontairement; faire succĂ©der au repentir d'un pĂ©chĂ©. l'acte de ce mĂȘme pĂšche, tout en le condamnant, n'est-ce pas le commettre avec connaissance de cause ? Celui donc d'entre les gentils qui, de sa vie antĂ©rieure et profane, a pris son vol vers la foi, a obtenu d'un seul coup la rĂ©mission de tous ses pĂ©chĂ©s. Mais celui qui, pĂ©cheur relapse, s'est ensuite repenti, lors mĂȘme qu'il obtient son pardon, doit rougir de honte, comme n'Ă©tant plus lavĂ© par les eaux baptismales pour la rĂ©mission des pĂ©chĂ©s. Car il faut qu'il renonce, non-seulement aux idoles dont il se faisait auparavant des dieux, mais encore aux Ćuvres de sa vie antĂ©rieure, l'homme qui est nĂ© Ă la foi, non du sang ni de la volontĂ© de la chair, mais qui a Ă©tĂ© rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© dans l'esprit; ce qui arrivera si, fidĂšle Ă ne pas retomber dans le mĂȘme pĂ©chĂ©, il se repent avec sincĂ©ritĂ©.
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Clement of Alexandria (Miscellanies (Stromata))
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Ensuite jâai reconnu, Sonia, que si lâon attendait le moment oĂč tout le monde sera intelligent, on devrait sâarmer dâune trop longue patience. Plus tard encore je me suis convaincu que ce moment mĂȘme nâarriverait jamais, que les hommes ne changeraient pas et quâon perdait son temps Ă essayer de les modifier! Oui, câest ainsi! Câest leur loi⊠Je sais maintenant, Sonia, que le maĂźtre chez eux est celui qui possĂšde une intelligence puissante. Qui ose beaucoup a raison Ă leurs yeux. Qui les brave et les mĂ©prise sâimpose Ă leur respect! Câest ce qui sâest toujours vu et se verra toujours! Il faudrait ĂȘtre aveugle pour ne pas sâen apercevoir!
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Fyodor Dostoevsky (Ćuvres majeures (29 titres))
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C'est dans le présent que réside le secret; si tu fait attention au présent, tu peux le rendre meilleur. Et si tu améliores le présent, ce qui viendra ensuite sera également meilleur.
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Paulo Coelho (The Alchemist)
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En dĂ©finitive, le sort nâĂ©tait pas si rancunier et si stupidement farceur, comme tant dâautres lâen accusaient. NegriĆor avait remarquĂ©, au fil de ses annĂ©es, bien assez nombreuses pour que la somme finale soit jugĂ©e rondelette, que, si ce vieillard dĂ©lurĂ©, ce birbe Ă qui lâon a confiĂ© la charge de la maĂźtrise du temps et des trajectoires des hommes, lui infligeait un malheur ou deux, il prenait nĂ©anmoins ensuite le soin de retourner soudain la veste de la chance. Le barbon doit ĂȘtre plutĂŽt Ă©grillard et grippe-sou : face Ă celui qui ne se rĂ©volte jamais contre ses canulars, il est capable de sortir de ses gonds en redoublant de tĂ©nacité ; tandis que celui qui se ramollit, il finit par lui taper sur la tĂȘte et lâachever. En revanche, contre celui qui lui oppose rĂ©sistance et lâaccuse ouvertement, il se fĂąche, pour avoir Ă©tĂ© trop hostilement morigĂ©nĂ©. Lorsquâon fait des gaudrioles sympathiques, cela lâenchante comme tout grison qui ne met pas votre patience Ă rude Ă©preuve. Que voulez-vous ? Nous vivons dans un monde qui sâest trop Ă©loignĂ© de ses origines, comme si nous Ă©tions les enfants dâhommes trop anciens et usĂ©s. Tout est fĂȘlĂ© dans cet univers expulsĂ© de lâordre préétabli ; possible que ce soit la raison pour laquelle Dieu souhaite sa perte, et sa transfiguration.
Mais lĂ commence une tout autre histoire, et seul le diable sait qui pourra encore la suivre. Celui qui, en revanche, sent la raison dâĂȘtre des choses se doit, quâil le veuille ou non, de sây conformer. Puisque lâunivers est timbrĂ©, que peut-il de plus, NegriĆor, hormis commander encore un espresso, et disposer, de façon symĂ©trique, autour de la tasse, sur la soucoupe, quelques mĂ©gots de cigarettes, en attendant la nouvelle facĂ©tie du vieillard aux ciseaux ?
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Gib I. MihÄescu (Femeia de CiocolatÄ)
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Le vertige, câest autre chose que la peur de tomber. Câest la voix du vide au-dessous de nous qui nous attire et nous envoĂ»te, le dĂ©sir de chute dont nous nous dĂ©fendons ensuite avec effroi. Avoir le vertige câest ĂȘtre ivre de sa propre faiblesse. On a conscience de sa faiblesse et on ne veut pas lui rĂ©sister, mais sây abandonner. On se soĂ»le de sa propre faiblesse, on veut ĂȘtre plus faible encore, on veut sâĂ©crouler en pleine rue aux yeux de tous, on veut ĂȘtre Ă terre, encore plus bas que terre.
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Milan Kundera
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Nous rĂ©coltons journellement et Ă chaque heure, ce que nous avons semĂ©. Chaque jour, nous devenons mentalement, spirituellement et physiquement, ce que nous nous sommes faits nous-mĂȘmes. Il sÂŽensuit que nous travaillons constamment, soit Ă notre propre salut, soit Ă notre perte, indĂ©pendamment des influences subtiles de lÂŽhĂ©rĂ©ditĂ© ou de toute prĂ©destination. LÂŽhomme a le pouvoir de choisir. Le libre arbitre est un facteur fondamental de sa conscience hautement dĂ©veloppĂ©e, hautement Ă©voluĂ©e. Mais lorsquÂŽil a fait son choix, il doit en accepter les consĂ©quences; la responsabilitĂ© repose sur lui. Il doit rĂ©colter ce quÂŽil a semĂ©, faire face aux obligations quÂŽil a contractĂ©es et payer ce quÂŽil a exigĂ©. La vie est pour lÂŽhomme une lutte incessante entre lÂŽimpulsion Ă suivre et la dĂ©cision Ă prendre. les inspirations divines de la conscience intĂ©rieure rivalisent avec les tentations matĂ©rielles et grossiĂšres de lÂŽextĂ©rieur. LÂŽhomme est mĂ» par des impulsions, mais il est libre de choisir et cÂŽest pourquoi sa destinĂ©e dĂ©pend de sa dĂ©cision.
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H. Spencer Lewis (Les Demeures de l'Ame)
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Ensuite [Madeleine Castaing] avait engagĂ© comme comptable Paul de Saint-Sauveur, un comte dĂ©sargentĂ© contraint lui aussi de gagner sa vie. 'Il apparaĂźt dans la boutique en habits de chasse Ă courre', note Jean Cocteau dans son journal en septembre 1951. [...] Un jour oĂč elle lui avait demandĂ© de faire une livraison chez une personnalitĂ© de la tĂ©lĂ©vision, le client remercia le comptable en lui donnant un gĂ©nĂ©reux pourboire. 'Un pourboire au comte de Saint-Sauveur? Comment a-t-il osĂ©!' Madeleine, qui manqua d'Ă©clater de rire, fit l'impossible pour calmer sa fureur et son orgeuil blessĂ©.
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Jean-Noël Liaut (Madeleine Castaing MécÚne à Montparnasse, décoratrice à Saint-Germain)
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Bref, je nâai jamais compris le comment et le pourquoi de cette lubie.
Et, vu le caractĂšre profondĂ©ment vicieux du personnage, je nâexclus pas quâil ait inventĂ© sa fable dans lâunique but de me nuire.
Mais le drĂŽle, dans lâhistoire, câest dâabord les proportions que prit la rumeur (le grand rabbin Sitruk, nouvellement Ă©lu, crut bon de sâen inquiĂ©ter et lui donna, ainsi, un Ă©cho inespĂ©rĂ©); et câest, ensuite, la rĂ©action de ma mĂšre elle-mĂȘme quand, la chose commençant de sâimprimer dans des journaux communautaires quâelle ne lisait certes pas (mais enfin, on ne sait jamais...), je dĂ©cidai de la mettre au courant.
Je le fis avec ménagement.
Je pris beaucoup de prĂ©cautions avant de formuler les termes de lâoffense.
Je jurai dâailleurs, dans le mĂȘme souffle, que lâaffront ne resterait pas impuni et que je nâaurais de cesse que de faire ravaler Ă Hallier sa calomnie (ce que jâavais, du reste, dĂ©jĂ fait en allant, le jour mĂȘme, lâinterpeller chez Lipp, lui demander de me suivre sur le trottoir et, comme il sây refusait, le bousculer sur place, Ă sa table, prĂšs de la caisse - scandale qui fut assez mal pris et me valut une longue << interdiction de Lipp>> qui ne fut levĂ©e, des annĂ©es plus tard, quâĂ la mort de <>
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Houllebecq, Levy
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Dieu permet parfois des faiblesses afin de pouvoir susciter ensuite â moyennant le contraste entre ces infirmitĂ©s accidentelles et lâĂȘtre essentiel â des vertus dâautant plus profondes. Les qualitĂ©s qui ont poussĂ© dans lâengrais de quelque misĂšre sont comme douĂ©es de conscience : elles connaissent toute la vanitĂ© de lâerreur dâune maniĂšre concrĂšte.
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Frithjof Schuon (Spiritual Perspectives and Human Facts)
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Les vieilles habitudes sont comme une rigole creusĂ©e par l'eau, et qui, ensuite, en dirige le cours; et l'on rĂ©pĂšte les mĂȘmes erreurs.
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Jacqueline de Romilly (Rencontre)
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On croit que les événements importants arrivent à une allure solennelle, un peu comme le Tsar débarquant en visite officielle. Mais ensuite on découvre que ces fameuses "choses importantes" se présentent de biais, furtivement. Et beaucoup plus tard encore, on ne sait plus si ces choses sont vraiment importantes.
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Pierre Girard
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L'annĂ©e 1936, dans ses Carnets, Camus Ă©crit Ă propos d'une conversation qu'il eut avec son ancien professeur de philosophie, Jean Grenier, Ă propos du communisme: "Toute la question est celle-ci: pour un idĂ©al de justice, faut-il souscrire Ă des sottises? On peut rĂ©pondre oui: c'est beau. Non: c'est honnĂȘte". De 1935 Ă 1937, l'auteur de Noces a choisi la beautĂ©; ensuite, et jusqu'Ă la fin de sa brĂšve existence en janvier 1960, le philosophe de L'Homme rĂ©voltĂ© a optĂ© pour l'honnĂȘtetĂ© - ce qui, somme toute, ne manquait pas de beautĂ©.
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Michel Onfray (L'ordre libertaire: la vie philosophique d'Albert Camus)
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Cet indicateur sâappuie cependant sur des critĂšres apparus au cĆur du milieu acadĂ©mique lui-mĂȘme : le calcul dâimpact des articles scientifiques. Ce dernier repose sur le fait que le travail de recherche passe par la diffusion des rĂ©sultats et donc par leur publication dans des revues. En fin dâarticle, les auteurs mentionnent, par des citations et des rĂ©fĂ©rences, les travaux antĂ©rieurs pertinents. Dans les annĂ©es 1960, lâAmĂ©ricain Eugene Garfield en a tirĂ© un index des citations permettant de savoir quelle revue est la plus citĂ©e, gage a priori dâune plus grande rĂ©putation. La technique sâest ensuite dĂ©clinĂ©e jusquâĂ lâĂ©chelle du chercheur, dâautant « meilleur » quâil est plus citĂ©.
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Anonymous
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Il faut ĂȘtre certain quâaucun fluide cĂ©rĂ©bral ne pĂ©nĂštre dans lâinterface, dâoĂč sortent une centaine de microfils connectĂ©s avec lâĂ©lectrode implantĂ©e. Il faut ensuite sâassurer que lâinterface communique en Wi-Fi avec une haute bande passante, car une quantitĂ© Ă©norme dâinformations doit ĂȘtre transmise vers lâextĂ©rieur. Pour cela, il faut des batteries durables, tant il est impensable de rĂ©pĂ©ter souvent lâintervention chirurgicale pour en changer ; sur notre prototype, elles peuvent durer cinq ans. Ce dernier a pour lâheure la taille dâune boĂźte dâallumettes. Mais câest aussi ce qui se fait de plus complexe au monde.
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Anonymous
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L'homme honnĂȘte et sensible fait des confidences, pendant que l'homme d'affaire Ă©coute avec profit et le dĂ©vore ensuite
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Fyodor Dostoevsky
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George Armstrong Custer a massacré les Indiens Lakota. Sheridan a exterminé les bisons, pour faire mourir de faim le peuple des grandes plaines. Un crime organisé, froidement pensé et systématiquement mis en ouvre. Arrosé de whisky frelaté.
Ensuite, et depuis, il y a eu la Corée, le Vietnam, Cuba, La Grenade, Haïti, le Guatemala, le Nicaragua, l'Irak, l'Afghanistan.
L'AmĂ©rique n'est pas un rĂȘve. Elle ne l'a jamais Ă©tĂ©. L'eau du Mississippi ne sera jamais lavĂ©e du sang et des larmes du peuple noir.
Antiaméricain ? Je suis frÚre de Geronimo, de Mumia Abu-Jamal et de Noam Chomsky.
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Sadek Aissat
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Je ne sais pas comment ça se passe chez vous, mais chez nous, c'est souvent comme ça, on saute d'un sujet Ă l'autre, parfois ça semble manquer un peu de logique et sovent ça en manque pour vrai, mais ce n'est pas vraiment important, ensuite on essaie de remonter le courant de la conversation comme des saumons et c'est comme du sport extrĂȘme, mais pour la tĂȘte.
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François Gravel
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- Chaque clan a ses rĂšgles, Beth, dis-je d'une voix calme. Si je ne m'abuse, les loups sont mĂȘme champions dans ce domaine.
- Non. Nous, on ne se serait jamais permis de faire ça. On a trop le sens de l'hospitalité.
- T'as raison. Pas plus tard qu'hier, un de tes petits copains a menacé de ma violer puis ensuite de m'égorger parce que j'étais entrée sur votre territoire. Maurane, elle, au moins, m'a servi des petits gùteaux avant de tenter de me droguer avec son thé.
- Faut toujours que tu critiques, dit-elle en amorçant un sourire.
- Qu'est-ce que tu veux, c'est mon cÎté français, on n'est jamais content, dis-je d'un ton las.
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Cassandra O'Donnell (Traquée (Rebecca Kean, #1))
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Je ne veux pas ici dĂ©crire une nouvelle fois ce phĂ©nomĂšne, qui a Ă©tĂ© suffisamment dĂ©crit, et chacun sait ce que c'est que la dĂ©pression : tout est gris et froid et vide. Rien ne fait plaisir et tout ce qui est douloureux, on le ressent avec une douleur exagĂ©rĂ©e. On n'a plus d'espoir et on ne distingue rien au-delĂ d'un prĂ©sent malheureux et privĂ© de sens. Toutes les choses soi-disant rĂ©jouissantes ne vous rĂ©jouissent pas ; en sociĂ©tĂ©, on est encore plus seul qu'autrement ; tous les divertissements vous laissent froid ; les vacances, au lieu de vous changer les idĂ©es, sont bien plus difficiles Ă supporter que les non-vacances ; tous les projets qu'on Ă©chafaude pour sortir de la dĂ©pression, on les laisse tomber ensuite "parce que cela ne sert tout de mĂȘme Ă rien". Les deux caractĂ©ristiques principales de la dĂ©pression sont la solitude et le dĂ©sespoir. (p. 121-122)
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Fritz Zorn (Mars)
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D.44 - Etes-vous venu par terre ou par mer ?
R.44 - En premier lieu, je suis venu par terre ; j'ai pris ensuite un bateau... (Le voyageur, entre trois routes, a choisi celle du centre, a rencontrĂ© un hĂ©ron blanc (symbole d'immortalitĂ©), puis huit prĂȘtres portant des objets rituels, Ă©vidente Ă©vocation des Huit Immortels taoĂŻste ; il a visitĂ© le tempe de Ling-wang, traversĂ© la montagne du Dragon Noir ; au pied de la montagne du Clou, il a trouvĂ© un bateau - longue description de ce bateau merveilleux au 21 ponts, aux 21 cales, aux 72 coutures et aux 108 clous : l'une des cales contient du riz rouge, une autre la "Sainte MĂšre Kouan-yin" entourĂ©e des FrĂšres Hong ; la cargaison est essentiellement constituĂ©e par du "bois rouge" et du "riz rouge" - )
[333 questions]
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Pierre Grison
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Pour aimer cuisiner, nous avons besoin d'en avoir reçu la permission. Cette permission est le plus souvent donnĂ©e par la mĂšre, parce que c'est elle majoritairement dans notre sociĂ©tĂ© qui officie Ă la cuisine au quotidien. Elle peut aussi, selon les familles, avoir Ă©tĂ© donnĂ©e par un frĂšre, un oncle, une grand-mĂšre ou toute autre figure parentale importante de notre enfance. Ăvidemment, la permission n'a pas Ă©tĂ© donnĂ©e mot Ă mot : "Je te permets de cuisiner, de faire de la bonne cuisine et de rĂ©ussir tes plats." Mais la personne qui cuisinait (pĂšre ou mĂšre) vous a autorisĂ©(e) Ă ĂȘtre lĂ dans la cuisine, avec elle, Ă la regarder faire. Alors mĂȘme que vous Ă©tiez trop petit(e) pour comprendre vraiment, elle vous a racontĂ© peut-ĂȘtre ce qu'elle faisait, comment elle maniait les Ćufs en neige avec prĂ©caution ou pĂ©trissait la pĂąte avec Ă©nergie. Ensuite, elle vous a permis de l'aider, d'apporter le sel, de verser la farine⊠de participer de plus en plus Ă la fabrication du repas. Elle vous a ensuite encouragĂ©(e) Ă rĂ©aliser un plat seul(e) et vous a fĂ©licitĂ©(e) mĂȘme s'il n'Ă©tait pas aussi rĂ©ussi que vous l'auriez voulu. (p.48-49)
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Isabelle Filliozat (Un zeste de conscience dans la cuisine)
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On ne peut s'empĂȘcher de constater [que l'Occidental religieux] perd en pratique volontiers de vue les tendances fondamentales de sa foi, c'est-Ă -dire qu'il se retranche derriĂšre les alternatives simples de la morale et des exigences de la pratique religieuse tout en trahissant, en sa qualitĂ© de « civilisĂ© », les tendances mĂȘmes qui sont Ă la base et de ces alternatives et de cette pratique. La machine est une bonne chose, pourvu qu'on aime Dieu ; la rĂ©publique est un bien, pourvu qu'elle favorise la religion ; que la machine tue de facto l'amour de Dieu, et que la rĂ©publique Ă©touffe de facto la religion, ne semble pas effleurer l'esprit de l'immense majoritĂ© des croyants. Si on est finalement obligĂ© de constater ces effets nĂ©fastes, on accusera d'abord la nature humaine et ensuite quelque dĂ©chĂ©ance imaginaire de la religion ; on accusera jamais les causes rĂ©elles, considĂ©rĂ©es a priori comme neutre parce que situĂ©es en dehors des alternatives morales simplistes et des rĂšgles pratiques auxquelles on a rĂ©duit la religion, et en dehors aussi de la pure thĂ©ologie. Et comme le monde de la machine â « chrĂ©tien » selon certains puisque la machine ne commet point d'adultĂšre et puisque toute chose efficace doit provenir du Christianisme â, comme ce monde s'impose partout pour des raisons matĂ©rielles irrĂ©versibles, il favorise partout sur le globe terrestre l'Ă©lĂ©ment mondain et la mondanitĂ© technocratique, laquelle est de tout Ă©vidence l'antipode de tout amour de Dieu.
Cette mondanitĂ© utilitaire â franchement impie ou trompeusement chrĂ©tienne â ne saurait s'affirmer par une dialectique normale, elle a besoin d'arguments qui remplacent la rĂ©alitĂ© par des suggestions imaginatives des plus arbitraires. Au moins aussi dĂ©plaisant qu'un hyperbolisme inconsidĂ©rĂ©, et bien davantage suivant les cas, est le biais faussement moralisant si commun au langage moderne : il consiste Ă vouloir justifier une erreur ou un mal quelconque par des Ă©tiquettes flatteuses et Ă vouloir compromettre une vĂ©ritĂ© ou un fait positif par des Ă©tiquettes infamantes, souvent en utilisant de fausses valeurs telles que la « jeunesse » et sans que les suggestions avancĂ©es aient le moindre rapport avec les choses auxquelles on les applique (18). Un autre vice de dialectique, ou un autre abus de pensĂ©e, est l'inversion du rapport causal et logique : on dira qu'il est temps d'inventer un idĂ©al nouveau qui puisse enflammer les hommes, ou qu'il faut forger une mentalitĂ© capable de trouver beau le monde des machines et laid celui des sanctuaires, ou une mentalitĂ© capable de prĂ©fĂ©rer la nouvelle messe ou la nouvelle religion Ă l'ancienne messe ou Ă la religion de toujours, et ainsi de suite. Comme le biais moralisant, le raisonnement inversant est totalement Ă©tranger Ă la dialectique orientale et Ă la dialectique traditionnelle tout court, et pour cause.
Nous pourrions signaler Ă©galement, en passant, le raisonnement dynamiste qui subordonne la constatation d'un fait Ă la proposition d'une solution pratique â comme si la vĂ©ritĂ© n'avait pas sa raison d'ĂȘtre ou sa valeur en elle-mĂȘme â ou le raisonnement utilitariste qui subordonne la vĂ©ritĂ© comme telle aux intĂ©rĂȘts matĂ©riels des hommes physiques. Tout ceci n'est pas incompatible en fait avec un certains sens critique sur quelques plans extĂ©rieurs ; s'il en est ainsi, l'inverse doit ĂȘtre possible Ă©galement, Ă savoir la disproportion entre un discernement spirituel et un langage inconsidĂ©rĂ©ment impulsif et hyperbolique.[...]
(18) La propagande pour les innovations liturgiques et thĂ©ologiques â et contre ceux qui n'en sont pas dupes â est un exemple particuliĂšrement Ă©cĆurant de ce procĂ©dĂ©.
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Frithjof Schuon (Logic and Transcendence)
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Marie est la « servante du Seigneur », la servante par excellence, ce qui indique une similitude annonciatrice de la fonction du ProphĂšte de lâislĂąm. Ce caractĂšre servitorial est liĂ© au symbolisme du voile. Selon Michel VĂąlsan : « La RĂ©alitĂ© muhammadienne constitue le mystĂšre du Verbe suprĂȘme et universel, car elle est en mĂȘme temps la ThĂ©ophanie intĂ©grale (de lâEssence, des Attributs et des Actes) et son occultation sous le voile de la Servitude absolue et totale ». Câest parce quâelle est la servante parfaite que Marie est toujours voilĂ©e, aussi bien dans ses apparitions que dans les reprĂ©sentations de lâArt sacrĂ©, notamment celui des icĂŽnes. Comme elle est, par ailleurs, le modĂšle de toutes les vertus, lâEglise aurait Ă©tĂ© bien inspirĂ©e de reconnaĂźtre que lâattachement islamique au port du voile pouvait constituer un exemple pour les femmes catholiques. Les querelles et les rĂ©sistances modernes sur ce point sont rĂ©vĂ©latrices dâun Ă©tat dâesprit antitraditionnel. Ibn ArabĂź enseigne que le statut subordonnĂ© de la femme exprime, non pas un abaissement, mais au contraire sa supĂ©rioritĂ© spirituelle sur lâhomme qui, créé directement Ă lâimage de Dieu, a tendance Ă oublier sa servitude et Ă se poser en rival de son CrĂ©ateur . Toute forme traditionnelle est fondĂ©e sur une alliance impliquant une soumission Ă la volontĂ© divine ; câest ce quâindique parfaitement le terme « islam » qui apparaĂźt, par lĂ mĂȘme, comme une dĂ©signation de la Tradition universelle. Au lieu de reconnaĂźtre cette signification traditionnelle du voile de Marie, lâĂglise, sur cette question comme sur beaucoup dâautres, donne lâimpression de suivre lâair du temps et, sans doute pour mieux se dĂ©marquer de lâislĂąm, dâencourager les femmes catholiques, en particulier les souveraines, Ă se montrer tĂȘte nue ailleurs quâau Vatican. Lâenseignement de saint Paul est cependant fort clair, et semblable Ă celui de lâislam : « Femmes, soyez soumises Ă vos maris, comme il se doit dans le Seigneur » (Col, 3, 18) ; « Je ne permets pas Ă la femme dâenseigner ni de faire la loi Ă lâhomme. Quâelle se tienne tranquille. Câest Adam en effet qui fut formĂ© le premier, Eve ensuite. Et ce nâest pas Adam qui se laissa sĂ©duire » (I Tim, 2, 12-13).
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Charles-AndrĂ© Gilis (La papautĂ© contre l'Islam - GenĂšse dâune dĂ©rive)
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J.B : que signifie alors le hadith selon lequel, à la fin du cycle, le soleil et les étoiles se lÚveront à l'ouest ? -
F.S. : Il signifie d'abord qu'Ă partir d'une certaine Ă©poque les grand saints de l'islam seront surtout des maghrĂ©bins ; et c'est ce qu'on a constatĂ©. Ensuit, que le Mahdi viendra de l'ouest. Et enfin, que l'Orient a besoin aujourd'hui, non certes des leçons de l'Occident moderne, mais d'une certaine aide du gĂ©nie occidental mis en valeur par l'esprit mĂ©taphysicien et traditionnel, donc, dans une large mesure, par l'Orient... C'est la bonne part de leur esprit critique, de mĂȘme que certaines de leurs qualitĂ©s morales, que les Occidentaux guĂ©ris de la dĂ©viation moderne peuvent lĂ©guer aux Orientaux empoisonnĂ©s.
"Un homme de la Tradition : Frithjof Schuon par JEAN BIES"
(Revue Question DE. No 8. 3e Trimestre 1975)
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Frithjof Schuon
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Le cosmos nous rĂ©unira Mon pĂšre est mort dans mes bras, vingt minutes aprĂšs le dĂ©but de la nuit de lâAvent, debout, comme un chĂȘne foudroyĂ© qui, frappĂ© par le destin, lâaurait acceptĂ©, mais tout en refusant de tomber. Je lâai pris dans mes bras, dĂ©racinĂ© de la terre quâil avait soudainement quittĂ©e, portĂ© comme ĂnĂ©e porta son pĂšre en quittant Troie. Ensuite, je lâai assis le long dâun mur, puis, quand il fut clair quâil ne reviendrait pas, je lâai allongĂ© de toute sa longueur sur le sol, comme pour lâaliter dans le nĂ©ant quâil semble avoir rejoint sans sâen apercevoir.
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Anonymous
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Il est pitoyable que Raul Hilberg, le pape de lâexterminationnisme, ait osĂ© Ă©crire, en 1961, dans la premiĂšre Ă©dition de The Destruction of the European Jews, quâil avait existĂ© deux ordres de Hitler dâexterminer les juifs, pour ensuite dĂ©clarer, Ă partir de 1983, que cette extermination sâĂ©tait faite dâellemĂȘme, sans aucun ordre ni plan mais par «une incroyable rencontre des esprits, une transmission de pensĂ©e consensuelle » au sein de la vaste bureaucratie allemande. R. Hilberg a ainsi remplacĂ© lâassertion gratuite par lâexplication magique (la tĂ©lĂ©pathie).
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Robert Faurisson (Ăcrits rĂ©visionnistes (1974-1998) : I : De 1974 Ă 1983)
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Rhinocéros , EugÚne Ionesco
Le Vieux Monsieur et le Logicien vont sâasseoir Ă lâune des tables de la terrasse, un peu Ă droite et derriĂšre Jean et BĂ©renger.
Bérenger, à Jean : Vous avez de la force.
Jean : Oui, jâai de la force, jâai de la force pour plusieurs raisons. Dâabord, jâai de la force parce que jâai de la force, ensuite jâai de la force parce que jâai de la force morale. Jâai aussi de la force parce que je ne suis pas alcoolisĂ©. Je ne veux pas vous vexer, mon cher ami, mais je dois vous dire que câest lâalcool qui pĂšse en rĂ©alitĂ©.
Le Logicien, au Vieux Monsieur : Voici donc un syllogisme exemplaire. Le chat a quatre pattes. Isidore et Fricot ont chacun quatre pattes. Donc Isidore et Fricot sont chats.
Le Vieux Monsieur, au Logicien : Mon chien aussi a quatre pattes.
Le Logicien, au Vieux Monsieur : Alors câest un chat.
BĂ©renger, Ă Jean : Moi, jâai Ă peine la force de vivre. Je nâen ai plus envie peut-ĂȘtre.
Le Vieux Monsieur, au Logicien aprÚs avoir longuement réfléchi : Donc logiquement mon chien serait un chat.
Le Logicien, au Vieux Monsieur : Logiquement, oui. Mais le contraire est aussi vrai.
Bérenger, à Jean : La solitude me pÚse. La société aussi.
Jean, Ă BĂ©renger : Vous vous contredisez. Est-ce la solitude qui pĂšse, ou est-ce la multitude ? Vous vous prenez pour un penseur et vous nâavez aucune logique.
Le Vieux Monsieur, au Logicien : Câest trĂšs beau la logique.
Le Logicien, au Vieux Monsieur : A condition de ne pas en abuser.
BĂ©renger, Ă Jean : Câest une chose anormale de vivre.
Jean : Au contraire. Rien de plus naturel. La preuve : tout le monde vit.
Bérenger : Les morts sont plus nombreux que les vivants. Leur nombre augmente. Les vivants sont rares.
Jean : Les morts, ca nâexiste pas, câest le cas de le dire !⊠Ah ! ah !⊠(Gros rire) Ceux-lĂ aussi vous pĂšsent ? Comment peuvent peser des choses qui nâexistent pas ?
BĂ©renger: Je me demande moi-mĂȘme si jâexiste !
Jean, Ă BĂ©renger : Vous nâexistez pas, mon cher, parce que vous ne pensez pas ! Pensez, et vous serez.
Le Logicien, au Vieux Monsieur : Autre syllogisme : tous les chats sont mortels. Socrate est mortel. Donc Socrate est un chat.
Le Vieux Monsieur : Et il a quatre pattes. Câest vrai, jâai un chat qui sâappelle Socrate.
Le Logicien : Vous voyezâŠ
Jean, Ă BĂ©renger : Vous ĂȘtes un farceur, dans le fond. Un menteur. Vous dites que la vie ne vous intĂ©resse pas. Quelquâun, cependant, vous intĂ©resse !
Bérenger : Qui ?
Jean : Votre petite camarade de bureau, qui vient de passer. Vous en ĂȘtes amoureux !
Le Vieux Monsieur, au Logicien : Socrate était donc un chat !
Le Logicien : La logique vient de nous le révéler.
Jean : Vous ne vouliez pas quâelle vous voie dans le triste Ă©tat oĂč vous vous trouviez. Cela prouve que tout ne vous est pas indiffĂ©rent. Mais comment voulez-vous que Daisy soit sĂ©duite par un ivrogne ?
Le Logicien : Revenons Ă nos chats.
Le Vieux Monsieur, au Logicien : Je vous écoute.
BĂ©renger, Ă Jean : De toute façon, je crois quâelle a dĂ©jĂ quelquâun en vue.
Jean, à Bérenger : Qui donc ?
BĂ©renger, Ă Jean : Dudard. Un collĂšgue du bureau : licenciĂ© en droit, juriste, grand avenir dans la maison, de lâavenir dans le cĆur de Daisy, je ne peux pas rivaliser avec lui.
Le Logicien, au Vieux Monsieur : Le chat Isidore a quatre pattes.
Le Vieux Monsieur : Comment le savez-vous ?
Le Logicien : Câest donnĂ© par hypothĂšse.
BĂ©renger, Ă Jean : Il est bien vu par le chef. Moi, je nâai pas dâavenir, pas fait dâĂ©tudes, je nâai aucune chance.
Le Vieux Monsieur, au Logicien : Ah ! par hypothĂšse !
Jean, Ă BĂ©renger : Et vous renoncez, comme celaâŠ
Bérenger, à Jean : Que pourrais-je faire ?
Le Logicien, au Vieux Monsieur : Fricot aussi a quatre pattes. Combien de pattes auront Fricot et Isidore ?
Le Vieux Monsieur, au Logicien : Ensemble ou séparément ?
Jean, Ă BĂ©renger : La vie est une lutte, câest lĂąche de ne pas combattre !
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EugÚne Ionesco (Rhinocéros)
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le dĂ©fi stimule notre concentration, et que c'est lui qui nous pousse Ă donner le meilleur de nous-mĂȘmesâą dans ce que nous faisons, et Ă en tirer ensuite une rĂ©elle satisfaction. C'est une condition pour nous Ă©panouir dans nos actions.
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Laurent Gounelle (L'homme qui voulait ĂȘtre heureux)
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Lâhomme est le seul ĂȘtre, dans le monde terrestre, Ă pouvoir se purifier consciemment des taches de son existence, et câest pour cela quâil est dit que « lâhomme est le seul animal qui sacrifie » (Shatapatha-BrĂąhmana, VII, 5) ; en dâautres termes, la vie Ă©tant un don du CrĂ©ateur, les ĂȘtres conscients et responsables doivent, afin de rĂ©aliser spirituellement le sens de ce don en se rĂ©fĂ©rant Ă sa qualitĂ© symbolique, et afin de rendre ce don, par lĂ mĂȘme, plus prospĂšre et plus durable, sacrifier au CrĂ©ateur une partie de ce quâil a donnĂ©. Ce sacrifice peut avoir des formes soit sanglantes, soit non sanglantes : ainsi, pour ne citer que ces exemples parmi une multitude dâautres, les Hindous, comme beaucoup de peuples, ne mangent quâaprĂšs avoir offert une part aux divinitĂ©s, de sorte quâils ne se nourrissent au fond que de restes sacrificiels ; de mĂȘme encore, les Musulmans et les Juifs versent tout le sang de la viande destinĂ©e Ă la consommation. Dans un sens analogue, les guerriers de certaines tribus de lâAmĂ©rique du Nord sacrifiaient, au moment de leur initiation guerriĂšre, un doigt au « Grand- Esprit » ; il est Ă retenir que les doigts sont sous un certain rapport ce quâil y a de plus prĂ©cieux pour le guerrier, homme dâaction, et dâautre part, le fait que lâon possĂšde dix doigts et que lâon en sacrifie un, câest-Ă -dire un dixiĂšme de ce qui reprĂ©sente notre activitĂ©, est fort significatif, dâabord parce que le nombre dix est celui du cycle accompli ou entiĂšrement rĂ©alisĂ©, et ensuite Ă cause de lâanalogie qui existe entre le sacrifice dont nous venons de parler et la dĂźme (dĂ©cima, dixiĂšme).
Celle-ci est du reste lâĂ©quivalent exact de la zakkĂąt musulmane, lâaumĂŽne ordonnĂ©e par la Loi qoranique : afin de conserver et dâaugmenter les biens, on empĂȘche le cycle de prospĂ©ritĂ© de se fermer et cela en sacrifiant le dixiĂšme, câest-Ă -dire la partie qui constituerait prĂ©cisĂ©ment lâachĂšvement et la fin du cycle. Le mot zakkĂąt a le double sens de « purification » et de « croissance », termes dont le rapport Ă©troit apparaĂźt trĂšs nettement dans lâexemple de la taille des plantes ; ce mot zakkĂąt vient Ă©tymologiquement du verbe zakĂą qui veut dire « prospĂ©rer » ou « purifier », ou encore, dans une autre acception, « lever » ou « payer » la contribution sacrĂ©e, ou encore « augmenter ». Rappelons aussi, dans cet ordre dâidĂ©es, lâexpression arabe dĂźn, qui signifie non seulement « tradition », selon lâacception la plus courante, mais aussi « jugement », et, avec une voyellisation un peu diffĂ©rente qui fait que le mot se prononce alors dayn, « dette » ; ici encore, les sens respectifs du mot se tiennent, la tradition Ă©tant considĂ©rĂ©e comme la dette de lâhomme vis-Ă -vis de Dieu ; et le « Jour du Jugement » (Yawm ed-DĂźn) â « Jour » dont AllĂąh est appelĂ© le « Roi » (MĂąlik) â nâest autre que le jour du « paiement de la dette » de lâindividu envers Celui Ă qui il doit tout et qui est son ultime raison suffisante.
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Frithjof Schuon (The Eye of the Heart: Metaphysics, Cosmology, Spiritual Life (Library of Traditional Wisdom))
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Tu t'efforces d'alimenter la passion charnelle et ruses pour grappiller quelque argent, alors que tu oublies l'obscurité qui t'entourera dans ton tombeau et ne songes pas à ce qui t'adviendra ensuite.
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Gilbert Sinoué (El Libro De La Sabiduria De Oriente/ The Book of the Oriental Wisdom (Spanish Edition))
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Logiquement, la dĂ©mocratie s'oppose Ă la tyrannie, mais en fait, elle y mĂšne ; c'est-Ă -dire : comme sa rĂ©action est sentimentale â sans quoi elle serait centripĂšte et tendrait vers la thĂ©ocratie, seule garantie d'une libertĂ© rĂ©aliste â elle n'est qu'un extrĂȘme qui, par sa nĂ©gation irrĂ©aliste de l'autoritĂ© et de la compĂ©tence, appelle fatalement un autre extrĂȘme et une nouvelle rĂ©action autoritaire, autoritaire celle-ci et tyrannique par son principe mĂȘme. L'illusion dĂ©mocratique apparaĂźt surtout dans les traits suivants : en dĂ©mocratie, est vrai ce que croit la majoritĂ© ; c'est elle qui « crĂ©e » pratiquement la vĂ©ritĂ© ; la dĂ©mocratie elle-mĂȘme n'est vraie que dans la mesure oĂč â et aussi longtemps que â la majoritĂ© y croit, elle porte donc en son sein les germes de son suicide. L'autoritĂ©, qu'on est bien obligĂ© de tolĂ©rer sous peine d'anarchie, vit Ă la merci des Ă©lecteurs, d'oĂč l'impossibilitĂ© de gouverner rĂ©ellement ; l'idĂ©al de « libertĂ© » fait du gouvernement un prisonnier qui doit suivre constamment les pressions des divers groupes d'intĂ©rĂȘt ; les campagnes Ă©lectorales elles-mĂȘmes prouvent que les aspirants Ă l'autoritĂ© doivent duper les Ă©lecteurs, et les moyens de cette duperie sont si grossiers et stupides, et constituent un tel avilissement du peuple, que cela devrait suffire pour rĂ©duire Ă nĂ©ant le mythe de la dĂ©mocratie moderne. Ce n'est pas Ă dire qu'aucun genre de dĂ©mocratie ne soit possible : mais alors il s'agit d'abord de collectivitĂ©s restreintes â nomades surtout â et ensuite d'une dĂ©mocratie intĂ©rieurement aristocratique et thĂ©ocratique, non d'un Ă©galitarisme laĂŻc imposĂ© Ă de grands peuples sĂ©dentaires.
"La Transfiguration de l'homme" (1995)
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Frithjof Schuon (The Transfiguration of Man)
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PrĂ©face La mort Le cosmos nous rĂ©unira Mon pĂšre est mort dans mes bras, vingt minutes aprĂšs le dĂ©but de la nuit de lâAvent, debout, comme un chĂȘne foudroyĂ© qui, frappĂ© par le destin, lâaurait acceptĂ©, mais tout en refusant de tomber. Je lâai pris dans mes bras, dĂ©racinĂ© de la terre quâil avait soudainement quittĂ©e, portĂ© comme ĂnĂ©e porta son pĂšre en quittant Troie. Ensuite, je lâai assis le long dâun mur, puis, quand il fut clair quâil ne reviendrait pas, je lâai allongĂ© de toute sa longueur sur le sol, comme pour lâaliter dans le nĂ©ant quâil semble avoir rejoint sans sâen apercevoir.
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Anonymous
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Aussi loin que je me souvienne, quand les jeunes professeurs sont découragés par une classe, ils se plaignent de n'avoir pas été formés pour ça. Le « ça » d'aujourd'hui, parfaitement réel, recouvre des domaines aussi variés que la mauvaise éducation des enfants par la famille défaillante, les dégùts culturels liés au chÎmage et à l'exclusion, la perte des valeurs civiques qui s'ensuit, la violence dans certains établissements, les disparités linguistiques, le retour du religieux, mais aussi la télévision, les jeux électroniques, bref tout ce qui nourrit plus ou moins le diagnostic social que nous servent chaque matin nos premiers bulletins d'information. (p. 266)
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Daniel Pennac (Chagrin d'école)
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Dâun bout Ă lâautre
Dâun bout Ă lâautre
de la mort quelques pas
Ă travers la vie.
Câest comme lâinstruction militaire ensuite,
couché, saut en avant,
repos.
Dâun bout Ă lâautre
de la mort, quelques pas,
quelques centaines, quelques milliers,
et lâespoir de ceux qui restent
que tu reviendras
disons, avec approximation,
le troisiĂšme jour.
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Gabriel Dinu (D`un bout Ă l`autre: AprĂšs la mort, on met une virgule, pas un point)
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je n'attends pas d'un homme qu'il me fĂ©conde â comme une chienne â et ensuite lui montrer les dents.
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Annie Ernaux (Se perdre (French Edition))
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[Et] la philosophie pratique du corps masculin comme une sorte de puissance, grande, forte, aux besoins Ă©normes, impĂ©rieux et brutaux, qui sâaffirme dans toute la maniĂšre masculine de tenir le corps, et en particulier devant les nourritures, est aussi au principe de la division des nourritures entre les sexes, division reconnue, tant dans les pratiques que dans le discours, par les deux sexes. Il appartient aux hommes de boire et de manger plus, et des nourritures plus fortes, Ă leur image. Ainsi Ă lâapĂ©ritif, les hommes seront servis deux fois (et plus si câest fĂȘte) et par grandes rasades, dans de grands verres (le succĂšs du Ricard ou du Pernod tenant sans doute pour beaucoup au fait quâil sâagit dâune boisson Ă la fois forte et abondante â pas un « dĂ© Ă coudre »), et ils laisseront les amuse-gueule (biscuits salĂ©s, cacahuĂštes, etc.) aux enfants et aux femmes, qui boivent un petit verre (« il faut garder ses jambes ») dâun apĂ©ritif de leur fabrication (dont elles Ă©changent les recettes). De mĂȘme, parmi les entrĂ©es, la charcuterie est plutĂŽt pour les hommes, comme ensuite le fromage, et cela dâautant plus quâil est plus fort, tandis que les cruditĂ©s sont plutĂŽt pour les femmes, comme la salade : ce sont les uns ou les autres qui se resserviront ou se partageront les fonds de plats. La viande, nourriture nourrissante par excellence, forte et donnant de la force, de la vigueur, du sang, de la santĂ©, est le plat des hommes, qui en prennent deux fois, tandis que les femmes se servent une petite part : ce qui ne signifie pas quâelles se privent Ă proprement parler ; elles nâont rĂ©ellement pas envie de ce qui peut manquer aux autres, et dâabord aux hommes, Ă qui la viande revient par dĂ©finition, et tirent une sorte dâautoritĂ© de ce qui nâest pas vĂ©cu comme une privation ; plus, elles nâont pas le goĂ»t des nourritures dâhommes qui, Ă©tant rĂ©putĂ©es nocives lorsquâelles sont absorbĂ©es en trop grande quantitĂ© par les femmes (par exemple, manger trop de viande fait « tourner le sang », procure une vigueur anormale, donne des boutons, etc.), peuvent mĂȘme susciter une sorte de dĂ©goĂ»t.
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Pierre Bourdieu (Distinction)
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il y a un chimpanzĂ© sur l'autel, il se rĂ©vĂšle ensuite ĂȘtre un ours.
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Annie Ernaux (Se perdre (French Edition))
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DĂ©jĂ , mon pĂšre serait encore lĂ . Il ne serait pas reparti au Maroc. Ensuite Ă NoĂ«l 1994, j'aurais sĂ»rement eu les rollers alignĂ©s Fisher Price et par la mĂȘme occasion une rĂ©ponse Ă la lettre que j'avais envoyĂ©e au PĂšre NoĂ«l. Ouais, tout se serait mieux passĂ© si j'avais Ă©tĂ© un mec. J'aurais eu plein de photos de moi Ă©tant gosse, comme la petite Sarah. Mon pĂšre m'aurait appris Ă chiquer du tabac. Il m'aurait racontĂ© pas mal d'histoires salaces qu'il aurait entendues sur les chantiers et puis mĂȘme que de temps en temps, il m'aurait mis des petites tapes sur l'Ă©paule en signe de complicitĂ©, genre "t'es un bon gars toi!" Ouais, ouais. Je me serais mĂȘme amusĂ©e Ă me gratter souvent entre les jambes pour affirmer ma virilitĂ©. J'aurais bien aimĂ© ĂȘtre un garçon. Mais bon, il se trouve que je suis une fille. Une gonzesse. Une nana. Une meuf quoi. Je finirai bien par m'y habituer.
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FaĂŻza GuĂšne (Kiffe Kiffe Tomorrow)
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Tous dĂ©truire, c'est se vouer Ă construire sans fondation ; il faut ensuite tenir les mĂ»rs debout, Ă bout de bras. Celui qui rejette tout le passĂ©, sans en rien garder de ce qui peut servir Ă vivifier la rĂ©volution, celui-lĂ se condamne Ă ne trouver de justification que dans lâavenir et, en attendant, charge la police de justifier le provisoire.
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Albert Camus (The Rebel)
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Un soir, DragoÈ m'a enfin invitĂ©e Ă danser un slow sur « Wind Of Change » des Scorpions. Ensuite il m'a raccompagnĂ©e Ă la maison et m'a demandĂ© de sortir avec lui le samedi suivant.
(p. 226)
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Florentina Postaru (Heureux qui comme mon aspirateur, a fait un beau voyage)
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Prenez un zeste de fraĂźcheur et un autre de folie
Que vous saupoudrerez avec parcimonie
Ensuite, rajoutez une pincée de naïveté
Puis, incluez-y une pincée de bonté
(p. 55)
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Jean-David Christinat (A titre presque posthume)
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Il est ensuite apparu que toutes les thĂ©ories de la traduction Ă©laborĂ©es Ă lâĂ©poque romantique et classique en Allemagne constituent le sol des principaux courants de la traduction moderne occidentale, quâil sâagisse de la traduction « poĂ©tique », telle quâelle se manifeste chez un Nerval, un Baudelaire, un MallarmĂ©, un S. George ou un W. Benjamin, dont lâorigine est manifestement Ă chercher dans lâ« AthenĂ€um », ou des grandes re-traductions effectuĂ©es en Allemagne au XXe siĂšcle, qui peuvent se rĂ©clamer de Humboldt ou de Schleiermacher.
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Antoine Berman (L'Epreuvre de l'étranger)
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Si je suis en pleine mer?
Un jour, deux jours, un an, je nagerai sur le ventre. Quand je nâen pourrai plus, je me mettrai sur le dos. Ensuite, sur le cĂŽtĂ©. Puis sur un doigt, un fil de cheveu, un filet dâ Ăąme, un filet de souffle, un reste de soupir... Quoi quâil advienne, je mâen sortirai.
(extrait de "Jonas", p. 44)
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Marin Sorescu (La soif de la montagne de sel)