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PensĂ©e dâun philosophe polonais
Il y a des gens formidables
Quâon rencontre au mauvais moment.
Et il y a des gens qui sont formidables
Parce quâon les rencontre au bon moment.
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David Foenkinos (Delicacy)
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Ce qui m'effraie, ce n'est pas l'oppression des méchants; c'est l'indifférence des bons.
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Martin Luther King Jr.
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Celui-la seul qui a eprouve l'extreme infortune est apte a ressentir l'extreme felicite. Il faut avoir voulu mourir pour savoir combien el est bon de vivre.
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Alexandre Dumas (Le Comte de Monte-Cristo: Tome 1)
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Il m'arrive de penser que ce serait sympa de trouver des mecs intelligents qui veuillent bien travailler seize heures par jour pour des clopinettes âmais bon, s'ils le voulaient bien, ils ne seraient pas si intelligents.
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Luke Rhinehart
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Le sage, le bon gĂ©nĂ©ral ou le mĂ©decin clairvoyant est celui qui sait voir et lire lĂ oĂč les autres ne voient encore rien.
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Marcel Granet
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L'Occident : une pourriture qui sent bon, un cadavre parfumé.
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Emil M. Cioran
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Il serait peut-ĂȘtre bon, il serait peut-ĂȘtre temps de se demander si la perfection nâest pas dans lâenfance, si lâadulte nâest pas quâun enfant qui a commencĂ© Ă pourrir.
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René Barjavel (La Nuit des temps)
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On s'ennuie de tout, mon ange, c'est une loi de la nature; ce n'est pas ma faute.
Si donc, je m'ennuie aujourd'hui d'une aventure qui m'a occupé entiÚrement depuis quatre mortels mois, ce n'est pas ma faute.
Si, par exemple, j'ai eu juste autant d'amour que toi de vertu, et c'est surement beaucoup dire, il n'est pas Ă©tonnant que l'un ait fini en mĂȘme temps que l'autre. Ce n'est pas ma faute.
Il suit de là , que depuis quelque temps je t'ai trompée: mais aussi ton impitoyable tendresse m'y forçait en quelque sorte! Ce n'est pas ma faute.
Aujourd'hui, une femme que j'aime éperdument exige que je te sacrifie. Ce n'est pas ma faute.
Je sens bien que voilà une belle occasion de crier au parjure: mais si la Nature n'a accordé aux hommes que la constance, tandis qu'elle donnait aux femmes l'obstination, ce n'est pas ma faute.
Crois-moi, choisis un autre amant, comme j'ai fait une maĂźtresse. Ce conseil est bon, trĂšs bon; si tu le trouve mauvais, ce n'est pas ma faute.
Adieu, mon ange, je t'ai prise avec plaisir, je te quitte sans regrets: je te reviendrai peut-ĂȘtre. Ainsi va le monde. Ce n'est pas ma faute.
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Pierre Choderlos de Laclos (Les liaisons dangereuses)
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Le bon sens est la chose du monde la mieux partagĂ©e : car chacun pense en ĂȘtre si bien pourvu, que ceux mĂȘme qui sont les plus difficiles Ă contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en dĂ©sirer plus qu'ils en ont.
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René Descartes (Discourse on Method)
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La personne, homme ou femme, qui n'Ă©prouve pas de plaisir Ă la lecture d'un bon roman ne peut qu'ĂȘtre d'une bĂȘtise intolĂ©rable.
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Jane Austen (Northanger Abbey)
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Le mal qui est dans le monde vient presque toujours de l'ignorance, et la bonne volonté peut faire autant de dégùts que la méchanceté, si elle n'est pas éclairée. Les hommes sont plutÎt bons que mauvais, et en vérité ce n'est pas la question. Mais ils ignorent plus ou moins, et c'est ce qu'on appelle vertu ou vice, le vice le plus désespérant étant celui de l'ignorance qui croit tout savoir et qui s'autorise alors à tuer. L'ùme du meurtrier est aveugle et il n'y a pas de vraie bonté ni de bel amour sans toute la clairvoyance possible.
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Albert Camus
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C'est aux arabes que les habitants de l'Europe empruntÚrent, avec les lois de la chevalerie, le respect galant des femmes, qu'imposaient ces lois. Ce ne fut donc pas le christianisme, ainsi qu'on le croit généralement, mais bien l'Islam qui révéla la femme.
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Gustave Le Bon (Ű۶ۧ۱۩ ۧÙŰč۱ۚ)
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Dit comme ça, c'Ă©tait un peu cucul Ă©videmment, mais bon, c'Ă©tait la vĂ©ritĂ© et il y avait bien longtemps que le ridicule ne les tuait plus: pour la premiĂšre fois et tous autant qu'ils Ă©taient, ils eurent l'impression d'avoir une vraie famille. Mieux qu'une vraie d'ailleurs, une voulue, une pour laquelle ils s'Ă©taient battus et qui ne leur demandait rien d'autre en Ă©change que d'ĂȘtre heureux ensemble. MĂȘme pas heureux d'ailleurs, ils n'Ă©taient plus si exigeants. D'ĂȘtre ensemble, c'est tout. Et dĂ©jĂ c'Ă©tait inesperĂ©.
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Anna Gavalda (Hunting and Gathering)
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Je ne vois que las condamnation a mort qui distingue un homme, pensa Mathilde, c'est la seule chose qui ne s'achete pas.
Ah! c'est un bon mot que je viens de me dire! quel dommage qu'il ne soit pas venu de facon a m'en faire honneur. Mathilde avait trop de gout pour amener dans la conversation un bon mot fait d'avance, mais elle avait aussie trop de vanite pour ne pas etre enchantee d'elle-meme.
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Stendhal (Le Rouge Et Le Noir, Stendhal)
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Un bon livre se retrouve toujours entre les mains d'un lecteur libre. Sinon il n'y reste pas longtemps, le mauvais lecteur cherche Ă se dĂ©barrasser de tout ce qui ne ressemble pas Ă ce qu'il a dĂ©jĂ lu. Lire n'est pas nĂ©cessaire pour le corps (cela peut mĂȘme se rĂ©vĂ©ler nocif), seul l'oxygĂšne l'est. Mais un bon livre oxygĂšne l'esprit.
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Dany LaferriĂšre (L'art presque perdu de ne rien faire)
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vivre dans la vĂ©ritĂ©, ne mentir ni Ă soi-mĂȘme ni aux autres, ce n'est possible qu'Ă la condition de vivre sans public. DĂšs lors qu'il y a un tĂ©moin Ă nos actes, nous nous adaptons bon grĂ© mal grĂ© aux yeux qui nous observent, et plus rien de ce que nous faisons n'est vrai. Avoir un public, penser Ă un public, c'est vivre dans le mensonge (partie III, ch. 7)
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Milan Kundera (The Unbearable Lightness of Being)
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Et je voudrais mourir, un soir, sous un ciel rose
En faisant un bon mot, pour une belle cause !
Oh ! frappé par la seule arme noble qui soit,
Et par un ennemi qu'on sait digne de soi,
Sur un gazon de gloire et loin d'un lit de fiĂšvres,
Tomber la pointe au coeur en mĂȘme temps qu'aux lĂšvres !
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Edmond Rostand (Cyrano de Bergerac)
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Je suis trĂšs content de mon bonheur, je puis encore le subir un bon moment. Seulement, quand il me donne une heure de rĂ©pit pour prendre conscience, pour redevenir nostalgique, alors toute cette nostalgie tend non pas Ă garder toujours ce bonheur, mais Ă souffrir encore, en plus grand, en plus beau qu'autrefois. Je me consume du besoin d'une souffrance qui me rende prĂȘt et dĂ©sireux de mourir.
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Hermann Hesse (Steppenwolf)
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Le matin, quand tu te réveilles et que ça ne va pas fort, cherche la petite lumiÚre qui éclairera ta journée: un café pris avec une amie, une balade, quelques pages d'un bon livre, un instant de musique⊠Si tu ne la trouves pas, invente-la
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Janine Boissard
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Les corbeaux se souviennent des visages humains. Ils n'oublient pas ceux qui les ont nourris, qui se sont montrés bons avec eux. Pas plus que ceux qui leur ont fait du mal.
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Leigh Bardugo (Six of Crows (Six of Crows, #1))
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Le bon cĂŽtĂ© du temps qui passe trop lentement, câest quâil finit quand mĂȘme par passer : la fin de lâannĂ©e approche.
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Riad Sattouf (Les Cahiers d'Esther : Histoires de mes 12 ans (Tome 3))
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A quelque chose malheur est bon, pour qui sait réfléchir.
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George Sand
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la moquerie peut avoir du bon pour rĂ©former un caractĂšre vicieux, mais lorsquâelle sâadresse Ă lâignorance, elle est une marque de sottise chez celui qui lâemploie.
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Hector Malot (Sans Famille)
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Mais je me bats pour lui. Du moins, pour les hommes comme lui. Les gens biens. Ceux qui sont bons et sages, qui voient le monde tel qu'il devrait ĂȘtre, mais qui parlent moins fort que les connards.
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Pierce Brown (Morning Star (Red Rising Saga, #3))
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Comment, avec votre bon sens, pouvez-vous ĂȘtre aussi loyalement aveuglĂ©e sur la sottise dâautrui ? Il nây a que vous qui ayez assez de candeur pour ne voir jamais chez les gens que leur bon cĂŽtĂ©...
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Jane Austen (Pride and Prejudice)
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Il est bon de savoir quelque chose des moeurs de divers peuples, afin de juger des notres plus sainement et que nous ne pensions pas que tout ce qui est contre nos modes soit ridicule et contre raison, ainsi qu'ont coutume de faire ceux qui n'ont rien vu; mais lorsqu'on emploie trop de temps à voyager on devient enfin étranger en son pays; et lorsqu'on est trop curieux des choses qui se pratiquaient aux siÚcles passés, on demeure ordinairement fort ignorant de celles qui se pratiquent en celui-ci.
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René Descartes (Discours de la méthode: suivi des Méditations métaphysiques)
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Elle ne faisait que divaguer de bonheur et d'optimisme, comme tous les gens qui sont du bon cÎté de la vie, celui des privilÚges, de la santé, de la sécurité et qui en ont encore pour longtemps à vivre
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Louis-Ferdinand Céline (Voyage au bout de la nuit)
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Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie. Le Renard s'en saisit, et dit : "Mon bon Monsieur, Apprenez que tout flatteur Vit aux dépens de celui qui l'écoute : Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.
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Jean de la Fontaine (La Fontaine - La Totale (illustré) - Toutes les Fables (Les fables de Lafontaine t. 1) (French Edition))
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La vie est une succession de moments qui ne cessent de changer, comme les pensĂ©es. Parfois ça va, parfois ça ne va pas. MĂȘme si c'est dans la nature humaine de ruminer, il ne faut pas se laisser envahir par une pensĂ©e nĂ©gative, parce que les pensĂ©es sont comme des invitĂ©s, ou des amies des bons jours. SitĂŽt arrivĂ©es, certaines peuvent s'Ă©vaporer, et mĂȘme celles que l'on rumine longtemps peuvent disparaĂźtre en un instant. Les moments sont prĂ©cieux. Parfois ils trainent, d'autres fois ils nous Ă©chappent, et cependant on pourrait tant en profiter. Il suffit de les saisir...
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Cecelia Ahern (How to Fall in Love)
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je finirai bien par te rencontrer quelque part
bon dieu!
et contre tout ce qui me rend absent et douloureux
par le mince regard qui me reste au fond du froid
j'affirme ĂŽ mon amour que tu existes
je corrige notre vie
nous n'irons plus mourir de langueur
Ă des milles de distance dans nos rĂȘves bourrasques
des filets de sang dans la soif craquelée de nos lÚvres
les épaules baignées de vols de mouettes
non
j'irai te chercher nous vivrons sur la terre
la détresse n'est pas incurable qui fait de moi
une épave de dérision, un ballon d'indécence
un pitre aux larmes d'étincelles et de lésions profondes
frappe l'air et le feu de mes soifs
coule-moi dans tes mains de ciel de soie
la tĂȘte la premiĂšre pour ne plus revenir
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Gaston Miron (L'Homme rapaillé)
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Elle aurait écouté des heures durant cette parole arrachée à l'épaisseur des jours. Parce que le temps passé à se parler ainsi n'est pas du temps, c'est de la lumiÚre. Le temps passé à se parler ainsi, c'est de l'eau qui lave l'ùme, le bon ange.
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Yanick Lahens (Bain de lune)
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Seuls ceux qui sont amoureux de la sagesse auraient envie de penser. Cela revient Ă une tautologie dĂ©cevante. Pour ĂȘtre apte Ă penser, il faudrait aimer la beautĂ© et la justice et donc avoir une Ăąme bonne. Le monde serait divisĂ© en bons et en mĂ©chants sans quâon sache pourquoi. Cette division, câest exactement ce que nous ne cherchions pas. DĂšs lors il faut reprendre lâanalyse.
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Hannah Arendt
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Nous sommes les joyeux drilles, les boute-en-train, toi, moi et les autres. Nous faisons front contre la marée de ceux qui veulent plonger le monde dans la désolation en suscitant le conflit entre la théorie et la pensée. Nous avons les doigts accrochés au parapet. Tenons bon. Ne laissons pas le torrent de la mélancolie et de la triste philosophie noyer notre monde. Nous comptons sur toi. Je ne crois pas que tu te rendes compte de ton importance, de notre importance pour protéger l'optimisme de notre monde actuel.
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Ray Bradbury (Fahrenheit 451)
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Quand on parvient Ă sâaimer vraiment, on attire Ă soi les bonnes personnes, et le bon niveau dâĂ©change et de complicitĂ© se crĂ©e. Câest lâassociation de deux ĂȘtres indĂ©pendants, qui peuvent dâautant plus sâaimer quâils nâont pas besoin lâun de lâautre pour le quotidien.
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Bernard Werber (La Voix de la terre)
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Mais comment l'avez-vous remarquĂ©e? Vous allez Ă la mosquĂ©e mais vous prĂȘtez plus d'attention aux gens qui vous entourent qu'Ă Dieu. Si vous Ă©tiez les bons croyants que vous prĂ©tendez ĂȘtre, vous ne vous seriez mĂȘme pas aperçu de la prĂ©sence de cette femme, eut-elle Ă©tĂ© nue.
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Elif Shafak (The Forty Rules of Love)
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Pourquoi nous haĂŻr? Nous sommes solidaires, emportĂ©s par la mĂȘme planĂȘte, Ă©quipage d'un mĂȘme navire. Et s'il est bon que des civilisations s'opposent pour favoriser des synthĂšses nouvelles, il est monstrueux qu'elles s'entre-dĂ©vorent.
Puisqu'il suffit, pour nous dĂ©livrer, de nous aider Ă prendre conscience d'un but qui nous relie les uns aux autres, autant le chercher lĂ oĂč il nous unit tous.
(Terre des Hommes, ch. VIII)
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Antoine de Saint-Exupéry
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Des quantitĂ©s de livres dorment ainsi en moi, des bons et des mauvais, de tout genre. Des phrases, des mots, des alinĂ©as et des vers qui, pareils Ă des locataires remuants, reviennent brusquement Ă la vie, errent solitaires ou entament dans ma tĂȘte de bruyants bavardages que je suis incapable de faire taire.
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Imre Kertész (Liquidation)
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... m'emplissait d'un bonheur vivant, d'un vrai bonheur. J'en avais sur la peau, j'en avais dans la chair, j'en avais dans le sang; il descendait jusque dans l'ùme. A cet ùge-là on est ignorant. Mais je sentais bien que ma joie de vivre était plus grande que mon corps, et je me disais: "Pascalet, c'est l'ange du Bon Dieu qui remue de plaisir en toi. Traite-le bien."
Pascalet ~ "L'enfant et la riviĂšre
Traduction en grecque:
... ΌΔ ÎłÎÎŒÎčζΔ ΌΔ ÎŒÎčα ΔÏ
ÏÏ
Ïία ζÏΜÏÎ±ÎœÎź, ΌΔ ÎŒÎčα ÏÏÎ±ÎłÎŒÎ±ÏÎčÎșÎź ΔÏ
ÏÏ
Ïία. ΀ηΜ αÎčÏΞαΜÏÎŒÎżÏ
Μ ÏÎŹÎœÏ ÏÏÎż ÎŽÎÏΌα ÎŒÎżÏ
, ÎŒÎÏα ÏÏη ÏÎŹÏÎșα ÎŒÎżÏ
, ÎŒÎÏα ÏÏÎż Î±ÎŻÎŒÎ± ÎŒÎżÏ
· ÎșαÏÎÎČαÎčΜΔ ÎŒÎÏÏÎč ÏηΜ ÏÏ
ÏÎź ÎŒÎżÏ
. ÎΔΜ ÎźÎŸÎ”Ïα ÏÎč Î”ÎŻÎœÎ±Îč η ÏÏ
ÏÎź. ΣΔ αÏ
ÏÎź ÏηΜ ηλÎčÎșία ΎΔ ÎłÎœÏÏίζοÏ
ΌΔ ÏολλΏ. ÎÎŒÏÏ Î±ÎčÏΞαΜÏÎŒÎżÏ
Μ ÎΜÏÎżÎœÎ± ÏÏÎč η ÏαÏÎŹ ÏÎżÏ
Μα Î¶Ï ÎźÏαΜ ÎŒÎ”ÎłÎ±Î»ÏÏΔÏη αÏÏ ÏÎż ÏÏΌα ÎŒÎżÏ
ÎșαÎč ÎλΔγα ÏÏÎżÎœ ΔαÏ
ÏÏ ÎŒÎżÏ
: "ΠαÏÎșαλÎ, Î”ÎŻÎœÎ±Îč Îż ÎŹÎłÎłÎ”Î»ÎżÏ ÏÎżÏ
ÎÎ±Î»ÎżÏ ÎÎ”ÎżÏ ÏÎżÏ
ÎșÎčÎœÎ”ÎŻ ÏηΜ ΔÏ
ÏÏ
Ïία ÎŒÎÏα ÏÎżÏ
. ΊÎÏÏÎżÏ
ÏÎ·Ï ÎșαλΏ".
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Henri Bosco (L'enfant et la riviĂšre)
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Vouloir 'contrĂŽler la nature' est une arrogante prĂ©tention, nĂ©e d'une biologie et d'une philosophie qui en sont encore Ă l'Ăąge de NĂ©andertal, oĂč l'on pouvait croire la nature destinĂ©e Ă satisfaire le bon plaisir de l'homme. Les concepts et les pratiques de l'entomologie appliquĂ©e reflĂštent cet Ăąge de pierre de la science. Le malheur est qu'une si primitive pensĂ©e dispose actuellement des moyens d'action les plus puissants, et que, en orientant ses armes contre les insectes, elle les pointe aussi contre la terre.
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Rachel Carson (Silent Spring)
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Nous seules savons ce qui est bon pour nous. Câest juste que, des fois, on ne cherche pas Ă la bonne place.
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Amélie Riopel (Partir de nulle part (French Edition))
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comme tout ignorant qui triomphe. Rien nâĂ©tait poignant et terrible comme cette figure oĂč se montrait ce quâon pourrait appeler tout le mauvais du bon.
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Victor Hugo (Les Misérables: Roman (French Edition))
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Nous ne trouvons guĂšre de gens de bon sens, que ceux qui sont de notre avis.
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François de La Rochefoucauld
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Lisez, et ne rĂȘvez pas. Plongez-vous dans de longues Ă©tudes. Il nây a de continuellement bon que lâhabitude dâun travail entĂȘtĂ©. Il sâen dĂ©gage un opium qui engourdit lâĂąme. â
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Gustave Flaubert (GUSTAVE FLAUBERT: Correspondance - Tome 2 -1851-1858 (French Edition))
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De mĂȘme, ces obsĂ©dĂ©s des points de suspension semblent vous dire : ah, si on me laissait faire, vous verriez cette superbe description que je vous brosserais lĂ , et ce dialogue percutant, et cette analyse brillante. J'ai tout ça au bout des doigts, mais bon je me retiens. pour cette fois ! On a envie de leur suggĂ©rer Ă l'oreille : laissez-vous donc tenter, mon vieux, ne muselez plus ainsi ce gĂ©nie qu'on devine en vous et qui ne demande qu'Ă nous exploser Ă la gueule. LĂąchez-vous et le monde de la littĂ©rature en sera sous le choc, je vous le garantis.
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Anne-Laure Bondoux (Et je danse, aussi)
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Mais le narrateur est plutĂŽt tentĂ© de croire quâen donnant trop dâimportance aux belles actions, on rend finalement un hommage indirect et puissant au mal. Car on laisse supposer alors que ces belles actions nâont tant de prix que parce quâelles sont rares et que la mĂ©chancetĂ© et lâindiffĂ©rence sont des moteurs bien plus frĂ©quents dans les actions des hommes. Câest lĂ une idĂ©e que le narrateur ne partage pas. Le mal qui est dans le monde vient presque toujours de lâignorance, et la bonne volontĂ© peut faire autant de dĂ©gĂąts que la mĂ©chancetĂ©, si elle nâest pas Ă©clairĂ©e. Les hommes sont plutĂŽt bons que mauvais, et en vĂ©ritĂ© ce nâest pas la question. Mais ils ignorent plus ou moins, et câest ce quâon appelle vertu ou vice, le vice le plus dĂ©sespĂ©rant Ă©tant celui de lâignorance qui croit tout savoir et qui s'autorise alors a tuer. L'Ăąme du meurtrier est aveugle et il nây a pas de vraie bontĂ© ni de belle amour sans toute la clairvoyance possible.
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Albert Camus (The Plague)
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Sous quelque habit que ce soit, je nâen sentirai pas moins les misĂšres de lâexistence humaine. Je suis trop vieux pour jouer encore, trop jeune pour ĂȘtre sans dĂ©sirs. Quâest-ce que le monde peut mâoffrir de bon ? Tout doit te manquer, tu dois manquer de tout ! VoilĂ lâĂ©ternel refrain qui tinte aux oreilles de chacun de nous, et ce que, toute notre vie, chaque heure nous rĂ©pĂšte dâune voix cassĂ©e.
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Johann Wolfgang von Goethe (Faust (tomes 1 et 2) (French Edition))
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D'ailleurs, les hommes sont peut-ĂȘtre indiffĂ©rents au pouvoir... Ce qui les fascine dans cette idĂ©e, voyez-vous, ce n'est pas le pouvoir rĂ©el, c'est l'illusion du bon plaisir. Le pouvoir du roi, c'est de gouverner, n'est-ce pas ? Mais l'homme n'a pas envie de gouverner : il a envie de contraindre, vous l'avez dit. D'ĂȘtre plus qu'un homme dans un monde d'hommes. Ăchapper Ă la condition humaine, vous disais-je. Non pas puissant : tout-puissant. La maladie chimĂ©rique, dont la volontĂ© de puissance n'est que la justification intellectuelle, c'est la volontĂ© de dĂ©itĂ© : tout homme rĂȘve d'ĂȘtre dieu.
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André Malraux (Man's Fate)
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Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai,
Jâai compris qu'en toutes circonstances,
JâĂ©tais Ă la bonne place, au bon moment.
Et alors, j'ai pu me relaxer.
Aujourd'hui je sais que cela s'appelle...
l'Estime de soi.
Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai,
Jâai pu percevoir que mon anxiĂ©tĂ© et ma souffrance Ă©motionnelle
NâĂ©taient rien d'autre qu'un signal
Lorsque je vais Ă l'encontre de mes convictions.
Aujourd'hui je sais que cela s'appelle... l'Authenticité.
Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai,
J'ai cessé de vouloir une vie différente
Et j'ai commencé à voir que tout ce qui m'arrive
Contribue Ă ma croissance personnelle.
Aujourd'hui, je sais que cela s'appelle... la Maturité.
Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai,
Jâai commencĂ© Ă percevoir l'abus
Dans le fait de forcer une situation ou une personne,
Dans le seul but d'obtenir ce que je veux,
Sachant trĂšs bien que ni la personne ni moi-mĂȘme
Ne sommes prĂȘts et que ce n'est pas le moment...
Aujourd'hui, je sais que cela s'appelle... le Respect.
Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai,
Jâai commencĂ© Ă me libĂ©rer de tout ce qui n'Ă©tait pas salutaire, personnes,
situations, tout ce qui baissait mon énergie.
Au début, ma raison appelait cela de l'égoïsme.
Aujourd'hui, je sais que cela s'appelle... l'Amour propre.
Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai,
Jâai cessĂ© d'avoir peur du temps libre
Et j'ai arrĂȘtĂ© de faire de grands plans,
Jâai abandonnĂ© les mĂ©ga-projets du futur.
Aujourd'hui, je fais ce qui est correct, ce que j'aime
Quand cela me plait et Ă mon rythme.
Aujourd'hui, je sais que cela s'appelle... la Simplicité.
Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai,
Jâai cessĂ© de chercher Ă avoir toujours raison,
Et je me suis rendu compte de toutes les fois oĂč je me suis trompĂ©.
Aujourd'hui, j'ai découvert ... l'Humilité.
Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai,
Jâai cessĂ© de revivre le passĂ©
Et de me préoccuper de l'avenir.
Aujourd'hui, je vis au présent,
LĂ oĂč toute la vie se passe.
Aujourd'hui, je vis une seule journée à la fois.
Et cela s'appelle... la Plénitude.
Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai,
Jâai compris que ma tĂȘte pouvait me tromper et me dĂ©cevoir.
Mais si je la mets au service de mon coeur,
Elle devient une alliée trÚs précieuse !
Tout ceci, c'est... le Savoir vivre.
Nous ne devons pas avoir peur de nous confronter.
Du chaos naissent les étoiles.
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Charlie Chaplin
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- Amour, famille, succÚs - tÎt ou tard, tout sera détruit, il n'en restera rien. à quoi bon lutter ?
- Ce qui compte, c'est d'agir. La vie ne vaut rien quand tu renonces Ă changer ton sort et Ă la vivre.
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Christopher Paolini
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Aucun changement fonctionnel ou structurel ne peut garantir une sociĂ©tĂ© parfaitement dĂ©mocratique. Nous acceptons mal ce fait parce que nous avons Ă©tĂ© Ă©levĂ©s dans une culture technologique oĂč l'on pense gĂ©nĂ©ralement que, si on pouvait seulement trouver le bon instrument, tou irait enfin pour le mieux et qu'il serait alors possible de se relĂącher un peu. Mais on ne peut jamais se relĂącher. L'expĂ©rience des Noirs amĂ©ricains, comme celle des Indiens, des femmes, des Hispaniques et des pauvres, nous apprend cela. Nulle constitution, nulle dĂ©claration des droits, nul systĂšme Ă©lectoral, nulle loi ne peuvent garantir la paix, la justice et l'Ă©galitĂ©. Tout cela exige un combat permanent, des dĂ©bats incessants impliquant l'ensemble des citoyens et un nombre infini d'organisations et de mouvements qui imposent leur pression sur tous les systĂšmes Ă©tablis.
â
â
Howard Zinn (Disobedience and Democracy: Nine Fallacies on Law and Order (Radical 60s))
â
Et que faudrait-il faire ?
Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
Et s'en fait un tuteur en lui léchant l'écorce,
Grimper par ruse au lieu de s'élever par force ?
Non, merci ! Dédier, comme tous ils le font,
Des vers aux financiers ? se changer en bouffon
Dans l'espoir vil de voir, aux lĂšvres d'un ministre,
NaĂźtre un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non, merci ! Déjeuner, chaque jour, d'un crapaud ?
Avoir un ventre usé par la marche ? une peau
Qui plus vite, Ă l'endroit des genoux, devient sale ?
Exécuter des tours de souplesse dorsale ?...
Non, merci ! D'une main flatter la chĂšvre au cou
Cependant que, de l'autre, on arrose le chou,
Et donneur de séné par désir de rhubarbe,
Avoir son encensoir, toujours, dans quelque barbe ?
Non, merci ! Se pousser de giron en giron,
Devenir un petit grand homme dans un rond,
Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames ?
Non, merci ! Chez le bon éditeur de Sercy
Faire éditer ses vers en payant ? Non, merci !
S'aller faire nommer pape par les conciles
Que dans des cabarets tiennent des imbéciles ?
Non, merci ! Travailler Ă se construire un nom
Sur un sonnet, au lieu d'en faire d'autres ? Non,
Merci ! Ne découvrir du talent qu'aux mazettes ?
Ătre terrorisĂ© par de vagues gazettes,
Et se dire sans cesse : "Oh ! pourvu que je sois
Dans les petits papiers du Mercure François" ?...
Non, merci ! Calculer, avoir peur, ĂȘtre blĂȘme,
Préférer faire une visite qu'un poÚme,
Rédiger des placets, se faire présenter ?
Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais... chanter,
RĂȘver, rire, passer, ĂȘtre seul, ĂȘtre libre,
Avoir l'Ćil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaĂźt, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, - ou faire un vers !
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
Ă tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
N'écrire jamais rien qui de soi ne sortßt,
Et modeste d'ailleurs, se dire : mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, mĂȘme des feuilles,
Si c'est dans ton jardin Ă toi que tu les cueilles !
Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard,
Ne pas ĂȘtre obligĂ© d'en rien rendre Ă CĂ©sar,
Vis-Ă -vis de soi-mĂȘme en garder le mĂ©rite,
Bref, dĂ©daignant d'ĂȘtre le lierre parasite,
Lors mĂȘme qu'on n'est pas le chĂȘne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-ĂȘtre, mais tout seul !
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Edmond Rostand (Cyrano de Bergerac)
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PlacĂ©e plus prĂšs du plafond que ne le sont d'habitude les simples mortels, Tonia sombrait dans la brume des souffrances qu'elle avait traversĂ©es, elle paraissait nimbĂ©e d'Ă©puisement. Elle s'Ă©levait au milieu de la salle comme, au milieu d'une baie, un navire qui viendrait de jeter l'ancre et se serait vidĂ© de son chargement d'Ăąmes nouvelles, amenĂ©es on ne sait d'oĂč sur le continent de la vie Ă travers l'ocĂ©an de la mort. Elle venait seulement de dĂ©barquer l'une de ces Ăąmes, et maintenant elle Ă©tait en rade et se reposait, de toute la vacuitĂ© de ses flancs allĂ©gĂ©s. Ses agrĂšs et sa carĂšne abĂźmĂ©s et surmenĂ©s se reposaient en mĂȘme temps qu'elle, ainsi que son oubli, le souvenir effacĂ© de l'endroit d'oĂč elle venait, de sa traversĂ©e et de son arrivĂ©e Ă bon port.
Et comme personne ne connaissait la géographie du pays sous le pavillon duquel elle était amarrée, on ne savait dans quelle langue lui adresser la parole.
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Boris Pasternak (Doctor Zhivago)
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PlĂ»t au ciel que le lecteur, enhardi et devenu momentanĂ©ment fĂ©roce comme ce quâil lit, trouve, sans se dĂ©sorienter, son chemin abrupt et sauvage, Ă travers les marĂ©cages dĂ©solĂ©s de ces pages sombres et pleines de poison ; car, Ă moins qu'il nâapporte dans sa lecture une logique rigoureuse et une tension dâesprit Ă©gale au moins Ă sa dĂ©fiance, les Ă©manations mortelles de ce livre imbiberont son Ăąme comme lâeau le sucre. Il nâest pas bon que tout le monde lise les pages qui vont suivre ; quelques-uns seuls savoureront ce fruit amer sans danger. Par consĂ©quent, Ăąme timide, avant de pĂ©nĂ©trer plus loin dans de pareilles landes inexplorĂ©es, dirige tes talons en arriĂšre et non en avant. Ăcoute bien ce que je te dis : dirige tes talons en arriĂšre et non en avant.
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Comte de Lautréamont (Les Chants de Maldoror)
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Il est bon de savoir quelque chose des moeurs de divers peuples, afin de juger des nĂŽtres plus sainement, et que nous ne pensions pas que tout ce qui est contre nos modes soit ridicule et contre raison, ainsi qu'on coutume de faire ceux qui n'ont rien vu.
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René Descartes (Discours De La Methode)
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Il est bon de savoir quelque chose des moeurs de divers peuples, afin de juger des nĂŽtres plus sainement, et que nous ne pensions pas que tout ce qui est contre nos modes soit ridicule et contre raison, ainsi qu'ont coutume de faire ceux qui n'ont rien vu.
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René Descartes (Discours De La Methode)
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Ne pleure pas ! lui dit-elle. BientĂŽt je ne te tourmenterai plus ! â Pourquoi ? Qui tâa forcĂ©e ? Elle rĂ©pliqua : â Il le fallait, mon ami. â NâĂ©tais-tu pas heureuse ? Est-ce ma faute ? Jâai fait tout ce que jâai pu pourtant ! â OuiâŠ, câest vraiâŠ, tu es bon, toi !
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Gustave Flaubert (Madame Bovary)
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Un peu comme lorsque je rentre d'un voyage quelque part et que tout le monde me demande comment c'Ă©tait : peu Ă peu mes diffĂ©rentes rĂ©ponses n'en font plus qu'une, mes impressions se resserrent sur elles-mĂȘmes, ouais, c'est cool, lĂ -bas, et tiens, une anecdote marrante... puis ce discours unique se substitue Ă la rĂ©alitĂ© du souvenir.
Du coup, j'ai franchement eu peur. J'ai ressenti cette crainte familiÚre, soudainement intense et sincÚre, qu'une fois toute sensation échappée de ma vie, il ne reste plus de celle-ci qu'un cliché. Et le jour de ma mort, saint Pierre me demanderait :
- C'était comment ?
- Vraiment super, en bas. J'aimais bien la bouffe. m'enfin, avec la tourista... Bon, les gens sont tous trĂšs sympas quand mĂȘme.
Et ça serait tout. (...)
Et j'ai décidé de raconter quelque chose de nouveau sur mon séjour à chaque personne qui voudrait que je lui en parle, sans me répéter une seule fois.
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Benjamin Kunkel (Indecision)
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La diffĂ©rence de ceux qui sont frappĂ©s demeure dans la ressemblance des maux qui les frappent ; et pour ĂȘtre exposĂ©s aux mĂȘmes tourments, la vertu et le vice ne se confondent pas. Car, comme un mĂȘme feu fait briller lâor et noircir la paille, comme un mĂȘme flĂ©au Ă©crase le chaume et purifie le froment, ou encore, comme le marc ne se mĂȘle pas avec lâhuile, quoiquâil soit tirĂ© de lâolive par le mĂȘme pressoir, ainsi un mĂȘme malheur, venant Ă tomber sur les bons et sur les mĂ©chants, Ă©prouve, purifie et fait resplendir les uns, tandis quâil damne, Ă©crase et anĂ©antit les autres. Câest pour cela quâen une mĂȘme affliction, les mĂ©chants blasphĂšment contre Dieu, les bons, au contraire, le prient et le bĂ©nissent : tant il importe de considĂ©rer, non les maux quâon souffre, mais lâesprit dans lequel on les subit ; car le mĂȘme mouvement qui tire de la boue une odeur fĂ©tide, imprimĂ© Ă un vase de parfums, en fait sortir les plus douces exhalaisons.
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Augustine of Hippo (Saint Augustin: les 9 oeuvres majeures et complÚtes (Les confessions, La cité de Dieu, De la trinité, Traité du libre arbitre...) (French Edition))
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Je sentis que le seul homme avec qui je pouvais parler sur cet objet, sans me compromettre, Ă©tait mon Contesseur. AussitĂŽt je pris mon parti; je surmontai ma petite honte; et me vantant d'une faute que je n'avais pas commise, je m'accusai d'avoir fait tout ce que font les femmes. Ce fut mon expression; mais en parlant ainsi je ne savais en vĂ©ritĂ© quelle idĂ©e j'exprimais. Mon espoir ne fut ni tout Ă fait trompĂ©, ni entiĂšrement rempli; la crainte de me trahir m'empĂȘchait de m'Ă©clairer : mais le bon PĂšre me fit le mal si grand que j'en conclus que le plaisir devait ĂȘtre extrĂȘme; et au dĂ©sir de le connaitre succĂ©da celui de le goĂ»ter.
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Pierre Choderlos de Laclos (Les Liaisons dangereuses)
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La probitĂ©, la sincĂ©ritĂ©, la candeur, la conviction, l'idĂ©e du devoir, sont des choses qui, en se trompant, peuvent devenir hideuses, mais qui, mĂȘme hideuses, restent grandes; leur majestĂ©, propre Ă la conscience humaine, persiste dans l'horreur. Ce sont des vertus qui ont un vice, l'erreur. L'impitoyable joie honnĂȘte d'un fanatique en pleine atrocitĂ© conserve on ne sait quel rayonnement lugubrement vĂ©nĂ©rable. Sans qu'il s'en doutĂąt, Javert, dans son bonheur formidable, Ă©tait Ă plaindre comme tout ignorant qui triomphe. Rien n'Ă©tait poignant et terrible comme cette figure oĂč se montrait ce qu'on pourrait appeler tout le mauvais du bon.
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Victor Hugo (Les Misérables 1)
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Toutes les nuits je ne pense qu'en celle
Qui a le corps plus gent qu'une pucelle
De quatorze ans, sur le point d'enrager:
Et au dedans un cĆur, pour abrĂ©ger,
Autant joyeux qu'eut oncques damoiselle.
Elle a beau teint, un parler de bon zéle,
Et le tétin rond comme une grozelle;
N'ai-je donc pas bien cause de songer
Toutes les nuits?
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Clément Marot
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J'ai ri. Il a secouĂ© la tĂȘte et m'a regardĂ©e.
- Quoi ? Ai-je demandé.
- Rien, a t-il répondu.
- Pourquoi tu me regardes comme ça ?
Augustus a eu un petit sourire.
- Parce-que tu es belle. J'aime regarder les gens beaux et, depuis un certain temps, j'ai décidé de ne me refuser aucun petit plaisir de la vie. D'autant plus que, comme tu l'as délicieusement fait remarquer, tout ceci tombera dans l'oubli.
- Je ne suis pas bel...
- Tu es belle comme mille Natalie Portman. Natalie Portman dans V pour Vendetta.
(...)
- Ah bon ? S'est-il Ă©tonnĂ©. Fille sublime, cheveux courts, dĂ©teste l'autoritĂ© et ne peut s'empĂȘcher de craquer pour le garçon qui ne lui apportera que des ennuies. Ta bio, en somme.
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John Green (The Fault in Our Stars)
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Comme je lâai dit, le but unique des efforts de tout bon musulman est lâunion intime avec Dieu. Divers procĂ©dĂ©s mystiques conduisent Ă cet Ă©tat parfait, et chaque confĂ©dĂ©ration possĂšde sa mĂ©thode dâentraĂźnement. En gĂ©nĂ©ral, cette mĂ©thode mĂšne le simple adepte Ă un Ă©tat dâabrutissement absolu, qui en fait un instrument aveugle et docile aux mains du chef.
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Guy de Maupassant (MAUPASSANT : L'INTĂGRALE (ILLUSTRĂ) (French Edition))
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Etre vivant, cela veut dire ĂȘtre conscient de sa vie, de son destin personnel, et rĂ©pandre la Vie autour de soi.
Etre vivant, cela veut dire ĂȘtre libĂ©rĂ© de toute attitude unilatĂ©rale, de tout fanatisme et ĂȘtre ouvert Ă tout ce qui est bon et grand, ĂȘtre prĂ©servĂ© de toute sclĂ©rose et de toute petrification du corps comme de lÂŽesprit.
Etre vivant, cela signifie ĂȘtre toujours prĂȘt Ă apprendre et, si besoin est, Ă changer de mĂ©thode et de ne tenir aucune limitation pour insurmontable. Cela signifie prendre part Ă tout, entendre en tout gronder le torrent dÂŽabondance et de plĂ©nitude, avoir part au royaume de vie dans tout ce qui se passe, aimer et louer tout ce qui est vĂ©ritablement vie et se dĂ©saltĂ©rer auprĂšs dÂŽelle comme Ă une source rafraĂźchissante.
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K.O. Schmidt (Le Hasard n'existe pas (French Edition))
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Si quelquâun a volĂ©, ou portĂ© atteinte Ă autrui, ou mĂȘme tuĂ© un autre homme, on envoie quĂ©rir la Clairvoyante. Car certains font le mal sans en ressentir aucune honte. Et nombre dâentre eux parviennent Ă cacher leurs scrupules au plus profond de leur conscience en se trouvant de multiples excuses. Ils vont parfois mĂȘme jusquâĂ se convaincre quâils Ă©taient dans leur bon droit en commettant leur crime. Mais lorsquâils rencontrent la Clairvoyante, ils ne peuvent plus se cacher leurs mĂ©faits ni les dissimuler aux autres. La plupart des hommes connaissent le repentir. Et quand il mâarrive de rencontrer quelquâun qui nâen Ă©prouve pas ou presque, je fais en sorte quâil ressente une douleur. Car jâai appris Ă utiliser ce don inhabituel qui est aussi le tien.
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Lene KaaberbĂžl (The Shamerâs Daughter (The Shamer Chronicles #1))
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Jâaime beaucoup les cimetiĂšres, moi, ça me repose et me mĂ©lancolise jâen ai besoin. Et puis, il y a aussi de bons amis lĂ dedans, de ceux quâon ne va plus voir ; et jây vais encore, moi, de temps en temps.
Justement, dans ce cimetiĂšre Montmartre, jâai une histoire de cĆur, une maĂźtresse qui mâavait beaucoup pincĂ©, trĂšs Ă©mu, une charmante petite femme dont le souvenir, en mĂȘme temps quâil me peine Ă©normĂ©ment, me donne des regrets⊠des regrets de toute nature. Et je vais rĂȘver sur sa tombe⊠Câest fini pour elle.
Et puis, jâaime aussi les cimetiĂšres, parce que ce sont des villes monstrueuses, prodigieusement habitĂ©es. Songez donc Ă ce quâil y a de morts dans ce petit espace, Ă toutes les gĂ©nĂ©rations de Parisiens qui sont logĂ©s lĂ , pour toujours, troglodytes dĂ©finitifs enfermĂ©s dans leurs petits caveaux, dans leurs petits trous couverts dâune pierre ou marquĂ©s dâune croix, tandis que les vivants occupent tant de place et font tant de bruit, ces imbĂ©ciles.
Me voici donc entrant dans le cimetiĂšre Montmartre, et tout Ă coup imprĂ©gnĂ© de tristesse, dâune tristesse qui ne faisait pas trop, de mal, dâailleurs, une de ces tristesses qui vous font penser, quand on se porte bien : « Ăa nâest pas drĂŽle, cet endroit-lĂ , mais le moment nâen est pas encore venu pour moi⊠»
Lâimpression de lâautomne, de cette humiditĂ© tiĂšde qui sent la mort des feuilles et le soleil affaibli, fatiguĂ©, anĂ©mique, aggravait en la poĂ©tisant la sensation de solitude et de fin dĂ©finitive flottant sur ce lieu, qui sent la mort des hommes.
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Guy de Maupassant (La Maison Tellier)
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C'est Ă©trange que les choses en soient venues Ă ce point Ă notre Ă©poque, et que la philosophie ne soit, mĂȘme pour les gens intelligents, qu'un mot creux et chimĂ©rique, qui ne soit d'aucune utilitĂ© et n'ait aucune valeur, ni dans l'opinion gĂ©nĂ©rale, ni dansla rĂ©alitĂ©. Je crois que la cause en est que ses grandes avenues ont Ă©tĂ© occupĂ©es par des discussions oiseuses. On a grand tort de la dĂ©crire comme quelque chose d'inaccessible aux enfants, et de lui faire un visage renfrognĂ©, sourcilleux et terrible : qui donc lui a mis ce masque d'un visage blĂȘme et hideux? Il n'est rien de plus gai, de plus allĂšgre et de plus enjouĂ©, et pour un peu, je dirais mĂȘme : folĂątre... Elle ne prĂȘche que la fĂȘte et le bon temps. Une mine triste et abattue : voila qui montre bien que ce n'est pas laqu'elle habite.
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Michel de Montaigne
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Je dĂ©couvris qu'en bluffant les psychiatres on pouvait tirer des trĂ©sors inĂ©puisables de divertissement gratifiants: vous les menez habilement en bateau, leur cachez soigneusement que vous connaissez toutes les ficelles du mĂ©tier; vous inventez Ă leur intention des rĂȘves Ă©laborĂ©s, de purs classiques du genre qui provoquent chez eux, ces extorqueurs de rĂȘves, de tels cauchemars qu'ils se rĂ©veillent en hurlant; vous les affriolez avec des "scĂšnes primitives" apocryphes; le tout sans jamais leur permettre d'entrevoir si peu que ce soit le vĂ©ritable Ă©tat de votre sexualitĂ©. En soudoyant une infirmiĂšre, j'eus accĂšs Ă quelques dossiers et dĂ©couvris, avec jubilation, des fiches me qualifiant d' "homosexuel en puissance" et d' "impuissant invĂ©tĂ©rĂ©". Ce sport Ă©tait si merveilleux, et ses rĂ©sultats - dans mon cas - si mirifiques, que je restai un bon mois supplĂ©mentaire aprĂšs ma guĂ©rison complĂšte (dormant admirablement et mangeant comme une Ă©coliĂšre). Puis j'ajoutai encore une semaine rien que pour le plaisir de me mesurer Ă un nouveau venu redoutable, une cĂ©lĂ©britĂ© dĂ©placĂ©e (et manifestement Ă©garĂ©e) comme pour son habiletĂ© Ă persuader ses patients qu'ils avaient Ă©tĂ© tĂ©moins de leur propre conception.
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Vladimir Nabokov (Lolita)
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Eh bien, c'est l'histoire d'un petit ourson qui s'appelle⊠Arthur. Et y'a une fĂ©e, un jour, qui vient voir le petit ourson et qui lui dit : Arthur tu vas partir Ă la recherche du Vase Magique. Et elle lui donne une Ă©pĂ©e hmm⊠magique (ouais, parce qu'y a plein de trucs magiques dans l'histoire, bref) alors le petit ourson il se dit : "Heu, chercher le Vase Magique ça doit ĂȘtre drĂŽlement difficile, alors il faut que je parte dans la forĂȘt pour trouver des amis pour m'aider." Alors il va voir son ami Lancelot⊠le cerf (parce que le cerf c'est majestueux comme ça), heu, Bohort le faisan et puis LĂ©odagan⊠heu⊠l'ours, ouais c'est un ours aussi, c'est pas tout Ă fait le mĂȘme ours mais bon. Donc LĂ©odagan qui est le pĂšre de la femme du petit ourson, qui s'appelle GueniĂšvre la truite⊠non, non, parce que c'est la fille de⊠non c'est un ours aussi puisque c'est la fille de l'autre ours, non parce qu'aprĂšs ça fait des machins mixtes, en fait un ours et une truite⊠non en fait ça va pas. Bref, sinon y'a Gauvain le neveu du petit ourson qui est le fils de sa sĆur Anna, qui est restĂ©e Ă Tintagel avec sa mĂšre Igerne la⊠bah non, ouais du coup je suis obligĂ© de foutre des ours de partout sinon on pige plus rien dans la famille⊠Donc c'est des ours, en gros, enfin bref⊠Ils sont tous lĂ et donc Petit Ourson il part avec sa troupe Ă la recherche du Vase Magique. Mais il le trouve pas, il le trouve pas parce qu'en fait pour la plupart d'entre eux c'est⊠c'est des nazes : ils sont hyper mous, ils sont bĂȘtes, en plus y'en a qu'ont la trouille. Donc il dĂ©cide de les faire bruler dans une grange pour s'en dĂ©barrasser⊠Donc la fĂ©e revient pour lui dire : "Attention petit ourson, il faut ĂȘtre gentil avec ses amis de la forĂȘt" quand mĂȘme c'est vrai, et du coup Petit Ourson il lui met un taquet dans la tĂȘte Ă la fĂ©e, comme ça : "BAH !". Alors la fĂ©e elle est comme ça et elle s'en va⊠et voilĂ et en fait il trouve pas le vase. En fait il est⊠il trouve pas⊠et Petit Ourson il fait de la dĂ©pression et tous les jours il se demande s'il va se tuer ou⊠pasâŠ
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Alexandre Astier (Kaamelott, livre 3, premiĂšre partie : Ăpisodes 1 Ă 50)
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Il est un cĂŽtĂ© de la « culture bourgeoise » qui en dĂ©voile toute la petitesse, c'est son aspect de « roulement » conventionnel, de manque d'imagination, bref d'inconscience et de vanitĂ© : on ne se demande pas un instant « Ă quoi bon tout cela » ; aucun auteur ne se demande s'il vaut la peine d'Ă©crire une nouvelle histoire aprĂšs tant d'autres histoires ; on semble en Ă©crire simplement parce que d'autres en ont Ă©crit, et parce qu'on ne voit pas pourquoi on ne le ferait pas et pourquoi on ne gagnerait pas une gloire que d'autres ont gagnĂ©e. C'est un perpetuum mobile que rien ne peut arrĂȘter, sauf une catastrophe ou, moins tragiquement, la disparition progressive des lecteurs ; sans public point de cĂ©lĂ©britĂ©, nous l'avons dit plus haut. Et ceci est arrivĂ© dans une certaine mesure : on ne lit plus d'anciens auteurs dont le prestige paraissait assurĂ© ; le grand public a d'autres besoins, d'autres ressources et d'autres distractions, fussent-elle des plus basses. La culture c'est, de plus en plus, l'absence de culture : la manie de se couper de ses racines et d'oublier d'oĂč l'on vient.
Une des raisons subjectives de ce que nous pouvons appeler le « roulement culturel » est que l'homme n'aime pas se perdre tout seul, qu'il aime par consĂ©quent trouver des complices pour une perdition commune ; c'est ce que fait la culture profane, inconsciemment ou consciemment, mais non innocemment car l'homme porte au fond de lui-mĂȘme l'instinct de sa raison d'ĂȘtre et de sa vocation. On a souvent reprochĂ© aux civilisations orientales leur stĂ©rilitĂ© culturelle, c'est-Ă -dire le fait qu'elles ne comportent pas un fleuve habituel de production littĂ©raire, artistique et philosophique ; nous croyons pouvoir nous dispenser Ă prĂ©sent de la peine d'en expliquer les raisons.
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Frithjof Schuon (To Have a Center (Library of Traditional Wisdom))
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J'aime les fleurs parce qu'elles me font penser aux femmes. PremiĂšrement, elles sentent divinement bon. DeuxiĂšmement, malgrĂ© leurs formes et leurs couleurs diffĂ©rentes, elles sont toutes belles. TroisiĂšmement, certaines ont toutefois des Ă©pines pour empĂȘcher certains d'approcher. D'autres, sont couvertes de jolis pĂ©tales, se rĂ©vĂšlent mortelles Ă l'homme. Je ne peux pas les en blĂąmer... Qui leur a donnĂ© l'autorisation de les cueillir, aprĂšs tout ?
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Morgane Moncomble (Un printemps pour te succomber : Un printemps pour te succomber (Seasons t. 3))
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Plus tard, j'Ă©crirai sur le manque. Sur la privation insupportable de l'autre. Sur le dĂ©nuement provoquĂ© par cette privation  ; une pauvretĂ© qui s'abat. J'Ă©crirai sur la tristesse qui ronge, la folie qui menace. Cela deviendra la matrice de mes livres, presque malgrĂ© moi. Je me demande quelquefois si j'ai mĂȘme jamais Ă©crit sur autre chose. Comme si je ne m'Ă©tais jamais remis de ça  : l'autre devenu inaccessible. Comme si ça occupait tout l'espace mental.
La mort de beaucoup de mes amis, dans le plus jeune Ăąge, aggravera ce travers, cette douleur. Leur disparition prĂ©maturĂ©e me plongera dans des abĂźmes de chagrin et de perplexitĂ©. Je devrai apprendre Ă leur survivre. Et l'Ă©criture peut ĂȘtre un bon moyen pour survivre. Et pour ne pas oublier les disparus. Pour continuer le dialogue avec eux. Mais le manque prend probablement sa source dans cette premiĂšre dĂ©fection, dans une imbĂ©cile brĂ»lure amoureuse.
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Philippe Besson (" ArrĂȘte avec tes mensonges ")
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Quelquefois aussi, figurait un monsieur, aristocrate humble dâallures, disant des choses plĂ©bĂ©iennes, et qui ne sâĂ©tait pas lavĂ© les mains pour les faire paraĂźtre calleuses. Un patriote le reconnaissait, les plus vertueux le houspillaient ; et il sortait la rage dans lâĂąme. On devait, par affectation de bon sens, dĂ©nigrer toujours les avocats, et servir le plus souvent possible ces locutions : » apporter sa pierre Ă lâĂ©difice, - problĂšme social, - atelier. »
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Gustave Flaubert (Sentimental Education)
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Le pĂ©chĂ© est la seule note de couleur vive qui subsiste dans le monde moderne. » Je la faisais mienne avec une absolue conviction, bien plus sĂ»rement, je pense, que si je lâavais mise en pratique. Je croyais que ma vie pourrait se calquer sur cette phrase, sâen inspirer, en jaillir comme une perverse image dâĂpinal : jâoubliais les temps morts, la discontinuitĂ© et les bons sentiments quotidiens. IdĂ©alement, jâenvisageais une vie de bassesses et de turpitudes.
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Françoise Sagan (Bonjour tristesse)
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Paris, le matin, Ă©tait couvert de barricades. La rĂ©sistance ne dura pas ; partout la garde nationale sâinterposait ; - si bien quâĂ huit heures, le peuple, de bon grĂ© ou de force, possĂ©dait cinq casernes, presque toutes les mairies, les points stratĂ©giques les plus sĂ»rs. Dâelle-mĂȘme, sans secousses, la monarchie se fondait dans une dissolution rapide ; et on attaquait maintenant le poste du ChĂąteau-dâEau pour dĂ©livrer cinquante prisonniers, qui nây Ă©taient pas.
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Gustave Flaubert (Sentimental Education)
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Nous allons te parler de gens qui vivaient en notre temps, soit il y a plus de cent ans, et ne sont guĂšre plus pour toi que des noms inscrits sur des croix inclinĂ©es ou des pierres tombales fissurĂ©es. D'une vie et de souvenirs qui ont disparu en vertu de l'implacable loi du temps. En cela, nous allons le changer. Nos paroles sont telles des brigades de sauveteurs qui jamais ne renoncent Ă leur quĂȘte, leur but est d'arracher des Ă©vĂ©nements passĂ©s et des vies Ă©teintes au trou noir de l'oubli et cela n'a rien d'une petite entreprise, mais il se peut aussi qu'elles glanent en chemin quelques rĂ©ponses et qu'elles nous dĂ©livrent de l'endroit oĂč nous nous tenons avant qu'il ne soit trop tard. Contentons-nous de cela pour l'instant, nous t'envoyons ces mots, ces brigades de sauveteurs dĂ©semparĂ©es et Ă©parses. Elles sont incertaines de leur rĂŽle, toutes les boussoles sont hors d'usage, les cartes de gĂ©ographie dĂ©chirĂ©es ou obsolĂštes, mais rĂ©serve-leur tout de mĂȘme bon accueil. Ensuite, nous verrons bien. (p. 4)
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JĂłn Kalman StefĂĄnsson (HimnarĂki og helvĂti)
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Je ne sais plus quoi dire. La pluie tombe toujours, comme une chute de sable sur la mer. La ville est laide. Il fait froid - lâautomne a commencĂ©. Jamais deux personnes ne seront ensemble - la chair est invisible, trop loin de toucher. Tout le monde parle sans rien dire, sans paroles, sans sens. Les mouvements des jambes deviennent ivres. Les anges dansent et la merde est partout.
Je ne fais rien. Je nâĂ©cris pas, je ne pense pas. Tout est devenu lourd, difficile, pĂ©nible. Il nây a ni commencement de commençant ni fin de finissant. Chaque fois quâil est dĂ©truit, il paraĂźt encore parmi ses propres ruines. Je ne le questionne plus. Une fois fini je retourne et je commence encore. Je me dis, un petit peu plus, nâarrĂȘtes pas maintenant, un petit peu plus et tout changera, et je continue, mĂȘme si je ne comprends pas porquoi, je continue, et je pense que chaque fois sera la derniĂšre. Oui, je parle, je force les paroles Ă sonner (Ă quoi bon?), ces paroles anciennes, qui ne sont plus les miennes, ces paroles qui tombent sans cesse ma boucheâŠ
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Paul Auster (Report from the Interior)
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Tu viens d'incendier la BibliothĂšque ?
- Oui.
J'ai mis le feu lĂ .
- Mais c'est un crime inouĂŻ !
Crime commis par toi contre toi-mĂȘme, infĂąme !
Mais tu viens de tuer le rayon de ton Ăąme !
C'est ton propre flambeau que tu viens de souffler !
Ce que ta rage impie et folle ose brûler,
C'est ton bien, ton trésor, ta dot, ton héritage
Le livre, hostile au maĂźtre, est Ă ton avantage.
Le livre a toujours pris fait et cause pour toi.
Une bibliothĂšque est un acte de foi
Des générations ténébreuses encore
Qui rendent dans la nuit témoignage à l'aurore.
Quoi! dans ce vénérable amas des vérités,
Dans ces chefs-d'oeuvre pleins de foudre et de clartés,
Dans ce tombeau des temps devenu répertoire,
Dans les siĂšcles, dans l'homme antique, dans l'histoire,
Dans le passé, leçon qu'épelle l'avenir,
Dans ce qui commença pour ne jamais finir,
Dans les poĂštes! quoi, dans ce gouffre des bibles,
Dans le divin monceau des Eschyles terribles,
Des HomĂšres, des jobs, debout sur l'horizon,
Dans MoliĂšre, Voltaire et Kant, dans la raison,
Tu jettes, misérable, une torche enflammée !
De tout l'esprit humain tu fais de la fumée !
As-tu donc oublié que ton libérateur,
C'est le livre ? Le livre est lĂ sur la hauteur;
Il luit; parce qu'il brille et qu'il les illumine,
Il détruit l'échafaud, la guerre, la famine
Il parle, plus d'esclave et plus de paria.
Ouvre un livre. Platon, Milton, Beccaria.
Lis ces prophĂštes, Dante, ou Shakespeare, ou Corneille
L'ùme immense qu'ils ont en eux, en toi s'éveille ;
Ăbloui, tu te sens le mĂȘme homme qu'eux tous ;
Tu deviens en lisant grave, pensif et doux ;
Tu sens dans ton esprit tous ces grands hommes croĂźtre,
Ils t'enseignent ainsi que l'aube éclaire un cloßtre
Ă mesure qu'il plonge en ton coeur plus avant,
Leur chaud rayon t'apaise et te fait plus vivant ;
Ton Ăąme interrogĂ©e est prĂȘte Ă leur rĂ©pondre ;
Tu te reconnais bon, puis meilleur; tu sens fondre,
Comme la neige au feu, ton orgueil, tes fureurs,
Le mal, les préjugés, les rois, les empereurs !
Car la science en l'homme arrive la premiĂšre.
Puis vient la liberté. Toute cette lumiÚre,
C'est à toi comprends donc, et c'est toi qui l'éteins !
Les buts rĂȘvĂ©s par toi sont par le livre atteints.
Le livre en ta pensée entre, il défait en elle
Les liens que l'erreur Ă la vĂ©ritĂ© mĂȘle,
Car toute conscience est un noeud gordien.
Il est ton médecin, ton guide, ton gardien.
Ta haine, il la guérit ; ta démence, il te l'Îte.
Voilà ce que tu perds, hélas, et par ta faute !
Le livre est ta richesse Ă toi ! c'est le savoir,
Le droit, la vérité, la vertu, le devoir,
Le progrÚs, la raison dissipant tout délire.
Et tu détruis cela, toi !
- Je ne sais pas lire.
â
â
Victor Hugo
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Patrice a vingt-quatre ans et, la premiĂšre fois que je lâai vu, il Ă©tait dans son fauteuil inclinĂ© trĂšs en arriĂšre. Il a eu un accident vasculaire cĂ©rĂ©bral. Physiquement, il est incapable du moindre mouvement, des pieds jusquâĂ la racine des cheveux. Comme on le dit souvent dâune maniĂšre trĂšs laide, il a lâaspect dâun lĂ©gume : bouche de travers, regard fixe. Tu peux lui parler, le toucher, il reste immobile, sans rĂ©action, comme sâil Ă©tait complĂštement coupĂ© du monde. On appelle ça le locked in syndrome.Quand tu le vois comme ça, tu ne peux quâimaginer que lâensemble de son cerveau est dans le mĂȘme Ă©tat. Pourtant il entend, voit et comprend parfaitement tout ce qui se passe autour de lui. On le sait, car il est capable de communiquer Ă lâaide du seul muscle qui fonctionne encore chez lui : le muscle de la paupiĂšre. Il peut cligner de lâĆil. Pour lâaider Ă sâexprimer, son interlocuteur lui propose oralement des lettres de lâalphabet et, quand la bonne lettre est prononcĂ©e, Patrice cligne de lâĆil.
 Lorsque jâĂ©tais en rĂ©animation, que jâĂ©tais complĂštement paralysĂ© et que jâavais des tuyaux plein la bouche, je procĂ©dais de la mĂȘme maniĂšre avec mes proches pour pouvoir communiquer. Nous nâĂ©tions pas trĂšs au point et il nous fallait parfois un bon quart dâheure pour dicter trois pauvres mots.
Au fil des mois, Patrice et son entourage ont perfectionnĂ© la technique. Une fois, il mâest arrivĂ© dâassister Ă une discussion entre Patrice et sa mĂšre. Câest trĂšs impressionnant.La mĂšre demande dâabord : « Consonne ? » Patrice acquiesce dâun clignement de paupiĂšre. Elle lui propose diffĂ©rentes consonnes, pas forcĂ©ment dans lâordre alphabĂ©tique, mais dans lâordre des consonnes les plus utilisĂ©es. DĂšs quâelle cite la lettre que veut Patrice, il cligne de lâĆil. La mĂšre poursuit avec une voyelle et ainsi de suite. Souvent, au bout de deux ou trois lettres trouvĂ©es, elle anticipe le mot pour gagner du temps. Elle se trompe rarement. Cinq ou six mots sont ainsi trouvĂ©s chaque minute.Â
Câest avec cette technique que Patrice a Ă©crit un texte, une sorte de longue lettre Ă tous ceux qui sont amenĂ©s Ă le croiser. Jâai eu la chance de lire ce texte oĂč il raconte ce qui lui est arrivĂ© et comment il se sent. Ă cette lecture, jâai pris une Ă©norme gifle. Câest un texte brillant, Ă©crit dans un français subtil, lĂ©ger malgrĂ© la tragĂ©die du sujet, rempli dâhumour et dâautodĂ©rision par rapport Ă lâĂ©tat de son auteur. Il explique quâil y a de la vie autour de lui, mais quâil y en a aussi en lui. Câest juste la jonction entre les deux mondes qui est un peu compliquĂ©e.Jamais je nâaurais imaginĂ© que ce texte si puissant ait Ă©tĂ© Ă©crit par ce garçon immobile, au regard entiĂšrement vide.
 Avec lâexpĂ©rience acquise ces derniers mois, je pensais ĂȘtre capable de diagnostiquer lâĂ©tat des uns et des autres seulement en les croisant ; jâai reçu une belle leçon grĂące Ă Patrice.Une leçon de courage dâabord, Ă©tant donnĂ© la vitalitĂ© des propos que jâai lus dans sa lettre, et, aussi, une leçon sur mes a priori.
Plus jamais dorénavant je ne jugerai une personne handicapée à la vue seule de son physique.
Câest jamais inintĂ©ressant de prendre une bonne claque sur ses propres idĂ©es reçues .
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Grand corps malade (Patients)
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« â Tu as entendu parler de Marcion, Martin ? Marcion Ă©tait un chrĂ©tien qui vivait il y a mille huit cents ans Ă Rome. En regardant autour de lui, en regardant cet univers traversĂ© de souffrances, de massacres, de maladies, de guerres et de violence, Marcion lâhĂ©rĂ©tique en conclut que le Dieu qui avait créé tout ça ne pouvait pas ĂȘtre bon, que le mal Ă©tait une composante de sa crĂ©ation. Les scĂ©naristes de la chrĂ©tientĂ© trouvĂšrent un rebondissement assez vaseux pour rĂ©pondre Ă la question du mal : ils inventĂšrent Lucifer. Mais la version de Marcion Ă©tait bien meilleure : Dieu est responsable du mal comme de tout le reste, il est responsable de la maladie de Gustav aussi. Non seulement le mal fait partie de sa crĂ©ation, mais il en est un des leviers. Câest grĂące Ă la violence et au conflit que la crĂ©ation Ă©volue vers des formes toujours supĂ©rieures. Regarde Rome. Selon Plutarque, Jules CĂ©sar a pris plus de huit cents villes, soumis trois cents nations, fait un million de prisonniers et tuĂ© un autre million de ses ennemis. Rome Ă©tait une sociĂ©tĂ© vicieuse, avec un goĂ»t certain pour la cruautĂ©. Pourtant, son ascension a permis au monde dâĂ©voluer[âŠ] »
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Bernard Minier
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AprĂšs avoir poussĂ© dans leurs dĂ©buts des maĂźtres contemporains, le marchand de tableaux, homme de progrĂšs, avait tĂąchĂ©, tout en conservant des allures artistiques, dâĂ©tendre ses profits pĂ©cuniaires. Il recherchait lâĂ©mancipation des arts, le sublime Ă bon marchĂ©. Toutes les industries du luxe parisien subirent son influence, qui fut bonne pour les petites choses, et funeste pour les grandes. Avec sa rage de flatter lâopinion, il dĂ©tourna de leur voie les artistes habiles, corrompit les forts, Ă©puisa les faibles et illustra les mĂ©diocres ; il en disposait par ses relations et par sa revue.
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Gustave Flaubert (Sentimental Education)
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vous connaissez la matiĂšre Ă fond. Je ne redoute quâune chose pour le livre, câest votre indulgence. Car enfin, ces gredins-lĂ nâaiment pas lâart. Ă propos de titres, vous mâaviez promis de mâen trouver un pour mon roman, Ă moi, voici celui que jâai adoptĂ©, en dĂ©sespoir de cause : LâĂducation sentimentale, Histoire dâun jeune homme Je ne dis pas quâil soit bon. Mais jusquâĂ prĂ©sent câest celui qui rend le mieux la pensĂ©e du livre. Cette difficultĂ© de trouver un bon titre me fait croire que lâidĂ©e de lâĆuvre (ou plutĂŽt sa conception) nâest pas claire ? Jâai bien envie de vous en lire la fin.
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Gustave Flaubert (GUSTAVE FLAUBERT Correspondance: Tome 4 -1869-1875 (French Edition))
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Mais oui, maĂźtresse... Tenez ! juste au-dessus de nous, voilĂ le Chemin de saint Jacques (la Voie lactĂ©e). Il va de France droit sur lâEspagne. Câest saint Jacques de Galice qui lâa tracĂ© pour montrer sa route au brave Charlemagne lorsquâil faisait la guerre aux Sarrasins. Plus loin, vous avez le Char des Ames (la Grande Ourse) avec ses quatre essieux resplendissants. Les trois Ă©toiles qui vont devant sont les Trois BĂȘtes, et cette toute petite contre la troisiĂšme câest le Charretier. Voyez-vous tout autour cette pluie dâĂ©toiles qui tombent ? Ce sont les Ăąmes dont le bon Dieu ne veut pas chez lui... Un peu plus bas, voici le RĂąteau ou les Trois Rois (Orion). Câest ce qui nous sert dâhorloge, Ă nous autres. Rien quâen les regardant, je sais maintenant quâil est minuit passĂ©. Un peu plus bas, toujours vers le midi, brille Jean de Milan, le flambeau des astres (Sirius). Sur cette Ă©toile-lĂ , voici ce que les bergers racontent. Il paraĂźt quâune nuit Jean de Milan, avec les Trois Rois et la PoussiniĂšre (la PlĂ©iade), furent invitĂ©s Ă la noce dâune Ă©toile de leurs amies. PoussiniĂšre, plus pressĂ©e, partit, dit-on, la premiĂšre, et prit le chemin haut. Regardez-la, lĂ -haut, tout au fond du ciel. Les Trois Rois coupĂšrent plus bas et la rattrapĂšrent ; mais ce paresseux de Jean de Milan, qui avait dormi trop tard, resta tout Ă fait derriĂšre, et furieux, pour les arrĂȘter, leur jeta son bĂąton. Câest pourquoi les Trois Rois sâappellent aussi le BĂąton de Jean de Milan... Mais la plus belle de toutes les Ă©toiles, maĂźtresse, câest la nĂŽtre, câest lâEtoile du Berger, qui nous Ă©claire Ă lâaube quand nous sortons le troupeau, et aussi le soir quand nous le rentrons. Nous la nommons encore Maguelonne, la belle Maguelonne qui court aprĂšs Pierre de Provence (Saturne) et se marie avec lui tous les sept ans
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Alphonse Daudet (Lettres de mon moulin)
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Les Poets de Sept ans
Et la MĂšre, fermant le livre du devoir,
S'en allait satisfaite et trĂšs fiĂšre sans voir,
Dans les yeux bleus et sous le front plein d'éminences,
L'ùme de son enfant livrée aux répugnances.
Tout le jour, il suait d'obéissance ; trÚs
Intelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits
Semblaient prouver en lui d'Ăącres hypocrisies.
Dans l'ombre des couloirs aux tentures moisies,
En passant il tirait la langue, les deux poings
A l'aine, et dans ses yeux fermés voyait des points.
Une porte s'ouvrait sur le soir : Ă la lampe
On le voyait, lĂ -haut, qui rĂąlait sur la rampe,
Sous un golfe de jour pendant du toit. L'été
Surtout, vaincu, stupide, il Ă©tait entĂȘtĂ©
A se renfermer dans la fraĂźcheur des latrines:
Il pensait lĂ , tranquille et livrant ses narines.
Quand, lavé des odeurs du jour, le jardinet
DerriĂšre la maison, en hiver, s'illunait ,
Gisant au pied d'un mur, enterré dans la marne
Et pour des visions écrasant son oeil darne,
Il écoutait grouiller les galeux espaliers.
Pitié ! Ces enfants seuls étaient ses familiers
Qui, chétifs, fronts nus, oeil déteignant sur la joue,
Cachant de maigres doigts jaunes et noirs de boue
Sous des habits puant la foire et tout vieillots,
Conversaient avec la douceur des idiots !
Et si, l'ayant surpris à des pitiés immondes,
Sa mĂšre s'effrayait, les tendresses profondes,
De l'enfant se jetaient sur cet étonnement.
C'était bon. Elle avait le bleu regard, - qui ment!
A sept ans, il faisait des romans, sur la vie
Du grand dĂ©sert oĂč luit la LibertĂ© ravie,
ForĂȘts, soleils, rives, savanes ! - Il s'aidait
De journaux illustrĂ©s oĂč, rouge, il regardait
Des Espagnoles rire et des Italiennes.
Quand venait, l'Oeil brun, folle, en robes d'indiennes,
-Huit ans -la fille des ouvriers d'à cÎté,
La petite brutale, et qu'elle avait sauté,
Dans un coin, sur son dos, en secouant ses tresses,
Et qu'il était sous elle, il lui mordait les fesses,
Car elle ne portait jamais de pantalons;
- Et, par elle meurtri des poings et des talons,
Remportait les saveurs de sa peau dans sa chambre.
Il craignait les blafards dimanches de décembre,
OĂč, pommadĂ©, sur un guĂ©ridon d'acajou,
Il lisait une Bible Ă la tranche vert-chou;
Des rĂȘves l'oppressaient, chaque nuit, dans l'alcĂŽve.
Il n'aimait pas Dieu; mais les hommes qu'au soir fauve,
Noirs, en blouse, il voyait rentrer dans le faubourg
OĂč les crieurs, en trois roulements de tambour,
Font autour des édits rire et gronder les foules.
- Il rĂȘvait la prairie amoureuse, oĂč des houles
Lumineuses, parfums sains, pubescences d'or,
Font leur remuement calme et prennent leur essor !
Et comme il savourait surtout les sombres choses,
Quand, dans la chambre nue aux persiennes closes,
Haute et bleue, ùcrement prise d'humidité,
Il lisait son roman sans cesse médité,
Plein de lourds ciels ocreux et de forĂȘts noyĂ©es,
De fleurs de chair aux bois sidérals déployées,
Vertige, écroulement, déroutes et pitié !
- Tandis que se faisait la rumeur du quartier,
En bas, - seul et couché sur des piÚces de toile
Ăcrue et pressentant violemment la voile!
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Arthur Rimbaud
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De lâespĂšce dâĂąme qui a la plus haute autoritĂ© en nous, voici lâidĂ©e quâil faut sâen faire : câest que Dieu nous lâa donnĂ©e comme un gĂ©nie, et câest le principe que nous avons dit logĂ© au sommet de notre corps, et qui nous Ă©lĂšve de la terre vers notre parentĂ© cĂ©leste, car nous sommes une plante du ciel, non de la terre, nous pouvons lâaffirmer en toute vĂ©ritĂ©. Car Dieu a suspendu notre tĂȘte et notre racine Ă lâendroit oĂč lâĂąme fut primitivement engendrĂ©e et a ainsi dressĂ© tout notre corps vers le ciel. Or, quand un homme sâest livrĂ© tout entier Ă ses passions ou Ă ses ambitions et applique tous ses efforts Ă les satisfaire, toutes ses pensĂ©es deviennent nĂ©cessairement mortelles, et rien ne lui fait dĂ©faut pour devenir entiĂšrement mortel, autant que cela est possible, puisque câest Ă cela quâil sâest exercĂ©.
Mais lorsquâun homme sâest donnĂ© tout entier Ă lâamour de la science et Ă la vraie sagesse et que, parmi ses facultĂ©s, il a surtout exercĂ© celle de penser Ă des choses immortelles et divines, sâil parvient Ă atteindre la vĂ©ritĂ©, il est certain que, dans la mesure oĂč il est donnĂ© Ă la nature humaine de participer Ă lâimmortalitĂ©, il ne lui manque rien pour y parvenir ; et, comme il soigne toujours la partie divine et maintient en bon Ă©tat le gĂ©nie qui habite en lui, il doit ĂȘtre supĂ©rieurement heureux.
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Plato (Timaeus)
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Et cependant, mon ami, ces enfants qui sont nos pareils, que nous devrions prendre pour nos modĂšles, nous les traitons comme des sujets. Il ne faut pas quâils aient aucune volontĂ©âŠ. Mais nâen avons-nous aucune ? OĂč donc est notre privilĂ©ge ?âŠ. Câest que nous sommes plus ĂągĂ©s et plus habiles ?⊠Bon Dieu, de ton ciel, tu vois de vieux enfants et dĂ©jeunes enfants, et rien de plus ! Et ceux auxquels tu prends plus de plaisir, ton fils nous lâa dĂšs longtemps annoncĂ©. Mais ils croient en lui et ne lâĂ©coutent pasâŠ. Câest lĂ encore un vieil usageâŠ. Et ils façonnent leurs enfants Ă leur ressemblance, etâŠ. Adieu, Wilhelm ; je ne veux pas radoter lĂ -dessus davantage.
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Johann Wolfgang von Goethe (The Sorrows of Young Werther)
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Ce papier, qui dâabord a lâinconvĂ©nient de se couper et de se casser, se dissout dans lâeau si facilement quâun livre en papier de coton sây mettrait en bouillie en y restant un quart dâheure, tandis quâun vieux livre ne serait pas perdu en y restant deux heures. On ferait sĂ©cher le vieux livre ; et, quoique jauni, passĂ©, le texte en serait encore lisible, lâĆuvre ne serait pas dĂ©truite. Nous arrivons Ă un temps oĂč, les fortunes diminuant par leur Ă©galisation, tout sâappauvrira : nous voudrons du linge et des livres Ă bon marchĂ©, comme on commence Ă vouloir de petits tableaux, faute dâespace pour en placer de grands. Les chemises et les livres ne dureront pas, voilĂ tout. La soliditĂ© des produits sâen va de toutes parts.
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Honoré de Balzac (Illusions perdues; Tome 3 (French Edition))
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Moi je ris de tout, mĂȘme de ce que jâaime le mieux. â Il nâest pas de choses, faits, sentiments ou gens, sur lesquels je nâaie passĂ© naĂŻvement ma bouffonnerie, comme un rouleau de fer Ă lustrer les piĂšces dâĂ©toffes. â Câest une bonne mĂ©thode. â On voit ensuite ce qui en reste. Il est trois fois enracinĂ© dans vous, le sentiment que vous y laissez, en plein vent, sans tuteur, ni fil de fer, et dĂ©barrassĂ© de toutes ces convenances si utiles pour faire tenir debout les pourritures. Est-ce que la parodie mĂȘme siffle jamais ? Il est bon et il peut mĂȘme ĂȘtre beau de rire de la vie, pourvu quâon vive. â Il faut se placer au-dessus de tout, et placer son esprit au-dessus de soi-mĂȘme, jâentends la libertĂ© de lâidĂ©e, dont je dĂ©clare impie toute limite.
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Gustave Flaubert (GUSTAVE FLAUBERT: Correspondance - Tome 2 -1851-1858 (French Edition))
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Celles qui refusent la maternitĂ© sont aussi confrontĂ©es au prĂ©jugĂ© selon lequel elles dĂ©testent les enfants, telles les sorciĂšres dĂ©vorant Ă belles dents de petits corps rĂŽtis durant le sabbat ou jetant un sort mortel au fils du voisin. C'est doublement exaspĂ©rant. D'abord, parce que c'est loin d'ĂȘtre toujours le cas : parfois, c'est mĂȘme une forte empathie avec les enfants qui peut vous retenir d'en mettre au monde, alors que d'autres pourront choisir d'en avoir pour des motifs discutables. [...] Par ailleurs, on a le droit de ne pas rechercher la compagnie des enfants, voire de les dĂ©tester franchement, quitte Ă dĂ©pouiller impitoyablement l'entourage de ses illusions en foulant aux pieds l'image de douceur et de dĂ©vouement qu'il associe Ă la Femme. LĂ encore, de toute façon, il n'y a pas de bon comportement possible.
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Mona Chollet (SorciÚres : La puissance invaincue des femmes)
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Quand je vis avec mes semblables, ma pensĂ©e s'occupe d'eux si exclusivement, soit pour les aider Ă vivre bien, soit pour comprendre pourquoi ils vivent mal, que j'oublie absolument de vivre pour mon compte. Quand je m'aperçois que j'ai fait pour eux mon possible et que je ne leur suis plus nĂ©cessaire, ou, ce qui arrive plus souvent, que je ne leur suis bon Ă rien, j'Ă©prouve le besoin de vivre avec ce moi intĂ©rieur qui s'identifie Ă la nature et au rĂȘve de la vie dans l'Ă©ternel et dans l'infini. La nature, je le sais, parle dans l'homme plus que dans les arbres et les rochers; mais elle y parle follement, elle y est plus souvent dĂ©lirante que sage, elle y est pleine d'illusions ou de mensonges. Les animaux sauvages eux-mĂȘmes sont tourmentĂ©s d'un besoin d'existence qui nous empĂȘche de savoir ce qu'ils pensent et si leurs obscures manifestations ne sont pas trompeuses. DĂšs qu'ils subissent des besoins et des passions, ils doivent les satisfaire Ă tout prix, et toute logique de leur instinct de conservation doit cĂ©der Ă cette sauvage logique de la faim et de l'amour. OĂč donc trouver, oĂč donc surprendre la voix du vrai absolu dans la nature? HĂ©las, dans le silence des choses inertes, dans le mutisme de ce qui ne ment pas! la face impassible du rocher qui boit le soleil, le front sans ombre du glacier qui regarde la lune, la morne altitude des lieux inaccessibles, exercent sur nous un rassĂ©rĂ©nement inexplicable. LĂ , nous nous sentons comme suspendus entre ciel et terre, dans une rĂ©gion d'idĂ©es oĂč il ne peut y avoir que Dieu ou rien, et, s'il n'y a rien, nous sentons que nous ne sommes rien nous-mĂȘmes et que nous n'existons pas; car rien ne peut se passer de sa raison d'ĂȘtre.
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George Sand (Le dernier amour)
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je n'ai jamais contemplĂ© l'inceste sous cette terrible lueur de caveau et de damnation Ă©ternelle qu'une fausse morale s'est dĂ©libĂ©rĂ©ment appliquĂ©e Ă jeter sur une forme d'exubĂ©rance sexuelle qui, pour moi, n'occupe qu'une place extrĂȘmement modeste dans l'Ă©chelle monumentale de nos dĂ©gradations. Toutes les frĂ©nĂ©sies de l'inceste me paraissent infiniment plus acceptables que celles d'Hiroshima, de Buchenwald, des pelotons d'exĂ©cution, de la terreur et de la torture policiĂšres, mille fois plus aimables que les leucĂ©mies et autres belles consĂ©quences gĂ©nĂ©tiques probables des efforts de nos savants. Personne ne me fera jamais voir dans le comportement sexuel des ĂȘtres le critĂšre du bien et du mal. La funeste physionomie d'un certain physicien illustre recommandant au monde civilisĂ© de poursuivre les explosions nuclĂ©aires m'est incomparablement plus odieuse que l'idĂ©e d'un fils couchant avec sa mĂšre. A cĂŽtĂ© des aberrations intellectuelles, scientifiques, idĂ©ologiques de notre siĂšcle, toutes celles de la sexualitĂ© Ă©veillent dans mon coeur les plus tendres pardons. Une fille qui se fait payer pour ouvrir ses cuisses au peuple me paraĂźt une soeur de charitĂ© et une honnĂȘte dispensatrice de bon pain lorsqu'on compare sa modeste vĂ©nalitĂ© Ă la prostitution des savants prĂȘtant leurs cerveaux Ă l'Ă©laboration de l'empoisonnement gĂ©nĂ©tique et de la terreur atomique. A cĂŽtĂ© de la perversion de l'Ăąme, de l'esprit et de l'idĂ©al Ă laquelle se livrent ces traĂźtres Ă l'espĂšce, nos Ă©lucubrations sexuelles, vĂ©nales ou non, incestueuses ou non, prennent, sur les trois humbles sphincters dont dispose notre anatomie, toute l'innocence angĂ©lique d'un sourire d'enfant. (La promesse de l'aube, ch. X)
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Romain Gary (Promise at Dawn)
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L'homme ne vit pas seulement sa vie personnelle comme individu, mais consciemment ou inconsciemment il participe aussi Ă celle de son Ă©poque et de ses contemporains, et mĂȘme s'il devait considĂ©rer les bases gĂ©nĂ©rales et impersonnelles de son existence comme des donnĂ©es immĂ©diates, les tenir pour naturelles et ĂȘtre aussi Ă©loignĂ© de l'idĂ©e d'exercer contre elles une critique que le bon Hans Castorp l'Ă©tait rĂ©ellement, il est nĂ©anmoins possible qu'il sente son bien-ĂȘtre moral vaguement affectĂ© par leurs dĂ©fauts. L'individu peut envisager toute sorte de buts personnels, de fins, d'espĂ©rances, de perspectives oĂč il puise une impulsion Ă de grands efforts et Ă son activitĂ©, mais lorsque l'impersonnel autour de lui, l'Ă©poque elle-mĂȘme, en dĂ©pit de son agitation, manque de buts et d'espĂ©rances, lorsqu'elle se rĂ©vĂšle en secret dĂ©sespĂ©rĂ©e, dĂ©sorientĂ©e et sans issue, lorsqu'Ă la question, posĂ©e consciemment ou inconsciemment, mais finalement posĂ©e en quelque maniĂšre, sur le sens suprĂȘme, plus que personnel et inconditionnĂ©, de tout effort et de toute activitĂ©, elle oppose le silence du vide, cet Ă©tat de choses paralysera justement les efforts d'un caractĂšre droit, et cette influence, par-delĂ l'Ăąme et la morale, s'Ă©tendra jusqu'Ă la partie physique et organique de l'individu. Pour ĂȘtre disposĂ© Ă fournir un effort considĂ©rable qui dĂ©passe la mesure de ce qui est communĂ©ment pratiquĂ©, sans que l'Ă©poque puisse donner une rĂ©ponse satisfaisante Ă la question " Ă quoi bon? ", il faut une solitude et une puretĂ© morales qui sont rares et d'une nature hĂ©roĂŻque, ou une vitalitĂ© particuliĂšrement robuste. Hans Castorp ne possĂ©dait ni l'une ni l'autre, et il n'Ă©tait ainsi donc qu'un homme malgrĂ© tout moyen, encore que dans un sens des plus honorables.
(ch. II)
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Thomas Mann (The Magic Mountain)
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III
Ah ! vous voulez la lune ? OĂč ? dans le fond du puits ? Non; dans le ciel. Eh bien, essayons. Je ne puis. Et c'est ainsi toujours. Chers petits, il vous passe Par l'esprit de vouloir la lune, et dans l'espace J'Ă©tends mes mains, tĂąchant de prendre au vol PhoebĂ©. L'adorable hasard d'ĂȘtre aĂŻeul est tombĂ© Sur ma tĂȘte, et m'a fait une douce fĂȘlure. Je sens en vous voyant que le sort put m'exclure Du bonheur, sans m'avoir tout Ă fait abattu. Mais causons. Voyez-vous, vois-tu, Georges, vois-tu, Jeanne ? Dieu nous connaĂźt, et sait ce qu'ose faire Un aĂŻeul, car il est lui-mĂȘme un peu grand-pĂšre; Le bon Dieu, qui toujours contre nous se dĂ©fend, Craint ceci: le vieillard qui veut plaire Ă l'enfant; Il sait que c'est ma loi qui sort de votre bouche, Et que j'obĂ©irais; il ne veut pas qu'on touche Aux Ă©toiles, et c'est pour en ĂȘtre bien sĂ»r Qu'il les accroche aux clous les plus hauts de l'azur.
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Victor Hugo (L'Art d'ĂȘtre grand-pĂšre)
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Revenons donc Ă nos poncifs, ou plutĂŽt Ă quelques-uns dâentre eux :
1° Le XIXe siÚcle est le siÚcle de la science.
2° Le XIXe siÚcle est le siÚcle du progrÚs.
3° Le XIXe siÚcle est le siÚcle de la démocratie, qui est progrÚs et progrÚs continu.
4° Les ténÚbres du moyen ùge.
5° La Révolution est sainte, et elle a émancipé le peuple français.
6° La dĂ©mocratie, câest la paix. Si tu veux la paix, prĂ©pare la paix.
7° Lâavenir est Ă la science. La Science est toujours bienfaisante.
8° Lâinstruction laĂŻque, câest lâĂ©mancipation du peuple.
9° La religion est la fille de la peur.
10° Ce sont les Ătats qui se battent. Les peuples sont toujours prĂȘts Ă sâaccorder.
11° Il faut remplacer lâĂ©tude du latin et du grec, qui est devenue inutile, par celle des langues vivantes, qui est utile.
12° Les relations de peuple Ă peuple vont sans cesse en sâamĂ©liorant. Nous courons aux Ătats-Unis dâEurope.
13° La science nâa ni frontiĂšres, ni patrie.
14° Le peuple a soif dâĂ©galitĂ©.
15° Nous sommes Ă lâaube dâune Ăšre nouvelle de fraternitĂ© et de justice.
16° La propriĂ©tĂ©, câest le vol. Le capital, câest la guerre.
17° Toutes les religions se valent, du moment quâon admet le divin.
18° Dieu nâexiste que dans et par la conscience humaine. Cette conscience crĂ©e Dieu un peu plus chaque jour.
19° LâĂ©volution est la loi de lâunivers.
20° Les hommes naissent naturellement bons. Câest la sociĂ©tĂ© qui les pervertit.
21° Il nây a que des vĂ©ritĂ©s relatives, la vĂ©ritĂ© absolue nâexiste pas.
22° Toutes les opinions sont bonnes et valables, du moment que lâon est sincĂšre.
Je mâarrĂȘte Ă ces vingt-deux Ăąneries, auxquelles il serait aisĂ© de donner une suite, mais qui tiennent un rang majeur par les innombrables calembredaines du XIXe siĂšcle, parmi ce que jâappellerai ses idoles. Idoles sur chacune desquelles on pourrait mettre un ou plusieurs noms.
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Léon Daudet (Le Stupide XIXe siÚcle (French Edition))
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« Ăcoute, Egor PĂ©trovitch, lui dit-il. Quâest ce que tu fais de toi ? Tu te perds seulement avec ton dĂ©sespoir. Tu nâas ni patience ni courage. Maintenant, dans un accĂšs de tristesse, tu dis que
tu nâas pas de talent. Ce nâest pas vrai. Tu as du talent ; je tâassure que tu en as. Je le vois rien quâĂ la façon dont tu sens et comprends lâart. Je te le prouverai par toute ta vie. Tu mâas racontĂ© ta vie dâautrefois. Ă cette Ă©poque aussi le dĂ©sespoirte visitait sans que tu tâen rendisses compte. Ă cette Ă©poque aussi, ton premier maĂźtre, cet homme Ă©trange, dont tu mâas tant parlĂ©, a Ă©veillĂ© en toi, pour la premiĂšre fois, lâamour de lâart et a devinĂ© ton talent. Tu lâas senti alors aussi fortement que maintenant. Mais tu ne savais pas ce qui se passait en toi. Tu ne pouvais pas vivre dans la maison du propriĂ©taire, et tu ne savais toi-mĂȘme ce que tu dĂ©sirais. Ton maĂźtre est mort trop tĂŽt. Il tâa laissĂ© seulement avec des aspirations vagues et, surtout, il ne tâa pas expliquĂ© toimĂȘme. Tu sentais le besoin dâune autre route plus large, tu pressentais que dâautres buts tâĂ©taient destinĂ©s, mais tu ne comprenais pas comment tout cela se ferait et, dans ton angoisse, tu as haĂŻ tout ce qui tâentourait alors. Tes six annĂ©es de misĂšre ne sont pas perdues. Tu as travaillĂ©, pensĂ©, tu as reconnu et toi-mĂȘme et tes forces ; tu comprends maintenant lâart et ta destination. Mon ami, il faut avoir de la patience et du courage. Un sort plus enviĂ© que le mien tâest rĂ©servĂ©. Tu es cent fois plus artiste que moi, mais que Dieu te donne mĂȘme la dixiĂšme partie de ma patience. Travaille, ne bois pas, comme te le disait ton bonpropriĂ©taire, et, principalement, commence par lâa, b, c.
« Quâest-ce qui te tourmente ? La pauvretĂ©, la misĂšre ? Mais la pauvretĂ© et la misĂšre forment lâartiste. Elles sont insĂ©parables des dĂ©buts. Maintenant personne nâa encore besoin de toi ; personne ne veut te connaĂźtre. Ainsi va le monde. Attends, ce sera autre chose quand on saura que tu as du talent. Lâenvie, la malignitĂ©, et surtout la bĂȘtise tâopprimeront plus fortement que la misĂšre. Le talent a besoin de sympathie ; il faut quâon le comprenne. Et toi, tu verras quelles gens tâentoureront quand tu approcheras du but. Ils tĂącheront de regarder avec mĂ©pris ce qui sâest Ă©laborĂ© en toi au prix dâun pĂ©nible travail, des privations, des nuits sans sommeil. Tes futurs camarades ne tâencourageront pas, ne te consoleront pas. Ils ne tâindiqueront pas ce qui en toi est bon et vrai. Avec une joie maligne ils relĂšveront chacune de tes fautes. Ils te montreront prĂ©cisĂ©ment ce quâil y a de mauvais en toi, ce en quoi tu te trompes, et dâun air calme et mĂ©prisant ils fĂȘteront joyeusement chacune de tes erreurs. Toi, tu esorgueilleux et souvent Ă tort. Il tâarrivera dâoffenser une nullitĂ© qui a de lâamour-propre, et alors malheur Ă toi : tu seras seul et ils seront plusieurs. Ils te tueront Ă coups dâĂ©pingles. Moi mĂȘme, je commence Ă Ă©prouver tout cela. Prends donc des forces dĂšs maintenant. Tu nâes pas encore si pauvre. Tu peux encore vivre ; ne nĂ©glige pas les besognes grossiĂšres, fends du bois, comme je lâai fait un soir chez de pauvres gens. Mais tu es impatient ; lâimpatience est ta maladie. Tu nâas pas assez de simplicitĂ© ; tu ruses trop, tu rĂ©flĂ©chis trop, tu fais trop travailler ta tĂȘte. Tu es audacieux en paroles et lĂąche quand il faut prendra lâarchet en main. Tu as beaucoup dâamour-propre et peu de hardiesse. Sois plus hardi, attends, apprends, et si tu ne comptes pas sur tes forces, alors va au hasard ; tu as de la chaleur, du sentiment, peut-ĂȘtre arriveras-tu au but. Sinon, va quand mĂȘme au hasard. En tout cas tu ne perdras rien, si le gain est trop grand. Vois-tu, aussi, le hasard pour nous est une grande chose. »
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Fyodor Dostoevsky (Netochka Nezvanova)
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Augmentez la dose de sports pour chacun, dĂ©veloppez l'esprit d'Ă©quipe, de compĂ©tition, et le besoin de penser est Ă©liminĂ©, non ? Organiser, organisez, super-organisez des super-super-sports. Multipliez les bandes dessinĂ©es, les films; l'esprit a de moins en moins d'appĂ©tits. L'impatience, les autos-trades sillonnĂ©es de foules qui sont ici, lĂ , partout, nulle part. Les rĂ©fugiĂ©s du volant. Les villes se transforment en auberges routiĂšres; les hommes se dĂ©placent comme des nomades suivant les phases de la lune, couchant ce soir dans la chambre oĂč tu dormais Ă midi et moi la veille. (1re partie)
On vit dans l'immédiat. Seul compte le boulot et aprÚs le travail l'embarras du choix en fait de distractions. Pourquoi apprendre quoi que ce soit sinon à presser les boutons, brancher des commutateurs, serrer des vis et des écrous ?
Nous n'avons pas besoin qu'on nous laisse tranquilles. Nous avons besoin d'ĂȘtre sĂ©rieusement tracassĂ©s de temps Ă autre. Il y a combien de temps que tu n'as pas Ă©tĂ© tracassĂ©e sĂ©rieusement ? Pour une raison importante je veux dire, une raison valable ?
- Tu dois bien comprendre que notre civilisation est si vaste que nous ne pouvons nous permettre d'inquiĂ©ter ou de dĂ©ranger nos minoritĂ©s. Pose-toi la question toi-mĂȘme. Que recherchons-nous, par-dessus tout, dans ce pays ? Les gens veulent ĂȘtre heureux, d'accord ? Ne l'as-tu pas entendu rĂ©pĂ©ter toute la vie ? Je veux ĂȘtre heureux, dĂ©clare chacun. Eh bien, sont-ils heureux ? Ne veillons-nous pas Ă ce qu'ils soient toujours en mouvement, toujours distraits ? Nous ne vivons que pour ça, c'est bien ton avis ? Pour le plaisir, pour l'excitation. Et tu dois admettre que notre civilisation fournit l'un et l'autre Ă satiĂ©tĂ©.
Si le gouvernement est inefficace, tyrannique, vous Ă©crase d'impĂŽts, peu importe tant que les gens n'en savent rien. La paix, Montag. Instituer des concours dont les prix supposent la mĂ©moire des paroles de chansons Ă la mode, des noms de capitales d'Ătat ou du nombre de quintaux de maĂŻs rĂ©coltĂ©s dans l'Iowa l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente. Gavez les hommes de donnĂ©es inoffensives, incombustibles, qu'ils se sentent bourrĂ©s de "faits" Ă Ă©clater, renseignĂ©s sur tout. Ensuite, ils s'imagineront qu'ils pensent, ils auront le sentiment du mouvement, tout en piĂ©tinant. Et ils seront heureux, parce que les connaissances de ce genre sont immuables. Ne les engagez pas sur des terrains glissants comme la philosophie ou la sociologie Ă quoi confronter leur expĂ©rience. C'est la source de tous les tourments. Tout homme capable de dĂ©monter un Ă©cran mural de tĂ©lĂ©vision et de le remonter et, de nos jours ils le sont Ă peu prĂšs tous, est bien plus heureux que celui qui essais de mesurer, d'Ă©talonner, de mettre en Ă©quations l'univers ce qui ne peut se faire sans que l'homme prenne conscience de son infĂ©rioritĂ© et de sa solitude.
Nous sommes les joyeux drilles, les boute-en-train, toi, moi et les autres. Nous faisons front contre la marée de ceux qui veulent plonger le monde dans la désolation en suscitant le conflit entre la théorie et la pensée. Nous avons les doigts accrochés au parapet. Tenons bon. Ne laissons pas le torrent de la mélancolie et de la triste philosophie noyer notre monde. Nous comptons sur toi. Je ne crois pas que tu te rendes compte de ton importance, de notre importance pour protéger l'optimisme de notre monde actuel.
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Ray Bradbury (Fahrenheit 451)
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Dans la bouche de ces prĂ©tendus reprĂ©sentants du prolĂ©tariat, toutes les formules socialistes perdent leur sens rĂ©el. La lutte de classe reste toujours le grand principe ; mais elle doit ĂȘtre subordonnĂ©e Ă la solidaritĂ© nationale1. Lâinternationalisme est un article de foi en lâhonneur duquel les plus modĂ©rĂ©s se dĂ©clarent prĂȘts Ă prononcer les serments les plus solennels; mais le patriotisme impose aussi des devoirs sacrĂ©s2. LâĂ©mancipation des travailleurs doit ĂȘtre lâĆuvre des travailleurs eux-mĂȘmes, comme on lâimprime encore tous les jours, mais la vĂ©ritable Ă©mancipation consiste Ă voter pour un professionnel de la politique, Ă lui assurer les moyens de se faire une bonne situation, Ă se donner un maĂźtre. Enfin lâĂtat doit disparaĂźtre et on se garderait de contester ce quâEngels a Ă©crit lĂ -dessus; mais cette disparition aura lieu seulement dans un avenir si lointain que lâon doit sây prĂ©parer en utilisant provisoirement lâĂtat pour gaver les politiciens de bons morceaux ; et la meilleure politique pour faire disparaĂźtre lâĂtat consiste provisoirement Ă renforcer la machine gouvernementale ; Gribouille, qui se jette Ă lâeau pour ne pas ĂȘtre mouillĂ© par la pluie, nâaurait pas raisonnĂ© autrement. Etc, etc.
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Georges Sorel (Reflections on Violence (Dover Books on History, Political and Social Science))
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Ses visites Ă©taient la grande distraction de ma tante LĂ©onie qui ne recevait plus guĂšre personne dâautre, en dehors de M. le CurĂ©. Ma tante avait peu Ă peu Ă©vincĂ© tous les autres visiteurs parce quâils avaient le tort Ă ses yeux de rentrer tous dans lâune ou lâautre des deux catĂ©gories de gens quâelle dĂ©testait. Les uns, les pires et dont elle sâĂ©tait dĂ©barrassĂ©e les premiers, Ă©taient ceux qui lui conseillaient de ne pas « sâĂ©couter » et professaient, fĂ»t-ce nĂ©gativement et en ne la manifestant que par certains silences de dĂ©sapprobation ou par certains sourires de doute, la doctrine subversive quâune petite promenade au soleil et un bon bifteck saignant (quand elle gardait quatorze heures sur lâestomac deux mĂ©chantes gorgĂ©es dâeau de Vichy !) lui feraient plus de bien que son lit et ses mĂ©decines. Lâautre catĂ©gorie se composait des personnes qui avaient lâair de croire quâelle Ă©tait plus gravement malade quâelle ne pensait, quâelle Ă©tait aussi gravement malade quâelle le disait. Aussi, ceux quâelle avait laissĂ© monter aprĂšs quelques hĂ©sitations et sur les officieuses instances de Françoise et qui, au cours de leur visite, avaient montrĂ© combien ils Ă©taient indignes de la faveur quâon leur faisait en risquant timidement un : « Ne croyez-vous pas que si vous vous secouiez un peu par un beau temps », ou qui, au contraire, quand elle leur avait dit : « Je suis bien bas, bien bas, câest la fin, mes pauvres amis », lui avaient rĂ©pondu : « Ah ! quand on nâa pas la santĂ© ! Mais vous pouvez durer encore comme ça », ceux-lĂ , les uns comme les autres, Ă©taient sĂ»rs de ne plus jamais ĂȘtre reçus. Et si Françoise sâamusait de lâair Ă©pouvantĂ© de ma tante quand de son lit elle avait aperçu dans la rue du Saint-Esprit une de ces personnes qui avait lâair de venir chez elle ou quand elle avait entendu un coup de sonnette, elle riait encore bien plus, et comme dâun bon tour, des ruses toujours victorieuses de ma tante pour arriver Ă les faire congĂ©dier et de leur mine dĂ©confite en sâen retournant sans lâavoir vue, et, au fond admirait sa maĂźtresse quâelle jugeait supĂ©rieure Ă tous ces gens puisquâelle ne voulait pas les recevoir. En somme, ma tante exigeait Ă la fois quâon lâapprouvĂąt dans son rĂ©gime, quâon la plaignĂźt pour ses souffrances et quâon la rassurĂąt sur son avenir.
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Marcel Proust (Swannâs Way (In Search of Lost Time, #1))
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Il faut que je vous Ă©crive, mon aimable Charlotte, ici, dans la chambre dâune pauvre auberge de village, oĂč je me suis rĂ©fugiĂ© contre le mauvais temps. Dans ce triste gĂźte de D., oĂč je me traĂźne au milieu dâune foule Ă©trangĂšre, tout Ă fait Ă©trangĂšre Ă mes sentiments, je nâai pas eu un moment, pas un seul, oĂč le cĆur inâait dit de vous Ă©crire : et maintenant, dans cette cabane, dans cette solitude, dans cette prison, tandis que la neige et la grĂȘle se dĂ©chaĂźnent contre ma petite fenĂȘtre, ici, vous avez Ă©tĂ© ma premiĂšre pensĂ©e. DĂšs que je fus entrĂ©, votre image, ĂŽ Charlotte, votre pensĂ©e mâa saisi, si sainte, si vivante ! Bon Dieu, câest le premier instant de bonheur que je retrouve.
Si vous me voyiez, mon amie, dans ce torrent de dissipations ! Comme toute mon Ăąme se dessĂšche ! Pas un moment oĂč le cĆur soit plein ! pas une heure fortunĂ©e ! rien, rien ! Je suis lĂ comme devant une chambre obscure : je vois de petits hommes et de petits chevaux tourner devant moi, et je me demande souvent si ce nâest pas une illusion dâoptique. Je mâen amuse, ou plutĂŽt on sâamuse de moi comme dâune ma"rionnette ; je prends quelquefois mon voisin par sa main de bois, et je recule en frissonnant. Le soir, je fais le projet dâaller voir lever le soleil, et je reste au lit ; le jour, je me promets le plaisir du clair de lune, et je mâoublie dans ma chambre. Je ne sais trop pourquoi je me lĂšve, pourquoi je me coucha.
Le levain qui faisait fermenter ma vie, je ne lâai plus ; le charme qui me tenait Ă©veillĂ© dans les nuits profondes sâest Ă©vanoui ; lâenchantement qui, le matin, mâarrachait au sommeil a fui loin de moi.
Je nâai trouvĂ© ici quâune femme, une seule, Mlle de B. Elle vous ressemble, ĂŽ Charlotte, si lâon peut vous ressembler. «.Eh quoi ? direz-vous, le voilĂ qui fait de jolis compliments ! » Cela nâest pas tout Ă fait imaginaire : depuis quelque temps je suis trĂšs-aimable, parce que je ne puis faire autre chose ; jâai beaucoup dâesprit, at les dames disent que personne ne sait louer aussi finementâŠ. «Ni mentir, ajouterez-vous, car lâun ne va pas sans lâautre, entendez-vous ?⊠» Je voulais parler de Mlle B. Elle a beaucoup dâĂąme, on le voit dâabord Ă la flamme de ses yeux bleus. Son rang lui est Ă charge ; il ne satisfait aucun des vĆux de son cĆur. Elle aspire Ă sortir de ce tumulte, et nous rĂȘvons, des heures entiĂšres, au mijieu de scĂšnes champĂȘtres, un bonheur sans mĂ©lange ; hĂ©las ! nous rĂȘvons Ă vous, Charlotte ! Que de fois nâest-elle pas obligĂ©e de vous rendre hommage !⊠Non pas obligĂ©e : elle le fait de bon grĂ© ; elle entend volontiers parler de vous ; elle vous aime.
Oh ! si jâĂ©tais assis Ă vos pieds, dans la petite chambre, gracieuse et tranquille ! si nos chers petits jouaient ensemble autour de moi, et, quand leur bruit vous fatiguerait, si je pouvais les rassembler en cercle et les calmer avec une histoire effrayante !
Le soleil se couche avec magnificence sur la contrĂ©e Ă©blouissante de neige ; lâorage est passĂ© ; et moiâŠ. il faut que je rentre dans ma cageâŠ. Adieu. Albert est-il auprĂšs de vous ? Et comment ?⊠Dieu veuille me pardonner cette question !
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Johann Wolfgang von Goethe (The Sorrows of Young Werther)
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ROMĂO. â Elle parle : oh, parle encore, ange brillant ! car lĂ oĂč tu es, au-dessus de ma tĂȘte, tu me parais aussi splendide au sein de cette nuit que lâest un messager ailĂ© du ciel aux-regards Ă©tonnĂ©s des mortels ; lorsque rejetant leurs tĂȘtes en arriĂšre, on ne voit plus que le blanc de leurs yeux, tant leurs prunelles sont dirigĂ©es-en haut pour le contempler, pendant quâil chevauche sur les nuages Ă la marche indolente et navigue sur le sein de lâair.
JULIETTE. â Ă RomĂ©o, RomĂ©o ! pourquoi es-tu RomĂ©o ? Renie ton pĂšre, ou rejette ton nom ; ou si tu ne veux pas, lie-toi seulement par serment Ă mon amour, et je ne serai pas plus longtemps une Capulet.
ROMĂO, Ă part. â En entendrai-je davantage, ou rĂ©pondrai-je Ă ce quâelle rient de dire
JULIETTE. â Câest ton nom seul qui est mon ennemi. AprĂšs tout tu es toi-mĂȘme, et non un Montaigu. Quâest-ce quâun Montaigu ? Ce nâest ni une main, ni un pied, ni un bras, ni un, visage, ni toute autre partie du corps appartenant Ă un homme. Oh ! porte un autre nom ! Quây a-t-il dans un nom ? La fleur que nous nommons la rose, sentirait tout aussi bon sous un autre nom ; ainsi RomĂ©o, quand bien mĂȘme il ne serait pas appelĂ© RomĂ©o, nâen garderait pas moins la prĂ©cieuse perfection : quâil possĂšde. Renonce Ă ton nom RomĂ©o, et en place de ce nom qui ne fait pas partie de toi, prends-moi toute entiĂšre.
ROMĂO. â Je te prends au mot : appelle-moi seulement : ton amour, et je serai rebaptisĂ©, et dĂ©sormais je ne voudrai plus ĂȘtre RomĂ©o.
JULIETTE. â Qui es-tu, toi qui, protĂ©gĂ© par la nuit, viens ainsi surprendre les secrets de mon Ăąme ?
ROMĂO. â Je ne sais de quel nom me servir pour te dire qui je suis : mon nom, chĂšre sainte, mâest odieux Ă moi-mĂȘme, parce quâil tâest ennemi ; sâil Ă©tait Ă©crit, je dĂ©chirerais le mot quâil forme.
JULIETTE. â Mes oreilles nâont pas encore bu cent paroles de cette voix, et cependant jâen reconnais le son nâes-tu pas RomĂ©o, et un Montaigu ?
ROMĂO. â Ni lâun, ni lâautre, belle vierge, si lâun ou lâautre te dĂ©plaĂźt.
JULIETTE. â Comment es-tu venu ici, dis-le-moi, et pourquoi ? Les murs du jardin sont Ă©levĂ©s et difficiles Ă escalader, et considĂ©rant qui tu es, cette place est mortelle pour toi, si quelquâun de mes parents tây trouve.
ROMĂO. â Jâai franchi ces murailles avec les ailes lĂ©gĂšres de lâamour, car des limites de pierre ne peuvent arrĂȘter lâessor de lâamour ; et quelle chose lâamour peut-il oser quâil ne puisse aussi exĂ©cuter ? tes parents ne me, sont donc pas un obstacle.
JULIETTE. â Sâils te voient, ils tâassassineront.
ROMĂO. â HĂ©las ! il y a plus de pĂ©rils, dans tes yeux que dans vingt de leurs Ă©pĂ©es : veuille seulement abaisser un doux regard sĂ»r moi, et je suis cuirassĂ© contre leur inimitiĂ©.
JULIETTE. â Je ne voudrais pas, pour le monde entier, quâils te vissent ici.
ROMĂO. â Jâai le manteau de la nuit pour me dĂ©rober Ă leur vue et dâailleurs, Ă moins que tu ne mâaimes, ils peuvent me trouver, sâils veulent : mieux vaudrait que leur haine mĂźt fin Ă ma vie, que si ma mort Ă©tait retardĂ©e, sans que jâeusse ton amour ;
JULIETTE. â Quel est celui qui tâa enseignĂ© la direction de cette place ?
ROMĂO. â Câest lâAmour, qui mâa excitĂ© Ă la dĂ©couvrir ; il mâa prĂȘtĂ© ses conseils, et je lui ai prĂȘtĂ© mes yeux. Je ne suis pas pilote ; cependant fusses-tu aussi Ă©loignĂ©e que le vaste rivage baignĂ© par la plus lointaine nier, je mâaventurerais pour une marchandise telle que toi.
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William Shakespeare (Romeo and Juliet)