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En ce qui concerne l’arabe et le berbère, je ne dirai qu’une chose : j’estime qu’un berbère qui ne connaît pas l’arabe, ne connaît pas le Maroc et l’arabe qui ne sait pas le berbère, non plus. Quant à l’origine des uns et des autres, et puisqu’on parle beaucoup ces derniers temps d’ADN, je voudrais déplorer le fait que chez nous, on a l’esprit insuffisamment scientifique pour remettre en cause des données historiques héritées, qu’on s’en tient à ce qui a été dit il y a mille ans. Or, je peux vous dire que les civilisations berbère et égyptienne ont une même origine, le centre du Grand Sahara. Quand je travaillais sur le dictionnaire berbère (j’y ai consacré 27 ans de ma vie), il y a eu une racine berbère qui m’a intriguée. Il s’agit d’un verbe, Sko, qui veut dire dans tous les dialectes berbères, « bâtir », sauf chez les touaregs où il veut dire « enterrer ». Or, c’est de notoriété publique, le touareg est un isolant linguistique, conservateur, qui peut porter les traces d’une signification originelle. Petit à petit, j’ai réuni suffisamment d’éléments pour affirmer qu’à l’époque des hordes dans le Grand Sahara, on a commencé à enterrer les morts. Puis, les gens n’étant pas sédentarisés, on a été obligés de construire un édifice reconnaissable sur chaque tombe. Par ce détail linguistique, je suis arrivé à l’hypothèse de l’origine historique commune, saharienne, des Berbères et des Egyptiens. Quand j’ai exposé ma thèse à l’Académie Royale du Maroc, elle a été accueillie très froidement. Mais une anthroplogue américaine qui menait une recherche sur les deux civilisations puis un livre paru en 2000 2 ont corroboré mon propos et montré qu’au moment de la désertification, les populations ont émigré vers l’Ouest (le Maghreb) et l’Est (l’Egypte) au plus proche des points d’eau 3, avec une particularité bovine du côté du Nil et une orientation pastoraliste ovine du côté du Maghreb.
[Interview Economia, Octobre 2010]
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