“
Le plus clair de mon temps je le passe à l'obscurcir.
”
”
Boris Vian (L'Écume des jours)
“
Je passe le plus clair de mon temps à l'obscurcir parce que la lumière me gêne
”
”
Boris Vian (L'Écume des jours)
“
Sometimes in the afternoon sky the moon would pass white as a cloud, furtive, lusterless, like an actress who does not have to perform yet and who, from the audience, in street clothes, watches the other actors for a moment, making herself inconspicuous, not wanting anyone to pay attention to her.
”
”
Marcel Proust (Swann’s Way (In Search of Lost Time, #1))
“
Disenchantment, like any other fashion, having started off among the elite had now been passed down to finish its days among the lower orders.
”
”
Mikhail Lermontov (Un Héros de notre temps. (précédé de) La Princesse Ligovskoï)
“
She poured out Swann's tea, inquired "Lemon or cream?" and, on his answering "Cream, please," said to him with a laugh: "A cloud!" And as he pronounced it excellent, "You see, I know just how you like it." This tea had indeed seemed to Swann, just as it seemed to her; something precious, and love has such a need to find some justification for itself, some guarantee of duration, in pleasures which without it would have no existence and must cease with its passing.
”
”
Marcel Proust (Swann’s Way (In Search of Lost Time, #1))
“
I feel that there is much to be said for the Celtic belief that the souls of those whom we have lost are held captive in some inferior being, in an animal, in a plant, in some inanimate object, and thus effectively lost to us until the day (which to many never comes) when we happen to pass by the tree or to obtain possession of the object which forms their prison. Then they start and tremble, they call us by our name, and as soon as we have recognised them the spell is broken. Delivered by us, they have overcome death and return to share our life.
And so it is with our own past. It is a labour in vain to attempt to recapture it: all the efforts of our intellect must prove futile. The past is hidden somewhere outside the realm, beyond the reach of intellect, in some material object (in the sensation which that material object will give us) of which we have no inkling. And it depends on chance whether or not we come upon this object before we ourselves must die.
”
”
Marcel Proust (Swann’s Way (In Search of Lost Time, #1))
“
Quartering the topmost branches of one of the tall trees, an invisible bird was striving to make the day seem shorter, exploring with a long-drawn note the solitude that pressed it on every side, but it received at once so unanimous an answer, so powerful a repercussion of silence and of immobility, that one felt it had arrested for all eternity the moment which it had been trying to make pass more quickly.
”
”
Marcel Proust (Swann’s Way (In Search of Lost Time, #1))
“
Je passe mes jours et mes nuits à tenter d'oublier Claire. C'est un travail à plein temps. Le matin, en me réveillant, je sais que telle sera ma seule occupation jusqu'au soir. J'ai un nouveau métier: oublieur de Claire. L'autre jour, à déjeuner, Jean Marie Périer m'a asséné :
-Quand tu sais pourquoi tu aimes quelqu'un , c'est que tu ne l'aimes pas.
”
”
Frédéric Beigbeder (L'Égoïste romantique)
“
- Sky, tu passes trop de temps à devenir et pas assez à être.
”
”
Nine Gorman (Ashes falling for the Sky (Ashes falling for the sky, #1))
“
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
des éternels regards l'onde si lasse
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
l'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
”
”
Guillaume Apollinaire (Alcools)
“
Le plus clair de mon temps, dit Colin, je le passe à l'obscurcir.
- Pourquoi? demanda plus bas le directeur.
- Parce que la lumière me gène, dit Colin.
”
”
Boris Vian
“
Je voudrais arrêter le temps, arrêter l'heure. Mais elle va, elle va, elle passe, elle me prend de seconde en seconde un peu de moi pour le néant de demain. Et je ne revivrai jamais.
”
”
Guy de Maupassant (Le Horla et autres nouvelles fantastiques)
“
Comment on va faire maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi? Qu'est-ce que ça veut dire la vie sans toi? Qu'est-ce qui se passe pour toi là? Dur Rien? Du vide? De la nuit, des choses de ciel, du réconfort?
”
”
Mathias Malzieu (Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi)
“
the Celtic belief that the souls of those whom we have lost are held captive in some inferior being, in an animal, in a plant, in some inanimate object and so effectively lost to us until the day (which to many never comes) when we happen to pass by the tree or to obtain possession of the object which forms their prison. Then they start and tremble, they call us by our name, and as soon as we have recognized their voices the spell is broken. We have delivered them: they have overcome death and return to share our life.
”
”
Marcel Proust (Swann’s Way (In Search of Lost Time, #1))
“
Dieu, jamais rassasié de la prière des hommes, est un sacré passe-temps. Moi? J'ai l'écriture.
”
”
Sylvain Tesson (Dans les forêts de Sibérie)
“
Le bon côté du temps qui passe trop lentement, c’est qu’il finit quand même par passer : la fin de l’année approche.
”
”
Riad Sattouf (Les Cahiers d'Esther : Histoires de mes 12 ans (Tome 3))
“
Le plus clair de mon temps, je le passe à l’obscurcir, parce que la lumière me gêne.
”
”
Boris Vian (L'Écume des Jours)
“
... it had arrested for all eternity the moment which it had been trying to make pass more quickly.
”
”
Marcel Proust (Swann’s Way (In Search of Lost Time, #1))
“
En vérité, on passe son temps à lutter contre la terreur du vivant. On s'invente des définitions pour y échapper : je m'appelle machin, je bosse chez chose, mon métier consiste à faire ci et ça.
”
”
Amélie Nothomb (Journal d'Hirondelle)
“
Je ne juge pas? Si, je juge, je passe mon temps à juger. Ils m'irritent profondément ceux qui vous demandent, les yeux faussement horrifiés : "Ne seriez-vous pas en train de me juger?" Si, bien sûr, je vous juge, je n'arrête pas de vous juger. Tout être doté d'une conscience à l'obligation de juger. Mais les sentences que je prononce n'affectent pas l'existence des "prévenus". J'accorde mon estime ou je la retire, je dose mon affabilité, je suspends mon amitié en attendant un complément de preuves, je m'éloigne, je me rapproche, je me détourne, j'accorde un sursis, je passe l'éponge -ou je fais semblant. La plupart des intéressés ne s'en rendent même pas compte. Je ne communique pas mes jugements, je ne suis pas un donneur de leçons, l'observation du monde ne suscite chez moi qu-un dialogue intérieur, un interminable dialogue avec moi-même.
”
”
Amin Maalouf (Les désorientés)
“
Oh! tout ce que nous n'avons point fait et que pourtant nous aurions pu faire...penseront-ils, sur le point de quitter la vie. - Tout ce que nous aurions dû faire et que pourtant nous n'avons point fait! par souci des considérants, par temporisation, par paresse, et pour s'être trop dit: "Bah! nous aurons toujours le temps." Pour n'avoir pas saisi le chaque jour irremplaçable, l'irretrouvable chaque instant. Pour avoir remis à plus tard la décision, l'effort, l'étreinte...
L'heure qui passe est bien passée?
-Oh! toi qui viendras, penseront-ils, sois plus habile: Saisis l'instant!
”
”
André Gide
“
La jeunesse est un temps merveilleux qui aboutit presque toujours à une trahison de soi-même dont on ignore comment elle s'est faite, et dont le reste de la vie se passe à contempler les conséquences dans un consentement dont on ne s'étonne même plus.
”
”
Louis Guilloux
“
[...] Mots exagérés pour dire qu'il est des réclusions mineures où l'on passe finalement un temps très long avant de s'en libérer. Car c'est bien un acte de volonté subit qui décide du terme et l'on se demande pourquoi on ne s'en est pas délivré plus tôt.
”
”
Erri De Luca (Pas ici, pas maintenant)
“
Une des clés évidentes et secrètes de ce monde où nous vivons est qu'il passe son temps dans un éternel présent toujours en train de s'évanouir. Entre un avenir qui n'existe pas encore et un passé qui n'existe déjà plus se glisse une pure abstraction, une sorte de rêve impossible. C'est cette absence haletante que nous appelons le présent. Personne n'a jamais vécu ailleurs que sur cette frontière vacillante entre le passé et l'avenir.
”
”
Jean d'Ormesson (Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit)
“
« Que c'est tandis qu'elle se vit que la vie est immortelle, tandis qu'elle est en vie. Que l'immortalité ce n'est pas une question de plus ou moins de temps, que ce n'est pas une question d'immortalité, que c'est une question d'autre chose qui reste ignoré. Que c'est aussi faux de dire qu'elle est sans commencement ni fin que de dire qu'elle commence et qu'elle finit avec la vie de l'esprit du moment que c'est de l'esprit qu'elle participe et de la poursuite du vent. Regardez les sables morts des déserts, le corps mort des enfants l'immortalité ne passe pas par là, elle s'arrête et contourne. »
”
”
Marguerite Duras (The Lover)
“
... he was like a man into whose life a woman, whom he has seen for a moment passing by, has brought a new form of beauty, which strengthens and enlarges his own power of perception, without his knowing even whether he is ever to see her again whom he loves already, although he knows nothing of her, not even her name.
”
”
Marcel Proust (Swann’s Way (In Search of Lost Time, #1))
“
Quand il m'arrive de sentir que mon temps est peu de chose, je pense à celui qui s'écoule simultanément dans bien des endroits du monde et qui passe près du mien : ce sont des arbres qui chassent des pollens, des femmes qui attendent une rupture des eaux, un garçon qui étudie un vers de Dante, mille cloches de récréation qui sonnent dans toutes les écoles du monde, du vin qui fermente au soutirage, toutes choses qui arrivent au même moment et qui, alliant leur temps au mien, lui donnent de l'ampleur. (p. 106)
”
”
Erri De Luca (Tre cavalli)
“
The twentieth century was wedded to the remembrance of things past, with Proust making the act of remembrance an art of sensory timeslip in the first texts which would become A la Recherche du Temps Perdu in 1913 and with Joyce making an epic forever out of a single passing ordinary day with the serialization of the first chapters of Ulysses not long after.
”
”
Ali Smith (Artful)
“
Si nous sommes capables de penser l'univers, c'est parce que l'univers pense en nous. - François Chang
”
”
Hubert Reeves (Le Banc du temps qui passe. Méditations cosmiques (SCIENCE OUVERTE) (French Edition))
“
Il semble que punir les femmes soit le passe-temps favori des poètes. Comme s'il ne pouvait pas y avoir d'histoire à moins que nous ne rampions en pleurant.
”
”
Madeline Miller (Circe)
“
Nothing is ever clear-cut in Bon Temps. What passes for truth is only a convenient lie. What passes for justice is more spilled blood. And what passes for love is never enough...
”
”
Charlaine Harris (Dead Ever After (Sookie Stackhouse, #13))
“
I feel that there is much to be said for the Celtic belief that the souls of those whom we have lost are held captive in some ... being, in an animal, in a plant, in some inanimate object, and thus effectively lost to us until the day (which to many never comes) when we happen to pass by the tree or to obtain possession of the object which forms their prison. Then they start and tremble, they call us by our name, and as soon as we have recognised them the spell is broken. Delivered by us, they have overcome death and return to share our life.
”
”
Marcel Proust (Swann’s Way (In Search of Lost Time, #1))
“
Suddenly the memory of his wife came back to him and, no doubt feeling it would be too complicated to try to understand how he could have yielded to an impulse of happiness at such a time, he confined himself, in a habitual gesture of his whenever a difficult question came to his mind, to passing his hand over his forehead, wiping his eyes and the lenses of his lorgnon. Yet he could not be consoled for the death of his wife, but, during the two years he survived her, would say to my grandfather: “It’s odd, I think of my poor wife often, but I can’t think of her for a long time.
”
”
Marcel Proust (Swann’s Way (In Search of Lost Time, #1))
“
He went farther; agonised by the reflection, at the moment when it passed by him, so near and yet so infinitely remote, that, while it was addressed to their ears, it knew them not, he would regret, almost, that it had a meaning of its own, an intrinsic and unalterable beauty, foreign to themselves, just as in the jewels given to us, or even in the letters written to us by a woman with whom we are in love, we find fault with the 'water' of a stone, or with the words of a sentence because they are not fashioned exclusively from the spirit of a fleeting intimacy and of a 'lass unaparalleled.
”
”
Marcel Proust (Swann’s Way (In Search of Lost Time, #1))
“
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
J’ai compris qu'en toutes circonstances,
J’étais à la bonne place, au bon moment.
Et alors, j'ai pu me relaxer.
Aujourd'hui je sais que cela s'appelle...
l'Estime de soi.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
J’ai pu percevoir que mon anxiété et ma souffrance émotionnelle
N’étaient rien d'autre qu'un signal
Lorsque je vais à l'encontre de mes convictions.
Aujourd'hui je sais que cela s'appelle... l'Authenticité.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
J'ai cessé de vouloir une vie différente
Et j'ai commencé à voir que tout ce qui m'arrive
Contribue à ma croissance personnelle.
Aujourd'hui, je sais que cela s'appelle... la Maturité.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
J’ai commencé à percevoir l'abus
Dans le fait de forcer une situation ou une personne,
Dans le seul but d'obtenir ce que je veux,
Sachant très bien que ni la personne ni moi-même
Ne sommes prêts et que ce n'est pas le moment...
Aujourd'hui, je sais que cela s'appelle... le Respect.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
J’ai commencé à me libérer de tout ce qui n'était pas salutaire, personnes,
situations, tout ce qui baissait mon énergie.
Au début, ma raison appelait cela de l'égoïsme.
Aujourd'hui, je sais que cela s'appelle... l'Amour propre.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
J’ai cessé d'avoir peur du temps libre
Et j'ai arrêté de faire de grands plans,
J’ai abandonné les méga-projets du futur.
Aujourd'hui, je fais ce qui est correct, ce que j'aime
Quand cela me plait et à mon rythme.
Aujourd'hui, je sais que cela s'appelle... la Simplicité.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
J’ai cessé de chercher à avoir toujours raison,
Et je me suis rendu compte de toutes les fois où je me suis trompé.
Aujourd'hui, j'ai découvert ... l'Humilité.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
J’ai cessé de revivre le passé
Et de me préoccuper de l'avenir.
Aujourd'hui, je vis au présent,
Là où toute la vie se passe.
Aujourd'hui, je vis une seule journée à la fois.
Et cela s'appelle... la Plénitude.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
J’ai compris que ma tête pouvait me tromper et me décevoir.
Mais si je la mets au service de mon coeur,
Elle devient une alliée très précieuse !
Tout ceci, c'est... le Savoir vivre.
Nous ne devons pas avoir peur de nous confronter.
Du chaos naissent les étoiles.
”
”
Charlie Chaplin
“
For in this way Swann was kept in the state of painful agitation which had once before been effective in making his interest blossom into love, on the night when he had failed to find Odette at the Verdurins' and had haunted for her all evening. And he did not have (as I had, afterward, at Combray in my childhood) happy days in which to forget the sufferings that would return with the night. For his days, Swann must pass them without Odette; and as he told himself, now and then, to allow so pretty a woman to go out by herself in Paris was just as rash as to leave a case filled with jewels in the middle of the street. In this mood he would scowl furiously at the passers-by, as though they were so many pick-pockets. But their faces - a collective and formless mass - escaped the grasp of his imagination, and so failed to feed the flame of his jealousy.
”
”
Marcel Proust (Swann’s Way (In Search of Lost Time, #1))
“
Ah! whatever you may say, it’s good to be alive all the same, my dear Amédée!” And then, abruptly, the memory of his dead wife returned to him, and probably thinking it too complicated to inquire into how, at such a time, he could have allowed himself to be carried away by an impulse of happiness, he confined himself to a gesture which he habitually employed whenever any perplexing question came into his mind: that is, he passed his hand across his forehead, dried his eyes, and wiped his glasses.
”
”
Marcel Proust (Swann’s Way (In Search of Lost Time, #1))
“
But it was enough if, in my own bed, my sleep was deep and allowed my mind to relax entirely; then it would let go of the map of the place where I had fallen asleep and, when I woke in the middle of the night, since I did not know where I was, I did not even understand in the first moment who I was; all I had, in its original simplicity, was the sense of existence as it may quiver in the depths of an animal; I was more bereft than a caveman; but then the memory - not yet of the place where I was, but of several of those where I had lived and where I might have been - would come to me like help from on high to pull me out of the void from which I could not have got out on my own; I passed over centuries of civilization in one second, and the image confusedly glimpsed of oil lamps, then of wing-collar shirts, gradually recomposed my self's original features.
”
”
Marcel Proust (Swann’s Way (In Search of Lost Time, #1))
“
Le temps passe. Y compris quand cela semble impossible. Y compris quand chaque tic-tac de la grande aiguille est aussi douloureux que les pulsations du sang sous un hématome. Il s’écoule de manière inégale, rythmé par des embardées étranges et des répits soporifiques, mais il passe. Même pour moi.
”
”
Stephenie Meyer (Tentation (Twilight, T2))
“
Quand on s’attend au pire, le moins pire a une saveur toute particulière, que vous dégusterez avec plaisir, même si ce n’est pas le meilleur.
***
Ce n'est pas la vie qui est belle, c'est nous qui la voyons belle ou moins belle. Ne cherchez pas à atteindre un bonheur parfait, mais contentez vous des petites choses de la vie, qui, mises bout à bout, permettent de tenir la distance… Les tout petit riens du quotidien, dont on ne se rend même plus compte mais qui font que, selon la façon dont on les vit, le moment peut être plaisant et donne envie de sourire. Nous avons tous nos petits riens à nous. Il faut juste en prendre conscience.
***
Le silence a cette vertu de laisser parler le regard, miroir de l’âme. On entend mieux les profondeurs quand on se tait.
***
Au temps des sorcières, les larmes d’homme devaient être très recherchées. C’est rare comme la bave de crapaud. Ce qu’elles pouvaient en faire, ça, je ne sais pas. Une potion pour rendre plus gentil ? Plus humain ? Moins avare en émotion ? Ou moins poilu ?
***
Quand un silence s’installe, on dit qu’un ange passe…
***
Vide. Je me sens vide et éteinte. J’ai l’impression d’être un peu morte, moi aussi. D’être un champ de bataille. Tout a brûlé, le sol est irrégulier, avec des trous béants, des ruines à perte de vue. Le silence après l’horreur. Mais pas le calme après la tempête, quand on se sent apaisé. Moi, j’ai l’impression d’avoir sauté sur une mine, d’avoir explosé en mille morceaux, et de ne même pas savoir comment je vais faire pour les rassembler, tous ses morceaux, ni si je les retrouverai tous.
***
Accordez-vous le droit de vivre votre chagrin. Il y a un temps pour tout.
***
Ce n’est pas d’intuition dont est doté Romain, mais d’attention.
***
Ҫa fait toujours plaisir un cadeau, surtout de la part des gens qu’on aime.
”
”
Agnès Ledig (Juste avant le bonheur)
“
Oui, lorsqu'on surveille le temps, il passe très lentement. J'aime beaucoup la température, quatre fois par jour, parce que, à ce moment, on se rend vraiment compte de ce que c'est en réalité qu'une minute ou même sept minutes, alors que des sept jours d'une semaine, on ne fait ici aucun cas, ce qui est affreux.
”
”
Thomas Mann (The Magic Mountain)
“
Πόσα τελικά στοιχεία μένουν στον καθένα μας στην αρχική τους μορφή με την πάροδο του χρόνου; Πόσο όλες αυτές οι καθημερινές δικαιολογημένες ή και αδικαιολόγητες απελπισίες, οι ήττες, οι προδοσίες, οι εξαπατήσεις, ''γράφουν'' πάνω στον εσωτερικό μας κόσμο κι από εκεί φωτογραφίζονται σ΄ αυτό που βλέπει ο καθένας, στις κάθετες αυλακώσεις ανάμεσα στα μάτια μας , στο βλέμμα μας που χάνει την καθαρότητά του, στα πικρά μας χαμόγελα ...
Combien d’éléments restent-ils finalement, en chacun de nous, dans leur forme originale, avec le temps qui passe ? À quel point, tous ces désespoirs quotidiens, justifiés ou injustifiés, toutes ces défaites, ces trahisons, ces tromperies, « s’inscrivent » dans notre monde intérieur et, à partir de là, apparaissent dans ce que chacun voit, dans les entailles verticales entre nos yeux, dans notre regard qui perd sa clarté, dans nos sourires amers…
Μετάφραση: Μαριάνθη Πάσχου
Από το βιβλίο : '' Η ΣΚΙΑ ΤΗΣ ΑΜΦΙΒΟΛΙΑΣ
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”
Τζένη Μανάκη (Η σκιά της αμφιβολίας)
“
The name Gilberte passed close by me, evoking all the more forcibly her whom it labelled in that it did not merely refer to her, as one speaks of a man in his absence, but was directly addressed to her; it passed thus close by me, in action, so to speak, with a force that increased with the curve of its trajectory and as it drew near to its target;—carrying in its wake, I could feel, the knowledge, the impression of her to whom it was addressed that belonged not to me but to the friend who called to her, everything that, while she uttered the words, she more or less vividly reviewed, possessed in her memory, of their daily intimacy, of the visits that they paid to each other, of that unknown existence which was all the more inaccessible, all the more painful to me from being, conversely, so familiar, so tractable to this happy girl who let her message brush past me without my being able to penetrate its surface, who flung it on the air with a light-hearted cry: letting float in the atmosphere the delicious attar which that message had distilled, by touching them with precision, from certain invisible points in Mlle. Swann's life, from the evening to come, as it would be, after dinner, at her home,—forming, on its celestial passage through the midst of the children and their nursemaids, a little cloud, exquisitely coloured, like the cloud that, curling over one of Poussin's gardens, reflects minutely, like a cloud in the opera, teeming with chariots and horses, some apparition of the life of the gods; casting, finally, on that ragged grass, at the spot on which she stood [....]
”
”
Marcel Proust (Swann’s Way (In Search of Lost Time, #1))
“
Leïla, sorcière berbère, nourrie exclusivement au couscous, en passe de se transformer en paquet de semoule, spécialisée dans le désenvoûtement et le retour d'affection, cherche prince charmant pour lui dire qu'elle est belle, lui faire un bon café et lui laver ses jeans. Chômeur accepté, mais travailleur à mi-temps non exclu - les autres si pas trop cultivés, car je suis allergique aux désherbants.
”
”
Karine Bride (La sorcière de la cité)
“
– Vous apprendrez que le temps guérit bien des blessures…
– Le temps donne du recul, c’est tout. Il aide à oublier, seulement je n’oublierai jamais ce qui s’est passé, alors comment voulez-vous qu’il me guérisse ?
– Bien sûr que vous n’allez pas oublier l’accident, il fait partie de votre parcours. Mais je peux vous affirmer ceci : ça ira mieux. Ce revers vous paraît insurmontable actuellement, car vous êtes jeune.
”
”
Nina de Pass (The Year After You)
“
Le temps a bien des visages, la pendule mesure rarement celui qui passe en notre for intérieur et qui constitue la véritable durée de la vie, d'ailleurs, une foule de jours pourrait tenir en quelques heures et inversement, le nombre des années est une échelle peu fiable pour mesurer la durée de la vie d'un homme, celui qui meurt à quarante ans a peut-être vécu bien plus longtemps qu'un autre qui part à quatre-vingt-dix. (p.100)
”
”
Jón Kalman Stefánsson (Himnaríki og helvíti)
“
It remained dark. Outside the window, the balcony was grey. Suddenly, on its sullen stone, I did not indeed see a less negative colour, but I felt as it were an effort towards a less negative colour, the pulsation of a hesitating ray that struggled to discharge its light. A moment later the balcony was as pale and luminous as a standing water at dawn, and a thousand shadows from the iron-work of its balustrade had come to rest on it. A breath of wind dispersed them; the stone grew dark again, but, like tamed creatures, they returned; they began, imperceptibly, to grow lighter, and by one of those continuous crescendos, such as, in music, at the end of an overture, carry a single note to the extreme fortissimo, making it pass rapidly through all the intermediate stages, I saw it attain to that fixed, unalterable gold of fine days, on which the sharply cut shadows of the wrought iron of the balustrade were outlined in black like a capricious vegetation, with a fineness in the delineation of their smallest details which seemed to indicate a deliberate application, an artist’s satisfaction, and which so much relief, so velvety a bloom in the restfulness of their somber and happy mass that in truth those large and leafy shadows which lay reflected on that lake of sunshine seemed aware that they were pledges of happiness and peace of mind.
”
”
Marcel Proust (Swann’s Way (In Search of Lost Time, #1))
“
Tu vois, Rab, tout ça, c'est à cause de la vision qu'on a de notre trou du cul. En tant qu'espèce animale, il est suggéré aujourd'hui que si notre âme est située dans notre corps, alors elle se loge bien au chaud dans notre cul. Tout se rejoint à ce niveau. C'est logique. C'est pour ça qu'on est obsédés par les blagues de cul, par la sodomie, par les passe-temps anaux... Notre trou du cul - pas notre cerveau, pas l'espace - c'est ça, l'ultime frontière. C'est ça qui rend notre espèce révolutionnaire.
”
”
Irvine Welsh (Porno (Mark Renton, #3))
“
Patrice a vingt-quatre ans et, la première fois que je l’ai vu, il était dans son fauteuil incliné très en arrière. Il a eu un accident vasculaire cérébral. Physiquement, il est incapable du moindre mouvement, des pieds jusqu’à la racine des cheveux. Comme on le dit souvent d’une manière très laide, il a l’aspect d’un légume : bouche de travers, regard fixe. Tu peux lui parler, le toucher, il reste immobile, sans réaction, comme s’il était complètement coupé du monde. On appelle ça le locked in syndrome.Quand tu le vois comme ça, tu ne peux qu’imaginer que l’ensemble de son cerveau est dans le même état. Pourtant il entend, voit et comprend parfaitement tout ce qui se passe autour de lui. On le sait, car il est capable de communiquer à l’aide du seul muscle qui fonctionne encore chez lui : le muscle de la paupière. Il peut cligner de l’œil. Pour l’aider à s’exprimer, son interlocuteur lui propose oralement des lettres de l’alphabet et, quand la bonne lettre est prononcée, Patrice cligne de l’œil.
Lorsque j’étais en réanimation, que j’étais complètement paralysé et que j’avais des tuyaux plein la bouche, je procédais de la même manière avec mes proches pour pouvoir communiquer. Nous n’étions pas très au point et il nous fallait parfois un bon quart d’heure pour dicter trois pauvres mots.
Au fil des mois, Patrice et son entourage ont perfectionné la technique. Une fois, il m’est arrivé d’assister à une discussion entre Patrice et sa mère. C’est très impressionnant.La mère demande d’abord : « Consonne ? » Patrice acquiesce d’un clignement de paupière. Elle lui propose différentes consonnes, pas forcément dans l’ordre alphabétique, mais dans l’ordre des consonnes les plus utilisées. Dès qu’elle cite la lettre que veut Patrice, il cligne de l’œil. La mère poursuit avec une voyelle et ainsi de suite. Souvent, au bout de deux ou trois lettres trouvées, elle anticipe le mot pour gagner du temps. Elle se trompe rarement. Cinq ou six mots sont ainsi trouvés chaque minute.
C’est avec cette technique que Patrice a écrit un texte, une sorte de longue lettre à tous ceux qui sont amenés à le croiser. J’ai eu la chance de lire ce texte où il raconte ce qui lui est arrivé et comment il se sent. À cette lecture, j’ai pris une énorme gifle. C’est un texte brillant, écrit dans un français subtil, léger malgré la tragédie du sujet, rempli d’humour et d’autodérision par rapport à l’état de son auteur. Il explique qu’il y a de la vie autour de lui, mais qu’il y en a aussi en lui. C’est juste la jonction entre les deux mondes qui est un peu compliquée.Jamais je n’aurais imaginé que ce texte si puissant ait été écrit par ce garçon immobile, au regard entièrement vide.
Avec l’expérience acquise ces derniers mois, je pensais être capable de diagnostiquer l’état des uns et des autres seulement en les croisant ; j’ai reçu une belle leçon grâce à Patrice.Une leçon de courage d’abord, étant donné la vitalité des propos que j’ai lus dans sa lettre, et, aussi, une leçon sur mes a priori.
Plus jamais dorénavant je ne jugerai une personne handicapée à la vue seule de son physique.
C’est jamais inintéressant de prendre une bonne claque sur ses propres idées reçues .
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Grand corps malade (Patients)
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I find the Celtic belief very reasonable, that the souls of those we have lost are held captive in some inferior creature, in an animal, in a plant, in some inanimate object, effectively lost to us until the day, which for many never comes, when we happen to pass close to the tree, come into possession of the object that is their prison. Then they quiver, they call out to us, and as soon as we have recognized them, the spell is broken. Delivered by us, they have overcome death and they return to live with us.
It is the same with our past.
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Marcel Proust (Swann’s Way (In Search of Lost Time, #1))
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Plus tard, des années plus tard, j'entendrais la chanson relatant notre rencontre. Bien que le garçon qui la chantait soit inexpérimenté, manquant les notes plus souvent qu'il ne les réussissait, la douce mélodie des vers resplendissait malgré sa piètre performance. Je ne fus pas étonnée du portrait qu'on y faisait de moi : la fière sorcière s'avouant vaincue devant l'épée du héros, s'agenouillant et demandant grâce. Il semble que punir les femmes soit le passe-temps favoris des poètes. Comme s'il ne pouvait pas y avoir d'histoire à moins que nous rampions en pleurant.
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Madeline Miller (Circe)
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Il faudrait inventer un temps particulier pour l'apprentissage. Le "présent d'incarnation", par exemple. Je suis ici, dans cette classe, et je comprends, enfin ! Ça y est ! Mon cerveau diffuse dans mon corps : ça "s'incarne".
Quand ce n'est pas le cas, quand je n'y comprends rien, je me délite sur place, je me désintègre dans ce temps qui ne passe pas, je tombe en poussière et le moindre souffle m'éparpille.
Seulement, pour que la connaissance ait une chance de s'incarner dans le présent d'un cours, il faut cesser d'y brandir le passé comme une honte et l'avenir comme un châtiment. (p. 70)
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Daniel Pennac (Chagrin d'école)
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[...] cette résistance toute passive que l’Occident ne peut comprendre, parce qu’elle suppose une puissance intérieure dont il n’a pas l’équivalent, et contre laquelle nulle force brutale ne saurait prévaloir. Cette puissance est au delà de la vie, elle est supérieure à l’action et à tout ce qui passe, elle est étrangère au temps et est comme une participation de l’immutabilité suprême ; si l’Oriental peut subir patiemment la domination matérielle de l’Occident, c’est parce qu’il sait la relativité des choses transitoires, et c’est parce qu’il porte, au plus profond de son être, la conscience de l’éternité.
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René Guénon (East and West)
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Peut-on raconter le temps en lui-même, comme tel et en soi ? Non, en vérité, ce serait une folle entreprise. Un récit, où il serait dit : "Le temps passait, il s'écoulait, le temps suivait son cours" et ainsi de suite, jamais un homme sain d'esprit ne le tiendrait pour une narration. Ce serait à peu près comme si l'on avait l'idée stupide de tenir pendant une heure une seule et même note, ou un seul accord, et si l'on voulait faire passer cela pour de la musique. Car la narration ressemble à la musique en ce qu'elle "accomplit" le temps, qu'elle "l'emplit convenablement", qu'elle le "divise", qu'elle fait en sorte qu'"il s'y passe quelque chose" [...].
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Thomas Mann (The Magic Mountain)
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L'homme qui se juge supérieur, inférieur ou égal à un autre ne comprend pas la réalité. Cette idée-là n'a peut-être de sens que dans le cadre d'une doctrine qui considère le "moi" comme une illusion et, à moins d'y adhérer, mille contre-exemples se pressent, tout notre système de pensée repose sur une hiérarchie des mérites selon laquelle, disons, le Mahatma Gandhi est une figure humaine plus haute que le tueur pédophile Marc Dutroux. Je prends à dessein un exemple peu contestable, beaucoup de cas se discutent, les critères varient, par ailleurs les bouddhistes eux-mêmes insistent sur la nécessité de distinguer, dans la conduite de la vie, l'homme intègre du dépravé. Pourtant, et bien que je passe mon temps à établir de telles hiérarchies, bien que comme Limonov je ne puisse pas rencontrer un de mes semblables sans me demander plus ou moins consciemment si je suis au-dessus ou au-dessous de lui et en tirer soulagement ou mortification, je pense que cette idée - je répète : "L'homme qui se juge supérieur, inférieur ou égal à un autre, ne comprends pas la réalité" est le sommet de la sagesse et qu'une vie ne suffit pas à s'en imprégner, à la digérer, à se l'incorporer, en sorte qu'elle cesse d'être une idée pour informer le regard et l'action en toutes circonstances. Faire ce livre, pour moi, est une façon bizarre d'y travailler. (p. 227-228)
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Emmanuel Carrère (Limonov)
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The thing I remember from the Letters Page in those antique days was the way the OBs signed off. There was Yours faithfully, Yours sincerely, and I have the honour to be, sir, your obedient servant. But the ones I always looked for - and which I took to be the true sign of an Old Bastard - simply ended like this: Yours etc. And then the newspaper drew even more attention to the sign-off by printing it: Yours &c.
Yours &c. I used to muse about that. What did it mean? Where did it come from? I imagined some bespatted captain of industry dictating his OB’s views to his secretary for transmission to the Newspaper of Record which he doubtless referred to with jocund familiarity as ‘The Thunderer’. When his oratorical belch was complete, he would say ‘Yours, etc,’ which Miss ffffffolkes would automatically transcribe into, ‘I have the honour to be, sir, one of the distinguished Old Bastards who could send you the label off a tin of pilchards and you would still print it above this my name,’ or whatever, and then it would be, ‘Despatch this instanter to The Thunderer, Miss ffffffolkes.’
But one day Miss ffffffolkes was away giving a handjob to the Archbishop of York, so they sent a temp. And the temp wrote Yours, etc, just as she heard it and The Times reckoned the OB captain a very gusher of wit, but decided to add their own little rococo touch by compacting it further to &c., whereupon other OBs followed the bespatted lead of the captain of industry, who claimed all the credit for himself. There we have it: Yours &c.
Whereupon, as an ardent damp-ear of sixteen, I took to the parodic sign-off: Love, &c. Not all my correspondents unfailingly seized the reference, I regret to say. One demoiselle hastened her own de-accessioning from the museum of my heart by informing me with hauteur that use of the word etc., whether in oral communication or in carven prose, was common and vulgar. To which I replied, first, that ‘the word’ et cetera was not one but two words, and that the only common and vulgar thing about my letter - given the identity of its recipient - was affixing to it the word that preceded etc. Alack, she didn’t respond to this observation with the Buddhistic serenity one might have hoped.
Love, etc. The proposition is simple. The world divides into two categories: those who believe that the purpose, the function, the bass pedal and principal melody of life is love, and that anything else - everything else - is merely an etc.; and those, those unhappy many, who believe primarily in the etc. of life, for whom love, however agreeable, is but a passing flurry of youth, the pattering prelude to nappy-duty, but not something as solid, steadfast and reliable as, say, home decoration. This is the only division between people that counts.
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Julian Barnes (Talking It Over)
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La recherche d'une réalité communautaire prend la forme d'une opération de sauvetage massive. J'estime que c'est la grande aventure de notre temps, infiniment plus valable pour l'homme que la conquête de l'espace. Elle représente le retour et le renouveau de l'ancienne gnose. Pour ceux qui répondent à l'appel, ce qui se passe dans le monde des sciences, malgré sa place encore considérable dans le politique gouvernementales, perdra de plus en plus son sens existentiel. À leurs yeux, les scientifiques et leurs nombreux émoules feront figure de clergé archaïque, à la liturgie professionnelle absurde, occupé à échanger ses connaissances, soi-disant à la disposition du public, dans le sanctuaire secret de leur église de l'État.
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Theodore Roszak
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La mort est une chose étonnante. Les gens passent leur vie entière à faire comme si elle n’existait pas, et pourtant elle est la plupart du temps notre principale raison de vivre. Certains d’entre nous prennent conscience de la fragilité humaine assez tôt pour vivre ensuite plus intensément, plus obstinément, plus furieusement. Quelques-uns ont besoin de sa présence constante pour se sentir vivants. D’autres sont tellement obsédés par la mort qu’ils s’assoient dans la salle d’attente bien avant qu’elle n’ait annoncé son arrivée. Nous la redoutons, et pourtant la plupart d’entre nous ont peur qu’elle n’emporte quelqu’un d’autre plus qu’elle ne nous emporte nous-mêmes. Car la plus grande crainte face à la mort est qu’elle passe à côté de nous. Et nous laisse esseulés.
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Fredrik Backman (A Man Called Ove)
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Mon temps autrefois m'appartenait entièrement, et aux livres. Aujourd'hui, chaque minute consacrée à lire ou à écrire est une minute que je ne passe pas avec ma fille; l'écriture s'accompagne désormais d'une hâte et d'une culpabilité détestables. C'est du temps que je lui dérobe, que je ne retrouverai pas, que j'aurais dû lui consacrer et que je n'aurai jamais passé avec elle. Depuis sa naissance, je me prends à penser au futur antérieur et au conditionnel passé, des temps compliqués qui sont le signe qu'on considère les choses sous un point de vue autre que celui depuis lequel on parle normalement : demain vu au passé, hier comme une possibilité.
Elle dort. Je devrais profiter de ce moment pour écrire, je n'arrive qu'à m'abîmer dans le bruit des vagues. Je voudrais m'étendre sur le sable, rester là jusqu'à la nuit, me laisser emporter par la marée.
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Dominique Fortier
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Depuis quelques instants, j'ai l'impression d'avoir déjà vécu tout cela, d'avoir écrit cela mot pour mot, mais je comprends à présent que ce n'est pas moi, que c'est une autre femme qui prit jadis des notes dans ses cahiers pour me permettre d'y puiser. J'écris, elle écrivit que la mémoire est fragile et que le cours d'une vie est on ne peut plus bref et que tout se passe si vite que nous ne parvenons pas à saisir les relations entre les événements, nous sommes impuissants à mesurer les conséquences de chaque acte, nous ajoutons foi à la fiction du temps, au présent, au passé comme à l'avenir, alors que peut-être tout arrive aussi bien simultanément, comme le disaient les trois sœurs Mora, capables d'entrevoir dans l'espace les esprits de toutes les époques. Voilà pourquoi ma grand-mère Clara remplissait ses cahiers : pour voir les choses sous leur vraie dimension et déjouer les pièges de la mémoire.
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Isabel Allende (The House of the Spirits)
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For even if we have the sensation of being always enveloped in, surrounded by our own soul, still it does not seem a fixed and immovable prison; rather do we seem to be borne away with it, and perpetually struggling to pass beyond it, to break out into the world, with a perpetual discouragement as we hear endlessly, all around us, that unvarying sound which is no echo from without, but the resonance of a vibration from within. We try to discover in things, endeared to us on that account, the spiritual glamour which we ourselves have cast upon them; we are disillusioned, and learn that they are in themselves barren and devoid of the charm which they owed, in our minds, to the association of certain ideas; sometimes we mobilise all our spiritual forces in a glittering array so as to influence and subjugate other human beings who, as we very well know, are situated outside ourselves, where we can never reach them.
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Marcel Proust (Swann’s Way (In Search of Lost Time, #1))
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1837, cette année capitale sur le plan mondial, où pour la première fois le télégraphe rend simultanées les expériences humaines jusqu’alors isolées, n’est en général même pas mentionnée dans nos livres de classe, qui continuent malheureusement à juger plus important de raconter les guerres et les victoires de quelques généraux et de quelques nations, plutôt que les véritables triomphes de l’humanité – ceux qui sont collectifs. Et pourtant aucune date de l’histoire contemporaine ne peut se comparer quant à sa portée psychologique à celle-ci, où est intervenue cette mutation de la valeur du temps. Le monde est transformé depuis qu’il est possible de savoir à Paris ce qui se passe à la minute même à Moscou, à Naples et à Lisbonne. Il ne reste plus qu’un dernier pas à faire, et les autres continents seront eux aussi intégrés à ce grandiose ensemble, et l’on aura créé une conscience commune à l’humanité tout entière.
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Stefan Zweig (Decisive Moments in History: Twelve Historical Miniatures)
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I feel that there is much to be said for the Celtic belief that the souls of those whom we have lost are held captive in some inferior being, in an animal, in a plant, in some inanimate object, and so effectively lost to us until the day (which to many never comes) when we happen to pass by the tree or to obtain possession of the object which forms their prison. Then they start and tremble, they call us by our name, and as soon as we have recognised their voice the spell is broken. We have delivered them: they have overcome death and return to share our life.
And so it is with our own past. It is a labour in vain to attempt to recapture it: all the efforts of our intellect must prove futile. The past is hidden somewhere outside the realm, beyond the reach of intellect, in some material object (in the sensation which that material object will give us) which we do not suspect. And as for that object, it depends on chance whether we come upon it or not before we ourselves must die.
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Marcel Proust (Swann’s Way (In Search of Lost Time, #1))
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Les avares ne croient point a une vie a venir, le present est tout pour eux. Cette reflexion jette une horrible clarte sur l'epoque actuelle, ou, plus qu'en aucun autre temps, l'argent domine les lois, la politique et les moeurs. Institutions, livres, hommes et doctrines, tout conspire a miner la croyance d'une vie future sur laquelle l'edifice social est appuye depuis dix-huit cents ans. Maintenant le cercueil est une transition peu redoutee. L'avenir, qui nous attendait par dela le requiem, a ete transpose dans le present. Arriver _per fas et nefas_ au paradis terrestre du luxe et des jouissances vaniteuses, petrifier son coeur et se macerer le corps en vue de possessions passageres, comme on souffrait jadis le martyre de la vie en vue de biens eternels, est la pensee generale! pensee d'ailleurs ecrite partout, jusque dans les lois, qui demandent au legislateur: Que payes-tu? au lieu de lui dire: Que penses-tu? Quand cette doctrine aura passe de la bourgeoisie au peuple, que deviendra le pays?
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Honoré de Balzac (Eugénie Grandet)
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Doubtless, if, at that time, I had paid more attention to what was in my mind when I pronounced the words "going to Florence, to Parma, to Pisa, to Venice,” I should have realised that what I saw was in no sense a town, but something as different from anything that I knew, something as delicious, as might be, for a human race whose whole existence had passed in a series of late winter afternoons, that inconceivable marvel, a morning in spring. These images, unreal, fixed, always alike, filling all my nights and days, differentiated this period in my life from those which had gone before it (and might easily have been confused with it by an observer who saw things only from without, that is to say who saw nothing), as in an opera a melodic theme introduces a novel atmosphere which one could never have suspected if one had done no more than read the libretto, still less if one had remained outside the theatre counting only the minutes as they passed. And besides, even from the point of view of mere quantity, in our lives the days are not all equal. To get through each day, natures that are at all highly strung, as was mine, are equipped, like motor-cars, with different gears. There are mountainous, arduous days, up which one takes an infinite time to climb, and downward-sloping days which one can descend at full tilt, singing as one goes. During this month—in which I turned over and over in my mind, like a tune of which one never tires, these visions of Florence, Venice, Pisa, of which the desire that they excited in me retained something as profoundly personal as if it had been love, love for a person—I never ceased to believe that they corresponded to a reality independent of myself, and they made me conscious of as glorious a hope as could have been cherished by a Christian in the primitive age of faith on the eve of his entry into Paradise. Thus, without my paying any heed to the contradiction that there was in my wishing to look at and to touch with the organs of my senses what had been elaborated by the spell of my dreams and not perceived by my senses at all—though all the more tempting to them, in consequence, more different from anything that they knew— it was that which recalled to me the reality of these visions that most inflamed my desire, by seeming to offer the promise that it would be gratified.
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Marcel Proust (Swann’s Way (In Search of Lost Time, #1))
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Pourquoi n'allez vous pas à l'école? Tous les jours je vous vois en train de flâner.
_ Oh, on se passe fort bien de moi! Je suis insociable, parait-il. Je ne m'intègre pas. C'est vraiment bizarre. Je suis très sociable, au contraire. Mais tout dépend de ce qu'on entend par sociable, n'est-ce pas? Pour moi ça veut dire parler de choses et d'autres, comme maintenant. (...) Mais je ne pense pas que ce soit favoriser la sociabilité que de réunir tout un tas de gens et de les empêcher ensuite de parler. (...) On ne pose jamais de question, en tout cas la plupart d'entre nous; les réponses arrivent toutes seules, bing, bing, bing, et on reste assis quatre heures de plus à écouter le téléprof. Ce n'est pas ma conception de la sociabilité. (...) On nous abrutit tellement qu'à la fin de la journée on a qu'une envie: se coucher ou aller dans un parc d'attraction bousculer les gens. (...) Au fond, je dois être ce qu'on m'accuse d'être. Je n'ai pas d'amis. C'est sensé prouver que je suis anormale. Mais tous les gens que je connais passent leur temps à brailler, à danser comme des sauvages ou à se taper dessus. Vous avez remarqué à quel point les gens se font du mal aujourd'hui?
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Ray Bradbury (Fahrenheit 451)
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Raising both of her glowing palms, she beckoned him with wiggling fingers. “Come on, then. I’ll go another round. Though by now even an amoeba would’ve learned not to fuck with me.”
Everyone grew still, silent. Then Cade started back down for her, redoubling his speed.
“No, Cade, I’ve got this,” she said evenly, never looking away from Bowe.
Meanwhile, Bowe had subtly pulled his head back, feeling as if he’d just been presented with a species of creature he had never seen. Then he caught Rydstrom’s look of amusement—the demon was obviously loving this—and he found himself . . . grinning. “Kitten’s quick to bear those claws, is she no’?”
Rydstrom ruefully shook his head at Bowe, as if sorry for his unavoidable and imminent demise, then got everyone, including a reluctant Cade, moving again.
As Bowe passed Mariketa, he leaned in close. Not bothering to hide his surprise, he murmured to her, “And damn if she does no’ have them sunk into me.”
Her gray-eyed gaze was wary. He noted that she kept her palms fired up for some time after they continued on.
Even after her blatant show of magick, he felt so proud she’d held her ground that he wanted to stand tall and point her out as his female. That’s my lass. Mine. But his heart was also thundering because he realized that in the heart of the full moon, when he was completely turned, she might not run from him. He still intended to get her away from him before this full moon, but for the future . . .
Excitement burned within him, and he found himself closing in on her and saying, “You’re bonny when you’re about to strike.”
“You would know.”
“Come, then, sheath your claws, kitten. And we’ll be friends once more.”
“We weren’t friends to begin with!”
“You’re warming to me. I can tell.”
“True. I only throw guys I dig. And don’t you dare call me kitten again!”
“You look like one with your wee, pointed ears.”
“Are you done?”
“Canna say.” He was silent for a moment, then added, “Think you’re the bravest lass I’ve ever seen. Though I doona care for your using magick against me so readily. Do you enjoy it?”
She seemed to mull this for a moment, then raised her brows. “I do. Besides, I think you need someone to threaten you now and again. To remind the great and powerful Lykae that you’re not so unbeatable.”
“Aye, I do.” He clasped her hand in his. “Sign on.”
She pulled out of his grasp. “I don’t do temp jobs. And that’s all you’re offering.
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Kresley Cole (Wicked Deeds on a Winter's Night (Immortals After Dark, #3))
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L'idée préconçue entrave et endommage la libre et pleine manifestation de la vie psychique, que je connais et discerne bien trop peu pour la corriger, sous prétexte de mieux savoir. La raison critique semble avoir récemment éliminé avec de nombreuses autres représentations mythiques, aussi l'idée d'une vie post mortem. Cela n'a été possible que parce qu'aujourd'hui les hommes sont identifiés le plus souvent à leur seule conscience et s'imaginent n'être rien de plus que ce qu'ils savent d'eux-mêmes. Or tout homme qui ne possède qu'un soupçon de ce qu'est la psychologie peut aisément se rendre compte que ce savoir est bien borné. Le rationalisme et le doctrinarisme sont des maladies de notre temps : ils ont la prétention d'avoir réponse à tout. Pourtant bien des découvertes, que nous considérons comme impossibles - quand nous nous plaçons à notre point de vue borné -, seront encore faites. Nos notions d'espace et de temps ne sont qu'approximativement valables ; elles laissent ouvert un vaste champ de variations relatives ou absolues. Tenant compte de telles possibilités, je prête une oreille attentive aux étranges mythes de l'âme ; j'observe ce qui se passe et ce qui m'arrive, que cela concorde ou non avec mes présuppositions théoriques. (p. 471)
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C.G. Jung (Memories, Dreams, Reflections)
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Et alors nous pouvons dire qu’il y a un temps, le temps précédent, où vous n’étiez, saisis par la sensation ou par l’excitation, que le minimum de vous-mêmes, le minimum de ce que vous pouvez être — le minimum de votre possibilité. Vous n’étiez, en somme, que le germe. Vous et la sensation étiez, en quelque sorte, la fécondation d’un germe de vous-mêmes, qui se développe dans un temps suivant et qui va donner peu à peu — je dis peu à peu : ceci se passe évidemment dans une fraction de seconde, peut-être dans un centième de seconde —, mais enfin, si j’agrandis l’échelle, eh bien, on peut penser que, peu à peu, vous allez vous former capables de ce que d’autres, par la sensation, vous révélaient. Il y a un échange, difficile à exprimer, mais que vous comprenez, entre ces deux termes. En somme, le témoin qui définira la sensibilité est ce témoin élémentaire, ce témoin diminué, ce témoin qui est très loin du personnage que nous croyons être quand nous nous sentons plus complets.
Ce personnage est ce que peut être un instant : il est ce que peut être une durée de sensibilité, qui est naturellement trop brève pour contenir tout ce que nous savons, toutes nos prétentions, toutes nos qualités et toutes nos puissances, ou tous nos pouvoirs. Ainsi, ce moi, ce moi de sensibilité, est sans mémoire, il n’est capable d’aucune opération, il est purement fonctionnel, purement expédient.
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Paul Valéry (Cours de poétique (Tome 1) - Le corps et l'esprit (1937-1940) (French Edition))
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Les choses auxquelles on tenait le plus, vous vous décidez un beau jour à en parler de moins en moins, avec effort quand il faut s’y mettre. On en a bien marre de s’écouter toujours cau-ser… On abrège… On renonce… Ça dure depuis trente ans qu’on cause… On ne tient plus à avoir raison. L’envie vous lâche de garder même la petite place qu’on s’était réservée parmi les plaisirs… On se dégoûte… Il suffit désormais de bouffer un peu, de se faire un peu de chaleur et de dormir le plus qu’on peut sur
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le chemin de rien du tout. Il faudrait pour reprendre de l’intérêt trouver de nouvelles grimaces à exécuter devant les autres… Mais on n’a plus la force de changer son répertoire. On bre-douille. On se cherche bien encore des trucs et des excuses pour rester là avec eux les copains, mais la mort est là aussi elle, puante, à côté de vous, tout le temps à présent et moins mysté-rieuse qu’une belote. Vous demeurent seulement précieux les menus chagrins, celui de n’avoir pas trouvé le temps pendant qu’il vivait encore d’aller voir le vieil oncle à Bois-Colombes, dont la petite chanson s’est éteinte à jamais un soir de février. C’est tout ce qu’on a conservé de la vie. Ce petit regret bien atroce, le reste on l’a plus ou moins bien vomi au cours de la route, avec bien des efforts et de la peine. On n’est plus qu’un vieux réverbère à souvenirs au coin d’une rue où il ne passe déjà presque plus personne.
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Louis-Ferdinand Céline (Journey to the End of the Night)
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In English:
Some people, who can voluntarily get out of their body, went to "the other side" to see if there was anything there!
The exciting testimonies of these explorers of the Beyond revealed that there are countless Worlds on other vibratory planes, in other Dimensions, where live the souls of the deceased living beings!!!
But, I went even further and I have discovered that these countless Worlds are, in reality, countless Planets belonging to other Cosmic Universes located in other Spaces and other Times, on other vibratory planes, in other Dimensions!
The Beyond is not nebulous but Cosmic!!!
The famous "Gate of Heaven" which allows the souls to pass into the Beyond is, in reality, a true "StarGate", a huge Vortex, a Tunnel of Light which crosses the Space and Time, which leads the soul on another planet, in another world, in another Cosmic Universe, in another Space, in another Time, in another vibratory plane, in another Dimension...!
I take you to discover the extraordinary adventure of Life, Evolution and Death, through multiple cycles, from life to life, from planet to planet, in an evolutionary spiral that leads souls ever higher, towards the Light...!
En Français :
Des personnes capables de sortir à volonté de leur corps charnel sont allées voir "de l'autre côté" s'il existait bien quelque chose...!
Les témoignages passionnants de ces explorateurs de l'Au-delà ont révélé qu'il existe d'innombrables Mondes sur d'autres plans vibratoires, dans d'autres Dimensions, où vivent les âmes des êtres vivants décédés !!!
Mais nous sommes allés encore plus loin et nous avons découvert que ces innombrables Mondes sont en réalité d'innombrables Planètes appartenant à d'autres Univers Cosmiques qui se trouvent dans d'autres Espaces et d’autres Temps, sur d'autres plans vibratoires, dans d'autres Dimensions !
L'Au-delà n'est pas nébuleux mais Cosmique !!!
La fameuse "Porte du Ciel" qui permet aux âmes de passer dans l'Au-delà, est en réalité une véritable "Porte des Etoiles", un énorme Vortex, un Tunnel de Lumière qui traverse l'Espace et le Temps, qui mène l'âme sur une autre planète, dans un autre Monde, dans un autre Univers Cosmique, dans un autre Espace, dans un autre Temps, sur un autre plan vibratoire, dans une autre Dimension.
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Patrick Delsaut
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en vérité il est très agréable de se réunir, de s’asseoir et de bavarder des intérêts publics. Parfois même je suis prêt à chanter de joie, quand je rentre dans la société et vois des hommes solides, sérieux, très bien élevés, qui se sont réunis, parlent de quelque chose sans rien perdre de leur dignité. De quoi parlent-ils ? ça c’est une autre question. J’oublie même, parfois, de pénétrer le sens de la conversation, me contentant du tableau seul.
Mais jusqu’ici, je n’ai jamais pu pénétrer le sens de ce dont s’entretiennent chez nous les gens du monde qui n’appartiennent pas à un certain groupe. Dieu sait ce que c’est. Sans doute quelque chose de charmant, puisque ce sont des gens charmants. Mais tout cela paraît incompréhensible. On dirait toujours que la conversation vient de commencer ; comme si l’on accordait les instruments. On reste assis pendant deux heures et, tout ce temps, on ne fait que commencer la conversation. Parfois tous ont l’air de parler de choses sérieuses, de choses qui provoquent la réflexion. Mais ensuite, quand vous vous demandez de quoi ils ont parlé, vous êtes incapable de le dire : de gants, d’agriculture, ou de la constance de l’amour féminin ? De sorte que, parfois, je l’avoue, l’ennui me gagne. On a l’impression de rentrer par une nuit sombre à la maison en regardant tristement de côté et d’entendre soudain de la musique. C’est un bal, un vrai bal. Dans les fenêtres brillamment éclairées passent des ombres ; on entend des murmures de voix, des glissements de pas ; sur le perron se tiennent des agents. Vous passez devant, distrait, ému ; le désir de quelque chose s’est éveillé en vous. Il vous semble avoir entendu le battement de la vie, et, cependant, vous n’emportez avec vous que son pâle motif, l’idée, l’ombre, presque rien. Et l’on passe comme si l’on n’avait pas confiance. On entend autre chose. On entend, à travers les motifs incolores de notre vie courante, un autre motif, pénétrant et triste, comme dans le bal des Capulet de Berlioz. L’angoisse et le doute rongent votre coeur, comme cette angoisse qui est au fond du motif lent de la triste chanson russe :
Écoutez... d’autres sons résonnent.
Tristesse et orgie désespérées...
Est-ce un brigand qui a entonné, là-bas, la chanson ?
Ou une jeune fille qui pleure à l’heure triste des adieux ?
Non ; ce sont les faucheurs qui rentrent de leur travail...
Autour sont les forêts et les steppes de Saratov.
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Fyodor Dostoevsky
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Les hommes, disais-je, se plaignent souvent de compter peu de beaux jours et beaucoup de mauvais, et il me semble que, la plupart du temps, c’est mal à propos. Si nous avions sans cesse le cœur ouvert pour jouir des biens que Dieu nous dispense chaque jour, nous aurions assez de force pour supporter le mal quand il vient. — Mais nous ne sommes pas les maîtres de notre humeur, dit la mère ; combien de choses dépendent de l’état du corps ! Quand on n’est pas bien, on est mal partout. » J’en tombai d’accord et j’ajoutai : « Eh bien, considérons la chose comme une maladie, et demandons-nous s’il n’y a point de remède. — C’est parler sagement, dit Charlotte : pour moi, j’estime que nous y pouvons beaucoup. Je le sais par expérience. Si quelque chose me contrarie et veut me chagriner, je cours au jardin et me promène, en chantant quelques contredanses : cela se passe aussitôt. — C’est ce que je voulais dire, repris-je à l’instant : il en est de la mauvaise humeur absolument comme de la paresse ; car c’est une sorte de paresse. Par notre nature, nous y sommes fort enclins, et cependant, si nous avons une fois la force de nous surmonter, le travail nous devient facile, et nous trouvons dans l’activité un véritable plaisir. » Frédérique était fort attentive, et le jeune homme m’objecta qu’on n’était pas maître de soi, et surtout qu’on ne pouvait commander à ses sentiments. « II s’agit ici, répliquai-je, d’un sentiment désagréable, dont chacun est bien aise de se délivrer, et personne ne sait jusqu’où ses forces s’étendent avant de les avoir essayées. Assurément, celui qui est malade consultera tous les médecins, et il ne refusera pas les traitements les plus pénibles, les potions les plus amères, pour recouvrer la santé désirée. [...] Vous avez appelé la mauvaise humeur un vice : cela me semble exagéré. — Nullement, lui répondis-je, si une chose avec laquelle on nuit à son prochain et à soi-même mérite ce nom. N’est-ce pas assez que nous ne puissions nous rendre heureux les uns les autres ? faut-il encore nous ravir mutuellement le plaisir que chacun peut quelquefois se procurer ? Et nommez-moi l’homme de mauvaise humeur, qui soit en même temps assez ferme pour la dissimuler, la supporter seul, sans troubler la joie autour de lui ! N’est-ce pas plutôt un secret déplaisir de notre propre indignité, un mécontentement de nous-mêmes, qui se lie toujours avec une envie aiguillonnée par une folle vanité ? Nous voyons heureux des gens qui ne nous doivent pas leur bonheur, et cela nous est insupportable. » Charlotte me sourit, en voyant avec quelle émotion je parlais, et une larme dans les yeux de Frédérique m’excita à continuer. « Malheur, m’écriai-je, à ceux qui se servent de l’empire qu’ils ont sur un cœur, pour lui ravir les joies innocentes dont il est lui-même la source ! Tous les présents, toutes les prévenances du monde, ne peuvent compenser un moment de joie spontanée, que nous empoisonne une envieuse importunité de notre tyran. [...] Si seulement on se disait chaque jour : Tu ne peux rien pour tes amis que respecter leurs plaisirs et augmenter leur bonheur en le goûtant avec eux. Peux-tu, quand le fond de leur être est tourmenté par une passion inquiète, brisé par la souffrance, leur verser une goutte de baume consolateur ?… Et, quand la dernière, la plus douloureuse maladie surprendra la personne que tu auras tourmentée dans la fleur de ses jours, qu’elle sera couchée dans la plus déplorable langueur, que son œil éteint regardera le ciel, que la sueur de la mort passera sur son front livide, et que, debout devant le lit, comme un condamné, dans le sentiment profond qu’avec tout ton pouvoir tu ne peux rien, l’angoisse te saisira jusqu’au fond de l’âme, à la pensée que tu donnerais tout au monde pour faire passer dans le sein de la créature mourante une goutte de rafraîchissement, une étincelle de courage !…
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Johann Wolfgang von Goethe (The Sorrows of Young Werther)
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[...] j'ai songé alors que ce qui est violent, ce n'est pas le temps qui passe, c'est l'effacement des sentiments et des émotions. Comme s'ils n'avaient jamais existé.
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Laurence Tardieu (Un temps fou)
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A Schönbrunn, les fêtes se suivent et se ressemblent, indifférentes au temps qui passe, au monde qui change, aux moeurs qui évoluent. Elégantes, poudrées, chamarrées, brillant des mille éclats des diamants, des cristaux, de l’argenterie ; évoluant aux pays glissés des valses, menuets et quadrilles ; bruissant de robes de soie, cliquetant de médailles, bourdonnant d’intrigues de cour ; si charmantes, si convenables, si ennuyeuses … Pendant que l’on se pavane, selon un protocole immuable, dans les salons rococo et les jardins au cordeau, les premières locomotives à vapeur ahanent sur les premiers kilomètres de rails, d’énormes machines de fonte et d’acier remplacent des contingents d’ouvriers dans les usines, l’éclairage au gaz arrive dans les théâtres et bientôt dans les rues, on parvient à produire et stocker de l’électricité, Niepce et Daguerre impressionnent les premières plaques photographiques … Des idées nouvelles issues de la Révolution, sur la liberté, l’égalité, les droits de l’homme, s’échafaudent en systèmes et s’enracinent dans les coeurs, un esprit de révolte fermente au centre des villes, au fond des campagnes, au sein des armées, partout le poids écrasant de cette monarchie obsolète devient insupportable…
Franz sait tout cela qui, du haut de ses onze printemps, regarde pavoiser ce beau monde. Boulimique de savoir et d’informations, François lui raconte raconte toutes ses visions dès qu’ils ont l’occasion d’être seuls ; les sociétés qu’il lui décrit sont bien loin de l’atmosphère empesée de Schönbrunn, les gens dont il lui parle sont bien plus vivants que ces momies figées dans leurs convenances. Aussi le petit duc pose-t’il sur cette fête - sa fête, pourtant - le regard blasé, impatient et las de celui qui sait qu’il assiste à la lente agonie d’un système sclérosé, mais sans pouvoir y changer quoi que ce soit, ni avancer ni retarder l’échéance.
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Jean-Marc Ligny (La Dame Blanche)
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Cette nuit-là, il est seul sans l’être vraiment, car les fantômes de son passé font sentir leur présence. Et le temps passe, comme il sait si bien le faire. Louis a perdu toute notion des heures. La nuit distend et tord le réel. Quand les premières lueurs de l’aube apparaissent, il est épuisé.
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Julie Turconi (Les Marches)
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La chair oublie très vite. Mais quelque chose en nous se promène, durant toute une vie, avec des lambeaux de sensations éprouvées avant, avec des souvenirs plus ou moins arrangés ou même détraqués, quelque chose présent à notre regard enfoui dans le temps, un corps nu, un visage enveloppé dans un drap blanc, une main qui passe dans les cheveux, un parfum de jasmin ou simplement une voix grave qui dit le désir. Longtemps, le désir seul fut ma seule passion. Je ne recherchais que ses frémissements, les tremblements de mes membres et l'immense joie de la découverte. Désir nu, pur, sans mots, sans musique, sans histoire. La chair a la mémoire courte et je ne m'en plaignais pas. Jusqu'au jour où le désir s'est présenté à moi, fort et brûlant, mais accompagné d'une histoire. Les émotions se succédaient en se bousculant, les sensations pillaient mon corps : c'était le début de ma perte.
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Ben Jelloun Tahar
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Une partie de notre temps se passe à imaginer ce qui pourrait être; une à regretter ce qu'on n'a pas eu la constance de vouloir; une autre à rêver ce qu'on ne peut plus ni vouloir ni regretter; une autre enfin à faire ce que l'on a si longtemps retardé: l'acte logique ou nécessaire.
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Guy de Pourtalès (Montclar)
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L'important c'est d'agiter la vie. On a tout le temps d'être mort! - Yasmina Reza
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Hubert Reeves (Le Banc du temps qui passe. Méditations cosmiques (SCIENCE OUVERTE) (French Edition))
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Soyons réalistes. Peut-on vraiment rêver d'humaniser l'humanité?
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Hubert Reeves (Le Banc du temps qui passe. Méditations cosmiques (SCIENCE OUVERTE) (French Edition))
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Le long sentier vers l'humanisation de l'humanité est éclairé par trois lumières : le désir de comprendre le monde (la science), de l'embellir (l'art) et d'aider les êtres vivants à vivre (l'empathie).
Trois mots à retenir : « connaîtras », « créer », « compatir ».
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Hubert Reeves (Le Banc du temps qui passe. Méditations cosmiques (SCIENCE OUVERTE) (French Edition))
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Deux plus deux faisaient-ils quatre au temps des dinosaures?
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Hubert Reeves (Le Banc du temps qui passe. Méditations cosmiques (SCIENCE OUVERTE) (French Edition))
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Tous ceux qui se plaignent qu’il passe trop vite, le temps, et qu’elle nous file entre les doigts, la vie, devraient prendre pour amant un homme marié. Les heures se dilatent dans l’attente, et les minutes se resserrent quand ça compte. L’horloge des amoureux.
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Elizabeth Lemay (Daddy Issues (French Edition))
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Tout s'anéant, tout périt, tout passe; il n'y a que le monde qui reste. Il n'y a que le temps qui dure.
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Renaud Dillies (Une brève histoire de poussière et de cendre (Abélard, #2))
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que dit le professeur, ils comprennent la moitié de ce qu’ils ont écouté, ils retiennent la moitié de ce qu’ils ont compris, et ils se servent de la moitié de ce qu’ils ont retenu, c’est-à-dire pas grand-chose, à la fin.
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François Lelord (Le Nouveau Voyage d’Hector: À la poursuite du temps qui passe (French Edition))
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Le chef discutait avec un type super élégant dans son bureau.
— C'est déjà un client?
— Non, c'est le maître d'hôtel...
— Eh ben... Il est drôlement classe...
— En salle, ils sont tous beaux...Au début du service, c'est nous qui sommes propres et eux qui passent l'aspirateur en tee-shirt et plus le temps passe, plus la tendance s'inverse: on pue, on devient crades et eux ils passent devant nous, frais comme des gardons, avec leurs brushings et leurs costumes impeccables...
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Anna Gavalda (Ensemble, c'est tout Audiobook PACK [Book + 2 CD MP3 - Abridged text])
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Mais il faut le voir à table comme il la regarde quand elle brille, ses yeux d'animal subjugué. D'où vient-elle donc cette créature ?
Pr les mots dans sa bouche, ces idées qui lui passent par la cervelle, son insatisfaction tout le temps, son intraitable enthousiasme, ce désir d'aller voir ailleurs, de marquer les distances, cet élan qui frise l'injure parfois? Ou va-t-elle chercher tout ça ?
Alors, quand leur fille a besoin de sous pour un voyage de classe ou acheter des livres, Mireille et Jean ne rechignent pas. Ils raquent. Ils font ce qu'il faut. C'est leur terrible métier de parents, donner à cette gamine les moyens de son évasion.
On a si peu de raison de se réjouir dans ces endroits qui n’ont ni la mère ni la Tour Eiffel, ou dieu est mort comme partout où la soirée s’achèvent à 20 heures en semaine et dans les talus le week-end
Car elle et Jeannot savent qu'ils ne peuvent plus grand-chose pour elle. Ils font comme si, mais ils ne sont plus en mesure de faire des choix à sa place. Ils en sont réduits ça, faire confiance, croiser les doigts, espérer quils l'ont élevée comme il faut et que ça suffira.
L'adolescence est un assassinat prémédité de longue date et le cadavre de leur famille telle qu'elle fut git déjà sur le bord du chemin. Il faut désormais réinventer des rôles, admettre des distances nouvelles, composer avec les monstruosités et les ruades. Le corps est encore chaud. Il tressaille. Mais ce qui existait, l'enfance et ses tendresses évidentes, le règne indiscuté des adultes et la gamine pile au centre, le cocon et la ouate, les vacances à La Grande-Motte et les dimanches entre soi, tout cela vient de crever. On n'y reviendra plus.
Et puis il aimait bien aller à l'hôtel, dont elle réglait toujours la note. Il appréciait la simplicité des surfaces, le souci ergonome partout, la distance minime entre le lit et la douche, l'extrême propreté des serviettes de bain, le sol neutre et le téléviseur suspendu, les gobelets sous plastique, le cliquetis précis de l'huisserie quand la porte se refermait lourdement sur eux, le code wifi précisé sur un petit carton à côté de la bouilloire, tout ce confort limité mais invariable. À ses yeux, ces chambres interchangeables n'avaient rien d'anonyme. Il y retrouvait au contraire un territoire ami,
elle se disait ouais, les mecs de son espèce n'ont pas de répit, soumis au travail, paumés dans leurs familles recomposées, sans même assez de thune pour se faire plaisir, devenus les cons du monde entier, avec leur goût du foot, des grosses bagnoles et des gros culs. Après des siècles de règne relatif, ces pauvres types semblaient bien gênés aux entournures tout à coup dans ce monde qu'ils avaient jadis cru taillé à leur mesure.
Leur nombre ne faisait rien à l'affaire. Ils se sentaient acculés, passés de mode, foncièrement inadéquats, insultés par l'époque. Des hommes élevés comme des hommes, basiques et fêlés, une survivance au fond.
Toute la journée il dirigeait 20 personnes, gérait des centaines de milliers d'euros, alors quand il fallait rentrer à la maison et demander cent fois à Mouche de ranger ses chaussettes, il se sentait un peu sous employé. Effectivement.
Ils burent un pinot noir d'Alsace qui les dérida et, dans la chaleur temporaire d'une veille d'enterrement, se retrouvèrent.
- T'aurais pu venir plus tôt, dit Gérard, après avoir mis les assiettes dans le lave-vaisselle.
Julien, qui avait un peu trop bu, se contenta d'un mouvement vague, sa tête dodelinant d'une épaule à l'autre.
C'était une concession bien suffisante et le père ne poussa pas plus loin son avantage.
Pour motiver son petit frère, Julien a l'idée d'un entraînement spécial, qui débute par un lavage de cerveau en règle. Au programme, Rocky, Les Chariots de feu, Karaté Kid, et La Castagne, tout y passe. À chaque fois, c'est plus ou moins la même chose : des acteurs torse nu et des séquences d'entraînement qui transforment de parfaits losers en machines à gagner.
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Nicolas Mathieu (Connemara)
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Faut croire qu'il a pas encore fini de se vider de son eau, Émile, ses yeux menacent de redéborder. Il pue la peur. Au collège, le pire, c'est pas les cours ; c'est tout ce qu'il y a entre. La consistance même du temps y est différente. Les récrés sont des éternités. C'est pas qu'on s'y emmerde, non, non, l'ennui, ça a au moins quelque chose de moelleux, de presque confortable. Nous, on passe chaque seconde de chaque minute à lutter contre la flippe du faux pas et à faire semblant qu'on s'amuse.
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Christelle Dabos (Ici et seulement Ici)
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Un grand poète
Que fais-tu au juste voyons voir dit Mihaela
trois heures de télévision tu t’affaires
dans la bibliothèque trois heures tu lis et voilà
ton temps qui passe quand tu ne peux plus écrire
tu as l’air d’une mite raidie par le froid sur le cadre
de la fenêtre et tu n’es même pas un grand poète
tu as les yeux aqueux et vides tu as encore bu que vais-je
faire de toi que vais-je dire à tes parents
les pauvres ils sont si âgés personne n’en prend soin
dans cet état personne ne leur demande
s’ils ont mangé un bout bientôt ils mourront et toi
si indifférent tu ne vois pas que notre fille
a grandi tu ne vois pas qu’elle porte une mini-jupe aujourd’hui
et voilà comme ta vie s’en va et tu n’es même
pas un grand poète comme Nichita Stănescu
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Valentin Dolfi (Ma poésie comme biographie (French Edition))
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Quand le présent est douloureux et le futur macabre, il est évident que l'on cherche en nous le chemin du passé, que l'on s'immobilise la conscience à rebours du temps qui passe.
Ne demandez pas aux vieillards de se réjouir de la nuit qui tombe.
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Perrine Tripier (Les guerres précieuses)
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La peinture et la sculpture se ressemblent dans le désir qu'elles partagent de donner forme à la réalité du monde : il faut fixer, sur le tendu de la toile, ou dans le charnu de la pierre, le mouvement ondoyant et multiple du temps qui passe et du monde qui bruit.
Mais elles diffèrent en un point majeur : quand le peintre ajoute, le sculpteur retranche. [...] Il existe beaucoup d'écrivains qui sont des peintres ; plus rares sont ceux qui s'apparentent à des sculpteurs.
Peintre, évidemment, Victor Hugo : ses romans sont des fresques, ses poèmes, des tableaux. [...V]eut-il montrer un marin aux prises avec une bourrasque en Manche qu'il en fait une Iliade, trempée d'adjectifs sonores, éclaboussant tout de métaphores écumantes.
[...] Sculpteur, Valéry [...]. Il noircit ses cahiers. Des bordées de lignes, tirées en rafales. [...] Et de ces traînées d'encre, il extraira ses pépites [...]. Ainsi : « Le temps du monde fini commence. » A la fin, la phrase a jailli, ensemencée de tout ce qui n'a plus sa raison d'être, de toutes ces scories insignifiantes, vouées à la corbeille. [...] Et le reste ne valait pas d'être gravé.
[...] Les peintres ajoutent de la substance [au] monde. Les sculpteurs retranchent, pour mieux donner.
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Frank Lanot (Éloge du temps perdu - à l usage de ceux qui aiment les livres et la lecture)
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Dure un temps, l'instant qui passe; comme un regard furtif qui ne voit rien.
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Jean pierre Szymaniak
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Journal de Kitty Winthrop
Samedi 30 mars 1940
Cette guerre dure depuis beaucoup trop longtemps – bien plus de six mois maintenant. La vie est devenue insupportable. Tout le monde s’active, il n’y a rien à manger, pas de nouveaux vêtements, pas de domestiques, pas de lumière après la tombée de a nuit et pas d'hommes. Il faut traîner partout son masque à gaz et filer aux abris antiaériens chaque fois qu’on entend les sirènes (bien qu’elles ne se soient pas déclenchées souvent jusqu’ici). Tous les soirs, on est obligés de tirer d’épais rideaux noirs pour occulter toutes les fenêtres afin qu’il ne filtre aucune lumière susceptible d’attirer l’œil des nazis sur l’endroit où nous habitons. On entend les nouvelles à la radio sur fond d’interminable friture, et tout le monde passe son temps à dire « chut » et à m’empêcher de jouer du piano.
Journal de Mrs. Tilling
Samedi 3 août 1940
Nous venons de vivre deux jours atroces. J’ai vraiment un mauvais pressentiment à propos de cette guerre, celui que nous allons être vaincus et perdre notre pays, notre culture, notre liberté. Que nous allons tout donner, toute notre énergie au combat, tous nos espoirs, nos rêves, tout donner de nous-mêmes. Et que les nazis arriveront et qu’il ne restera rien. Nous ne serons que des squelettes sans substance, nous les laisserons nous piétiner, diriger nos vies, notre quotidien, nos enfants – si tant est qu’il nous en reste.
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Jennifer Ryan (The Chilbury Ladies' Choir)
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Le temps ne passe pas, il tourne en rond.
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Gabriel García Márquez (One Hundred Years of Solitude)
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Alors même que je suis en train de lire, je commence à oublier ce que j’ai lu et ce processus est inéluctable, il se prolonge jusqu’au moment où tout se passe comme si je n’avais pas lu le livre et où je rejoins le non-lecteur que j’aurais pu rester si j’avais été mieux avisé. Dire que l’on a lu un livre fait alors surtout figure de métonymie. On n’a jamais lu, d’un livre, qu’une partie plus ou moins grande, et cette partie même est condamnée, à plus ou moins long terme, à la disparition. Plus que de livres ainsi, nous nous entretenons, avec nous-même et les autres, de souvenirs approximatifs, remaniés en fonction des circonstances du temps présent.
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Pierre Bayard (How to Talk About Books You Haven't Read)
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Pourtant, et bien que je passe mon temps à établir de telles hiérarchies, bien que comme Limonov je ne puisse pas rencontrer un de mes semblables sans me demander plus ou moins consciemment si je suis au-dessus ou au-dessous de lui et en tirer soulagement ou mortification, je pense que cette idée ― je répète : « L’homme qui se juge supérieur, inférieur ou égal à un autre ne comprend pas la réalité » ― est le sommet de la sagesse et qu’une vie ne suffit pas à s’en imprégner, à la digérer, à se l’incorporer, en sorte qu’elle cesse d’être une idée pour informer le regard et l’action en toutes circonstances. Faire ce livre, pour moi, est une façon bizarre d’y travailler.
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Emmanuel Carrère
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On entend dire à tout propos qu'il faut "être de notre temps" et que le fait de "regarder en arrière" ou de "s'attarder" est une trahison à l'égard de cet "impératif catégorique" qu'est notre siècle ; mais nul ne saurait jamais donner la moindre justification tant soit peu plausible de cette exigence grotesque. "Il n'y a pas de droit supérieur à celui de la vérité", disent les Hindous ; et si deux et deux font quatre, ce n'est certes pas en fonction d'un temps quelconque. Tout ce qui se passe de nos jours fait partie de notre temps, y compris l'opposition à celui-ci ; copier l'Antiquité faisait partie de la Renaissance et si, de nos jours, quelques-uns regardent vers le Moyen Age ou l'Orient, on est bien obligé d'enregistrer le fait comme appartenant à l'époque que nous vivons. C'est la nature des choses qui décide en définitive ce qu'est notre temps et ce qu'il n'est pas ; et ce n'est certes pas aux hommes de décider ce qui a le droit d'être vrai et ce qui ne l'a pas.
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Frithjof Schuon (The Transfiguration of Man)
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Ma seule distraction est d’aller, le dimanche, au sortir de la messe, chez Mme Gouin, l’épicière… Le dégoût m’en éloigne, mais l’ennui, plus fort, m’y ramène. Là, du moins, on se retrouve, toutes ensemble… On potine, on rigole, on fait du bruit, en sirotant des petits verres de mêlé-cassis… Il y a là, un peu, l’illusion de la vie… Et le temps passe…
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Octave Mirbeau (Le journal d'une femme de chambre)
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Ce moyen, cette pratique, ces alléchements avaient les anciens tyrans, pour endormir leurs sujets sous le joug. Ainsi les peuples, assotis, trouvent beaux ces passe-temps, amusés d’un vain plaisir, qui leur passait devant les yeux, s’accoutumaient à servir aussi niaisement, mais plus mal, que les petits enfants qui, pour voir les luisantes images des livres enluminés, apprennent à lire. Les Romains tyrans s’avisèrent encore d’un autre point : de festoyer souvent les dizaines publiques, abusant cette canaille comme il fallait, qui se laisse aller, plus qu’à toute autre chose, au plaisir de la bouche : le plus avisé et entendu d’entre eux n’eut pas quitté son esculée de soupe pour recouvrer la liberté de la république de Platon.
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Étienne de La Boétie (Discours de la servitude volontaire: Réquisitoire contre l'Absolutisme (French Edition))
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– Bah alors, c’est ce que je dis, avec la dotation qu’on a, ajouta Făneață puis il se leva pour prendre le livre le plus épais de la pile la plus proche.
Il se trouva que c’était La Montagne magique.
– Ça fera l’affaire, dit-il le travailleur en se rasseyant à table. Il a suffisamment de pages pour que personne ne remarque que nous en avons déchiré quelques-unes.
– Mon frère, t’es vraiment mortel. Laisse donc ce livre en paix, nom de Dieu…
Nicu s’opposa pour la dernière fois, l’image de son camarade en cerbère le fit éclater de rire. Une considération de folie.
– Tiens, avant de le déplumer, lis au moins ce qu’il y a d’écrit, qu’on entende nous aussi.
Făneață fourra son doigt épais au cœur du livre et lut là où ses yeux se posèrent :
– Qu’est-ce que le corps ! éclata-t-il avec une impétosité soudaine. Qu’est-ce que la chair ! Qu’est-ce que le corps humain ! De quoi est-il constitué ! Monsieur le conchilier aulique, dites-le nous tout de suite, cet après-midi même. Dites-le-nous une fois pour tourtes et le plus échactement, pour que nous le sachions.
Écœuré par la lecture, il s’arrêta, et ne cacha pas son étonnement : certains sont prêts à jeter leur argent par les fenêtres pour n’importe quoi.
– Mon petit Nicu, c’est ainsi quand l’homme a trop de temps libre, qu’il ne travaille même pas. Il est là à se faire des idées, et ceux qui se font passer pour cultivés font la file d’attente pour acheter quelque livre comme celui-là. Chiche qu’on va montrer à m’sieur l’écrivain – il fit une pause pour lire le nom de celui-ci sur la couverture – ce que c’est-ce que la viande, car je vois que l’honorable dit ne pas le savoir. Passe-moi les saucisses, va !
Puis il arracha soigneusement quelques pages sur lesquelles il déposa fromage et légumes en se vantant auprès de Nicu que lui était un garçon de salon et que l’on n’aurait déchiré des feuilles que de là-bas, de l’introduction, partie que personne ne lit.
– De la critique.
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Călin Torsan (Brocs en stock (French Edition))