Pu La Quotes

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P.L. Deshpande
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la vérité, c'est une agonie qui n'en finit pas. La vérité de ce monde, c'est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n'ai jamais pu me tuer moi
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Louis-Ferdinand Céline (Journey to the End of the Night)
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En effet: je mourais dĂ©jĂ . Je venais d'apprendre cette nouvelle horrible que tout humain apprend un jour ou l'autre: ce que tu aimes, tu vas le perdre. "Ce qui t'a Ă©tĂ© donnĂ© te sera repris." Face Ă  la dĂ©couverte de cette spoliation future, il y a deux attitudes possibles: soit on dĂ©cide de ne pas s'attacher aux ĂȘtres et aux choses, afin de rendre l'amputation moins douloureuse; soit on dĂ©cide, au contraire, d'aimer d'autant plus les ĂȘtres et les choses, d'y mettre le paquet - "puisque nous n'aurons pas beaucoup de temps ensemble, je vais te donner en un an tout l'amour que j'aurais pu te donner en une vie.
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Amélie Nothomb (Métaphysique des tubes)
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Les roses de Saadi J'ai voulu ce matin te rapporter des roses ; Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes Que les noeuds trop serrés n'ont pu les contenir. Les noeuds ont éclaté. Les roses envolées Dans le vent, à la mer s'en sont toutes allées. Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir ; La vague en a paru rouge et comme enflammée. Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée... Respires-en sur moi l'odorant souvenir.
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Marceline Desbordes-Valmore
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Pauvres créatures! Si c'est un tort de les aimer, c'est bien le moins qu'on les plaigne. Vous plaignez l'aveugle qui n'a jamais vu les rayons du jour, le sourd qui n'a jamais entendu les accords de la nature, le muet qui n'a jamais pu rendre la voix de son ùme, et, sous un faux prétexte de pudeur, vous ne voulez pas plaindre cette cécité du coeur, cette surdité de ùme, ce mutisme de la conscience qui rendent folle la malheureuse affligée et qui la font malgré elle incapable de voir le bien, d'entendre le Seigneur et de parler la langue pure de l'amour et de la foi.
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Alexandre Dumas fils (La dame aux camélias)
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Moi qui d'abord ne trouvais de goût qu'au passé, la subite saveur de l'instant m'a pu griser un jour, pensai-je, mais le futur désenchante l'heure présente, plus encore que le présent ne désenchanta le passé...
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André Gide (The Immoralist)
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Antoine n'avait pas pu ĂȘtre alcoolique. Il prit comme remĂšde de substitution la rĂ©solution de se suicider. Être alcoolique avait Ă©tĂ© sa derniĂšre ambition d'intĂ©gration sociale, se donner la mort Ă©tait l'ultime moyen qu'il voyait pour participer au monde. ("Comment devenir stupide", p41)
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Martin Page (Comment je suis devenu stupide)
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Angélique Sookie, toi qui es la beauté et la grùce incarnées, pardonne-moi. Je suis accablé à l'idée que cette ménade malfaisante et démoniaque ait pu oser violenter ce corps parfait et voluptueux qui est le tien, dans l'intention de faire parvenir un message à mon indigne et misérable personne.
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Charlaine Harris (Living Dead in Dallas (Sookie Stackhouse, #2))
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L'humour ne sauve pas; l'humour ne sert en dĂ©finitive Ă  peu prĂšs Ă  rien. On peut envisager les Ă©vĂšnements de la vie avec humour pendant des annĂ©es, parfois de trĂšs longues annĂ©es, dans certains cas on peut adopter une attitude humoristique jusqu'Ă  la fin; mais en dĂ©finitive la vie vous brise le coeur. Quelles que soient les qualitĂ©s de courage, de sang froid et d'humour qu'on a pu dĂ©velopper tout au long de sa vie, on finit toujours par avoir le coeur brisĂ©. Alors on s'arrĂȘte de rire. Au bout du compte il n'y a plus que la solitude, le froid et le silence. Au bout du compte il n'y a plus que la mort.
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Michel Houellebecq (The Elementary Particles)
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Admettons que tu aies résolu l'énigme de la création. Quel est ton destin? Admettons que tu aies pu dépouiller de toutes ses robes la Vérité. Quel est ton destin? Admettons que tu aies vécu cent ans, heureux, et que tu vives cent ans encore. Quel est ton destin?
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Omar KhayyĂĄm (Rubaiyat of Omar Khayyam)
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J'ai Ă©coutĂ© le sermon du prĂȘtre qui officiait devant la tombe de ma mĂšre. On ne perd jamais ses parents, mĂȘme aprĂšs leur mort ils vivent encore en vous. Ceux qui vous ont conçu, qui vous ont donnĂ© tout cet amour afin que vous surviviez ne peuvent pas disparaĂźtre. Le prĂȘtre avait raison, mais l'idĂ©e de savoir qu'il n'est plus d'endroit dans le monde oĂč ils respirent, que vous n'entendrez plus leur voix, que les volets de votre maison d'enfance seront clos Ă  jamais, vous plonge dans une solitude que mĂȘme Dieu n'avait pu concevoir.
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Marc Levy (Le Voleur d'ombres)
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J'aurais pu lutter contre la cocaĂŻne et lui rĂ©sister dans un seul cas: celui oĂč la sensation de bonheur aurait Ă©tĂ© dĂ©terminĂ©e chez moi moins par la rĂ©alisation de l'Ă©vĂ©nement extĂ©rieur que par le travail, la peine, les efforts qu'il aurait fallu fournir pour y arriver. Mais je n'avais pas cela dans ma vie.
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M. Agueev (Novel with Cocaine (European Classics))
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La littérature, il me semble, est tournée vers ce qui a disparu, ou bien ce qui aurait pu advenir et n'est pas advenu, voilà pourquoi les temps modernes, si épris d'un advenir sans mémoire, lui sont si hostiles.
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Olivier Rollin
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adore à genoux quand on n'a pas pu l'enterrer sous la boue. La corruption est en force, le talent est rare. Ainsi, la corrup- tion est l'arme de la médiocrité qui abonde, et vous en sentirez partout la pointe.
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Honoré de Balzac (PÚre Goriot)
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Oh! tout ce que nous n'avons point fait et que pourtant nous aurions pu faire...penseront-ils, sur le point de quitter la vie. - Tout ce que nous aurions dĂ» faire et que pourtant nous n'avons point fait! par souci des considĂ©rants, par temporisation, par paresse, et pour s'ĂȘtre trop dit: "Bah! nous aurons toujours le temps." Pour n'avoir pas saisi le chaque jour irremplaçable, l'irretrouvable chaque instant. Pour avoir remis Ă  plus tard la dĂ©cision, l'effort, l'Ă©treinte... L'heure qui passe est bien passĂ©e? -Oh! toi qui viendras, penseront-ils, sois plus habile: Saisis l'instant!
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André Gide
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Il y a des livres que l’on rate, comme certaines rencontres, on passe Ă  cĂŽtĂ© d’histoires et de gens qui auraient pu tout changer. À cause d’un malentendu, d’une couverture, ou d’un rĂ©sumĂ© passable, d’un a priori. Heureusement que parfois, la vie insiste.
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Valérie Perrin (Trois)
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Quelques crimes toujours prĂ©cĂšdent les grands crimes. Quiconque a pu franchir les bornes lĂ©gitimes Peut violer enfin les droits les plus sacrĂ©s; Ainsi que la vertu, le crime a ses degrĂ©s, Et jamais on n'a vu la timide innocence Passer subitement Ă  l'extrĂȘme licence.
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Jean Racine (PhĂšdre)
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L'homme lutte contre la peur mais, contrairement Ă  ce qu'on rĂ©pĂšte toujours, cette peur n'est pas celle de la mort, car la peur de la mort, tout le monde ne l'Ă©prouve pas, certains n'ayant aucune imagination, d'autres se croyant immortels, d'autres encore espĂ©rant des rencontres merveilleuses aprĂšs leur trĂ©pas ; la seule peur universelle, la peur unique, celle qui conduit toutes nos pensĂ©es, car la peur de n'ĂȘtre rien. Parce que chaque individu a Ă©prouvĂ© ceci, ne fĂ»t-ce qu'une seconde au cours d'une journĂ©e : se rendre compte que, par nature, ne lui appartient aucune des identitĂ©s qui le dĂ©finissent, qu'il aurait pu ne pas ĂȘtre dotĂ© de ce qui le caractĂ©rise, qu'il s'en est fallu d'un cheveu qu'il naisse ailleurs, apprenne une autre langue, reçoive une Ă©ducation religieuse diffĂ©rente, qu'on l'Ă©lĂšve dans une autre culture, qu'on l'instruise dans une autre idĂ©ologie, avec d'autres parents, d'autres tuteurs, d'autres modĂšles. Vertige !
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Éric-Emmanuel Schmitt
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Sascha era un arco iris dentro de Ă©l, una fontana resplandeciente de una belleza tal, que Lucas se sintiĂł bendecido por tener la posibilidad de verla. Por un instante sus mentes fueron una sola y vio cuĂĄn desesperada, salvaje e irracionalmente le amaba Sascha... lo suficiente como para romper su promesa, para elegir morir a fin de que Ă©l puÂŹdiera vivir. Sascha vio hasta quĂ© punto la pantera la adoraba, que su corazĂłn latĂ­a solo por ella y que la vida darĂ­a paso a la muerte despuĂ©s de que ella se hubiera ido. La bestia estaba furiosa con ella por intentar arrebatarle a su compañera y el hombre lo estaba aĂșn mĂĄs, pero bajo toda esa ira habĂ­a deseo, necesidad, amor. Un amor tan intenso y abrasador que no tenĂ­a principio ni fin.
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Nalini Singh (Slave to Sensation (Psy-Changeling, #1))
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Spleen Je suis comme le roi d'un pays pluvieux, Riche, mais impuissant, jeune et pourtant trĂšs vieux, Qui, de ses prĂ©cepteurs mĂ©prisant les courbettes, S'ennuie avec ses chiens comme avec d'autres bĂȘtes. Rien ne peut l'Ă©gayer, ni gibier, ni faucon, Ni son peuple mourant en face du balcon. Du bouffon favori la grotesque ballade Ne distrait plus le front de ce cruel malade; Son lit fleurdelisĂ© se transforme en tombeau, Et les dames d'atour, pour qui tout prince est beau, Ne savent plus trouver d'impudique toilette Pour tirer un souris de ce jeune squelette. Le savant qui lui fait de l'or n'a jamais pu De son ĂȘtre extirper l'Ă©lĂ©ment corrompu, Et dans ces bains de sang qui des Romains nous viennent, Et dont sur leurs vieux jours les puissants se souviennent, II n'a su rĂ©chauffer ce cadavre hĂ©bĂ©tĂ© OĂč coule au lieu de sang l'eau verte du LĂ©thĂ© // I'm like the king of a rain-country, rich but sterile, young but with an old wolf's itch, one who escapes his tutor's monologues, and kills the day in boredom with his dogs; nothing cheers him, darts, tennis, falconry, his people dying by the balcony; the bawdry of the pet hermaphrodite no longer gets him through a single night; his bed of fleur-de-lys becomes a tomb; even the ladies of the court, for whom all kings are beautiful, cannot put on shameful enough dresses for this skeleton; the scholar who makes his gold cannot invent washes to cleanse the poisoned element; even in baths of blood, Rome's legacy, our tyrants' solace in senility, he cannot warm up his shot corpse, whose food is syrup-green Lethean ooze, not blood. — Robert Lowell, from Marthiel & Jackson Matthews, eds., The Flowers of Evil (NY: New Directions, 1963)
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Charles Baudelaire (Les Fleurs du Mal)
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Depuis que tu es partie, j’ai pu compter jusqu’au sept millions neuf cent quarante-huit mille cents. Tu as eu le temps d’aller te cacher loin. Je cherche partout. Je ne te trouve pas, je dĂ©sespĂšre. La partie de cache-cache dure trop longtemps. Allez, tu as gagnĂ©, tu peux sortir de ta cachette. Je t’en supplie. J’ai perdu. J’ai tout perdu.
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Jean-Louis Fournier (Veuf (La Bleue) (French Edition))
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Joseph Voilà c'que c'est, mon vieux Joseph Que d'avoir pris la plus jolie Parmi les filles de Galilée Celle qu'on appelait Marie Tu aurais pu, mon vieux Joseph Prendre Sarah ou Déborah Et rien ne serait arrivé Mais tu as préféré Marie Tu aurais pu, mon vieux Joseph Rester chez toi, tailler ton bois PlutÎt que d'aller t'exiler Et te cacher avec Marie Tu aurais pu, mon vieux Joseph Faire des petits avec Marie Et leur apprendre ton métier Comme ton pÚre te l'avait appris Pourquoi a-t-il fallu, Joseph Que ton enfant, cet innocent Ait eu ces étranges idées Qui ont tant fait pleurer Marie Parfois je pense à toi, Joseph Mon pauvre ami, lorsque l'on rit De toi qui n'avais demandé Qu'à vivre heureux avec Marie
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Georges Moustaki
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J'aurais pu adhérer au Front National, mais à quoi bon manger de la choucroute avec des cons?
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Michel Houellebecq (The Elementary Particles)
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Dieu n'a pu créer qu'en se cachant. Autrement il n'y aurait que lui.
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Simone Weil (La pesanteur et la grace (annoté-illustré): Des citations fulgurantes (French Edition))
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L'homme ne s'avise de la réalité que quand il l'a représentée. Et rien, jamais, n'a pu mieux la représenter que le théùtre.
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Pier Paolo Pasolini (Affabulazione)
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Ainsi cependant vous avez pu vivre cet amour de la seule façon qui puisse se faire pour vous, en le perdant avant qu'il soit advenu.
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Marguerite Duras (The Malady of Death)
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J'étais dans la justice et dans le droit, ajouta-t-il. J'ai fait partout le bien que j'ai pu, et aussi le mal que j'ai dû. Toute justice n'est pas dans le pardon!
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Jules Verne (The Mysterious Island)
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nous ne connaissons jamais que les passions des autres, et que ce que nous arrivons à savoir des nîtres, ce n’est que d’eux que nous avons pu l’apprendre.
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Marcel Proust (Du cÎté de chez Swann (à la recherche du temps perdu #1))
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Il semble, encore ajourd'hui, qu'elle n'aurait pu s'épanouir ailleurs que dans ce paysage étrange et fabuleux, hanté par les fantÎmes, mais protégé par les fées
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Dominique Demers (La oĂč la mer commence)
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Le Marteau des sorciĂšres (Malleus maleficarum), publiĂ© en 1487, a pu ĂȘtre comparĂ© Ă  Mein Kampf d’Adolf Hitler.
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Mona Chollet (SorciĂšres - La puissance invaincue des femmes)
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J'ai pu vivre dans la servitude; mais j'ai toujours été libre: j'ai réformé tes lois sur celles de la nature; et mon esprit s'est toujours tenu dans l'indépendance.
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Montesquieu
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Si que­da­ba al­gu­na es­pe­ran­za, debĂ­a estar en los pro­les, por­que solo en esas masas des­pre­cia­das, que cons­ti­tuĂ­an el ochen­ta y cinco por cien­to de la po­bla­ciĂłn de Ocea­nĂ­a, podĂ­a ge­ne­rar­se la fuer­za ne­ce­sa­ria para des­truir al Par­ti­do. Este no podĂ­a de­rro­car­se desde den­tro. Sus enemi­gos, si es que los habĂ­a, no te­nĂ­an forma de unir­se o si­quie­ra de re­co­no­cer­se mu­tua­men­te. In­clu­so en caso de que exis­tie­ra la le­gen­da­ria Her­man­dad —lo cual no era del todo im­po­si­ble— re­sul­ta­ba in­con­ce­bi­ble que sus miem­bros pu­die­ran re­unir­se en gru­pos de mĂĄs de dos o tres. La re­be­liĂłn se li­mi­ta­ba a un cruce de mi­ra­das, una in­fle­xiĂłn de la voz o, como mucho, una pa­la­bra su­su­rra­da oca­sio­nal­men­te. En cam­bio los pro­les, si pu­die­ran ser cons­cien­tes de su fuer­za, no ten­drĂ­an ne­ce­si­dad de cons­pi­rar. Bas­ta­rĂ­a con que se en­ca­bri­ta­ran como un ca­ba­llo que se sa­cu­de las mos­cas. Si qui­sie­ran, po­drĂ­an volar el Par­ti­do en pe­da­zos a la ma­ña­na si­guien­te. Tarde o tem­prano tenĂ­a que ocu­rrĂ­r­se­les. Y sin em­bar­go

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George Orwell (1984)
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C’était un homme immense, avec des Ă©paules larges, une carrure d’équarrisseur. Des mains de gĂ©ant. Des mains qui auraient pu dĂ©capiter un poussin comme on dĂ©capsule une bouteille de Coca.
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Adeline Dieudonné (La Vraie Vie)
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N'ayant pas pu vivre selon la morale ordinaire, je tĂąche, du moins, d'ĂȘtre d'accord avec la mienne : c'est au moment oĂč l'on rejette tous les principes qu'il convient de se munir de scrupules. J'avais pris envers vous d'imprudents engagements que devait protester la vie : je vous demande pardon, le plus humblement possible, non pas de vous quitter, mais d'ĂȘtre restĂ© si longtemps.
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Marguerite Yourcenar (Alexis ou le Traité du vain combat / Le Coup de grùce)
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Mais en fait les voix fĂ©minines se taisent lĂ  oĂč commence l'action concrĂšte; elles ont pu susciter des guerres, non suggĂ©rer la tactique d'une bataille; elles n'ont guĂšre orientĂ© la politique que dans la mesure oĂč la politique se rĂ©duisait Ă  l'intrigue: les vraies commandes du monde n'ont jamais Ă©tĂ© aux mains des femmes; elles n'ont pas agi sur les techniques ni sur l'Ă©conomie, elles n'ont pas fait ni dĂ©fait des États, elles n'ont pas dĂ©couvert des mondes. C'est par elles que certains Ă©vĂ©nements ont Ă©tĂ© dĂ©clenchĂ©s: mais elles ont Ă©tĂ© prĂ©textes beaucoup plus qu'agents.
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Simone de Beauvoir (Le deuxiĂšme sexe, I)
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– Eh bien, sans vouloir offenser plus encore votre magnanimitĂ© contrariĂ©e, je pense que vous n’auriez pas dĂ» assommer votre mĂšre et la sodomiser d’entrĂ©e de jeu. Elle aurait pu vous ĂȘtre utile.
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Antoine Buéno (Le Soupir de l'immortel)
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J'ai fait un art selon moi. Je l'ai fait avec les yeux ouverts sur les merveilles du monde visible, et, quoi qu'on en ait pu dire, avec le souci constant d'obéir aux lois du naturel et de la vie.
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Odilon Redon (À soi-mĂȘme : Journal (1867-1915))
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Ça allait me prendre des annĂ©es pour comprendre que la vie ne devient pas plus facile simplement parce qu’elle est plus glamour. Mais vous n’auriez pas pu m’expliquer ça quand j’avais quatorze ans.
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Taylor Jenkins Reid (The Seven Husbands of Evelyn Hugo)
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philosophes qui ont pu autrefois se soustraire de l'empire de la fortune, et, malgrĂ© les douleurs et la pauvretĂ©, disputer de la fĂ©licitĂ© avec leurs dieux. Car s'occupant sans cesse Ă  considĂ©rer les bornes qui leur Ă©taient prescrites par la nature, ils se persuadaient si parfaitement que rien n'Ă©tait en leur pouvoir que leurs pensĂ©es, que cela seul Ă©tait suffisant pour les empĂȘcher d'avoir aucune affection pour d'autres choses; et ils disposaient d'elles si absolument qu'ils avaient en cela quelque raison de s'estimer plus riches, et plus puissants, et plus libres, et plus heureux qu'aucun des autres hommes, qui, n'ayant point cette philosophie, tant favorisĂ©s de la nature et de la fortune qu'ils puissent ĂȘtre, ne disposent jamais ainsi de tout ce qu'ils veulent. (partie 3, para 4)
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René Descartes (Discours de la méthode: suivi des Méditations métaphysiques)
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Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai, J’ai compris qu'en toutes circonstances, J’étais Ă  la bonne place, au bon moment. Et alors, j'ai pu me relaxer. Aujourd'hui je sais que cela s'appelle... l'Estime de soi. Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai, J’ai pu percevoir que mon anxiĂ©tĂ© et ma souffrance Ă©motionnelle N’étaient rien d'autre qu'un signal Lorsque je vais Ă  l'encontre de mes convictions. Aujourd'hui je sais que cela s'appelle... l'AuthenticitĂ©. Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai, J'ai cessĂ© de vouloir une vie diffĂ©rente Et j'ai commencĂ© Ă  voir que tout ce qui m'arrive Contribue Ă  ma croissance personnelle. Aujourd'hui, je sais que cela s'appelle... la MaturitĂ©. Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai, J’ai commencĂ© Ă  percevoir l'abus Dans le fait de forcer une situation ou une personne, Dans le seul but d'obtenir ce que je veux, Sachant trĂšs bien que ni la personne ni moi-mĂȘme Ne sommes prĂȘts et que ce n'est pas le moment... Aujourd'hui, je sais que cela s'appelle... le Respect. Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai, J’ai commencĂ© Ă  me libĂ©rer de tout ce qui n'Ă©tait pas salutaire, personnes, situations, tout ce qui baissait mon Ă©nergie. Au dĂ©but, ma raison appelait cela de l'Ă©goĂŻsme. Aujourd'hui, je sais que cela s'appelle... l'Amour propre. Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai, J’ai cessĂ© d'avoir peur du temps libre Et j'ai arrĂȘtĂ© de faire de grands plans, J’ai abandonnĂ© les mĂ©ga-projets du futur. Aujourd'hui, je fais ce qui est correct, ce que j'aime Quand cela me plait et Ă  mon rythme. Aujourd'hui, je sais que cela s'appelle... la SimplicitĂ©. Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai, J’ai cessĂ© de chercher Ă  avoir toujours raison, Et je me suis rendu compte de toutes les fois oĂč je me suis trompĂ©. Aujourd'hui, j'ai dĂ©couvert ... l'HumilitĂ©. Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai, J’ai cessĂ© de revivre le passĂ© Et de me prĂ©occuper de l'avenir. Aujourd'hui, je vis au prĂ©sent, LĂ  oĂč toute la vie se passe. Aujourd'hui, je vis une seule journĂ©e Ă  la fois. Et cela s'appelle... la PlĂ©nitude. Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai, J’ai compris que ma tĂȘte pouvait me tromper et me dĂ©cevoir. Mais si je la mets au service de mon coeur, Elle devient une alliĂ©e trĂšs prĂ©cieuse ! Tout ceci, c'est... le Savoir vivre. Nous ne devons pas avoir peur de nous confronter. Du chaos naissent les Ă©toiles.
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Charlie Chaplin
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- Viens t’agenouiller avec moi prĂšs de la fenĂȘtre, David, et prions pour que ta maman se sente bien demain, et que rien n’arrive Ă  ton papa ce soir, et que toi et moi
 que toi et moi ne souffrions pas trop, ni demain, ni jamais. Cela m’avait l’air d’une priĂšre magnifique, alors j’ai regardĂ© par la fenĂȘtre et j’ai commencĂ©, mais mes yeux sont tombĂ©s sur la Bible de nĂ©on, en dessous de nous, et je n’ai pas pu continuer. Et puis j’ai vu les Ă©toiles du ciel qui brillaient autant que la belle priĂšre et j’ai recommencĂ©, et la priĂšre est venue sans que j’aie Ă  rĂ©flĂ©chir, et je l’ai offerte aux Ă©toiles et au ciel de la nuit.
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John Kennedy Toole (The Neon Bible)
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Tant la rĂ©alitĂ© a d'Ă©vidence ... Tant cette Ă©vidence s'impose! ... DĂšs que les choses sont arrivĂ©es, nous ne pensons mĂȘme plus qu'elles auraient pu ne pas ĂȘtre ... Ou qu'elles auraient pu ĂȘtre toutes diffĂ©rentes.
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Roger Martin du Gard (Les Thibault, Tome III)
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Jusqu'à présent, tu n'avais jamais pu supporter la danse ni le jazz, ce n'était pas assez profond pour toi et maintenant tu vois que point n'est besoin de les prendre au sérieux pour les trouver délicieux et charmants.
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Hermann Hesse (Steppenwolf)
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Comment avais-je pu imaginer lui plaire, ne serait-ce que le temps des vacances, moi la petite ronde Ă  lunettes, certes appliquĂ©e mais pas intelligente, moi qui prĂ©tendais ĂȘtre cultivĂ©e et informĂ©e mais ne l'Ă©tais pas?
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Elena Ferrante (Le Nouveau Nom (L'Amie prodigieuse, #2))
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C'est dans ma neuviĂšme annĂ©e que j'ai appris le hollandais. A cette Ă©poque-lĂ , j'avais un papa, un chic type dans mon genre, qui voulait que ses enfants rĂ©ussissent dans la vie. Lui n'avait pas beaucoup travaillĂ© Ă  l'Ă©cole ; ce qui ne l'empĂȘchait pas, tous les Ă©tĂ©s, de nous acheter Ă  ma sƓur Christine et Ă  moi des "cahiers de vacances". Le lundi soir, elle avait dĂ©jĂ  fait son cahier jusqu'au jeudi. Moi, je n'ai jamais pu terminer le mien.
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Marie-Aude Murail (Le hollandais sans peine)
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Je le vis, je rougis, je pĂąlis Ă  sa vue ; Un trouble s’éleva dans mon Ăąme Ă©perdue ; Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler; Je sentis tout mon corps et transir et brĂ»ler : Je reconnus VĂ©nus et ses feux redoutables, D’un sang qu’elle poursuit tourments inĂ©vitables ! Par des vƓux assidus je crus les dĂ©tourner : Je lui bĂątis un temple, et pris soin de l’orner ; De victimes moi-mĂȘme Ă  toute heure entourĂ©e, Je cherchais dans leurs flancs ma raison Ă©garĂ©e : D’un incurable amour remĂšdes impuissants ! En vain sur les autels ma main brĂ»lait l’encens ! Quand ma bouche implorait le nom de la dĂ©esse, J’adorais Hippolyte ; et, le voyant sans cesse, MĂȘme au pied des autels que je faisais fumer, J’offrais tout Ă  ce dieu que je n’osais nommer. Je l’évitais partout. Ô comble de misĂšre ! Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son pĂšre. Contre moi-mĂȘme enfin j’osai me rĂ©volter : J’excitai mon courage Ă  le persĂ©cuter. Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolĂątre, J’affectai les chagrins d’une injuste marĂątre ; Je pressai son exil ; et mes cris Ă©ternels L’arrachĂšrent du sein et des bras paternels. Je respirais, ƒNONE ; et, depuis son absence, Mes jours moins agitĂ©s coulaient dans l’innocence : Soumise Ă  mon Ă©poux, et cachant mes ennuis, De son fatal hymen je cultivais les fruits. Vaines prĂ©cautions ! Cruelle destinĂ©e ! Par mon Ă©poux lui-mĂȘme Ă  TrĂ©zĂšne amenĂ©e, J’ai revu l’ennemi que j’avais Ă©loignĂ© : Ma blessure trop vive aussitĂŽt a saignĂ©. Ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachĂ©e : C’est VĂ©nus tout entiĂšre Ă  sa proie attachĂ©e. J’ai conçu pour mon crime une juste terreur ; J’ai pris la vie en haine, et ma flamme en horreur ; Je voulais en mourant prendre soin de ma gloire, Et dĂ©rober au jour une flamme si noire : Je n’ai pu soutenir tes larmes, tes combats : Je t’ai tout avouĂ© ; je ne m’en repens pas. Pourvu que, de ma mort respectant les approches, Tu ne m’affliges plus par d’injustes reproches, Et que tes vains secours cessent de rappeler Un reste de chaleur tout prĂȘt Ă  s’exhaler.
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Jean Racine (PhĂšdre)
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Nous sommes les enfants des romans que nous avons aimés, ils se déposent au creux de nos peines, de nos manques, ils contiennent tout ce qui se dérobe à nous, qui passe sans qu'on ait pu le comprendre, nous sommes faits d'histoires qui ne nous appartiennent pas, elles nous irriguent et nous hantent , nous qui « marchons dans la nuit au-dessous de ce qui est écrit là-haut, également insensés dans nos souhaits, dans notre joie, notre affliction » (Diderot).
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Lola Lafon (Quand tu écouteras cette chanson)
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Oh ! S'il avait pu partir, tout de suite, n'importe oĂč, et ne jamais revenir, ne jamais Ă©crire, ne jamais laisser savoir ce qu'il Ă©tait devenu ! Mais non, il fallait rentrer, rentrer dans la maison paternelle et se coucher dans son lit
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Guy de Maupassant
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Lasse de ma lassitude, blanche lune derniĂšre, seul regret, mĂȘme pas. Être mort, avant elle, sur elle, avec elle, et tourner, mort sur morte, autour des pauvres hommes, et n’avoir plus jamais Ă  mourir, d’entre les mourants. MĂȘme pas, mĂȘme pas ça. Ma lune fut ici-bas, ici bien bas, le peu que j’aie su dĂ©sirer. Et un jour, bientĂŽt, une nuit de terre, bientĂŽt, sous la terre, un mourant dira, comme moi, au clair de terre, MĂȘme pas, mĂȘme pas ça, et mourra, sans avoir pu trouver un regret.
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Samuel Beckett (Malone Dies)
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Dada n'a aucune prĂ©tention comme la vie devrait ĂȘtre. Peut-ĂȘtre me comprendrez-vous mieux quand je vous dirai que dada est un microbe vierge qui s'introduit avec l'insistance de l'air dans tous les espaces que la raison n'a pu combler de mots ou de conventions.
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Tristan Tzara (Seven Dada Manifestos and Lampisteries)
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Un piĂšge. DressĂ© non pour Ellana mais pour lui. Jilano bondit vers la porte. VerrouillĂ©e, elle l'aurait Ă  peine ralenti. Elle s'ouvrit sans difficultĂ©. Sur un mur de pierre. Il leva les yeux. La mĂȘme substance huileuse qui l'avait fait glisser recouvrait tous les murs. La gouttiĂšre gisait au sol. Inutile de l'observer pour savoir qu'elle avait Ă©tĂ© sabotĂ©e. Du joli travail. Jilano inspira profondĂ©ment, ralentissant son rythme cardiaque jusqu'Ă  ce que son corps Ă©limine l'injonction de survie induite par le danger. Ce n'Ă©tait plus la peine. Il s'assit en tailleur contre un mur et attendit que la silhouette apparaisse au-dessus de lui. Elle ne tarda pas. Un sourire pĂąle erra sur les lĂšvres du maĂźtre marchombre lorsqu’il reconnut l'assassin. La guilde Ă©tait donc tombĂ©e si bas ? Il faillit parler, non pas pour tenter de convaincre, encore moins pour supplier, mais pour chercher Ă  comprendre. Il prĂ©fĂ©ra dĂ©tourner les yeux afin de se concentrer sur l'essentiel. Alors que l'assassin bandait son arc, les pensĂ©es de Jilano s'envolĂšrent vers Ellana. Bonheur. Gratitude. Amour. - Garde-toi, murmura-t-il, et que ta route soit belle. - Madame ! Que vous arrive-t-il ? Ellana Ă©tait brusquement devenue livide. Elle poussa un cri rauque, leva la main Ă  son cƓur et, avant qu'Aoro ait pu intervenir, elle s'effondra.
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Pierre Bottero (Ellana, l'Envol (Le Pacte des MarchOmbres, #2))
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J'Ă©tais forcĂ© de reconnaĂźtre que j'Ă©tais fait et que je n'avais plus aucune chance de guĂ©rison. Personne n'aurait pu rĂ©sister Ă  ce regard. J'Ă©tais prisonnier pour la vie et j'ai su tout au fond de moi-mĂȘme que c'Ă©tait toi que mon cƓur avait choisi. Toi et personne d'autre.
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Atef Attia (Sang d'encre)
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Il faudrait avoir des regrets. Croire que j'aurais mieux fait de me rebeller, mais non, je n'y arrive pas. Si c'était à refaire, je ne changerais rien. Avec toi, quelle qu'aurait été la maniÚre, je n'aurais pu échapper à la souffrance, à la pureté éclatante de la souffrance.
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Philippe Besson (Se résoudre aux adieux)
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Il ajoute cette phrase, pour moi inoubliable  : parce que tu partiras et que nous resterons. J'ai les larmes aux yeux en recopiant les mots. Je demeure fascinĂ© que cette phrase ait Ă©tĂ© prononcĂ©e un jour, qu'elle m'ait Ă©tĂ© adressĂ©e. Qu'on me comprenne  : ce n'est pas l'Ă©ventuelle prĂ©monition qu'elle contient qui me fascine, ni mĂȘme qu'elle ait Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e. Ce n'est pas non plus la maturitĂ© ou la fulgurance qu'elle suppose. Ce n'est pas davantage l'agencement des mots, mĂȘme si je prendrai conscience que je n'aurais sans doute pas pu les trouver alors, ni plus tard les Ă©crire. C'est la violence de ce qu'ils signifient, de ce qu'ils charrient  : l'infĂ©rioritĂ© qu'ils racontent en mĂȘme temps que l'amour sous-jacent dont ils tĂ©moignent, l'amour rendu nĂ©cessaire par la disparition prochaine, inĂ©vitable, l'amour rendu possible par elle aussi.
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Philippe Besson (« ArrĂȘte avec tes mensonges »)
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J'ai essayé, vois-tu, d'entraßner GeneviÚve dans un monde à moi. Tout ce que je lui montrais devenait terne, gris. La premiÚre nuit était d'une épaisseur sans nom : nous n'avons pas pu la franchir. J'ai dû lui rendre sa maison, sa vie, son ùme. Un à un tous les peupliers de la route.
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Antoine de Saint-Exupéry
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Je ne mĂ©prise pas les hommes. Si je le faisais, je n'aurais aucun droit, ni aucune raison, d'essayer de les gouverner. Je les sais vains, ignorants, avides, inquiets, capables de presque tout pour rĂ©ussir, pour se faire valoir, mĂȘme Ă  leurs propres yeux, ou tout simplement pour Ă©viter de souffrir. Je le sais : je suis comme eux, du moins par moment, ou j'aurais pu l'ĂȘtre. Entre autrui et moi, les diffĂ©rences que j'aperçois sont trop nĂ©gligeables pour compter dans l'addition finale. Je m'efforce donc que mon attitude soit aussi Ă©loignĂ©e de la froide supĂ©rioritĂ© du philosophe que l'arrogance du CĂ©sar.
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Marguerite Yourcenar (Memoirs of Hadrian)
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Que se serait-il passĂ© ? Lol ne va pas loin dans l'inconnu sur lequel s'ouvre cet instant. Elle ne dispose d'aucun souvenir mĂȘme imaginaire, elle n'a aucune idĂ©e sur cet inconnu. Mais ce qu'elle croit, c'est qu'elle devait y pĂ©nĂ©trer, que c'Ă©tait ce qu'il lui fallait faire, que ç'aurait Ă©tĂ© pour toujours, pour sa tĂȘte et pour son corps, leur plus grande douleur et leur plus grande joie confondues jusque dans leur dĂ©finition devenue unique mais innommable faute d'un mot. J'aime Ă  croire, comme je l'aime, que si Lol est silencieuse dans la vie c'est qu'elle a cru, l'espace d'un Ă©clair, que ce mot pouvait exister. Faute de son existence, elle se tait. Ç'aurait Ă©tĂ© un mot-absence, un mot-trou, creusĂ© en son centre d'un trou, de ce trou oĂč tous les autres mots auraient Ă©tĂ© enterrĂ©s. On n'aurait pas pu le dire mais on aurait pu le faire rĂ©sonner. Immense, sans fin, un gong vide, il aurait retenu ceux qui voulaient partir, il les aurait convaincus de l'impossible, il les aurait assourdis Ă  tout autre vocable que lui-mĂȘme, en une fois il les aurait nommĂ©s, eux, l'avenir et l'instant. Manquant, ce mot, il gĂąche tous les autres, les contamine, c'est aussi le chien mort de la plage en plein midi, ce trou de chair.
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Marguerite Duras (The Ravishing of Lol Stein)
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Je suis un homme mort. Je me rĂ©veille chaque matin avec une insoutenable envie de dormir. Je m'habille de noir car je suis en deuil de moi-mĂȘme. Je porte le deuil de l'homme que j'aurais pu ĂȘtre. Je dĂ©ambule d'un pas fixe, rue des Beaux-Arts - la rue oĂč Oscar Wilde est mort, comme moi. Je vais au restaurant pour ne rien manger. Les maĂźtres d'hĂŽtel sont vexĂ©s que je ne touche pas Ă  leurs assiettes. Mais vous en connaissez beaucoup, vous, des morts qui finissent le plat de rĂ©sistance en se pourlĂ©chant les babines? Tout ce que je bois, c'est donc Ă  jeun. Avantage: l'ivresse rapide. InconvĂ©nient; l'ulcĂšre Ă  l'estomac.
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Frédéric Beigbeder (L'amour dure trois ans (Marc Marronnier, #3))
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La vie me fait moins peur.Vous pouvez m'attaquer, vous pouvez me juger, vous pouvez me ruiner. J'aurau toujours à portée de main un vieux bic mùchouillé et un bloc-notes froissé. Mes seules armes. A la fois dérisoires et puissantes. Les seules sur lesquelles j'ai toujours pu compter pour m'aider à traverser la nuit.
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Guillaume Musso (La jeune fille et la nuit)
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Mais quelle famille solitaire avais-je donc ! J'Ă©tais mĂȘme Ă©bahi que deux de ses membres avaient pu s'assembler pour engendrer les deux suivants. Seulement, des solitaires qui feignent de ne pas l'ĂȘtre... voilĂ  sans doute comment les familles se construisent, et comment la race des gens seuls est devenue si nombreuse.
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Benjamin Kunkel (Indecision)
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Moi aussi peut-ĂȘtre, en rĂ©flĂ©chissant bien, j'aurais pu rechercher un emploi dans un de ces bureaux dont je lisais les pancartes Ă©clatantes du dehors... Mais Ă  la pensĂ©e d'avoir Ă  pĂ©nĂ©trer dans une de ces maisons je m'effarais et m'effondrais de timiditĂ©. Mon hĂŽtel me suffisait. Tombe gigantesque et odieusement animĂ©e.
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Louis-Ferdinand Céline (Voyage au bout de la nuit)
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La vie est une loterie et ne tient qu'à un fil. Difficile de ne pas repenser à tous ces conducteurs, à travers le monde, qui tenaient ma vie entre leurs mains, conduisant parfois de façon complÚtement déraisonnée. Mille fois, ces camions, camionnettes ou voitures auraient pu s'écraser contre un mur ou dévaler une montagne.
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Ludovic Hubler (Le monde en stop: Cinq années à l'école de la vie)
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Paul Gauguin’s remark about his friend Van Gogh is not without interest: “Il oubliait mĂȘme,” wrote the famous painter of nĂ©gresses, “d’écrire le hollandais, et comme on a pu voir par la publication de ses lettres Ă  son frĂšre, il n’écrivait jamais qu’en français, et cela admirablement, avec des ‘Tant qu’à, Quant Ă ,’ Ă  n’en plus finir.”[1]
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Vincent van Gogh (The Letters of a Post-Impressionist : Being the Familiar Correspondence of Vincent Van Gogh by Van Gogh)
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Je me mis dĂšs lors Ă  lire avec aviditĂ© et bientĂŽt la lecture fut ma passion. Tous mes nouveaux besoins, toutes mes aspirations rĂ©centes, tous les Ă©lans encore vagues de mon adolescence qui s’élevaient dans mon Ăąme d’une façon si troublante et qui Ă©taient provoquĂ©s par mon dĂ©veloppement si prĂ©coce, tout cela, soudainement, se prĂ©cipita dans une direction, parut se satisfaire complĂštement de ce nouvel aliment et trouver lĂ  son cours rĂ©gulier. BientĂŽt mon cƓur et ma tĂȘte se trouvĂšrent si charmĂ©s, bientĂŽt ma fantaisie se dĂ©veloppa si largement, que j’avais l’air d’oublier tout ce qui m’avait entourĂ©e jusqu’alors. Il semblait que le sort lui mĂȘme m’arrĂȘtĂąt sur le seuil de la nouvelle vie dans laquelle je me jetais, Ă  laquelle je pensais jour et nuit, et, avant de m’abandonner sur la route immense, me faisait gravir une hauteur d’oĂč je pouvais contempler l’avenir dans un merveilleux panorama, sous une perspective brillante, ensorcelante. Je me voyais destinĂ©e Ă  vivre tout cet avenir en l’apprenant d’abord par les livres ; de vivre dans les rĂȘves, les espoirs, la douce Ă©motion de mon esprit juvĂ©nile. Je commençai mes lectures sans aucun choix, par le premier livre qui me tomba sous la main. Mais, le destin veillait sur moi. Ce que j’avais appris et vĂ©cu jusqu’à ce jour Ă©tait si noble, si austĂšre, qu’une page impure ou mauvaise n’eĂ»t pu dĂ©sormais me sĂ©duire. Mon instinct d’enfant, ma prĂ©cocitĂ©, tout mon passĂ© veillaient sur moi ; et maintenant ma conscience m’éclairait toute ma vie passĂ©e. En effet, presque chacune des pages que je lisais m’était dĂ©jĂ  connue, semblait dĂ©jĂ  vĂ©cue, comme si toutes ces passions, toute cette vie qui se dressaient devant moi sous des formes inattendues, en des tableaux merveilleux, je les avais dĂ©jĂ  Ă©prouvĂ©es. Et comment pouvais-je ne pas ĂȘtre entraĂźnĂ©e jusqu’à l’oubli du prĂ©sent, jusqu’à l’oubli de la rĂ©alitĂ©, quand, devant moi dans chaque livre que je lisais, se dressaient les lois d’une mĂȘme destinĂ©e, le mĂȘme esprit d’aventure qui rĂšgnent sur la vie de l’homme, mais qui dĂ©coulent de la loi fondamentale de la vie humaine et sont la condition de son salut et de son bonheur ! C’est cette loi que je soupçonnais, que je tĂąchais de deviner par toutes mes forces, par tous mes instincts, puis presque par un sentiment de sauvegarde. On avait l’air de me prĂ©venir, comme s’il y avait en mon Ăąme quelque chose de prophĂ©tique, et chaque jour l’espoir grandissait, tandis qu’en mĂȘme temps croissait de plus en plus mon dĂ©sir de me jeter dans cet avenir, dans cette vie. Mais, comme je l’ai dĂ©jĂ  dit, ma fantaisie l’emportait sur mon impatience, et, en vĂ©ritĂ©, je n’étais trĂšs hardie qu’en rĂȘve ; dans la rĂ©alitĂ©, je demeurais instinctivement timide devant l’avenir.
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Fyodor Dostoevsky (Netochka Nezvanova)
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Je suis fils de l'homme et de la femme, d'aprĂšs ce qu'on m'a dit. Ça m'Ă©tonne... je croyais ĂȘtre davantage! Au reste, que m'importe d'oĂč je viens? Moi, si cela avait pu dĂ©pendre de ma volontĂ©, j'aurais voulu ĂȘtre plutĂŽt le fils de la femelle du requin, dont la faim est amie des tempĂȘtes, et du tigre, Ă  la cruautĂ© reconnue: je ne serais pas si mĂ©chant.
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Comte de Lautréamont (Les Chants de Maldoror)
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Peut ĂȘtre qu'elle me ressemble trop, qu'elle ressemble trop Ă  ma mĂšre, peut ĂȘtre qu'Ă  l'adolescence, elle bascule sans un mot dans un prĂ©cipice terrifiant avant de finalement s'en sortir pour devenir la femme que je n'ai pas pu ĂȘtre : une femme qui n'a pas de dettes et qui a de l'espoir, terrifiante dans son assurance absolue de devenir ce qu'elle veut
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Raven Leilani (Luster)
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VoilĂ  comment ça se passait au cƓur du cƓur du Dieu : notre groupe de six, sept ou dix arrivait Ă  pied ou en chaise roulante, piochait dans un malheureux assortiment de biscuits et se servait un verre de limonade, avant de prendre place dans le cercle de la vĂ©ritĂ© et d'Ă©couter Patrick dĂ©biter pour la milliĂšme fois le rĂ©cit dĂ©primant de sa vie – comment il avait eu un cancer des testicules et aurait dĂ» en mourir, sauf qu'il n'Ă©tait pas mort et que maintenant il Ă©tait mĂȘme un adulte bien vivant qui se tenait devant nous dans la crypte d'une Ă©glise de la 137e ville d'AmĂ©rique la plus agrĂ©able Ă  vivre, divorcĂ©, accro aux jeux vidĂ©o, seul, vivotant du maigre revenu que lui rapportait l'exploitation de son passĂ© de super-cancĂ©reux, futur dĂ©tenteur d'un master ne risquant pas d'amĂ©liorer ses perspectives de carriĂšre, et qui attendait, comme nous tous, que l'Ă©pĂ©e de DamoclĂšs lui procure le soulagement auquel il avait Ă©chappĂ© des annĂ©es plus tĂŽt quand le cancer lui avait pris ses couilles, mais avait Ă©pargnĂ© ce que seule une Ăąme charitable aurait pu appeler « sa vie ».
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John Green (The Fault in Our Stars)
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La muraille de l’escalier oĂč je vis monter le reflet de sa bougie n’existe plus depuis longtemps. En moi aussi bien des choses ont Ă©tĂ© dĂ©truites que je croyais devoir durer toujours, et de nouvelles se sont Ă©difiĂ©es, donnant naissance Ă  des peines et Ă  des joies nouvelles que je n’aurais pu prĂ©voir alors, de mĂȘme que les anciennes me sont devenues difficiles Ă  comprendre.
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Marcel Proust (A la recherche du temps perdu)
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AmputĂ©e!
 O soleil, si c’est vrai que je viens de toi, pourquoi m’as-tu faite amputĂ©e? Pourquoi m’as-tu faite une fille? Pourquoi ces seins, cette faiblesse, cette plaie ouverte au milieu de moi? N’aurait-il pas Ă©tĂ© beau le garçon MĂ©dĂ©e? N’aurait-il pas Ă©tĂ© fort? Le corps dur comme la pierre, fait pour prendre et partir aprĂšs, ferme, intact, entier, lui! Ah! il aurait pu venir, alors, Jason, avec ses grandes mains redoutables, il aurait pu tenter de les poser sur moi! Un couteau, chacun dans la sienne -oui!- et le plus fort tue l’autre et s’en va dĂ©livrĂ©. Pas cette lutte oĂč je ne voulais que toucher les Ă©paules, cette blessure que j’implorais. Femme! Femme! Chienne! Chair faite d’un peu de boue de d’une cĂŽte d’homme! Morceau d’homme! Putain!
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Jean Anouilh (Médée)
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S'il m'arrive de perdre une nuit qui aurait pu ĂȘtre consacrĂ©e au sommeil, au plaisir, ou tout simplement Ă  la solitude, Ă  causer sur la terrasse d'un cafĂ© avec des intellectuels atteints de dĂ©sespoir, je les Ă©tonne toujours en leur affirmant que j'ai connu le bonheur, le vrai, l'authentique, la piĂšce d'or inaltĂ©rable qu'on peut Ă©changer contre une poignĂ©e de gros sous ou contre une liasse de marks d'aprĂšs-guerre, mais qui n'en demeure pas moins semblable Ă  elle-mĂȘme, et qu'aucune dĂ©valuation n'atteint. Le souvenir d'un d'un tel Ă©tat de choses guĂ©rit de la philosophie allemande ; il aide Ă  simplifier la vie, et aussi son contraire. Et si ce bonheur Ă©manait de Conrad, ou seulement de ma jeunesse, c'est ce qui importe peu, puisque ma jeunesse et Conrad sont morts ensemble. (p. 145)
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Marguerite Yourcenar (Alexis ou le Traité du vain combat / Le Coup de grùce)
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Si j'ai pu autant évoluer en tant qu'individu, c'est grùce à l'influence des personnes qui m'entourent. (...) Tout ce qui concerne la façon de parler, en particulier, je l'apprends par imitation. Mon language actuel est un mélange d'Izumi et de Sugehara. N'est-ce pas ainsi que fonctionne tout le monde ? (...) C'est en nous imprégnant ainsi les uns des autres que nous préservons notre humanité.
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Sayaka Murata (Convenience Store Woman)
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Huit heures de sommeil ! Nous perdons le tiers de notre vie humaine dans cet Ă©tat d’impuissance et de demi-mort. VoilĂ  ce qui me rĂ©voltait. Il faut libĂ©rer l’humanitĂ© de la charge du sommeil. Quelles extraordinaires perspectives, quelles possibilitĂ©s !... Combien de grandes Ɠuvres les grands penseurs nous auraient encore donnĂ©es, si toutes leurs nuits avaient pu ĂȘtre consacrĂ©es Ă  la crĂ©ation ! Combien de grandes Ɠuvres inachevĂ©es ne le seraient pas ! Comme le progrĂšs avancerait ! ! L’ouvrier ayant travaillĂ© aux heures fixĂ©es Ă  sa machine-outil consacrerait la nuit aux livres ou au travail social. Nous n’aurions pas d’illettrĂ©s. Mieux encore, tous recevraient la possibilitĂ© de devenir parfaitement instruits. De quels pas gigantesques avancerait le progrĂšs ! C’était Ă  cela que je pensais...
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Alexandre BeliaĂŻev (L'homme qui ne dormait pas)
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J'ai Ă©crit le mot  : amour. J'ai bien envisagĂ© d'en employer un autre. Au moins parce que c'est une notion curieuse, l'amour  ; difficile Ă  dĂ©finir, Ă  cerner, Ă  Ă©tablir. Il en existe tant de degrĂ©s, tant de variations. J'aurais pu me contenter d'affirmer que j'Ă©tais attendri (et il est exact que T.   savait Ă  merveille me faire faiblir, flĂ©chir), ou charmĂ© (il s'y entendait comme personne pour attirer Ă  lui, conquĂ©rir, flatter, et mĂȘme ensorceler), ou troublĂ© (il provoquait souvent un mĂ©lange de perplexitĂ© et d'Ă©moi, renversait les situations), ou sĂ©duit (il m'attirait dans ses filets, me bluffait, me gagnait Ă  ses causes), ou Ă©pris (j'Ă©tais bĂȘtement enjouĂ©, je pouvais m'enflammer pour un rien)  ; ou mĂȘme aveuglĂ© (je mettais de cĂŽtĂ© ce qui m'embarrassait, je minimisais ses dĂ©fauts, portais aux nues ses qualitĂ©s), perturbĂ© (je n'Ă©tais plus tout Ă  fait moi-mĂȘme), ce qui aurait un sens moins favorable. J'aurais pu expliquer qu'il ne s'agissait que d'affection, que je me contentais d'avoir le «  bĂ©guin  », une formulation suffisamment floue pour englober n'importe quoi. Mais ce serait me payer de mots. La vĂ©ritĂ©, la vĂ©ritĂ© toute nue, c'est que j'Ă©tais amoureux. Autant employer les mots prĂ©cis.
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Philippe Besson (« ArrĂȘte avec tes mensonges »)
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Je me suis figurĂ© qu’une femme devait faire plus de cas de son Ăąme que de son corps, contre l’usage gĂ©nĂ©ral qui veut qu’elle permette qu’on l’aime avant d’avouer qu’elle aime, et qu’elle abandonne ainsi le trĂ©sor de son coeur avant de consentir Ă  la plus lĂ©gĂšre prise sur celui de sa beautĂ©. J’ai voulu, oui, voulu absolument tenter de renverser cette marche uniforme ; la nouveautĂ© est ma rage. Ma fantaisie et ma paresse, les seuls dieux dont j’aie jamais encensĂ© les autels, m’ont vainement laissĂ© parcourir le monde, poursuivi par ce bizarre dessein ; rien ne s’offrait Ă  moi. Peut-ĂȘtre je m’explique mal. J’ai eu la singuliĂšre idĂ©e d’ĂȘtre l’époux d’une femme avant d’ĂȘtre son amant. J’ai voulu voir si rĂ©ellement il existait une Ăąme assez orgueilleuse pour demeurer fermĂ©e lorsque les bras sont ouverts, et livrer la bouche Ă  des baisers muets ; vous concevez que je ne craignais que de trouver cette force Ă  la froideur. Dans toutes les contrĂ©es qu’aime le soleil, j’ai cherchĂ© les traits les plus capables de rĂ©vĂ©ler qu’une Ăąme ardente y Ă©tait enfermĂ©e : j’ai cherchĂ© la beautĂ© dans tout son Ă©clat, cet amour qu’un regard fait naĂźtre ; j’ai dĂ©sirĂ© un visage assez beau pour me faire oublier qu’il Ă©tait moins beau que l’ĂȘtre invisible qui l’anime ; insensible Ă  tout, j’ai rĂ©sistĂ© Ă  tout,... exceptĂ© Ă  une femme, – Ă  vous, Laurette, qui m’apprenez que je me suis un peu mĂ©pris dans mes idĂ©es orgueilleuses ; Ă  vous, devant qui je ne voulais soulever le masque qui couvre ici-bas les hommes qu’aprĂšs ĂȘtre devenu votre Ă©poux. – Vous me l’avez arrachĂ©, je vous supplie de me pardonner, si j’ai pu vous offenser. ( Le prince )
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Alfred de Musset (La nuit vénitienne)
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Car ce que les gens ont fait, ils le recommencent indĂ©finiment. Et qu’on aille voir chaque annĂ©e un ami qui les premiĂšres fois n’a pu venir Ă  votre rendez-vous, ou s’est enrhumĂ©, on le retrouvera avec un autre rhume qu’il aura pris, on le manquera Ă  un autre rendez-vous oĂč il ne sera pas venu, pour une mĂȘme raison permanente Ă  la place de laquelle il croit voir des raisons variĂ©es, tirĂ©es des circonstances.
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Marcel Proust (A la recherche du temps perdu)
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La ThĂ©ologie. Qu'est-ce que la chute ? Si c'est l'unitĂ© devenue dualitĂ©, c'est Dieu qui a chutĂ©. Au moins aurait-il pu deviner dans cette localisation une malice ou une satire de la providence contre l’amour, et, dans le mode de la gĂ©nĂ©ration, un signe du pĂ©chĂ© originel. De fait, nous ne pouvons faire l’amour qu’avec des organes excrĂ©mentiels. En d'autres termes, la crĂ©ation ne serait-elle pas la chute de Dieu ?
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Charles Baudelaire (My Heart Laid Bare)
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Car lĂ  encore ces hommes se livraient Ă  quelque chose de grotesque lorsqu'ils embĂȘtaient leur famille pour qu'elle leur achĂšte un costume tout neuf pour leur procĂšs. Les tribunaux ne prenaient jamais en considĂ©ration la tenue des inculpĂ©s. Ils auraient pu comparaĂźtre dans des sacs Ă  pommes de terre, les juges n'en avaient rien Ă  faire. La seule chose qui comptait Ă©tait la couleur de leur peau et les chefs d'accusation.
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Donald Goines (White Man's Justice, Black Man's Grief)
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J’ai arpentĂ© les galeries sans fin des grandes bibliothĂšque, les rues de cette ville qui fĂ»t la nĂŽtre, celle oĂč nous partagions presque tous nos souvenirs depuis l’enfance. Hier, j’ai marchĂ© le long des quais, sur les pavĂ©s du marchĂ© Ă  ciel ouvert que tu aimais tant. Je me suis arrĂȘtĂ© par-ci par-lĂ , il me semblait que tu m’accompagnais, et puis je suis revenu dans ce petit bar prĂšs du port, comme chaque vendredi. Te souviendras-tu ? Je ne sais pas oĂč tu es. Je ne sais pas si tout ce que nous avons vĂ©cu avait un sens, si la vĂ©ritĂ© existe, mais si tu trouves ce petit mot un jour, alors tu sauras que j’ai tenu ma promesse, celle que je t’ai faite. A mon tour de te demander quelque chose, tu me le dois bien. Oublie ce que je viens d’écrire, en amitiĂ© on ne doit rien. Mais voici nĂ©anmoins ma requĂȘte : Dis-lui, dis-lui que quelque part sur cette terre, loin de vous, de votre temps, j’ai arpentĂ© les mĂȘmes rues, ri avec toi autour des mĂȘmes tables, et puisque les pierres demeurent, dis-lui que chacune de celles oĂč nous avons posĂ© nos mais et nos regards contient Ă  jamais une part de notre histoire. Dis-lui, que j’étais ton ami, que tu Ă©tais mon frĂšre, peut-ĂȘtre mieux encore puisque nous nous Ă©tions choisis, dis-lui que rien n’a jamais pu nous sĂ©parer, mĂȘme votre dĂ©part si soudain.
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Marc Levy (La prochaine fois)
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Fut-ce le fruit de mon imagination? Il me sembla voir passer sur le visage de notre voisin une expression que j'aurais pu traduire en ces termes: "Pourquoi te donnes-tu tant de mal? J'ai gagné, tu ne peux pas ne pas le savoir. Le simple fait que j'assiÚge chaque jour ton salon pendant deux heures n'en est-il pas la preuve? Si brillants que soient tes discours, tu ne pourras rien contre cette évidence: je suis chez toi et je t'emmerde.
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Amélie Nothomb (Les Catilinaires)
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Géronte Monsieur, c'est là sa maladie. Elle est devenue muette, sans que jusques ici on en ait pu savoir la cause : et c'est un accident qui a fait reculer son mariage. Sganarelle Et pourquoi ? Géronte Celui qu'elle doit épouser veut attendre sa guérison pour conclure les choses. Sganarelle Et qui est ce sot-là, qui ne veut pas que sa femme soit muette ? Plût à Dieu que la mienne eût cette maladie ! je me garderais bien de la vouloir guérir.
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MoliĂšre (Oeuvres complĂštes)
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Elles disent, malheureuse, ils t'ont chassée du monde des signes, et cependant ils t'ont donné des noms, ils t'ont appelée esclave, toi malheureuse esclave. Comme des maßtres ils ont exercé leur droit de maßtre. Ils écrivent de ce droit de donner des noms qu'il va si loin que l'on peut considérer l'origine du langage comme un acte d'autorité émanant de ceux qui dominent. Ainsi ils disent qu'ils ont dit, ceci est telle ou telle chose, ils ont attaché à un objet et à un fait tel vocable et par là ils se le sont pour ainsi dire appropriés. Elles disent, ce faisant ils ont gueulé hurlé de toutes leurs forces pour te réduire au silence. Elles disent, le langage que tu parles t'empoisonne la glotte la langue le palais les lÚvres. Elles disent le langage que tu parles est fait de mots qui te tuent. Elles disent, le langage que tu parles est fait de signes qui à proprement parler désignent ce qu'ils se sont appropriés. Ce sur quoi ils n'ont pas mis la main, ce sur quoi ils n'ont pas fondu comme des rapaces aux yeux multiples, cela n'apparaßt pas dans le langage que tu parles. Cela se manifeste juste dans l'intervalle que les maßtres n'ont pas pu combler avec leurs mots de propriétaires et de possesseurs, cela peut se chercher dans la lacune, dans tout ce qui n'est pas la continuité de leurs discours, dans le zéro, le O, le cercle parfait que tu inventes pour les emprisonner et pour les vaincre.
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Monique Wittig (Les GuérillÚres)
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Je vous rappelle ce trait d’Histoire pour vous faire entendre que non seulement les diffĂ©rents corps de votre armĂ©e doivent se secourir mutuellement, mais encore qu’il faut que vous secouriez vos alliĂ©s, que vous donniez mĂȘme du secours aux peuples vaincus qui en ont besoin ; car, s’ils vous sont soumis, c’est qu’ils n’ont pu faire autrement ; si leur souverain vous a dĂ©clarĂ© la guerre, ce n’est pas de leur faute. Rendez-leur des services, ils auront leur tour pour vous en rendre aussi. p87
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Sun Tzu (L'art de la guerre)
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« On n’est vĂ©ritablement morte que quand on n’est plus aimĂ©e, ton dĂ©sir m’a rendu la vie, la puissante Ă©vocation de ton cƓur a supprimĂ© les distances qui nous sĂ©paraient. » [...] En effet, rien ne meurt, tout existe toujours ; nulle force ne peut anĂ©antir ce qui fut une fois. Toute action, toute parole, toute forme, toute pensĂ©e tombĂ©e dans l’ocĂ©an universel des choses y produit des cercles qui vont s’élargissant jusqu’aux confins de l’éternitĂ©. La figuration matĂ©rielle ne disparaĂźt que pour les regards vulgaires, et les spectres qui s’en dĂ©tachent peuplent l’infini. PĂąris continue d’enlever HĂ©lĂšne dans une rĂ©gion inconnue de l’espace. La galĂšre de ClĂ©opĂątre gonfle ses voiles de soie sur l’azur d’un Cydnus idĂ©al. Quelques esprits passionnĂ©s et puissants ont pu amener Ă  eux des siĂšcles Ă©coulĂ©s en apparence, et faire revivre des personnages morts pour tous. Faust a eu pour maĂźtresse la fille de Tyndare, et l’a conduite Ă  son chĂąteau gothique, du fond des abĂźmes mystĂ©rieux de l’HadĂšs.
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Théophile Gautier
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Depuis ce temps, je respecte le vƓu de la morte. Moi, comme les chiens, j’éprouve le besoin de l’infini
 Je ne puis, je ne puis contenter ce besoin ! Je suis fils de l’homme et de la femme, d’aprĂšs ce qu’on m’a dit. Ça m’étonne
 je croyais ĂȘtre davantage ! Au reste, que m’importe d’oĂč je viens ? Moi, si cela avait pu dĂ©pendre de ma volontĂ©, j’aurais voulu ĂȘtre plutĂŽt le fils de la femelle du requin, dont la faim est amie des tempĂȘtes, et du tigre, Ă  la cruautĂ© reconnue : je ne serais pas si mĂ©chant.
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Comte de Lautréamont (Les Chants de Maldoror)
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C'est le mythe du commerce comme fin en soi, de l'homme fait pour le commerce et non l'inverse, qui a fait dépérir l'art, et tout l'appareillage de fortune auquel on a eu recours pour la mise en pratique de ce principe erroné. Les machines, les chemins de fer et le reste qui nous dominent tous à présent, auraient pu rester sous notre contrÎle si nous n'avions pas décidé de rechercher le profit et une activité coûte que coûte, en instaurant quelque temps cette anarchie corrumpue et corruptrice qui a usurpé le nom de société.
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William Morris (L'Art en ploutocratie (French Edition))
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Je suis encore un homme jeune, et pourtant, quand je songe Ă  ma vie, c’est comme une bouteille dans laquelle on aurait voulu faire entrer plus qu’elle ne peut contenir. Est-ce le cas pour toute vie humaine, ou suis-je nĂ© dans une Ă©poque qui repousse toute limite et qui bat les existences comme les cartes d’un grand jeu de hasard ? Moi, je ne demandais pas grand-chose. J'aurais aimĂ© ne jamais quitter le village. Les montagnes, les bois, nos riviĂšres, tout cela m’aurait suffi. J’aurais aimĂ© ĂȘtre tenu loin de la rumeur du monde, mais autour de moi bien des peuples se sont entretuĂ©s. Bien des pays sont morts et ne sont plus que des noms dans les livres d’Histoire. Certains en ont dĂ©vorĂ© d’autres, les ont Ă©ventrĂ©s, violĂ©s, souillĂ©s. Et ce qui est juste n’a pas toujours triomphĂ© de ce qui est sale. Pourquoi ai-je dĂ», comme des milliers d’autres hommes, porter une croix que je n’avais pas choisie, endurer un calvaire qui n’était pas fait pour mes Ă©paules et qui ne me concernait pas? Qui a donc dĂ©cidĂ© de venir fouiller mon obscure existence, de dĂ©terrer ma maigre tranquillitĂ©, mon anonymat gris, pour me lancer comme une boule folle et minuscule dans un immense jeu de quilles? Dieu? Mais alors, s’Il existe, s’Il existe vraiment, qu’Il se cache. Qu’Il pose Ses deux mains sur Sa tĂȘte, et qu’Il la courbe. Peut-ĂȘtre, comme nous l'apprenait jadis Peiper, que beaucoup d’hommes ne sont pas dignes de Lui, mais aujourd’hui je sais aussi qu’Il n'est pas digne de la plupart d’entre nous, et que si la crĂ©ature a pu engendrer l’horreur c’est uniquement parce que son CrĂ©ateur lui en a soufflĂ© la recette.
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Philippe Claudel (Brodeck)
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Il est possible qu'Ă  des Ă©poques antĂ©rieures, oĂč les ours Ă©taient nombreux, la virilitĂ© ait pu jouer un rĂŽle spĂ©cifique et irremplaçable; mais depuis quelques siĂšcles, les hommes ne servaient visiblement Ă  peu prĂšs plus Ă  rien. Ils trompaient parfois leur ennui en faisant des parties de tennis, ce qui Ă©taient un moindre mal; mais parfois aussi ils estimaient utile de faire avancer l'histoire, c'est-Ă -dire essentiellement de provoquer des rĂ©volutions et des guerres. Outre les souffrances absurdes qu'elles provoquaient, les rĂ©volutions et les guerres dĂ©truisaient le meilleurs du passĂ©, obligeant Ă  chaque fois Ă  faire table rase pour rebĂątir. Non inscrite dans le cours rĂ©gulier d'une ascension progressive, l'Ă©volution humaine acquĂ©rait ainsi un tour chaotique, dĂ©structurĂ©, irrĂ©gulier et violent. Tout cela les hommes (avec leur goĂ»t du risque et du jeu, leur vanitĂ© grotesque, leur irresponsabilitĂ©, leur violence fonciĂšre) en Ă©taient directement et exclusivement responsables. Un monde composĂ© de femmes serait Ă  tous points de vue infiniment supĂ©rieur; il Ă©voluerait plus lentement, mais avec rĂ©gularitĂ©, sans retours en arriĂȘre et sans remises en cause nĂ©fastes, vers un Ă©tat de bonheur commun.
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Michel Houellebecq
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Oui, si le souvenir, grĂące Ă  l’oubli, n’a pu contracter aucun lien, jeter aucun chaĂźnon entre lui et la minute prĂ©sente, s’il est restĂ© Ă  sa place, Ă  sa date, s’il a gardĂ© ses distances, son isolement dans le creux d’une vallĂ©e ou Ă  la pointe d’un sommet, il nous fait tout Ă  coup respirer un air nouveau, prĂ©cisĂ©ment parce que c’est un air qu’on a respirĂ© autrefois, cet air plus pur que les poĂštes ont vainement essayĂ© de faire rĂ©gner dans le Paradis et qui ne pourrait donner cette sensation profonde de renouvellement que s’il avait Ă©tĂ© respirĂ© dĂ©jĂ , car les vrais paradis sont les paradis qu’on a perdus.
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Marcel Proust (Le Temps Retrouve)
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Pour ce qu’il avait pu en observer l’existence des hommes s’organisait autour du travail, qui occupait la plus grande partie de la vie, et s’accomplissait dans des organisations de dimension variable. A l’issue des annĂ©es de travail s’ouvrait une pĂ©riode plus brĂšve, marquĂ©e par le dĂ©veloppement de diffĂ©rentes pathologies. Certains ĂȘtres humains, pendant la pĂ©riode la plus active de leur vie, tentaient en outre de s’associer dans des micro-regroupements, qualifies de familles, ayant pour but la reproduction de l’espĂšce ; mais ces tentatives, le plus souvent, tournaient court, pour des raisons liĂ©es a la <>.
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Michel Houellebecq
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Et puis, je me dédoublai. L'année précédente, quand je « faisais du cinéma », je jouais mon propre rôle, je me jetais à corps perdu dans l'imaginaire et j'ai pensé plus d'une fois m'y engouffrer tout entier. Auteur, le héros c'était encore moi, je projetais en lui mes rêves épiques. Nous étions deux, pourtant: il ne portait pas mon nom et je ne parlais de lui qu'à la troisième personne. Au lieu de lui prêter mes gestes, je lui façonnais par des mots un corps que je prétendis voir. Cette « distanciation » soudaine aurait pu m'effrayer: elle me charma; je me réjouis d'être lui sans qu'il fût tout à fait moi.
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Jean-Paul Sartre
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Ce dernier talent correspond proprement Ă  ce qu’on appelle l’ñme ; car exprimer et rendre universellement communicable ce qu’il y a d’indicible dans l’état d’esprit associĂ© Ă  une certaine reprĂ©sentation – et ce, que l’expression relĂšve du langage, de la peinture ou de la plastique -, cela requiert un pouvoir d’apprĂ©hender le jeu si fugace de l’imagination et de le synthĂ©tiser dans un concept qui se peut communiquer sans la contrainte de rĂšgles (un concept qui, prĂ©cisĂ©ment pour cette raison, est original et fait apparaĂźtre en mĂȘme temps une rĂšgle nouvelle qui n’a pu rĂ©sulter d’aucun principe ou d’aucun exemple qui l’eusse prĂ©cĂ©dĂ©e).
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Immanuel Kant (La Critique de la faculté de juger (Critique du jugement esthétique): Une oeuvre fondamentale de l'esthétique moderne (La troisiÚme grand ouvrage critique ... de la raison pratique))
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Cet objectif a Ă©tĂ© atteint par une mĂ©thode occidentale : l’application d’une taxe fonciĂšre nationale de 3 %. Les agriculteurs japonais Ă©taient mĂ©contents et se sont rĂ©voltĂ©s pĂ©riodiquement du fait qu’ils devaient payer comptant cette taxe chaque annĂ©e, et ce, quel que soit le volume de la rĂ©colte. Mais s’ils avaient eu connaissance des taux d’imposition occidentaux modernes, ils auraient pu s’estimer heureux
 Dans l’État oĂč je vis, la Californie, par exemple, nous payons un impĂŽt foncier de 1 %, plus un impĂŽt d’État sur le revenu qui peut atteindre 12 %, plus un impĂŽt national sur le revenu qui va chercher actuellement dans les 44 %.
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Jared Diamond (Bouleversement: Les nations face aux crises et au changement)
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Et s’il venait avec violence ? Et s’il venait et ne me lĂąchait plus, un chagrin venu pour rester, et me faisait ce qu’avait fait mon dĂ©sir d’Oliver ces nuits oĂč il me semblait qu’il manquait quelque chose de si essentiel Ă  ma vie que cela aurait aussi bien pu manquer Ă  mon corps, de sorte que le perdre alors, lui, serait comme de perdre un bras qu’on peut voir sur toutes les photos de soi dans la maison, mais sans lequel on ne pourra plus ĂȘtre vraiment soi-mĂȘme. On le perd, comme on a su qu’on le perdrait, et comme on s’y Ă©tait mĂȘme prĂ©paré ; mais on ne peut se rĂ©signer Ă  cette perte. Et espĂ©rer ne pas y penser, ne pas rĂȘver Ă  ce qu’on a perdu, est tout aussi amer.
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André Aciman (Call Me By Your Name (Call Me By Your Name, #1))
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Moi, le clandestin, je leur rappelle cela. Le vide. Le hasard qui les fonde. A tous. C’est pour ça qu’ils me haĂŻssent. Parce que je rode dans leurs villes, parce que je squatte leurs bĂątiments dĂ©saffectĂ©s, parce que j’accepte le travail qu’ils refusent, je leur dis, aux EuropĂ©ens, que j’aimerais ĂȘtre Ă  leur place, que les privilĂšges que le sort aveugle leur a donnĂ©s, je voudrais les acquĂ©rir : en face de moi, ils rĂ©alisent qu’ils ont de la chance, qu’ils ont tirĂ© un bon numĂ©ro, que le couperet fatal leur est passĂ© au ras des fesses, et se souvenir de cette premiĂšre et constitutive fragilitĂ© les glace, les paralyse. Car les hommes tentent, pour oublier le vide, de se donner de la consistance, de croire qu’ils appartiennent pour des raisons profondes, immuables, Ă  une langue, une nation, une rĂ©gion, une race, une histoire, une morale, une histoire, une idĂ©ologie, une religion. Or malgrĂ© ces maquillages, chaque fois que l’homme s’analyse, ou chaque fois qu’un clandestin s’approche de lui, les illusions s’effacent, il aperçoit le vide : il aurait pu ne pas ĂȘtre ainsi, ne pas ĂȘtre italien, ne pas ĂȘtre chrĂ©tien, ne pas
 Les identitĂ©s qu’il cumule et qui lui accordent de la densitĂ©, il sait au fond de lui qu’il s’est bornĂ© Ă  les recevoir, puis Ă  les transmettre. Il n’est que le sable qu’on a versĂ© en lui ; de lui-mĂȘme, il n’est rien.
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Éric-Emmanuel Schmitt (Ulysse from Bagdad)
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J’admire qu’on puisse trouver au bord de la MĂ©diterranĂ©e des certitudes et des rĂšgles de vie, qu’on y satisfasse sa raison et qu’on y justifie un optimisme et un sens social. Car enfin, ce qui me frappait alors ce n’était pas un monde fait Ă  la mesure de l’homme - mais qui se refer-mait sur l’homme. Non, si le langage de ces pays s’accordait Ă  ce qui rĂ©sonnait profondĂ©ment en moi, ce n’est pas parce qu’il rĂ©pondait Ă  mes questions, mais parce qu’il les rendait inutiles. Ce n’était pas des actions de grĂąces qui pouvaient me monter aux lĂšvres, mais ce Nada qui n’a pu naĂźtre que devant des paysages Ă©crasĂ©s de soleil. Il n’y a pas d’amour de vivre sans dĂ©sespoir de vivre.
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Albert Camus (L'envers et l'endroit)
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Qui me reflĂšte sinon toi-mĂȘme Je me vois si peu Sans toi je ne vois rien Qu’une Ă©tendue dĂ©serte Entre autrefois et aujourd’hui Il y a eu toutes ces morts Que j’ai franchies Sur de la paille Je n’ai pas pu percer Le mur de mon miroir Il m’a fallu apprendre Mot par mot la vie Comme on oublie Je t’aime pour ta sagesse Qui n’est pas la mienne Pour la santĂ© je t’aime Contre tout ce qui n’est qu’illusion Pour ce cƓur immortel Que je ne dĂ©tiens pas Que tu crois ĂȘtre le doute Et tu n’es que raison Tu es le grand soleil Qui me monte Ă  la tĂȘte Quand je suis sĂ»r de moi Quand je suis sĂ»r de moi Tu es le grand soleil Qui me monte Ă  la tĂȘte Quand je suis sĂ»r de moi Quand je suis sĂ»r de moi
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Paul Éluard
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Quelles bizarreries ne trouve-t-on pas dans une ville, qund on sait se promener et regarder? La ville fourmille de monstres innocents. - Seigneur, mon Dieu! vous, le CrĂ©ateur, vous, le MaĂźtre; vous qui avez fait la Loit et la LibertĂ©; vous, le souverain qui laissez faire; vous, le juge qui pardonnez; vous qui ĂȘtes plein de motifs et de causes, et qui avez peut-ĂȘtre mis dans mon esprit le goĂ»t de l'horreur pour convertir mon coeur, comme la guĂ©rison au bout d'une lame; Seigneur, ayez pitiĂ©, ayez pitiĂ© des fous et des folles! Ô CrĂ©ateur! peut-il exister des monstres aux yeux de Celui-lĂ  seul qui sait pourquoi ils existent,comment ils se sont faits et comment ils auraient pu ne pas se faire?
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Charles Baudelaire
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Les donnĂ©es scientifiques et Ă©sotĂ©riques montrent lÂŽimportance du sommeil et des rĂȘves dans la vie de lÂŽindividu. Il est aisĂ© de comprendre pourquoi les rĂȘves ont jouĂ© et jouent un rĂŽle important pour guider les comportements de nombreuses civilisations anciennes. Il est aisĂ© de comprendre, Ă©galement, pourquoi des rites sont proposĂ©s avant lÂŽendormissement par les religions ou sur le chemin de lÂŽinitiation (rĂ©trospection, priĂšres, mĂ©ditations, exercices respiratoires, relaxation, etc...). Ils ont pour but de purifier les corps astral ou mental des substances grossiĂšres qui auraient pu les pĂ©nĂ©trer au cours de la journĂ©e et dÂŽorienter la conscience vers des plans vibratoires Ă©levĂ©s de lÂŽUnivers.
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Marie-France Bel (Corps Subtils, Science et Médecine)
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Ce n'est pas par l'importation de l'or et de l'argent que la dĂ©couverte de l'AmĂ©rique a enrichi l'Europe. [...] En ouvrant Ă  toutes les marchandises de l'Europe un nouveau marchĂ© presque inĂ©puisable, elle a donnĂ© naissance Ă  de nouvelles divisions de travail, Ă  de nouveaux perfectionnements de l'industrie, qui n'auraient jamais pu avoir lieu dans le cercle Ă©troit oĂč le commerce Ă©tait anciennement resserrĂ©, cercle qui ne leur offrait pas de marchĂ© suffisant pour la plus grande partie de leur produit. Le travail se perfectionna, sa puissance productive augmenta, son produit s'accrut dans tous les divers pays de l'Europe, et en mĂȘme temps s'accrurent avec lui la richesse et le revenu rĂ©el des habitants.
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Adam Smith (An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations)
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MalgrĂ© leur nombre et un siĂšcle de recherches, l'Ă©criture libyque garde encore aujourd'hui une grande partie de ses secrets. En effet, ces inscriptions demeurent pour l'essentiel indĂ©chiffrĂ©s, mĂȘme si quelques-unes bilingues ont apportĂ© quelques lueurs. "Aussi, c'est sans surprise que l'on constate qu'il a pu rĂ©gner chez certains auteurs, un doute tenace quant Ă  la parentĂ© du libyque et du berbĂšre. ... C'est pourquoi L. Galand en arrivait Ă  se demander si ces inscriptions libyques (ou, du moins, un certain nombre d'entre elles) n'Ă©taient pas rĂ©digĂ©es dans une langue qui n'aurait pas de rapports directs avec le berbĂšre". Il faut espĂ©rer qu'un jour, les spĂ©cialistes en libyque pourront apporter une solution Ă  ce problĂšme.
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Ait Ali Yahia Samia (Les stĂšles Ă  inscriptions libyques de la Grande Kabylie)
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NaguĂšre Raymond s'Ă©tonnait de sentir Ă  sa portĂ©e la fameuse Maria Cross; il se rĂ©pĂ©tait : « Cette petite femme si simple, c'est Maria Cross. » Et il n'aurait eu qu'Ă  tendre la main : elle Ă©tait lĂ , soumise, inerte, il aurait pu la prendre, la laisser tomber, la ressaisir; — et tout Ă  coup le geste de ses bras tendus avait suffi pour Ă©loigner cette Maria vertigineusement. Ah! elle Ă©tait lĂ  encore; mais il savait d'une science sĂ»re que dĂ©sormais il ne la toucherait pas plus qu'une Ă©toile. Ce fut alors qu'il vit qu'elle Ă©tait belle : tout occupĂ© de savoir comment cueillir et manger le fruit, sans mettre une seconde en doute que ce fruit lui fĂ»t destinĂ©, il ne l'avait jamais regardĂ©e ; — cela te reste maintenant de la dĂ©vorer des yeux.
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François Mauriac (Le désert de l'amour (Littérature) (French Edition))
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Il avait pris le temps de l’analyser sous tous les angles et il aurait pu la reconnaĂźtre parmi des milliers de personnes. Il ne pouvait pas nier qu’il la trouvait intrigante
 Et il n’était pas du genre Ă  refouler ses fantasmes. Il savait que Lee le dĂ©testait, mais lui, il ne l’avait pas oubliĂ©e. Comment pourrait-il l’oublier ? Depuis le tournoi, il n’avait jamais oubliĂ© la flamme qu’il avait vue dans ses yeux au moment de sa dĂ©faite. Il l’avait Ă©crasĂ©e et il n’éprouvait pas une once de culpabilité  Elle le mĂ©ritait, ce n’était qu’une petite vantarde. Ce dĂ©sir qu’il Ă©prouvait pour elle aurait dĂ» se dissiper depuis autant d’annĂ©es, et pourtant, il brĂ»lait toujours en lui. Il Ă©tait mĂȘme devenu plus intense, plus fou. Il se rĂ©jouissait de pouvoir la traquer, il adorait jouer.
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Myosotis (Vices et Maléfices (Sexe, Secrets & SortilÚges #1))
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Pourquoi devrais-je consacrer ce qui me reste de courage et d'Ă©nergie, sans parler de mon temps, Ă  Ă©crire sur les dĂ©prĂ©dations Ă©cologiques, alors qu'il suffit Ă  toute personne moyennement intelligente de se pencher par la fenĂȘtre pour constater, hormis en de trĂšs rares lieux, Ă  quel point nous avons souillĂ© notre nid ? Cette perception est parfois insupportable Ă  certains d'entre nous, comme si nous Ă©tions condamnĂ©s Ă  porter durant toute notre vie le pesant et rĂ©pugnant havresac de ce savoir. Cette prise de conscience peut trĂšs bien entamer notre bonheur, troubler notre sommeil et nos mariages, gĂącher nos promenades quotidiennes et jsuqu'Ă  la grace Ă©phĂ©mĂšre d'une rĂ©alitĂ© implacable. Ce savoir se rĂ©sume toujours dans la duretĂ© de "ce qui est" comparĂ© Ă  "ce qui aurait pu ĂȘtre".
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Jim Harrison (Off to the Side: A Memoir)
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L'affaire du couvent des PĂšres Blancs ne fut pas mauvaise. J'aurais pu faire main basse sur bien des choses prĂ©cieuses mais, pour ĂȘtre un indĂ©vot, je ne suis pas un incroyant et l'idĂ©e seule de m'emparer d'objets du culte, mĂȘme s'ils sont d'or et d'argent massifs, m'emplit d'horreur. Les bons moins pleureront leurs palimpsestes, incunables et antiphonaires disparus, mais ils loueront le Seigneur d'avoir dĂ©tournĂ© une main impie de leurs ciboires et de leurs ostensoirs. [...] La vente du buste du dieu Terme m'a rapportĂ© une fortune...oui, une fortune. Le quart m'a suffit pour racheter les parchemins, incunables et antiphonaires dĂ©robĂ©s aux bons PĂšres Blancs. Demain, je leur enverrai leur bien en leur demandant des priĂšres...et non pour moi seul. Mais j'ai gardĂ© le mĂ©moire. Ils me doivent bien cela.
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Jean Ray (Malpertuis: The Classic Modern Gothic Novel)
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Ni l’Inde ni les pythagoriciens n’ont pratiquĂ© la science actuelle, et isoler chez eux les Ă©lĂ©ments de technique rationnelle, qui rappellent notre science, des Ă©lĂ©ments mĂ©taphysiques, qui ne la rappellent point, c’est une opĂ©ration arbitraire et violente, contraire Ă  l’objectivitĂ© vĂ©ritable. Platon ainsi dĂ©cantĂ© n’a plus qu’un intĂ©rĂȘt anecdotique alors que toute sa doctrine est d’installer l’homme dans la vie supratemporelle et supradiscursive de la pensĂ©e, dont les mathĂ©matiques, comme le monde sensible, peuvent ĂȘtre les symboles. Si donc les peuples ont pu se passer de notre science autonome pendant des millĂ©naires et sous tous les climats, c’est que cette science n’est pas nĂ©cessaire; et si elle est apparue comme phĂ©nomĂšne de civilisation brusquement et en un seul lieu, c’est pour rĂ©vĂ©ler son essence contingente.
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Fernand Brunner (Science et réalité)
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Il n'y a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain. Un paysage pourra ĂȘtre beau, gracieux, sublime, insignifiant ou laid ; il ne sera jamais risible. On rira d'un animal, mais parce qu'on aura surpris chez lui une attitude d'homme ou une expression humaine. On rira d'un chapeau; mais ce qu'on raille alors, ce n'est pas le morceau de feutre ou de paille, c'est la forme que les hommes lui ont donnĂ©e, c'est le caprice humain dont il a pris le moule. Comment un fait aussi important, dans sa simplicitĂ©, n'a-t-il pas fixĂ© davantage l'attention des philosophes? Plusieurs ont dĂ©fini l'homme "un animal qui sait rire". Ils auraient aussi bien pu le dĂ©finir un animal qui fait rire, car si quelque autre animal y parvient, ou quelque objet inanimĂ©, c'est par une ressemblance avec l'homme, par la marque que l'homme y imprime ou par l'usage que l'homme en fait.
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Henri Bergson (Laughter: An Essay on the Meaning of the Comic)
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L'objet de leur discussion aperçut alors son reflet, comme elles auraient pu elles aussi le voir, dans un miroir Ă  cadre dorĂ© sur le mur opposĂ© : une silhouette Ă©trange, contorsionnĂ©e, une jambe enroulĂ©e sur l'autre, la main droite serrĂ©e dans la gauche, et une tĂȘte hirsute inclinĂ©e sur le cĂŽtĂ©. L'angle de vue effaçait le reste de la piĂšce et il donnait l'impression d'ĂȘtre seul au centre d'une immensitĂ© blanche. Un paysage de neige givrĂ© sur lequel tombaient les rayons du soleil. L'Ă©tĂ© arctique : rien ne bouge, rien ne vit et le ciel est dĂ©gagĂ©. Ce n'est pas moi, pensa-t-il. Et pourtant, si. Tout Ă©tait faux Ă  propos de cet homme. Jamais son reflet ne montrerait la vĂ©ritĂ© qu'il avait en vie de crier tout haut. (
) Alors qu'il avait cru pouvoir crier, une toute petite voix s'Ă©chappa de lui. ‘J'ai aimĂ©, leur dit-il. Ce qui signifie que j'ai vĂ©cu. A ma maniĂšre.’ Il n'y avait rien Ă  ajouter.
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Damon Galgut (Arctic Summer)
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Il ne le sait pas encore mais, dans les annĂ©es Ă  venir, il ne cessera de tester les dĂ©clarations de dĂ©votion de Harold, confrontera ses promesses pour voir Ă  quel point elles sont fermes. Il ne sera mĂȘme pas conscient de ses actes. Mais il les perpĂ©trera de toute façon, parce qu'une part de lui ne croira jamais Harold et Julia ; il a beau le vouloir profondĂ©ment, ĂȘtre persuadĂ© qu'il les croit, il ne leur accordera pas sa confiance, et il sera toujours convaincu qu'ils finiront par se lasser de lui, regretteront un jour leur engagement vis-Ă -vis de lui. Aussi les dĂ©fiera-t-il, parce que, lorsque leur relation inĂ©luctablement se terminera, il pourra regarder en arriĂšre et avoir la certitude que c'est de sa faute et, non seulement cela, mais il connaĂźtra l'incident spĂ©cifique qui aura causĂ© la rupture et n'aura jamais Ă  s'inquiĂ©ter ou se demander quelle erreur il aura commise ou ce qu'il aurait pu mieux faire.
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Hanya Yanagihara
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Seigneur, voyez l’état oĂč vous me rĂ©duisez. J’ai vu mon pĂšre mort, et nos murs embrasĂ©s; J’ai vu trancher les jours de ma famille entiĂšre, Et mon Ă©poux sanglant traĂźnĂ© sur la poussiĂšre, Son fils seul avec moi, rĂ©servĂ© pour les fers. Mais que ne peut un fils! Je respire, je sers. J’ai fait plus; je me suis quelquefois consolĂ©e Qu’ici, plutĂŽt qu’ailleurs, le sort m’eĂ»t exilĂ©e; Qu’heureux dans son malheur, le fils de tant de rois, Puisqu’il devait servir, fĂ»t tombĂ© sous vos lois; J’ai cru que sa prison deviendrait son asile. Jadis Priam soumis fut respectĂ© d’Achille: J’attendais de son fils encor plus de bontĂ©. Pardonne, cher Hector, Ă  ma crĂ©dulitĂ©! Je n’ai pu soupçonner ton ennemi d’un crime : MalgrĂ© lui-mĂȘme enfin je l’ai cru magnanime. Ah! s’il l’était assez pour nous laisser du moins Au tombeau qu’à ta cendre ont Ă©levĂ© mes soins, Et que, finissant lĂ  sa haine et nos misĂšres, Il ne sĂ©parĂąt point des dĂ©pouilles si chĂšres!
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Jean Racine (Andromaque)
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Ce qui est tout Ă  fait extraordinaire, c’est la rapiditĂ© avec laquelle la civilisation du Moyen-Âge tomba dans le plus complet oubli ; les hommes du XVIIe siĂšcle n’en avaient plus la moindre notion, et les monuments qui en subsistaient ne reprĂ©sentaient plus rien Ă  leurs yeux, ni dans l’ordre intellectuel, ni mĂȘme dans l’ordre esthĂ©tique ; on peut juger par lĂ  combien la mentalitĂ© avait Ă©tĂ© changĂ©e dans l’intervalle. Nous n’entreprendrons pas de rechercher ici les facteurs, certainement fort complexes, qui concoururent Ă  ce changement, si radical qu’il semble difficile d’admettre qu’il ait pu s’opĂ©rer spontanĂ©ment et sans l’intervention d’une volontĂ© directrice dont la nature exacte demeure forcĂ©ment assez Ă©nigmatique ; il y a, Ă  cet Ă©gard, des circonstances bien Ă©tranges, comme la vulgarisation, Ă  un moment dĂ©terminĂ©, et en les prĂ©sentant comme des dĂ©couvertes nouvelles, de choses qui Ă©taient connues en rĂ©alitĂ© depuis fort longtemps, mais dont la connaissance, en raison de certains inconvĂ©nients qui risquaient d’en dĂ©passer les avantages, n’avait pas Ă©tĂ© rĂ©pandue jusque lĂ  dans le domaine public (1). Il est bien invraisemblable aussi que la lĂ©gende qui fit du moyen Ăąge une Ă©poque de « tĂ©nĂšbres », d’ignorance et de barbarie, ait pris naissance et se soit accrĂ©ditĂ©e d’elle-mĂȘme, et que la vĂ©ritable falsification de l’histoire Ă  laquelle les modernes se sont livrĂ©s ait Ă©tĂ© entreprise sans aucune idĂ©e prĂ©conçue ; mais nous n’irons pas plus avant dans l’examen de cette question, car, de quelque façon que ce travail se soit accompli, c’est, pour le moment, la constatation du rĂ©sultat qui, en somme, nous importe le plus. (1) Nous ne citerons que deux exemples, parmi les faits de ce genre qui devaient avoir les plus graves consĂ©quences : la prĂ©tendue invention de l’imprimerie, que les Chinois connaissaient antĂ©rieurement Ă  l’ùre chrĂ©tienne et la dĂ©couverte « officielle » de l’AmĂ©rique, avec laquelle des communications beaucoup plus suivies qu’on ne le pense avaient existĂ© durant tout le moyen Ăąge.
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René Guénon (The Crisis of the Modern World)
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J'ai fait ces vers lĂ  hier, pendant la rĂ©crĂ©ation; je suis entrĂ© dans la chapelle, je me suis enfermĂ© dans un confessionnal, et lĂ , ma jeune poesie a pu palpiter et s'envoler, dans le rĂȘve et le silence, vers les sphĂšres de l'amour. Puis, comme on vient m'enlever mes moindres papiers dans mes poches, la nuit et le jour, j'ai cousu ces vers en bas de mon dernier vĂȘtement, celvi qui touche immĂ©diatement Ă  ma peu, et, pendant l'Ă©tude, je tire, sous mes habits, ma poesie sur mon coeur, et je la presse longuement en rĂȘvant... I wrote these verses yesterday, during recess. I went into the chapel and closed myself up in a confessional. There in dreams and silence my young poetry could palpitate and fly off toward the skies of love. Then, since they come day and night and rob me of whatever papers are in my pockets, I sewed these verses into the lower part of my underclothing, which is closest to my skin, and during study hour, I pull, under my clothes, my poetry over my heart, and I press it there for a long time as I dream...
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Arthur Rimbaud
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La Grande Terreur ne fut ni la premiĂšre vague d’arrestations en Union soviĂ©tique, ni la plus grande : les prĂ©cĂ©dents accĂšs de terreur avaient Ă©tĂ© largement dirigĂ©s contre les paysants et les minoritĂ©s ethniques, notamment ceux qui vivaient Ă  proximitĂ© de la frontiĂšre soviĂ©tique. Mais elle fut la premiĂšre Ă  viser la haute direction du Parti, et suscita un profond malaise chez les communistes, au pays comme Ă  l’étranger. Le moment venu, la Grande Terreur aurait pu conduire Ă  une vĂ©ritable dĂ©sillusion. Mais, par un effet du hasard, la Seconde Guerre mondiale sauva le stalinisme – et Staline. MalgrĂ© le chaos et les erreurs, malgrĂ© les morts en masse et l’immensitĂ© des destructions, la victoire conforta la lĂ©gitimitĂ© du sytĂšme et de son dirigeant, en « prouvant » la valeur. Au lendemain de la victoire, le culte quasi religieux de Staline atteignit de nouveaux sommets. La propagande soviĂ©tique dĂ©crivit le leader soviĂ©tique comme « l’incarnation de leur hĂ©roĂŻsme, de leur patriotisme et de leur dĂ©vouement Ă  la Patrie socialiste »
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Anne Applebaum (Iron Curtain: The Crushing of Eastern Europe 1944-1956)
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Ce que l'ingĂ©niositĂ© des hommes nous a offert dans ces cent derniĂšres annĂ©es aurait pu faciliter une vie libre et heureuse, si le progrĂšs entre les humains s'effectuait en mĂȘme temps que les progrĂšs sur les choses. Or le rĂ©sultat laborieux ressemble pour ceux de notre gĂ©nĂ©ration Ă  ce que serait un rasoir pour un enfant de trois ans. La conquĂȘte de fabuleux moyens de production n'a pas apportĂ© la libertĂ©, mais les angoisses et la faim. Pire encore, les progrĂšs techniques fournissent les moyens d'anĂ©antir la vie humaine et tout ce qui a Ă©tĂ© durement créé par l'homme. Nous, les anciens, avons vĂ©cu cette abomination pensant la guerre mondiale. Mais plus ignoble que cet anĂ©antissement, nous avons vĂ©cu l'esclavage ignominieux oĂč l'homme se voit entraĂźnĂ© par la guerre ! N'est-il pas Ă©pouvantable d'ĂȘtre contraint par la communautĂ© d'accomplir des actes que chacun, face Ă  sa conscience, juge criminels ? Or peu d'ĂȘtres ont rĂ©vĂ©lĂ© une telle grandeur d'Ăąme qu'ils ont refusĂ© de les commettre. A mes yeux pourtant ils sont les vrais hĂ©ros de la guerre mondiale.
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Albert Einstein (The World As I See It)
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J'aurais voulu lui dire que je me sentais comme abimĂ©. Que j'existais sans vivre vraiment. Que des fois j'Ă©tais vide et des je fois je bouillonnais a l’intĂ©rieur, que j'Ă©tais sous pression, prĂȘt a Ă©clater. Que je ressentais plusieurs choses a la fois, comment dire? Que ça grouillait de pensĂ©es dans mon cerveau. Qu'il y avait une sorte d'impatience, comme l'envie de passer Ă  autre chose, quelque chose qui serait bien bien mieux que maintenant, sans savoir ce qui allait mal ni ce qui serait mieux. Que j'avais peur de pas y arriver, peur de pas pouvoir tenir jusque lĂ . De ne jamais ĂȘtre assez fort pour survivre Ă  ça, et que quand je disais "ça", je ne savais mĂȘme pas de quoi je parlais. Que j'arrivais pas Ă  gĂ©rer tout ce qu'il y avait dans ma tĂȘte. Que j'avais toujours l'impression d'ĂȘtre en danger, un danger permanent, de tous les cotĂ©s oĂč je regardais, d'ĂȘtre sur le point de me noyer. Comme si Ă  l'intĂ©rieur de moi le niveau montait et que j'allais ĂȘtre submergĂ©. Mais j'ai pas pu lui dire. J'ai dĂ©gluti et j'ai dit ça va aller, merci. C'Ă©tait plus facile.
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Claire-Lise Marguier (Le faire ou mourir)
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Gervaise, trĂšs sĂ©rieuse, regardait sa fille, les yeux grands ouverts, lentement assombris d'une tristesse. Elle hocha la tĂȘte ; elle aurait voulu un garçon, parce que les garçons se dĂ©brouillent toujours et ne courent pas tant de risques, dans ce Paris. La sage-femme dut enlever le poupon des mains de Coupeau. Elle dĂ©fendit aussi Ă  Gervaise de parler ; c'Ă©tait dĂ©jĂ  mauvais qu'on fĂźt tant de bruit autour d'elle. Alors, le zingueur dit qu'il fallait prĂ©venir maman Coupeau et les Lorilleux ; mais il crevait de faim, il voulait dĂźner auparavant. Ce fut un gros ennui pour l'accouchĂ©e de le voir se servir lui-mĂȘme, courir Ă  la cuisine chercher le ragoĂ»t, manger dans une assiette creuse, ne pas trouver le pain. MalgrĂ© la dĂ©fense, elle se lamentait, se tournait entre les draps. Aussi c'Ă©tait bien bĂȘte de n'avoir pas pu mettre la table; la colique l'avait assise par terre comme un coup de bĂąton. Son pauvre homme lui en voudrait, d'ĂȘtre lĂ  Ă  se dorloter, quand il mangeait si mal. Les pommes de terre Ă©taient-elles assez cuites au moins ? Elle ne se rappelait plus si elle les avait salĂ©es.
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Émile Zola (L'Assommoir)
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Esther n'Ă©tait certainement pas bien Ă©duquĂ©e au sens habituel du terme, jamais l'idĂ©e ne lui serait venue de vider un cendrier ou de dĂ©barrasser le relief de ses repas, et c'est sans la moindre gĂȘne qu'elle laissait la lumiĂšre allumĂ©e derriĂšre elle dans les piĂšces qu'elle venait de quitter (il m'est arrivĂ©, suivant pas Ă  pas son parcours dans ma rĂ©sidence de San Jose, d'avoir Ă  actionner dix-sept commutateurs); il n'Ă©tait pas davantage question de lui demander de penser Ă  faire un achat, de ramener d'un magasin oĂč elle se rendait une course non destinĂ©e Ă  son propre usage, ou plus gĂ©nĂ©ralement de rendre un service quelconque. Comme toutes les trĂšs jolies jeunes filles elle n'Ă©tait au fond bonne qu'Ă  baiser, et il aurait Ă©tĂ© stupide de l'employer Ă  autre chose, de la voir autrement que comme un animal de luxe, en tout choyĂ© et gĂ„tĂ©, protĂ©gĂ© de tout souci comme de toute tĂąche ennuyeuse ou pĂ©nible afin de mieux pouvoir se consacrer Ă  son service exclusivement sexuel. Elle n'en Ă©tait pas moins trĂšs loin d'ĂȘtre ce monstre d'arrogance, d'Ă©goĂŻsme absolu et froid, au, pour parler en termes plus baudelairiens, cette infernale petite salope que sont la plupart des trĂšs jolies jeunes filles; il y avait en elle la conscience de la maladie, de la faiblesse et de la mort. Quoique belle, trĂšs belle, infiniment Ă©rotique et dĂ©sirable, Esther n'en Ă©tait pas moins sensible aux infirmitĂ©s animales, parce qu'elle les connaissait ; c'est ce soir-lĂ  que j'en pris conscience, et que je me mis vĂ©ritablement Ă  l'aimer. Le dĂ©sir physique, si violent soit-il, n'avait jamais suffi chez moi Ă  conduire Ă  l'amour, il n'avait pu atteindre ce stade ultime que lorsqu'il s'accompagnait, par une juxtaposition Ă©trange, d'une compassion pour l'ĂȘtre dĂ©sirĂ© ; tout ĂȘtre vivant, Ă©videmment, mĂ©rite la compassion du simple fait qu'il est en vie et se trouve par lĂ -mĂȘme exposĂ© Ă  des souffrances sans nombre, mais face Ă  un ĂȘtre jeune et en pleine santĂ© c'est une considĂ©ration qui paraĂźt bien thĂ©orique. Par sa maladie de reins, par sa faiblesse physique insoupçonnable mais rĂ©elle, Esther pouvait susciter en moi une compassion non feinte, chaque fois que l'envie me prendrait d'Ă©prouver ce sentiment Ă  son Ă©gard. Étant elle-mĂȘme compatissante, ayant mĂȘme des aspirations occasionnelles Ă  la bontĂ©, elle pouvait Ă©galement susciter en moi l'estime, ce qui parachevait l'Ă©difice, car je n'Ă©tais pas un ĂȘtre de passion, pas essentiellement, et si je pouvais dĂ©sirer quelqu'un de parfaitement mĂ©prisable, s'il m'Ă©tait arrivĂ© Ă  plusieurs reprises de baiser des filles dans l'unique but d'assurer mon emprise sur elles et au fond de les dominer, si j'Ă©tais mĂȘme allĂ© jusqu'Ă  utiliser ce peu louable sentiment dans des sketches, jusqu'Ă  manifester une comprĂ©hension troublante pour ces violeurs qui sacrifient leur victime immĂ©diatement aprĂšs avoir disposĂ© de son corps, j'avais par contre toujours eu besoin d'estimer pour aimer, jamais au fond je ne m'Ă©tais senti parfaitement Ă  l'aise dans une relation sexuelle basĂ©e sur la pure attirance Ă©rotique et l'indiffĂ©rence Ă  l'autre, j'avais toujours eu besoin, pour me sentir sexuellement heureux, d'un minimum - Ă  dĂ©faut d'amour - de sympathie, d'estime, de comprĂ©hension mutuelle; l'humanitĂ© non, je n'y avais pas renoncĂ©. (La possibilitĂ© d'une Ăźle, Daniel 1,15)
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Michel Houellebecq
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Laura ne semble pas se douter de sa puissance ; pour moi qui pĂ©nĂštre dans le secret de mon cƓur, je sais bien que jusqu’à ce jour, je n’ai pas Ă©crit une ligne qu’elle n’ait indirectement inspirĂ©e. PrĂšs de moi, je la sens enfantine encore, et toute l’habiletĂ© de mon discours, je ne la dois qu’à mon dĂ©sir constant de l’instruire, de la con-vaincre, de la sĂ©duire. Je ne vois rien, je n’entends rien, sans penser aussitĂŽt : qu’en dirait-elle ? J’abandonne mon Ă©motion et ne connais plus que la sienne. Il me pa-raĂźt mĂȘme que si elle n’était pas lĂ  pour me prĂ©ciser, ma propre personnalitĂ© s’éperdrait en contours trop vagues ; je ne me rassemble et ne me dĂ©finis qu’autour d’elle. Par quelle illusion ai-je pu croire jusqu’à ce jour que je la façonnais Ă  ma ressemblance ? Tandis qu’au contraire c’est moi qui me pliais Ă  la sienne ; et je ne le remarquais pas ! Ou plutĂŽt : par un Ă©trange croisement d’influences amoureuses, nos deux ĂȘtres, rĂ©ciproquement, se dĂ©formaient. Involontairement, inconsciem-ment, chacun des deux ĂȘtres qui s’aiment se façonne Ă  cette idole qu’il contemple dans le cƓur de l’autre
 Quiconque aime vraiment renonce Ă  la sincĂ©ritĂ©.
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André Gide (The Counterfeiters)
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Mais maintenant je dirai tout, afin que tu saches qui tu quittes, de quel homme tu te sĂ©pares. Sais-tu comment d’abord je t’ai comprise ? La passion m’a saisi comme le feu, elle s’est infiltrĂ©e dans mon sang comme le poison et a troublĂ© toutes mes pensĂ©es, tous mes sentiments. J’étais enivrĂ©. J’étais comme Ă©tourdi, et Ă  ton amour pur, misĂ©ricordieux, j’ai rĂ©pondu non d’égal Ă  Ă©gal, non comme si j’étais digne de ton amour, mais sans comprendre ni sentir. Je ne t’ai pas comprise. Je t’ai rĂ©pondu comme Ă  la femme qui, Ă  mon point de vue, s’oubliait jusqu’à moi et non comme Ă  celle qui voulait m’élever jusqu’à elle. « Sais-tu de quoi je t’ai soupçonnĂ©e, ce que signifiait, s’oublier jusqu’à moi » ? Mais non, je ne t’offenserai pas par mon aveu. Je te dirai seulement que tu t’es profondĂ©ment trompĂ©e sur moi ! Jamais jamais, je n’aurais pu m’élever jusqu’à toi. Je ne pouvais que te contempler dans ton amour illimitĂ©, une fois que je t’eus comprise. Mais cela n’efface pas ma faute. Ma passion rehaussĂ©e par toi n’était pas l’amour. L’amour, je ne le craignais pas. Je n’osais pas t’aimer. Dans l’amour il y a rĂ©ciprocitĂ©, Ă©galité ; et j’en Ă©tais indigne. Je ne savais pas ce qui Ă©tait en moi !
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Fyodor Dostoevsky (Netochka Nezvanova)
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Comment se fait-il que l'humanitĂ©, en dĂ©pit de ressources planĂ©taires suffisantes et de ses prouesses technologiques sans prĂ©cĂ©dent, ne parvienne pas Ă  faire en sorte que chaque ĂȘtre humain puisse se nourrir, se vĂȘtir, s'abriter, se soigner et dĂ©velopper les potentiels nĂ©cessaires Ă  son accomplissement? Comment se fait-il que la moitiĂ© du genre humain, constituĂ©e par le monde fĂ©minin, soit toujours subordonnĂ©e Ă  l'arbitraire d'un masculin outrancier et violent? Comment se fait-il que le monde animal, Ă  savoir les crĂ©atures compagnes de notre destin et auxquelles nous devons mĂȘme notre propre survie Ă  travers l'histoire, soit ravalĂ© dans notre sociĂ©tĂ© d'hyperconsommation Ă  des masses ou Ă  des fabriques de protĂ©ines. Comment les mammifĂšres bipĂšdes auxquels j'appartiens ont-ils pu se croire le droit d'exercer d’innombrables exactions sur le monde animal, domestique ou sauvage? Comment se fait-il que nous n'ayons pas pris conscience de la valeur inestimable de notre petite planĂšte, seule oasis de vie au sein d'un dĂ©sert sidĂ©ral infini, et que nous ne cessions de la piller, de la polluer, de la dĂ©truire aveuglĂ©ment au lieu d'en prendre soin et d'y construire la paix et la concorde entre les peuples?
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Pierre Rabhi (La part du colibri: L'EspĂšce humaine face Ă  son devenir)
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Quand le soir, aprĂšs avoir conduit ma grand'mĂšre et ĂȘtre restĂ© quelques heures chez son amie, j'eus repris seul le train, du moins je ne trouvai pas pĂ©nible la nuit qui vint ; c'est que je n'avais pas Ă  la passer dans la prison d'une chambre dont l'ensommeillement me tiendrait Ă©veillĂ© ; j'Ă©tais entourĂ© par la calmante activitĂ© de tous ces mouvements du train qui me tenaient compagnie, s'offraient Ă  causer avec moi si je ne trouvais pas le sommeil, me berçaient de leurs bruits que j'accouplais comme le son des cloches Ă  Combray tantĂŽt sur un rythme, tantĂŽt sur un autre (entendant selon ma fantaisie d'abord quatre doubles croches Ă©gales, puis une double croche furieusement prĂ©cipitĂ©e contre une noire) ; ils neutralisaient la force centrifuge de mon insomnie en exerçant sur elle des pressions contraires qui me maintenaient en Ă©quilibre et sur lesquelles mon immobilitĂ© et bientĂŽt mon sommeil se sentirent portĂ©s avec la mĂȘme impression rafraĂźchissante que m'aurait donnĂ©e le repos dĂ» Ă  la vigilance de forces puissantes au sein de la nature et de la vie, si j'avais pu pour un moment m'incarner en quelque poisson qui dort dans la mer, promenĂ© dans son assoupissement par les courants et la vague, ou en quelque aigle Ă©tendu sur le seul appui de la tempĂȘte.
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Marcel Proust (A l'ombre des jeunes filles en fleurs TroisiĂšme partie)
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Wilhelm, que serait pour notre cƓur le monde sans l’amour ? Ce qu’une lanterne magique est sans lumiĂšre. A peine la petite lampe est-elle introduite, que les images les plus variĂ©es apparaissent sur la muraille blanche. Et ne fussent-elles que des fantĂŽmes passagers, cela fait pourtant notre bonheur, lorsque nous nous arrĂȘtons devant, comme des enfants joyeux, nous extasiant sur ces apparitions merveilleuses. Aujourd’hui je n’ai pu aller voir Charlotte : une sociĂ©tĂ© inĂ©vitable m’a retenu. Que faire ? J’ai envoyĂ© chez elle mon domestique, uniquement pour avoir quelqu’un prĂšs de moi qui eĂ»t approchĂ© d’elle aujourd’hui. Avec quelle impatience je l’attendais ! avec quelle joie je l’ai revu ! Je l’aurais embrassĂ©, si j’avais osĂ© m’en croire. On conte que la pierre de Bologne, si on l’expose au soleil, en absorbe les rayons, et qu’elle Ă©claire quelque temps pendant la nuit. Il en Ă©tait de mĂȘme pour moi de ce garçon. L’idĂ©e que les yeux de Charlotte s’étaient arrĂȘtĂ©s sur son visage, sur ses joues, sur les boutons de son habit et le collet de son surtout, me rendait tout cela prĂ©cieux et sacrĂ©. Dans ce moment, je n’aurais pas donnĂ© mon valet pour mille Ă©cus. Sa prĂ©sence nie faisait du bien
. Dieu te garde d’en rire ! Wilhelm, sont-ce lĂ  des fantĂŽmes, si nous sommes heureux ?
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Johann Wolfgang von Goethe (The Sorrows of Young Werther)
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Dans quel sens cette pression de sĂ©lection devait-elle pousser l'Ă©volution humaine? Bien entendu elle a pu favoriser l'expansion de races mieux douĂ©es d'intelligence, d'imagination, de volontĂ©, d'ambition. Mais elle a dĂ» aussi favoriser la cohĂ©sion de la bande, l'agressivitĂ© du groupe plus encore que le courage solitaire, le respect des lois de la tribu plus que l'initiative. J'accepte toutes les critiques qu'on voudra faire Ă  ce schĂ©ma simpliste. Je ne prĂ©tends pas diviser l'Ă©volution humaine en deux phases distinctes. Je n'ai tentĂ© que d'Ă©numĂ©rer les principales pressions de sĂ©lection qui, certainement, ont jouĂ© un rĂŽle majeur dans l'Ă©volution non seulement culturelle, mais physique de l'homme. Le point important c'est que, pendant ces centaines de milliers d'annĂ©es, l'Ă©volution culturelle ne pouvait pas ne pas influencer l'Ă©volution physique; chez l'homme plus encore que chez tout autre animal, et en raison mĂȘme de son autonomie infiniment supĂ©rieure, c'est le comportement qui oriente la pression de sĂ©lection. Et dĂšs lors que le comportement cessait d'ĂȘtre principalement automatique pour devenir culturel, les traits culturels eux-mĂȘmes devaient exercer leur pression sur l'Ă©volution du gĂ©nome. Ceci jusqu'au moment cependant oĂč la rapiditĂ© croissante de l'Ă©volution culturelle devait en dissocier complĂštement celle du gĂ©nome.
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Jacques Monod (Chance and Necessity: An Essay on the Natural Philosophy of Modern Biology)
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Il y a quelque chose d’ineffablement touchant dans notre campagne pĂ©tersbourgeoise, quand, au printemps, elle dĂ©ploie soudain toute sa force, s’épanouit, se pare, s’enguirlande de fleurs. Elle me fait songer Ă  ces jeunes filles languissantes, anĂ©miĂ©es, qui n’excitent que la pitiĂ©, parfois l’indiffĂ©rence, et brusquement, du jour au lendemain, deviennent inexprimablement merveilleuses de beautĂ©: vous demeurez stupĂ©faits devant elles, vous demandant quelle puissance a mis ce feu inattendu dans ces yeux tristes et pensifs, qui a colorĂ© d’un sang rose ces joues pĂąles naguĂšre, qui a rĂ©pandu cette passion sur ces traits qui n’avaient pas d’expression, pourquoi s’élĂšvent et s’abaissent si profondĂ©ment ces jeunes seins ? Mon Dieu ! qui a pu donner Ă  la pauvre fille cette force, cette soudaine plĂ©nitude de vie, cette beautĂ© ? Qui a jetĂ© cet Ă©clair dans ce sourire ? Qui donc fait ainsi Ă©tinceler cette gaietĂ© ? Vous regardez autour de vous, vous cherchez quelqu’un, vous devinez... Mais que les heures passent et peut-ĂȘtre demain retrouverezvous le regard triste et pensif d’autrefois, le mĂȘme visage pĂąle, les mĂȘmes allures timides, effacĂ©es : c’est le sceau du chagrin, du repentir, c’est aussi le regret de l’épanouissement Ă©phĂ©mĂšre... et vous dĂ©plorez que cette beautĂ© se soit fanĂ©e si vite : quoi ! vous n’avez pas mĂȘme eu le temps de l’aimer !...
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Fyodor Dostoevsky
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Donner un avis n’est pas compliquĂ©. On peut donner un avis au Maroc. On peut donner un avis sur la monarchie. Et d’ailleurs, on peut le voir, le Maroc applique une relative libertĂ© oĂč tout est accessible en termes de mĂ©dias. Tous les sites internet sont accessibles Ă  partir du Maroc et aucun site n’est bloquĂ©. Il y a peu de pays identiques. Il n’y a pas de sites bloquĂ©s. Vous allez en Turquie, c’est diffĂ©rent. Vous allez en ThaĂŻlande, ce n’est pas la mĂȘme chose. Vous pouvez aller dans beaucoup de pays oĂč j’ai pu voyager, il y a beaucoup de sites, parfois Facebook, parfois Twitter, qui sont soumis Ă  des restrictions. Au Maroc, il y a eu le blocage de la VoIP pour les communications Whatsapp, ça a Ă©tĂ© un scandale et ça a Ă©tĂ© rĂ©tabli. Il y a, surtout sur les rĂ©seaux sociaux et sur internet, une libertĂ© absolue. LibertĂ© ne rime pas avec qualitĂ©. Parce qu’il y a toutes sortes de choses dans cette libertĂ©. Il y a des sites qui sont orduriers. Ce n’est pas non plus la panacĂ©e, la libertĂ© absolue. Encore faut-il qu’il y ait un peu de rĂ©gulation. Il nous manque peut-ĂȘtre au Maroc un peu de rĂ©gulation
 Cela ne signifie pas qu’il faudrait interdire, loin de lĂ , mais peut-ĂȘtre essayer de sĂ©vir aussi et de faire respecter la loi
 Il ne faut pas non plus que ça soit l’anarchie, la diffamation, des maĂźtres chanteurs
 C’est quelque chose qui peut influer nĂ©gativement sur les mĂ©dias marocains qui sont sur le net. Entretien avec SouleĂŻman Bencheikh : « C’est quand mĂȘme mieux ici qu’en Turquie
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SouleĂŻman Bencheikh
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Comment des sociĂ©tĂ©s contemporaines, restĂ©es ignorantes de l'Ă©lectricitĂ© et de la machine Ă  vapeur, n'Ă©voqueraient-elles pas la phase correspondante du dĂ©veloppement de la civilisation occidentale ? Comment ne pas comparer les tribus indigĂšnes, sans Ă©criture et sans mĂ©tallurgie, mais traçant des figures sur les parois rocheuses et fabriquant des outils de pierre, avec les formes archaĂŻques de cette mĂȘme civilisation, dont les vestiges trouvĂ©s dans les grottes de France et d'Espagne attestent la similaritĂ© ? C'est lĂ  surtout que le faux Ă©volutionnisme s'est donnĂ© libre cours. Et pourtant ce jeu sĂ©duisant, auquel nous nous abandonnons presque irrĂ©sistiblement chaque fois que nous en avons l'occasion (le voyageur occidental ne se complaĂźt-il pas Ă  retrouver le "moyen Ăąge" en Orient, le "siĂšcle de Louis XIV" dans le PĂ©kin d'avant la PremiĂšre Guerre mondiale, l'"Ăąge de la pierre" parmi les indigĂšnes d'Australie ou de la Nouvelle-GuinĂ©e ?), est extraordinairement pernicieux. Des civilisations disparues, nous ne connaissons que certains aspects, et ceux-ci sont d'autant moins nombreux que la civilisation considĂ©rĂ©e est plus ancienne, puisque les aspects connus sont ceux-lĂ  seuls qui ont pu survivre aux destructions du temps. Le procĂ©dĂ© consiste donc Ă  prendre la partie pour le tout, Ă  conclure, du fait que certains aspects de deux civilisations (l'une actuelle, l'autre disparue) offrent des ressemblances, Ă  l'analogie de tous les aspects. Or non seulement cette façon de raisonner est logiquement insoutenable, mais dans bon nombre de cas elle est dĂ©mentie par les faits.
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Claude Lévi-Strauss (Race et histoire)
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Un jour, avec des yeux vitreux, ma mĂšre me dit: « Lorsque tu seras dans ton lit, que tu entendras les aboiements des chiens dans la campagne, cache-toi dans ta couverture, ne tourne pas en dĂ©rision ce qu'ils font: ils ont soif insatiable de l'infini, comme toi, comme moi, comme le reste des humains, Ă  la figure pĂąle et longue. MĂȘme, je te permets de te mettre devant la fenĂȘtre pour contempler ce spectacle, qui est assez sublime » Depuis ce temps, je respecte le voeu de la morte. Moi, comme les chiens, j'Ă©prouve le besoin de l'infini... Je ne puis, je ne puis contenter ce besoin! Je suis fils de l'homme et de la femme, d'aprĂšs ce qu'on m'a dit. Ça m'Ă©tonne... je croyais ĂȘtre davantage! Au reste, que m'importe d'oĂč je viens? Moi, si cela avait pu dĂ©pendre de ma volontĂ©, j'aurais voulu ĂȘtre plutĂŽt le fils de la femelle du requin, dont la faim est amie des tempĂȘtes, et du tigre, Ă  la cruautĂ© reconnue: je ne serais pas si mĂ©chant. Vous, qui me regardez, Ă©loignez-vous de moi, car mon haleine exhale un souffle empoisonnĂ©. Nul n'a encore vu les rides vertes de mon front; ni les os en saillie de ma figure maigre, pareils aux arĂȘtes de quelque grand poisson, ou aux rochers couvrant les rivages de la mer, ou aux abruptes montagnes alpestres, que je parcourus souvent, quand j'avais sur ma tĂȘte des cheveux d'une autre couleur. Et, quand je rĂŽde autour des habitations des hommes, pendant les nuits orageuses, les yeux ardents, les cheveux flagellĂ©s par le vent des tempĂȘtes, isolĂ© comme une pierre au milieu du chemin, je couvre ma face flĂ©trie, avec un morceau de velours, noir comme la suie qui remplit l'intĂ©rieur des cheminĂ©es : il ne faut pas que les yeux soient tĂ©moins de la laideur que l'Etre suprĂȘme, avec un sourire de haine puissante, a mise sur moi.
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Comte de Lautréamont (Les Chants de Maldoror)
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Pour quiconque veut examiner les choses avec impartialitĂ©, il est manifeste que les Grecs ont bien vĂ©ritablement, au point de vue intellectuel tout au moins, empruntĂ© presque tout aux Orientaux, ainsi qu’eux-mĂȘmes l’ont avouĂ© assez souvent ; si menteurs qu’ils aient pu ĂȘtre, ils n’ont du moins pas menti sur ce point, et d’ailleurs ils n’y avaient aucun intĂ©rĂȘt, tout au contraire. Leur seule originalitĂ©, disions-nous prĂ©cĂ©demment, rĂ©side dans la façon dont ils ont exposĂ© les choses, suivant une facultĂ© d’adaptation qu’on ne peut leur contester mais qui se trouve nĂ©cessairement limitĂ©e Ă  la mesure de leur comprĂ©hension ; c’est donc lĂ , en somme, une originalitĂ© d’ordre purement dialectique. En effet, les modes de raisonnement, qui dĂ©rivent des modes gĂ©nĂ©raux de la pensĂ©e et servent Ă  les formuler, sont autres chez les Grecs que chez les Orientaux ; il faut toujours y prendre garde lorsqu’on signale certaines analogies, d’ailleurs rĂ©elles, comme celle du syllogisme grec, par exemple, avec ce qu’on a appelĂ© plus ou moins exactement le syllogisme hindou. On ne peut mĂȘme pas dire que le raisonnement grec se distingue par une rigueur particuliĂšre ; il ne semble plus rigoureux que les autres qu’à ceux qui en ont l’habitude exclusive, et cette apparence provient uniquement de ce qu’il se renferme toujours dans un domaine plus restreint, plus limitĂ©, et mieux dĂ©fini par lĂ  mĂȘme. Ce qui est vraiment propre aux Grecs, par contre, mais peu Ă  leur avantage, c’est une certaine subtilitĂ© dialectique dont les dialogues de Platon offrent de nombreux exemples, et oĂč se voit le besoin d’examiner indĂ©finiment une mĂȘme question sous toutes ses faces, en la prenant par les plus petits cĂŽtĂ©s, et pour aboutir Ă  une conclusion plus ou moins insignifiante ; il faut croire que les modernes, en Occident, ne sont pas les premiers Ă  ĂȘtre affligĂ©s de « myopie intellectuelle ».
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René Guénon (Introduction to the Study of the Hindu Doctrines)
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Charlotte se trouvait seule ; aucun de ses frĂšres et sƓurs n’était autour d’elle ; elle s’abandonnait Ă  ses rĂ©flexions, qui passaient doucement sa situation en revue. Elle se voyait pour jamais unie Ă  un homme dont elle connaissait l’amour et la fidĂ©litĂ©, Ă  qui elle Ă©tait dĂ©vouĂ©e, dont le calme, la soliditĂ©, semblaient destinĂ©s par le ciel mĂȘme Ă  fonder, pour la vie, le bonheur d’une honnĂȘte femme ; elle sentait ce qu’il serait toujours pour elle et pour sa famille. D’un autre cĂŽtĂ©, Werther lui Ă©tait devenu bien cher ; dĂšs le premier moment oĂč ils avaient appris Ă  se connaĂźtre, la sympathie de leurs caractĂšres s’était rĂ©vĂ©lĂ©e de la maniĂšre la plus heureuse ; leur longue liaison, tant de situations diverses oĂč ils s’étaient trouvĂ©s, avaient fait sur le cƓur de Charlotte une impression ineffaçable. Tous les sentiments, toutes les pensĂ©es qui l’intĂ©ressaient, elle Ă©tait accoutumĂ©e Ă  les partager avec lui, et le dĂ©part de Werther menaçait de faire dans toute son existence un vide, qui ne pourrait plus ĂȘtre comblĂ©. Oh ! si elle avait pu dans ce moment le changer en un frĂšre ! qu’elle se serait trouvĂ©e heureuse !
 Si elle avait osĂ© le marier avec une de ses amies, elle aurait pu espĂ©rer de rĂ©tablir tout Ă  fait la bonne intelligence entre Albert et lui. Elle avait passĂ© en revue toutes ses amies, et trouvait Ă  chacune quelque dĂ©faut ; elle n’en voyait aucune Ă  qui elle eĂ»t donnĂ© Werther volontiers. En faisant toutes’ces rĂ©flexions, elle finit par sentir profondĂ©ment, sans se l’expliquer d’une maniĂšre bien claire, que le secret dĂ©sir, de son cƓur Ă©tait de le garder pour elle, et elle se disait en mĂȘme temps qu’elle ne pouvait, qu’elle ne devait pas le garder ; son Ăąme pure et belle, jusqu’alors si libre et si courageuse, sentit le poids d’une mĂ©lancolie Ă  laquelle est fermĂ©e la perspective du bonheur. Son cƓur Ă©tait oppressĂ©, et un sombre nuage couvrait ses yeux.
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Johann Wolfgang von Goethe (The Sorrows of Young Werther)
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A ce discours, Candide s’évanouit encore; mais revenue Ă  soi, et ayant dit tout ce qu’il devait dire, il s’enquit de la cause et de l’effet, et de la raison suffisante qui avait mis Pangloss dans un si piteux Ă©tat. HĂ©las! dit l’autre, c’est l’amour: l’amour, le consolateur du genre humain, le conservateur de l’univers, l’ñme de tous les ĂȘtres sensibles, le tender amour. HĂ©las! dit Candide, je l’ai connu cet amour, ce souverain des coeurs, cette Ăąme de notre Ăąme, il ne m’a jamais valu qu’un baiser et vingt coups de pied au cul. Comment cette belle cause a-t-elle pu produire en vous un effet si abominable? Pangloss rĂ©pondit en ces termes: O mon cher Candide! vous avez connu Paquette, cette jolie suivante de notre auguste baronne: j’ai goĂ»tĂ© dans ses bras les dĂ©lices du paradis, qui ont produit ces tourments d’enfer dont vous me voyez dĂ©vorĂ©; elle en Ă©tait infectĂ©e, elle en est peut-ĂȘtre morte. Paquette tenait ce present d’un Cordelier trĂšs savant qui avait remontĂ© Ă  la source, car il l’avait eu d’une vieille comtesse, qui l’avait reçu d’un capitaine de cavalerie, qui le devait Ă  une marquise, qui le tenait d’un page, qui l’avait reçu d’un jĂ©suite, qui, Ă©tant novice, l’avait eu en droite ligne d’un des compagnons de Christophe Colomb. Pour moi, je ne le donnerai Ă  personne, car je me meurs. O Pangloss! s’écria Candide, voilĂ  une Ă©trange gĂ©nĂ©alogie! n’est-ce pas le diable qui en fut la souche? Point du tout, rĂ©pliqua ce grand home; c’était une chose indispensable dans le meilleur des mondes, un ingredient nĂ©cessaire; car si Colomb n’avait pas attrapĂ© dans une Ăźle de l'AmĂ©rique cette maladie qui empoisonne la source de la generation, qui souvent meme empĂȘche la generation, et qui est Ă©videmment l’opposĂ© du grand but de la nature, nous n’aurions ni le chocolat ni la cochenille; il faut encore observer que jusqu’aujourd’hui, dans notre continent, cette maladie nous est particuliĂšre, comme la controverse.
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Voltaire (Candide)
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Parmi les europĂ©ens reçus par le cheikh Allawi, certains lui parlĂšrent de la philosophie de Bergson. Et ayant remarquĂ© que le MaĂźtre prenait, en ces occasion, divers Ă©noncĂ©s bergsoniens comme point de dĂ©part pour le dĂ©veloppement de considĂ©rations mĂ©taphysiques, les visiteurs estimĂšrent que ce "mystique" musulman n'Ă©tait pas trĂšs Ă©loignĂ© des vues de l'auteur europĂ©en. Malentendu en quelque sorte classique ; en effet, quand on cite Ă  un oriental d'Ă©lite des fragments d'une philosophie quelconque, il est aussitĂŽt portĂ© Ă  voir lĂ , non pas un "systĂšme close" de raisonnement, mais simplement des allusions relatives Ă  une vĂ©ritĂ© transcendante ; comblant alors les lacunes qu'il croit devoir attribuer uniquement Ă  l'exposĂ© maladroit de son interlocuteur, il transpose immĂ©diatement les conceptions philosophiques sur un plan supĂ©rieur et entiĂšrement Ă©tranger aux intentions de leur auteur. De tels malentendus se produisent d'autant plus facilement que l'interlocuteur europĂ©en, traduisant des conceptions modernes et occidentales dans une langue orientale - qui est toujours incomparablement moins Ă©troitement dĂ©terminĂ©e qu'une langue de l'Occident - fait, dĂšs le dĂ©part, de fausse assimilations. Toutefois, ce qu’il est impossible d’attribuer Ă  de simples malentendus ou Ă  des confusions linguistiques, ce sont les rĂ©sultats nĂ©gatifs des entretiens du Cheikh avec les prĂȘtres catholiques. “Admettez, dit le MaĂźtre, une interprĂ©tation mĂ©taphysique des dogmes de la TrinitĂ© et de la Filiation Divine, et il n’y aura plus aucun obstacle Ă  ce que les deux religions, chrĂ©tienne et musulmane, se rĂ©concilient et combattent ensemble la dĂ©gĂ©nĂ©rescence moderniste”. Il eut pour rĂ©ponse; “Vous demandez que le catholicisme se sui­cide”. Faut-il en conclure, simplement, que le cheikh ‘AllawĂź n’avait pas pu se faire entendre des reprĂ©sentants qualifiĂ©s de l’Eglise? Quoi qu’il en soit, ses efforts rĂ©pĂ©tĂ©s restĂšrent sans Ă©cho. (Le Prototype unique)
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Titus Burckhardt
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Les brumes s’épaississent sur les cimes du Ć ar. Les versants se dressent face Ă  Emina, implacables dans le jour dĂ©clinant. Les paroles de Feti ricochent en elle, par-dessus la musique qu’il met plus fort dans la voiture. Elles traversent le scherzo du violon dont les volutes tournoient entre eux, alors qu’ils arrivent Ă  Tetovo. Elles dissipent le sourd espoir qui l’a menĂ©e ici, au-delĂ  du dĂ©sir de renouer avec le frĂšre d’Yllka. Elle mesure l’ampleur de son rĂȘve, de ce qu’elle n’a dit Ă  personne lĂ -bas en Allemagne. Ils auraient passĂ© leur bras autour de ses Ă©paules. Ils l’auraient entourĂ©e d’une affection mĂȘlĂ©e de pitié  Oui, dans l’outremer des montagnes, elle croit apercevoir la trace d’Yllka. Les empreintes fines d’un oiseau sur un sentier couvert de sable. Elles conduiraient Ă  une maison de montagne qui sentirait le bois et le foin Ă  la fin de l’étĂ©. Parce qu’Yllka se serait rĂ©fugiĂ©e quelque part ici. Elle y attendrait Emina, sa fille, Alija, son fils, depuis toutes ces annĂ©es. Elle-mĂȘme mue par la conviction que ses enfants finiront par la rejoindre. Car comment pourrait-elle savoir oĂč ils vivent aujourd’hui, si mĂȘme ils vivent encore ? Comment ? Et c’est la raison de son silence. Il ne peut en ĂȘtre autrement. Preuve de vie ou de mort, Emina ne s’en ira pas d’ici sans l’avoir obtenue. « Je peux juste te parler d’elle. Celle qu’elle fut ici. Ma sƓur, ta mĂšre
 » Des mots qui lacĂšrent le ciel trĂšs loin au-dessus d’elle. Feti gare sa voiture le long de la rue bordĂ©e d’immeubles. S’il se trompait
 Si Yllka n’avait pas pu le retrouver lui non plus ? Les feuillages des arbres flamboient sur les trottoirs. Des traĂźnĂ©es couleur de fer assombrissent les nuages au-dessus des immeubles. Ils se creusent d’un vaste cratĂšre noirĂątre. Des choucas Ă©voluent par centaines sur la ville, alors que le soleil descend Ă  l’horizon. Ils s’insinuent dans les invisibles couloirs ouverts par de secrĂštes turbulences. Leur vacarme secoue les airs, assourdit Emina. Elle est sur le point de flancher, rattrapĂ©e par le lieu et les cris des oiseaux.
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Cécile Oumhani (Le café d'Yllka)
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- Tu as traversĂ© les flammes et j'ai su que tout se passerait bien. Elle a fait un petit pas vers moi et m'a posĂ© la main sur le bras. J'ai senti la chaleur de ses doigts Ă  travers ma chemise. - J'allais mourir et... (Elle s'est tue, embarrassĂ©e.) Je ne fais que me rĂ©pĂ©ter. J'ai secouĂ© la tĂȘte. - C'est faux. Je t'ai vue. Tu cherchais Ă  t'Ă©chapper. - Non, j'Ă©tais figĂ©e, comme une de ces filles idiotes des histoires que me lisait ma mĂšre. Je les ai toujours dĂ©testĂ©es, ces filles. Je me demandais toujours: Mais pourquoi elle ne pousse pas la sorciĂšre Ă  la fenĂȘtre? Pourquoi ne glisse-t-elle pas du poison dans la nourriture de l'ogre? Fela regardait ses pieds, Ă  prĂ©sent. Les cheveux tombaient en pluie sur son visage. Sa voix s'est faite moins forte, jusqu'Ă  ne plus ĂȘtre qu'un murmure. - Pourquoi reste-t-elle assise lĂ  comme une idiote, en attendant qu'on vienne la sauver? Pourquoi ne se sauve-t-elle pas par ses propres moyens? J'ai posĂ© la main sur la sienne en espĂ©rant la rĂ©conforter. J'ai alors remarquĂ© que sa main n'Ă©tait pas la petit chose dĂ©licate et fragile Ă  laquelle je m'Ă©tais attendu. Elle Ă©tait ferme et calleuse. C'Ă©tait celle d'un sculpteur qui a connu des heures de dur labeur Ă  manier le ciseau et le marteau. - On ne dirait pas la main d'une oie blanche, ai-je remarquĂ©. Elle m'a regardĂ©, les yeux brillants de larmes, et a eu un petit rire qui s'est Ă©tranglĂ© en sanglot. - Comment? J'ai rougi en me rendant compte de ce que j'avais dit, mais je suis passĂ© outre. - Ce n'est pas la main d'une princesse sujette aux pĂąmoisons qui se contente de rester assise en triturant son morceau de dentelle en attendant qu'un prince vienne Ă  sa rescousse. C'est la main d'une femme qui, pour s'Ă©vader, grimperait Ă  une corde qu'elle aurait tressĂ©e avec ses propres cheveux. Une femme qui Ă©tranglerait l'ogre dans son sommeil, ai-je dit en la regardant droit dans les yeux. C'est aussi la main d'une femme qui aurait pu Ă©chapper aux flammes par ses propres moyens, si je n'avais pas Ă©tĂ© lĂ . Les vĂȘtements roussis, peut-ĂȘtre, mais saine et sauve.
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Patrick Rothfuss (The Name of the Wind (The Kingkiller Chronicle, #1))
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- Je souhaite ne jamais te voir, rĂ©pondit la Fadette trĂšs durement ; et n'importe quelle chose tu m'apporteras, tu peux bien compter que je te la jetterai au nez. - VoilĂ  des paroles trop rudes pour quelqu'un qui vous offre rĂ©paration. Si tu ne veux point de cadeau, il y a peut-ĂȘtre moyen de te rendre service et de te montrer par lĂ  qu'on te veut du bien et non pas du mal. Allons, dis-moi ce que j'ai Ă  faire pour te contenter. - Vous ne sauriez donc me demander pardon et souhaiter mon amitiĂ© ? dit la Fadette en s'arrĂȘtant. - Pardon, c'est beaucoup demander, rĂ©pondit Landry, qui ne pouvait vaincre sa hauteur Ă  l'endroit d'une fille qui n'Ă©tait point considĂ©rĂ©e en proportion de l'Ăąge qu'elle commençait Ă  avoir, et qu'elle ne portait pas toujours aussi raisonnablement qu'elle l'aurait dĂ» ; quant Ă  ton amitiĂ©, Fadette, tu es si drĂŽlement bĂątie dans ton esprit, que je ne saurais y avoir grand'fiance. Demande-moi donc une chose qui puisse se donner tout de suite, et que je ne sois pas obligĂ© de te reprendre. - Eh bien, dit la Fadette d'une voix claire et sĂšche, il en sera comme vous le souhaitez, besson Landry. Je vous ai offert votre pardon, et vous n'en voulez point. À prĂ©sent, je vous rĂ©clame ce que vous m'avez promis, qui est d'obĂ©ir Ă  mon commandement, le jour oĂč vous en serez requis. Ce jour-lĂ , ce ne sera pas plus tard que demain Ă  la Saint-Andoche, et voici ce que je veux : Vous me ferez danser trois bourrĂ©es aprĂšs la messe, deux bourrĂ©es aprĂšs vĂȘpres, et encore deux bourrĂ©es aprĂšs l'AngĂ©lus, ce qui fera sept. Et dans toute votre journĂ©e, depuis que vous serez levĂ© jusqu'Ă  ce que vous soyez couchĂ©, vous ne danserez aucune autre bourrĂ©e avec n'importe qui, fille ou femme. Si vous ne le faites, je saurai que vous avez trois choses bien laides en vous : l'ingratitude, la peur et le manque de parole. Bonsoir, je vous attends demain pour ouvrir la danse, Ă  la porte de l'Ă©glise. Et la petite Fadette, que Landry avait suivie jusqu'Ă  sa maison, tira la corillette et entra si vite que la porte fut poussĂ©e et recorillĂ©e avant que le besson eĂ»t pu rĂ©pondre un mot.
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George Sand (La Petite Fadette)
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Un matin oĂč j’étais Ă  l’école, un incident a eu lieu sur notre parcelle en prĂ©sence de Papa. Une violente dispute avait Ă©clatĂ© entre ProthĂ© et Innocent. Je ne sais pas de quoi il s’agissait, mais Innocent a levĂ© la main sur ProthĂ©. Papa a immĂ©diatement licenciĂ© Innocent, qui ne voulait pas prĂ©senter ses excuses et qui menaçait tout le monde. La tension permanente rendait les gens nerveux. Ils devenaient sensibles au moindre bruit, Ă©taient sur leurs gardes dans la rue, regardaient dans leur rĂ©troviseur pour ĂȘtre sĂ»rs de n’ĂȘtre pas suivi. Chacun Ă©tait aux aguets. Un jour, en plein cours de gĂ©ographie, un pneu a Ă©clatĂ© derriĂšre la clĂŽture, sur le boulevard de l’IndĂ©pendance, et toute la classe, y compris le professeur, s’est jetĂ© Ă  plat ventre sous les tables. À l’école, les relations entre les Ă©lĂšves burundais avaient changĂ©. C’était subtil, mais je m’en rendais compte. Il y avait beaucoup d’allusions mystĂ©rieuses, de propos implicites. Lorsqu’il fallait crĂ©er des groupes, en sport ou pour prĂ©parer des exposĂ©s, on dĂ©celait rapidement une gĂȘne. Je n’arrivais pas Ă  m’expliquer ce changement brutal, cet embarras palpable. Jusqu’à ce jour, Ă  la rĂ©crĂ©ation, oĂč deux garçons burundais se sont battus derriĂšre le grand prĂ©au, Ă  l’abri du regard des profs et des surveillants. Les autres Ă©lĂšves burundais, Ă©chaudĂ©s par l’altercation, se sont rapidement sĂ©parĂ©s en deux groupes, chacun soutenant un garçon. « Sales Hutu », disaient les uns, « sales Tutsi » rĂ©pliquaient les autres. Cet aprĂšs-midi-lĂ , pour la premiĂšre fois de ma vie, je suis entrĂ© dans la rĂ©alitĂ© profonde de ce pays. J’ai dĂ©couvert l’antagonisme hutu et tutsi, infranchissable ligne de dĂ©marcation qui obligeait chacun Ă  ĂȘtre d’un camp ou d’un autre. Ce camp, tel un prĂ©nom qu’on attribue Ă  un enfant, on naissait avec, et il nous poursuivait Ă  jamais. Hutu ou tutsi. C’était soit l’un soit l’autre. Pile ou face. Comme un aveugle qui recouvre la vue, j’ai alors commencĂ© Ă  comprendre les gestes et les regards, les non-dits et les maniĂšres qui m’échappaient depuis toujours. La guerre, sans qu’on lui demande, se charge toujours de nous trouver un ennemi. Moi qui souhaitais rester neutre, je n’ai pas pu. J’étais nĂ© avec cette histoire. Elle coulait en moi. Je lui appartenais.
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Gaël Faye (Petit pays)
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Si l’humanitĂ© s’est Ă©cartĂ©e des conditions initiales dont je parlais, si elle a renoncĂ©, sans le savoir et sans le vouloir, Ă  la stabilitĂ© Ă  laquelle elle pouvait tendre, on pouvait supposer qu’étant arrivĂ©e Ă  un certain niveau, elle s’y serait stabilisĂ©e, comme les abeilles ont pu se stabiliser (elles ont trouvĂ© certains procĂ©dĂ©s de construction, d’accumulation des rĂ©serves), et demeurer en cet Ă©tat indĂ©finiment, comme il semble que les abeilles y soient demeurĂ©es, nous aurions pu arriver Ă  concevoir une humanitĂ© comme une fourmiliĂšre ou une ruche d’abeilles. Pas du tout. Elle n’a cessĂ© de s’écarter de son bien-ĂȘtre, le bien-ĂȘtre n’a pas suffi Ă  l’humanitĂ©. HĂ©las ! dans bien des cas on pourrait se lamenter Ă  ce sujet et pleurer, mais il s’est trouvĂ© toujours que les hommes se soient Ă©cartĂ©s de la norme dĂ©jĂ  Ă©tablie, que des hommes, des penseurs par exemple aient spĂ©culĂ© assez pour trouver que la stabilitĂ© acquise Ă©tait une stabilitĂ© insuffisante, trĂšs insuffisante. C’est pourquoi j’ai pu prononcer dans ma derniĂšre leçon ce mot de l’aventure qui m’a paru rĂ©sumer la vie humaine dans son ensemble. L’aventure... c’est-Ă -dire ce fait qu’il y a eu un changement qui a toujours etendu Ă  repousser, Ă  nier, Ă  ruiner les conditions d’existence, mĂȘme favorables, mĂȘme satisfaisantes pour la majoritĂ© des individus, et qui a tendu Ă  dĂ©truire cet ordre-lĂ , Ă  le renverser. J’avais associĂ© Ă  ce mot-lĂ  le mot le plus connu de progrĂšs, mais je prĂ©fĂšre celui d’aventure, et je vais vous dire pourquoi le terme de progrĂšs, que j’ai essayĂ© de prĂ©ciser en le ramenant Ă  ce qui est observable, progrĂšs que j’ai dĂ©fini par l’accroissement de prĂ©cision dans les mesures marquĂ©es par les dĂ©cimales qu’on peut calculer et observer : progrĂšs dans l’acquisition des moyens d’action, progrĂšs de puissance mĂ©canique, nombre de chevaux-vapeur par tĂȘte Ă  telle Ă©poque, progrĂšs dans les automatismes sociaux, par consĂ©quent progrĂšs qui permet de commander beaucoup plus d’élĂ©ments humains ou matĂ©riels Ă  l’aide d’un plus petit effort, diminution de l’effort Ă  accomplir. Tout ceci est parfaitement observable, ce ne sont pas des chimĂšres. On a ajoutĂ© Ă  cela une vĂ©ritable religion du progrĂšs, qui fait croire que, quoi qu’il en soit aprĂšs bien des aventures, beaucoup d’expĂ©riences, l’humanitĂ© marche toujours vers une amĂ©lioration de son sort.
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Paul Valéry (Cours de poétique (Tome 1) - Le corps et l'esprit (1937-1940) (French Edition))
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Le beau dialogue que Swann entendit entre le piano et le violon au commencement du dernier morceau! La suppression des mots humains, loin d'y laisser rĂ©gner la fantaisie, comme on aurait pu croire, l'en avait Ă©liminĂ©e ; jamais le langage parlĂ© ne fut si inflexiblement nĂ©cessitĂ©, ne connut Ă  ce point la pertinence des questions, l'Ă©vidence des rĂ©ponses. D'abord le piano solitaire se plaignit, comme un oiseau abandonnĂ© de sa compagne ; le violon l'entendit, lui rĂ©pondit comme d'un arbre voisin. C'Ă©tait comme au commencement du monde, comme s'il n'y avait encore eu qu'eux deux sur la terre, ou plutĂŽt dans ce monde fermĂ© Ă  tout le reste, construit par la logique d'un crĂ©ateur et oĂč ils ne seraient jamais que tous les deux : cette sonate. Est-ce un oiseau, est-ce l'Ăąme incomplĂšte encore de la petite phrase, est-ce une fĂ©e, invisible et gĂ©missant dont le piano ensuite redisait tendrement la plainte? Ses cris Ă©taient si soudains que le violoniste devait se prĂ©cipiter sur son archet pour les recueillir. Merveilleux oiseau! le violoniste semblait vouloir le charmer, l'apprivoiser, le capter. DĂ©jĂ  il avait passĂ© dans son Ăąme, dĂ©jĂ  la petite phrase Ă©voquĂ©e agitait comme celui d'un mĂ©dium le corps vraiment possĂ©dĂ© du violoniste. Swann savait qu'elle allait parler encore une fois. Et il s'Ă©tait si bien dĂ©doublĂ© que l'attente de l'instant imminent oĂč il allait se retrouver en face d'elle le secoua d'un de ces sanglots qu'un beau vers ou une triste nouvelle provoquent en nous, non pas quand nous sommes seuls, mais si nous les apprenons Ă  des amis en qui nous nous apercevons comme un autre dont l'Ă©motion probable les attendrit. Elle reparut, mais cette fois pour se suspendre dans l'air et se jouer un instant seulement, comme immobile, et pour expirer aprĂšs. Aussi Swann ne perdait-il rien du temps si court oĂč elle se prorogeait. Elle Ă©tait encore lĂ  comme une bulle irisĂ©e qui se soutient. Tel un arc-en-ciel, dont l'Ă©clat faiblit, s'abaisse, puis se relĂšve et avant de s'Ă©teindre, s'exalte un moment comme il n'avait pas encore fait : aux deux couleurs qu'elle avait jusque-lĂ  laissĂ© paraĂźtre, elle ajouta d'autres cordes diaprĂ©es, toutes celles du prisme, et les fit chanter. Swann n'osait pas bouger et aurait voulu faire tenir tranquilles aussi les autres personnes, comme si le moindre mouvement avait pu compromettre le prestige surnaturel, dĂ©licieux et fragile qui Ă©tait si prĂšs de s'Ă©vanouir.
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Marcel Proust (Swann’s Way (In Search of Lost Time, #1))
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en vĂ©ritĂ© il est trĂšs agrĂ©able de se rĂ©unir, de s’asseoir et de bavarder des intĂ©rĂȘts publics. Parfois mĂȘme je suis prĂȘt Ă  chanter de joie, quand je rentre dans la sociĂ©tĂ© et vois des hommes solides, sĂ©rieux, trĂšs bien Ă©levĂ©s, qui se sont rĂ©unis, parlent de quelque chose sans rien perdre de leur dignitĂ©. De quoi parlent-ils ? ça c’est une autre question. J’oublie mĂȘme, parfois, de pĂ©nĂ©trer le sens de la conversation, me contentant du tableau seul. Mais jusqu’ici, je n’ai jamais pu pĂ©nĂ©trer le sens de ce dont s’entretiennent chez nous les gens du monde qui n’appartiennent pas Ă  un certain groupe. Dieu sait ce que c’est. Sans doute quelque chose de charmant, puisque ce sont des gens charmants. Mais tout cela paraĂźt incomprĂ©hensible. On dirait toujours que la conversation vient de commencer ; comme si l’on accordait les instruments. On reste assis pendant deux heures et, tout ce temps, on ne fait que commencer la conversation. Parfois tous ont l’air de parler de choses sĂ©rieuses, de choses qui provoquent la rĂ©flexion. Mais ensuite, quand vous vous demandez de quoi ils ont parlĂ©, vous ĂȘtes incapable de le dire : de gants, d’agriculture, ou de la constance de l’amour fĂ©minin ? De sorte que, parfois, je l’avoue, l’ennui me gagne. On a l’impression de rentrer par une nuit sombre Ă  la maison en regardant tristement de cĂŽtĂ© et d’entendre soudain de la musique. C’est un bal, un vrai bal. Dans les fenĂȘtres brillamment Ă©clairĂ©es passent des ombres ; on entend des murmures de voix, des glissements de pas ; sur le perron se tiennent des agents. Vous passez devant, distrait, Ă©mu ; le dĂ©sir de quelque chose s’est Ă©veillĂ© en vous. Il vous semble avoir entendu le battement de la vie, et, cependant, vous n’emportez avec vous que son pĂąle motif, l’idĂ©e, l’ombre, presque rien. Et l’on passe comme si l’on n’avait pas confiance. On entend autre chose. On entend, Ă  travers les motifs incolores de notre vie courante, un autre motif, pĂ©nĂ©trant et triste, comme dans le bal des Capulet de Berlioz. L’angoisse et le doute rongent votre coeur, comme cette angoisse qui est au fond du motif lent de la triste chanson russe : Écoutez... d’autres sons rĂ©sonnent. Tristesse et orgie dĂ©sespĂ©rĂ©es... Est-ce un brigand qui a entonnĂ©, lĂ -bas, la chanson ? Ou une jeune fille qui pleure Ă  l’heure triste des adieux ? Non ; ce sont les faucheurs qui rentrent de leur travail... Autour sont les forĂȘts et les steppes de Saratov.
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Fyodor Dostoevsky
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On apprit qu’il avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©, en dehors de la ville, en proie Ă  un accĂšs de folie furieuse. On l’avait conduit Ă  l’hĂŽpital oĂč il Ă©tait mort deux jours aprĂšs. Une mort pareille Ă©tait la consĂ©quence nĂ©cessaire, naturelle, de toute sa vie. Il devait mourir ainsi, quand tout ce qui le soutenait dans la vie disparaissait d’un coup comme une vision, comme un rĂȘve vide. Il mourut aprĂšs avoir perdu son dernier espoir, aprĂšs avoir eu la vision nette de tout ce qui avait leurrĂ© et soutenu sa vie. La vĂ©ritĂ© l’aveugla de son Ă©clat insoutenabe . et ce qui Ă©tait le mensonge lui apparut tel Ă  lui-mĂȘme. Pendant la derniĂšre heure de sa vie, il avait entendu un gĂ©nie merveilleux qui lui avait contĂ© sa propre existence et l’avait condamnĂ© pour toujours. Avec le dernier son jailli du violon du gĂ©nial S... s’était dĂ©voilĂ© Ă  ses yeux tout le mystĂšre de l’art, et le gĂ©nie, Ă©ternellement jeune, puissant et vrai, l’avait Ă©crasĂ© de sa vĂ©ritĂ©. Il semblait que tout ce qui l’avait tourmentĂ© durant toute sa vie, par des souffrances mystĂ©rieuses, indicibles, tout ce qu’il n’avait vu jusqu’à ce jour que dans un rĂȘve et qu’il fuyait avec horreur et se masquait par le mensonge de toute sa vie, tout ce qu’il pressentait et redoutait, tout cela, tout d’un coup, brillait Ă  ses yeux qui, obstinĂ©ment, ne voulaient par reconnaĂźtre que la lumiĂšre est la lumiĂšre, et que les tĂ©nĂšbres sont les tĂ©nĂšbres. La vĂ©ritĂ© Ă©tait intolĂ©rable pour ces yeux qui voyaient clair pour la premiĂšre fois ; elle l’aveugla et dĂ©truisit sa raison. Elle l’avait frappĂ© brusquement, comme la foudre. Soudain s’était rĂ©alisĂ© ce qu’il avait attendu toute sa vie avec un tremblement de terreur. Il semblait que durant toute sa vie une hache avait Ă©tĂ© suspendue au-dessus de sa tĂȘte ; que toute sa vie il avait attendu Ă  chaque instant, dans des souffrance indicibles, que cette hache le frappĂąt. Enfin elle l’avait frappĂ©. Le coup Ă©tait mortel. Il voulait s’enfuir, mais il ne savait oĂč aller. Le dernier espoir s’était Ă©vanoui, le dernier prĂ©texte anĂ©anti. Celle dont la vie lui avait Ă©tĂ© un fardeau pendant de longues annĂ©es, celle dont la mort, ainsi qu’il le croyait dans son aveuglement, devait amener sa rĂ©surrection Ă  lui, Ă©tait morte. Enfin il Ă©tait seul ; rien ne le gĂȘnait. Il Ă©tait enfin libre ! Pour la derniĂšre fois, dans un accĂšs de dĂ©sespoir, il avait voulu se juger soi-mĂȘme, se condamner impitoyablement comme un juge Ă©quitable ; mais son archet avait faibli et n’avait pu que rĂ©pĂ©ter faiblement la derniĂšre phrase musicale du gĂ©nie. À ce moment, la folie, qui le guettait depuis dix ans, l’avait frappĂ© irrĂ©missiblement
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Fyodor Dostoevsky (Netochka Nezvanova)
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« Les Arabes auraient facilement pu ĂȘtre aveuglĂ©s par leurs premiĂšres conquĂȘtes et maltraiter leurs opposants ou les forcer Ă  embrasser l'islam, qu'ils souhaitaient rĂ©pandre Ă  travers le monde. Mais ils Ă©vitĂšrent cela. Les premiers califes, qui possĂ©daient un gĂ©nie politique que l'on retrouve rarement chez les adhĂ©rents aux nouvelles religions, avaient compris que la religion et les systĂšmes de pensĂ©e ne s'imposent pas par la force. Alors, ils traitĂšrent les peuples de Syrie, d'Égypte, d'Espagne et de tous les pays dont ils prirent le contrĂŽle avec beaucoup de considĂ©ration, comme on a pu le voir. Ils leur permirent de conserver intactes leurs lois, leurs rĂšgles et leurs croyances et ne leur imposĂšrent que la jizya, qui Ă©tait d'un montant dĂ©risoire lorsque comparĂ© Ă  ce qu'ils avaient du payer comme taxes, auparavant, en Ă©change de leur sĂ©curitĂ©. La vĂ©ritĂ© est que jamais les nations n'avaient connu de conquĂ©rants plus tolĂ©rants que les musulmans ni de religion plus tolĂ©rante que l'Islam. » - La civilisation des arabes, p.154, __________________________ Remarque : La Jizya n'Ă©tait imposĂ© qu'aux hommes adultes en bonne santĂ©. Pas aux femmes, aux enfants, aux handicapĂ©s, aux personnes ĂągĂ©es, aux pauvres et aux moines. *************************** Le Coran est entrĂ© dans peu de dĂ©veloppements sur le droit de propriĂ©tĂ©, mais tout ce qui le concerne a Ă©tĂ© bien rĂ©glĂ© par les commentateurs. Ce droit a toujours Ă©tĂ© trĂšs respectĂ© par les Arabes, mĂȘme Ă  l'Ă©gard des peuples vaincus. La terre, qui Ă©tait enlevĂ©e Ă  ces derniers par la conquĂȘte, leur Ă©tait rendue moyennant un tribut qui dĂ©passait rarement le cinquiĂšme de la rĂ©colte. L'occupation individuelle fondĂ©e sur le travail constituait pour les Arabes un droit Ă  la propriĂ©tĂ©. Dans leur opinion, dĂ©fricher c'est vivifier la terre morte, crĂ©er une valeur, et par consĂ©quent un droit Ă  la propriĂ©tĂ©. La prescription n'Ă©tant pas reconnue par la plupart des commentateurs, le droit de revendication est illimitĂ©. Le rite malĂ©kite admet cependant la prescription par dix ans entre Ă©trangers, quarante entre parents. L'Ă©tranger ne peut acquĂ©rir de terre ni possĂ©der d'esclaves sur le sol musulman,mais ce terme d'Ă©trangers s'adresse seulement aux infidĂšles, les musulmans, Ă  quelque nation qu'ils appartiennent, ne sont jamais des Ă©trangers les uns pour les autres. Un Chinois mahomĂ©tan, par le seul fait qu'il est mahomĂ©tan, a sur le sol de l'islam tous les droits que peut possĂ©der l'Arabe qui y est nĂ©. Le droit musulman diffĂšre Ă  ce point de vue d'une façon fondamentale du droit civil chez les peuples EuropĂ©ens." Gustave Le Bon - La civilisation des arabes, Livre IV, section 2 : "Institutions sociales des arabes
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Gustave Le Bon (ۭ۶ۧ۱۩ Ű§Ù„Űč۱ۚ)
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Le « mythe », comme l’« idole » n’a jamais Ă©tĂ© qu’un symbole incompris : l’un est dans l’ordre verbal ce que l’autre est dans l’ordre figuratif ; chez les Grecs, la poĂ©sie produisit le premier comme l’art produisit la seconde ; mais, chez les peuples Ă  qui, comme les Orientaux, le naturalisme et l’anthropomorphisme sont Ă©galement Ă©trangers, ni l’un ni l’autre ne pouvaient prendre naissance, et ils ne le purent en effet que dans l’imagination d’Occidentaux qui voulurent se faire les interprĂštes de ce qu’ils ne comprenaient point. L’interprĂ©tation naturaliste renverse proprement les rapports : un phĂ©nomĂšne naturel peut, aussi bien que n’importe quoi dans l’ordre sensible, ĂȘtre pris pour symboliser une idĂ©e ou un principe, et le symbole n’a de sens et de raison d’ĂȘtre qu’autant qu’il est d’un ordre infĂ©rieur Ă  ce qui est symbolisĂ©. De mĂȘme, c’est sans doute une tendance gĂ©nĂ©rale et naturelle Ă  l’homme que d’utiliser la forme humaine dans le symbolisme ; mais cela, qui ne prĂȘte pas en soi Ă  plus d’objections que l’emploi d’un schĂ©ma gĂ©omĂ©trique ou de tout autre mode de reprĂ©sentation, ne constitue nullement l’anthropomorphisme, tant que l’homme n’est point dupe de la figuration qu’il a adoptĂ©e. En Chine et dans l’Inde, il n’y eut jamais rien d’analogue Ă  ce qui se produisit en GrĂšce, et les symboles Ă  figure humaine, quoique d’un usage courant, n’y devinrent jamais des « idoles » ; et l’on peut encore noter Ă  ce propos combien le symbolisme s’oppose Ă  la conception occidentale de l’art : rien n’est moins symbolique que l’art grec, et rien ne l’est plus que les arts orientaux ; mais lĂ  oĂč l’art n’est en somme qu’un moyen d’expression et comme un vĂ©hicule de certaines conceptions intellectuelles, il ne saurait Ă©videmment ĂȘtre regardĂ© comme une fin en soi, ce qui ne peut arriver que chez les peuples Ă  sentimentalitĂ© prĂ©dominante. C’est Ă  ces mĂȘmes peuples seulement que l’anthropomorphisme est naturel, et il est Ă  remarquer que ce sont ceux chez lesquels, pour la mĂȘme raison, a pu se constituer le point de vue proprement religieux ; mais, d’ailleurs, la religion s’y est toujours efforcĂ©e de rĂ©agir contre la tendance anthropomorphique et de la combattre en principe, alors mĂȘme que sa conception plus ou moins faussĂ©e dans l’esprit populaire contribuait parfois au contraire Ă  la dĂ©velopper en fait. Les peuples dits sĂ©mitiques, comme les Juifs et les Arabes, sont voisins sous ce rapport des peuples occidentaux : il ne saurait, en effet, y avoir d’autre raison Ă  l’interdiction des symboles Ă  figure humaine, commune au JudaĂŻsme et Ă  l’Islamisme, mais avec cette restriction que, dans ce dernier, elle ne fut jamais appliquĂ©e rigoureusement chez les Persans, pour qui l’usage de tels symboles offrait moins de dangers, parce que, plus orientaux que les Arabes, et d’ailleurs d’une tout autre race, ils Ă©taient beaucoup moins portĂ©s Ă  l’anthropomorphisme.
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René Guénon (Introduction to the Study of the Hindu Doctrines)
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Comme l'impĂŽt est obligatoire pour tous, qu'ils votent ou non, une large proportion de ceux qui votent le font sans aucun doute pour Ă©viter que leur propre argent ne soit utilisĂ© contre eux; alors que, en fait, ils se fussent volontiers abstenus de voter, si par lĂ  ils avaient pu Ă©chapper ne serait-ce qu'Ă  l'impĂŽt, sans parler de toutes les autres usurpations et tyrannies du gouvernement. Prendre le bien d'un homme sans son accord, puis conclure Ă  son consentement parce qu'il tente, en votant, d'empĂȘcher que son bien ne soit utilisĂ© pour lui faire tort, voilĂ  une preuve bien insuffisante de son consentement Ă  soutenir la Constitution. Ce n'est en rĂ©alitĂ© aucunement une preuve. Puisque tous les hommes qui soutiennent la Constitution en votant (pour autant qu'il existe de tels hommes) le font secrĂštement (par scrutin secret), et de maniĂšre Ă  Ă©viter toute responsabilitĂ© personnelle pour l'action de leurs agents ou reprĂ©sentants, on ne saurait dire en droit ou en raison qu'il existe un seul homme qui soutienne la Constitution en votant. Puisque tout vote est secret (par scrutin secret), et puisque tout gouvernement secret est par nĂ©cessitĂ© une association secrĂšte de voleurs, tyrans et assassins, le fait gĂ©nĂ©ral que notre gouvernement, dans la pratique, opĂšre par le moyen d'un tel vote prouve seulement qu'il y a parmi nous une association secrĂšte de voleurs, tyrans et assassins, dont le but est de voler, asservir et -- s'il le faut pour accomplir leurs desseins -- assassiner le reste de la population. Le simple fait qu'une telle association existe ne prouve en rien que "le peuple des Etats-Unis", ni aucun individu parmi ce peuple, soutienne volontairement la Constitution. Les partisans visibles de la Constitution, comme les partisans visibles de la plupart des autres gouvernements, se rangent dans trois catĂ©gories, Ă  savoir: 1. Les scĂ©lĂ©rats, classe nombreuse et active; le gouvernement est pour eux un instrument qu'ils utiliseront pour s'agrandir ou s'enrichir; 2. Les dupes -- vaste catĂ©gorie, sans nul doute, dont chaque membre, parce qu'on lui attribue une voix sur des millions pour dĂ©cider ce qu'il peut faire de sa personne et de ses biens, et parce qu'on l'autorise Ă  avoir, pour voler, asservir et assassiner autrui, cette mĂȘme voix que d'autres ont pour le voler, l'asservir et l'assassiner, est assez sot pour imaginer qu'il est "un homme libre", un "souverain"; assez sot pour imaginer que ce gouvernement est "un gouvernement libre", "un gouvernement de l'Ă©galitĂ© des droits", "le meilleur gouvernement qu'il y ait sur terre", et autres absurditĂ©s de ce genre; 3. Une catĂ©gorie qui a quelque intelligence des vices du gouvernement, mais qui ou bien ne sait comment s'en dĂ©barrasser, ou bien ne choisit pas de sacrifier ses intĂ©rĂȘts privĂ©s au point de se dĂ©vouer sĂ©rieusement et gravement Ă  la tĂąche de promouvoir un changement. Le fait est que le gouvernement, comme un bandit de grand chemin, dit Ă  un individu: "La bourse ou la vie." QuantitĂ© de taxes, ou mĂȘme la plupart, sont payĂ©es sous la contrainte d'une telle menace.
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Lysander Spooner (Outrage À Chefs D'Ă©tat ;Suivi De Le Droit Naturel)
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je lui tendis les trois pommes vertes que je venais de voler dans le verger. Elle les accepta et m'annonça, comme en passant : — Janek a mangĂ© pour moi toute sa collection de timbres-poste. C'est ainsi que mon martyre commença. Au cours des jours qui suivirent, je mangeai pour Valentine plusieurs poignĂ©es de vers de terre, un grand nombre de papillons, un kilo de cerises avec les noyaux, une souris, et, pour finir, je peux dire qu'Ă  neuf ans, c'est-Ă -dire bien plus jeune que Casanova, je pris place parmi les plus grands amants de tous les temps, en accomplissant une prouesse amoureuse que personne, Ă  ma connaissance, n'est jamais venu Ă©galer. Je mangeai pour ma bien-aimĂ©e un soulier en caoutchouc. Ici, je dois ouvrir une parenthĂšse. Je sais bien que, lorsqu'il s'agit de leurs exploits amoureux, les hommes ne sont que trop portĂ©s Ă  la vantardise. A les entendre, leurs prouesses viriles ne connaissent pas de limite, et ils ne vous font grĂące d'aucun dĂ©tail. Je ne demande donc Ă  personne de me croire lorsque j'affirme que, pour ma bien-aimĂ©e, je consommai encore un Ă©ventail japonais, dix mĂštres de fil de coton, un kilo de noyaux de cerises — Valentine me mĂąchait, pour ainsi dire, la besogne, en mangeant la chair et en me tendant les noyaux — et trois poissons rouges, que nous Ă©tions allĂ©s pĂȘcher dans l'aquarium de son professeur de musique. Dieu sait ce que les femmes m'ont fait avaler dans ma vie, mais je n'ai jamais connu une nature aussi insatiable. C'Ă©tait une Messaline doublĂ©e d'une ThĂ©odora de Byzance. AprĂšs cette expĂ©rience, on peut dire que je connaissais tout de l'amour. Mon Ă©ducation Ă©tait faite. Je n'ai fait, depuis, que continuer sur ma lancĂ©e. Mon adorable Messaline n'avait que huit ans, mais son exigence physique dĂ©passait tout ce qu'il me fut donnĂ© de connaĂźtre au cours de mon existence. Elle courait devant moi, dans la cour, me dĂ©signait du doigt tantĂŽt un tas de feuilles, tantĂŽt du sable, ou un vieux bouchon, et je m'exĂ©cutais sans murmurer. Encore bougrement heureux d'avoir pu ĂȘtre utile. A un moment, elle s'Ă©tait mise Ă  cueillir un bouquet de marguerites, que je voyais grandir dans sa main avec apprĂ©hension — mais je mangeai les marguerites aussi, sous son oeil attentif — elle savait dĂ©jĂ  que les hommes essayent toujours de tricher, dans ces jeux-lĂ  — oĂč je cherchais en vain une lueur d'admiration. Sans une marque d'estime ou de gratitude, elle repartit en sautillant, pour revenir, au bout d'un moment, avec quelques escargots qu'elle me tendit dans le creux de la main. Je mangeai humblement les escargots, coquille et tout. A cette Ă©poque, on n'apprenait encore rien aux enfants sur le mystĂšre des sexes et j'Ă©tais convaincu que c'Ă©tait ainsi qu'on faisait l'amour. J'avais probablement raison. Le plus triste Ă©tait que je n'arrivais pas Ă  l'impressionner. J'avais Ă  peine fini les escargots qu'elle m'annonçait nĂ©gligemment : — Josek a mangĂ© dix araignĂ©es pour moi et il s'est arrĂȘtĂ© seulement parce que maman nous a appelĂ©s pour le thĂ©. Je frĂ©mis. Pendant que j'avais le dos tournĂ©, elle me trompait avec mon meilleur ami. Mais j'avalai cela aussi. Je commençais Ă  avoir l'habitude. (La promesse de l'aube, ch.XI)
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Romain Gary (Promise at Dawn)
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Canon 21. « Si quelqu’un dit que le juste ait le pouvoir de persĂ©vĂ©rer sans un secours spĂ©cial de Dieu, ou qu’il ne le puisse avec ce secours : qu’il soit anathĂšme. » Canon 25. « Si quelqu’un dit que le juste pĂšche en toute bonne Ɠuvre vĂ©niellement, ou, ce qui est plus insupportable, mortellement, et qu’il mĂ©rite la peine Ă©ternelle, mais qu’il n’est pas damnĂ©, par cette seule raison que Dieu ne lui impute pas ses Ɠuvres Ă  damnation : qu’il soit anathĂšme. » Par oĂč l’on voit, non-seulement que ces paroles, que « les commandemens ne sont pas impossibles aux justes, » sont restreintes Ă  cette condition, quand ils sont secourus par la grĂące ; mais qu’elles n’ont que la mĂȘme force que celles-ci, que « les justes ne pĂšchent pas en toutes leurs actions ; » et enfin tant s’en faut que le pouvoir prochain soit Ă©tendu Ă  tous les justes, qu’il est dĂ©fendu de l’attribuer Ă  ceux qui ne sont pas secourus de ce secours spĂ©cial, qui n’est pas commun Ă  tous, comme il a Ă©tĂ© expliquĂ©. Concluons donc que tous les PĂšres ne tiennent pas un autre langage. Saint Augustin et les PĂšres qui l’ont suivi, n’ont jamais parlĂ© des commandemens, qu’en disant qu’ils ne sont pas impossibles Ă  la charitĂ©, et qu’ils ne nous sont faits que pour nous faire sentir le besoin que nous avons de la charitĂ©, qui seule les accomplit. « Dieu, juste et bon, n’a pu commander des choses impossibles ; ce qui nous avertit de faire ce qui est facile, et de demander ce qui est difficile. » (Aug., De nat. et grat., cap. LXIX.) « Car toutes choses sont faciles Ă  la charitĂ©. » (De perfect. justit., cap. x.) Et ailleurs : « Qui ne sait que ce qui se fait par amour n’est pas difficile? Ceux-lĂ  ressentent de la peine Ă  accomplir les prĂ©ceptes, qui s’efforcent de les observer par la crainte ; mais la parfaite charitĂ© chasse la crainte, et rend le joug du prĂ©cepte doux ; et, bien loin d’accabler par son poids, elle soulĂšve comme si elle nous donnoit des ailes. » Cette charitĂ© ne vient pas de notre libre arbitre (si la grĂące de JĂ©sus-Christ ne nous secourt), parce qu’elle est infuse et mise dans nos cƓurs, non par nous-mĂȘmes, mais par le Saint-Esprit. Et l’Écriture nous avertit que les prĂ©ceptes ne sont pas difficiles, par cette seule raison, qui est que l’ñme qui les ressent pesans, entende qu’elle n’a pas encore reçu les forces par lesquelles ils lui sont doux et lĂ©gers. « Quand il nous est commandĂ© de vouloir, notre devoir nous est marqué ; mais parce que nous ne pouvons pas l’avoir de nous-mĂȘmes, nous sommes avertis Ă  qui nous devons le demander ; mais toutefois nous ne pouvons pas faire cette demande, si Dieu n’opĂšre en nous de le vouloir. » (Fulg., lib. II, De verit. praedest., cap. iv.) « Les prĂ©ceptes ne nous sont donnĂ©s que par cette seule raison, qui est de nous faire rechercher le secours de celui qui nous commande, » etc. (Prosper, Epist. ad Demetriad.) « Les pĂ©lagiens s’imaginent dire quelque chose d’important, quand ils disent que Dieu ne commanderoit pas ce qu’il saurait que l’homme ne pourroit faire. Qui ne sait cela? Mais il commande des choses que nous ne pouvons pas, afin que nous connoissions Ă  qui nous devons le demander. » (Aug., De nat. et grat., cap. xv et xvi.) « O homme! reconnois dans le prĂ©cepte ce que tu dois ; dans la correction, que c’est par ton vice que tu ne le fais pas ; et dans la priĂšre, d’oĂč tu peux en avoir le pouvoir! (Aug., De corrept., cap. ni.) Car la loi commande, afin que l’homme, sentant qu’il manque de force pour l’accomplir, ne s’enfle pas de superbe, mais Ă©tant fatiguĂ©, recoure Ă  la grĂące, et qu’ainsi la loi l’épouvantant le mĂšne Ă  l’amour de JĂ©sus-Christ » (Aug., De perfect. respons. et ratiocin. xj., cap.
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Blaise Pascal (Blaise Pascal - Oeuvres ComplÚtes LCI/40 (25 titres - Annoté, Illustré))
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Quand on me retrouvera, les yeux brĂ»lĂ©s on imaginera que j'ai beaucoup appelĂ© et beaucoup souffert. Mais les Ă©lans, mais les regrets, mais les tendres souffrances, ce sont encore des richesses. Et moi je n'ai plus de richesses. Les fraĂźches jeunes filles, au soir de leur premier amour, connaissent le chagrin et pleurent. Le chagrin est liĂ© aux frĂ©missements de la vie. Et moi je n'ai plus de richesses. Les fraĂźches jeunes filles, au soir de leur premier amour, connaissent le chagrin et pleurent. Le chagrin est liĂ© aux frĂ©missements de la vie. Et moi je n'ai plus de chagrin. Le dĂ©sert, c'est moi. Je ne forme plus de salive, mais je ne forme plus, non plus, les images douces vers lesquelles j'aurais pu gĂ©mir. Le soleil a sĂ©chĂ© en moi la source des larmes. [...] Je regarde PrĂ©vot. Il est frappĂ© du mĂȘme Ă©tonnement que moi, mais il ne comprend pas non plus ce qu'il Ă©prouve. [...] Nous sommes sauvĂ©s, il y a des traces dans le sable !... Ah ! nous avions perdu la piste de l'espĂšce humaine, nous Ă©tions retranchĂ©s d'avec la tribu, nous nous Ă©tions retrouvĂ©s seuls au monde, oubliĂ©s par une migration universelle, et voici que nous dĂ©couvrons, imprimĂ©s dans le sable, les pieds miraculeux de l'homme. [...] Et cependant, nous ne sommes point sauvĂ©s encore. Il ne nous suffit pas d'attendre. Dans quelques heures, on ne pourra plus nous secourir. La marche de la soif, une fois la toux commencĂ©e, est trop rapide. Et notre gorge. Mais je crois en cette caravane, qui se balance quelque part, dans le dĂ©sert. Nous avons donc marchĂ© encore, et tout Ă  coup j'ai entendu le chant du coq. Guillaumet m'avait dit : « Vers la fin, j'entendais des coqs dans les Andes. J'entendais aussi des chemins de fer. » Je me souviens de son rĂ©cit Ă  l'instant mĂȘme oĂč le coq chante et je me dis : « Ce sont mes yeux qui m'ont trompĂ© d'abord. C'est sans doute l'effet de la soif. Mes oreilles ont mieux rĂ©sistĂ©. » Mais PrĂ©vot m'a saisi par le bras : « Vous avez entendu ? - Quoi ? - Le coq ! - Alors... Alors... » Alors, bien sĂ»r, imbĂ©cile, c'est la vie... J'ai eu une derniĂšre hallucination : celle de trois chiens qui se poursuivaient. PrĂ©vot, qui regardait aussi, n'a rien vu. Mais nous sommes deux Ă  tendre les bras vers ce BĂ©douin. Nous sommes deux Ă  user vers lui tout le souffle de nos poitrines. Nous sommes deux Ă  rire de bonheur !... Mais nos voix ne portent pas Ă  trente mĂštres. Nos cordes vocales sont dĂ©jĂ  sĂšches. Nous nous parlions tout bas l'un Ă  l'autre, et nous ne l'avions mĂȘme pas remarquĂ© ! Mais ce BĂ©douin et son chameau, qui viennent de se dĂ©masquer de derriĂšre le tertre, voilĂ  que lentement, lentement, ils s'Ă©loignent. Peut-ĂȘtre cet homme est-il seul. Un dĂ©mon cruel nous l'a montrĂ© et le retire... Et nous ne pourrions plus courir ! Un autre Arabe apparaĂźt de profil sur la dune. Nous hurlons, mais tout bas. Alors, nous agitons les bras et nous avons l'impression de remplir le ciel de signaux immenses. Mais ce BĂ©douin regarde toujours vers la droite... Et voici que, sans hĂąte, il a amorcĂ© un quart de tour. À la seconde mĂȘme oĂč il se prĂ©sentera de face, tout sera accompli. À la seconde mĂȘme oĂč il regardera vers nous, il aura dĂ©jĂ  effacĂ© en nous la soif, la mort et les mirages. Il a amorcĂ© un quart de tour qui, dĂ©jĂ , change le monde. Par un mouvement de son seul buste, par la promenade de son seul regard, il crĂ©e la vie, et il me paraĂźt semblable Ă  un dieu... C'est un miracle... Il marche vers nous sur le sable, comme un dieu sur la mer... L'Arabe nous a simplement regardĂ©s. Il a pressĂ©, des mains, sur nos Ă©paules, et nous lui avons obĂ©i. Nous nous sommes Ă©tendus. Il n'y a plus ici ni races, ni langages, ni divisions. Il y a ce nomade pauvre qui a posĂ© sur nos Ă©paules des mains d'archange.
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Antoine de Saint-Exupéry
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Comment aurais-tu pu apprĂ©cier Ă  quel point la vie peut ĂȘtre belle, si elle n'avait jamais Ă©tĂ© pourrie?
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Jenny Colgan (Summer at Little Beach Street Bakery (Little Beach Street Bakery, #2))
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Alors il se campa comme pour rĂ©sister Ă  du vent, les pieds Ă©cartĂ©s, la tĂȘte projetĂ©e en arriĂšre, le regard dĂ©jĂ  vif, se transformant sous mes yeux infiniment plus que j’avais pu le voir jusqu’à cette fois-ci — la premiĂšre oĂč il chanta Ă  l’école dans la langue de sa mĂšre —, petit rustique devenu un possĂ©dĂ© de musique. Le corps se balançait Ă  un rythme enlevant, les Ă©paules se soulevaient, les yeux lançaient des flammes et un sourire Ă©cartait de temps en temps les lĂšvres un peu charnues, cependant que de sa main levĂ©e il paraissait nous indiquer au loin dans un geste gracieux quelque joli spectacle, et l’on ne pouvait que suivre le geste et tenter de voir aussi ce qui le mettait en joie. Je ne savais ce qui Ă©tait le mieux : l’écouter les yeux fermĂ©s pour goĂ»ter sans ĂȘtre distraite cette dĂ©licieuse voix ; ou le regarder faire, si vivant, si enjouĂ©, qu’il semblait prĂšs de s’élever du sol.
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Gabrielle Roy (Children of My Heart)
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Lorsqu’on rĂ©flĂ©chit Ă  la question de l’obsolescence des prisons, il est essentiel de se demander comment la population carcĂ©rale a pu connaĂźtre une telle inflation sans qu’on s’interroge vĂ©ritablement sur l’efficacitĂ© de l’enfermement.
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Angela Y. Davis (Are Prisons Obsolete?)
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est à craindre que le repli identitaire et nationaliste fasse de plus en plus souvent figure de grand récit de substitution, comme cela a pu se voir en Europe au cours de la premiÚre moitié du XXe siÚcle, et comme cela se manifeste de nouveau en ce début de XXIe siÚcle dans différentes parties du monde.
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Thomas Piketty (Capital et idéologie)
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Il faut dĂ©couvrir le visage de cette bourgeoisie française dont Le Jour et Gringoire ont Ă©tĂ©, pendant la crise, les porte-paroles. Il ne s'agit plus, avec elle, de soumission inconsciente. TrĂšs lucidement, bien qu'ils se couvrent encore de formes biensĂ©antes, ils admirent. Bourgeois, ils admirent la puissance et le succĂšs. DĂ©cadents, ils frĂ©missent sous les maniĂšres brutales. Petits-bourgeois par le coeur, ils s'extasient sur les alignements, la pompe, la parade, sur ce comĂ©dien mystique qui devant cent mille hommes, quand les dieux le saisissent, pousse un bouton pour faire converger sur lui une batterie de propriĂ©taires en alarmes, ils voient dans ces masses compactes, dans cette police insinuĂ©e jusqu'aux ramures de la vie privĂ©e, dans cet ordre de fer, la garde prĂ©torienne qu'ils n'osent demander aux dĂ©mocraties contre les menaces "du communisme". Toute leur pensĂ©e internationale s'est Ă©puisĂ©e Ă  creuser une ligne Maginot en marge des dynamismes europĂ©ens. Toute leur pensĂ©e politique se rĂ©duit Ă  prĂ©parer, avec un bĂ©ton humain, une ligne Maginot inviolable contre les dynamismes rĂ©volutionnaires. Ils se trompent sans doute radicalement sur le sens des fascismes, qui n'utilisent la force bourgeoise que comme une plaque tournante. Mais ils pensent avec celui d'entre eux qui disait il y a 50 ans se sentir plus prĂšs d'un hobereau prussien que d'un ouvrier français. On ne comprendra rien au comportement de cette fraction de la bourgeoisie française si on ne l'entend murmurer Ă  mi-voix : « PlutĂŽt Hitler que Blum ». Une bourgeoisie aux abois ; une politique sans foi ni loi ; un peuple usĂ© de dĂ©ceptions et de divertissements, voilĂ  les responsables de la dĂ©mission de la France. Puisque ce n'est pas la premiĂšre fois que nous prenons position sur le problĂšme qui lui a offert l'occasion, il nous faut maintenant montrer oĂč elle a pu s'inscrire.
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Emmanuel Mounier
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les jours passent vite alors qu’on aurait pu croire le contraire lorsqu’on est lĂ , assis, Ă  attendre je ne sais quoi, Ă  boire et Ă  boire encore jusqu’à devenir le prisonnier des vertiges, Ă  voir la Terre tourner autour d’elle mĂȘme et du Soleil mĂȘme si je n’ai jamais cru Ă  ces thĂ©ories de merde que je rĂ©pĂ©tais Ă  mes Ă©lĂšves lorsque j’étais encore un homme pareil aux autres, faut vraiment ĂȘtre un illuminĂ© pour dĂ©biter des Ă©normitĂ©s de ce genre parce que moi, Ă  vrai dire, quand je bois mon pot,quand je suis assis peinard Ă  l’entrĂ©e du CrĂ©dit a voyagĂ©, je ne rĂ©alise pas que la Terre que je vois lĂ  puisse ĂȘtre ronde, qu’elle puisse s’amuser Ă  tourner au tour d’elle-mĂȘme et autour du Soleil comme si elle n’avait rien d’autre Ă  foutre que de se causer des vertiges d’avion Ă  papier, qu’on me dĂ©montre donc Ă  quel moment elle tourne autour d’elle-mĂȘme, Ă  quel moment elle arrive Ă  tourner autour du Soleil, faut ĂȘtre rĂ©aliste, voyons, ne mous laissons pas embobiner par ces penseurs qui devaient se raser Ă  l’aide d’un vulgaire silex ou d’une pierre maladroitement taillĂ©e pendant que les plus modernes d’entre eux utilisaient de la pierre polie, en fait, grosso modo, si je devais analyser tout ça de trĂšs prĂšs, je dirais qu’on distinguait jadis deux grandes catĂ©gories de penseurs, d’un cĂŽtĂ© y avait ceux qui pĂ©taient dans les baignoires pour crier Ă  plusieurs reprises « j’ai trouvĂ© , j’ai trouvĂ© », mais qu’est-ce qu’on en a foutre qu’ils aient trouvĂ©, ils n’avaient qu’à garder leur dĂ©couverte pour eux, moi j’ai eu Ă  m’immerger quelques fois dans la riviĂšre Tchinouka qui a emportĂ© ma pauvre mĂšre, je n’ai rien trouvĂ© de spectaculaire dans ces eaux grises oĂč tout corps qu’on y plonge ne subit mĂȘme pas la fameuse poussĂ©e verticale de bas en haut, c’est d’ailleurs pour cela que toute la merde de notre quartier Trois – cents est tapie au fond des eaux, qu’on me dise alors comment cette merde arrive Ă  Ă©chapper Ă  la poussĂ©e d’Archimerde, et puis y avait la deuxiĂšme grande catĂ©gorie d’illuminĂ©s qui n’étaient que des oisifs, des vrais fainĂ©ants, ils Ă©taient toujours assis sous un pommier du coin et attendaient de recevoir des pommes sur la tĂȘte pour une histoire d’attraction ou de pesanteur, moi je suis contre ces idĂ©es reçues, et je dis que la Terre est plate comme l’avenue de l’indĂ©pendance qui passe devant Le CrĂ©dit a voyagĂ©, y a rien a rajouter, je proclame que la Terre est tristement immobile, que c’est le Soleil qui s’excite autour de nous parce que je le vois moi-mĂȘme parader au dessus de la toiture de mon bar prĂ©fĂ©rĂ©, qu’on ne me raconte pas d’histoire Ă  dormir debout, et le premier qui vient encore m’expliquer que la Terre est ronde, qu’elle tourne autour d’elle –mĂȘme et autour du Soleil, celui lĂ  je le dĂ©capite sur le champ, mĂȘme s’il s’écrie « et pourtant elle tourne »
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Alain Mabanckou (Broken Glass)
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Il n’est plus du peuple, d’oĂč il sort ; il n’est pas, non plus, de la bourgeoisie oĂč il vit et oĂč il tend
 Du peuple qu’il a reniĂ©, il a perdu le sang gĂ©nĂ©reux et la force naĂŻve
 De la bourgeoisie, il a gagnĂ© les vices honteux, sans avoir pu acquĂ©rir les moyens de les satisfaire
 et les sentiments vils, les lĂąches peurs, les criminels appĂ©tits, sans le dĂ©cor, et, par consĂ©quent, sans l’excuse de la richesse
 L’ñme toute salie, il traverse cet honnĂȘte monde bourgeois et rien que d’avoir respirĂ© l’odeur mortelle qui monte de ces putrides cloaques, il perd, Ă  jamais, la sĂ©curitĂ© de son esprit, et jusqu’à la forme mĂȘme de son moi

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Octave Mirbeau (Le Journal d'une Femme de Chambre)
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Tandis que le voile de la mort tombait sur lui, Hrathen écarta toutes les questions. Il ne voyait plus que le visage soucieux de SarÚne, il ne pensait plus qu'à elle. La femme qui l'avait détruit. A cause d'elle, le gyorn avait trouvé le courage de rejeter les mensonges auxquels il avait cru toute sa vie. Elle ne saurait jamais qu'il l'avait aimée. "Adieu, ma princesse", pensa-t-il. "Jaddeth, prends pitié de mon ùme. J'ai fait du mieux que j'ai pu.
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Brandon Sanderson (Elantris (Elantris, #1))
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Et les petites fois, elles furent nombreuses, ces petites fois oĂč j'aurais pu me coucher par terre et ne plus jamais bouger, oĂč j'aurais voulu rester dans le noir sans plus jamais rĂ©pondre, ces petites fois, je les ai accumulĂ©es et j'en ai des centaines dans la tĂȘte...
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Jean-Luc Lagarce (Juste la fin du monde)
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- Casey Blue, qui aurait pu monter les marches de ce podium, non pas seulement en tant que gagnante du concours de Burghley, mais aussi comme la deuxiĂšme personne de l'histoire Ă  avoir rĂ©ussi le grand chelem, s'est volontairement portĂ© une pĂ©nalitĂ© pour manifester sa solidaritĂ© Ă  une cavaliĂšre qui l'a aidĂ©. GrĂące Ă  ce geste, j'ai l'honneur d'ĂȘtre votre champion aujourd'hui. C'est un titre que j'accepte avec joie, mais je voudrais rendre hommage Ă  cet acte d'une grĂące stupĂ©fiante avec un cadeau. Il se tourna vers la fille qui se tenait Ă  sa gauche. Il lui tendit le trophĂ©e. - Casey Blue, celui-ci est pour toi.
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Lauren St-John, Cheval d'Orage, Galop de feu.
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Le terme de gĂ©nocide est souvent employĂ© pour qualifier la traite et l'esclavage pratiquĂ©s par l'Occident. Alors qu'il convient de reconnaĂźtre que dans la traite transatlantique un esclave, mĂȘme dĂ©shumanisĂ©, avait une valeur vĂ©nale pour son propriĂ©taire. Ce dernier le voulait d'abord efficace, mais aussi rentable dans le temps, mĂȘme si son espĂ©rance de vie Ă©tait des plus limitĂ©es. Il est sans doute difficile d'apprĂ©cier l'importance de la saignĂ©e subie par l'Afrique noire au cours de la traite transatlantique. Du Bois l'estime Ă  environ quinze Ă  vingt millions d'individues. P. Curtin, quant Ă  lui, en faisant une synthĂšse des travaux esistants, aboutit en 1969 Ă  un total d'environ neuf millions six cent mille escales importĂ©s, surtout dans le Nouveau Monde, plus faiblement en Europe et Ă  SĂŁo TomĂ©, pour l'ensemble de la pĂ©riode 1451-1870. Mais quelle que fĂ»t l'ampleur de cette traite, il suffit d'observer la dynamique de la diaspora noire qui s'est formĂ©e au BrĂ©sil, aux Antilles et aux États-Unis, pour reconnaĂźtre qu'une entreprise de destruction froidement et mĂ©thodiquement programmĂ©e des peuples noirs, au sens d'un gĂ©nocide — comme celui des Juifs, des ArmĂ©niens, des Cambodgiens ou autres Rwandais —, n'y est pas prouvĂ©e. Dans le Nouveau Monde la plupart des dĂ©portĂ©s ont assurĂ© une descendance. De nos jours, plus de soixante-dix millions de descendants ou de mĂ©tis d'Africains y vivent. VoilĂ  pourquoi nous avons choisi d'employer le terme d'«holocauste» pour la traite transatlantique. Car ce mot signifie bien sacrifice d'hommes pour le bien-ĂȘtre des autres hommes, mĂȘme si cela a pu entraĂźner un nombre incalculable de victimes. En outre, la plupart des nations occidentales impliquĂ©es dans le commerce triangulaire ont aujourd'hui reconnu leur responsabilitĂ© et prononcĂ© leur aggiornamento. La France, entre autres, l'a fait une loi — qualifiant la traite nĂ©griĂšre et l'esclavage de «crime contre l'humanité» — votĂ©e au Parlement le 10 mai 2001. Ce qui a marquĂ© clairement un changement d'attitude chez les Français face Ă  une page de leur histoire jusqu'alors mal assumĂ©e. D'autres voix se sont Ă©levĂ©es pour prĂ©senter les excuses d'un pays, telle celle du prĂ©sident Clinton, ou demander «pardon pour les pĂ©chĂ©s commis par l'Europe chrĂ©tienne contre l'Afrique» (Jean-Paul II, en 1991, Ă  GorĂ©e). [...] Seul le gĂ©nocide des peuples noirs par les nations arabo-musulmanes n'a toujours pas fait l'objet de reconnaissance aussi nette. Alors que ce crime est historiquement, juridiquement et moralement imprescriptible. Car bien qu'il n'y ait pas de victimes ni de coupables hĂ©rĂ©diatires, les descendants des peuples impliquĂ©s ne peuvent refuser d'assumer une certaine responsabilitĂ©. On pouvait cependant espĂ©rer que les rĂ©solutions adoptĂ©es par la confĂ©rence de l'ONU Ă  Durban (2-9 septembre 2001) iraeient dans ce sense. Mais dans l'esprit, l'acte, si solennel fĂ»t-il, n'Ă©tait qu'une entreprise fallacieusement orientĂ©e, doublĂ©e d'une dĂ©nonciation sĂ©lective. Durban n'a pas donnĂ© une vision d'ensemble honnĂȘte et objective de la terrible «tragĂ©die noire» passĂ©e. Puisque, de nos jours encore, beaucoup associent par rĂ©flexe traite nĂ©griĂšre au seul traffic transatlantique organisĂ© Ă  partie de l'Europe et des AmĂ©riquees, qui a conduit Ă  la mort ou Ă  la dĂ©portation de millions d'Africains dans le Nouveau Monde. La confusion vient du fait que la colonisation europĂ©enne de l'Afrique noire avec son systĂšme de travail forcĂ© a suivi la fin de la traite transatlantique, ce qui incite Ă  assimiler les deux Ă©vĂšnements. Alors que la traite et le travail forcĂ© des peuples noirs n'ont pas Ă©tĂ© une invention des nations europĂ©ennes.
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Tidiane N'Diaye (Le gĂ©nocide voilĂ©: EnquĂȘte historique)
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Tout en acceptant ces descriptions, il faut rĂ©cuser l’idĂ©e, qu’elles risquent de suggĂ©rer, d’une dĂ©termination directe par les conditions Ă©conomiques et politiques : c’est Ă  partir de la position bien particuliĂšre qu’ils occupent dans le microcosme littĂ©raire que les Flaubert, Baudelaire, Renan, Leconte de Lisle ou Goncourt apprĂ©hendent une conjoncture politique qui, saisie Ă  travers les catĂ©gories de perception inhĂ©rentes Ă  leurs dispositions, licite et sollicite leur inclination Ă  l’indĂ©pendance (que d’autres conditions historiques auraient pu rĂ©primer ou neutraliser, par exemple en renforçant, comme Ă  la veille et au lendemain de 1848, les positions dominĂ©es dans le champ littĂ©raire et dans le champ social).
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Pierre Bourdieu (Les RÚgles de l'art. GenÚse et structure du champ littéraire (LIBRE EXAMEN) (French Edition))
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[...] la pĂ©riode des fĂȘtes c'est plus dĂ©licat, il aurait fallu un plateau de fruits de mer, or ce sont lĂ  des choses qui se partagent, un plateau de fruits de mer en solitaire c'est une expĂ©rience ultime, mĂȘme Françoise Sagan n'aurait pas pu dĂ©crire cela, c'est vraiment trop gore.
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Michel Houellebecq (Serotonin)
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Certes, je voyais bien, donnant alors raison Ă  Sartre, qu'en un sens je « dĂ©cidais » d'Ă©prouver jusqu'au bout ces moments de vacillation, de vertige au lieu de les Ă©carter d'un revers de main. Mais c'est que je pressentais qu'il y avait en eux quelque chose de prĂ©cieux : ces passages du trouble, je devais les traverser ; ces messages peu clairs d'un pays lointain et inconnu, il me fallait en tenir compte, si je ne voulais pas me rĂ©duire Ă  une tĂȘte froide. C'est peut-ĂȘtre cela qui, au fil des ans, m'a maintenu Ă  une certaine distance de Sartre : je n'ai jamais pu me faire Ă  l'idĂ©e qu'on ne pense qu'avec sa tĂȘte ! La voix tranchante, la voix de tĂȘte, avait aussi tranchĂ©, sĂšchement, avec les pulsations du corps.
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Jean-Bertrand Pontalis (L'amour des commencements)
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mĂ©thodiquement parti de la possibilitĂ© d’une polysĂ©mie voulue qui, avec l’apparition d’un corps d’interprĂštes professionnels, c’est-Ă -dire professionnellement dĂ©terminĂ©s Ă  trouver du sens et de la nĂ©cessitĂ©, au prix d’un travail d’interprĂ©tation ou de surinterprĂ©tation, s’est trouvĂ©e inscrite dans le champ mĂȘme et, par lĂ , dans l’intention crĂ©atrice des producteurs. On comprend qu’on ait pu dire de Duchamp qu’il est « le seul peintre Ă  s’ĂȘtre fait une place dans le monde de l’art autant par ce qu’il n’a pas fait que par ce qu’il a fait52 » : le refus de peindre (marquĂ© par la retraite aprĂšs l’inachĂšvement du Grand Verre, en 1923) devient ainsi, au titre d’actualisation du refus dada de sĂ©parer l’art de la vie, un acte artistique, voire l’acte artistique suprĂȘme, semblable dans son ordre au silence contemplatif du berger de l’Être heideggĂ©rien.
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Pierre Bourdieu (Les RÚgles de l'art. GenÚse et structure du champ littéraire (LIBRE EXAMEN) (French Edition))
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(Pour le lui rappeler toutes les fois que cela sera nĂ©cessaire, c’est-Ă -dire toutes les fois qu’on n’aura pas pu avoir recours Ă  la dĂ©signation gĂ©nĂ©rique de producteur culturel, choisie, sans plaisir particulier, pour marquer la rupture avec l’idĂ©ologie charismatique du « crĂ©ateur », on fera suivre le mot Ă©crivain de etc.).
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Pierre Bourdieu (Les RÚgles de l'art. GenÚse et structure du champ littéraire (LIBRE EXAMEN) (French Edition))
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– Elle a probablement changĂ© ses titres Ă  la derniĂšre minute. Quant Ă  la quatriĂšme toile, les livreurs l'auront tout simplement oubliĂ©e derriĂšre une porte. – Écoute, David, une huile de douze cent dollars intitulĂ©e « La Haye » n'a certainement pas pu se transformer en une aquarelle de trois cent dollars qui s'appelle « Nuit d'Ă©té ».
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Dixie Browning (Rencontre au bord de l'eau (Harlequin))
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Je ne veux pas lui en dire davantage par tĂ©lĂ©phone. Je veux juste qu’elle sache que tout le reste est terminĂ©, que j’ai dĂ©gagĂ© la voie pour que le processus de deuil puisse commencer. Qu’elle n’a plus besoin de passer ses nuits Ă©veillĂ©e dans son lit, Ă  souhaiter, espĂ©rer ce qui est fini. Elle doit prendre le temps de ressentir le manque, Ă  prĂ©sent. C’est important de ne pas craindre le manque, de le laisser entrer. Le manque est un lien entre ce qui est et ce qui a Ă©tĂ©. Il permet d’avancer sans quitter. J’aurais pu lui expliquer, lui dire que je sais, mais ça n’aurait rien changĂ©. C’est une chose qu’il faut dĂ©couvrir soi-mĂȘme. Quand on est prĂȘt.
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Heine Bakkeid (I Will Miss You Tomorrow (Thorkild Aske, #1))
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Je n’ai jamais pu comprendre pourquoi les gens ne s’intĂ©ressent pas Ă  ce qui s’est passĂ© avant leur naissance, pourquoi ils ne posent pas des questions Ă  leurs parents et leurs grands-parents pour savoir comment ils ont vĂ©cu leur vie, ce dont ils sont satisfaits et ce qu’ils feraient diffĂ©remment s’ils le pouvaient. Lorsque mes parents et mes frĂšre et sƓur s’en sont allĂ©s dans l’autre monde en oubliant de m’emmener avec eux, j’étais encore trop petite pour poser des questions, et le mystĂšre que cachaient le chagrin et la bizarrerie de tante Hana ne s’est rĂ©vĂ©lĂ© Ă  moi que lentement, progressivement, au cours de ces annĂ©es de vie commune, comme le fond d’une riviĂšre assĂ©chĂ©e. « Sans eux, tu ne serais pas lĂ  », avait coutume de dire ma mĂšre sur un ton de reproche tandis que j’attendais, l’air ennuyĂ©, qu’elle ait fini de nettoyer les tombes au cimetiĂšre et de raconter les derniĂšres nouvelles aux dĂ©funts. Mais si j’avais alors fait un peu plus attention et si j’avais posĂ© quelques questions sur les destinĂ©es que recouvraient les noms gravĂ©s en lettres dorĂ©es sur les pierres tombales, il me serait beaucoup plus facile, Ă  prĂ©sent, de recomposer Ă  l’aide de milliers de souvenirs fragmentaires les Ă©vĂ©nements ayant prĂ©cĂ©dĂ© ma naissance.
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Alena MornĆĄtajnovĂĄ (Hana)
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Non, Georges, rien n'aurait donc pu ĂȘtre simple et banal. Je sortais d'un monde qui nous avait retirĂ© notre nom, notre personne, alors sitĂŽt revenue Ă  la vie, sans que je puisse nommer et donc comprendre ce qui m'Ă©tait arrivĂ©, j'ai cherchĂ© instinctivement Ă  retourner vers moi, ou alors aux grandes causes, aux tragĂ©dies du monde que j'assimilais Ă  la mienne.
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Marceline Loridan-Ivens (L'Amour aprĂšs)
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De bons esprits, libĂ©raux et tendres – des nĂ©o-colonialistes, en somme – se prĂ©tendaient choquĂ©s par cette inconsĂ©quence ; erreur ou mauvaise foi : rien de plus consĂ©quent, chez nous, qu'un humanisme raciste puisque l'EuropĂ©en n'a pu se faire homme qu'en fabriquant des esclaves et des monstres.
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Frantz Fanon (Les damnĂ©s de la terre (AnnotĂ©) (Les Ɠuvres de Frantz FANON t. 2) (French Edition))
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Mais, de la mĂȘme façon que rien n'aurait pu m'empĂȘcher d'avoir un avortement, rien ne pouvait l'arrĂȘter d'en faire. À cause de l'argent naturellement, peut-ĂȘtre aussi d'un sentiment d'ĂȘtre utile aux femmes.
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Annie Ernaux (Happening)
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L'inondation, qui ruine ainsi l'espoir du paysan, est un grand malheur, et pourtant, dans ses eaux redoutées, le ruisseau apporte un trésor pour les années à venir : en détruisant la récolte de l'année présente, il dépose de la boue fertilisante qui nourrira les récoltes futures. Le sol de la plaine, constamment sollicité par le travail du laboureur s'épuiserait bientÎt si les rochers de la montagne, triturés et tamisés par le flot, ne s'étalaient en couches sur les campagnes pour en renouveler la fécondité. Ainsi que le montrent les sondages géologiques, la terre végétale et le sous-sol tout entier sont des alluvions successivement amenées de siÚcle en siÚcle et déposées sur les assises de la roche : aucune plante n'aurait pu germer dans la vallée si la montagne ne se délitait pas sans cesse, et si le ruisseau n'employait pas chaque année ces débris à fournir un nouvel aliment à la végétation de ses deux rives.
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ÉlisĂ©e Reclus (Histoire d'un ruisseau - Histoire d'une montagne)
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Il y avait bien de gros nuages noirs au-dessus de nous. J'ai baissĂ© ma vitre et senti l'odeur de la pluie. Dans le dĂ©sert, on la sent avant mĂȘme qu'une goutte ne soit tombĂ©e. J'ai fermĂ© les yeux et tendu ma main. La premiĂšre goutte de pluie Ă©tait comme un baiser. Le ciel m'embrassait. Cette idĂ©e m'a plu. C'Ă©tait une pensĂ©e que Dante aurait pu avoir. J'ai senti une autre goutte, puis une autre. Un baiser. Un baiser. Et encore un baiser. J'ai pensĂ© Ă  mes rĂȘves dans lesquels j'embrassais quelqu'un, mais je ne sais jamais qui. Soudain, ça a Ă©tĂ© un vĂ©ritable dĂ©luge. J'ai remontĂ© la vitre. Mon bras Ă©tait mouillĂ©, la manche de mon tee-shirt trempĂ©e.
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Benjamin Alire SĂĄenz (Aristotle and Dante Discover the Secrets of the Universe (Aristotle and Dante, #1))
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Il m’est pĂ©nible d’entrer dans le langage, surtout quand le langage est tournĂ© vers l’extĂ©rieur. Il faut faire un choix sur ce que je donne, sur ce que je garde. Il y a des phrases que nous aurions pu garder pour nous. Il y a mĂȘme des phrases dont nous nous serions passĂ©s qu’elles voient le jour dans notre pensĂ©e. Des phrases que nous aurions dĂ» pouvoir Ă©liminer simplement, comme de la vermine. Et pour cela je ressens rĂ©guliĂšrement le besoin de faire un pas de cĂŽtĂ©, mĂȘme si ce besoin Ă©choue avec une rĂ©gularitĂ© constante. Il y a des jours oĂč je me dis que je pourrais m’évanouir dans le silence jusqu’à mon dernier jour. C’est un objectif estimable : il est de l’ordre de l’illusion.
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Frederika Amalia Finkelstein (L'Oubli)
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Des partenaires qui se confirment à la lettre à leurs scripts de genre respectifs ont toutes les chances de se rendre trÚs malheureux. Ces scripts produisent d'un cÎté une créature sentimentale et dépendante, aux demandes tyranniques, qui surinvestit la sphÚre affective et amoureuse, et de l'autre un escogriffe mutique et mal dégrossi, barricadé dans l'illusion d'une autonomie farouche, qui semble toujours se demander par quel dramatique manque de vigilance il a bien pu tomber dans ce traquenard. (p. 15)
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Mona Chollet (Réinventer l'amour: Comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles)
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Je suis encore en colÚre. Si mon propre regard s'est aujourd'hui apaisé, j'ai la rage que les gens qui m'aiment ou m'aimaient, aient pu penser un jour que j'étais mieux mince, plus belle, plus heureuse, plus sympa... Est-ce qu'au fond iels pensent tou·te·s que ce "moi grosse" est moins bien ?
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Marie de Brauer (Ne jamais couler)
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que les peintres – Manet notamment – se sont accordĂ©e en affirmant ce que Joseph Sloane26 appelle la « neutralitĂ© du sujet », c’est-Ă -dire le rejet de toute hiĂ©rarchie entre les objets et de toute fonction didactique, morale ou politique, n’a pu qu’exercer un effet en retour sur les Ă©crivains qui, bien qu’ils fussent libĂ©rĂ©s depuis longtemps des contraintes acadĂ©miques, Ă©taient, comme utilisateurs du langage, plus directement soumis Ă  l’exigence du « message ».
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Pierre Bourdieu (Les RÚgles de l'art. GenÚse et structure du champ littéraire (LIBRE EXAMEN) (French Edition))
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— Ô Lune Noire, sache que je t’ai attendue. Non, mon attente n’a pas Ă©tĂ© pieuse et bercĂ©e d’une fĂ©licitĂ©e bĂ©ate. Mes espoirs, je les ai conservĂ©s contre moi en affrontant les tempĂȘtes de la nature. Mes craintes, je les ai endossĂ©es avec peine et, souvent, elles m’ont valu d’épouvantables souffrances. Quant Ă  mes croyances, elles chancĂšlent chaque jour, avançant fĂ©brilement sur la crĂȘte d’une montagne acĂ©rĂ©e. Non, belle Lune Noire, je n’ai pas Ă©tĂ© le dĂ©vot infaillible. J’ai encaissĂ© les douleurs et j’en ai souvent questionnĂ© la cause, me demandant si les dieux veillaient vraiment sur l’indigent que je suis... J’ai interrogĂ© l’OcĂ©an CĂ©leste, j’ai invoquĂ© le Grand PĂȘcheur dans les moments de dĂ©tresse, et j’ai remerciĂ© les Constellations Silencieuses lorsque le sort m’était propice. Mais jamais, jamais je n’ai obtenu de rĂ©ponse. Pas un signe. Pas une faveur, pas une mise en garde. Rien ! Alors j’ai continuĂ© Ă  croire et j’ai contemplĂ© chacun de tes croissants. J’ai chĂ©ri chaque pas sous l’éclat argentĂ© de ta lumiĂšre. Mais, peu Ă  peu, je suis forcĂ© d’admettre que mon regard est tombĂ© et que j’ai plus souvent observĂ© mes pieds que ta robe. Nuit aprĂšs nuit, ma foi s’est faite tĂ©nue
 Et je regrette, aujourd’hui, d’avoir parfois pensĂ© que l’interposition ne viendrait pas. Que l’éclipse n’était qu’une fable, qu’un rĂȘve mal placĂ© dans mon esprit puĂ©ril. Un rĂȘve idiot qui avait induit les sages en erreur
 Comme je regrette ! Comme je suis confus et contrit de dĂ©couvrir, Ă  prĂ©sent, que le tort s’était saisi de moi
 La puissance de ton ombre est manifeste : Fe’Rah Grundt ne peut que s’incliner ! Quant Ă  ton aura
 Quelle
 Quelle splendeur ! J’ai devant mes yeux la plus magnifique fantasmagorie qu’il m’ait Ă©tĂ© donnĂ© de voir. C’est tellement plus grandiose que dans mon rĂȘve. Et, plus sublime encore que dans mes tentatives d’imagination Ă©veillĂ©e ! L’éclipse
 L’éclipse est assurĂ©ment le tournant de mon existence, j’en suis convaincu. Car mĂȘme si tu me rĂ©pudies, mĂȘme si tu m’ignores, mĂȘme si tu te contraries de mes paroles et choisis de m’en punir, je serai – Ô superbe Lune Noire – Ă  jamais changĂ©, en mon ĂȘtre tout entier, de t’avoir pu observer. Sur ces paroles fiĂ©vreuses et enflammĂ©es d’un amour sincĂšre dont il s’ignorait capable, Welihann se tait puis pose un genou Ă  terre. Les yeux brillants, il plonge dans la noirceur du cercle magique et cligne le moins possible des paupiĂšres, bien dĂ©cidĂ© Ă  ne pas en perdre la moindre miette. Le spectacle, d’une beautĂ© enivrante, le transporte et ranime toute sa foi. Il se sent transpercĂ© de lĂ©gendes, envahi de gloire, portĂ© en avant par les chants des AncĂȘtres, pĂ©nĂ©trĂ© par les mille gĂ©nĂ©rations l’ayant prĂ©cĂ©dĂ©, ayant foulĂ© ces steppes, ayant grimpĂ© ces concrĂ©tions, s’étant faufilĂ©s entre les prĂ©dĂ©cesseurs de ces arbres
 Il est Welihann, il est les Anciens, il est le PassĂ© et l’Avenir de son peuple. Il convoie en son ĂȘtre la culture d’une tribu et voyage Ă  dos de rĂȘves sur les Ă©paules du monde. Il n’est plus qu’un avec la Nature et devient, loin, au fond de lui, le messager des MĂŒk’Atah. Le pourvoyeur de Vie, façonnĂ© d’Amour et disposĂ© Ă  embrasser la Mort. Il est Welihann, l’enfant au destin diffĂ©rent, l’enfant libre et sans chemin tracĂ©, capable d’ouvrir sous chacun de ses pas, les pages de chapitres interdits, inconnus, impossibles ou dĂ©sirĂ©s. Il est Welihann, l’enfant-homme, l’enfant-frĂšre, le frĂšre-homme que personne n’attend et que tout le monde espĂšre, le prophĂšte malvenu, le maudit habitĂ© par la fortune. Il est Welihann et il sait, Ă  prĂ©sent, combien son destin compte, combien l’éclipse importe. Il est Welihann et il sait que son nom promet et devine que son sort ne sera rien de moins qu’exceptionnel.
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Alexandre Jarry (Sous les constellations silencieuses (Les Apothéoses))
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Restée seule avec mon adorée, je voulus lui parler, maintes fois, mais aucun mot ne parvenait à franchir barriÚre de lÚvres. Je m'en voulus si gigantesquement de ma façon d'estre que j'eusse pu me faire zigouille sans regret à cause de la frustration que je me causais.
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Guillaume Lebrun (Fantaisies guérillÚres)
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Encore quelques minutes, pensa Damen. Cela aurait pu n'ĂȘtre qu'un dĂ©sir trivial de paresser au lit, sans la douleur qui Ă©treignait sa poitrine. Le passage du temps lui faisait l'effet d'un poids qui ne cessait d'augmenter. Chaque instant Ă©tait un instant de moins.
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C.S Pacat
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parfois je me demande si je devrais vraiment me sentir de cette maniĂšre, quand il est question d'elle. j'y repense, de temps en temps, souvent pour ĂȘtre honnĂȘte, Ă  tout ce qui s'est passĂ©. comment j'ai abordĂ© les choses et comment elle l'a fait. Ă  l'Ă©poque, je me demandais toujours, si tout ce que je ressentais, Ă©tait liĂ© au fait que j'Ă©tais amoureuse d'elle. avec le temps, j'ai appris que non, l'amour platonique peut ĂȘtre tout aussi ĂȘtre fort que l'amour romantique, et se sentir aussi mal, parce que quelqu'un dĂ©cide que nous n'en valons pas la peine, n'est pas toujours synonyme d'envie de sortir avec la personne qui nous a fait cela. je ne pense pas qu'elle est vraiment fait quelque chose de mal au fond, bien Ă©videmment, elle Ă©tait parfois tellement autocentrĂ©e que ses dĂ©cisions n'Ă©taient prises qu'en fonction de ses Ă©motions et jamais celles des autres; mais n'est-ce pas la vie au final, prĂ©server notre bonheur, qu'importe ce qu'il faille faire ? je pense dĂ©finitivement, que la maniĂšre dont elle m'a "jetĂ©e" aurait pu ĂȘtre diffĂ©rente. une derniĂšre petite discussion, un dernier adieu, un dernier cĂąlin; aprĂšs tout ce que nous avions vĂ©cu ensemble. au final, je pense que c'est cela qui m'a le plus brisĂ©e. qu'elle ai dit adieu Ă  tout ça, sans mĂȘme penser Ă  moi, sans mĂȘme penser Ă  la personne qui l'avait soutenu, aimĂ©e, dĂ©fendu Ă  chaque occasion. bien sĂ»r je n'ai jamais Ă©tĂ© parfaite et j'ai fais des erreurs, des erreurs que j'aurais pu ne pas commettre; mais il n'a jamais Ă©tĂ© question, de la blesser. jamais. Ă  l'inverse, la maniĂšre dont elle m'a mise de cĂŽtĂ©, dont elle m'a balayĂ©e sous la porte; je pense que c'est ça qui m'a fait le plus de mal. c'Ă©tait d'avoir l'impression d'avoir Ă©tĂ© abandonnĂ©e, pour quelque chose, dont j'avais l'impression ĂȘtre en faute; mĂȘme si ce n'Ă©tait pas vrai. ce n'Ă©tait pas vrai. et peut ĂȘtre que je ne suis pas objective, mais ce n'Ă©tait pas vrai. j'ai fais tout ce que j'ai pu pour lui assurer le bonheur; mĂȘme quand elle ne m'aimait plus et agissait en consĂ©quences, pour me le montrer; mĂȘme quand elle faisait tout cela, je remerciais le monde d'ĂȘtre ami avec elle. pour qu'elle ne soit jamais triste. pour qu'elle ne soit jamais seule. je n'ai jamais Ă©tĂ© parfaite; mais je l'aimais tellement, si fort, que j'aurais tout fais pour elle. mais quand j'y repense, quand je repense Ă  tout ce qu'on a vĂ©cu, tout ce qui s'est passĂ©, tout ce qu'elle m'a dit; elle ne m'aurait jamais rendu la pareille. elle n'aurait jamais levĂ© le petit doigt, pour me dĂ©fendre comme je l'ai fait. pour me soutenir comme je l'ai fait. pour m'aimer, comme je l'ai fait. alors oui nous avons vĂ©cu de jolies choses et je ne les oublierai jamais. mais je n'oublierai jamais non plus, toutes les fois, oĂč elle m'a fait sentir comme si je ne mĂ©ritais rien. comme si je n'Ă©tais plus rien. je ne sais jamais comment finir ces textes, je les fais de moins en moins et avec de moins en moins de tristesse et je pense que cette une bonne chose. peut ĂȘtre que c'est ça ma malĂ©diction; ne jamais avoir de finalitĂ© Ă  tout ce qui la concerne. alors je le finis de cette maniĂšre, avec un point que j'amĂšne moi-mĂȘme; comme j'aurais toujours du le faire. point. point.
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emrulis
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parfois, je me demande si je devrais vraiment me sentir de cette maniĂšre, quand il est question d'elle. j'y repense, de temps en temps, souvent pour ĂȘtre honnĂȘte, Ă  tout ce qui s'est passĂ©. comment j'ai abordĂ© les choses et comment elle l'a fait. Ă  l'Ă©poque, je me demandais toujours si tout ce que je ressentais Ă©tait liĂ© au fait que j'Ă©tais amoureuse d'elle. avec le temps, j'ai appris que non, l'amour platonique peut ĂȘtre tout aussi fort que l'amour romantique, et se sentir aussi mal, parce que quelqu'un dĂ©cide que nous n'en valons pas la peine, n'est pas toujours synonyme d'envie de sortir avec la personne qui nous a fait cela. je ne pense pas qu'elle ait vraiment fait quelque chose de mal au fond. bien Ă©videmment, elle Ă©tait parfois tellement autocentrĂ©e que ses dĂ©cisions n'Ă©taient prises qu'en fonction de ses Ă©motions et jamais celles des autres ; mais n'est-ce pas la vie au final, prĂ©server notre bonheur, qu'importe ce qu'il faille faire ? je pense dĂ©finitivement que la maniĂšre dont elle m'a « jetĂ©e » aurait pu ĂȘtre diffĂ©rente. une derniĂšre petite discussion, un dernier adieu, un dernier cĂąlin ; aprĂšs tout ce que nous avions vĂ©cu ensemble. au final, je pense que c'est cela qui m'a le plus brisĂ©e. qu'elle aie dit adieu Ă  tout ça, sans mĂȘme penser Ă  moi, sans mĂȘme penser Ă  la personne qui l'avait soutenu, aimĂ©, dĂ©fendu Ă  chaque occasion. bien sĂ»r, je n'ai jamais Ă©tĂ© parfaite et j'ai fait des erreurs, des erreurs que j'aurais pu ne pas commettre ; mais il n'a jamais Ă©tĂ© question de la blesser. jamais. Ă  l'inverse, la maniĂšre dont elle m'a mise de cĂŽtĂ©, dont elle m'a balayĂ©e sous la porte ; je pense que c'est ça qui m'a fait le plus de mal. c'Ă©tait d'avoir l'impression d'avoir Ă©tĂ© abandonnĂ©e pour quelque chose dont j'avais l'impression d'ĂȘtre en faute ; mĂȘme si ce n'Ă©tait pas vrai. ce n'Ă©tait pas vrai. et peut-ĂȘtre que je ne suis pas objective, mais ce n'Ă©tait pas vrai. j'ai fait tout ce que j'ai pu pour lui assurer le bonheur ; mĂȘme quand elle ne m'aimait plus et agissait en consĂ©quence, pour me le montrer ; mĂȘme quand elle faisait tout cela, je remerciais le monde d'ĂȘtre ami avec elle. pour qu'elle ne soit jamais triste. pour qu'elle ne soit jamais seule. je n'ai jamais Ă©tĂ© parfaite ; mais je l'aimais tellement, si fort, que j'aurais tout fait pour elle. mais quand j'y repense, quand je repense Ă  tout ce qu'on a vĂ©cu, tout ce qui s'est passĂ©, tout ce qu'elle m'a dit ; elle ne m'aurait jamais rendu la pareille. elle n'aurait jamais levĂ© le petit doigt pour me dĂ©fendre comme je l'ai fait. pour me soutenir comme je l'ai fait. pour m'aimer, comme je l'ai fait. alors oui, nous avons vĂ©cu de jolies choses et je ne les oublierai jamais. mais je n'oublierai jamais non plus toutes les fois oĂč elle m'a fait sentir comme si je ne mĂ©ritais rien. comme si je n'Ă©tais plus rien. je ne sais jamais comment finir ces textes, je les fais de moins en moins et avec de moins en moins de tristesse et je pense que c’est une bonne chose. peut-ĂȘtre que c'est ça ma malĂ©diction ; ne jamais avoir de finalitĂ© Ă  tout ce qui la concerne. alors je le finis de cette maniĂšre, avec un point que j'amĂšne moi-mĂȘme ; comme j'aurais toujours dĂ» le faire. point. point.
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emrulis
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D'aprĂšs Sartre, dans cette situation qui est manifestement propre Ă  l'humanitĂ©, l'essentiel ne serait pas "ce qu'on a fait de l'homme, mais ce qu'il fait de ce qu'on a fait de lui". Une phrase que je peux signer. AssurĂ©ment il peut y avoir une chance de faire encore quelque chose de ce qu'on a fait de vous ; peut-ĂȘtre mĂȘme chacun a-t-il cette chance. MĂȘme moi j'aurais pu avoir cette chance. Peut-ĂȘtre, si le dommage que m'ont causĂ© mes parents (et tout ce qui fait partie de la notion de "parents") n'avait pas Ă©tĂ© tellement dĂ©mesurĂ©, m'eĂ»t-il encore Ă©tĂ© possible, Ă  temps, de devenir moi-mĂȘme avant que le cancer m'ait dĂ©vorĂ©. Peut-ĂȘtre, si le terme de ma maladie s'Ă©tait Ă©loignĂ©, un certain dĂ©lai m'eĂ»t-il encore Ă©tĂ© donnĂ©, au cours duquel j'aurais pu vaincre ma nĂ©vrose. Peut-ĂȘtre. Mais ces hypothĂšses sont oiseuses car, en rĂ©alitĂ©, il n'en est tout bonnement pas ainsi ou, pour en revenir Ă  Sartre : je n'ai pas rĂ©ussi Ă  faire autre chose que ce qu'on a fait de moi. On a fait quelque chose de moi, on m'a dĂ©moli ; mais surmonter cette "dĂ©molition", comme l'exige Sartre, je n'y suis pas arrivĂ©. (p. 247-248)
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Fritz Zorn (Mars)
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Tu sais, le moment rĂ©volutionnaire - j'ai essayĂ© de l'expliquer de diffĂ©rentes maniĂšres - est un moment exaltant parce que c'est quelque chose de nouveau pour lequel on peut s'engager. Je l'ai dit de la façon la plus simple que j'aie pu trouver : "La rĂ©volution est comme un enfant : il est tout mignon quand il naĂźt, mais il est possible que, dix ans plus tard, il devienne con, bossu et mĂ©chant." De la mĂȘme maniĂšre, quand elle naĂźt, la RĂ©volution est fascinante, car elle promet la nouveautĂ©. Imagine : si aujourd'hui, en Italie, arrivait un Savonarole, ou une Jeanne d'Arc disant : "Allez, renonçons Ă  tout, mangeons deux fois moins !", les gens n'hĂ©siteraient pas une seconde, Folco. Un jeune sur deux aujourd'hui serait heureux de jeter son tĂ©lĂ©phone portable dans le lac pour avoir quelque chose de mieux. Mais, plus tard, on se rendrait compte que le portable Ă©tait utile, que le lac est polluĂ©... Ainsi va la vie... (p. 255)
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Tiziano Terzani (La fine Ăš il mio inizio)
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Doit-on s’infliger Ă  ce point de sortir d’une vie ? Doit on autant fuir pour chercher ailleurs un moyen de panser ses blessures, de souffler, s’introspecter ? N’y avait-il aucune autre voie possible au delĂ  de cette absence terrible qui lui tordait le ventre de douleur, aucun autre chemin que de voir soudainement disparaĂźtre de son existence cette prĂ©sence qui l’avait accompagnĂ© le temps d’une balade qu’ils avaient effectuĂ©e Ă  deux ? Si l’absence semblait le seul remĂšde, force lui Ă©tait de constater qu’elle ne laissait dans on esprit qu’un goĂ»t amer qui lui Ă©corchait les lĂšvres. Et son image dansait dans sa tĂȘte, le torturant Ă  chaque instant, amenant des larmes dans le creux de ses yeux, ce visage vers lequel il voulait tendre les doigts, qu’il voulait caresser, alors qu’il devait s’obliger Ă  ne pas bouger et Ă  rester interdit. Au delĂ  des mots, c’était bien cette absence totale qui lui Ă©tait la pire des tortures. Il aurait voulu tendre les bras, enserrer ce corps tant aimĂ©, oublier un instant cette douleur sourde qui grondait en son coeur, fermer les yeux et revenir Ă  ces quelques moments de pur bonheur qu’il avait pu ressentir alors que leurs deux corps Ă©taient enlacĂ©s, si proches l’un de l’autre, dans une communion qui allait au delĂ  des mots. A ce moment mĂȘme avant les mots, avant ces phrases blessantes, avant sa dĂ©cision. Mais il devait se rĂ©soudre Ă  laisser partir ce visage tant aimĂ©, Ă  le voir se fondre dans cet ocĂ©an inconnu du temps qui, disait-on, Ă©tait capable de tout soigner. Et pourtant chaque jour l’absence le mordait, plus durement que l’eau salĂ©e sur une blessure, plus cruellement que la mort. La mort c’était savoir qu’il n’y avait pas d’espoir de se revoir, aucun espoir de se croiser, l’absence au contraire Ă©tait ĂŽ combien plus cruelle. L’absence c’était savoir l’autre proche, c’était savoir qu’il continuait sa vie loin de soi, que vos chemins se sĂ©paraient dĂ©sormais et adoptaient une trajectoire diffĂ©rente. C’était savoir que l’autre deviendrait peu Ă  peu un inconnu, une ombre du passĂ©. C’était risquer de se recroiser et de voir ces plaies se rouvrir sans que rien jamais ne puisse les soigner. Oui, dĂ©cidĂ©ment l’absence Ă©tait bien pire que tout.
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Simon Vandereecken (Temps volés)
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ï»żLes anonymes (R.J. Ellory) - Votre surlignement sur la page 565 | emplacement 8658-8662 | AjoutĂ© le lundi 12 janvier 2015 00:23:27 s’empara de nouveau de sa liste, cette feuille de papier qui dĂ©voilait un paysage plus horrible que tout ce qu’il aurait pu imaginer. Des dizaines d’initiales et de dates d’assassinats derriĂšre lesquelles il avait du mal Ă  dĂ©celer un seul et unique mobile. Pourtant, ça s’était dĂ©jĂ  vu dans le passĂ©. La mort de soixante-quatre tĂ©moins essentiels aprĂšs l’assassinat de John Kennedy. Des accidents de voiture. Des chutes malencontreuses. Des suicides. Des crises cardiaques. Le tout en l’espace de dix-huit mois. Or voilĂ  qu’il se retrouvait face Ă  une affaire d’une ampleur similaire. ==========
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Anonymous
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L'une des causes de la dĂ©faite en 1940, c'est le passage de 48 Ă  40 heures de travail hebdomadaire en 1936. Il a fallu embaucher du personnel supplĂ©mentaire qui n'a pas pu se former Ă  temps, l'armement Ă©tant un secteur oĂč il faut des annĂ©es pour former du personnel qualifiĂ©.
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François Michelin (Et pourquoi pas? (French Edition))
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Dans le rituel, les Écrits RĂ©els sont transcrits en caractĂšres spĂ©cifiques Ă©trangers, appelĂ©s yun-tchouan (sceaux nuageux), assez semblables aux idĂ©ogrammes chinois archaĂŻques. Ces tchen-wen apparaissent pour la premiĂšre fois dans un ouvrage de Lou Sieou-tsing, le T’ai-chang t’ong-hiuan ling-pao tchong-kien-wen ( Tao-tsang 190), oĂč l’on trouve Ă©galement leur « traduction » : ce sont des formules Ă©voquant les souffles des cinq points cardinaux (les neuf souffles de l’Est, les trois souffles du Sud, l’unique souffle du Centre, etc.) et les divinitĂ©s (ti ou Lao-kiun ) correspondantes. Nous avons comparĂ© ces textes Ă  d’autres Ă©crits du canon taoĂŻste, oĂč ils portent gĂ©nĂ©ralement le titre de Yuan-che wou-lao tche-chou tchen-wen , et nous avons ainsi pu constater qu’ils n’avaient guĂšre changĂ©. 1973 - Rituel Taoiste
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Kristofer Schipper
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Si GalilĂ©e avait Ă©tĂ© sensible Ă  l’intention fonciĂšre du message christique, il aurait bien pris acte du fait que la terre tourne, - Ă  supposer qu’il l’eĂ»t alors dĂ©couvert, - mais il n’aurait jamais eu l’idĂ©e d’exiger de l’Église quelle insĂšre ce fait dans la thĂ©ologie, d’un jour Ă  l’autre et avant que cette idĂ©e n’ait pu s’imposer au monde savant de son temps, ni Ă  plus forte raison au peuple. Au demeurant, il ne faut ni vouloir infliger Ă  la thĂ©ologie le mouvement des molĂ©cules, ni prĂ©tendre « laisser Dieu Ă  la porte du laboratoire » ; il faut Ă©viter que les molĂ©cules deviennent une religion et que la science soit laissĂ©e Ă  la porte de Dieu.
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Frithjof Schuon (Logic and Transcendence)
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La monnaie est souvent mythifiĂ©e, conçue comme magique et obscure. Son ambivalence fondamentale favorise l'Ă©mergence dans les esprits du sentiment d'un mystĂšre : le dieu monnaie est, par ses modes de crĂ©ation et de gestion, Ă  la fois public et privĂ©. Banques commerciales et banques centrales contribuent Ă  son apparition, Ă  son mouvement, Ă  sa destruction. Face Ă  cette ambivalence qui ne peut ĂȘtre Ă©liminĂ©e, parce qu'elle exprime dans ce domaine technique la nĂ©cessaire dualitĂ© individu-collectivitĂ©, la thĂ©orie politique classique, libĂ©rale ou autoritaire, ne peut proposer que des reprĂ©sentations partielles. Le libĂ©ralisme anglo-saxon n'arrivera jamais Ă  masquer complĂštement l'action de l'État, dĂ©finisseur et garant des rĂšgles, acteur majeur de la gestion monĂ©taire au jour le jour. Il ne peut que tenter d'oublier l'expĂ©rience innommable d'un dollar Ă©chappant entre 1980 et 1985 Ă  toute pesanteur Ă©conomique par la grĂące de l'État. Il est frappĂ© de cĂ©citĂ© devant une Ă©vidence majeure : les marchĂ©s financiers, lieu d'agitation des libres individus, n'en finissent pas de spĂ©culer sur les obligations d'État, dont la rentabilitĂ© est assurĂ©e par l'existence de l'impĂŽt, c'est-Ă -dire la capacitĂ© d'un État Ă  extraire de sa sociĂ©tĂ© la richesse par un mĂ©canisme non marchand de contrainte. La thĂ©orie allemande de la monnaie ne pourra quant Ă  elle jamais imposer la rĂ©alitĂ© d'une monnaie fixant a priori un ordre social et Ă©chappant complĂštement aux acteurs dĂ©centralisĂ©s de la vie Ă©conomique. Les banques crĂ©ent de la monnaie par le crĂ©dit. Reste qu'au-delĂ  de cette ambivalence, indĂ©passable, chacune des deux traditions idĂ©ologiques, libĂ©rale ou autoritaire, adore l'un des deux visages du Janus monĂ©taire. Au moment mĂȘme oĂč les États-Unis dĂ©finissaient une conception pragmatique monĂ©taire, selon laquelle un Ă©quilibre des pouvoirs doit assurer l'Ă©mergence d'une monnaie accompagnant les Ă©volutions et rythmes naturels de la sociĂ©tĂ©, l'Europe occidentale accouchait, par Ă©tapes, d'une conception radicalement opposĂ©e, dominatrice, castratrice, de plus en plus souvent dĂ©signĂ©e dans le monde anglo-saxon, par l'expression sado-monĂ©tarisme. L'euro doit rĂ©former la sociĂ©tĂ©, mieux, crĂ©er un nouveau monde europĂ©en. Chacune des sociĂ©tĂ©s rĂ©ellement existantes, chaque nation, doit s'adapter, transfomer ses structures et ses rythmes naturels en fonction d'impĂ©ratifs monĂ©taires dĂ©cidĂ©es d'en-haut, a priori. Tel est le sens idĂ©ologique des critĂšres rigides de Maastricht et des punitions de Dublin qui fixent des rĂšgles monĂ©taires et budgĂ©taires auxquelles les individus devront se soumettre dans l'Ă©ternitĂ©. Cette monnaie autoritaire est le reflet d'un autre systĂšme de culture, fondĂ© par d'autres structures anthropologiques. La conception anglo-saxonne de la monnaie reflĂšte les valeurs libĂ©rales de la famille nuclĂ©aire absolue ; la conception autoritaire du continent europĂ©en les valeurs autoritaires de la famille souche. Face Ă  la monnaie, l'individu est comme face Ă  toute institution, libre ou soumis. L'Ă©mergence de conceptions opposĂ©es de la monnaie n'est que le dernier avatar d'une opposition plurisĂ©culaire entre libĂ©ralisme anglo-saxon et autoritarisme continental. Mais comment la France, lieu de naissance de l'une des deux grandes traditions libĂ©rales, dĂ©contractĂ©e dans sa gestion monĂ©taire jusqu'au dĂ©but des annĂ©es 80, a-t-elle bien pu changer de camp, abandonner l'individualisme du monde atlantique pour suivre les disciplines de l'Europe centrale ?
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Emmanuel Todd (L'illusion économique. Essai sur la stagnation des sociétés développées)
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Il l’emporta – il la transporta loin, vers un endroit oĂč elle n’aurait jamais pu aller sans lui- mais, lorsque ce fut fini, le retour ne l’effraya pas. Leo semblait solide. EnracinĂ©. Vrai. Ils restĂšrent assis dans l’herbe un long moment. Il avait le dos appuyĂ© contre le tronc d’un arbre et un bras autour de Charlotte, qui avait posĂ© la joue contre son torse. Ce torse Ă©tait doux, musclĂ© et sentait Leo. GagnĂ©e par une grande paix intĂ©rieure, elle aurait pu rester lĂ  pour toujours.
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Barbara Delinsky (Sweet Salt Air)
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MĂȘme si je me plains un peu, disait son cƓur, c'est seulement que je suis un cƓur d'Homme, et les cƓurs des Hommes sont ainsi. Ils ont peur de rĂ©aliser leurs plus grands rĂȘves, parce qu'ils croient ne pas mĂ©riter d'y arriver ou ne pas pouvoir y parvenir. Nous, les cƓurs, mourons de peur Ă  la seule pensĂ©e d'amours enfuis Ă  jamais, d'instants qui auraient pu ĂȘtre merveilleux et qui ne l'ont pas Ă©tĂ©, de trĂ©sors qui auraient pu ĂȘtre dĂ©couverts et qui sont restĂ©s pour toujours enfouis dans le sable. Car, quand cela se produit, nous souffrons terriblement, pour finir.
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L'Alchimiste, Paulo Coelho
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Cette nouvelle gĂ©nĂ©ration peut trouver sur Internet de quoi dĂ©veloppe sans fin ses savoirs. Mais nous aurions pu dire la mĂȘme chose des livres ; j'aurais beau m'installer au milieu de la BibliothĂšque nationale de France, je ne serais pas plus cultivĂ©e pour autant ! Et surtout, le savoir n'est pas la connaissance
 L'Ă©cole doit apprendre aux enfants Ă  se servir de ce nouvel accĂšs au savoir : apprendre Ă  trier, vĂ©rifier, hiĂ©rarchiser, analyser l'information, observer, prendre du recul face au monde de l'image. (p. 41)
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Isabelle Peloux (L'école du Colibri: La pédagogie de la coopération (Domaine du possible) (French Edition))
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Je n’en mourus pas. Mais quand ma voix se tut et de vis la terre refermĂ©e, je voulus la refaire surgir du nĂ©ant, rappeler Ă  la vie le hideux vieillard, permettre Ă  son existence de se poursuivre mĂȘme si son ĂȘtre ne pouvais pas vivre. Il mĂ©ritait de mourir, sauf que rien ne mĂ©rite la mort, et j’aurais pu devenir fou en cet instant, partagĂ© entre le besoin de ramener Ă  la vie l’homme et la maison, et la certitude que leur destruction Ă©tait nĂ©cessaire.
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Orson Scott Card (A Planet Called Treason)
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Nous avons parlé de la publicité ; mais de la publicité à la propagande en général, propagande politique comprise, il n'y a qu'un pas. Ainsi, toujours pour l'Amérique, certains auteurs, aprÚs une analyse objective, ont pu dire avec indignation que les techniques adoptées pour les élections présidentielles ne diffÚrent pas beaucoup de celles qu'on emploie afin d'imposer au public une certaine marque de savon ou un appareil électroménager.
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Julius Evola (L'arco e la clava)
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JosĂ©phine avait peur, si peur. Elle aurait pu indiquer prĂ©cisĂ©ment oĂč elle avait peur, mesurer la longueur, l'Ă©paisseur, le diamĂštre de la barre qui lui Ă©crasait le plexus et l'empĂȘchait de respirer.
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Katherine Pancol
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Il en est ainsi pour tout le monde : on se marie, on aime encore un peu, on travaille. On travaille tant qu'on en oublie d'aimer. Jeanne aussi travaillait, puisque les promesses du chef de bureau n'avaient pas Ă©tĂ© tenues. Ici, il fallait un peu d'imagination pour comprendre ce que voulait dire Grand. La fatigue aidant, il s'Ă©tait laissĂ© aller, il s'Ă©tait tu de plus en plus et il n'avait pas soutenu sa jeune femme dans l'idĂ©e qu'elle Ă©tait aimĂ©e. Un homme qui travaille, la pauvretĂ©, l'avenir lentement fermĂ©, le silence des soirs autour de la table, il n'y a pas de place pour la passion dans un tel univers. Probablement, Jeanne avait souffert. Elle Ă©tait restĂ©e cependant : il arrive qu'on souffre longtemps sans le savoir. Les annĂ©es avaient passĂ©. Plus tard, elle Ă©tait partie. Bien entendu, elle n'Ă©tait pas partie seule. « je t'ai bien aimĂ©, mais maintenant je suis fatiguĂ©e... je ne suis pas heureuse de partir, mais on da pas besoin d'ĂȘtre heureux pour recommencer. » C'est, en gros, ce qu'elle lui avait Ă©crit. Joseph Grand Ă  son tour avait souffert. Il aurait pu recommencer, comme le lui fit remarquer Rieux. Mais voilĂ , il n'avait pas la foi. Simplement, il pensait toujours Ă  elle. Ce qu'il aurait voulu, c'est lui Ă©crire une lettre pour se justifier. « Mais c'est difficile, disait-il. Il y a longtemps que j'y pense. Tant que nous nous sommes aimĂ©s, nous nous sommes compris sans paroles. Mais on ne s'aime pas toujours. À un moment donnĂ©, j'aurais dĂ» trouver les mots qui l'auraient retenue, mais je n'ai pas pu. »
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Albert Camus (The Plague)
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On ne se serre pas dans les bras, bien qu'on eĂ»t pu le faire. Mais c'est la possibilitĂ© mĂȘme de ce geste qui nous relie, pas forcĂ©ment sa rĂ©alisation.
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Mathieu Bermann (Amours sur mesure)
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L’extrait du Journal de Gide n’est peut-ĂȘtre pas mauvais au point de vue de mes livres, mais il est vraiment terrible pour Gide lui-mĂȘme, ou plus prĂ©cisĂ©ment pour son “intellectualitĂ©â€ ; du reste, malgrĂ© ce que semblait espĂ©rer SecrĂ©tant ! qui se trouvait Ă  ce moment-lĂ  chez P. Georges, j’aurais Ă©tĂ© bien Ă©tonnĂ© que le rĂ©sultat soit autre ; Gide paraĂźt ĂȘtre de ces gens pour qui la question de la vĂ©ritĂ© des idĂ©es ne se pose mĂȘme pas ! - Quant Ă  ce M. Étiemble, je n’en avais jamais entendu parler, et je ne sais pas du tout Ă  qui il a pu s’adresser pour tĂącher de me trouver. J’ai eu seulement connaissance, dans le mĂȘme ordre d’idĂ©es, des efforts qu’a faits F. Bonjean pour me rencontrer, d’abord en allant dans l’Inde, puis encore tout rĂ©cemment en retournant au Maroc... Pour en revenir Ă  Étiemble, je suis trĂšs heureux de ce que vous lui avez dit pour le dĂ©courager ; il faut en effet faire tout le possible pour empĂȘcher ces “intrusions”, surtout du cĂŽtĂ© des Ă©crivains et journalistes, indiscrets par profession, et qui au fond ne comprennent rien, ainsi que vous avez pu tout de suite vous en rendre compte dans ce cas ; vous pouvez penser comme je serais disposĂ© Ă  donner, Ă  quelque titre que ce soit, ma collaboration Ă  une “propagande” quelconque ! Si tout cela s’amplifie ces temps-ci comme vous le pensez, il va falloir que je prenne de mon cĂŽtĂ© plus de prĂ©cautions que jamais pour Ă©viter tout ce monde... lettre du 10 novembre 1945 Ă  un correspondant inconnu
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René Guénon
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Pour illustrer ceci et mieux faire comprendre ce que nous voulons dire, le meilleur exemple nous paraĂźt ĂȘtre celui des Principes du calcul infinitĂ©simal, ouvrage dont on parle peu et qui, bien qu’il ait Ă©tĂ© publiĂ© aprĂšs la Seconde Guerre mondiale, est typique de l’inspiration premiĂšre et de la mĂ©thode de RenĂ© GuĂ©non. On aurait d’ailleurs tort de le considĂ©rer comme un Ă©crit d’importance secondaire car il contient, notamment dans les considĂ©rations dĂ©veloppĂ©es sur la notion d’« intĂ©gration », un enseignement essentiel dont on ne trouve pas l’équivalent dans le reste de l’oeuvre guĂ©nonienne. Cet enseignement s ’appuie conjointement sur un examen critique des thĂ©ories avancĂ©es par Leibniz pour justifier la mĂ©thode infinitĂ©simale, de sorte que la lumiĂšre de l’Intellect primordial est projetĂ©e ici, non pas sur une doctrine ou un symbole traditionnel, mais bien sur les thĂšses d’un philosophe « semi-profane ». On juge mieux, par cet exemple, comment certaines mĂ©prises ont pu naĂźtre au sujet de la portĂ©e exacte de la doctrine exposĂ©e par GuĂ©non : s’il est bien Ă©vident qu’aucune organisation initiatique n’a jamais fondĂ© sa mĂ©thode spirituelle sur la lecture de Leibniz, la comprĂ©hension parfaite du symbolisme mathĂ©matique exposĂ© au chapitre XVIII du Symbolisme de la Croix implique, en revanche, une connaissance approfondie de la mĂ©thode diffĂ©rentielle et du calcul intĂ©gral.
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Charles-André Gilis (INTRODUCTION à LENSEIGNEMENT)
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Internet paracheva la mue en fermant les derniÚres écoutilles. AprÚs les Trente Glorieuses, on aurait pu donner aux deux premiÚres décennies du XXIe siÚcle le nom de Vingt Cliqueuses.
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Sylvain Tesson (Sur les chemins noirs)
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Comment en est-on arrivĂ© lĂ ? Comment le mouvement de libĂ©ration gay, que Huey P. Newton, prĂ©sident des Black Panthers, avait cru “peut-ĂȘtre le plus rĂ©volutionnaire”....un mouvement dont les slogans Ă©taient “DĂ©molissons la famille, dĂ©molissons l’état” et “une armĂ©e d’amants ne peut pas perdre”...une collectivitĂ© qui envisageait une rĂ©volution totale des rĂŽles de genre et de sexe, une nouvelle responsabilitĂ© sociale et communautaire
.une communautĂ© qui faisait face Ă  la crise du SIDA avec une unitĂ© et une imagination sans limites...comment cette force radicale, vivante et crĂ©atrice a-t-elle (...) pu dĂ©gĂ©nĂ©rer en un groupe de couples racistes, refoulĂ©s, aisĂ©s, privatisĂ©s, prĂȘts Ă  sacrifier tout leur hĂ©ritage juste pour se marier? Et Ă©chouer ?
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Sarah Schulman (The Gentrification of the Mind: Witness to a Lost Imagination)
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Le mariage, Jacopo, est un contrat absurde qui humilie Ă  la fois l'homme et la femme. Pour moi, si on rencontre un homme qui vous plaĂźt, on l'aime jusqu'Ă  ce que, eh bien, tant que ça dure
 Et puis on se laisse, si possible, en bons amis. Oh, Jacopo, parler avec toi est une fontaine d'intuitions pour ta putain de mĂšre ! Tu sais que m'est venue une idĂ©e sur l'amour ? - Quelle idĂ©e, maman, dis-moi ? - Si tu Ă©tais obligĂ© de rester toujours seul en ta propre compagnie, comment t'en trouverais-tu ? - Oh lĂ , je prĂ©fĂšre ne pas y penser ! Je deviendrais fou, je m'ennuierais. - VoilĂ  ! Je crois que, Ă  part l'attraction des sens qui est une chose encore plus obscure que tout ce qu'on a pu en dire
 Schopenhauer, aussi
 - Ah oui, que dit-il ? - Tu verras toi-mĂȘme, je n'ai pas envie d'en parler maintenant
 À part
 non ! pas Ă  part, parce que les sens suivant l'intelligence et inversement, il me semble qu'on tombe amoureux parce qu'avec le temps on se lasse de soi-mĂȘme et on veut entrer en un autre. Mais pas pour cette idĂ©e magnifique mais trop fatale de la pomme de Platon, tu sais, non ? - Oui, oui. - On veut entrer en un "autre" inconnu pour le connaĂźtre, le faire sien, comme un livre, un paysage. Et puis, quand on l'a absorbĂ©, qu'on s'est nourri de lui jusqu'Ă  ce qu'il soit devenu une part de nous-mĂȘme, on recommence Ă  s'ennuyer. Tu lirais toujours le mĂȘme livre, toi ? (p. 479)
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Goliarda Sapienza (L'arte della gioia)
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HomĂšre donne Ă  un simple artisan le nom de sage, c'est ainsi qu'il s'exprime sur un certain Margites : « Les dieux n'en firent ni un cultivateur ou fossoyeur, ni un sage en quoi que ce soit ; il ne rĂ©ussit en aucun art. » HĂ©siode, aprĂšs avoir dit que Linus le joueur de harpe Ă©tait versĂ© dans toutes sortes de sagesses, ne craint pas de nommer sage un matelot. Il ne montre, Ă©crit-il, aucune sagesse dans la navigation. Que dit le prophĂšte Daniel : « Les sages, les mages, les devins et les augures ne peuvent dĂ©couvrir au roi le secret dont il s'inquiĂšte; mais il est un Dieu dans le ciel qui rĂ©vĂšle les mystĂšres. » Ainsi Daniel salue du nom de sages les savants de Babylone. Ce qui prouve clairement que l'Écri- 17 ture enveloppe sous la mĂȘme dĂ©nomination de sagesse toute science ou tout art profane, enfin tout ce que l'esprit de l'homme a pu concevoir et imaginer, et que toute invention d'art ou de science vient de Dieu ; ajoutons les paroles suivantes, elles ne laisseront aucun doute : « Et le Seigneur parla Ă  MoĂŻse en ces termes : VoilĂ  que j'ai appelĂ© BĂ©sĂ©lĂ©el, fils d'Uri, fils de Hur, de la tribu de Juda, et je l'ai rempli d'un divin esprit de sagesse, d'intelligence et de science, pour inventer et exĂ©cuter toutes sortes d'ouvrages, pour travailler l'or et l'argent, et l'airain, et l'hyacinthe, et le porphyre, et le bois de l'arbre qui donne l'Ă©carlate, et pour exĂ©cuter tous les travaux qui concernent l'architecte et le lapidaire, et pour travailler les bois, etc. » Dieu poursuit de la sorte jusqu'Ă  ces mots : « Et tous les ouvrages. » Puis il se sert d'une expression gĂ©nĂ©rale pour rĂ©sumer ce qu'il vient de dire : « Et j'ai mis l'intelligence dans le cƓur de tous les ouvriers intelligents; » c'est-Ă -dire, dans le cƓur de tous ceux qui peuvent la recevoir par le travail et par l'exercice. Il est encore Ă©crit d'une maniĂšre formelle, au nom du Seigneur : « Et toi, parle Ă  tous ceux qui ont la sagesse de la pensĂ©e, et que j'ai remplis d'un esprit d'intelligence. » Ceux-lĂ  possĂšdent des avantages naturels tout particuliers; pour ceux qui font preuve d'une grande aptitude, ils ont reçu une double mesure, je dirai presque un double esprit d'intelligence. Ceux mĂȘme qui s'appliquent Ă  des arts grossiers, vulgaires, jouissent de sens excellents. L'organe de l'ouĂŻe excelle dans le musicien, celui du tact dans le sculpteur, de la voix dans le chanteur, de l'odorat dans le parfumeur, de la vue dans celui qui sait graver des figures sur des cachets. Mais ceux qui se livrent aux sciences ont un sentiment spĂ©cial par lequel le poĂšte a la perception du mĂštre; le rhĂ©teur, du style; le dialecticien, du raisonnement ; le philosophe, de la contemplation qui lui est propre. Car, c'est Ă  la faveur de ce sentiment ou instinct qu'on trouve et qu'on invente, puisque c'est lui seul qui peut dĂ©terminer l'application de notre esprit. Cette application s'accroit Ă  raison de l'exercice continu. L'apĂŽtre a 18 donc eu raison de dire que « la sagesse de Dieu revĂȘt mille formes diverses, » puisque que pour notre bien elle nous rĂ©vĂšle sa puissance en diverses occasions et de diverses maniĂšres, par les arts, par la science, par la foi, par la prophĂ©tie. Toute sagesse vient donc du Seigneur, et elle est avec lui pendant tous les siĂšcles, comme le dit l'auteur du livre de la sagesse : « Si tu invoques Ă  grands cris l'intelligence et la science, si tu la cherches comme un trĂ©sor cachĂ©, et que tu fasses avec joie les plus grands efforts pour la trouver, tu comprendras le culte qu'il faut rendre au Seigneur, et tu dĂ©couvriras la science de Dieu. »
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Clement of Alexandria (Miscellanies (Stromata))
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L'objet monĂ©taire a ceci de particulier qu'il a toujours une double fonction. Quand il s'agit d'un bien matĂ©riel, il sert Ă  assurer en tant que monnaie l'organisation des Ă©changes ; il permet Ă©galement, de prĂšs ou de loin, de satisfaire un besoin de consommation courante. Forts de ce constat, certains historiens ont thĂ©orisĂ© le lien entre l'iconoclasme Ă  Constantinople et l'Ă©volution de la balance des paiements courants de l'Empire byzantin. En effet, l'iconoclasme Ă©tait puissant quand le dĂ©ficit extĂ©rieur vidait l'empire de sa substance monĂ©taire ; il permettait alors le retour, dans le circuit Ă©conomique, de l'or rĂ©cupĂ©rĂ© sur les icĂŽnes vouĂ©es Ă  la destruction. Dans ce cas trĂšs particulier, il y avait interdĂ©pendance entre la politique monĂ©taire et la thĂ©ologie. Plus rĂ©cemment, dans l’Allemagne vaincue de 1945, la monnaie d'Ă©change Ă©tait la cigarette amĂ©ricaine. Pour J. K. Galbraith, c'Ă©tait le meilleur instrument monĂ©taire qu'on ait pu imaginer. En effet, en cas d'inflation, les Allemands se mettaient Ă  fumer leurs cigarettes, devenues moins utiles, la masse monĂ©taire se contractait et l'inflation Ă©tait stoppĂ©e sans l'intervention d'aucune banque centrale.
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Jean-Marc Daniel (le socialisme de l'excellence)