Lon Qu Quotes

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On a deux vies et la deuxiĂšme commence le jour ou l'on se rend compte qu'on n'en a qu'une.
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Confucius (Les Entretiens - Tao-tö king - Sur le destin)
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Je ne sais pas oĂč l'on va, murmura-t-il, mais ce qu'il y a de sĂ»r, c'est qu'on y va.
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Éric-Emmanuel Schmitt
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« L'histoire de ma vie n'existe pas. Ça n'existe pas. Il n'y a jamais de centre. Pas de chemin, pas de ligne. Il y a de vastes endroits oĂč l'on fait croire qu'il y avait quelqu'un, ce n'est pas vrai il n'y avait personne. »
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Marguerite Duras (The Lover)
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C'est un grand jour, celui oĂč l'on apprend qu'on est seul.
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Gilbert Cesbron (Notre prison est un royaume)
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On ne comprends rien à la civilisation moderne, si l'on n'admet pas d'abord qu'elle est une conspiration universelle contre toute espÚce de vie intérieure.
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Georges Bernanos
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Je crois qu'on entend encore dans les entrées d'immeubles l'écho des pas de ceux qui avaient l'habitude de les traverser et qui, depuis, ont disparu. Quelque chose continue de vibrer aprÚs leur passage, des ondes de plus en plus faibles, mais que l'on capte si l'on est attentif.
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Patrick Modiano
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A l'adolescence, on rĂȘve du jour oĂč l'on quittera ses parents, un autre jour ce sont vos parents qui vous quittent. Alors, on ne rĂȘve plus qu'Ă  pouvoir redevenir, ne serait-ce qu'un instant, l'enfant qui vivait sous leur toit, les prendre dans vos bras, leur dire sans pudeur qu'on les aime, se serrer contre eux pour qu'ils vous rassurent encore une fois.
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Marc Levy (Le Voleur d'ombres)
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Que l'on soit absent dans la piÚce voisine, ou sur l'autre versant de la planÚte, la différence n'est pas essentielle. La présence de l'ami qui en apparence s'est éloigné, peut se faire plus dense qu'une présence réelle.
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Antoine de Saint-Exupéry (Lettre à un otage)
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Il y a des temps oĂč l’on ne doit dĂ©penser le mĂ©pris qu’avec Ă©conomie, Ă  cause du grand nombre de nĂ©cessiteux.
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François-René de Chateaubriand (Mémoires d'Outre-Tombe)
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Je ne suis pas plus moderne qu'ancien, pas plus Français que Chinois, et l'idĂ©e de la patrie c'est-Ă -dire l'obligation oĂč l'on est de vivre sur un coin de terre marquĂ© en rouge ou en bleu sur la carte et de dĂ©tester les autres coins en vert ou en noir m'a paru toujours Ă©troite, bornĂ©e et d'une stupiditĂ© fĂ©roce.
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Gustave Flaubert (Correspondance)
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Qu'est-ce que donc que la vie humaine si ce n'est un collier de blessures que l'on porte autour de son cou? A quoi sert d'aller ainsi dans les jours, les mois, les années, toujours plus faible, toujours meurtri?
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Philippe Claudel (La petite fille de Monsieur Linh)
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Ah! qu'avec peu d'effet on entend la raison, Quand le cƓur est atteint d'un si charmant poison! Et lorsque le malade aime sa maladie, Qu'il a peine Ă  souffrir que l'on y remĂ©die!
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Pierre Corneille (Le Cid)
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A quatre heures du matin, on ne fait rien en gĂ©nĂ©ral et l’on dort, mĂȘme si la nuit a Ă©tĂ© une nuit de trahison. Oui, on dort Ă  cette heure-lĂ , et cela est rassurant puisque le grand dĂ©sir d’un coeur inquiet est de possĂ©der interminablement l’ĂȘtre qu’il aime ou de pouvoir plonger cet ĂȘtre, quand le temps de l’absence est venu, dans un sommeil sans rĂȘves qui ne puisse prendre fin qu’au jour de la rĂ©union.
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Albert Camus (The Plague)
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C’est que l’on a souvent pour ennemis des gens qu’on voudrait avoir pour amis.
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Alexandre Dumas (The Knight of Maison-Rouge (Mémoires d'un médecin, #5))
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On s'en va parce qu'on a besoin de distraction et l'on revient parce qu'on a besoin de bonheur.
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Victor Hugo
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C'est vrai, la vie est comme ça... TantĂŽt un tourbillon qui nous Ă©merveille, comme un tour de manĂšge pendant l'enfance. TantĂŽt un tourbillon d'amour et d'ivresse, lorsqu'on s'endort dans les bras l'un de l'autre dans un lit trop Ă©troit puis qu'on prend son petit dĂ©jeuner Ă  midi parce qu'on a fait l'amour longtemps. TantĂŽt un tourbillon dĂ©vastateur, un typhon violent qui cherche Ă  nous entraĂźner vers le fnd lorsque, pris par la tempĂȘte dans une coquille de noix, on comprend qu'on sera seul pour affronter la vague. Et que l'on a peur.
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Guillaume Musso (Que serais-je sans toi?)
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Une vie rĂ©ussie est une vie que l'on a menĂ©e conformĂ©ment Ă  ses souhaits, en agissant toujours en accord avec ses valeurs, en donnant le meilleur de soi mĂȘme dans ce que l'on fait, en restant en harmonie avec qui l'on est, et, si possible, une vie qui nous a donnĂ© l'occasion de nous dĂ©passer, de nous consacrer Ă  autre chose qu'Ă  nous mĂȘmes et apporter quelque chose Ă  l'humanitĂ©, mĂȘme trĂšs humblement, mĂȘme si c'est infime. Une petite plume d'oiseau confiĂ©e au vent. Un sourire pour les autres.
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Laurent Gounelle (L'homme qui voulait ĂȘtre heureux)
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On dispose de tout ce qu'il faut lorsque l'on organise sa vie autour e l'idée de ne rien posséder.
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Sylvain Tesson (Dans les forĂȘts de SibĂ©rie)
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Arrive-t-il un moment de la vie oĂč le bonheur est passĂ©, oĂč l’on n’attend plus rien ? Est-ce cela que vieillir ? Lorsque aujourd’hui ne parle que d’hier, quand le prĂ©sent n’est plus qu’un trait de nostalgie que l’on cache pudiquement par des Ă©clats de rire ?
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Marc Levy (Le premier jour)
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C’est en regardant les objets du quotidien, tel un couteau à beurre, que l’on se rend compte que quelqu’un est parti et qu’il ne reviendra plus ; un stupide couteau à beurre qui taille à jamais des tranches de solitude dans votre vie.
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Marc Levy (Le premier jour)
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Ta voix, tes yeux, tes mains, tes lĂšvres, Nos silences, nos paroles, La lumiĂšre qui s’en va, la lumiĂšre qui revient, Un seul sourire pour nous deux, Par besoin de savoir, j’ai vu la nuit crĂ©er le jour sans que nous changions d’apparence, Ô bien-aimĂ© de tous et bien-aimĂ© d’un seul, En silence ta bouche a promis d’ĂȘtre heureuse, De loin en loin, ni la haine, De proche en proche, ni l’amour, Par la caresse nous sortons de notre enfance, Je vois de mieux en mieux la forme humaine, Comme un dialogue amoureux, le cƓur ne fait qu’une seule bouche Toutes les choses au hasard, tous les mots dits sans y penser, Les sentiments Ă  la dĂ©rive, les hommes tournent dans la ville, Le regard, la parole et le fait que je t’aime, Tout est en mouvement, il suffit d’avancer pour vivre, D’aller droit devant soi vers tout ce que l’on aime, J’allais vers toi, j’allais sans fin vers la lumiĂšre, Si tu souris, c’est pour mieux m’envahir, Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard.
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Paul Éluard
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Les vĂ©ritĂ©s qu'on aime le moins Ă  apprendre sont celles que l'on a le plus d'intĂ©rĂȘt Ă  savoir.
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Guillaume Musso (Demain)
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Il y a des journĂ©es illuminĂ©es de petites choses, des riens du tout qui vous rendent incroyablement heureux ; un aprĂšs-midi Ă  chiner, un jouet qui surgit de l’enfance sur l’étal d’un brocanteur, une main qui s’attache Ă  la votre, un appel que l’on attendait pas, une parole douce, vote enfant qui vous prend dans ses bras sans rien vous demander d’autre qu’un moment d’amour. Il y a des journĂ©es illuminĂ©es de petits moments de grĂące, une odeur qui vous met l’ñme en joie, un rayon de soleil qui entre par la fenĂȘtre, le bruit de l’averse alors qu’on est encore au lit, les trottoirs enneigĂ©s ou l’arrivĂ©e du printemps et ses premiers bourgeons.
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Marc Levy (Le premier jour)
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Ce qu'on attend de l'ĂȘtre avec qui l'on vit c'est qu'il vous maintienne au niveau le plus Ă©levĂ© de vous-mĂȘme.
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Virginia Woolf (The Voyage Out)
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On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l'on n'admet pas tout d'abord qu'elle est une conspiration universelle contre toute espÚce de vie intérieure.
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Georges Bernanos (La France contre les robots)
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Si l’on est diffĂ©rent, il est fatal qu’on soit seul.
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Aldous Huxley (Brave New World)
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[...] Mots exagĂ©rĂ©s pour dire qu'il est des rĂ©clusions mineures oĂč l'on passe finalement un temps trĂšs long avant de s'en libĂ©rer. Car c'est bien un acte de volontĂ© subit qui dĂ©cide du terme et l'on se demande pourquoi on ne s'en est pas dĂ©livrĂ© plus tĂŽt.
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Erri De Luca (Pas ici, pas maintenant)
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  Je veux que l'on soit homme, et qu'en toute rencontre le fond de notre coeur dans nos discours se montre, que ce soit lui qui parle, et que nos sentiments ne se masquent jamais sous de vains compliments.
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MoliĂšre (Mizantropul)
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Il y a dans l'Histoire une singuliÚre lignée, toujours renouvelée, de fanatiques de l'ordre. Voués à une idole abstraite et absolue, pour eux les vie humaines ne sont d'aucune valeur si elles attentent au dogme des institutions; et l'on dirait qu'ils ont oublié que la collectivité qu'ils servent est composée d'hommes. (partie 2, chapitre 9)
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Maurice Druon (Les Rois maudits)
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Que les poĂštes morts laissent la place aux autres. Et nous pourrions tout de mĂȘme voir que c'est notre vĂ©nĂ©ration devant ce qui a Ă©tĂ© dĂ©jĂ  fait, si beau et si valable que ce soit, qui nous pĂ©trifie, qui nous stabilise et nous empĂȘche de prendre contact avec la force qui est dessous, que l'on appelle l'Ă©nergie pensante, la force vitale, le dĂ©terminisme des Ă©changes, les menstrues de la lune ou tout ce qu'on voudra.
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Antonin Artaud (The Theater and Its Double)
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Socrate considérait que c'est un mal qui n'est pas loin de la folie, de s'imaginer que l'on possÚde une vertu, alors qu'on ne la possÚde pas. Certes, une pareille illusion est plus dangereuse que l'illusion contraire qui consiste à croire que l'on souffre d'un défaut, d'un vice. DeuxiÚme Considération intempestive, ch. 6
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Friedrich Nietzsche
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L'importance n'est pas ce que l'on fait de l'Homme, mais ce qu'il fait de ce que l'on a fait de lui".
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Jean-Paul Sartre
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Être aveugle pour se croire heureux. Croire qu'on y voit clair pour ne pas chercher à y voir puisque : L'on ne peut se voir que malheureux.
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André Gide (Paludes)
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Ce qu'il y a d'ennuyeux dans l'amour, c'est que c'est un crime oĂč l'on ne peut pas se passer d'un complice.
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Charles Baudelaire
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les livres sont des miroirs,et l`on n y voit que ce qu`on porte en soi-meme.
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Carlos Ruiz ZafĂłn
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Mieux vaut ĂȘtre haĂŻ pour ce que l'on est, qu'aimĂ© pour ce que l'on n'est pas.
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André Gide
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Plus un mĂ©lange n’est absurde – C’est ici que l’on voit le crĂ©ateur de mots Celui qui se dĂ©truit dans les fils qu’il engendre Et qui nomme l’oubli de tous les noms du monde
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Paul Éluard (Capital of Pain)
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À ce moment lĂ , j'ai dĂ» comprendre pour la premiĂšre fois que le mal est irrĂ©mĂ©diable et qu'il est impossible de rĂ©parer un tort quoique l'on fasse ensuite. Le seul remĂšde est de ne pas en commettre et ne pas en commettre est en ce monde l'oeuvre la plus ardue et secrĂšte.
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Erri De Luca (Pas ici, pas maintenant)
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On a tant abusĂ© du regard dans les romans d'amour qu'on a fini par le dĂ©considĂ©rer. C'est Ă  peine si l'on ose dire maintenant que deux ĂȘtres se sont aimĂ©s parce qu'ils se sont regardĂ©s. C'est pourtant comme cela qu'on s'aime et uniquement comme cela. Le reste n'est que le reste, et vient aprĂšs. Rien n'est plus rĂ©el que ces grandes secousses que deux Ăąmes se donnent en Ă©changeant cette Ă©tincelle.
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Victor Hugo (Les Misérables)
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Alors qu'elle pleurait, une nouvelle et exquise tristesse s'empara lentement d'elle. Celle que l'on ressent pour une chose dont on a profité et qui est terminée, plutÎt que pour une chose perdue et jamais retrouvée.
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Joan G. Robinson. Robinson (When Marnie Was There)
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Le savoir des Ă©coles se borne Ă  enseigner le "comment". C'est un savoir Ă©parpillĂ©, sans unitĂ© et sans direction. Ce n'est pas un chemin qui conduit vers le sommet de la montagne d'oĂč l'on pourra voir l'horizon et comprendre dans tous ses dĂ©tails l'ordonnance du paysage, c'est une plaine de sable dont on propose Ă  l'homme d'Ă©tudier chaque grain. Ce savoir ne peut donner naissance qu'Ă  une sociĂ©tĂ© de technique, sans sagesse et sans raison, aussi absurde et dangereuse dans son comportement qu'un camion-citerne lancĂ© sans conducteur sur une autoroute en pente.
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René Barjavel
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Le livre de la vie est le livre suprĂȘme Qu'on ne peut ni fermer, ni rouvrir Ă  son choix Le passage attachant ne s'y lit pas deux fois Mais le feuillet fatal se tourne de lui-mĂȘme On voudrait revenir Ă  la page oĂč l'on aime Et la page oĂč l'on meurt est dĂ©jĂ  sous vos doigts
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Alphonse de Lamartine
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Qu’est-ce qui dĂ©finit un home? Quelle est la question que l’on pose en premier a un homme, lorsqu’on souhaite s’informer de son Ă©tat ? Dans certaines sociĂ©tĂ©s, on lui demande d’abord s’il est mariĂ©, s’il a des enfants ; dans nos sociĂ©tĂ©s, on s’interroge en premier lieu sur sa profession. C’est sa place dans le processus de production, et pas son statut de reproducteur, qui dĂ©finit avant tout l’homme occidental.
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Michel Houellebecq (La carte et le territoire)
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L'essentiel, le plus souvent, n'a point de poids. L'essentiel ici, en apparence, n'a Ă©tĂ© qu'un sourire. Un sourire est souvent l’essentiel. On est payĂ© par un sourire. On est rĂ©compensĂ© par un sourire. On est animĂ© par un sourire. Et la qualitĂ© d’un sourire peut faire que l’on meure.
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Antoine de Saint-Exupéry (Lettre à un otage)
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La distinction traditionnelle entre guerres "justes" et guerres "injustes" est dĂ©sormais obsolĂšte. La cruautĂ© des moyens dĂ©passe aujourd'hui tout objectif imaginable. Aucune frontiĂšre nationale, aucune idĂ©ologie, aucun "mode de vie" ne peut justifier la disparition de millions de vies que la guerre moderne, nuclĂ©aire ou conventionnelle, entraĂźne inĂ©vitablement. Les prĂ©textes classiques sont soit trop confus soit trop changeants pour que l'on meure pour eux. Les systĂšmes changent, les politiques changent. Les distinctions entre le bien et le mal proclamĂ©es par les politiciens ne sont pas assez Ă©videntes pour justifier que des gĂ©nĂ©rations d'ĂȘtre humains meurent pour prouver leur caractĂšre sacro-saint. MĂȘme une guerre de lĂ©gitime dĂ©fense, la plus moralement justifiable des guerres, perd tout caractĂšre moral lorsqu'elle exige un sacrifice collectif si Ă©norme qu'il frise le suicide.
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Howard Zinn (Disobedience and Democracy : Nine Fallacies on Law and Order)
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La masse des hommes sert l'État de la sorte, pas en tant qu'hommes, mais comme des machines, avec leurs corps. Ils forment l'armĂ©e de mĂ©tier, ainsi que la milice, les geĂŽliers, policiers, posse comitatus, etc. Dans la plupart des cas, il n'existe aucun libre exercice du jugement ou du sens moral ; mais ils se mettent au niveau du bois, de la terre et des pierres ; et l'on pourrait rĂ©aliser des hommes de bois qui rempliraient aussi bien cette fonction.
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Henry David Thoreau
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Alors, accepter de remettre en cause ce que l’on tient pour vrai est une belle preuve d’ouverture d’esprit. Heureusement qu’il y a ces esprits diffĂ©rents pour remettre en question les certitudes gĂ©nĂ©rales ! Par ailleurs, savoir faire son autocritique est un signe de souplesse et de modestie. Laisser le droit Ă  l’autre de penser diffĂ©remment dĂ©montre sa tolĂ©rance. C’est aussi un signe de prudence et de maturitĂ© de vĂ©rifer les informations avant de les intĂ©grer.
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Christel Petitcollin (Je pense trop : comment canaliser ce mental envahissant)
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le but que l'on poursuit est toujours voilé. Une jeune fille qui a envie de se marier a envie d'une chose qui lui est tout à fait inconnue. Le jeune homme qui court aprÚs la gloire n'a aucune idée de ce qu'est la gloire. Ce qui donne un sens à notre conduite nous est toujours totalement inconnu. (partie III, ch. 10)
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Milan Kundera (The Unbearable Lightness of Being)
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Elle n'en revient pas, que l'on puisse avoir de tels Ă©changes laconiques - "Ça va ? - Ça va !" - avec des ĂȘtres qu'on a mis au monde et vus grandir vingt ans durant, Ă  qui on a appris Ă  parler, Ă  qui on a lu mille histoires Ă  l'heure du coucher, pour qui on a fait des repas sans nombre, qu'on a aidĂ©s Ă  faire leurs devoirs et soignĂ©s pendant leurs maladies, dont on a Ă©coutĂ© les problĂšmes et logĂ© les copains. C'est incroyable de s'entendre Ă©changer des "Ça va ? Ça va !" avec ces ĂȘtres-lĂ .
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Nancy Huston (Infrarouge)
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refusez l'injonction millĂ©naire de faire Ă  tout prix des enfants. Elle est insupportable et rĂ©duit les femmes Ă  un ventre. DĂ©possĂ©dĂ©es de tout pouvoir, elles n'ont longtemps eu droit qu'Ă  ce destin : perpĂ©tuer l'humanitĂ©. Et malheur aux femmes stĂ©riles (qu'on ne se privait pas de rĂ©pudier) ou au choix de la "nullipare" : il Ă©tait incomprĂ©hensible, sinon rĂ©prĂ©hensible. La "mĂšre" Ă©tait souveraine. La littĂ©rature, les conventions sociales, la publicitĂ©, les lois en ont créé un stĂ©rĂ©otype, que l'on met sur un piĂ©destal, aurĂ©olĂ© de son abnĂ©gation et de son oubli d'elle-mĂȘme. On mĂ©prise la femme, mais on vĂ©nĂšre la mĂšre, dont l'enfant devient l'ornement.
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GisÚle Halimi (Une farouche liberté)
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Vouloir 'contrĂŽler la nature' est une arrogante prĂ©tention, nĂ©e d'une biologie et d'une philosophie qui en sont encore Ă  l'Ăąge de NĂ©andertal, oĂč l'on pouvait croire la nature destinĂ©e Ă  satisfaire le bon plaisir de l'homme. Les concepts et les pratiques de l'entomologie appliquĂ©e reflĂštent cet Ăąge de pierre de la science. Le malheur est qu'une si primitive pensĂ©e dispose actuellement des moyens d'action les plus puissants, et que, en orientant ses armes contre les insectes, elle les pointe aussi contre la terre.
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Rachel Carson (Silent Spring)
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Avant qu’elle se mariĂąt, elle avait cru avoir de l’amour ; mais le bonheur qui aurait dĂ» rĂ©sulter de cet amour n’étant pas venu, il fallait qu’elle se fĂ»t trompĂ©e, songeait-elle. Et Emma cherchait Ă  savoir ce que l’on entendait au juste dans la vie par les mots de fĂ©licitĂ©, de passion et d’ivresse, qui lui avaient paru si beaux dans les livres.
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Gustave Flaubert (Madame Bovary)
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victor hugo, Les Contemplations, Mors Je vis cette faucheuse. Elle Ă©tait dans son champ. Elle allait Ă  grands pas moissonnant et fauchant, Noir squelette laissant passer le crĂ©puscule. Dans l'ombre oĂč l'on dirait que tout tremble et recule, L'homme suivait des yeux les lueurs de la faulx. Et les triomphateurs sous les arcs triomphaux Tombaient ; elle changeait en dĂ©sert Babylone, Le trĂŽne en Ă©chafaud et l'Ă©chafaud en trĂŽne, Les roses en fumier, les enfants en oiseaux, L'or en cendre, et les yeux des mĂšres en ruisseaux. Et les femmes criaient : - Rends-nous ce petit ĂȘtre. Pour le faire mourir, pourquoi l'avoir fait naĂźtre ? - Ce n'Ă©tait qu'un sanglot sur terre, en haut, en bas ; Des mains aux doigts osseux sortaient des noirs grabats ; Un vent froid bruissait dans les linceuls sans nombre ; Les peuples Ă©perdus semblaient sous la faulx sombre Un troupeau frissonnant qui dans l'ombre s'enfuit ; Tout Ă©tait sous ses pieds deuil, Ă©pouvante et nuit. DerriĂšre elle, le front baignĂ© de douces flammes, Un ange souriant portait la gerbe d'Ăąmes.
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Victor Hugo
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Joseph Voilà c'que c'est, mon vieux Joseph Que d'avoir pris la plus jolie Parmi les filles de Galilée Celle qu'on appelait Marie Tu aurais pu, mon vieux Joseph Prendre Sarah ou Déborah Et rien ne serait arrivé Mais tu as préféré Marie Tu aurais pu, mon vieux Joseph Rester chez toi, tailler ton bois PlutÎt que d'aller t'exiler Et te cacher avec Marie Tu aurais pu, mon vieux Joseph Faire des petits avec Marie Et leur apprendre ton métier Comme ton pÚre te l'avait appris Pourquoi a-t-il fallu, Joseph Que ton enfant, cet innocent Ait eu ces étranges idées Qui ont tant fait pleurer Marie Parfois je pense à toi, Joseph Mon pauvre ami, lorsque l'on rit De toi qui n'avais demandé Qu'à vivre heureux avec Marie
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Georges Moustaki
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Tant qu'on dĂ©sire, on peut se passer d'ĂȘtre heureux ; on s'attend Ă  le devenir : si le bonheur ne vient point, l'espoir se prolonge, et le charme de l'illusion dure autant que la passion qui le cause. Ainsi cet Ă©tat se suffit Ă  lui-mĂȘme, et l'inquiĂ©tude qu'il donne est une sorte de jouissance qui supplĂ©e Ă  la rĂ©alitĂ©, qui vaut mieux peut-ĂȘtre. Malheur Ă  qui n'a plus rien Ă  dĂ©sirer ! il perd pour ainsi dire tout ce qu'il possĂšde. On jouit moins de ce qu'on obtient que de ce qu'on espĂšre et l'on n'est heureux qu'avant d'ĂȘtre heureux. En effet, l'homme, avide et bornĂ©, fait pour tout vouloir et peu obtenir, a reçu du ciel une force consolante qui rapproche de lui tout ce qu'il dĂ©sire, qui le soumet Ă  son imagination, qui le lui rend prĂ©sent et sensible, qui le lui livre en quelque sorte et, pour lui rendre cette imaginaire propriĂ©tĂ© plus douce, le modifie au grĂ© de sa passion. Mais tout ce prestige disparaĂźt devant l'objet mĂȘme ; rien n'embellit plus cet objet aux yeux du possesseur ; on ne se figure point ce qu'on voit ; l'imagination ne pare plus rien de ce qu'on possĂšde, l'illusion cesse oĂč commence la jouissance.
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Jean-Jacques Rousseau (Julie, or the New Heloise)
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Elle lui parut donc si vertueuse et inaccessible, que toute espĂ©rance, mĂȘme la plus vague, l'abandonna. Mais, par ce renoncement, il la plaçait en des conditions extraordinaires. Elle se dĂ©gagea, pour lui, des qualitĂ©s charnelles dont il n'avait rien Ă  obtenir ; et elle alla, dans son cƓur, montant toujours et s'en dĂ©tachant, Ă  la maniĂšre magnifique d'une apothĂ©ose qui s'envole. C'Ă©tait un de ces sentiments purs qui n'embarrassent pas l'exercice de la vie, que l'on cultive parce qu'ils sont rares, et dont la perte affligerait plus que la possession n'est rĂ©jouissante.
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Gustave Flaubert (Madame Bovary)
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- Millions de quoi ? Le businessman comprit qu'il n'Ă©tait point d'espoir de paix: - Millions de ces petites choses que l'on voit quelquefois dans le ciel. - Des mouches ? - Mais non, des petites choses qui brillent. - Des abeilles ? - Mais non. Des petites choses dorĂ©es qui font rĂȘvasser les fainĂ©ants. Mais je suis sĂ©rieux, moi ! Je n'ai pas le temps de rĂȘvasser. - Ah! des Ă©toiles ?
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Antoine de Saint-Exupéry (Le Petit Prince (French Edition))
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- Vous ĂȘtes plus pessimiste qu'autrefois ? - Pessimisme et optimisme, encore deux mots que je rĂ©cuse. Il s'agit d'avoir les yeux ouverts. Le mĂ©decin qui analyse le sang et les selles d'un malade, mesure sa fiĂšvre et prend sa tension, n'est ni optimiste ni pessimiste : il fait de son mieux Ă  partir de ce qui est. Mais, si l'on peut employer ce misĂ©rable mot, je me sens pessimiste quand je constate combien la masse humaine a peu changĂ© depuis des millĂ©naires. Les plus grands rĂ©formateurs se sont gĂ©nĂ©ralement heurtĂ©s Ă  cette quasi-impossibilitĂ© de changer l'homme, et leur leçon s'est gĂ©nĂ©ralement perdue aprĂšs eux. (p.240)
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Marguerite Yourcenar (Les Yeux ouverts : Entretiens avec Matthieu Galey)
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Mais comment font ces autres Ă  qui tout rĂ©ussit? Qu’on me dise mes fautes, mes chimĂšres aussi. Moi j’offrirais mon Ăąme, mon coeur et tout mon temps, mais j’ai beau tout donner, tout n’est pas suffisant. ... S’il suffisait qu’on s’aime, s’il suffisait d’aimer, si l’on changeait les choses un peu, rien qu’en aimant donner. S’il suffisait qu’on s’aime, s’il suffisait d’aimer, je ferais de ce monde un rĂȘve, une Ă©ternitĂ©.
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Céline Dion
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Une goutte de pluie tomba dans la mer, et fut tout interdite. "Ô mer, s'Ă©cria-t-elle, je suis si peu de chose dans ton immensitĂ©!" Pour la rĂ©compense de son humilitĂ©, Dieu ordonna Ă  un coquillage de l'abriter et de la nourrir. Elle se transforma en une perle splendide, que l'on incrusta dans la couronne d'un roi. Dieu lui fit cet honneur, parce qu'elle avait Ă©tĂ© humble. Elle vĂ©cut, parce qu'elle s'Ă©tait comparĂ©e au nĂ©ant.
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Saadi (ŰšÙˆŰłŰȘŰ§Ù† ŰłŰčŰŻÛŒ)
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Les bonnes rĂ©solutions ne sont que d'inutiles efforts pour contrarier les lois scientifiques. Elles ont leur source dans notre vanitĂ©. Leur rĂ©sultat est absolument nil. Elles nous donnent, de temps Ă  autre, quelques-unes de ces riches et stĂ©riles Ă©motions qui ne sont pas sans charme pour les Ăąmes faibles. VoilĂ  tout ce qu'on peut dire en leur faveur. Ce sont des chĂšques tirĂ©s sur une banque oĂč l'on n'a pas de compte ouvert.
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Oscar Wilde (The Picture of Dorian Gray)
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Aucun changement fonctionnel ou structurel ne peut garantir une sociĂ©tĂ© parfaitement dĂ©mocratique. Nous acceptons mal ce fait parce que nous avons Ă©tĂ© Ă©levĂ©s dans une culture technologique oĂč l'on pense gĂ©nĂ©ralement que, si on pouvait seulement trouver le bon instrument, tou irait enfin pour le mieux et qu'il serait alors possible de se relĂącher un peu. Mais on ne peut jamais se relĂącher. L'expĂ©rience des Noirs amĂ©ricains, comme celle des Indiens, des femmes, des Hispaniques et des pauvres, nous apprend cela. Nulle constitution, nulle dĂ©claration des droits, nul systĂšme Ă©lectoral, nulle loi ne peuvent garantir la paix, la justice et l'Ă©galitĂ©. Tout cela exige un combat permanent, des dĂ©bats incessants impliquant l'ensemble des citoyens et un nombre infini d'organisations et de mouvements qui imposent leur pression sur tous les systĂšmes Ă©tablis.
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Howard Zinn (Disobedience and Democracy : Nine Fallacies on Law and Order)
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De mĂȘme il suffit de penser qu’une douleur s’en va pour sentir en effet cette douleur disparaĂźtre peu Ă  peu, et, inversement, il suffit de penser que l’on souffre pour que l’on sente immĂ©diatement venir la souffrance. - In the same way, it is enough to think that a pain is going away to feel this pain disappearing little by little, and, conversely, it is enough to think that one is suffering for one to immediately feel the suffering coming.
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Émile CouĂ©
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La mort ? Un rendez-vous inĂ©luctable et Ă©ternellement manquĂ© puisque sa prĂ©sence signifiait notre absence. Elle s'installe Ă  l'instant oĂč nous cessons d'ĂȘtre. C'est elle ou nous. Nous pouvons en toute conscience aller au-devant d'elle, mais pouvons-nous la connaĂźtre, ne fĂ»t-ce que le temps d'un Ă©clair ? J'allais ĂȘtre Ă  tout jamais sĂ©parĂ©e de qui j'aimais le mieux au monde. Le "jamais plus" Ă©tait Ă  notre porte. Je savais que nul lien, sauf mon amour, ne nous relierait . Si certaines cellules plus subtiles que l'on appelle Ăąme continuent Ă  exister, je me disais qu'elles ne pouvaient ĂȘtre douĂ©es de mĂ©moire et que notre sĂ©paration serait Ă©ternelle. Je me rĂ©pĂ©tais que la mort n'est rien, que seules la peur, la souffrance physique et la douleur de quitter ceux que l'on aime ou l'oeuvre entreprise rendent son approche atroce et que cela te serait Ă©pargnĂ©. Mais ne plus ĂȘtre prĂ©sent au monde !
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Anne Philipe (Le Temps d'un Soupir)
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Il y a des personnes Ă  qui on n'ose donner d'autres marques de la passion qu'on a pour elles que par les choses qui ne les regardent point ; et, n'osant leur faire paraĂźtre qu'on les aime, on voudrait du moins qu'elles vissent que l'on ne veut ĂȘtre aimĂ© de personne. L'on voudrait qu'elles sussent qu'il n'y a point de beautĂ©, dans quelques rang qu'elle pĂ»t ĂȘtre, que l'on ne regardĂąt avec indiffĂ©rence, et qu'il n'y a point de couronne que l'on voulĂ»t acheter au prix de ne les voir jamais. Les femmes jugent d'ordinaire de la passion qu'on a pour elles, continua-t-il, par le soin qu'on prend de leur plaire et de les chercher ; mais ce n'est pas une chose difficile pour peu qu'elles soient aimables ; ce qui est difficile, c'est de ne s'abandonner pas au plaisir de les suivre ; c'est de les Ă©viter, par peur de laisser paraĂźtre au public, et quasi Ă  elles-mĂȘmes, les sentiments que l'on a pour elles.
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Madame de La Fayette (Madame de La Fayette: la princesse de ClĂšves)
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Il n'y a que deux ou trois crimes Ă  faire dans le monde, dit Curval, et, ceux-lĂ  faits, tout est dit; le reste est infĂ©rieur et l'on ne sent plus rien. Combien de fois, sacredieu, n'ai-je pas dĂ©sirĂ© qu'on pĂ»t attaquer le soleil, en priver l'univers, ou s'en servir pour embraser le monde? Ce serait des crimes cela, et non pas les petits Ă©carts oĂč nous nous livrons, qui se bornent Ă  mĂ©tamorphoser au bout de l'an une douzaine de crĂ©atures en mottes de terre.
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Marquis de Sade (The 120 Days of Sodom)
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« Il faut dire qu’un sĂ©jour continuel dans un État bien organisĂ© a quelque chose d’absolument fantĂŽmal ; on ne peut sortir dans la rue, boire un verre d’eau ou monter dans le tram sans toucher aux leviers subtilement Ă©quilibrĂ©s d’un gigantesque appareil de lois et de relations, les mettre en branle ou se faire maintenir par eux dans la tranquillitĂ© de son existence ; on n’en connaĂźt qu’un trĂšs petit nombre, ceux qui pĂ©nĂštrent profondĂ©ment dans l’intĂ©rieur et se perdent Ă  l’autre bout dans un rĂ©seau dont aucun homme, jamais, n’a dĂ©brouillĂ© l’ensemble ; c’est d’ailleurs pourquoi on le nie, comme le citadin nie l’air, affirmant qu’il n’est que du vide ; mais il semble que ce soit justement parce que tout ce que l’on nie, tout ce qui est incolore, inodore, insipide, sans poids et sans moeurs, comme l’eau, l’air, l’espace, l’argent et la fuite du temps, est en rĂ©alitĂ© l’essentiel que la vie prend ce caractĂšre spectral. »
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Robert Musil (The Man Without Qualities)
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Les passantes : Je veux dĂ©dier ce poĂšme A toutes les femmes qu'on aime Pendant quelques instants secrets A celles qu'on connait Ă  peine Qu'un destin diffĂ©rent entraine Et qu'on ne retrouve jamais ...... A la compagne de voyage Dont les yeux, charmant paysage Font apparaitre court le chemin Qu'on est seul, peut-ĂȘtre Ă  comprendre Et qu'on laisse pourtant descendre Sans avoir effleurĂ© sa main. .... ChĂšres images aperçues EspĂ©rances d'un jour deçues Vous serez dans l'oubli demain Pour peu que le bonheur survienne Il est rare qu'on se souvienne Des Ă©pisodes du chemin. Mais si lon a manquĂ© sa vie On songe avec un peu d'envie A tous ces bonheurs entrevus Aux baisers qu'on n'osa pas prendre Aux coeurs qui doivent vous attendre Aux yeux qu'on n'a jamais revus. Alors aux soirs de lassitude Tout en peuplant sa solitude Des fantĂŽmes du souvenir On pleure les lĂšvres absentes De toutes ces belles passantes Que l'on n'a pas su retenir.
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Antoine Polin
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Et l'amitiĂ©, qui est un sentiment plus sĂ©vĂšre, plus solidement assis, puisqu'il repose sur tout ce qu'il y a de plus Ă©levĂ© en nous, la partie purement intellectuelle de nous-mĂȘme. Quel bonheur de pouvoir dire tout ce que l'on sent Ă  quelqu'un qui vous comprend jusqu'au bout et non pas seulement jusqu'Ă  un certain point, Ă  quelqu'un qui achĂšve votre pensĂ©e avec le mĂȘme mot qui Ă©tait sur vos lĂšvres, dont la rĂ©plique fait jaillir de chez vous un torrent de conceptions, un flot d'idĂ©es. Un demi-mot de votre ami vous en dit plus que bien des phrases, car vous ĂȘtes habituĂ© Ă  penser avec lui. Vous comprenez tous les sentiments qui l'animent et il le sait. Vous ĂȘtes deux intelligences qui s'ajoutent et se complĂštent.
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Pierre Loti (Aziyadé : suivi de FantÎme d'Orient)
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On me dit qu'il fallait une rĂ©vĂ©lation pour apprendre aux hommes la maniĂšre dont Dieu voulait ĂȘtre servi ; on assigne en preuve la diversitĂ© des cultes bizarres qu'ils ont instituĂ©s, et l'on ne voit pas que cette diversitĂ© mĂȘme vient de la fantaisie des rĂ©vĂ©lations. DĂšs que les peuples se sont avisĂ©s de faire parler Dieu, chacun l'a fait parler Ă  sa mode et lui a fait dire ce qu'il a voulu. Si l'on n'eĂ»t Ă©coutĂ© que ce que Dieu dit au coeur de l'homme, il n'y aurait jamais eu qu'une religion sur la terre.
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Jean-Jacques Rousseau (Emile, or On Education)
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L’ermite ne croit pas qu’un philosophe ait jamais exprimĂ© ses opinions vĂ©ritables et ultimes dans des livres : n’écrit-on pas des livres prĂ©cisĂ©ment pour cacher ce que l’on porte en soi ? Il doutera mĂȘme qu’un philosophe puisse avoir de maniĂšre gĂ©nĂ©rale des opinions « ultimes et vĂ©ritables », qu’il n’y ait pas de toute nĂ©cessitĂ© en lui, derriĂšre toute caverne une autre caverne plus profonde. Un arriĂšre-fond d’abĂźme derriĂšre toute « fondation ». Toute philosophie est une philosophie de surface : il y a de l’arbitraire dans le fait qu’il se soit arrĂȘtĂ© ici, ait regardĂ© en arriĂšre et alentour, qu’il n’ait pas creusĂ© plus profondĂ©ment ici et ait remisĂ© sa bĂȘche, il y a aussi de la mĂ©fiance lĂ -dedans. Toute philosophie cache une philosophie ; toute opinion est aussi une cachette, toute parole est aussi un masque.
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Friedrich Nietzsche (Beyond Good and Evil)
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Tous les grands divertissement sont dangereux [...]; mais entre tous ceux que le monde a inventés, il n'y en a point qui soit plus à craindre que la comedie. C'est une représentation si naturelle et si délicate des passions, qu'elle les émeut et les fait naitre dans notre coeur, et surtout celle de l'amour; principalement lorsqu'on le représente fort chaste et fort honnete. Car plus il parait innocent aux ames innocentes, plus elles sont capables d'en etre touchées; sa violence plait a notre amour-propre, qui forme un desir de causer les memes effets, que l'on voit si bien représentes; et l'on se fait en meme temps une conscience fondée sur l'honneteté des sentiments qu'on y voit, qui otent la crainte des ames pures, qui s'imaginent que ce n'est pas blesser la pureté, d'aimer d'un amour qui leur semble si sage.
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Blaise Pascal (Pensées)
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L’orgueil,- observa Mary qui se piquait de psychologie - est, je crois, un sentiment trĂšs rĂ©pandu. La nature nous y porte et bien peu parmi nous Ă©chappent Ă  cette complaisance que l’on nourrit pour soi-mĂȘme Ă  cause de telles ou telles qualitĂ©s souvent imaginaires. La vanitĂ© et l’orgueil sont choses diffĂ©rentes, bien qu’on emploie souvent ces deux mots l’un pour l’autre ; on peut ĂȘtre orgueilleux sans ĂȘtre vaniteux. L’orgueil se rapporte plus Ă  l’opinion que nous avons de nous-mĂȘmes, la vanitĂ© Ă  celle que nous voudrions que les autres aient de nous.
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Jane Austen (Pride and Prejudice)
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Il ne vous reste Ă  parler berbĂšre qu'Ă  vos moutons ou Ă  vos vaches, si on vous en a donnĂ© Ă  garder. Une fois par an, on viendra vous mettre la corde au cou – car vous ĂȘtes une bĂȘte assez rĂ©tive et on vous conduira, parmi vos semblables, Ă  un grand festival. LĂ , on vous demandera d'effectuer des pirouettes que vous avez appris Ă  faire tout seul dans les champs et l'on vus montrera Ă  de belles dames et de beaux messieurs, venus de loin, en leur disant : « voici d'authentiques BerbĂšres ! Dommage qu'ils soient en voie de disparition, n'est-ce pas ? » (Revue amazighe - n° 2, 1980),
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Mohammed Chafik
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Elle venait de se rendre compte qu'il existe deux choses qui empĂȘchent une personne de rĂ©aliser ses rĂȘves : croire qu'ils sont irrĂ©alisables, ou bien, quand la roue du destin tourne Ă  l'improviste, les voir se changer en possible au moment oĂč l'on s'y attend le moins. En effet, en ce cas surgit la peur de s'engager sur un chemin dont on ne connaĂźt pas l'issue, dans une vie tissĂ©e de dĂ©fis inconnus, dans l'Ă©ventualitĂ© que les chose auxquelles nous sommes habituĂ©es disparaissent Ă  jamais. Les gens veulent tout changer, et , en mĂȘme temps, souhaitent que tout continue uniformĂ©ment." (Le DĂ©mon et mademoiselle Prym)
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Paulo Coelho
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finalement, Ă©perdu d'amour et au comble de la frĂ©nĂ©sie Ă©rotique, je m'assis dans l'herbe et j'enlevai un de mes souliers en caoutchouc. — Je vais le manger pour toi, si tu veux. Si elle le voulait I Ha! Mais bien sĂ»r qu'elle le voulait, voyons! C'Ă©tait une vraie petite femme. --- Elle posa son cerceau par terre et s'assit sur ses ta-lons. Je crus voir dans ses yeux une lueur d'estime. Je n'en demandais pas plus. Je pris mon canif et enta-mai le caoutchouc. Elle me regardait faire. — Tu vas le manger cru ? — Oui. J'avalai un morceau, puis un autre. Sous son regard enfin admiratif, je me sentais devenir vraiment un homme. Et j'avais raison. Je venais de faire mon apprentissage. J'entamai le caoutchouc encore plus profondĂ©ment, soufflant un peu, entre les bouchĂ©es, et je continuai ainsi un bon moment, jusqu'Ă  ce qu'une sueur froide me montĂąt au front. Je continuai mĂȘme un peu au-delĂ , serrant les dents, luttant contre la nausĂ©e, ramassant toutes mes forces pour demeurer sur le terrain, comme il me fallut le faire tant de fois, depuis, dans mon mĂ©tier d'homme. Je fus trĂšs malade, on me transporta Ă  l'hĂŽpital, ma mĂšre sanglotait, Aniela hurlait, les filles de l'atelier geignaient, pendant qu'on me mettait sur un brancard dans l'ambulance. J'Ă©tais trĂšs fier de moi. Mon amour d'enfant m'inspira vingt ans plus tard mon premier roman Éducation europĂ©enne, et aussi certains passages du Grand Vestiaire. Pendant longtemps, Ă  travers mes pĂ©rĂ©grinations, j'ai transportĂ© avec moi un soulier d'enfant en caoutchouc, entamĂ© au couteau. J'avais vingt-cinq ans, puis trente, puis quarante, mais le soulier Ă©tait toujours lĂ , Ă  portĂ©e de la main. J'Ă©tais toujours prĂȘt Ă  m'y attabler, Ă  donner, une fois de plus, le meilleur de moi-mĂȘme. Ça ne s'est pas trouvĂ©. Finalement, j'ai abandonnĂ© le soulier quelque part derriĂšre moi. On ne vit pas deux fois. (La promesse de l'aube, ch. XI)
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Romain Gary (Promise at Dawn)
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La civilisation occidentale s'est entiĂšrement tournĂ©e, depuis deux ou trois siĂšcles, vers la mise Ă  la disposition de l'homme de moyens mĂ©caniques de plus en plus puissants. Si l'on adopte ce critĂšre, on fera de la quantitĂ© d'Ă©nergie disponible par tĂȘte d'habitant l'expression du plus ou moins haut degrĂ© de dĂ©veloppement des sociĂ©tĂ©s humaines. La civilisation occidentale, sous sa forme nord-amĂ©ricaine, occupera la place de tĂȘte, les sociĂ©tĂ©s europĂ©ennes venant ensuite, avec, Ă  la traĂźne, une masse de sociĂ©tĂ©s asiatiques et africaines qui deviendront vite indistinctes. Or ces centaines ou mĂȘme ces milliers de sociĂ©tĂ©s qu'on appelle "insuffisamment dĂ©veloppĂ©es" et "primitives", qui se fondent dans un ensemble confus quand on les envisage sous le rapport que nous venons de citer (et qui n'est guĂšre propre Ă  les qualifier, puisque cette ligne de dĂ©veloppement leur manque ou occupe chez elles une place trĂšs secondaire), elles se placent aux antipodes les unes des autres ; selon le point de vue choisi, on aboutirait donc Ă  des classements diffĂ©rents. Si le critĂšre retenu avait Ă©tĂ© le degrĂ© d'aptitude Ă  triompher des milieux gĂ©ographiques les plus hostiles, il n'y a guĂšre de doute que les Eskimos d'une part, les BĂ©douins de l'autre, emporteraient la palme. (p.36)
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Claude Lévi-Strauss (Race et histoire)
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On découvrit alors que l'homme devient névrosé parce qu'il ne peut supporter le degré de renoncement exigé par la société au nom de son idéal culturel, et l'on en conclut qu'abolir ou diminuer notablement ces exigences signifierait un retour à des possibilités de bonheur.   Il est encore une autre cause de désillusion.
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Sigmund Freud (MALAISE DANS LA CIVILISATION)
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Le fait de ne pas prolonger l’expĂ©rience amoureuse n’est pas un critĂšre de validitĂ© en soi. Dans la rencontre attentionnĂ©e avec l’autre, l’individu est Ă©lectrisĂ©. Dans la rencontre de deux corps s’exalte une sensation de vie intense. Aussi la passion n’est-elle pas toujours liĂ©e Ă  la suite de l’évĂ©nement : il est frĂ©quent de rencontrer sensuellement quelqu’un sans vivre ensuite avec lui. Il faut disjoindre la grĂące de la rencontre, qui est Ă©blouissement rĂ©ciproque, des suites d’une relation. Deux ĂȘtres peuvent s’estimer trop diffĂ©rents, trop Ă©loignĂ©s, pour dĂ©cider de former une relation durable, malgrĂ© un Ă©change merveilleux. Les partenaires savent que, « sans lendemain », cet Ă©change se suffit Ă  lui-mĂȘme, qu’il procure une Ă©nergie fabuleuse. C’est nĂ©anmoins un moment magique. « Une voluptĂ© vraie est aussi difficile Ă  rĂ©ussir qu’un mariage d’amour », estime Vladimir JankĂ©lĂ©vitch (1949). Il ne s’agit pas de ce que l’on appelle communĂ©ment l’état amoureux, aussi cette forme de relation est toujours niĂ©e, vulgarisĂ©e, ramenĂ©e Ă  un Ă©change libertin, de pur sexe, instrumental, intĂ©ressĂ©, etc. Pourtant l’apport Ă©motionnel, sensuel, Ă©nergĂ©tique, affectif, amoureux peut avoir des rĂ©percussions plus grandes dans l’histoire de vie de la personne que des annĂ©es de vie conjugale.
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Serge Chaumier (L'amour fissionnel : Le nouvel art d'aimer)
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Et sans doute une guerre est certainement trop bête, mais cela ne l’empêche pas de durer. La bêtise insiste toujours, on s’en apercevrait si l’on ne pensait pas toujours à soi. Nos concitoyens à cet égard étaient comme tout le monde, ils pensaient à eux-mêmes, autrement dit ils étaient humanistes : ils ne croyaient pas aux fléaux. Le fléau n’est pas à la mesure de l’homme, on se dit donc que le fléau est irréel, c’est un mauvais rêve qui va passer. Mais il ne passe pas toujours et, de mauvais rêve en mauvais rêve, ce sont les hommes qui passent, et les humanistes en premier lieu, parce qu’ils n’ont pas pris leurs précautions.
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Albert Camus (The Plague)
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Par une consĂ©quence nĂ©cessaire, il y a trois genres distincts pour les discours qu'Ă©tudie la rhĂ©torique : le dĂ©libĂ©ratif, le judiciaire et le dĂ©monstratif. Quand on dĂ©libĂšre, il s'agit d'engager Ă  faire quelque chose que l'on conseille, ou de dĂ©tourner de quelque chose que l'on dissuade. Soit, en effet, qu'on ait Ă  dĂ©libĂ©rer sur un intĂ©rĂȘt particulier, soit que le peuple rĂ©uni discute un intĂ©rĂȘt public, on n'a jamais que l'une ou l'autre de ces alternatives. Pour le genre judiciaire, il n'y a que l'accusation et la dĂ©fense ; car il faut bien, en rĂ©alitĂ©, que les plaideurs fassent nĂ©cessairement l'un ou l'autre. Pour le dĂ©monstratif, c'est la louange ou le blĂąme.
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Aristotle (The Rhetoric Of Aristotle)
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Le dĂ©veloppement des connaissances prĂ©historiques et archĂ©ologiques tend Ă  Ă©taler dans l'espace des formes de civilisation que nous Ă©tions portĂ©s Ă  imaginer comme Ă©chelonnĂ©es dans le temps. Cela signifie deux choses : d'abord que le "progrĂšs" (si ce terme convient encore pour dĂ©signer une rĂ©alitĂ© trĂšs diffĂ©rente de celle Ă  laquelle on l'avait d'abord appliquĂ©) n'est ni nĂ©cessaire, ni continue ; il procĂšde par sauts, par bonds, ou, comme diraient les biologistes, par mutations. Ces sauts et ces bonds ne consistent pas Ă  aller toujours plus loin dans la mĂȘme direction ; ils s'accompagnent de changements d'orientation, un peu Ă  la maniĂšre du cavalier des Ă©checs qui a toujours Ă  sa disposition plusieurs progressions mais jamais dans le mĂȘme sens. L'humanitĂ© en progrĂšs ne ressemble guĂšre Ă  un personnage gravissant un escalier, ajoutant par chacun de ses mouvements une marche nouvelle Ă  toutes celles dont la conquĂȘte lui est acquise ; elle Ă©voque plutĂŽt le joueur dont la chance est rĂ©partie sur plusieurs dĂ©s et qui, chaque fois qu'il les jette, les voit s'Ă©parpiller sur le tapis, amenant autant de comptes diffĂ©rents. Ce que l'on gagne sur un, on est toujours exposĂ© Ă  le perdre sur l'autre, et c'est seulement de temps Ă  autre que l'histoire est cumulative, c'est-Ă -dire que les comptes s'additionnent pour former une combinaison favorable. (p.29-30)
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Claude Lévi-Strauss (Race et histoire)
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Le silence est un effet de la prudence par laquelle on refuse de se laisser juger ou de s’engager. Il est aussi un effet de l’ascĂ©tisme par lequel on rĂ©frĂšne la spontanĂ©itĂ© de ses mouvements naturels, on renonce Ă  compter dans l’esprit d’autrui, Ă  obtenir son estime ou Ă  exercer une action sur lui. Cependant, il y a encore dans le silence une sorte d’hommage rendu Ă  la gravitĂ© de la vie ; car les paroles ne forment qu’un monde intermĂ©diaire entre ces sentiments intĂ©rieurs qui n’ont de sens que pour nous, mais qu’elles trahissent toujours, et les actes qui changent la face du monde et dont souvent elles tiennent la place. L’homme le plus frivole se contente de parler, sans que ses paroles mettent en jeu ni sa pensĂ©e, ni sa conduite. Le plus sĂ©rieux est celui qui parle le moins : il ne sait que mĂ©diter ou agir. Les paroles ne valent que si elles sont mĂ©diatrices entre la virtualitĂ© de la pensĂ©e et la rĂ©alitĂ© de l’action. Et l’on peut dire qu’elles rendent la pensĂ©e rĂ©elle, bien qu’elles ne soient encore qu’une action virtuelle.
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Louis Lavelle (L'erreur de Narcisse)
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Cette sociĂ©tĂ©, que j'ai remarquĂ©e la premiĂšre dans ma vie, est aussi la premiĂšre qui ait disparu Ă  mes yeux. J'ai vu la mort entrer sous ce toit de paix et de bĂ©nĂ©diction, le rendre peu Ă  peu solitaire, fermer une chambre et puis une autre qui ne se rouvrait plus. J'ai vu ma grand'mĂšre forcĂ©e de renoncer Ă  son quadrille, faute des partners accoutumĂ©s; j'ai vu diminuer le nombre de ces constantes amies, jusqu'au jour oĂč mon aĂŻeule tomba la derniĂšre. Elle et sa sƓur s'Ă©taient promis de s'entre-appeler aussitĂŽt que l'une aurait devancĂ© l'autre; elles se tinrent parole, et madame de BedĂ©e ne survĂ©cut que peu de mois Ă  mademoiselle de Boisteilleul. Je suis peut-ĂȘtre le seul homme au monde qui sache que ces personnes ont existĂ©. Vingt fois, depuis cette Ă©poque, j'ai fait la mĂȘme observation; vingt fois des sociĂ©tĂ©s se sont formĂ©es et dissoutes autour de moi. Cette impossibilitĂ© de durĂ©e et de longueur dans les liaisons humaines, cet oubli profond qui nous suit, cet invincible silence qui s'empare de notre tombe et s'Ă©tend de lĂ  sur notre maison, me ramĂšnent sans cesse Ă  la nĂ©cessitĂ© de l'isolement. Toute main est bonne pour nous donner le verre d'eau dont nous pouvons avoir besoin dans la fiĂšvre de la mort. Ah! qu'elle ne nous soit pas trop chĂšre! car comment abandonner sans dĂ©sespoir la main que l'on a couverte de baisers et que l'on voudrait tenir Ă©ternellement sur son cƓur?
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François-René de Chateaubriand (Mémoires d'Outre-Tombe)
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Pourquoi considĂ©rait-on l'amitiĂ© admirable Ă  vingt-six ans, mais suspecte Ă  trente-six ? Pourquoi l'amitiĂ© valait-elle moins qu'une relation amoureuse ? Pourquoi ne valait-elle pas plus, mĂȘme ? Elle consistait en ce que deux personnes demeuraient ensemble, jour aprĂšs jour, liĂ©es non par le sexe ou l'attirance physique, par l'argent ou la propriĂ©tĂ© commune, mais seulement par un accord partagĂ© de continuer, un dĂ©vouement mutuel envers une union qui ne pourrait jamais ĂȘtre codifiĂ©e. L'amitiĂ© comprenait d'ĂȘtre tĂ©moin du lent Ă©coulement des malheurs d'un autre, ainsi que de longues pĂ©riodes d'ennui, et d'occasionnels triomphes. Elle consistait Ă  se sentir honorĂ© du privilĂšge d'ĂȘtre prĂ©sent pour quelqu'un dans ses moments les plus sombres, et de savoir que l'on pouvait en retour se sentir dĂ©primĂ© en compagnie de cette mĂȘme personne.
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Hanya Yanagihara (A Little Life)
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Comment l'Histoire pourrait-elle mieux servir la vie qu'en attachant Ă  leur patrie et aux coutumes de leur patrie les races et les peuples moins favorisĂ©s, en leur donnant des goĂ»ts sĂ©dentaires, ce qui les empĂȘche de chercher mieux Ă  l'Ă©tranger, de rivaliser dans la lutte pour parvenir Ă  ce mieux? Parfois cela paraĂźt ĂȘtre de l'entĂȘtement et de la dĂ©raison qui visse en quelque sorte l'individu Ă  tels compagnons et Ă  tel entourage, Ă  telles habitudes laborieuses, Ă  tels stĂ©rile coteau. Mais c'est la dĂ©raison la plus salutaire, celle qui profite le plus Ă  la collectivitĂ©. Chacun le sait, qui s'est rendu compte des terribles effets de l'esprit d'aventure, de la fiĂšvre d'Ă©migration, quand ils s'emparent de peuplades entiĂšres, chacun le sait, qui a vu de prĂšs un peuple ayant perdu la fidĂ©litĂ© Ă  son passĂ©, abandonnĂ© Ă  une chasse fiĂ©vreuse de la nouveautĂ©, Ă  une recherche perpĂ©tuelle des Ă©lĂ©ments Ă©trangers. Le sentiment contraire, le plaisir que l'arbre prend Ă  ses racines, le bonheur que l'on Ă©prouve Ă  ne pas se sentir nĂ© de l'arbitraire et du hasard, mais sorti d'un passĂ© — hĂ©ritier, floraison, fruit — , ce qui excuserait et justifierait mĂȘme l'existence : c'est lĂ  ce que l'on appelle aujourd'hui, avec une certaine prĂ©dilection, le sens historique. DeuxiĂšme ConsidĂ©ration intempestive. ch. 3
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Friedrich Nietzsche
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Il est un cĂŽtĂ© de la « culture bourgeoise » qui en dĂ©voile toute la petitesse, c'est son aspect de « roulement » conventionnel, de manque d'imagination, bref d'inconscience et de vanitĂ© : on ne se demande pas un instant « Ă  quoi bon tout cela » ; aucun auteur ne se demande s'il vaut la peine d'Ă©crire une nouvelle histoire aprĂšs tant d'autres histoires ; on semble en Ă©crire simplement parce que d'autres en ont Ă©crit, et parce qu'on ne voit pas pourquoi on ne le ferait pas et pourquoi on ne gagnerait pas une gloire que d'autres ont gagnĂ©e. C'est un perpetuum mobile que rien ne peut arrĂȘter, sauf une catastrophe ou, moins tragiquement, la disparition progressive des lecteurs ; sans public point de cĂ©lĂ©britĂ©, nous l'avons dit plus haut. Et ceci est arrivĂ© dans une certaine mesure : on ne lit plus d'anciens auteurs dont le prestige paraissait assurĂ© ; le grand public a d'autres besoins, d'autres ressources et d'autres distractions, fussent-elle des plus basses. La culture c'est, de plus en plus, l'absence de culture : la manie de se couper de ses racines et d'oublier d'oĂč l'on vient. Une des raisons subjectives de ce que nous pouvons appeler le « roulement culturel » est que l'homme n'aime pas se perdre tout seul, qu'il aime par consĂ©quent trouver des complices pour une perdition commune ; c'est ce que fait la culture profane, inconsciemment ou consciemment, mais non innocemment car l'homme porte au fond de lui-mĂȘme l'instinct de sa raison d'ĂȘtre et de sa vocation. On a souvent reprochĂ© aux civilisations orientales leur stĂ©rilitĂ© culturelle, c'est-Ă -dire le fait qu'elles ne comportent pas un fleuve habituel de production littĂ©raire, artistique et philosophique ; nous croyons pouvoir nous dispenser Ă  prĂ©sent de la peine d'en expliquer les raisons.
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Frithjof Schuon (To Have a Center (Library of Traditional Wisdom))
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Elles disent, malheureuse, ils t'ont chassée du monde des signes, et cependant ils t'ont donné des noms, ils t'ont appelée esclave, toi malheureuse esclave. Comme des maßtres ils ont exercé leur droit de maßtre. Ils écrivent de ce droit de donner des noms qu'il va si loin que l'on peut considérer l'origine du langage comme un acte d'autorité émanant de ceux qui dominent. Ainsi ils disent qu'ils ont dit, ceci est telle ou telle chose, ils ont attaché à un objet et à un fait tel vocable et par là ils se le sont pour ainsi dire appropriés. Elles disent, ce faisant ils ont gueulé hurlé de toutes leurs forces pour te réduire au silence. Elles disent, le langage que tu parles t'empoisonne la glotte la langue le palais les lÚvres. Elles disent le langage que tu parles est fait de mots qui te tuent. Elles disent, le langage que tu parles est fait de signes qui à proprement parler désignent ce qu'ils se sont appropriés. Ce sur quoi ils n'ont pas mis la main, ce sur quoi ils n'ont pas fondu comme des rapaces aux yeux multiples, cela n'apparaßt pas dans le langage que tu parles. Cela se manifeste juste dans l'intervalle que les maßtres n'ont pas pu combler avec leurs mots de propriétaires et de possesseurs, cela peut se chercher dans la lacune, dans tout ce qui n'est pas la continuité de leurs discours, dans le zéro, le O, le cercle parfait que tu inventes pour les emprisonner et pour les vaincre.
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Monique Wittig (Les GuérillÚres)
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Un jour il voyait des gens du pays trĂšs occupĂ©s Ă  arracher des orties ; il regarda ce tas de plantes dĂ©racinĂ©es Ăšt dĂ©jĂ  dessĂ©chĂ©es, et dit : — C’est mort. Cela serait pourtant bon si l’on savait s’en servir. Quant l’ortie est jeune, la feuille est un lĂ©gume excellent ; quand elle vieillit, elle a des filaments et des fibres comme le chanvre et le lin. La toile d’ortie vaut la toile de chanvre. HachĂ©e, l’ortie est bonne pour la volaille ; broyĂ©e, elle est bonne pour lĂšs bĂȘtes Ă  cornes, La graine de l’ortie mĂȘlĂ©e au fourrage donne du luisant au poil des animaux ; la racine mĂȘlĂ©e au sel produit une belle couleur jaune. C’est du reste un excellent foin qu’on peut faucher deux fois. Et que faut-il Ă  l’ortie ? Peu de terre, nul soin, nulle culture. Seulement la graine tombe Ă  mesure qu’elle mĂ»rit, et est difficile Ă  rĂ©colter. Avec quelque peine qu’on prendrait, l’ortie serait utile ; on la nĂ©glige, elle devient nuisible. Alors on la tue. Que d’hommes ressemblent Ă  l’ortie ! — Il ajouta aprĂšs un silence : Mes amis, retenez ceci, il n’y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais cultivateurs.
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Victor Hugo (Les Misérables, tome I/3)
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Tant qu'on va et vient dans la pays natal, on s'imagine que ces rues vous sont indiffĂ©rentes, que ces fenĂȘtres, ces toits et ces portes ne vous sont de rien, que ces murs vous sont Ă©trangers, que ces arbres sont les premiers arbres venue, que ces maisons oĂč l'on n'entre pas vous sont inutiles, que ces pavĂ©s oĂč l'on marche sont des pierres. Plus tard, quand on n'y est plus, on s'aperçoit que ces rues vous sont chĂšres, que ces toits, ces fenĂȘtres et ces portes vous manquent, que ces murailles vous sont nĂ©cessaires, que ces arbres sont vos bien-aimĂ©es, que ces maisons oĂč l'on n'entrait pas on y entrait tous les jours, qu'on a laissĂ© de ses entrailles, de son sang et de son coeur dans ces pavĂ©s. Tous ces lieux qu'on ne voit plus, qu'on ne reverra jamais peut-ĂȘtre, et dont on a gardĂ© l'image, prennent un charme douloureux, vous reviennent avec la mĂ©lancolie d'une apparition, vous font la terre sainte visible, et sont, pour ainsi dire, la forme mĂȘme de la France et on les aime et on les Ă©voque tels qu'ils sont, tels qu'ils Ă©taient, et l'on s'y obstine, et l'on n'y veut rien changer, car on tient Ă  la figure de la patrie comme au visage de sa mĂšre.
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Victor Hugo (Les Misérables)
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La civilisation n'est autre chose qu'une sĂ©rie de transformations successives. À quoi donc allez-vous assister? Ă  la transformation de la pĂ©nalitĂ©. La douce loi du Christ pĂ©nĂ©trera enfin le code et rayonnera Ă  travers. On regardera le crime comme une maladie, et cette maladie aura ses mĂ©decins qui remplaceront vos juges, ses hĂŽpitaux qui rempleceront vos bagnes. La libertĂ© et la santĂ© se ressembleront. On versera le baume et l'huile oĂč l'on appliquait le fer et le feu. On traitera par la charitĂ© ce mal qu'on traitait par la colĂšre. Ce sera simple et sublime. La croix substituĂ©e au gibet. VoilĂ  tout.
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Victor Hugo (Le Dernier Jour d'un Condamné (French Edition))
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En cette perpĂ©tuelle bataille que l'on appelle vivre, on cherche Ă  Ă©tablir un code de comportement adaptĂ© Ă  la sociĂ©tĂ©, communiste ou prĂ©tendument libre, dans laquelle on a Ă©tĂ© Ă©levĂ©. Nous obĂ©issons Ă  certaines rĂšgles de conduite, en tant qu'elles sont parties intĂ©grantes de notre tradition, hindoue, islamique, chrĂ©tienne ou autre. Nous avons recours Ă  autrui pour distinguer la bonne et la mauvaise façon d'agir, la bonne et la mauvaise façon de penser. En nous y conformant, notre action et notre pensĂ©e deviennent mĂ©caniques, nos rĂ©actions deviennent automatiques. Nous pouvons facilement le constater en nous-mĂȘmes. Depuis des siĂšcles, nous nous faisons alimenter par nos maĂźtres, par nos autoritĂ©s, par nos livres, par nos saints, leur demandant de nous rĂ©vĂ©ler tout ce qui existe au-delĂ  des collines, au-delĂ  des montagnes, audelĂ  de la Terre. Si leurs rĂ©cits nous satisfont, c'est que nous vivons de mots et que notre vie est creuse et vide : une vie, pour ainsi dire de « seconde main ». Nous avons vĂ©cu de ce que l'on nous a dit, soit Ă  cause de nos tendances, de nos inclinations, soit parce que les circonstances et le milieu nous y ont contraints. Ainsi, nous sommes la rĂ©sultante de toutes sortes d'influences et il n'y a rien de neuf en nous, rien que nous ayons dĂ©couvert par nous-mĂȘmes, rien d'originel, de non corrompu, de clair.
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J. Krishnamurti
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Les discours et les Ă©crits politiques sont aujourd'hui pour l'essentiel une dĂ©fense de l'indĂ©fendable. Des faits tels que le maintien de la domination britannique en Inde, les purges et les dĂ©portations en Russie, le largage de bombes atomiques sur le Japon peuvent sans doute ĂȘtre dĂ©fendus, mais seulement Ă  l'aide d'arguments d'une brutalitĂ© insupportable Ă  la plupart des gens, et qui ne cadrent pas avec les buts affichĂ©s des partis politiques. Le langage politique doit donc principalement consister en euphĂ©mismes, pĂ©titions de principe et imprĂ©cisions nĂ©buleuses. Des villages sans dĂ©fense subissent des bombardements aĂ©riens, leurs habitants sont chassĂ©s dans les campagnes, leur bĂ©tail est mitraillĂ©, leurs huttes sont dĂ©truites par des bombes incendiaires : cela s'appelle la "pacification". Des millions de paysans sont expulsĂ©s de leur ferme et jetĂ©s sur les routes sans autre viatique que ce qu'ils peuvent emporter : cela s'appelle un "transfert de population" ou une "rectification de frontiĂšre". Des gens sont emprisonnĂ©s sans jugement pendant des annĂ©es, ou abattus d'une balle dans la nuque, ou envoyĂ©s dans les camps de bucherons de l'Arctique pour y mourir du scorbut : cela s'appelle l'"Ă©limination des Ă©lĂ©ments suspects". Cette phrasĂ©ologie est nĂ©cessaire si l'on veut nommer les choses sans Ă©voquer les images mentales correspondantes.
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George Orwell (Such, Such Were the Joys)
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Ce qui importe avant tout, c'est que le sens gouverne le choix des mots, et non l'inverse. En matiĂšre de prose, la pire des choses que l'on puisse faire avec les mots est de s'abandonner Ă  eux. Quand vous pensez Ă  un objet concret, vous n'avez pas besoin de mots, et si vous voulez dĂ©crire ce que vous venez de visualiser, vous vous mettrez sans doute alors en quĂȘte des termes qui vous paraĂźtront les plus adĂ©quats. Quand vous pensez Ă  une notion abstraite, vous ĂȘtes plus enclin Ă  recourir d'emblĂ©e aux mots, si bien qu'Ă  moins d'un effort conscient pour Ă©viter ce travers, le jargon existant s'impose Ă  vous et fait le travail Ă  votre place, au risque de brouiller ou mĂȘme d'altĂ©rer le sens de votre rĂ©flexion. Sans doute vaut-il mieux s'abstenir, dans la mesure du possible, de recourir aux termes abstraits et et essayer de s'exprimer clairement par le biais de l'image ou de la sensation. On pourra ensuite choisir - et non pas simplement "accepter" - les formulations qui serreront au plus prĂšs la pensĂ©e, puis changer de point de vue et voir quelle impression elles pourraient produire sur d'autres personnes. Ce dernier effort mental Ă©limine toutes les images rebattues ou incohĂ©rentes, toutes les expressions prĂ©fabriquĂ©es, les rĂ©pĂ©titions inutiles et, de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, le flou et la poudre aux yeux. Extrait de "La politique et la langue anglaise
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George Orwell (Such, Such Were the Joys)
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L'Art d’avoir toujours raison La dialectique 1 Ă©ristique est l’art de disputer, et ce de telle sorte que l’on ait toujours raison, donc per fas et nefas (c’est-Ă -dire par tous les moyens possibles)2. On peut en effet avoir objectivement raison quant au dĂ©bat lui-mĂȘme tout en ayant tort aux yeux des personnes prĂ©sentes, et parfois mĂȘme Ă  ses propres yeux. En effet, quand mon adversaire rĂ©fute ma preuve et que cela Ă©quivaut Ă  rĂ©futer mon affirmation elle-mĂȘme, qui peut cependant ĂȘtre Ă©tayĂ©e par d’autres preuves – auquel cas, bien entendu, le rapport est inversĂ© en ce qui concerne mon adversaire : il a raison bien qu’il ait objectivement tort. Donc, la vĂ©ritĂ© objective d’une proposition et la validitĂ© de celle-ci au plan de l’approbation des opposants et des auditeurs sont deux choses bien distinctes. (C'est Ă  cette derniĂšre que se rapporte la dialectique.) D’oĂč cela vient-il ? De la mĂ©diocritĂ© naturelle de l’espĂšce humaine. Si ce n’était pas le cas, si nous Ă©tions fonciĂšrement honnĂȘtes, nous ne chercherions, dans tout dĂ©bat, qu’à faire surgir la vĂ©ritĂ©, sans nous soucier de savoir si elle est conforme Ă  l’opinion que nous avions d’abord dĂ©fendue ou Ă  celle de l’adversaire : ce qui n’aurait pas d’importance ou serait du moins tout Ă  fait secondaire. Mais c’est dĂ©sormais l’essentiel. La vanitĂ© innĂ©e, particuliĂšrement irritable en ce qui concerne les facultĂ©s intellectuelles, ne veut pas accepter que notre affirmation se rĂ©vĂšle fausse, ni que celle de l’adversaire soit juste. Par consĂ©quent, chacun devrait simplement s’efforcer de n’exprimer que des jugements justes, ce qui devrait inciter Ă  penser d’abord et Ă  parler ensuite. Mais chez la plupart des hommes, la vanitĂ© innĂ©e s’accompagne d’un besoin de bavardage et d’une malhonnĂȘtetĂ© innĂ©e. Ils parlent avant d’avoir rĂ©flĂ©chi, et mĂȘme s’ils se rendent compte aprĂšs coup que leur affirmation est fausse et qu’ils ont tort, il faut que les apparences prouvent le contraire. Leur intĂ©rĂȘt pour la vĂ©ritĂ©, qui doit sans doute ĂȘtre gĂ©nĂ©ralement l’unique motif les guidant lors de l’affirmation d’une thĂšse supposĂ©e vraie, s’efface complĂštement devant les intĂ©rĂȘts de leur vanité : le vrai doit paraĂźtre faux et le faux vrai.
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Arthur Schopenhauer (L'art d'avoir toujours raison (La Petite Collection))
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TOUZENBACH Si vous voulez. De quoi parlerons-nous ? VERCHININE De quoi ? RĂȘvons ensemble... par exemple de la vie telle qu’elle sera aprĂšs nous, dans deux ou trois cents ans. TOUZENBACH Eh bien, aprĂšs nous on s’envolera en ballon, on changera la coupe des vestons, on dĂ©couvrira peut-ĂȘtre un sixiĂšme sens, qu’on dĂ©veloppera, mais la vie restera la mĂȘme, un vie difficile, pleine de mystĂšre, et heureuse. Et dans mille ans, l’homme soupirera comme aujourd’hui : « Ah ! qu’il est difficile de vivre ! » Et il aura toujours peur de la mort et ne voudra pas mourir. VERCHININE, aprĂšs avoir rĂ©flĂ©chi. Comment vous expliquer ? Il me semble que tout va se transformer peu Ă  peu, que le changement s’accomplit dĂ©jĂ , sous nos yeux. Dans deux ou trois cents ans, dans mille ans peut-ĂȘtre, peu importe le dĂ©lai, s’établira une vie nouvelle, heureuse. Bien sĂ»r, nous ne serons plus lĂ , mais c’est pour cela que nous vivons, travaillons, souffrons enfin, c’est nous qui la crĂ©ons, c’est mĂȘme le seul but de notre existence, et si vous voulez, de notre bonheur. Macha rit doucement. TOUZENBACH Pourquoi riez-vous ? MACHA Je ne sais pas. Je ris depuis ce matin. VERCHININE J’ai fait les mĂȘmes Ă©tudes que vous, je n’ai pas Ă©tĂ© Ă  l’AcadĂ©mie militaire. Je lis beaucoup, mais je ne sais pas choisir mes lectures, peut-ĂȘtre devrais-je lire tout autre chose ; et cependant, plus je vis, plus j’ai envie de savoir. Mes cheveux blanchissent, bientĂŽt je serai vieux, et je ne sais que peu, oh ! trĂšs peu de chose. Pourtant, il me semble que je sais l’essentiel, et que je le sais avec certitude. Comme je voudrais vous prouver qu’il n’y a pas, qu’il ne doit pas y avoir de bonheur pour nous, que nous ne le connaĂźtrons jamais... Pour nous, il n’y a que le travail, rien que le travail, le bonheur, il sera pour nos lointains descendants. (Un temps.) Le bonheur n’est pas pour moi, mais pour les enfants de mes enfants. TOUZENBACH Alors, d’aprĂšs vous, il ne faut mĂȘme pas rĂȘver au bonheur ? Mais si je suis heureux ? VERCHININE Non. TOUZENBACH, joignant les mains et riant. Visiblement, nous ne nous comprenons pas. Comment vous convaincre ? (Macha rit doucement. Il lui montre son index.) Eh bien, riez ! (À Verchinine :) Non seulement dans deux ou trois cents ans, mais dans un million d’annĂ©es, la vie sera encore la mĂȘme ; elle ne change pas, elle est immuable, conforme Ă  ses propres lois, qui ne nous concernent pas, ou dont nous ne saurons jamais rien. Les oiseaux migrateurs, les cigognes, par exemple, doivent voler, et quelles que soient les pensĂ©es, sublimes ou insignifiantes, qui leur passent par la tĂȘte, elles volent sans relĂąche, sans savoir pourquoi, ni oĂč elles vont. Elles volent et voleront, quels que soient les philosophes qu’il pourrait y avoir parmi elles ; elles peuvent toujours philosopher, si ça les amuse, pourvu qu’elles volent... MACHA Tout de mĂȘme, quel est le sens de tout cela ? TOUZENBACH Le sens... VoilĂ , il neige. OĂč est le sens ? MACHA Il me semble que l’homme doit avoir une foi, du moins en chercher une, sinon sa vie est complĂštement vide... Vivre et ignorer pourquoi les cigognes volent, pourquoi les enfants naissent, pourquoi il y a des Ă©toiles au ciel... Il faut savoir pourquoi l’on vit, ou alors tout n’est que balivernes et foutaises. Comme dit Gogol : « Il est ennuyeux de vivre en ce monde, messieurs. »
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Anton Chekhov (The Three Sisters)
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Revenons donc Ă  nos poncifs, ou plutĂŽt Ă  quelques-uns d’entre eux : 1° Le XIXe siĂšcle est le siĂšcle de la science. 2° Le XIXe siĂšcle est le siĂšcle du progrĂšs. 3° Le XIXe siĂšcle est le siĂšcle de la dĂ©mocratie, qui est progrĂšs et progrĂšs continu. 4° Les tĂ©nĂšbres du moyen Ăąge. 5° La RĂ©volution est sainte, et elle a Ă©mancipĂ© le peuple français. 6° La dĂ©mocratie, c’est la paix. Si tu veux la paix, prĂ©pare la paix. 7° L’avenir est Ă  la science. La Science est toujours bienfaisante. 8° L’instruction laĂŻque, c’est l’émancipation du peuple. 9° La religion est la fille de la peur. 10° Ce sont les États qui se battent. Les peuples sont toujours prĂȘts Ă  s’accorder. 11° Il faut remplacer l’étude du latin et du grec, qui est devenue inutile, par celle des langues vivantes, qui est utile. 12° Les relations de peuple Ă  peuple vont sans cesse en s’amĂ©liorant. Nous courons aux États-Unis d’Europe. 13° La science n’a ni frontiĂšres, ni patrie. 14° Le peuple a soif d’égalitĂ©. 15° Nous sommes Ă  l’aube d’une Ăšre nouvelle de fraternitĂ© et de justice. 16° La propriĂ©tĂ©, c’est le vol. Le capital, c’est la guerre. 17° Toutes les religions se valent, du moment qu’on admet le divin. 18° Dieu n’existe que dans et par la conscience humaine. Cette conscience crĂ©e Dieu un peu plus chaque jour. 19° L’évolution est la loi de l’univers. 20° Les hommes naissent naturellement bons. C’est la sociĂ©tĂ© qui les pervertit. 21° Il n’y a que des vĂ©ritĂ©s relatives, la vĂ©ritĂ© absolue n’existe pas. 22° Toutes les opinions sont bonnes et valables, du moment que l’on est sincĂšre. Je m’arrĂȘte Ă  ces vingt-deux Ăąneries, auxquelles il serait aisĂ© de donner une suite, mais qui tiennent un rang majeur par les innombrables calembredaines du XIXe siĂšcle, parmi ce que j’appellerai ses idoles. Idoles sur chacune desquelles on pourrait mettre un ou plusieurs noms.
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Léon Daudet (Le Stupide XIXe siÚcle (French Edition))
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Qui vous le dit, qu’elle (la vie) ne vous attend pas ? Certes, elle continue, mais elle ne vous oblige pas Ă  suivre le rythme. Vous pouvez bien vous mettre un peu entre parenthĂšses pour vivre ce deuil
 accordez-vous le temps. *** Parce que Ò«a me fait plaisir. Parce que je sais aussi que l’entourage peut se montrer trĂšs discret dans pareille situation, et que de se changer les idĂ©es de temps en temps fait du bien. Parce que je sais que vous aimez la montagne et que vous n’iriez pas toute seule. *** Oui. Si vous perdez une jambe, Ò«a se voit, les gens sont conciliants. Et encore, pas tous. Mais quand c’est un morceau de votre cƓur qui est arrachĂ©, Ò«a ne se voit pas de l’extĂ©rieur, et c’est au moins aussi douloureux
 Ce n’est pas de la faute des gens. Ils ne se fient qu’aux apparences. Il faut gratter pour voir ce qu’il y a au fond. Si vous jetez une grosse pierre dans une mare, elle va faire des remous Ă  la surface. Des gros remous d'abord, qui vont gifler les rives, et puis des remous plus petits, qui vont finir par disparaĂźtre. Peu Ă  peu, la surface redevient lisse et paisible. Mais la grosse pierre est quand mĂȘme au fond. La grosse pierre est quand mĂȘme au fond. *** La vie s’apparente Ă  la mer. Il y a les bruit des vagues, quand elles s’abattent sur la plage, et puis le silence d’aprĂšs, quand elles se retirent. Deux mouvement qui se croissent et s’entrecoupent sans discontinuer. L’un est rapide, violent, l’autre est doux et lent. Vous aimeriez vous retirer, dans le mĂȘme silence des vagues, partir discrĂštement, vous faire oublier de la vie. Mais d’autres vague arrivent et arriveront encore et toujours. Parce que c’est Ò«a la vie
 C’est le mouvement, c’est le rythme, le fracas parfois, durant la tempĂȘte, et le doux clapotis quand tout est calme. Mais le clapotis quand mĂȘme Un bord de mer n'est jamais silencieux, jamais. La vie non plus, ni la vĂŽtre, ni la mienne. Il y a les grains de sables exposĂ©s aux remous et ceux protĂ©gĂ©s en haut de la plage. Lesquels envier? Ce n'est pas avec le sable d'en haut, sec et lisse, que l'on construit les chĂąteaux de sable, c'est avec celui qui fraye avec les vagues car ses particules sont coalescentes. Vous arriverez Ă  reconstruire votre chĂąteau, vous le construirez avec des grains qui vous ressemblent, qui ont aussi connu les dĂ©ferlantes de la vie, parce qu'avec eux, le ciment est solide.. *** « Tu ne sais jamais Ă  quel point tu es fort jusqu’au jour oĂč ĂȘtre fort reste la seule option. » C’est Bob Marley qui a dit Ò«a. *** Manon ne referme pas violemment la carte du restaurant. Elle n’éprouve pas le besoin qu’il lui lise le menu pour qu’elle ne voie pas le prix, et elle trouvera Ă©gal que chaque bouchĂ©e vaille cinq euros. Manon profite de la vie. Elle accepte l’invitation avec simplicitĂ©. Elle dĂ©fend la place des femmes sans ĂȘtre une fĂ©ministe acharnĂ©e et cela ne lui viendrait mĂȘme pas Ă  l’idĂ©e de payer sa part. D’abord, parce qu’elle sait que Paul s’en offusquerait, ensuite, parce qu’elle aime ces petites marques de galanterie, qu’elle regrette de voir disparaĂźtre avec l’évolution d’une sociĂ©tĂ© en pertes de repĂšres.
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AgnĂšs Ledig (Juste avant le bonheur)
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EurĂȘka. Poe attachait une grande importance Ă  cette Ɠuvre, Ă  la fois cosmogonie et poĂšme, qui commence par un discours de la mĂ©thode et se termine par une mĂ©taphysique. L’influence des idĂ©es de Poe, qui se rĂ©pandent en Europe Ă  partir de 1845, est si considĂ©rable, et se fait sentir avec une telle intensitĂ© sur certains Ă©crivains (tels que Baudelaire ou DostoĂŻevski) que l’on peut dire qu’il donne un sens nouveau Ă  la littĂ©rature. Poe joignait en lui des Ă©lĂ©ments de culture assez hĂ©tĂ©rogĂšnes ; d’une part, Ă©lĂšve de l’École polytechnique de Baltimore (oĂč passa aussi Whistler), il avait une formation scientifique ; de l’autre, ses lectures l’avaient mis en contact avec le romantisme allemand des LumiĂšres, et avec tout le XVIIIe siĂšcle français, reprĂ©sentĂ© souvent par des ouvrages oubliĂ©s aujourd’hui, tels que conteurs, poĂštes mineurs, etc. Ne pas nĂ©gliger chez Poe l’élĂ©ment cabaliste (de mĂȘme que chez Goethe), la magie, telle qu’elle devait hanter, en France, l’esprit d’un Nerval, en Allemagne, Hoffmann, et bien d’autres. Enfin, l’influence de la poĂ©sie anglaise (Milton, Shelley, etc.). Poe avait lu tout jeune les deux ouvrages les plus rĂ©pandus de Laplace qui l’avaient beaucoup frappĂ©. Le calcul des probabilitĂ©s intervient constamment chez lui. Dans EurĂȘka, il dĂ©veloppe l’idĂ©e de la nĂ©buleuse (de Kant), que reprendra plus tard Henri PoincarĂ©. Poe introduit dans la littĂ©rature l’esprit d’analyse. À ce propos, il convient de rĂ©pĂ©ter que pensĂ©e rĂ©flĂ©chie et pensĂ©e intuitive peuvent et doivent coexister et se coordonner. Le travail littĂ©raire pouvant se dĂ©composer en plusieurs « temps », on doit faire collaborer ces deux Ă©tats de l’esprit, l’état de veille oĂč la prĂ©cision, la nettetĂ© sont portĂ©es Ă  leur point le plus haut, et une autre phase, plus confuse, oĂč peuvent naĂźtre spontanĂ©ment des Ă©lĂ©ments mĂ©lodiques ou poĂ©tiques. Du reste, quand un poĂšme est long (cf., dans « La GenĂšse d’un poĂšme », le passage ayant trait Ă  la « dimension »), ce « bonheur de l’instant » ne saura se soutenir pendant toute sa durĂ©e. Il faut donc toujours aller d’une forme de crĂ©ation Ă  l’autre, et elles ne s’opposent pas.
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Paul Valéry (Cours de poétique (Tome 1) - Le corps et l'esprit (1937-1940) (French Edition))
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Dans la bouche de ces prĂ©tendus reprĂ©sentants du prolĂ©tariat, toutes les formules socialistes perdent leur sens rĂ©el. La lutte de classe reste toujours le grand principe ; mais elle doit ĂȘtre subordonnĂ©e Ă  la solidaritĂ© nationale1. L’internationalisme est un article de foi en l’honneur duquel les plus modĂ©rĂ©s se dĂ©clarent prĂȘts Ă  prononcer les serments les plus solennels; mais le patriotisme impose aussi des devoirs sacrĂ©s2. L’émancipation des travailleurs doit ĂȘtre l’Ɠuvre des travailleurs eux-mĂȘmes, comme on l’imprime encore tous les jours, mais la vĂ©ritable Ă©mancipation consiste Ă  voter pour un professionnel de la politique, Ă  lui assurer les moyens de se faire une bonne situation, Ă  se donner un maĂźtre. Enfin l’État doit disparaĂźtre et on se garderait de contester ce qu’Engels a Ă©crit lĂ -dessus; mais cette disparition aura lieu seulement dans un avenir si lointain que l’on doit s’y prĂ©parer en utilisant provisoirement l’État pour gaver les politiciens de bons morceaux ; et la meilleure politique pour faire disparaĂźtre l’État consiste provisoirement Ă  renforcer la machine gouvernementale ; Gribouille, qui se jette Ă  l’eau pour ne pas ĂȘtre mouillĂ© par la pluie, n’aurait pas raisonnĂ© autrement. Etc, etc.
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Georges Sorel (Reflections on Violence (Dover Books on History, Political and Social Science))