Ni Car Quotes

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Dans ta tête, tu avais donné un nom au maître. Tu n’osais l’employer en sa présence, bien entendu. Tu l’appelais «Mygale», en souvenir de tes terreurs passées. Mygale, un nom à consonance féminine, un nom d’animal répugnant qui ne cadrait pas à son sexe ni au raffinement extrême qu’il savait montrer dans le choix de tes cadeaux… Mais Mygale car il était telle l’araignée, lente et secrète, cruelle et féroce, avide et insaisissable dans ses desseins, caché quelque part dans cette demeure où il te séquestrait depuis des mois, une toile de luxe, un piège doré dont il était le geôlier et toi le détenu.
Thierry Jonquet (Mygale)
Personne n'est capable réellement de penser à personne, fût-ce dans le pire des malheurs. Car penser réellement à quelqu'un, c'est y penser minute après minute, sans être distrait par rien, ni les soins du ménage, ni la mouche qui vole, ni les repas, ni une démangeaison. Mais il y a toujours des mouches et des démangeaisons. C'est pourquoi la vie est difficile à vivre.
Albert Camus (The Plague)
Heureux les coeurs qui peuvent plier car ils ne seront jamais brisés. Sont-ils si heureux que ça. Un coeur qui ne se brise pas ne peut pas guérir si on ne connait ni l'épreuve ni la guérisson on n'apprend rien et si l'on n'apprend rien on ne change pas. Mais les épreuves et les changements font partie de la vie. Tous les coeurs devraient-ils être brisés?
Albert Camus
N’acceptez pas que l’on fixe, ni qui vous êtes, ni où rester. Ma couche est à l’air libre. Je choisis mon vin, mes lèvres sont ma vigne. Soyez complice du crime de vivre et fuyez! Sans rien fuir, avec vos armes de jet et la main large, prête à s’unir, sobre à punir. Mêlez-vous à qui ne vous regarde, car lointaine est parfois la couleur qui fera votre blason.
Alain Damasio (La Horde du Contrevent)
Mais c'est faire un pacte avec le diable, car il perd son âme, celui qui veut être religieusement aimé. Elles m'ont obligé à feindre la méchanceté, je ne leur pardonnerai jamais ! Mais que faire ? J'avais besoin d'elles, si belles quand elles dorment, besoin de leurs adorables gestes de pédéraste, besoin de leurs pudeurs, si vite suivies d'étonnantes docilités dans la pénombre des nuits, car rien ne les surprend ni ne les effraie qui soit service d'amour.
Albert Cohen (Belle du Seigneur)
Tu ne recevras point de signe car la marque de la divinité dont tu désires un signe c'est le silence même. Et les pierre ne savent rien du temple qu'elles composent et n'en peuvent rien savoir. Ni le morceau d'écorce, de l'arbre qu'il compose avec d'autres. Ni l'arbre lui-même, ou telle demeure, du domaine qu'ils composent avec d'autres. Ni toi de Dieu.
Antoine de Saint-Exupéry (Citadelle)
Mes amis, j'écris ce petit mot pour vous dire que je vous aime, que je pars avec la fierté de vous avoir connus, l'orgueil d'avoir été choisi et apprécié par vous, et que notre amitié fut sans doute la plus belle œuvre de ma vie. C'est étrange, l'amitié. Alors qu'en amour, on parle d'amour, entre vrais amis on ne parle pas d'amitié. L'amitié, on la fait sans la nommer ni la commenter. C'est fort et silencieux. C'est pudique. C'est viril. C'est le romantisme des hommes. Elle doit être beaucoup plus profonde et solide que l'amour pour qu'on ne la disperse pas sottement en mots, en déclarations, en poèmes, en lettres. Elle doit être beaucoup plus satisfaisante que le sexe puisqu'elle ne se confond pas avec le plaisir et les démangeaisons de peau. En mourant, c'est à ce grand mystère silencieux que je songe et je lui rends hommage. Mes amis, je vous ai vus mal rasés, crottés, de mauvaise humeur, en train de vous gratter, de péter, de roter, et pourtant je n'ai jamais cessé de vous aimer. J'en aurais sans doute voulu à une femme de m'imposer toutes ses misères, je l'aurais quittée, insultée, répudiée. Vous pas. Au contraire. Chaque fois que je vous voyais plus vulnérables, je vous aimais davantage. C'est injuste n'est-ce pas? L'homme et la femme ne s'aimeront jamais aussi authentiquement que deux amis parce que leur relation est pourrie par la séduction. Ils jouent un rôle. Pire, ils cherchent chacun le beau rôle. Théâtre. Comédie. Mensonge. Il n'y a pas de sécurité en l'amour car chacun pense qu'il doit dissimuler, qu'il ne peut être aimé tel qu'il est. Apparence. Fausse façade. Un grand amour, c'est un mensonge réussi et constamment renouvelé. Une amitié, c'est une vérité qui s'impose. L'amitié est nue, l'amour fardé. Mes amis, je vous aime donc tels que vous êtes.
Éric-Emmanuel Schmitt (La Part de l'autre)
Le sentiment d'être élu est présent, par exemple, dans toute relation amoureuse. car l'amour, par définition, est un cadeau non mérité ; être aimé sans mérite, c'est même la preuve d'un vrai amour. Si une femme me dit : je t'aime parce que tu es intelligent, parce que tu es honnête, parce que tu m'achètes des cadeaux, parce que tu ne dragues pas, parce que tu fais la vaiselle, je suis déçu ; cet amour a l'air de quelque chose d'intéressé. Combien il est plus beau d'entendre : je suis folle de toi bien que tu ne sois ni intelligent ni honnête, bien que tu sois menteur, égoïste, salaud. (chapitre 15)
Milan Kundera (Slowness)
Écoutant, en effet, les cris d'allégresse qui montaient de la ville, Rieux se souvenait que cette allégresse était toujours menacée. Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu'on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu'il peut rester pendant des dizaines d'années endormi dans les meubles et le linge, qu'il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait, où, pour le malheur et l'enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse.
Albert Camus
L'homme ne peut jamais savoir ce qu'il faut vouloir car il n'a qu'une vie et il ne peut ni la comparer à des vies antérieures ni la rectifier dans des vies ultérieures. (...) Il n'existe aucun moyen de vérifier quelle décision est la bonne car il n'existe aucune comparaison. Tout est vécu tout de suite pour la première fois et sans préparation. Comme si un acteur entrait en scène sans avoir jamais répété. Mais que peut valoir la vie, si la première répétition de la vie est déjà la vie même ? C'est ce qui fait que la vie ressemble toujours à une esquisse. Mais même "esquisse" n'est pas le mot juste, car une esquisse est toujours l'ébauche de quelque chose, la préparation d'un tableau, tandis que l'esquisse qu'est notre vie est une esquisse de rien, une ébauche sans tableau. (partie I, ch. 3)
Milan Kundera (The Unbearable Lightness of Being)
Mon rêve familier Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend. Car elle me comprend, et mon coeur, transparent Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême, Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant. Est-elle brune, blonde ou rousse ? - Je l'ignore. Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore Comme ceux des aimés que la Vie exila. Son regard est pareil au regard des statues, Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a L'inflexion des voix chères qui se sont tues.
Paul Verlaine (Poèmes saturniens)
Mais le narrateur est plutôt tenté de croire qu’en donnant trop d’importance aux belles actions, on rend finalement un hommage indirect et puissant au mal. Car on laisse supposer alors que ces belles actions n’ont tant de prix que parce qu’elles sont rares et que la méchanceté et l’indifférence sont des moteurs bien plus fréquents dans les actions des hommes. C’est là une idée que le narrateur ne partage pas. Le mal qui est dans le monde vient presque toujours de l’ignorance, et la bonne volonté peut faire autant de dégâts que la méchanceté, si elle n’est pas éclairée. Les hommes sont plutôt bons que mauvais, et en vérité ce n’est pas la question. Mais ils ignorent plus ou moins, et c’est ce qu’on appelle vertu ou vice, le vice le plus désespérant étant celui de l’ignorance qui croit tout savoir et qui s'autorise alors a tuer. L'âme du meurtrier est aveugle et il n’y a pas de vraie bonté ni de belle amour sans toute la clairvoyance possible.
Albert Camus (The Plague)
Dieu c'est l'essence même, tandis qu'Édouard n'a jamais rien trouvé d'essentiel ni dans ses amours, ni dans son métier, ni dans ses idées. Il est trop honnête pour admettre qu'il trouve l'essentiel dans l'inessentiel, mais il est trop faible pour ne pas désirer secrètement l'essentiel. Ah, mesdames et messieurs, comme il est triste de vivre quand on ne peut rein prendre au sérieux, rien ni personne ! C'est pourquoi Edouard éprouve le désir de Dieu, car seul Dieu est dispensé de l'obligation de paraître et peut se contenter d'être ; car lui seul constitue (lui seul, unique et non existant) l'antithèse essentielle de ce monde d'autant plus existant qu'il est inessentiel.
Milan Kundera (Laughable Loves)
Les amants, en effet, regrettent le bien qu’ils ont fait, une fois que leur désir est éteint. Ceux qui n’ont pas d’amour, au contraire, n’ont jamais occasion seyante au repentir, car ce n’est point par contrainte, mais librement, comme s’ils s’occupaient excellemment des biens de leurs demeures, qu’ils font, dans la mesure de leurs moyens, du bien à leurs amis. Les amants considèrent en outre, et les dommages que leur amour fit à leurs intérêts et les largesses qu’ils ont dû consentir ; puis, en y ajoutant la peine qu’ils ont eue, ils pensent depuis longtemps avoir déjà payé à leurs aimés le juste prix des faveurs obtenues. Par contre, ceux qui ne sont pas épris ne peuvent, ni prétexter les affaires négligées par amour, ni mettre en ligne de compte les souffrances passées, ni alléguer les différends familiaux qu’ils ont eus. Exempts de tous ces maux, il ne leur reste plus qu’à s’empresser de mettre en acte tout ce qu’ils croient devoir leur donner du plaisir.
Plato (Phaedrus)
Elle est mortelle mais elle n’a ni cœur ni âme. Elle inflige la souffrance et invoque une justice ignorée. Elle est le glaive et la main qui la guide s’appelle vengeance. Ne la croise pas sur ton chemin car cruauté est son nom et ton sang est son emblème.
Cassandra O'Donnell (Traquée (Rebecca Kean, #1))
Comme il est profond, ce mystère de l'Invisible ! Nous ne le pouvons sonder avec nos sens misérables, avec nos yeux qui ne savent apercevoir ni le trop petit, ni le trop grand, ni le trop près, ni le trop loin, ni les habitants d'une étoile, ni les habitants d'une goutte d'eau... avec nos oreilles qui nous trompent, car elles nous transmettent les vibrations de l'air en notes sonores. Elles sont des fées qui font ce miracle de changer en bruit ce mouvement et par cette métamorphose donnent naissance à la musique, qui rend chantante l'agitation muette de la nature... avec notre odorat, plus faible que celui du chien... avec notre goût, qui peut à peine discerner l'âge d'un vin ! Ah ! si nous avions d'autres organes qui accompliraient en notre faveur d'autres miracles, que de choses nous pourrions découvrir encore autour de nous !
Guy de Maupassant (The Horla)
Je la pris près de la rivière Car je la croyais sans mari Tandis qu'elle était adultère Ce fut la Saint Jacques la nuit Par rendez vous et compromis Quand s'éteignirent les lumiéres Et s'allumèrent les cri-cri Au coin des dernières enceintes Je touchai ses seins endormis Sa poitrine pour moi s'ouvrit Comme des branches de jacinthes Et dans mes oreilles l'empois De ses jupes amidonnées Crissait comme soie arrachée Par dix couteaux à la fois Les cimes d'arbres sans lumière Grandissaient au bord du chemin Et tout un horizon de chiens Aboyaient loin de la rivière Quand nous avons franchi les ronces Les épines et les ajoncs Sous elle son chignon s'enfonce Et fait untrou dans le limon Quand ma cravate fut otée Elle retira son jupon Puis quand j'otai mon ceinturon Quatre corsages d'affilée Ni le nard ni les escargots N'eurent jamais la peau si fine Ni sous la lune les cristaux N'ont de lueur plus cristalline Ses cuisses s'enfuyaient sous moi Comme des truites effrayées L'une moitié toute embrasée L'autre moitié pleine de froid Cette nuit me vit galoper De ma plus belle chevauchée Sur une pouliche nacrée Sans bride et sans étriers ......
Federico García Lorca
On ne meurt point pour des moutons, no pour des chèvres ni pour des demeures ni pour des montagnes. Car les objets subsistent sans que rien leur soit sacrifié. Mais on meurt pour sauver l'invisible nœud qui les noue et les change en domaine, en empire, en visage reconnaissable et familier.
Antoine de Saint-Exupéry
On ne meurt point pour des moutons, ni pour des chèvres ni pour des demeures ni pour des montagnes. Car les objets subsistent sans que rien leur soit sacrifié. Mais on meurt pour sauver l'invisible nœud qui les noue et les change en domaine, en empire, en visage reconnaissable et familier.
Antoine de Saint-Exupéry (Citadelle)
Que l'ennemi ne sache jamais comment vous avez l'intention de le combattre, ni la manière dont vous vous disposez à l'attaquer, ou à vous défendre. Car, s'il se prépare au front, ses arrières seront faibles ; s'il se prépare à l'arrière, son front sera fragile ; s'il se prépare à sa gauche, sa droite sera vulnérable ; s'il se prépare à sa droite, sa gauche sera affaiblie ; et s'il se prépare en tous lieux, il sera partout en défaut. S'il l'ignore absolument, il fera de grands préparatifs, il tâchera de se rendre fort de tous les côtés, il divisera ses forces, et c'est justement ce qui fera sa perte.
Sun Tzu (The Art of War)
Le silence est un effet de la prudence par laquelle on refuse de se laisser juger ou de s’engager. Il est aussi un effet de l’ascétisme par lequel on réfrène la spontanéité de ses mouvements naturels, on renonce à compter dans l’esprit d’autrui, à obtenir son estime ou à exercer une action sur lui. Cependant, il y a encore dans le silence une sorte d’hommage rendu à la gravité de la vie ; car les paroles ne forment qu’un monde intermédiaire entre ces sentiments intérieurs qui n’ont de sens que pour nous, mais qu’elles trahissent toujours, et les actes qui changent la face du monde et dont souvent elles tiennent la place. L’homme le plus frivole se contente de parler, sans que ses paroles mettent en jeu ni sa pensée, ni sa conduite. Le plus sérieux est celui qui parle le moins : il ne sait que méditer ou agir. Les paroles ne valent que si elles sont médiatrices entre la virtualité de la pensée et la réalité de l’action. Et l’on peut dire qu’elles rendent la pensée réelle, bien qu’elles ne soient encore qu’une action virtuelle.
Louis Lavelle (L'erreur de Narcisse)
Mais je comprends aussi que rien de ce qui concerne l'homme ne se compte, ni ne se mesure. L'étendue véritable n'est point pour l'œil, elle n'est accordée qu'à l'esprit. Elle vaut ce que vaut le langage, car c'est le langage qui noue les choses. Il me semble désormais entrevoir mieux ce qu'est une civilisation. Une civilisation est un héritage de croyances, de coutumes et de connaissances, lentement acquises au cours des siècles, difficiles parfois à justifier par la logique, mais qui se justifient d'elles-mêmes, comme des chemins, s'ils conduisent quelque part, puisqu'elles ouvrent à l'homme son étendue intérieure. Une mauvaise littérature nous a parlé du besoin d'évasion. Bien sûr, on s'enfuit en voyage à la recherche de l'étendue. Mais l'étendue ne se trouve pas. Elle se fonde. Et l'évasion n'a jamais conduit nulle part. Quand l'homme a besoin, pour se sentir homme, de courir des courses, de chanter en chœur, ou de faire la guerre, ce sont déjà des liens qu'il s'impose afin de se nouer à autrui et au monde. Mais combien pauvres ! Si une civilisation est forte, elle comble l'homme, même si le voilà immobile.
Antoine de Saint-Exupéry (Pilote de Guerre)
Si quelqu’un a volé, ou porté atteinte à autrui, ou même tué un autre homme, on envoie quérir la Clairvoyante. Car certains font le mal sans en ressentir aucune honte. Et nombre d’entre eux parviennent à cacher leurs scrupules au plus profond de leur conscience en se trouvant de multiples excuses. Ils vont parfois même jusqu’à se convaincre qu’ils étaient dans leur bon droit en commettant leur crime. Mais lorsqu’ils rencontrent la Clairvoyante, ils ne peuvent plus se cacher leurs méfaits ni les dissimuler aux autres. La plupart des hommes connaissent le repentir. Et quand il m’arrive de rencontrer quelqu’un qui n’en éprouve pas ou presque, je fais en sorte qu’il ressente une douleur. Car j’ai appris à utiliser ce don inhabituel qui est aussi le tien.
Lene Kaaberbøl (The Shamer’s Daughter (The Shamer Chronicles #1))
Qu'est-ce que le roman, en effet, sinon cet univers où l'action trouve sa forme, où les mots de la fin sont prononcés, les êtres livrés aux êtres, où toute vie prend le visage du destin. Le monde romanesque n'est que la correction de ce monde-ci, suivant le désir profond de l'homme. Car il s'agit bien du même monde. La souffrance est la même, le mensonge et l'amour. Les héros ont notre langage, nos faiblesses, nos forces. Leur univers n'est ni plus beau ni plus édifiant que le nôtre. Mais eux, du moins, courent jusqu'au bout de leur destin, et il n'est même jamais de si bouleversants héros que ceux qui vont jusqu'à l'extrémité de leur passion.[...] Voici donc un monde imaginaire, mais créé par la correction de celui-ci, un monde où la douleur peut, si elle le veut, durer jusqu'à la mort, où les passions ne sont jamais distraites, où les êtres sont livrés à l'idée fixe et toujours présents les uns aux autres. L'homme s'y donne enfin à lui-même la forme et la limite apaisante qu'il poursuit en vain dans sa condition. Le roman fabrique du destin sur mesure. C'est ainsi qu'il concurrence la création et qu'il triomphe, provisoirement, de la mort.
Albert Camus (The Rebel)
Je ris, Caesonia, quand je pense que, pendant des années, Rome tout entière a évité de prononcer le nom de Drusilla. Car Rome s'est trompée pendant des années. L'amour ne m'est pas suffisant, c'est cela que j'ai compris alors. C'est cela que je comprends aujourd'hui encore, en te regardant. Aimer un être, c'est accepter de vieillir avec lui. Je ne suis pas capable de cet amour. Drusilla vieille, c'était bien pis que Drusilla morte. On croit qu'un homme souffre parce que l'être qu'il aime meurt en un jour. Mais sa vraie souffrance est moins futile : c'est de s'apercevoir que le chagrin non plus ne dure pas. Même la douleur est privée de sens. Tu vois, je n'avais pas d'excuses, pas même l'ombre d'un amour, ni l'amertume de la mélancolie. Je suis sans alibi. Mais aujourd'hui, me voilà encore plus libre qu'il y a des an-nées, libéré que je suis du souvenir et de l'illusion. (Il rit d'une façon passionnée.) Je sais que rien ne dure ! Savoir cela ! Nous sommes deux ou trois dans l'histoire à en avoir fait vraiment l'expérience, accompli ce bonheur dément. Ceasonia, tu as suivi jusqu'au bout une bien curieuse tragédie. Il est temps que pour toi le rideau se baisse.
Albert Camus (Caligula)
Pourquoi ne l'as-tu pas tué ? me demanda-t-elle. – Il n'y a pas de fatalité. J'en suis la preuve vivante, et je me sens pareil à cet enfant par les origines. De même que je ne puis avoir la certitude d'être le maître absolu de la destinée d'Arthur, tu ne peux non plus espérer contrôler totalement le devenir de ton fils. Ainsi il n'y a pas de fatalité ni dans la création ni dans la destruction, car deux choses échappent aux calculs les plus subtils de la prévoyance : l'âme et le hasard. Et même si tu parviens à faire de cet être un instrument parfait au service de ta haine de l'homme, il ne pourra nuire que si Arthur et ses pairs de la Table Ronde montrent folie ou faiblesse. Et s'ils sont fous ou faibles, qu'importe la cause de leur ruine, car le coupable ne sera pas toi, ni ton fils, mais eux-mêmes.
Michel Rio (Merlin)
Je suis un de ces êtres exceptionnels, oui, monsieur, et je crois que, jusqu'à ce jour, aucun homme ne s'est trouvé dans une position semblable à la mienne. Les royaumes des rois sont limités, soit par des montagnes, soit par des rivières, soit par un changement de mœurs, soit par une mutation de langage. Mon royaume, à moi, est grand comme le monde, car je ne suis ni Italien, ni Français, ni Indou, ni Américain, ni Espagnol: je suis cosmopolite.
Alexandre Dumas (The Son of Monte-Cristo; Volume I)
Nusu dakika baada ya kuondoa gari, Murphy aliona kiwiliwili cha mtu kikimwendea mbio kutokea katika nyumba ya magaidi! Hapohapo alisimamisha gari na kuacha taa zikiwaka, halafu akashika bunduki na kushuka – akiwa ameangalia mbele kwa tahadhari kubwa. Alikuwa mwanamke. Debbie! Murphy alipojua ni Debbie, alitupa bunduki na kuchomoka mbio mpaka wakakutana na kukumbatiana kwa nguvu! Murphy alimbeba Debbie na kumbusu kila sehemu, halafu akamfuta machozi na kumbembeleza.
Enock Maregesi (Kolonia Santita)
— Quoi ! dit Tripet, ce gautier ici se gabèle de nous. Oui es-tu? — Je suis, dit Gymnaste, pauvre diable. — Ha ! dit Tripet, puisque tu es pauvre diable, c'est raison que passes outre, car tout pauvre diable passe partout sans péage ni gabelle; mais ce n'est de coutume que pauvres diables soient si bien montés. Pourtant, monsieur le diable, descendez que j'aie le roussin, et si bien il ne me porte, vous, maître diable, me porterez, car j'aime fort qu'un diable tel m'emporte. »
François Rabelais (Gargantua and Pantagruel)
« Chaque humain présent sur la terre pour s’instruire et s’améliorer est une fleur qui doit s’ouvrir avec sa couleur spécifique et son propre arôme ; ce sont là des richesses qui doivent être offertes à tous. Chaque bonne pensée est une fleur qui s’épanouit dans l’intellect. Chaque sentiment noble une fleur dans le cœur. Et chaque action intègre une fleur dans la volonté humaine. Grâce à l’arôme de ces trois fleurs vous pouvez jouir de la santé et de l’harmonie dans tout votre être. La floraison de la vie est un processus éternel qui s’accomplit non seulement dans les pensées, sentiments et actions mais plus encore dans l’amour. Les fleurs sont les enfants des anges, leurs tableaux. Il ne faut ni cueillir ni piétiner les fleurs car on foule alors et on détruit une pensée ou un sentiment d’un ange. Les hommes sont encore des enfants turbulents et inconséquents. Les anges s’occupent non seulement des végétaux mais aussi de tous les règnes de la nature. »
Omraam Mikhaël Aïvanhov (Le Message de la Fleur: Les sentiers de la métamorphose (EVERA) (French Edition))
Svećenik je mirne savjesti radio sve ono što je radio, jer je od djetinjstva bio odgojen u tom da je ovo jedina prava vjera u koju su vjerovali svi sveti ljudi koji su nekad živjeli, a sada vjeruju duhovne i svjetovne starješine. Nije on vjerovao u to da je od kruha postalo tijelo, da je duši na korist kad on izgovara mnogo riječi ili da je zaista pojeo komadićak boga – u to se ne može vjerovati – nego je vjerovao u to da treba vjerovati u tu vjeru. A glavno, u toj ga je vjeri učvršćivalo što je za vršenje službe u toj vjeri dobivao već osamnaest godina dohotke od kojih je izdržavao svoju obitelj, sina u gimnaziji, kćer u nižoj duhovnoj gimnaziji. Tako je isto vjerovao i pojac, i još tvrđe, jer je sasvim zaboravio suštinu dogmi te vjere, a samo je znao da za toplu vodu, za pomen, za časove, za običnu molitvu i za molitvu s akafistom, za sve ima određena cijena koju pravi kršćani drage volje plaćaju i zato je izvikivao svoje “pomilos, pomilos“ i pjevao i čitao što je određeno s takvim mirnim uvjerenjem kako je potrebno onda kad ljudi prodaju drva, brašno, krumpir. A upravitelj tamnice i nadglednici – ako i nisu nikad znali ni pronicali u ono o čemu se sastoje dogme te vere i što je značilo sve ono što se izvršavalo u crkvi – vjerovali su da svakako treba vjerovati u tu vjeru, je viša vlast i sam car vjeruju u nju. Osim toga su, doduše mutno (nikako ne bi znali razjasniti kako to biva), osjećali da ta vjera opravdava njihovu okrutnu službu.
Leo Tolstoy (Resurrection)
On me demande de quelle origine je suis et je réponds parfois que n'étant ni une pièce de viande ni une bouteille de vin je n'ai pas d'origine mais une nationalité, une histoire, une enfance. Jamais tout à fait d'ici, plus tout à fait de là-bas, je me suis longtemps sentie comme dépossédée de toute identité. Comme une traître aussi car je ne parvenais jamais totalement à embrasser le monde dans lequel je vivais. C'étaient toujours les autres qui décidaient pour moi de ce que j'étais.
Leïla Slimani (Le parfum des fleurs la nuit)
[...] car les pensionnaires qui étaient ici depuis de longs mois ou depuis plusieurs années avaient depuis longtemps appris à détruire le temps même sans distractions ni occupations intellectuelles, et à le faire s'écouler grâce à une virtuosité intérieure ; ils déclaraient même que c'était une maladresse de novices que de se cramponner dans ce but à un livre. Tout au plus devrait-on en poser un sur ses genoux ou sur le guéridon, cela suffisait parfaitement pour que l'on se sentît pourvu du nécessaire.
Thomas Mann (The Magic Mountain)
concevoir l’Infini quantitativement, ce n’est pas seulement le borner, mais c’est encore, par surcroît, le concevoir comme susceptible d’augmentation ou de diminution, ce qui n’est pas moins absurde ; avec de semblables considérations, on en arrive vite à envisager non seulement plusieurs infinis qui coexistent sans se confondre ni s’exclure, mais aussi des infinis qui sont plus grands ou plus petits que d’autres infinis, et même, l’infini étant devenu si relatif dans ces conditions qu’il ne suffit plus, on invente le « transfini », c’est-à-dire le domaine des quantités plus grandes que l’infini ; et c’est bien d’ « invention » qu’il s’agit proprement alors, car de telles conceptions ne sauraient correspondre à rien de réel : autant de mots, autant d’absurdités, même au regard de la simple logique élémentaire, ce qui n’empêche pas que, parmi ceux qui les soutiennent, il s’en trouve qui ont la prétention d’être des « spécialistes » de la logique, tellement grande est la confusion intellectuelle de notre époque !
René Guénon (The Metaphysical Principles of the Infinitesimal Calculus)
On ne se doute pas de tous les embêtements dont sont poursuivis les domestiques, ni de l’exploitation acharnée, éternelle qui pèse sur eux. Tantôt les maîtres, tantôt les placiers, tantôt les institutions charitables, sans compter les camarades, car il y en a de rudement salauds. Et personne ne s’intéresse à personne. Chacun vit, s’engraisse, s' amuse de la misère d' un plus pauvre que soi. Les scènes changent ; les décors se transforment ; vous traversez des milieux sociaux différents et ennemis ; et les passions restent les mêmes, les mêmes appétits demeurent. Dans l’appartement étriqué du bourgeois, ainsi que dans le fastueux hôtel du banquier, vous retrouvez des saletés pareilles, et vous vous heurtez à de l’inexorable. Enfin de compte, pour une fille comme je suis, le résultat est qu’elle soit vaincue d' avance, où qu' elle aille et quoi qu' elle fasse. Les pauvres sont l’engrais humain où poussent les moissons de vie, les moissons de joie que récoltent les riches, et dont ils mésusent si cruellement, contre nous...
Octave Mirbeau
Pour moi, ce n’est pas de perdre la vie qui me fait peur. Mais notre échec signifierait tout autre chose qu’une question de vie ou de mort : nous deviendrions semblables à lui, des créatures de la nuit comme lui, sans cœur ni conscience, faisant notre proie des corps et des âmes de ceux que nous aimons le plus au monde. Les portes du Ciel seraient à jamais fermées pour nous, car qui nous les ouvrirait ? Tous nous abomineraient à jamais ; nous serions une tache sur le soleil de Dieu, une flèche dans le flanc de Celui qui est mort pour sauver l’humanité.
Bram Stoker (Dracula)
J’allais ouvrir la bouche et aborder cette fille , quand quelqu’un me toucha l’épaule. Je me retournai, surpris, et j’aperçus un homme d’aspect ordinaire, ni jeune ni vieux, qui me regardait d’un air triste. — Je voudrais vous parler, dit-il. Je fis une grimace qu’il vit sans doute, car il ajouta : — « C’est important. » Je me levai et le suivis à l’autre bout du bateau : — « Monsieur, reprit-il, quand l’hiver approche avec les froids, la pluie et la neige, votre médecin vous dit chaque jour : « Tenez-vous les pieds bien chauds, gardez-vous des refroidissements, des rhumes, des bronchites, des pleurésies. » Alors vous prenez mille précautions, vous portez de la flanelle, des pardessus épais, des gros souliers, ce qui ne vous empêche pas toujours de passer deux mois au lit. Mais quand revient le printemps avec ses feuilles et ses fleurs, ses brises chaudes et amollissantes, ses exhalaisons des champs qui vous apportent des troubles vagues, des attendrissements sans cause, il n’est personne qui vienne vous dire : « Monsieur, prenez garde à l’amour ! Il est embusqué partout ; il vous guette à tous les coins ; toutes ses ruses sont tendues, toutes ses armes aiguisées, toutes ses perfidies préparées ! Prenez garde à l’amour !… Prenez garde à l’amour ! Il est plus dangereux que le rhume, la bronchite et la pleurésie ! Il ne pardonne pas, et fait commettre à tout le monde des bêtises irréparables. » Oui, monsieur, je dis que, chaque année, le gouvernement devrait faire mettre sur les murs de grandes affiches avec ces mots : « Retour du printemps. Citoyens français, prenez garde à l’amour ; » de même qu’on écrit sur la porte des maisons : « Prenez garde à la peinture ! » — Eh bien, puisque le gouvernement ne le fait pas, moi je le remplace, et je vous dis : « Prenez garde à l’amour ; il est en train de vous pincer, et j’ai le devoir de vous prévenir comme on prévient, en Russie, un passant dont le nez gèle. » Je demeurai stupéfait devant cet étrange particulier, et, prenant un air digne : — « Enfin, monsieur, vous me paraissez vous mêler de ce qui ne vous regarde guère. » Il fit un mouvement brusque, et répondit : — « Oh ! monsieur ! monsieur ! si je m’aperçois qu’un homme va se noyer dans un endroit dangereux, il faut donc le laisser périr ?
Guy de Maupassant
Enfant, on idéalise ses parents. On pense qu’ils sont parfaits car ils sont notre seul repère, le mètre avec lequel on mesure le monde et nous-mêmes. Adolescent, on ne les supporte plus, parce qu’on se rend soudain compte que non seulement ils ne sont pas parfaits, mais qu’ils sont peut-être encore plus à la ramasse que nous. Et puis, il y a cet instant où on prend conscience que ce ne sont ni des superhéros ni des méchants. Ce sont ni plus ni moins des humains. La question qui se pose alors, c’est de savoir si on peut leur pardonner de n’être, en fin de compte, rien de plus que des hommes. — Kelton
Neal Shusterman (Dry)
Ce jeune frère sans père ni mère, ce petit enfant, qui lui tombait brusquement du ciel sur les bras, fit de lui un homme nouveau, il s'aperçut qu'il y avait autre chose dans le monde que les spéculations de la Sorbonne et les vers d'Homerus, que l'homme avait besoin d'affections, que la vie sans tendresse et sans amour n'était qu'un rouage sec, criard et déchirant ; seulement il se figura, car il était dans l'âge où les illusions ne sont encore remplacées que par des illusions, que les affections de sang et de famille étaient les seules nécessaires, et qu'un petit frère à aimer suffisait pour remplir toute une existence.
Victor Hugo (Notre Dame de Paris)
Mais ce qui ne passera pas, c'est cette impression de découverte de soi que la lecture de Rousseau procure et qui est différente de celle de saint Augustin; car le péché n'est au fond ni l'homo peccator, ni l'homo poenitens, ni l'homo innocens, comme j'ai semblé le dire. Ce n'est pas le fauve ou le renard, le lion, ni même l'âne de la fable qu'il retrouve en nous. C'est le presque-saint, l'ange titubant, le menteur affamé de sincérité, le médiocre hanté par l'idée du parfait. En somme, ce n'est ni le saint, le héros, ni le pécheur ou le pervers : c'est le troisième homme, pécheur inconscient, fils prodigue et qui se pardonne généreusement. C'est le pauvre diable. C'est le pauvre homme. C'est l'homme. Est-ce là le suprême détour de l'orgueil! Est-ce l'humilité vraie sans la vanité de se savoir humble!
Jean Guitton (Judgements)
Qu’est-ce qui peut seul être notre doctrine ? — Que personne ne donne à l’homme ses qualités, ni Dieu, ni la société, ni ses parents et ses ancêtres, ni lui-même (— le non-sens de l’« idée », réfuté en dernier lieu, a été enseigné, sous le nom de « liberté intelligible par Kant et peut-être déjà par Platon).Personne n’est responsable du fait que l’homme existe, qu’il est conformé de telle ou telle façon, qu’il se trouve dans telles conditions, dans tel milieu. La fatalité de son être n’est pas à séparer de la fatalité de tout ce qui fut et de tout ce qui sera. L’homme n’est pas la conséquence d’une intention propre, d’une volonté, d’un but ; avec lui on ne fait pas d’essai pour atteindre un « idéal d’humanité », un « idéal de bonheur », ou bien un « idéal de moralité », — il est absurde de vouloir faire dévier son être vers un but quelconque. Nous avons inventé l’idée de « but » : dans la réalité le « but » manque… On est nécessaire, on est un morceau de destinée, on fait partie du tout, on est dans le tout, — il n’y a rien qui pourrait juger, mesurer, comparer, condamner notre existence, car ce serait là juger, mesurer, comparer et condamner le tout…Mais il n’y a rien en dehors du tout ! — Personne ne peut plus être rendu responsable, les catégories de l’être ne peuvent plus être ramenées à une cause première, le monde n’est plus une unité, ni comme monde sensible, ni comme « esprit » : cela seul est la grande délivrance, — par là l’innocence du devenir est rétablie… L’idée de « Dieu » fut jusqu’à présent la plus grande objection contre l’existence… Nous nions Dieu, nous nions la responsabilité en Dieu : par là seulement nous sauvons le monde.
Friedrich Nietzsche (Twilight of the Idols)
Et, assurément, la réalité est plus sombre encore que n'osait la prévoir le savant [F. Schrader] qui formulait en 1911 ces conclusions, dont les technocrates et les promoteurs de l'époque ont dû sourire. Il ne pouvait imaginer ni les pluies acides, ni la pollution des rivières et des mers par le mercure et les autres déchets de l'industrie chimique et atomique, ou par l'élévation artificielle de la température de l'eau due aux usines riveraines. Il n'avait pas prévu que plus de deux mille espèces animales seraient exterminées avant la fin du siècle ; il ne savait encore rien de l'usage des herbicides, ni des sournois dépotoirs atomiques, cachés dans des endroits écartés, quand ce n'est pas aux abords des villes, ou transportés secrètement à prix d'or pour continuer leur cycle millénaire de nuisance dans le sous-sol des continents pauvres. Il n'eût même pas été capable d'imaginer le désastre de nos marées noires, fruit de l'incurie et de l'avidité, car une construction plus solide et plus rationnelle des pétroliers obligerait à en éliminer la plupart. Il ne pouvait pas prévoir non plus la destruction de la stratosphère, la raréfaction de l'oxygène et de l'ozone, la calotte thermique obscurcissant la lumière solaire et élevant artificiellement la température au ras du sol. On voit du moins qu'il en savait assez pour signaler le chemin pris par nos apprentis sorciers et par nos marchands du Temple, qui de nos jours n'encombrent plus seulement les abords des sanctuaires mais la terre entière. Ce qu'il disait, avec quelques autres (Albert Schweitzer, un peu plus tard, en Afrique, était alerté lui aussi par les trop soudains changements de climat), nous le crions aujourd'hui. (p. 275)
Marguerite Yourcenar (Les Yeux ouverts : Entretiens avec Matthieu Galey)
Binti yako mwenye umri wa miaka kumi na nne kwa mfano, anaomba umnunulie gari kama ulivyofanya kwa kaka yake mwenye umri wa miaka kumi na nane. Mara ya kwanza unamwambia utamnunulia atakapofikisha umri wa miaka kumi na nane kama ulivyofanya kwa kaka yake. Lakini baada ya wiki moja binti yako anakuomba tena kitu kilekile, yaani gari. Utajisikiaje? Utakereka, sivyo? Jinsi utakavyokereka binti yako kukuomba kitu ambacho tayari ameshakuomba, ndivyo Mungu anavyokereka sisi kumwomba vitu ambavyo tayari tumeshamwomba. Ukiomba kitu kwa mara ya kwanza Mungu amekusikia, tayari ameshaandaa malaika wa kukuletea jibu. Unachotakiwa kufanya, baada ya kuomba, shukuru mpaka jibu lako litakapofika. Mungu huthamini zaidi maombi ya kushukuru kuliko maombi ya kuomba. Binti yako anachotakiwa kufanya baada ya kukuomba gari ni kukushukuru mpaka gari yake itakapofika, si kukuomba mpaka gari yake itakapofika.
Enock Maregesi
Je me suis rendu compte que je n’avais pas vu l’eau depuis quatre jours et que je portais toujours les mêmes vêtements, avec les reliefs de fourmis. Elle, en revanche, portait une autre robe, blanche, à ras du cou, qui la couvrait entièrement. La robe ne comportait ni motifs ni inscriptions ; ce qui ne laissait pas de m’étonner, car maman n’avait jamais porté que d’affreux corsages, immanquablement couverts d’inscriptions. Je la regardais aller et venir dans la cuisine, comme un métronome sorti de son axe. Elle était blanche et cylindrique, et j’imaginais sa robe se transformer en un tube coiffé d’un petit couvercle dans lequel je la tiendrais captive et dont je ne la libérerais que de loin en loin. Le matin ou le soir, ou à la fin de la semaine, ou pour Noël. Ou, ce qui serait le mieux, seulement à la fin, pour qu’elle meure. Maman-tube de dentifrice. Maman-œsophage. Maman-ascaride. Maman-câble. Maman-craie. Maman-os. Maman-fil. Maman-comète. Maman-bougie.
Tatiana Țîbuleac (El verano en que mi madre tuvo los ojos verdes)
### Pauvreté de la sagesse Je hais les sages pour leur complaisance, leur lâcheté et leur reserve. J'aime infiniment plus les passions dévorantes que l'humeur égale qui rend insensible au plaisir comme à la douleur. Le sage ignore le tragique de la passion et la peur de la mort, de même qu'il méconnait l'élan et le risque, l'héroisme barbare, grotesque ou sublime. Il s'exprime en maximes et donne des conseils. Le sage ne vit rien, ne ressent rien, il ne désire ni n'attend. Il se plaît à niveler les divers contenus de la vie, et en assume toutes les conséquences. Bien plus complexes me semblent ceux qui, malgré ce nivellement, ne cessent pourtant de se tourmenter. L'existence du sage est vide et stérile, car dépourvue d'antinomies et de désespoir. Mais les existences que dévorent des contradictions insurmontables sont infiniment plus fécondes. La résignation du sage surgit du vide. et non du feu intérieur. J'aimerais mille fois mieux mourir de ce feu que du vide et de la résignation.
Emil M. Cioran (Oeuvres)
Ce qui est tout à fait extraordinaire, c’est la rapidité avec laquelle la civilisation du Moyen-Âge tomba dans le plus complet oubli ; les hommes du XVIIe siècle n’en avaient plus la moindre notion, et les monuments qui en subsistaient ne représentaient plus rien à leurs yeux, ni dans l’ordre intellectuel, ni même dans l’ordre esthétique ; on peut juger par là combien la mentalité avait été changée dans l’intervalle. Nous n’entreprendrons pas de rechercher ici les facteurs, certainement fort complexes, qui concoururent à ce changement, si radical qu’il semble difficile d’admettre qu’il ait pu s’opérer spontanément et sans l’intervention d’une volonté directrice dont la nature exacte demeure forcément assez énigmatique ; il y a, à cet égard, des circonstances bien étranges, comme la vulgarisation, à un moment déterminé, et en les présentant comme des découvertes nouvelles, de choses qui étaient connues en réalité depuis fort longtemps, mais dont la connaissance, en raison de certains inconvénients qui risquaient d’en dépasser les avantages, n’avait pas été répandue jusque là dans le domaine public (1). Il est bien invraisemblable aussi que la légende qui fit du moyen âge une époque de « ténèbres », d’ignorance et de barbarie, ait pris naissance et se soit accréditée d’elle-même, et que la véritable falsification de l’histoire à laquelle les modernes se sont livrés ait été entreprise sans aucune idée préconçue ; mais nous n’irons pas plus avant dans l’examen de cette question, car, de quelque façon que ce travail se soit accompli, c’est, pour le moment, la constatation du résultat qui, en somme, nous importe le plus. (1) Nous ne citerons que deux exemples, parmi les faits de ce genre qui devaient avoir les plus graves conséquences : la prétendue invention de l’imprimerie, que les Chinois connaissaient antérieurement à l’ère chrétienne et la découverte « officielle » de l’Amérique, avec laquelle des communications beaucoup plus suivies qu’on ne le pense avaient existé durant tout le moyen âge.
René Guénon (The Crisis of the Modern World)
Le juge d'instance est l'équivalent pour la justice du médecin de quartier. Loyers impayés, expulsions, saisies sur salaire, tutelle des personnes handicapées ou vieillissantes, litiges portant sur des sommes inférieures à 10 000 euros - au-dessus, cela relève du tribunal de grande instance, qui occupe la partie noble du Palais de justice. Pour qui a fréquenté les assises ou même la correctionnelle, le moins qu'on puisse dire est que l'instance offre un spectacle ingrat. Tout y est petit, les torts, les réparations, les enjeux. La misère est bien là, mais elle n'a pas tourné à la délinquance. On patauge dans la glu du quotidien, on a affaire à des gens qui se débattent dans des difficultés à la fois médiocres et insurmontables, et le plus souvent on n'a même pas affaire à eux car ils ne viennent pas à l'audience, ni leur avocat parce qu'ils n'ont pas d'avocat, alors on se contente de leur envoyer la décision de justice par lettre recommandée, qu'une fois sur deux ils n'oseront pas aller chercher. (p.175)
Emmanuel Carrère (D'autres vies que la mienne)
Qui vous le dit, qu’elle (la vie) ne vous attend pas ? Certes, elle continue, mais elle ne vous oblige pas à suivre le rythme. Vous pouvez bien vous mettre un peu entre parenthèses pour vivre ce deuil… accordez-vous le temps. *** Parce que ҫa me fait plaisir. Parce que je sais aussi que l’entourage peut se montrer très discret dans pareille situation, et que de se changer les idées de temps en temps fait du bien. Parce que je sais que vous aimez la montagne et que vous n’iriez pas toute seule. *** Oui. Si vous perdez une jambe, ҫa se voit, les gens sont conciliants. Et encore, pas tous. Mais quand c’est un morceau de votre cœur qui est arraché, ҫa ne se voit pas de l’extérieur, et c’est au moins aussi douloureux… Ce n’est pas de la faute des gens. Ils ne se fient qu’aux apparences. Il faut gratter pour voir ce qu’il y a au fond. Si vous jetez une grosse pierre dans une mare, elle va faire des remous à la surface. Des gros remous d'abord, qui vont gifler les rives, et puis des remous plus petits, qui vont finir par disparaître. Peu à peu, la surface redevient lisse et paisible. Mais la grosse pierre est quand même au fond. La grosse pierre est quand même au fond. *** La vie s’apparente à la mer. Il y a les bruit des vagues, quand elles s’abattent sur la plage, et puis le silence d’après, quand elles se retirent. Deux mouvement qui se croissent et s’entrecoupent sans discontinuer. L’un est rapide, violent, l’autre est doux et lent. Vous aimeriez vous retirer, dans le même silence des vagues, partir discrètement, vous faire oublier de la vie. Mais d’autres vague arrivent et arriveront encore et toujours. Parce que c’est ҫa la vie… C’est le mouvement, c’est le rythme, le fracas parfois, durant la tempête, et le doux clapotis quand tout est calme. Mais le clapotis quand même Un bord de mer n'est jamais silencieux, jamais. La vie non plus, ni la vôtre, ni la mienne. Il y a les grains de sables exposés aux remous et ceux protégés en haut de la plage. Lesquels envier? Ce n'est pas avec le sable d'en haut, sec et lisse, que l'on construit les châteaux de sable, c'est avec celui qui fraye avec les vagues car ses particules sont coalescentes. Vous arriverez à reconstruire votre château, vous le construirez avec des grains qui vous ressemblent, qui ont aussi connu les déferlantes de la vie, parce qu'avec eux, le ciment est solide.. *** « Tu ne sais jamais à quel point tu es fort jusqu’au jour où être fort reste la seule option. » C’est Bob Marley qui a dit ҫa. *** Manon ne referme pas violemment la carte du restaurant. Elle n’éprouve pas le besoin qu’il lui lise le menu pour qu’elle ne voie pas le prix, et elle trouvera égal que chaque bouchée vaille cinq euros. Manon profite de la vie. Elle accepte l’invitation avec simplicité. Elle défend la place des femmes sans être une féministe acharnée et cela ne lui viendrait même pas à l’idée de payer sa part. D’abord, parce qu’elle sait que Paul s’en offusquerait, ensuite, parce qu’elle aime ces petites marques de galanterie, qu’elle regrette de voir disparaître avec l’évolution d’une société en pertes de repères.
Agnès Ledig (Juste avant le bonheur)
«Dépêchez-vous, bande d’ordures!» Arrivés au fossé, nous nous mîmes au travail. Sous les coups de pioche, la terre gelée craquait et les étincelles jaillissaient. Les hommes étaient silencieux, comme enveloppés dans une sorte de torpeur. J’étais toujours accroché à l’image de ma femme. Une idée me vint à l’esprit: était-elle toujours en vie? Je ne savais qu’une chose: l’amour va bien au-delà de l’être physique. Il atteint son sens le plus fort dans l’être spirituel. Que la personne soit présente ou non semble avoir peu d’importance. Je ne savais pas si ma femme était toujours en vie, et je n’avais aucun moyen de le savoir (nous ne pouvions ni envoyer ni recevoir de courrier); mais cela n’avait aucune importance. Je n’avais pas besoin de le savoir. Rien ne pouvait me détourner de mon amour, de mes pensées et de l’image de ma bien-aimée. Si l’on m’avait appris, à ce moment-là, qu’elle était morte, je ne crois pas que j’aurais cessé pour autant de contempler son image, ou que ma conversation avec elle aurait été moins vivante. «Pose-moi comme un sceau sur ton cœur, car l’amour est plus fort que la mort.»
Viktor E. Frankl (Man's Search for Meaning)
Murphy. Sina mbinu zozote za kujikinga kama unavyojua; mbali na mafunzo ya FBI. Baada ya kumrusha nyoka wa Lisa nywele zilinisisimka. Wazo la kukimbia likaja ghafla. Kukimbia hata hivyo nikashindwa kwa kuhofu huenda wangeniona. Hivyo, nikarudi nyuma ya nyumba na kupanda mti na kujificha huko. Bunduki zilipolia, nilijua wamekuua. Ila kitu kimoja kikanishangaza: mashambulizi hayakuonekana kukoma. Kitu hicho kikanipa nguvu kwamba huenda hujafa na ulikuwa ukipambana nao. Kimya kilipotokea nilijua umewashinda nguvu, kitu ambacho kumbe kilikuwa kweli. Nilipokutafuta baadaye lakini bila kukuona kutokana na kukurukakara za maadui niliamua kwenda katika gari ili nije na gari kama mgeni, nikitegemea waniruhusu kuingia ili nipate hakika kama wamekuua au bado uko hai. Wasingenifanya chochote. Kimaajabu, niliposhuka katika mti ili nikimbie katika gari, niliona gari ikija kwa kasi. Kuangalia vizuri nikakuta ni Ferrari, halafu nikashangaa nani anaendesha gari ya Lisa!” Murphy alitabasamu tena na kuendelea kusikiliza. “Sijui moyo wangu ulikuwaje. Sikuogopa tena! Badala yake nilikaza mwendo na kuendelea kuifuata huku nikipata wazo hapohapo kwamba mtu aliyekuwemo akiendesha hakuwa adui. Adui angeingia katika gari na kunisubiri aniteke nyara.” Debbie alitulia. “Ulihisi ni mimi?” Murphy aliuliza. “Nilihisi ni mtu tu mwema amekuja kunisaidia ... au mwizi wa gari. Hata hivyo, baadaye nilijua ni wewe na furaha yangu yote ilirudi.
Enock Maregesi (Kolonia Santita)
Caligula! Toi aussi, toi aussi, tu es coupable. Alors, n'est-ce pas, un peu plus, un peu moins! Mais qui oserait me condamner dans ce monde sans juge, où personne n'est innocent! (Avec tout l'accent de la détresse, se pressant contre le miroir.) Tu le vois bien, Hélicon n'est pas venu. Je n'aurai pas la lune. Mais qu'il est amer d'avoir raison et de devoir aller jusqu'à la consommation. Car j'ai peur de la consommation. Des bruits d'armes! C'est l'innocence qui prépare son triomphe. Que ne suis-je à leur place! J'ai peur. Quel dé-goût, après avoir méprisé les autres, de se sentir la même lâcheté dans l'âme. Mais cela ne fait rien. La peur non plus ne dure pas. Je vais retrouver ce grand vide où le coeur s'apaise. Tout a l'air si compliqué. Tout est si simple pourtant. Si j'avais eu la lune, si l'amour suffisait, tout serait changé. Mais où étancher cette soif ? Quel coeur, quel dieu auraient pour moi la profondeur d'un lac ? (S'agenouillant et pleu-rant.) Rien dans ce monde, ni dans l'autre, qui soit à ma me-sure. Je sais pourtant, et tu le sais aussi (il tend les mains vers le miroir en pleurant), qu'il suffirait que l'impossible soit. L'impossible! Je l'ai cherché aux limites du monde, aux confins de moi-même. J'ai tendu mes mains (criant), je tends mes mains et c'est toi que je rencontre, toujours toi en face de moi, et je suis pour toi plein de haine. Je n'ai pas pris la voie qu'il fallait, je n'aboutis à rien. Ma liberté n'est pas la bonne. Hélicon! Hélicon! Rien! rien encore. Oh, cette nuit est lourde! Hélicon ne viendra pas: nous serons coupa-bles à jamais! Cette nuit est lourde comme la douleur hu-maine.
Albert Camus (Caligula)
Sans doute, l’amitié, l’amitié qui a égard aux individus, est une chose frivole, et la lecture est une amitié. Mais du moins c’est une amitié sincère, et le fait qu’elle s’adresse à un mort, à un absent, lui donne quelque chose de désintéressé, de presque touchant. C’est de plus une amitié débarrassée de tout ce qui fait la laideur des autres. Comme nous ne sommes tous, nous les vivants, que des morts qui ne sont pas encore entrés en fonctions, toutes ces politesses, toutes ces salutations dans le vestibule que nous appelons déférence, gratitude, dévouement et où nous mêlons tant de mensonges, sont stériles et fatigantes. De plus, – dès les premières relations de sympathie, d’admiration, de reconnaissance, – les premières paroles que nous prononçons, les premières lettres que nous écrivons, tissent autour de nous les premiers fils d’une toile d’habitudes, d’une véritable manière d’être, dont nous ne pouvons plus nous débarrasser dans les amitiés suivantes ; sans compter que pendant ce temps-là les paroles excessives que nous avons prononcées restent comme des lettres de change que nous devons payer, ou que nous paierons plus cher encore toute notre vie des remords de les avoir laissé protester. Dans la lecture, l’amitié est soudain ramenée à sa pureté première. Avec les livres, pas d’amabilité. Ces amis-là, si nous passons la soirée avec eux, c’est vraiment que nous en avons envie. Eux, du moins, nous ne les quittons souvent qu’à regret. Et quand nous les avons quittés, aucune de ces pensées qui gâtent l’amitié : Qu’ont-ils pensé de nous ? – N’avons-nous pas manqué de tact ? – Avons-nous plu ? – et la peur d’être oublié pour tel autre. Toutes ces agitations de l’amitié expirent au seuil de cette amitié pure et calme qu’est la lecture. Pas de déférence non plus ; nous ne rions de ce que dit Molière que dans la mesure exacte où nous le trouvons drôle ; quand il nous ennuie nous n’avons pas peur d’avoir l’air ennuyé, et quand nous avons décidément assez d’être avec lui, nous le remettons à sa place aussi brusquement que s’il n’avait ni génie ni célébrité. L’atmosphère de cette pure amitié est le silence, plus pur que la parole. Car nous parlons pour les autres, mais nous nous taisons pour nous-mêmes. Aussi le silence ne porte pas, comme la parole, la trace de nos défauts, de nos grimaces. Il est pur, il est vraiment une atmosphère. Entre la pensée de l’auteur et la nôtre il n’interpose pas ces éléments irréductibles, réfractaires à la pensée, de nos égoïsmes différents. Le langage même du livre est pur (si le livre mérite ce nom), rendu transparent par la pensée de l’auteur qui en a retiré tout ce qui n’était pas elle-même jusqu’à le rendre son image fidèle, chaque phrase, au fond, ressemblant aux autres, car toutes sont dites par l’inflexion unique d’une personnalité ; de là une sorte de continuité, que les rapports de la vie et ce qu’ils mêlent à la pensée d’éléments qui lui sont étrangers excluent et qui permet très vite de suivre la ligne même de la pensée de l’auteur, les traits de sa physionomie qui se reflètent dans ce calme miroir. Nous savons nous plaire tour à tour aux traits de chacun sans avoir besoin qu’ils soient admirables, car c’est un grand plaisir pour l’esprit de distinguer ces peintures profondes et d’aimer d’une amitié sans égoïsme, sans phrases, comme en soi-même.
Marcel Proust (Days of Reading (Penguin Great Ideas))
L'engagement du disciple dans la voie initiatique consiste à prendre progressivement conscience du « Regard » divin qui transcende celui des hommes. Bien au-delà des rôles sociaux, ce Regard se pose sur la vie intérieure de l'homme. « Dieu ne regarde pas vos formes ni vos actes, mais Il regarde ce qui se trouve dans vos cœurs », dit un hadith attribué au Prophète Muhammad. C'est dans la mesure où l'homme agit pour Dieu, c'est-à-dire conformément à sa nature véritable, et non pas seulement en vue d'un effet attendu chez les autres, qu'il devient intérieurement monothéiste et évite le polythéisme caché qui consiste à associer au Regard de Dieu celui des autres humains. C'est par la grâce de ce Regard auquel rien n'échappe que le disciple revient vers son propre moi et apprend à se connaître avec toujours plus de finesse et de discernement. Le Regard de Dieu n'est pas seulement celui qui dévoile, il est aussi celui qui transforme. C'est par la grâce de ce Regard se posant sur l'âme du disciple que celle-ci pourra être libérée de l'illusion des ténèbres dans laquelle elle se trouve, puis entrer dans un monde de lumière, celui de l'amour et de la connaissance. « L'Amour divin est comme une flamme, disait Rûmî, lorsqu'il entre dans le cœur du disciple, il brûle tout et Dieu seul reste. » Celui qui a goûté à cet Amour ne peut plus l'oublier et n'a de cesse de le retrouver. Cette flamme sacrée constitue un mystère si profond que personne ne peut en parler sans le galvauder. En fait, on ne peut évoquer que des conditions ou des effets de l'Amour, mas nul ne peut parler de sa réalité, car il est justement au-delà de toute parole : il ne peut être qu'une expérience, une saveur, un vécu.
Faouzi Skali (Le Souvenir de l'Être Profond)
Un jour, avec des yeux vitreux, ma mère me dit: « Lorsque tu seras dans ton lit, que tu entendras les aboiements des chiens dans la campagne, cache-toi dans ta couverture, ne tourne pas en dérision ce qu'ils font: ils ont soif insatiable de l'infini, comme toi, comme moi, comme le reste des humains, à la figure pâle et longue. Même, je te permets de te mettre devant la fenêtre pour contempler ce spectacle, qui est assez sublime » Depuis ce temps, je respecte le voeu de la morte. Moi, comme les chiens, j'éprouve le besoin de l'infini... Je ne puis, je ne puis contenter ce besoin! Je suis fils de l'homme et de la femme, d'après ce qu'on m'a dit. Ça m'étonne... je croyais être davantage! Au reste, que m'importe d'où je viens? Moi, si cela avait pu dépendre de ma volonté, j'aurais voulu être plutôt le fils de la femelle du requin, dont la faim est amie des tempêtes, et du tigre, à la cruauté reconnue: je ne serais pas si méchant. Vous, qui me regardez, éloignez-vous de moi, car mon haleine exhale un souffle empoisonné. Nul n'a encore vu les rides vertes de mon front; ni les os en saillie de ma figure maigre, pareils aux arêtes de quelque grand poisson, ou aux rochers couvrant les rivages de la mer, ou aux abruptes montagnes alpestres, que je parcourus souvent, quand j'avais sur ma tête des cheveux d'une autre couleur. Et, quand je rôde autour des habitations des hommes, pendant les nuits orageuses, les yeux ardents, les cheveux flagellés par le vent des tempêtes, isolé comme une pierre au milieu du chemin, je couvre ma face flétrie, avec un morceau de velours, noir comme la suie qui remplit l'intérieur des cheminées : il ne faut pas que les yeux soient témoins de la laideur que l'Etre suprême, avec un sourire de haine puissante, a mise sur moi.
Comte de Lautréamont (Les Chants de Maldoror)
A ce discours, Candide s’évanouit encore; mais revenue à soi, et ayant dit tout ce qu’il devait dire, il s’enquit de la cause et de l’effet, et de la raison suffisante qui avait mis Pangloss dans un si piteux état. Hélas! dit l’autre, c’est l’amour: l’amour, le consolateur du genre humain, le conservateur de l’univers, l’âme de tous les êtres sensibles, le tender amour. Hélas! dit Candide, je l’ai connu cet amour, ce souverain des coeurs, cette âme de notre âme, il ne m’a jamais valu qu’un baiser et vingt coups de pied au cul. Comment cette belle cause a-t-elle pu produire en vous un effet si abominable? Pangloss répondit en ces termes: O mon cher Candide! vous avez connu Paquette, cette jolie suivante de notre auguste baronne: j’ai goûté dans ses bras les délices du paradis, qui ont produit ces tourments d’enfer dont vous me voyez dévoré; elle en était infectée, elle en est peut-être morte. Paquette tenait ce present d’un Cordelier très savant qui avait remonté à la source, car il l’avait eu d’une vieille comtesse, qui l’avait reçu d’un capitaine de cavalerie, qui le devait à une marquise, qui le tenait d’un page, qui l’avait reçu d’un jésuite, qui, étant novice, l’avait eu en droite ligne d’un des compagnons de Christophe Colomb. Pour moi, je ne le donnerai à personne, car je me meurs. O Pangloss! s’écria Candide, voilà une étrange généalogie! n’est-ce pas le diable qui en fut la souche? Point du tout, répliqua ce grand home; c’était une chose indispensable dans le meilleur des mondes, un ingredient nécessaire; car si Colomb n’avait pas attrapé dans une île de l'Amérique cette maladie qui empoisonne la source de la generation, qui souvent meme empêche la generation, et qui est évidemment l’opposé du grand but de la nature, nous n’aurions ni le chocolat ni la cochenille; il faut encore observer que jusqu’aujourd’hui, dans notre continent, cette maladie nous est particulière, comme la controverse.
Voltaire (Candide)
Le Dieu du théisme théologique est un être à côté des autres et, comme tel, une partie de l'ensemble de la réalité. On le considère certes comme étant la partie la plus importante mais néanmoins comme une partie et, à ce titre, comme soumis à la structure de la totalité. On le pense bien sûr comme étant au-delà des éléments ontologiques et des catégories qui constituent la réalité, et pourtant tout énoncé à son sujet le soumet à ces derniers. On en vient à le voir comme un soi qui a un monde, comme un je qui est relié à un tu, comme une cause qui est séparée de son effet, comme possédant un espace défini et un temps sans fin. Il est donc un être, non l'être-même. Comme tel, il est assujetti à la structure sujet-objet de la réalité ; il est un objet pour nous en tant que nous sommes des sujets. En même temps, nous sommes des objets pour lui en tant qu'il est un sujet. Il s'agit là d'un aspect décisif en ce qui concerne la nécessité où nous sommes de dépasser le théisme théologique, car un tel Dieu perçu comme sujet fait de moi un objet et, rien de plus. Il me dépouille de ma subjectivité parce qu'il est tout-puissant et omniscient. Je me révolte alors et tente de ·faire de lui un objet, mais la révolte échoue et devient désespérée. Dieu apparaît comme le tyran invincible, l'être en comparaison duquel tous les autres êtres sont sans liberté ni subjectivité. Comparable en quelque sorte à ces tyrans récents qui, utilisant la terreur, s'efforcent de tout transformer en pur objet, en chose parmi les choses, en rouage de la machine qu'ils dirigent, un tel Dieu devient le modèle de tout ce contre quoi l'existentialisme s'est révolté. C'est le Dieu dont Nietzsche disait qu'il faut le tuer parce que personne ne peut tolérer d'être transformé purement et simplement en objet de connaissance et de domination absolues. Là se trouve également la racine la plus profonde de l'athéisme. C'est un athéisme qui se justifie comme réaction contre le théisme théologique et ses conséquences inquiétantes. Là se trouve également la racine la plus profonde du désespoir existentialiste et de l'angoisse de l'absurde largement répandue à notre époque.
Paul Tillich (Le Courage d’être)
Il faut que je vous écrive, mon aimable Charlotte, ici, dans la chambre d’une pauvre auberge de village, où je me suis réfugié contre le mauvais temps. Dans ce triste gîte de D., où je me traîne au milieu d’une foule étrangère, tout à fait étrangère à mes sentiments, je n’ai pas eu un moment, pas un seul, où le cœur in’ait dit de vous écrire : et maintenant, dans cette cabane, dans cette solitude, dans cette prison, tandis que la neige et la grêle se déchaînent contre ma petite fenêtre, ici, vous avez été ma première pensée. Dès que je fus entré, votre image, ô Charlotte, votre pensée m’a saisi, si sainte, si vivante ! Bon Dieu, c’est le premier instant de bonheur que je retrouve. Si vous me voyiez, mon amie, dans ce torrent de dissipations ! Comme toute mon âme se dessèche ! Pas un moment où le cœur soit plein ! pas une heure fortunée ! rien, rien ! Je suis là comme devant une chambre obscure : je vois de petits hommes et de petits chevaux tourner devant moi, et je me demande souvent si ce n’est pas une illusion d’optique. Je m’en amuse, ou plutôt on s’amuse de moi comme d’une ma"rionnette ; je prends quelquefois mon voisin par sa main de bois, et je recule en frissonnant. Le soir, je fais le projet d’aller voir lever le soleil, et je reste au lit ; le jour, je me promets le plaisir du clair de lune, et je m’oublie dans ma chambre. Je ne sais trop pourquoi je me lève, pourquoi je me coucha. Le levain qui faisait fermenter ma vie, je ne l’ai plus ; le charme qui me tenait éveillé dans les nuits profondes s’est évanoui ; l’enchantement qui, le matin, m’arrachait au sommeil a fui loin de moi. Je n’ai trouvé ici qu’une femme, une seule, Mlle de B. Elle vous ressemble, ô Charlotte, si l’on peut vous ressembler. «.Eh quoi ? direz-vous, le voilà qui fait de jolis compliments ! » Cela n’est pas tout à fait imaginaire : depuis quelque temps je suis très-aimable, parce que je ne puis faire autre chose ; j’ai beaucoup d’esprit, at les dames disent que personne ne sait louer aussi finement…. «Ni mentir, ajouterez-vous, car l’un ne va pas sans l’autre, entendez-vous ?… » Je voulais parler de Mlle B. Elle a beaucoup d’âme, on le voit d’abord à la flamme de ses yeux bleus. Son rang lui est à charge ; il ne satisfait aucun des vœux de son cœur. Elle aspire à sortir de ce tumulte, et nous rêvons, des heures entières, au mijieu de scènes champêtres, un bonheur sans mélange ; hélas ! nous rêvons à vous, Charlotte ! Que de fois n’est-elle pas obligée de vous rendre hommage !… Non pas obligée : elle le fait de bon gré ; elle entend volontiers parler de vous ; elle vous aime. Oh ! si j’étais assis à vos pieds, dans la petite chambre, gracieuse et tranquille ! si nos chers petits jouaient ensemble autour de moi, et, quand leur bruit vous fatiguerait, si je pouvais les rassembler en cercle et les calmer avec une histoire effrayante ! Le soleil se couche avec magnificence sur la contrée éblouissante de neige ; l’orage est passé ; et moi…. il faut que je rentre dans ma cage…. Adieu. Albert est-il auprès de vous ? Et comment ?… Dieu veuille me pardonner cette question !
Johann Wolfgang von Goethe (The Sorrows of Young Werther)
ROMÉO. — Elle parle : oh, parle encore, ange brillant ! car là où tu es, au-dessus de ma tête, tu me parais aussi splendide au sein de cette nuit que l’est un messager ailé du ciel aux-regards étonnés des mortels ; lorsque rejetant leurs têtes en arrière, on ne voit plus que le blanc de leurs yeux, tant leurs prunelles sont dirigées-en haut pour le contempler, pendant qu’il chevauche sur les nuages à la marche indolente et navigue sur le sein de l’air. JULIETTE. — Ô Roméo, Roméo ! pourquoi es-tu Roméo ? Renie ton père, ou rejette ton nom ; ou si tu ne veux pas, lie-toi seulement par serment à mon amour, et je ne serai pas plus longtemps une Capulet. ROMÉO, à part. — En entendrai-je davantage, ou répondrai-je à ce qu’elle rient de dire JULIETTE. — C’est ton nom seul qui est mon ennemi. Après tout tu es toi-même, et non un Montaigu. Qu’est-ce qu’un Montaigu ? Ce n’est ni une main, ni un pied, ni un bras, ni un, visage, ni toute autre partie du corps appartenant à un homme. Oh ! porte un autre nom ! Qu’y a-t-il dans un nom ? La fleur que nous nommons la rose, sentirait tout aussi bon sous un autre nom ; ainsi Roméo, quand bien même il ne serait pas appelé Roméo, n’en garderait pas moins la précieuse perfection : qu’il possède. Renonce à ton nom Roméo, et en place de ce nom qui ne fait pas partie de toi, prends-moi toute entière. ROMÉO. — Je te prends au mot : appelle-moi seulement : ton amour, et je serai rebaptisé, et désormais je ne voudrai plus être Roméo. JULIETTE. — Qui es-tu, toi qui, protégé par la nuit, viens ainsi surprendre les secrets de mon âme ? ROMÉO. — Je ne sais de quel nom me servir pour te dire qui je suis : mon nom, chère sainte, m’est odieux à moi-même, parce qu’il t’est ennemi ; s’il était écrit, je déchirerais le mot qu’il forme. JULIETTE. — Mes oreilles n’ont pas encore bu cent paroles de cette voix, et cependant j’en reconnais le son n’es-tu pas Roméo, et un Montaigu ? ROMÉO. — Ni l’un, ni l’autre, belle vierge, si l’un ou l’autre te déplaît. JULIETTE. — Comment es-tu venu ici, dis-le-moi, et pourquoi ? Les murs du jardin sont élevés et difficiles à escalader, et considérant qui tu es, cette place est mortelle pour toi, si quelqu’un de mes parents t’y trouve. ROMÉO. — J’ai franchi ces murailles avec les ailes légères de l’amour, car des limites de pierre ne peuvent arrêter l’essor de l’amour ; et quelle chose l’amour peut-il oser qu’il ne puisse aussi exécuter ? tes parents ne me, sont donc pas un obstacle. JULIETTE. — S’ils te voient, ils t’assassineront. ROMÉO. — Hélas ! il y a plus de périls, dans tes yeux que dans vingt de leurs épées : veuille seulement abaisser un doux regard sûr moi, et je suis cuirassé contre leur inimitié. JULIETTE. — Je ne voudrais pas, pour le monde entier, qu’ils te vissent ici. ROMÉO. — J’ai le manteau de la nuit pour me dérober à leur vue et d’ailleurs, à moins que tu ne m’aimes, ils peuvent me trouver, s’ils veulent : mieux vaudrait que leur haine mît fin à ma vie, que si ma mort était retardée, sans que j’eusse ton amour ; JULIETTE. — Quel est celui qui t’a enseigné la direction de cette place ? ROMÉO. — C’est l’Amour, qui m’a excité à la découvrir ; il m’a prêté ses conseils, et je lui ai prêté mes yeux. Je ne suis pas pilote ; cependant fusses-tu aussi éloignée que le vaste rivage baigné par la plus lointaine nier, je m’aventurerais pour une marchandise telle que toi.
William Shakespeare (Romeo and Juliet)
Te godine je, dakle, u zvaničnu i prijateljsku posetu našoj zemlji došao car Abisinije, Haile Selasije. Visokog gosta, uticajnog člana pokreta nesvrstanih, Tito je carski, kako i dolikuje, ugostio u lovištu Karađorđevo. Sionski Lav, Negus Negasta, Car Careva, Haile Selasije, bio je strastan lovac. Svečana dvorana njegovog dvora u Adis Abebi bila je bogato ukrašena kožama lavova, risova, tigrova, leoparda, jaguara i kuguara, prepariranim glavama jelena, losova, antilopa, bivola i političkih neprijatelja. Svih, ukratko, divljih ljudi i životinja osim medveda. Medveda u Etiopiji, Africi uopše, naprosto, nema. Gospodine maršale, rekao je Selasije Brozu jednog jutra u Karađorđevu, vaše lovište je sjajno. Ulovili smo mnoštvo muflona, jarebica, tetreba, fazana, divljih svinja i zečeva. Ali ja bih voleo da odstrelim jednog medveda. Možete li mi izaći u susret? Kako uglednom gostu, takoreći caru careva, reći da u Socijalističkoj Autonomnoj Pokrajini Vojvodini nema medveda. Ugled zemlje je bio doveden u pitanje. U Jugoslaviji je, bar u statistici i bar na papiru, moralo biti svega. Tito je kao iz topa rekao: Rano sutra medvjed-kapitalac biti će vaš. Čim se negus povukao u svoje odaje, Tito je pozvao generala Đurića. Objasnio mu šta je na stvari. Rekao mu da će on, Tito, i car Selasije u pet i petnaest ujutru biti na čeki, a da u pet i petnaest očekuje da iz šipražja izađe medved. I da on, to jest Đurić, pazi šta radi. Jutra su tamo prohladna. Ne mogu oni dugo čekati. A on, Đurić, neka vidi što mu je činiti. General Đurić je bio čovek posebnog kova. Izlazio je on na kraj i sa težim zadacima. Rano ujutru, Selasije i Tito, obavijeni izmaglicom, s puškama na gotovs, stajali su na čeki prekraćujući vreme u srdačnom i prijateljskom razgovoru o bilateralnim odnosima dveju prijateljskih zemalja. Tačno u pet i petnaest, u zakazano vreme, iz magle je, vozeći bicikl, izronio medved. U prvi mah niko nije mogao verovati svojim očima. Zver je, ričući, slineći i benaveći se, nezadrživo nadirala na biciklu marke rog. Tito je odmah pomislio na diverziju. Na neprijateljsku emigraciju! Sasvim razložno, uostalom. Jer, medved koji ume da vozi bicikl sigurno ume i da puca. Lezite, Vaše veličanstvo, povikao je Tito. Atentat! Hteo je da pozove Rankovića. Ali Ranković je bio daleko, u Beogradu, i samo što nije bio smenjen. Selasije nije hteo da zalegne. Judejski Lav nikada ne uzmiče pred opasnošću. A medved je punom brzinom jurišao na čeku. Negusova naivnost privremeno je izvadila stvar. Gospodine maršale, rekao je Car Careva, znao sam da je u socijalističkoj Jugoslaviji životni standard izuzetno visok, ali da ovde i medvedi imaju bicikle, o tome nisam mogao ni sanjati. Tito je bio ponosan. A obezbeđenje je hitro reagovalo. Misleći da je tu reč o pokušaju atentata - ispalili su na medveda granatu iz ručnog bacača. Silina eksplozije sirotu je životinju raznela na komade od kojih je najkrupniji - glava - pala pravo negusu pred noge. Tito je kasnije, zbog pretrpljene sramote, hteo da smeni kompletan vojni i bezbednosni vrh, a da generala Đuriča degradira u čin zastavnika prve klase. Ali je od namere odustao kada se stvar takoreći razjasnila. General Đurić je, u stisci sa vremenom, nemajući pri ruci upotrebljivu životinju, iz cirkusa Adria rekvirirao medveda obučenog da vozi bicikl i da, kreveljeći se, zabavlja decu i odrasle imbecile. Medveda su nakljukali jakim sedativima i pravovremeno ga pustili u blizini čeke. Sve bi bilo u redu da medved nije naišao na lovočuvarev bicikl, po navici ga uzjahao i odvezao se pravo u preranu smrt.
Svetislav Basara (Basara's "Mein Kampf" (Serbian Edition))
Canon 21. « Si quelqu’un dit que le juste ait le pouvoir de persévérer sans un secours spécial de Dieu, ou qu’il ne le puisse avec ce secours : qu’il soit anathème. » Canon 25. « Si quelqu’un dit que le juste pèche en toute bonne œuvre véniellement, ou, ce qui est plus insupportable, mortellement, et qu’il mérite la peine éternelle, mais qu’il n’est pas damné, par cette seule raison que Dieu ne lui impute pas ses œuvres à damnation : qu’il soit anathème. » Par où l’on voit, non-seulement que ces paroles, que « les commandemens ne sont pas impossibles aux justes, » sont restreintes à cette condition, quand ils sont secourus par la grâce ; mais qu’elles n’ont que la même force que celles-ci, que « les justes ne pèchent pas en toutes leurs actions ; » et enfin tant s’en faut que le pouvoir prochain soit étendu à tous les justes, qu’il est défendu de l’attribuer à ceux qui ne sont pas secourus de ce secours spécial, qui n’est pas commun à tous, comme il a été expliqué. Concluons donc que tous les Pères ne tiennent pas un autre langage. Saint Augustin et les Pères qui l’ont suivi, n’ont jamais parlé des commandemens, qu’en disant qu’ils ne sont pas impossibles à la charité, et qu’ils ne nous sont faits que pour nous faire sentir le besoin que nous avons de la charité, qui seule les accomplit. « Dieu, juste et bon, n’a pu commander des choses impossibles ; ce qui nous avertit de faire ce qui est facile, et de demander ce qui est difficile. » (Aug., De nat. et grat., cap. LXIX.) « Car toutes choses sont faciles à la charité. » (De perfect. justit., cap. x.) Et ailleurs : « Qui ne sait que ce qui se fait par amour n’est pas difficile? Ceux-là ressentent de la peine à accomplir les préceptes, qui s’efforcent de les observer par la crainte ; mais la parfaite charité chasse la crainte, et rend le joug du précepte doux ; et, bien loin d’accabler par son poids, elle soulève comme si elle nous donnoit des ailes. » Cette charité ne vient pas de notre libre arbitre (si la grâce de Jésus-Christ ne nous secourt), parce qu’elle est infuse et mise dans nos cœurs, non par nous-mêmes, mais par le Saint-Esprit. Et l’Écriture nous avertit que les préceptes ne sont pas difficiles, par cette seule raison, qui est que l’âme qui les ressent pesans, entende qu’elle n’a pas encore reçu les forces par lesquelles ils lui sont doux et légers. « Quand il nous est commandé de vouloir, notre devoir nous est marqué ; mais parce que nous ne pouvons pas l’avoir de nous-mêmes, nous sommes avertis à qui nous devons le demander ; mais toutefois nous ne pouvons pas faire cette demande, si Dieu n’opère en nous de le vouloir. » (Fulg., lib. II, De verit. praedest., cap. iv.) « Les préceptes ne nous sont donnés que par cette seule raison, qui est de nous faire rechercher le secours de celui qui nous commande, » etc. (Prosper, Epist. ad Demetriad.) « Les pélagiens s’imaginent dire quelque chose d’important, quand ils disent que Dieu ne commanderoit pas ce qu’il saurait que l’homme ne pourroit faire. Qui ne sait cela? Mais il commande des choses que nous ne pouvons pas, afin que nous connoissions à qui nous devons le demander. » (Aug., De nat. et grat., cap. xv et xvi.) « O homme! reconnois dans le précepte ce que tu dois ; dans la correction, que c’est par ton vice que tu ne le fais pas ; et dans la prière, d’où tu peux en avoir le pouvoir! (Aug., De corrept., cap. ni.) Car la loi commande, afin que l’homme, sentant qu’il manque de force pour l’accomplir, ne s’enfle pas de superbe, mais étant fatigué, recoure à la grâce, et qu’ainsi la loi l’épouvantant le mène à l’amour de Jésus-Christ » (Aug., De perfect. respons. et ratiocin. xj., cap.
Blaise Pascal (Blaise Pascal - Oeuvres Complètes LCI/40 (25 titres - Annoté, Illustré))
La leçon qui veut donner Xénophon en montrant Simonide en train d'écouter en silence le long discourse de Hiéron, puis en lui répondant, peut être exprimée maintenant de la façon suivante: même un homme parfaitement juste qui veut donner des conseils à un tyran doit se présenter comme un homme dénué de tous scrupules. Le plus grand homme qui ait jamais imité le Hiéron fut Machiavel. Je ne serais pas surpris si une étude suffisamment attentive de l'œuvre de Machiavel conduisait à la conclusion que c'est précisément le fait que Machiavel a parfaitement compris la principale leçon pédagogique de Xénophon qui explique les phrases les plus choquantes du Prince. Mais si Machiavel a compris la leçon de Xénophon, il ne l'a certainement pas appliquée dans l'esprit de son auteur. Car, d'après Xénophon, le conseiller du tyran doit apparaître comme un homme dénué de tous scrupules, non parce qu'il déclare ne craindre ni l'enfer ni le diable ou qu'il professe des principes immoraux, mais du simple fait qu'il s'abstient de tenir compte des principes moraux. Il doit manifester son affranchissement réel ou supposé à cet égard, non par le discours, mais par le silence car, en procédant ainsi - en méprisant la morale par l'action plutôt qu'en l'attaquant par le discours, il révèle en même temps sa compréhension des choses politiques. Xénophon, ou son Simonide, est plus politique que Machiavel; il refuse de séparer la modération (ou la prudence) de la sagesse (ou perspicacité).
Leo Strauss (On Tyranny)
Vous savez, Madame, que j’ajoute un grand prix à l’étude des nuances qu’il y a entre le caractère des diférentes nations, et je crois pouvoir démontrer un jour qu’à moins de n’en venirjusque là, jusqu’à développer le caractère de chaque nation, je dirais même de chaque peuplade d’après ses nuances individuelles, on travaillera toujours en vain tant en morale, qu’en politique. On s’occupe beaucoup trop peu de l’homme et beaucoup trop des ouvrages qu’il fait et des institutions qui doivent le diriger, et on néglige surtout de l’étudier dans l’ensemble de son individu. C’est là surtout ce qui rend, ce me semble, la philosophie en France si vague et la poésie pour la plupart aussi froide et peu intéressante. Tout ce qui ne consiste qu’en généralités, tou- jours abstraites, ne saurait all au cœur ni être appliqué avec fruit à la vie sociale. C’est encore là pourquoi le système de la perfectibilité trouve plus d’adversaires en France qu’en nul autre pays. Car ce système, comme vous l’avez si bien démontré, ne se fonde que sur ce que le développe- ment des facultés de l’homme ne connait aucunes bornes que l’homme lui-même pût leur as- signer. On ne peut le combattre qu’en s’attachant aux choses, aux ouvrages qu’il produit. On part de l’idée déterminée et circonscrite qu’on s’est formé de ces ouvrages et il est aisé de dire pour lors qu’il serait impossible d’aller plus loin. Il est si facile de voir les résultats heureux que produit la diférence entre le génie et le caractère des individus comme des nations; on n’a qu’à comparer la littérature français et allemande pour s’en convaincre. Néanmoins on voudrait se priver de ces mêmes avantages et au lieu de cultiver, de développer et de purifier la société des caractères, on voudrait l’annuler, et n’établir partout qu’une même manière de voir, de penser et de s’énoncer. On ne voit donc qu’il doit nécessairement chercher de nouveaux idiomes puisqu’il entrevoit toujours des idées que ceux qu’il connait, n’expriment qu’imparfaitement.
Wilhelm von Humboldt
À côté de ces hommes religieux, j'en découvre d'autres dont les regards sont tournés vers la terre plutôt que vers le ciel; partisans de la liberté, non seulement parce qu'ils voient en elle l'origine des plus nobles vertus, mais surtout parce qu'ils la considèrent comme la source des plus grands biens, ils désirent sincèrement assurer son empire et faire goûter aux hommes ses bienfaits: je comprends que ceux-là vont se hâter d'appeler la religion à leur aide, car ils doivent savoir qu'on ne peut établir le règne de la liberté sans celui des mœurs, ni fonder les mœurs sans les croyances; mais ils ont aperçu la religion dans les rangs de leurs adversaires, c'en est assez pour eux: les uns l'attaquent, et les autres n'osent la défendre.
Alexis de Tocqueville (De La Démocratie En Amérique (INCLUANT TOUS LES TOMES, ANNOTÉ D’UNE BIOGRAPHIE))
En fait, la poésie, c’est ce qui vise un objet — cet être-ci, en son absolu, ou l’être même, la présence du monde, en son unité — alors même et précisément qu’aucun texte ne peut les dire. Elle est ce qui s’attache, c’est là sa responsabilité, à ce qui ne peut être dénommé avec un mot de la langue : et parce que l’au-delà de la dénomination, c’est l’intensité et la plénitude dont nous avons besoin de nous souvenir. L’Un, la Présence, elle peut y « penser » dans l’écriture, car les relations inusuelles que les formes sonores au sein du vers établissent entre les mots défont les codes, neutralisent les significations conceptuelles, et ouvrent donc comme un champ, pour de l’inconnu, au-delà. Mais même dans un poème les mots formulent, ils substituent la signification, la représentation à l’unité pressentie, et c’est donc l’insatisfaction qui l’emporte. Insatisfaction devant ce fait textuel, où la grande intuition se perd, non sans laisser toutefois le scintillement d’un sillage. La poésie, c’est ce qui descend de niveau en niveau dans son propre texte toujours en métamorphose, descend jusqu’en ce point où, s’étant en somme perdue, dans un pays d’aucun nom ni d’aucune route, elle renonce à aller plus loin, sachant tout de même que l’essentiel, c’est ce qui se dérobe encore, au-delà de ces lieux étranges. Le texte n’est pas son vrai lieu, ce n’est que son chemin de l’heure d’avant, son passé. — Et si quelqu’un, dans ces conditions, lit un poète sans s’obliger à son texte, est-ce là le trahir ? (...) En bref, c’est retrouver de la poésie l’esprit de responsabilité — celle-ci serait-elle velléité, simplement — et la qualité d’espérance. ... Car tout poème est par rapport à « mon semblable, mon frère » un mouvement d’espérance : ce dernier ne va-t-il pas faire un pas, à son tour, vers l’être de finitude ?
Yves Bonnefoy (Entretiens sur la poésie (1972-1990) (Essais) (French Edition))
Le terme de génocide est souvent employé pour qualifier la traite et l'esclavage pratiqués par l'Occident. Alors qu'il convient de reconnaître que dans la traite transatlantique un esclave, même déshumanisé, avait une valeur vénale pour son propriétaire. Ce dernier le voulait d'abord efficace, mais aussi rentable dans le temps, même si son espérance de vie était des plus limitées. Il est sans doute difficile d'apprécier l'importance de la saignée subie par l'Afrique noire au cours de la traite transatlantique. Du Bois l'estime à environ quinze à vingt millions d'individues. P. Curtin, quant à lui, en faisant une synthèse des travaux esistants, aboutit en 1969 à un total d'environ neuf millions six cent mille escales importés, surtout dans le Nouveau Monde, plus faiblement en Europe et à São Tomé, pour l'ensemble de la période 1451-1870. Mais quelle que fût l'ampleur de cette traite, il suffit d'observer la dynamique de la diaspora noire qui s'est formée au Brésil, aux Antilles et aux États-Unis, pour reconnaître qu'une entreprise de destruction froidement et méthodiquement programmée des peuples noirs, au sens d'un génocide — comme celui des Juifs, des Arméniens, des Cambodgiens ou autres Rwandais —, n'y est pas prouvée. Dans le Nouveau Monde la plupart des déportés ont assuré une descendance. De nos jours, plus de soixante-dix millions de descendants ou de métis d'Africains y vivent. Voilà pourquoi nous avons choisi d'employer le terme d'«holocauste» pour la traite transatlantique. Car ce mot signifie bien sacrifice d'hommes pour le bien-être des autres hommes, même si cela a pu entraîner un nombre incalculable de victimes. En outre, la plupart des nations occidentales impliquées dans le commerce triangulaire ont aujourd'hui reconnu leur responsabilité et prononcé leur aggiornamento. La France, entre autres, l'a fait une loi — qualifiant la traite négrière et l'esclavage de «crime contre l'humanité» — votée au Parlement le 10 mai 2001. Ce qui a marqué clairement un changement d'attitude chez les Français face à une page de leur histoire jusqu'alors mal assumée. D'autres voix se sont élevées pour présenter les excuses d'un pays, telle celle du président Clinton, ou demander «pardon pour les péchés commis par l'Europe chrétienne contre l'Afrique» (Jean-Paul II, en 1991, à Gorée). [...] Seul le génocide des peuples noirs par les nations arabo-musulmanes n'a toujours pas fait l'objet de reconnaissance aussi nette. Alors que ce crime est historiquement, juridiquement et moralement imprescriptible. Car bien qu'il n'y ait pas de victimes ni de coupables hérédiatires, les descendants des peuples impliqués ne peuvent refuser d'assumer une certaine responsabilité. On pouvait cependant espérer que les résolutions adoptées par la conférence de l'ONU à Durban (2-9 septembre 2001) iraeient dans ce sense. Mais dans l'esprit, l'acte, si solennel fût-il, n'était qu'une entreprise fallacieusement orientée, doublée d'une dénonciation sélective. Durban n'a pas donné une vision d'ensemble honnête et objective de la terrible «tragédie noire» passée. Puisque, de nos jours encore, beaucoup associent par réflexe traite négrière au seul traffic transatlantique organisé à partie de l'Europe et des Amériquees, qui a conduit à la mort ou à la déportation de millions d'Africains dans le Nouveau Monde. La confusion vient du fait que la colonisation européenne de l'Afrique noire avec son système de travail forcé a suivi la fin de la traite transatlantique, ce qui incite à assimiler les deux évènements. Alors que la traite et le travail forcé des peuples noirs n'ont pas été une invention des nations européennes.
Tidiane N'Diaye (Le génocide voilé: Enquête historique)
p62 "Les dirigeants avaient vite compris que pour asservir les gens aujourd'hui, il ne fallait plus la force, il fallait créer le manque et le besoin". p62 "Force, répression, ça pas marcher, qu'il disait. Juste créer plus révolte. Quand Parti fait taire les gens, eux crier plus fort. Pour contrôler information et peuple, il faut donner trop. Gens pas savoir trier, pas le temps, ni envie, pas possible. Pour contrôler l'individu, il faut faire croire au besoin, même quand il n'a pas, surtout quand il n'a pas. On dit besoin d'acheter voiture, pas possible vivre sans. Il voudra voiture plus que bonheur, car voiture devient bonheur. On dit besoin téléphone, mais pas un vieux, un neuf, beau, dernier modèle. Et on dit bonheur dedans. Lui besoin, pas possible de faire sans. Et comma ça pour tout. Pour manipuler, il faut pas obliger, mais inciter. Et gens stupides qui croient que bonheur est d'avoir, pas être. Français être une belle langue qui a compris, qui dit je suis heureux, pas j'ai heureux. Mais français peuple d'abrutis, ont oublié leur langue, leur pensée, trop fiers de leurs droits de l'homme, oublié ça fragile. Pas vouloir comprendre qu'il existe la dictature du besoin, faux besoin, dictature par argent. Acheter même quand pas avoir l'argent, surtout quand pas l'avoir. Stupide. Pendant gens occupés à acheter pour combler vide, eux perdre liberté de dire non, je veux pas, pas besoin. Eux perdre liberté de chercher vraie vie, vrai bonheur. Et peuple tendre lui-même les clés de la prison où se mettre".
Isabelle Aupy (L'Homme qui n'aimait plus les chats)
En fait, la lecture est la meilleure ennemie de la réussite. Le malentendu est total : les enfants qui aiment vraiment lire deviennent des barjots, j'en suis la parfaite illustration. Quand j'étais enfant, rien d'autre ne m'intéressait, ni l'école, ni la musique, ni les promenades, ni les vacances. Résultat : je suis asociale et incapable de « travailler en équipe ». La vraie passion pour la lecture rend-elle inapte au service des biens ? Allez, j'exagère un peu, souvent les enfants qui aiment vraiment lire deviennent juste des supplétifs de l'intelligence, des intermittents de la culture, des grouillots d'édition, des bibliothécaires ou des pigistes mal payés et mal considérés. De toute manière, ce sont des gens surinstruits par rapport à tous les boulots disponibles sur le marché. Pour ces éternels aigris, toute réunion d'entreprise est une torture, « boucler un projet » une corvée assommante, un entretien d'évaluation avec un manager le choc de deux mondes. Ces déclassés sont nombreux, mais voués à l'extinction, car les jeunes lisent de moins en moins, surtout ceux issus de formations « prestigieuses », grandes écoles ou autres. Allons, l'élite de la nation n'a que faire des livres et de la culture, vade retro, Satana.
Corinne Maier (No Kid: Quarante raisons de ne pas avoir d'enfant)
Il n'y a pas d'autre morale, ni d'autre économie, ni d'autres pratiques sociales que celles-là. Les Bretons, les Chroniques d'Arthur, racontent comment le roi Arthur, avec l'aide d'un charpentier de Cornouailles inventa cette merveille de sa cour : la « Table Ronde » miraculeuse autour de laquelle les chevaliers ne se battirent plus. Auparavant, « par sordide envie », dans des échauffourées stupides, des duels et des meurtres ensanglantaient les plus beaux festins. Le charpentier dit à Arthur : « Je te ferai une table très belle, où ils pourront s'asseoir seize cents et plus, et tourner autour, et dont personne ne sera exclu... Aucun chevalier ne pourra livrer combat, car là, le haut placé sera sur le même pied que le bas placé. » Il n'y eut plus de « haut bout » et partant, plus de querelles. Partout où Arthur transporta sa Table, joyeuse et invincible resta sa noble compagnie. C'est ainsi qu'aujourd'hui encore se font les nations, fortes et riches, heureuses et bonnes. Les peuples, les classes, les familles, les individus, pourront s'enrichir, ils ne seront heureux que quand ils sauront s'asseoir, tels des chevaliers, autour de la richesse commune. Il est inutile d'aller chercher bien loin quel est le bien et le bonheur. Il est là, dans la paix imposée, dans le travail bien rythmé, en commun et solitaire alternativement, dans la richesse amassée puis redistribuée dans le respect mutuel et la générosité réciproque que l'éducation enseigne.
Marcel Mauss (Essai sur le don: Forme et raison de l'échange dans les sociétés archaïques)
Ils vont m'expulser de la ville avant la tombée de la nuit Je n'ai pas payé la facture de l'air, disent-ils, ni celle de l'électricité / Ils vont m'expulser de la ville car j'ai failli de même avec le soleil et les nuages Ils vont m'expulser de la ville avant le lever du soleil
Najwan Darwish
Y Andrés no se encuentra solo. Nicki duerme a su lado. Los dos están tumbados de costado, uno frente al otro, respirándose; tienen las piernas enredadas y juntos, así, son una de las cosas más bonitas que he visto en mucho tiempo. Andrés aún lleva puesta la ropa de tenis y Nicki va vestida de calle, con pantalones vaqueros y un jersey de lana. Ni siquiera se desprendió de los zapatos. Sonrío y me acerco a la cama, y ella, como si me sintiera de alguna manera, abre los ojos, alertada. Se levanta con brusquedad y nos ve.
Susanna Herrero (Quiero vivir en voz alta (CAR, #1))
Nos buscamos con la mirada cada pocos segundos. Yo alterno entre su hombro y sus ojos hasta que la médico acaba la maniobra y a Andrés se le descompone el rostro. A mí se me encoge el estómago. Le cojo la mano buena al instante, se la estrujo con cariño y le aparto el pelo sudado de la frente. Él solo aprieta la mandíbula y cierra los ojos. Y cada centímetro donde nos tocamos duele. Duele de recuerdos y de no haber hecho las cosas mejor. Duele porque quiero besarlo para reconfortarlo, pero no puedo porque él no quir… A la mierda.—Shhh—susurro al mismo tiempo que le doy un beso rápido en la boca. Le arden los labios y están agrietados, pero no por eso me aparto antes. Y no me rechaza. Ni se aleja—, ya está, cariño. Ya está.
Susanna Herrero (Y quererte en estéreo (CAR, #2))
Y es entonces cuando me doy cuenta de que estoy en el dormitorio de Patrick después de más de siete años. Y de que me encantaba venir aquí cuando era pequeña. Era uno de mis lugares favoritos. Me encantaba escabullirme a echar la siesta después de aquellas comidas copiosas que organizaban nuestros padres en el comedor que está justo debajo. Me encantaba abrir los cajones y los armarios en busca de tesoros. Me encantaba ir conociéndolo a través de sus pertenencias. Patrick siempre me pillaba, no es que me escondiera, y me echaba la bronca. Sobre todo en su peor época de preadolescente. Yo me reía y me tiraba en la cama. Le decía que tendría que sacarme a rastras. Y él me arrastró más de un día por el suelo. Y siempre acababa haciéndolo reír. Una vez encontré un álbum de cromos de Campeones. Así fue como supe que estaba obsesionado con Benji. Por eso pidió una portería unas Navidades y obligó a Andrés a que chutara balones en su dirección una y otra vez durante todas las vacaciones. No paraba ni la mitad, pero cómo sonreía. Y en lo único que puedo pensar ahora es en que quiero verlo sonreír. Porque la sonrisa de Patrick es muy difícil de ver y yo pagaría millones por verla. La sonrisa de Patrick es capaz de mutilar la historia universal, derribar imperios y borrar dinastías. Dios. Creo… creo que he estado enamorada de Patrick toda mi vida. Creo que lo he querido desde que tengo uso de razón.
Susanna Herrero (Y quererte en estéreo (CAR, #2))
Nous plongeons dans l'océan comme nos mères et nos grand-mères et nos arrières-grand-mères l'ont fait avant nous depuis des centaines d'années. Ce don est notre fierté, car nous ne dépendons de personne, ni de nos pères, ni de nos époux, ni de nos grands frères, ni même des soldats japonais pendant la guerre.
Mary Lynn Bracht
Compte tenu de toutes les conditions dont je dirais à présent qu'elles sont les miennes, je ne peux qu'être content de ce que j'aie attrapé le cancer et qu'au cours de la psychothérapie tout ce que j'ai vécu jusqu'à présent se soit effondré. Il m'est impossible de souhaiter que tout cela ne se soit pas produit ; je ne peux que le trouver bien. Je ne peux pas souhaiter non plus que tout soit tout autrement car il me faudrait souhaiter alors d'être quelqu'un d'autre, et cela est impossible. Je ne peux pas souhaiter d'être M. Dupont plutôt que moi-même. Je ne puis pas souhaiter que ce qui a eu lieu jusqu'ici n'ait pas eu lieu ou ait eu lieu autrement, au contraire il me faut comprendre qu'étant donné les conditions de ma vie, tout ce qui s'est passé jusqu'à présent a dû se passer comme cela s'est passé et qu'il n'est ni possible ni souhaitable qu'il en soit autrement. La seule chose que je puisse souhaiter, c'est que la situation actuelle tourne bien ; d'ailleurs ce souhait est encore possible et parfaitement réaliste. Je n'ai nul besoin de souhaiter quelque chose d'irréel, tout ce qui serait irréel, je ne tiens pas du tout à me le souhaiter. Du fait que je vois la nécessité de ma position présente, elle me devient plus supportable que si je devais la considérer comme tout à fait absurde. (p. 219)
Fritz Zorn (Mars)
Il ne faut plus chercher le siège de l'âme dans l'épiphyse , comme le faisait ce brave Descartes, mais dans un processus qu'on pourrait dénommer " incorporation du milieu " ou " rencontre du troisième type " , car dès le niveau biologique , le tiers pointe son nez . Il ne s'agit plus de se représenter une instance supérieure répartissant les informations comme Dieu , le prêtre, le cortex ou l’épiphyse, mais au contraire de développer l'hypothèse que le milieu peut imprégner la matière , comme un fruit plus ou moins gorgé du soleil ou comme une inscription dont le texte gouvernerait cette biologie de l'acquis . Dans une telle représentation épigénétique, la vie psychique ne vient pas au bébé comme une sorte d'aptitude préformée contenue dans la matière , ni comme une vertu tombée du ciel ou donnée par les fées rassemblées autour du berceau ; elle se développe comme un épigénèse : à chaque stade du développement de l'embryon , une autre forme de vie peut se différencier et s'imprégner dans la précédente .
Boris Cyrulnik (Les nourritures affectives)
Mais à quoi bon prêcher ces milliards de somnambules, qui marchent au chaos d'un pas égal, sous la houlette de leurs séducteurs spirituels et sous le bâton de leurs maîtres ? Ils sont coupables, parce qu'ils sont innombrables, les masses de perdition doivent mourir, pour qu'une restauration de l'homme soit possible. Mon prochain n'est pas un insecte aveugle et sourd, mon prochain n'est pas davantage un automate spermatique, mon prochain ne sera jamais un anonyme en proie à des idées obscures et confuses, ce sont là les divers avortements de l'homme et nous les laisserons confondre dans la nuit leur joie et leur douleur également absurdes. Que nous importe le néant de ces esclaves ? Nul ne les sauve ni d'eux-mêmes ni de l'évidence, tout se dispose à les précipiter dans les ténèbres, ils furent engendrés au hasard des accouplements, puis ils naquirent à l'égal des briques sortant de leur moule et les voici formant des rangées parallèles et dont les tas s'élèvent jusqu'aux nues. Sont-ce des hommes ? Non. La masse de perdition ne se compose jamais d'hommes, car l'homme ne prélude qu'à partir du moment où la foule étant le tombeau de l'humain.
Albert Caraco (Breviario del caos)
Pour être élu en tant que chef, il faut que le candidat fasse preuve de qualités hors du commun, les écrasants devoirs d'un cacique n’étant vraiment pas pour n'importe qui. Il faut avoir le prestige ou l'altruisme dans le sang, car les hommes les plus en vue refusent presque toujours de se faire élire à cette fonction somme toute très peu enviable.
Emanuel Abran (Ni Dieu Ni Diable, Vierge Noire, Livre Premier (French Edition))
Les deux exemples suivants témoignent du même état d’esprit : tel croyant demande à Dieu diverses faveurs, non parce qu’il désire les obtenir, mais « pour obéir à l’ordre divin » exprimé par le Koran ; comme si Dieu, en ordonnant ou en permettant la prière personnelle, n’avait pas en vue le but de cette prière, et comme si Dieu pouvait apprécier une obéissance dédaigneuse de la raison suffisante de l’acte ordonné ou permis ! Dans le cas présent, « ordre » est d’ailleurs un bien grand mot ; en réalité, Dieu ne nous ordonne pas d’avoir des besoins ni de lui adresser des demandes, mais il nous invite par miséricorde à lui demander ce qui nous manque ; nous pouvons prier pour notre pain quotidien ou pour une guérison comme nous pouvons prier pour des grâces intérieures, mais il n’est pas question de prier pour prier parce que Dieu a ordonné pour ordonner. Le deuxième exemple que nous avons en vue est le suivant : inversement tel autre croyant, partant de l’idée que tout est prédestiné, s’abstient de formuler des prières - malgré « l’ordre divin » cette fois-ci ! - car « tout ce qui doit arriver, arrive de toutes façons » ; comme si Dieu se donnait la peine d’ordonner, ou de permettre, des attitudes superflues, et comme si la prière n’était pas prédestinée elle aussi ! Certes, l’homme est le « serviteur » (abd), et la servitude (ubûdiyah) comporte l’obéissance ; mais elle n’est pas de « l’art pour l’art », elle n’est que par ses contenus, d’autant que l’homme est « fait à l’image de Dieu » ; l’oublier, c’est vider la notion même de l’homme de toute sa substance.
Frithjof Schuon (Logic and Transcendence)
Si ton frère, fils de ta mère, ou ton fils, ou ta fille, ou la femme de ton coeur, ou ton ami, qui t'est comme ton âme, t'incite en secret, disant: Allons, et servons d'autres dieux, des dieux que tu n'as point connus, toi, ni tes pères, d'entre les dieux des peuples qui sont autour de vous, près de toi ou loin de toi, d'un bout de la terre à l'autre bout de la terre, tu ne t'accorderas pas avec lui et tu ne l'écouteras pas; et ton oeil ne l'épargnera pas, et tu n'auras pas pitié de lui, et tu ne le cacheras pas; mais tu le tueras certainement: ta main sera la première contre lui pour le mettre à mort, et la main de tout le peuple ensuite; et tu l'assommeras de pierres, et il mourra, car il a cherché à t'entraîner loin de l'Éternel, ton Dieu, qui t'a fait sortir du pays d'Égypte,
Anonymous
L’historien Tite-Live, quand il raconte les débuts de l’histoire romaine, nous prévient : « Je ne veux ni démentir ni confirmer les légendes des origines de Rome, car un grand peuple a le droit d’embellir de fables la splendeur de ses origines. » Les Anciens distinguaient vérité et légende, mais n’éprouvaient pas, comme nous, le besoin d’hygiène intellectuelle de nettoyer leur cervelle d’une croyance légendaire.
Paul Veyne (Et dans l'éternité je ne m'ennuierai pas. Souvenirs)
Siku moja, jambo baya litatokea. Labda babu yako au mnyama wako kipenzi atafariki au shangazi yako atagundulika na kansa. Labda utafukuzwa kazi au utaachika kwa mumeo au mkeo mliyependana sana. Labda rafiki yako kipenzi atapata ajali mbaya ya gari na utatakiwa kupeleka taarifa kwa ndugu na marafiki zake. Kutoa taarifa ya jambo baya kwa mtu ni kazi ngumu sawa na kupokea taarifa ya jambo baya kutoka kwa mtu. Kama umeteuliwa kupeleka taarifa ya kifo au ya jambo lolote baya kwa mtu fanya hivyo kwa makini. Toa taarifa ya msiba au ya jambo lolote baya kwa hekima na busara kama Ibrahimu alivyofanya kwa Sara kuhusiana na kafara ya Isaka, si kama Mbenyamini alivyofanya kwa Eli kuhusiana na kutwaliwa kwa sanduku la agano na kuuwawa kwa watoto wake wawili. Jidhibiti kwanza wewe mwenyewe kama umeteuliwa kupeleka taarifa ya kifo au ya jambo lolote baya. Angalia kama wewe ni mtu sahihi wa kupeleka taarifa hiyo. Pangilia mawazo ya kile unachotaka kwenda kukisema au unachotaka kwenda kukiandika. Mwangalie machoni, si usoni, yule unayempelekea taarifa kisha mwambie kwa sauti ya upole nini kimetokea.
Enock Maregesi
L'élimination scolaire passe souvent par l'autoélimination, et par la revendication de celle-ci comme s'il s'agissait d'un choix : la scolarité longue, c'est pour les autres, ceux "qui ont les moyens" et qui se trouvent être les mêmes que ceux à qui "ça plaît". Le champ des possibles -- et même celui des possibles simplement envisageables, sans parler de celui des possibles réalisables -- est étroitement circonscrit par la position de classe. C'est comme s'il y avait une étanchéité presque totale entre les mondes sociaux. Les frontières qui séparent ces mondes définissent, à l'intérieure de chacun d'eux, des perceptions radicalement différentes de c qu'il est imaginable d'être et de devenir, de ce à quoi on peut aspirer ou non : on sait que, ailleurs, il en va autrement, mais cela se passe dans un univers inaccessible et lointain, et l'on ne se sent donc ni exclu ni même privé de quoi que ce soit lorsqu'on n'a pas accès à ce qui constitue dans ces régions sociales éloignées la règle tout aussi évidente. C'est l'ordre des choses, voilà tout. Et l'on ne voit pas comment fonctionne cet ordre, car cela nécessiterait de pouvoir se regarder soi-même de l'extérieur, d'adopter une vue en surplomb sur sa propre vie et sur celle des autres. Il faut être passé, comme ce fut mon cas, d'un côté à l'autre de la ligne de démarcation pour échapper à l'implacable logique de ce qui va de soi et apercevoir la terrible injustice de cette distribution inégalitaire des chances et des possibles. Cela n'a guère changé, d'ailleurs : l'âge de l'exclusion scolaire s'est déplacé, mais la barrière sociale entre les classes reste la même. (p. 51)
Didier Eribon (Returning to Reims)
Moi, Hassan, fils de Mohamed le peseur, moi, Jean-Léon de Médicis, circoncis de la main d'un barbier et baptisé de la main d'un pape, on me nomme aujourd'hui l'Africain, mais d'Afrique ne suis, ni d'Europe, ni d'Arabie. On m'appelle aussi le Grenadin, le Fassi, le Zayyati, mais je ne viens d'aucun pays, d'aucune cité, d'aucune tribu. Je suis fils de la route, ma patrie est caravane, et ma vie la plus inattendue des traversées. Mes poignets ont connu tour à tour les caresses de la soie et les injures de la laine, l'or des princes et les chaînes des esclaves. Mes doigts ont écarté mille voiles, mes lèvres ont fait rougir mille vierges, mes yeux ont vu agoniser des villes et mourir des empires. De ma bouche, tu entendras l'arabe, le turc, le castillan, le berbère, l'hébreu, le latin et l'italien vulgaire, car toutes les langues, toutes les prières m'appartiennent. Mais je n'appartiens à aucune. Je ne suis qu'à Dieu et à la terre, et c'est à eux qu'un jour prochain je reviendrai. Et tu resteras après moi, mon fils. Et tu porteras mon souvenir. Et tu liras mes livres. Et tu reverras alors cette scène : ton père, habillé en Napolitain sur cette galée qui le ramène vers la côte africaine, en train de griffonner, comme un marchand qui dresse son bilan au bout d'un long périple. Mais n'est-ce pas un peu ce que je fais : qu'ai-je gagné, qu'ai-je perdu, que dire au Créancier suprême ? Il m'a prêté quarante années, que j'ai dispersées au gré des voyages : ma sagesse a vécu à Rome, ma passion au Caire, mon angoisse à Fès, et à Grenade vit encore mon innocence.
Amin Maalouf (Leo Africanus)
Foucault […] développera l'idée d'une "culture gay" à créer, ce qui revient à dire que la sexualité des individus tisse entre eux des liens d'appartenance collective aux quels il convient de donner une physionomie, des contours, un contenu qui restent à inventer et ne sauraient être prescrits ou définis à l'avance. Mais cette conception "minorisante" de Foucault, n'est ni "séparatiste" ni "assimilationniste". La "culture gay" qu'il appelle de ses vœux n'est pas "assimilationniste" car il la conçoit au contraire comme ce qui permettra de contourner et donc de déstabiliser les institutions de l'order établi. Elle n'est pas "séparatiste" puisqu'elle entend produire des transformations culturelles et sociales qui pourraient s'adresser également aux hétérosexuels qui étouffent dans les carcans de la normalité. (p. 189)
Didier Eribon (Insult and the Making of the Gay Self (Series Q))
Mais la chair et le sang qui est en elle sont arrosés de lait, en retour de ce qu'ils le produisent, et lui doivent une nouvelle reproduction. Car la formation de l'enfant, dans le sein de sa mère, a lieu par suite du mélange de la semence de l'homme avec le sang de la femme, après la purification mensuelle. Cette semence a la faculté de réunir le sang en globules autour d'elle, comme la presure fait coaguler le lait, et forme enfin une substance, qui devient le corps de l'enfant, ni trop froide, ni trop ardente ; une nature bien tempérée est généralement productive ; les tempéraments dont les qualités sont extrêmes, sont une cause de stérilité. C'est ainsi que le grain pourrit dans une terre trop délayée par les eaux, et qu'il se flétrit dans une terre excessivement sèche. Au contraire, une terre où les sucs abondent, ni trop humide, ni trop ferme, conserve le grain et le fait pousser. Quelques naturalistes établissent que la semence des animaux est l'écume de leur sang. Aussi Diogène Apolloniate a appelé ces opérations aphrodisia, mot qui veut dire provenant de l'écume.
Clement of Alexandria (Le Pédagogue, Tome 1)
Mais en dehors des conceptions purement intellectuelles qui caractérisent la synthèse doctrinale de René Guénon et qui auraient besoin d'une présentation et d'une justification plus particulière dans un milieu de civilisation islamique, il y en a au moins une autre dont l'importance est capitale dans cette œuvre, et qui ne se trouve professée de façon ouverte ou complète, ni dans les formes traditionnelles de type religieux, ni dans celles de type intellectuel. Il s'agit de l'idée de validité et légitimité simultanées de toutes les formes traditionnelles existantes, ou plutôt de l'idée que, par principe, il peut y avoir en même temps plusieurs formes traditionnelles existantes, ou plutôt l'idée que, par principe, il peut y avoir en même temps plusieurs formes traditionnelles, plus ou moins équivalentes entre elles, car en fait, il peut arriver qu'une tradition, quelle qu'ait été son excellence première, se dégrade au cours du cycle historique au point qu'on ne puisse plus réellement parler de sa validité actuelle ou de son intégrité de fait.
Michel Vâlsan (L'Islam et la fonction de René Guénon)
[…] D’autre part, la thèse de René Guénon sur l’unité fondamentale des formes traditionnelles n’apparaîtra pas comme tout à fait nouvelle en Islam, car il y a quelques précédents précieux, tout d’abord avec le Cheikh al-Akbar [Ibn `Arabî] dont l’enseignement ne pouvait pourtant pas être aussi explicite que celui de René Guénon en raison des réserves qu’impose tout milieu traditionnel particulier ; il y aura quand même intérêt à s’y reporter. Ce que nous venons de signaler comme points critiques et solutions à envisager lorsqu’il s’agira de juger de l’orthodoxie islamique de l’enseignement de René Guénon, aussi bien que de son orthodoxie d’une façon générale, ne doit pas faire oublier que ce qui est requis sous ce rapport de tout Oriental ou Occidental qui voudrait en juger, ce sont non seulement des qualités intellectuelles de jugement, mais aussi la connaissance étendue et profonde des doctrines qui doivent être évoquées en l’occurrence. La méthode facile et expéditive des citations tronquées et retranchées de leurs relations conceptuelles d’ensemble, aggravée peut-être encore par des méprises terminologiques ne saurait avoir ici aucune excuse, car René Guénon ne parle pas au nom ni dans les termes d’une théologie ou d’une doctrine particulière dont les références seraient immédiates. De toutes façons, une des choses les plus absurdes serait de demander à des « autorités » exotériques, qu’elles soient d’Orient ou d’Occident, d’apprécier le degré de cette orthodoxie, soit d’une façon générale, soit par rapport à quelque tradition particulière. Ces « autorités », en tant qu’exotériques, et quelles que puissent être leurs prétentions de compétence, sincères ou non, n’ont déjà aucune qualité pour porter un jugement sur les doctrines ésotériques et métaphysiques de leurs propres traditions. L’histoire est là du reste pour prouver à tout homme intelligent et de bonne foi, que chaque fois que de telles ingérences se sont produites, qu’elles aient été provoquées par de simples imprudences ou par des fautes graves, soit d’un côté soit de l’autre, il en est résulté un amoindrissement de spiritualité et la tradition dans son ensemble a eu à souffrir par la suite. (É. T. n° 305 Janv.-Fév. 1953, p. 14)
Michel Vâlsan (L'Islam et la fonction de René Guénon)
le vocabulaire présent certaines obligations bloque ma perception une autre dimension une vision sans altération sans mur d'illusion bloquant ma perception oublier les présentations aucune prescription ni medication en phase création j'y mais toutes mes émotions aucune intention de vous parler de mes erreurs passer je représente le vocabulaire présent soyez indulgent ne regarder pas devant ne regarder pas derrière regarder sur place ne soyer pas vorace fait vous une place as la chaleur de votre sueur apprenez de vos erreurs de votre malheur et oblitérer votre peur soyer indulgent guarder ce qui est amené à se dissiper est impossible si tu ne veux pas couler tu dois apprendre à nager et prenez de la force car se monde et devenu bien trop féroce je n'ai aucunement l'intention d'être pour toi une recréation attention a toute division de la concentration comme une vision d'illusion l'exclusion de toutes perceptions des émotions sans aucune compréhension des bonnes et des mauvaises intentions mode concentration, attention à la reverberation, de mauvaise réaction, un pion tu veux de l'action, retourne faire ta preparation sans aucune interaction aucun besoin d'explication pas besoin de présentations aucune prescription ni medication en phase création j'y mais toutes mes émotions toutes ces voix un endroit empreint au désarroi au milieu de toutes ces voix les combats sont sans foi, ni loi au milieu de toutes ces voix aucun cote pour s'échapper se coucher et auctanperer tu peux oublier mon esprit et là pour cree prisonnier jamais je suis là pour te montrer avec les penser des moments passer et le vocabulaire de l'instant présent pour un futur décent absent non écrivant insistant sur des jours bien plus clement pour mon présent et l'esprit rempli d'écrit il n'est pas abruti par de la technologie Élaborer de ma penser souvent plein de mots entreposer pas le temps de me reposer je ne vais pas abandonner où me dérober aucune prescription ni medication en phase création j'y mais toutes mes émotions enfermer entre deux dimensions aucun besoin de présentation ou de te parler de mes intentions des erreurs sont passé et maintenant je représente le vocabulaire présent.
Marty Bisson milo
Une fois qu'il a reçu la rémission de ses péchés, l'homme ne doit donc plus faillir, parce que la première pénitence, celle d*s fautes qui souillèrent la vie de paganisme, c'est-à-dire la vie d'ignorance, est la meilleure. Elle est proposée à ceux qui ont été appelés comme purification de l'âme pour y établir la foi. Mais le Seigneur qui lit dans le secret des cœurs et connait l'avenir, a prévu d'en haut et dès le commencement l'inconstance de l'homme, son penchant aux rechutes, elles artifices du démon. Il n'ignore pas que l'ange du mal, jaloux de ce que l'homme jouit du privilège de la rémission des péchés, suggérera des occasions de faillir aux serviteurs de Dieu, et que sa malice leur tendra habilement des pièges pour 152 les entrainer dans sa ruine. Dieu l'a prédit, et dans l'abondance de sa miséricorde, il a fait don d'une seconde pénitence aux enfants de la foi qui viendraient à tomber ; afin que si la faiblesse, cédant à la force ou à la séduction, se laissait tenter, elle reçût une seconde pénitence, celle après laquelle il n'y a plus de pénitence. « Car, si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, il n'y a plus désormais de victime pour les péchés, mais il ne nous reste qu'une attente terrible du jugement, et le feu vengeur qui dévorera les ennemis de Dieu. » Ceux dont les pénitences et les fautes se succèdent continuellement ne diffèrent en rien de ceux qui n'ont pas encore la foi, sinon qu'ils ont péché avec connaissance de cause. Et je ne sais ce qu'il y a de plus funeste, ou de pécher sciemment, ou de se repentir de ses péchés et d'y retomber de nouveau ; des deux côtés la faute est évidente. Ici, pendant l'acte même, l'iniquité est condamnée par l'ouvrier de l'iniquité ; là, l'auteur du péché le connait avant de le commettre, et pourtant il s'y livre avec la conviction que c'est un mal. L'un se fait l'esclave de la colère et du plaisir, n'ignorant pas à quels penchants il s'abandonne ; l'autre qui, après s'être repenti de ses vices, se replonge de nouveau dans la volupté, touche de près à celui qui, dès le principe, pèche volontairement; faire succéder au repentir d'un péché. l'acte de ce même pèche, tout en le condamnant, n'est-ce pas le commettre avec connaissance de cause ? Celui donc d'entre les gentils qui, de sa vie antérieure et profane, a pris son vol vers la foi, a obtenu d'un seul coup la rémission de tous ses péchés. Mais celui qui, pécheur relapse, s'est ensuite repenti, lors même qu'il obtient son pardon, doit rougir de honte, comme n'étant plus lavé par les eaux baptismales pour la rémission des péchés. Car il faut qu'il renonce, non-seulement aux idoles dont il se faisait auparavant des dieux, mais encore aux œuvres de sa vie antérieure, l'homme qui est né à la foi, non du sang ni de la volonté de la chair, mais qui a été régénéré dans l'esprit; ce qui arrivera si, fidèle à ne pas retomber dans le même péché, il se repent avec sincérité.
Clement of Alexandria (Miscellanies (Stromata))
En effet, ils n'ont ni connu ni fait la volonté de la loi ; ce qu'ils ont pensé, ils ont cru que la loi le voulait. Ainsi ils n'ont pas cru à la loi en tant que parole prophétique, ils n'ont vu en elle qu'une parole stérile. C'est par crainte, non par affection ni par foi qu'ils lui ont été fidèles; car Jésus-Christ, dont l'avènement a été prédit par la loi, est la fin de la loi pour justifier tous ceux qui croiront.
Clement of Alexandria (Miscellanies (Stromata))
« Si pour un instant Dieu oubliait que je suis une marionnette de chiffon et m'offrait un morceau de vie, je profiterais de ce temps du mieux que je pourrais. Sans doute je ne dirais pas tout ce que je pense, mais je penserais tout ce que je dirais. Je donnerais du prix aux choses, non pour ce qu'elles valent, mais pour ce qu'elles représentent. Je dormirais peu, je rêverais plus, sachant qu'en fermant les yeux, à chaque minute nous perdons 60 secondes de lumière. Je marcherais quand les autres s'arrêteraient, je me réveillerais quand les autres dormiraient. Si Dieu me faisait cadeau d'un morceau de vie, je m'habillerai simplement, je me coucherais à plat ventre au soleil, laissant à découvert pas seulement mon corps, mais aussi mon âme. Aux hommes, je montrerais comment ils se trompent, quand ils pensent qu'ils cessent d'être amoureux parce qu'ils vieillissent, sans savoir qu'ils vieillissent quand ils cessent d'être amoureux ! A l'enfant je donnerais des ailes mais je le laisserais apprendre à voler tout seul. Au vieillard je dirais que la mort ne vient pas avec la vieillesse mais seulement avec l'oubli. J'ai appris tant de choses de vous les hommes… J'ai appris que tout le monde veut vivre en haut de la montagne, sans savoir que le vrai bonheur se trouve dans la manière d'y arriver. J'ai appris que lorsqu'un nouveau-né serre pour la première fois, le doigt de son père, avec son petit poing, il le tient pour toujours. J'ai appris qu'un homme doit uniquement baisser le regard pour aider un de ses semblables à se relever. J'ai appris tant de choses de vous, mais à la vérité cela ne me servira pas à grand chose, si cela devait rester en moi, c'est que malheureusement je serais en train de mourir. Dis toujours ce que tu ressens et fais toujours ce que tu penses. Si je savais que c'est peut être aujourd'hui la dernière fois que je te vois dormir, je t'embrasserais très fort et je prierais pour pouvoir être le gardien de ton âme. Si je savais que ce sont les derniers moments où je te vois, je te dirais 'je t'aime' sans stupidement penser que tu le sais déjà. Il y a toujours un lendemain et la vie nous donne souvent une autre possibilité pour faire les choses bien, mais au cas où elle se tromperait et c'est, si c'est tout ce qui nous reste, je voudrais te dire combien je t'aime, que jamais je ne t'oublierais. Le lendemain n'est sûr pour personne, ni pour les jeunes ni pour les vieux. C'est peut être aujourd'hui que tu vois pour la dernière fois ceux que tu aimes. Pour cela, n'attends pas, ne perds pas de temps, fais-le aujourd'hui, car peut être demain ne viendra jamais, tu regretteras toujours de n'avoir pas pris le temps pour un sourire, une embrassade, un baiser parce que tu étais trop occupé pour accéder à un de leur dernier désir. Garde ceux que tu aimes près de toi, dis-leur à l'oreille combien tu as besoin d'eux, aime les et traite les bien, prends le temps pour leur dire 'je regrette' 'pardonne-moi' 's'il te plait' 'merci' et tous les mots d'amour que tu connais. Personne ne se souviendra de toi pour tes pensées secrètes. Demande la force et la sagesse pour les exprimer. Dis à tes amis et à ceux que tu aimes combien ils sont importants pour toi. Monsieur Márquez a terminé, disant : Envoie cette lettre à tous ceux que tu aimes, si tu ne le fais pas, demain sera comme aujourd'hui. Et si tu ne le fais pas cela n'a pas d'importance. Le moment sera passé. Je vous dis au revoir avec beaucoup de tendresse »
Gabriel García Márquez
La primauté de l’intention divine — donc du message — dans l’ordre des apparences, implique une conséquence fort paradoxale, mais néanmoins pertinente, à savoir l’existence d’une « double réalité » qui fait penser à la « double vérité » des scolastiques. C’est-à-dire qu'il faut distinguer, dans certains cas, entre une « réalité de fait » et une « réalité d’apparence » : que la terre soit ronde et qu’elle tourne autour du soleil, c’est un fait, mais qu’elle soit plate et que le soleil voyage d'un horizon à l’autre, n’en est pas moins, dans l’intention divine, une réalité pour nous ; sans quoi l’expérience de l’homme — créature centrale et partant « omnisciente » — ne se bornerait pas, a priori et « naturellement », à ces constatations physiquement illusoires mais symboliquement pleines de sens. Encore que l’illusion physique soit relative, à un certain point de vue, car la terre, pour l’homme, est incontestablement faite de régions plates dont seulement la somme — imperceptible aux créatures terrestres — constitue une sphère ; si bien qu’on devrait dire que la terre est plate et ronde à la fois. Quant au symbolisme traditionnel, il implique une portée morale, ce qui nous permet de conclure que l’homme n’a droit, en principe et a priori, qu’à une connaissance qu’il supporte, c’est-à-dire qu’il est capable d’assimiler ; donc d’intégrer dans la connaissance totale et spirituelle qu’il est censé posséder en sa qualité d’homo sapiens (19)". 19. Incontestablement, la science moderne regorge de connaissances, mais la preuve est faite que l’homme ne les supporte pas, ni intellectuellement ni moralement. Ce n’est pas pour rien que les Écritures sacrées sont volontiers aussi naïves que possible, ce qui excite sans doute la moquerie des sceptiques mais n’empêche ni les simples ni les sages de dormir tranquilles.
Frithjof Schuon (To Have a Center (Library of Traditional Wisdom))
Notre royaume ne connaît que la nuit noire. Il ignore le jour. Dès que le ciel s'éclaire, notre royaume se cache, car c'est un Etat on ne peut plus illégal : nous n'avons ni gouvernement ni constitution. Nul ne nous reconnaît ni ne nous respecte. Notre nation ressemble à la cohue d'un rassemblement de corbeaux. ~ p 11
Pai Hsien-yung (Crystal Boys)
N'acceptez pas que l'on fixe, ni qui vous êtes, ni où rester. Ma couche est à l'air libre. Je choisis mon vin, mes lèvres sont ma vigne. Soyez complice du crime de vivre et fuyez! Sans rien fuir, avec vos armes de jet et la main large, prête à s'unir, sobre à punir. Mêlez-vous à qui ne vous regarde, car lointaine est parfois la couleur qui fera votre blason.
Alain Damasio
A kada je rat svemu se čovjek može nadati, ali svaki dan sve više saznajemo da nas malo šta može iznenaditi. Tako je svakim danom sve novo, kao da smo ukleti sa ovoliko mnogo novih stvari, kažu da u Kineza ima krilatica, ili poslovica, svejedno: «Dabogda živio u interesantnom vremenu!» Tako su oni proklinjali onoga koga nisu voljeli. Da, tako je, kaže Hegel, stari narodi su izumitelji starih poslovica, a mali se u njima pronalazili. Ali, nisam filozof, filozofima je razonoda pričati o svijetu kakav nije.Svi vidimo: Bosna se strpljivo savija, kao jufka kad je jedra domaćica razvija, ali se ne da! Strpljivo čeka gospodara! Kad sam studirao političke nauke, u Aleksandra Koževa sam vidio, kaže: jedan gospodar za mnoge sluge, to je historija! A ja, dodajem: Od faraona do danas, historija se nije promijenila ni koliko crno pod noktom. Faraon, cezar, car, halifa, sultan, svećenstvo, ulema, papa, šejhul-islam,predsjednik, kancelar, generalni sekretar partije, birokratija pa tehnokratija – sve gospodar do gospodara! Zaključak Aleksandra Koževa je jasan: Da nije gospodara, sluge bi se međusobom isjekle, izjele bi se zubima odmah jutros, ne bi čekale podne, kao što se među se sasjeku... pčele... Ali braćo i sestre, ovom narodu nije lahko biti gospodar i ostati jedan. Da jeste, Osmansko-carstvo bi i sada bilo ovdje. A znate li zašto nas je predalo Austrougarima? Zato što su Osmanlije znali da će se Austrougari ne samo obrukati već i brzo propasti čim zavladaju nama! Tako je i bilo, Austrougarima smo se zgadili za samo četrdeset godina, deset puta brže nego li Osmanlijama! Švabo je pljunuo na sve, pa i na nas i rekao: Ni manje zemlje, ni veće želje da u Boga iz inata različito vjeruju! Bili smo dosadni i Kraljevini Jugoslaviji, tako je je Kralj Petar II Karađorđević okrenuo glavu od nas, odletio prvo u grčku i Palestinu, a zatim u Egipat, da bi u junu 1941. stigao u London. Šta se poslije desilo vidimo svi, ne moramo čak ni oba oka otvarati. I Titino se rasulo na četrdeset i nekoliko godina! Balkansko guvno je opet razvršeno, od svjetskih gospodara niko se još ne odlučuje da zauzme Balkan. Dođi, o gospodaru, po milosti Božijoj! ...Pomiluj sve, bez razlike,..., što brže i što nježnije! A sad, čestita braćo i sestre, evo moga obrazloženja zašto nam treba jedan gospodar. Nekad bijaše jedan car za Kavdakom, ruski, u sretnoj carevini, ruskoj, čestit i pametan. Sve je dozvoljavao da narod priča, o svačemu: o mnogo para i njiva, ..., deva i krava, o rodnim godinama i unosnim žetvama i o debelom snoplju...Samo jedno zakavdaški car nije dao: Branio je pričati o vlasti, o caru! I bio je u pravu. Šta imaju o vlasti pričati marveni trgovci?! Ali, kasno to narod saznade (narod uvijek sazna posljednji), izbi rat, pa se tužno sjeti svog dobrog cara, ali bijaše dockan, predockan. Pojavi se drug Lenjin na ovaj svijet, pa opčini sve oko sebe slatkom pričom da vlast pripada narodu, koji mu povjerovao, pa uhvati cara za Kavdakom, i ubi ga sa svim njegovim, muškom i ženskom svojtom. ... Još sam u bogosloviji učio: moderna povijest Evrope sastoji se od jurišanja prema gore – na cara, na vlast, na crkvu. I na Boga bi evropljanski narod, i njega bi rado svrgnuo sa Prijestolja, samo sreća pa ga ne vidi! Pomislio narod da je vlast lijepa igračka, pa uzjaha na mnoge revolucije i pravo na uzvišene bregove, na cara, na vlast, i na crkvu! I molim vas,..., šta je narod dobio kada je to troje slavno srušio na brdu i svaljao u glib, dolje pod brdo?!Ništa! Nove vlasti su na narod dale namete, zapovijedile obnovu, od narodnih para napravljeni su parlamenti i predsjedništva. I prvo što je narod vidio bilo je da u parlamentima i predsjedništvima ne stanuje narod, već vlast! I narod se silno ražalosti i zacmizdri kad otkrije: prohtjevi u ovih novih isti kao u cara pa i veći jer ih je više. I jer se množe više, kao gube po truhlom hrastu. I vidje narod da su revolucije obično skakanje u maglu.
Enes Karić (Jevrejsko groblje)
Homère donne à un simple artisan le nom de sage, c'est ainsi qu'il s'exprime sur un certain Margites : « Les dieux n'en firent ni un cultivateur ou fossoyeur, ni un sage en quoi que ce soit ; il ne réussit en aucun art. » Hésiode, après avoir dit que Linus le joueur de harpe était versé dans toutes sortes de sagesses, ne craint pas de nommer sage un matelot. Il ne montre, écrit-il, aucune sagesse dans la navigation. Que dit le prophète Daniel : « Les sages, les mages, les devins et les augures ne peuvent découvrir au roi le secret dont il s'inquiète; mais il est un Dieu dans le ciel qui révèle les mystères. » Ainsi Daniel salue du nom de sages les savants de Babylone. Ce qui prouve clairement que l'Écri- 17 ture enveloppe sous la même dénomination de sagesse toute science ou tout art profane, enfin tout ce que l'esprit de l'homme a pu concevoir et imaginer, et que toute invention d'art ou de science vient de Dieu ; ajoutons les paroles suivantes, elles ne laisseront aucun doute : « Et le Seigneur parla à Moïse en ces termes : Voilà que j'ai appelé Béséléel, fils d'Uri, fils de Hur, de la tribu de Juda, et je l'ai rempli d'un divin esprit de sagesse, d'intelligence et de science, pour inventer et exécuter toutes sortes d'ouvrages, pour travailler l'or et l'argent, et l'airain, et l'hyacinthe, et le porphyre, et le bois de l'arbre qui donne l'écarlate, et pour exécuter tous les travaux qui concernent l'architecte et le lapidaire, et pour travailler les bois, etc. » Dieu poursuit de la sorte jusqu'à ces mots : « Et tous les ouvrages. » Puis il se sert d'une expression générale pour résumer ce qu'il vient de dire : « Et j'ai mis l'intelligence dans le cœur de tous les ouvriers intelligents; » c'est-à-dire, dans le cœur de tous ceux qui peuvent la recevoir par le travail et par l'exercice. Il est encore écrit d'une manière formelle, au nom du Seigneur : « Et toi, parle à tous ceux qui ont la sagesse de la pensée, et que j'ai remplis d'un esprit d'intelligence. » Ceux-là possèdent des avantages naturels tout particuliers; pour ceux qui font preuve d'une grande aptitude, ils ont reçu une double mesure, je dirai presque un double esprit d'intelligence. Ceux même qui s'appliquent à des arts grossiers, vulgaires, jouissent de sens excellents. L'organe de l'ouïe excelle dans le musicien, celui du tact dans le sculpteur, de la voix dans le chanteur, de l'odorat dans le parfumeur, de la vue dans celui qui sait graver des figures sur des cachets. Mais ceux qui se livrent aux sciences ont un sentiment spécial par lequel le poète a la perception du mètre; le rhéteur, du style; le dialecticien, du raisonnement ; le philosophe, de la contemplation qui lui est propre. Car, c'est à la faveur de ce sentiment ou instinct qu'on trouve et qu'on invente, puisque c'est lui seul qui peut déterminer l'application de notre esprit. Cette application s'accroit à raison de l'exercice continu. L'apôtre a 18 donc eu raison de dire que « la sagesse de Dieu revêt mille formes diverses, » puisque que pour notre bien elle nous révèle sa puissance en diverses occasions et de diverses manières, par les arts, par la science, par la foi, par la prophétie. Toute sagesse vient donc du Seigneur, et elle est avec lui pendant tous les siècles, comme le dit l'auteur du livre de la sagesse : « Si tu invoques à grands cris l'intelligence et la science, si tu la cherches comme un trésor caché, et que tu fasses avec joie les plus grands efforts pour la trouver, tu comprendras le culte qu'il faut rendre au Seigneur, et tu découvriras la science de Dieu. »
Clement of Alexandria (Miscellanies (Stromata))
« Instinctivement, le peuple mexicain exècre l’autorité et la bourgeoisie [...]. L’entraide mutuelle était la règle dans ces communautés [...], il n’y avait ni juges, ni maires, ni gardiens de prisons, ni aucun être nuisible de cette espèce. Tous avaient droit à la terre, à l’eau pour l’irrigation, aux forêts pour se procurer du bois pour se chauffer et pour construire les huttes. [...] Il est donc évident que le peuple mexicain est capable de parvenir au communisme car il a fonctionné sur ce mode, tout du moins en partie, depuis des siècles. »
Ricardo Flores Magón (Regeneración 1900-1918)
Nous donc, selon les paroles de l'illustre apôtre, c'est en vertu de la foi que nous espérons recevoir la justice; car, eu Jésus-Christ, ni la circoncision ni l'incirconcision ne servent, mais la foi qui agit par la charité.
Clement of Alexandria (Miscellanies (Stromata))
La communauté islamique est perçue comme « fanatique » parce que l’amour des musulmans pour Allâh, pour Son Prophète et pour leur religion est plus intense que l’amour envers Dieu ou l’Etre principiel tel qu’il se manifeste encore dans les communautés traditionnelles dont la fondation a précédé celle de l’islâm. Du moins en est-il ainsi aujourd’hui, car une telle comparaison n’était pas possible naguère. Dans le monde contemporain, les religions et autres formes traditionnelles sont confrontées pour la première fois les unes aux autres. Cette situation sans précédent est à l’origine du scepticisme et du relativisme qui prévalent en Occident, mais c’est elle aussi qui, par un effet providentiel et compensatoire, montre à tous l’excellence de l’islâm, demeurée cachée jusqu’alors.
Charles-André Gilis (L'intégrité islamique : Ni intégrisme ni intégration)
Dans le domaine dit «culturel », les hésitations des dirigeants intégristes sont parfois bien amusantes. Tantôt, ils décident d’interdire la musique que l’on appelle classique, et qui est en réalité éminemment moderne ; en quoi ils ont raison, car cet art tant vanté fait partie des pseudo-religions occidentales : les chrétiens d’aujourd’hui se réunissent plus volontiers dans les églises pour écouter des concerts que pour suivre les offices ; tantôt, ils l’autorisent en se plaçant, à leur tour, au point de vue réducteur de la morale, ce qui donne le charmant spectacle de jeunes femmes en tchador jouant du violoncelle !
Charles-André Gilis (L'intégrité islamique : Ni intégrisme ni intégration)