â
Si un ennemi est plus fort que toi, deviens son ami. Parle avec lui. Réfléchis. Comprends-le. Et quand le temps est venu, frappe.
â
â
Pierre Bottero (Les Tentacules du mal (Les Mondes d'Ewilan, #3))
â
Je dis : pourquoi moi ?
Il dit  : parce tu n'es pas du tout comme les autres, parce qu'on ne voit que toi sans que tu t'en rendes compte. Il ajoute cette phrase, pour moi inoubliable  : parce que tu partiras et que nous resterons.
â
â
Philippe Besson (« ArrĂȘte avec tes mensonges »)
â
On s'ennuie de tout, mon ange, c'est une loi de la nature; ce n'est pas ma faute.
Si donc, je m'ennuie aujourd'hui d'une aventure qui m'a occupé entiÚrement depuis quatre mortels mois, ce n'est pas ma faute.
Si, par exemple, j'ai eu juste autant d'amour que toi de vertu, et c'est surement beaucoup dire, il n'est pas Ă©tonnant que l'un ait fini en mĂȘme temps que l'autre. Ce n'est pas ma faute.
Il suit de là , que depuis quelque temps je t'ai trompée: mais aussi ton impitoyable tendresse m'y forçait en quelque sorte! Ce n'est pas ma faute.
Aujourd'hui, une femme que j'aime éperdument exige que je te sacrifie. Ce n'est pas ma faute.
Je sens bien que voilà une belle occasion de crier au parjure: mais si la Nature n'a accordé aux hommes que la constance, tandis qu'elle donnait aux femmes l'obstination, ce n'est pas ma faute.
Crois-moi, choisis un autre amant, comme j'ai fait une maĂźtresse. Ce conseil est bon, trĂšs bon; si tu le trouve mauvais, ce n'est pas ma faute.
Adieu, mon ange, je t'ai prise avec plaisir, je te quitte sans regrets: je te reviendrai peut-ĂȘtre. Ainsi va le monde. Ce n'est pas ma faute.
â
â
Pierre Choderlos de Laclos (Les liaisons dangereuses)
â
- CYRANO, regardant Christian :
Si j'avais
Pour exprimer mon Ăąme un pareil interprĂšte !
- CHRISTIAN, avec désespoir :
Il me faudrait de l'éloquence !
- CYRANO, brusquement :
Je t'en prĂȘte !
Toi, du charme physique et vainqueur, prĂȘte-m'en :
Et faisons à nous deux un héros de roman !
â
â
Edmond Rostand (Cyrano de Bergerac)
â
Simplement te dire que, plusieurs fois, j'aurais aimĂ© ĂȘtre un personnage de fiction. Parce que dans un roman ou dans un film, le hĂ©ros aurait Ă©tĂ© moins maladroit pour faire comprendre Ă l'hĂ©roĂŻne qu'elle lui plaisait vraiment, qu'il aimait parler avec elle et qu'il Ă©prouvait quelque chose de spĂ©cial lorsqu'il la regardait. Un mĂ©lange de douceur, de douleur et d'intensitĂ©. Une complicitĂ© troublante, une intimitĂ© bouleversante. Quelque chose de rare, qu'il n'avait jamais ressenti avant. Quelque chose dont il ne soupçonnait mĂȘme pas l'existence.
â
â
Guillaume Musso (Que serais-je sans toi?)
â
Personne n'abandonnera personne. Si tu restes, je reste avec toi.
â
â
Richard Adams (Watership Down (Watership Down, #1))
â
Te montrer à l'univers, le temps d'un éclair, puis m'enfermer avec toi, seul, et te regarder pendant l'éternité.
â
â
René Barjavel
â
Une Ă©criture qui ne fait pas rĂȘver, n'est pas une Ă©criture. Toi par example, avec tes mots, tu nous balances dans une vague de nuages bleus, roses et surtout violets.
â
â
Ùۧ۳ÙÙÙ Ű§ÙŰŁŰč۱ۏ (Ű·ÙÙ Ű§ÙÙۧ۳Ù
ÙÙ)
â
Ă une passante
La rue assourdissante autour de moi hurlait.âš
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,âš
Une femme passa, d'une main fastueuseâš
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet;
Agile et noble, avec sa jambe de statue.âš
Moi, je buvais, crispĂ© comme un extravagant,âš
Dans son oeil, ciel livide oĂč germe l'ouragan,âš
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.
Un Ă©clair . . . puis la nuit! â Fugitive beautĂ© âš
Dont le regard m'a fait soudainement renaĂźtre,âš
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité?
Ailleurs, bien loin d'ici! trop tard! jamais peut-ĂȘtre!âš
Car j'ignore oĂč tu fuis, tu ne sais oĂč je vais,âš
à toi que j'eusse aimée, Î toi qui le savais!
â
â
Charles Baudelaire (Les Fleurs du Mal)
â
- De toute ma vie, je ne me suis jamais sentie aussi bien. Et toi ?
- Moi ? - Step l'embrasse trĂšs fort. Super super bien.
- Au point de pouvoir toucher le ciel avec un doigt ?
- Non, pas Ă ce point.
- Comment ça pas à ce point ?
- Beaucoup plus. Au moins trois mĂštres au-dessus du ciel.
â
â
Federico Moccia (Tre metri sopra il cielo)
â
Les jours passent, la nuit reste. Maintenant, tu me manques. Des fois c'est tes bras, des fois c'est tes pas dont je crois reconnaĂźtre le bruit. La plupart du temps, c'est toi en entier, avec ta voix et tes petites façons d'ĂȘtre ma mĂšre.
â
â
Mathias Malzieu (Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi)
â
ce qui convainc de la nécessité de la vie future, ce ne sont pas les raisonnements mais ceci : tu marches dans la vie la main dans la main avec un homme, et tout à coup, cet homme disparaßt là -bas dans le néant, et toi tu restes devant cet abßme et tu y plonges ton regard
(Guerre et Paix, livre deuxiĂšme, 2iĂšme partie, ch. XII)
â
â
Leo Tolstoy
â
A qui écris-tu?
-A toi. En fait, je ne t'écris pas vraiment, j'écris ce que j'ai envie de faire avec toi...
Il y avait des feuilles partout. Autour d'elle, Ă ses pieds, sur le lit. J'en ai pris une au hasard:
"...Pique-niquer, faire la sieste au bord d'une riviĂšre, manger des pĂȘches, des crevettes, des croissants, du riz gluant, nager, danser, m'acheter des chaussures, de la lingerie, du parfum, lire le journal, lĂ©cher les vitrines, prendre le mĂ©tro, surveiller l'heure, te pousser quand tu prends toute la place, Ă©tendre le linge, aller Ă l'OpĂ©ra, faire des barbecues, rĂąler parce que tu as oubliĂ© le charbon, me laver les dents en mĂȘme temps que toi, t'acheter des caleçons, tondre la pelouse, lire le journal par-dessus ton Ă©paule, t'empĂȘcher de manger trop de cacahuĂštes, visiter les caves de la Loire, et celles de la Hunter Valley, faire l'idiote, jacasser, cueillir des mĂ»res, cuisiner, jardiner, te rĂ©veiller encore parce que tu ronfles, aller au zoo, aux puces, Ă Paris, Ă Londres, te chanter des chansons, arrĂȘter de fumer, te demander de me couper les ongles, acheter de la vaisselle, des bĂȘtises, des choses qui ne servent Ă rien, manger des glaces, regarder les gens, te battre aux Ă©checs, Ă©couter du jazz, du reggae, danser le mambo et le cha-cha-cha, m'ennuyer, faire des caprices, bouder, rire, t'entortiller autour de mon petit doigt, chercher une maison avec vue sur les vaches, remplir d'indĂ©cents Caddie, repeindre un plafond, coudre des rideaux, rester des heures Ă table Ă discuter avec des gens intĂ©ressants, te tenir par la barbichette, te couper les cheveux, enlever les mauvaises herbes, laver la voiture, voir la mer, t'appeler encore, te dire des mots crus, apprendre Ă tricoter, te tricoter une Ă©charpe, dĂ©faire cette horreur, recueillir des chats, des chiens, des perroquets, des Ă©lĂ©phants, louer des bicyclettes, ne pas s'en servir, rester dans un hamac, boire des margaritas Ă l'ombre, tricher, apprendre Ă me servir d'un fer Ă repasser, jeter le fer Ă repasser par la fenĂȘtre, chanter sous la pluie, fuire les touristes, m'enivrer, te dire toute la vĂ©ritĂ©, me souvenir que toute vĂ©ritĂ© n'est pas bonne Ă dire, t'Ă©couter, te donner la main, rĂ©cupĂ©rer mon fer Ă repasser, Ă©couter les paroles des chansons, mettre le rĂ©veil, oublier nos valises, m'arrĂȘter de courir, descendre les poubelles, te demander si tu m'aimes toujours, discuter avec la voisine, te raconter mon enfance, faire des mouillettes, des Ă©tiquettes pour les pots de confiture..."
Et ça continuais comme ça pendant des pages et des pages...
â
â
Anna Gavalda (Someone I Loved (Je l'aimais))
â
N'attache de prix qu'aux trésors que tu pourras emporter avec toi dans le paradis.
â
â
Saadi (ŰšÙŰłŰȘŰ§Ù ŰłŰčŰŻÛ)
â
Je te rencontre.
Je me souviens de toi.
Cette ville était faite à la taille de l'amour.
Tu Ă©tais fait Ă la taille de mon corps mĂȘme.
Qui es-tu ?
Tu me tues.
J'avais faim. Faim d'infidélités, d'adultÚres, de mensonges et de mourir.
Depuis toujours.
Je me doutais bien qu'un jour tu me tomberais dessus.
Je t'attendais dans une impatience sans borne, calme.
Dévore-moi. Déforme-moi à ton image afin qu'aucun autre, aprÚs toi, ne comprenne plus du tout le pourquoi de tant de désir.
Nous allons rester seuls, mon amour.
La nuit ne va pas finir.
Le jour ne se lĂšvera plus sur personne.
Jamais. Jamais plus. Enfin.
Tu me tues.
Tu me fais du bien.
Nous pleurerons le jour défunt avec conscience et bonne volonté.
Nous n'aurons plus rien d'autre à faire, plus rien que pleurer le jour défunt.
Du temps passera. Du temps seulement.
Et du temps va venir.
Du temps viendra. OĂč nous ne saurons plus du tout nommer ce qui nous unira. Le nom s'en effacera peu Ă peu de notre mĂ©moire.
Puis, il disparaĂźtra, tout Ă fait.
â
â
Marguerite Duras (Hiroshima mon amour)
â
Le peuple est un troupeau imbécile, tantÎt stupidement patient et tantÎt férocement révolté. On lui dit : «Amuse-toi.» Il s'amuse. On lui dit : «Va te battre avec le voisin.» Il va se battre. On lui dit : «Vote pour l'Empereur.» Il vote pour l'Empereur. Puis, on lui dit : «Vote pour la République.» Et il vote pour la République.
â
â
Guy de Maupassant (The Horla)
â
Je ne peux plus rien d'autre. Je ne les entends plus, tu sais. C'est sans doute qu'ils en ont fini avec moi. Fini: l'affaire est classĂ©e, je ne suis plus rien sur terre, mĂȘme plus un lĂąche. InĂšs, nous voilĂ seuls: il n'y a plus que vous deux pour penser Ă moi. Elle ne compte pas. Mais toi, toi qui me hais, si tu me crois, tu me sauves.
â
â
Jean-Paul Sartre (No Exit)
â
De tous les avions dans le monde entier, il fallait marcher dans la mienne. Vous ne saurez jamais combien j'ai besoin de toi. Je veux que tu restes ici, avec moi, pour toujours. Je pense que je suis tombé en amour avec toi, bébé.
â
â
Dani Lovell (Sexy Berkeley (Sexy, #1))
â
Tu ne recevras point de signe car la marque de la divinitĂ© dont tu dĂ©sires un signe c'est le silence mĂȘme. Et les pierre ne savent rien du temple qu'elles composent et n'en peuvent rien savoir. Ni le morceau d'Ă©corce, de l'arbre qu'il compose avec d'autres. Ni l'arbre lui-mĂȘme, ou telle demeure, du domaine qu'ils composent avec d'autres. Ni toi de Dieu.
â
â
Antoine de Saint-Exupéry (Citadelle)
â
Les hommes de chez toi, dit le petit prince, cultivent cinq mille roses dans un mĂȘme jardin... et ils n'y trouvent pas ce qu'ils cherchent... â Ils ne le trouvent pas, rĂ©pondis-je... â Et cependant ce qu'ils cherchent pourrait ĂȘtre trouvĂ© dans une seule rose ou un peu d'eau... â Bien sĂ»r, rĂ©pondis-je. Et le petit prince ajouta : â Mais les yeux sont aveugles. Il faut chercher avec le cĆur.
â
â
Antoine de Saint-Exupéry (The Little Prince)
â
Dis-moi, rose, d'oĂč vient
qu'en toi-mĂȘme enclose,
ta lente essence impose
Ă cet espace en prose
tous ces transports aérien?
Combien de fois cet air
prétend que les choses le trouent,
ou, avec une moue,
il se montre amer.
Tandis qu'autour de ta chair,
rose, il fait la roue.
â
â
Rainer Maria Rilke (The Complete French Poems of Rainer Maria Rilke)
â
Un époux, c'est quelqu'un qui travaille au jardin avec toi et qui te réchauffe la nuit dans le lit conjugal. Un homme qui s'inquiÚte pour toi quand personne d'autre n'a remarqué que tu n'allais pas bien. Quelqu'un qui te tient la main quand tu es malade ou aux portes de la mort.
â
â
David Farland (Wizardborn (Runelords, #3))
â
Supprime donc en toi toute aversion pour ce qui ne dĂ©pend pas de nous et, cette aversion, reporte-la sur ce qui dĂ©pend de nous et nâest pas en accord avec la nature. Quant au dĂ©sir, pour le moment, supprime-le complĂštement. Car si tu dĂ©sires une chose qui ne dĂ©pend pas de nous, tu ne pourras quâĂ©chouer, sans compter que tu te mettras dans lâimpossibilitĂ© dâatteindre ce qui est Ă notre portĂ©e et quâil est plus sage de dĂ©sirer. Borne-toi Ă suivre tes impulsions, tes rĂ©pulsions, mais fais-le avec lĂ©gĂšretĂ©, de façon non systĂ©matique et sans effort excessif.
â
â
Epictetus (The Discourses)
â
Je ne te veux pas dans lâ autre chambre,â I repeat. âRestez avec moi.â Stay with me. Her breasts brush my chest, the pad of her index finger tracing the contour of my upper lip. âYou have a beautiful mouth.â âToi aussi.â So do you. I feel my neck bow. Head bent down. Shoulders sag, body relaxed. âJe te veux plus que nâimporte quoi que jâavais voulu dans ma vie.â I want you more than anything Iâve wanted in my entire fucking life.
â
â
Sara Ney (The Learning Hours (How to Date a Douchebag, #3))
â
Alors voilĂ , nous y sommes. Tu es gravĂ©e dans mon coeur, Clark. Tu l'as Ă©tĂ© dĂšs le premier jour oĂč tu es arrivĂ©e avec tes fringues Ă la con, tes blagues moisies et ton incapacitĂ© absolue Ă dissimuler ce que tu ressens. Tu as changĂ© ma vie infiniment plus que cet argent ne pourra changer la tienne.
â
â
Jojo Moyes
â
Représente-toi lŽinconscient comme une usine de forces motrices dans laquelle chaque pensée manie un levier lui permettant de mettre en action les énergies qui lui correspondent, créatrices ou destructrices. Le courant dŽénergie sera dŽautant plus soutenu que la pensée est répétée avec persistance.
â
â
K.O. Schmidt (Le Hasard n'existe pas (French Edition))
â
- Dégage je t'ai dit !
- Je te fais une contre-proposition, lança Ellana que le poing brandi du barbu ne paraissait pas impressionner le moins du monde. Tu quittes l'auberge maintenant, sans bruit, avec la promesse de ne plus jamais y remettre les pieds, et je ne te casse pas en mille morceaux.
Le colosse ouvrit la bouche pour un cri ou peut-ĂȘtre un rire, mais la voix de Jilano le lui vola.
- C'est un marché de dupe ! s'écria-t-il sur un ton plein de verve.
- Et pourquoi donc ? fit mine de se fĂącher Ellana.
- Parce que mĂȘme si tu tapes fort, tu lui casseras au maximum une douzaine d'os. Allez, vingt parce que c'est toi. On est loin des mille morceaux que tu revendiques.
Ellana soupira.
- C'est une expression, il ne faut pas la prendre au pied de la lettre.
- Sans doute, mais ce monsieur pourrait s'estimer grugé.
- TrĂšs bien. VoilĂ ma contre-proposition rĂ©actualisĂ©e. Tu quittes l'auberge maintenant, sans bruit, avec la promesse de ne plus jamais y remettre les pieds et je ne te casse pas en douze morceaux. Peut-ĂȘtre vingt parce que c'est moi.
â
â
Pierre Bottero (Ellana, l'Envol (Le Pacte des MarchOmbres, #2))
â
- Offre ton identité au Conseil, jeune apprentie.
La voix Ă©tait douce, lâordre sans appel.
- Je mâappelle Ellana Caldin.
- Ton Ăąge.
Ellana hĂ©sita une fraction de seconde. Elle ignorait son Ăąge exact, se demandait si elle nâavait pas intĂ©rĂȘt Ă se vieillir. Les apprentis quâelle avait discernĂ©s dans lâassemblĂ©e Ă©taient tous plus ĂągĂ©s quâelle, le Conseil ne risquait-il pas de la considĂ©rer comme une enfant ? Les yeux noirs dâEhrlime fixĂ©s sur elle la dissuadĂšrent de chercher Ă la tromper.
- Jâai quinze ans.
Des murmures Ă©tonnĂ©s sâĂ©levĂšrent dans son dos.
Imperturbable, Ehrlime poursuivit son interrogatoire.
- Offre-nous le nom de ton maĂźtre.
- Jilano AlhuĂŻn.
Les murmures, qui sâĂ©taient tus, reprirent. Plus marquĂ©s, Ehrlime leva une main pour exiger un silence quâelle obtint immĂ©diatement.
- Jeune Ellana, je vais te poser une sĂ©rie de questions. A ces questions, tu devras rĂ©pondre dans lâinstant, sans rĂ©flĂ©chir, en laissant les mots jaillir de toi comme une cascade vive. Les mots sont un cours dâeau, la source est ton Ăąme. Câest en remontant tes mots jusquâĂ ton Ăąme que je saurai discerner si tu peux avancer sur la voie des marchombres. Es-tu prĂȘte ?
- Oui.
Une esquisse de sourire traversa le visage ridĂ© dâEhrlime.
- Quây a-t-il au sommet de la montagne ?
- Le ciel.
- Que dit le loup quand il hurle ?
- Joie, force et solitude.
- Ă qui sâadresse-t-il ?
- Ă la lune.
- OĂč va la riviĂšre ?
LâanxiĂ©tĂ© dâEllana sâĂ©tait dissipĂ©e. Les questions dâEhrlime Ă©taient trop imprĂ©vues, se succĂ©daient trop rapidement pour quâelle ait dâautre solution quây rĂ©pondre ainsi quâon le lui avait demandĂ©. Impossible de tricher. Cette Ă©vidence se transforma en une onde paisible dans laquelle elle sâimmergea, laissant Ehrlime remonter le cours de ses mots jusquâĂ son Ăąme, puisque câĂ©tait ce quâelle dĂ©sirait.
- Remplir la mer.
- Ă qui la nuit fait-elle peur ?
- Ă ceux qui attendent le jour pour voir.
- Combien dâhommes as-tu dĂ©jĂ tuĂ©s ?
- Deux.
- Es-tu vent ou nuage ?
- Je suis moi.
- Es-tu vent ou nuage ?
- Vent.
- Méritaient-ils la mort ?
- Je lâignore.
- Es-tu ombre ou lumiĂšre ?
- Je suis moi.
- Es-tu ombre ou lumiĂšre ?
- Les deux.
- OĂč se trouve la voie du marchombre ?
- En moi.
Ellana sâexprimait avec aisance, chaque rĂ©ponse jaillissant dâelle naturellement, comme une expiration aprĂšs une inspiration. FluiditĂ©. Le sourire sur le visage dâEhrlime Ă©tait revenu, plus marquĂ©, et une pointe de jubilation perçait dans sa voix ferme.
- Que devient une larme qui se brise ?
- Une poussiĂšre dâĂ©toiles.
- Que fais-tu devant une riviĂšre que tu ne peux pas traverser ?
- Je la traverse.
- Que devient une étoile qui meurt ?
- Un rĂȘve qui vit.
- Offre-moi un mot.
- Silence.
- Un autre.
- Harmonie.
- Un dernier.
- Fluidité.
- Lâours et lâhomme se disputent un territoire. Qui a raison ?
- Le chat qui les observe.
- Marie tes trois mots.
- Marchombre.
â
â
Pierre Bottero (Ellana (Le Pacte des MarchOmbres, #1))
â
Joseph
VoilĂ c'que c'est, mon vieux Joseph
Que d'avoir pris la plus jolie
Parmi les filles de Galilée
Celle qu'on appelait Marie
Tu aurais pu, mon vieux Joseph
Prendre Sarah ou Déborah
Et rien ne serait arrivé
Mais tu as préféré Marie
Tu aurais pu, mon vieux Joseph
Rester chez toi, tailler ton bois
PlutĂŽt que d'aller t'exiler
Et te cacher avec Marie
Tu aurais pu, mon vieux Joseph
Faire des petits avec Marie
Et leur apprendre ton métier
Comme ton pĂšre te l'avait appris
Pourquoi a-t-il fallu, Joseph
Que ton enfant, cet innocent
Ait eu ces étranges idées
Qui ont tant fait pleurer Marie
Parfois je pense Ă toi, Joseph
Mon pauvre ami, lorsque l'on rit
De toi qui n'avais demandé
Qu'Ă vivre heureux avec Marie
â
â
Georges Moustaki
â
J'ai compris avec toi que le plaisir n'est pas quelque chose qu'on prend ou qu'on donne. Il est maniĂšre de se donner et d'appeler le don de soi de l'autre.
â
â
André Gorz (Letter to D: A Love Story)
â
besoin de toi. Je veux que tu restes ici, avec moi, pour toujours. Je pense que je suis tombé en amour avec toi, bébé.
â
â
Dani Lovell (Sexy Berkeley (Sexy, #1))
â
Attends-toi à l'inattendu!" Voilà comment je peux concilier ma crainte de catastrophe réelle avec mon espoir, que je maintiens toujours, envers et contre tout.
â
â
Edgar Morin
â
T'es adorable Roger, mais heureusement que t'as Sophie avec toi, parce que t'es pas l'ampoule la plus brillant de la guirlande.
â
â
Maëlle Desard (Cadavre haché - Vampire fùché (Les Tribulations d'Esther Parmentier, sorciÚre stagiaire, #1))
â
Jâavais un vide au ventre, comme si tu nâĂ©tais dĂ©jĂ plus lĂ , comme si je devais nager avec toi - fantĂŽme - dans lâĂ©lĂ©ment de mon rĂȘve.
â
â
Jacques Abeille (Les Jardins statuaires)
â
Toute ma vie fut la promesse de cette rencontre avec toi. [...] En vérité je t'ai reconnu tout de suite.
â
â
Alexandre Pouchkine (EugÚne Onéguine (French Edition))
â
Sâil existe une vie aprĂšs la mort, quâil me soit permis de la vivre avec toi. Je suis mort si souvent en te quittant que ma mort dĂ©finitive ne me fait pas peur.
â
â
Benoßte Groult (La Touche étoile)
â
Les seuls monstres, lĂ -haut, sont ceux que tu emmĂšnes avec toi.
â
â
Jean-Baptiste Andrea (Honderd miljoen jaar en een dag)
â
AprĂšs une nuit de dialogue avec toi-mĂȘme, l'oppression infinie de ton coeur s'envolera.
â
â
Yu Dafu
â
âŠet puis on recommence encore le lendemain
avec seulement la mĂȘme rĂšgle que la veille
et qui est d'éviter les grandes joies barbares
de mĂȘme que les gr-andes douleurs
comme un crapaud contourne une pierre sur son chemin. Mais toi, pour que tu vives, il te faut conquĂ©rir chaque jour Ă nouveau la vie rĂ©tive, la vie qui piafĂźe et qui renĂącle, qui ne veut pas ĂȘtre asservie, dont seul un perpĂ©tuel miracle peut te li^Tâąer la criniĂšre sauvage, les flancs humides et battants et les larges naseaux qui fument.
â Toi, il faut que ta vie soit un acte d'amour,
â
â
Charles Cros
â
Un ami te déçoit ? Il cesse dâĂȘtre ton ami. Le pays te déçoit ? Il cesse dâĂȘtre ton pays. Et comme tu as la dĂ©ception facile, tu finiras par te retrouver sans amis, sans patrie. Jâaimerais tant que mes paroles aient un quelconque effet sur toi. Quâelles puissent te persuader de te montrer tolĂ©rant avec ce pays, de lâaccepter comme il est. Ce sera toujours un pays de factions, de dĂ©sordre, de passe-droits, de nĂ©potisme, de corruption. Mais câest aussi le pays de la douceur de vivre, de la chaleur humaine, de la gĂ©nĂ©rositĂ©. Et de tes amis les plus vrais.
â
â
Amin Maalouf (ۧÙŰȘۧۊÙÙÙ)
â
C'Ă©tait la premiĂšre fois que je souffrais de ce sort de n'ĂȘtre pas reconnue de toi, ce sort qu'une vie entiĂšre j'ai subi et avec lequel je m'en vais; inconnue, toujours inconnue Ă tes yeux
â
â
Stefan Zweig (Letter from an Unknown Woman and Other Stories)
â
Elle devait partir, suivre son propre chemin. Grandir. Mais auparavant, elle voulait lui parler. Lui dire. Ces phrases qu'elle avait si souvent étouffées :
« Tu m'as sauvĂ©e, Jilano AlhuĂŻn. Tu m'as tirĂ©e de la nuit, tu m'as offert un toit, une protection, une prĂ©sence. Tu m'as rĂ©conciliĂ©e avec la vie, avec les hommes, avec moi-mĂȘme et, lorsque j'ai Ă©tĂ© guĂ©rie, tu t'es ouvert pour que je puise en toi, pour que je comble mes vides, pour que j'avance. Toujours plus loin. Ce que je sais, ce que je suis, je te le dois. Non, c'est plus que cela. Je te dois tout, Jilano AlhuĂŻn. Tout. »
Il lui barra les lÚvres d'un doigt avant qu'elle ait prononcé le moindre mot.
â C'est moi qui te remercie, Ellana. Pour la lumiĂšre et le sens dont tu as parĂ© ma vie. Le reste n'a aucune importance.
â
â
Pierre Bottero (Ellana, l'Envol (Le Pacte des MarchOmbres, #2))
â
Ăa cesse comme ça a commencĂ©. Je supporte un autre jour avec toi, mais je n'y arriverai plus trĂšs longtemps, on ne peut rester si prĂšs d'une telle magie sans se laisser contaminer, ça fait trop peur
â
â
Alexie Morin (Chien de fusil)
â
Toi, tu nâes quâun enfant qui ne compte dans rien, qui a trouvĂ© de belles phrases dans un livre et qui les rĂ©pĂšte avec grĂące, comme un bon acteur pĂ©nĂ©trĂ© de son rĂŽle ; mais, pour de lâaction, nĂ©ant.
â
â
Stendhal (Lucien Leuwen (French Edition))
â
Et que faudrait-il faire ?
Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
Et s'en fait un tuteur en lui léchant l'écorce,
Grimper par ruse au lieu de s'élever par force ?
Non, merci ! Dédier, comme tous ils le font,
Des vers aux financiers ? se changer en bouffon
Dans l'espoir vil de voir, aux lĂšvres d'un ministre,
NaĂźtre un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non, merci ! Déjeuner, chaque jour, d'un crapaud ?
Avoir un ventre usé par la marche ? une peau
Qui plus vite, Ă l'endroit des genoux, devient sale ?
Exécuter des tours de souplesse dorsale ?...
Non, merci ! D'une main flatter la chĂšvre au cou
Cependant que, de l'autre, on arrose le chou,
Et donneur de séné par désir de rhubarbe,
Avoir son encensoir, toujours, dans quelque barbe ?
Non, merci ! Se pousser de giron en giron,
Devenir un petit grand homme dans un rond,
Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames ?
Non, merci ! Chez le bon éditeur de Sercy
Faire éditer ses vers en payant ? Non, merci !
S'aller faire nommer pape par les conciles
Que dans des cabarets tiennent des imbéciles ?
Non, merci ! Travailler Ă se construire un nom
Sur un sonnet, au lieu d'en faire d'autres ? Non,
Merci ! Ne découvrir du talent qu'aux mazettes ?
Ătre terrorisĂ© par de vagues gazettes,
Et se dire sans cesse : "Oh ! pourvu que je sois
Dans les petits papiers du Mercure François" ?...
Non, merci ! Calculer, avoir peur, ĂȘtre blĂȘme,
Préférer faire une visite qu'un poÚme,
Rédiger des placets, se faire présenter ?
Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais... chanter,
RĂȘver, rire, passer, ĂȘtre seul, ĂȘtre libre,
Avoir l'Ćil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaĂźt, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, - ou faire un vers !
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
Ă tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
N'écrire jamais rien qui de soi ne sortßt,
Et modeste d'ailleurs, se dire : mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, mĂȘme des feuilles,
Si c'est dans ton jardin Ă toi que tu les cueilles !
Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard,
Ne pas ĂȘtre obligĂ© d'en rien rendre Ă CĂ©sar,
Vis-Ă -vis de soi-mĂȘme en garder le mĂ©rite,
Bref, dĂ©daignant d'ĂȘtre le lierre parasite,
Lors mĂȘme qu'on n'est pas le chĂȘne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-ĂȘtre, mais tout seul !
â
â
Edmond Rostand (Cyrano de Bergerac)
â
Les hommes mĂ©connaissent bien des choses. Une jeune fille prĂ©fĂ©rera toujours un homme malheureux, parce que toute jeune fille est tentĂ©e par un amour actif⊠Tu comprends ? Actif ! Les hommes sont trop occupĂ©s, lâamour pour eux est une chose de troisiĂšme plan. Bavarder avec sa femme, se promener avec elle au jardin, verser quelques larmes sur sa tombe â câest tout. Et pour nous, lâamour est la vie mĂȘme. Je tâaime, cela signifie que je cherche Ă dissiper ta tristesse, que je veux te suivre au bout du monde⊠Tu escalades une montagne, je lâescalade avec toi, tu descends dans un ravin, je descends avec toi.
â
â
Anton Chekhov (Ivanov (Plays for Performance Series))
â
- Viens tâagenouiller avec moi prĂšs de la fenĂȘtre, David, et prions pour que ta maman se sente bien demain, et que rien nâarrive Ă ton papa ce soir, et que toi et moi⊠que toi et moi ne souffrions pas trop, ni demain, ni jamais.
Cela mâavait lâair dâune priĂšre magnifique, alors jâai regardĂ© par la fenĂȘtre et jâai commencĂ©, mais mes yeux sont tombĂ©s sur la Bible de nĂ©on, en dessous de nous, et je nâai pas pu continuer. Et puis jâai vu les Ă©toiles du ciel qui brillaient autant que la belle priĂšre et jâai recommencĂ©, et la priĂšre est venue sans que jâaie Ă rĂ©flĂ©chir, et je lâai offerte aux Ă©toiles et au ciel de la nuit.
â
â
John Kennedy Toole (The Neon Bible)
â
Je t'aime tellement que je passerais l'éternité à essayer de te trouver, juste pour passer un moment avec toi." (I love you so much that I would spend eternity trying to find you, just to spend a while with you).
â
â
Calia Read (Echoes of Time (Surviving Time #3))
â
PoĂ©tise, poĂ©tise, fais-toi le grand cinĂ©ma de la libertĂ© passĂ©e. Vrai que j'aimais ma vie, que je voyais l'avenir sans dĂ©sespoir. Et je ne m'ennuyais pas. J'en ai rĂ©ellement prononcĂ© des propos dĂ©sabusĂ©s sur le mariage, le soir dans ma chambre, avec les copines Ă©tudiantes, une connerie, la mort, rien qu'Ă voir la trombine des couples mariĂ©s au restau, ils bouffent l'un en face de l'autre sans parler, momifiĂ©s. Quand HĂ©lĂšne, licence de philo, concluait que c'Ă©tait tout de mĂȘme un mal nĂ©cessaire, pour avoir des enfants, je pensais qu'elle avait de drĂŽles d'idĂ©es, des arguments saugrenus. Moi je n'imaginais jamais la maternitĂ© avec ou sans mariage. Je m'irritais aussi quand presque toutes se vantaient de savoir bien coudre, repasser sans faux plis, heureuses de ne pas ĂȘtre seulement intellectuelles, ma fiertĂ© devant une mousse au chocolat rĂ©ussie avait disparu en mĂȘme temps que Brigitte, la leur m'horripilait. Oui, je vivais de la mĂȘme maniĂšre qu'un garçon de mon Ăąge, Ă©tudiant qui se dĂ©brouille avec l'argent de l'Ătat, l'aide modeste des parents, le baby-sitting et les enquĂȘtes, va au cinĂ©ma, lit, danse, et bosse pour avoir ses examens, juge le mariage une idĂ©e bouffonne.
â
â
Annie Ernaux (A Frozen Woman)
â
Je cherchais une Ăąme qui et me ressemblĂąt, et je ne pouvais pas la trouver. Je fouillais tous les recoins de la terre; ma persĂ©vĂ©rance Ă©tait inutile. Cependant, je ne pouvais pas rester seul. Il fallait quelquâun qui approuvĂąt mon caractĂšre; il fallait quelquâun qui eĂ»t les mĂȘmes idĂ©es que moi. CâĂ©tait le matin; le soleil se leva Ă lâhorizon, dans toute sa magnificence, et voilĂ quâĂ mes yeux se lĂšve aussi un jeune homme, dont la prĂ©sence engendrait les fleurs sur son passage. Il sâapprocha de moi, et, me tendant la main: "Je suis venu vers toi, toi, qui me cherches. BĂ©nissons ce jour heureux." Mais, moi: "Va-tâen; je ne tâai pas appelĂ©: je nâai pas besoin de ton amitiĂ©."
CâĂ©tait le soir; la nuit commençait Ă Ă©tendre la noirceur de son voile sur la nature. Une belle femme, que je ne faisais que distinguer, Ă©tendait aussi sur moi son influence enchanteresse, et me regardait avec compassion; cependant, elle nâosait me parler. Je dis: "Approche-toi de moi, afin que je distingue nettement les traits de ton visage; car, la lumiĂšre des Ă©toiles nâest pas assez forte, pour les Ă©clairer Ă cette distance." Alors, avec une dĂ©marche modeste, et les yeux baissĂ©s, elle foula lâherbe du gazon, en se dirigeant de mon cĂŽtĂ©. DĂšs que je la vis: "Je vois que la bontĂ© et la justice ont fait rĂ©sidence dans ton coeur: nous ne pourrions pas vivre ensemble. Maintenant, tu admires ma beautĂ©, qui a bouleversĂ© plus dâune; mais, tĂŽt ou tard, tu te repentirais de mâavoir consacrĂ© ton amour; car, tu ne connais pas mon Ăąme. Non que je te sois jamais infidĂšle: celle qui se livre Ă moi avec tant dâabandon et de confiance, avec autant de confiance et dâabandon, je me livre Ă elle; mais, mets-le dans ta tĂȘte, pour ne jamais lâoublier: les loups et les agneaux ne se regardent pas avec des yeux doux."
Que me fallait-il donc, Ă moi, qui rejetais, avec tant de dĂ©goĂ»t, ce quâil y avait de plus beau dans lâhumanitĂ©!
â
â
Comte de Lautréamont (Les Chants de Maldoror)
â
Suivre le code afin dâaspirer Ă la fĂ©minitĂ©. Ne jamais avoir lâair dâune grosse qui se pense mince. Cacher son cĆur qui est une honte. Sâeffacer avec des subterfuges vestimentaires. Sâignorer et suivre la tradition. Si tâes grosse, tais-toi.
â
â
Marie-Noelle Hébert (La grosse laide)
â
- Les gens ont des Ă©toiles qui ne sont pas les mĂȘme. Pour les uns, qui voyagent, les Ă©toiles sont des guides. Pour d'autres elles ne sont rien que de petites lumiĂšres. Pour d'autres, qui sont savants, elles sont des problĂšmes.[...] Mais toutes ces Ă©toiles-lĂ se taisent. Toi, tu auras des Ă©toiles comme personne n'en a...
- Que veux-tu dire?
- Quand tu regarderas le ciel, la nuit, puisque j'habiterai dan l'une d'elles, puisque je rirai dans l'une d'elles, alors ce sera pour toi comme si risaient toutes les étoiles. Tu auras, toi, des étoiles qui savent rire!
Et il rit encore.
- Et quand tu seras consolé (on se console toujours) tu seras content de m'avoir connu. Tu seras toujours mon ami. Tu auras envie de rire avec moi.
â
â
Antoine de Saint-Exupéry (Le Petit Prince (French Edition))
â
L'Amour qui n'est pas un mot
Mon Dieu jusqu'au dernier moment
Avec ce coeur dĂ©bile et blĂȘme
Quand on est l'ombre de soi-mĂȘme
Comment se pourrait-il comment
Comment se pourrait-il qu'on aime
Ou comment nommer ce tourment
Suffit-il donc que tu paraisses
De l'air que te fait rattachant
Tes cheveux ce geste touchant
Que je renaisse et reconnaisse
Un monde habité par le chant
Elsa mon amour ma jeunesse
O forte et douce comme un vin
Pareille au soleil des fenĂȘtres
Tu me rends la caresse d'ĂȘtre
Tu me rends la soif et la faim
De vivre encore et de connaĂźtre
Notre histoire jusqu'Ă la fin
C'est miracle que d'ĂȘtre ensemble
Que la lumiĂšre sur ta joue
Qu'autour de toi le vent se joue
Toujours si je te vois je tremble
Comme Ă son premier rendez-vous
Un jeune homme qui me ressemble
M'habituer m'habituer
Si je ne le puis qu'on m'en blĂąme
Peut-on s'habituer aux flammes
Elles vous ont avant tué
Ah crevez-moi les yeux de l'Ăąme
S'ils s'habituaient aux nuées
Pour la premiĂšre fois ta bouche
Pour la premiĂšre fois ta voix
D'une aile Ă la cime des bois
L'arbre frémit jusqu'à la souche
C'est toujours la premiĂšre fois
Quand ta robe en passant me touche
Prends ce fruit lourd et palpitant
Jettes-en la moitié véreuse
Tu peux mordre la part heureuse
Trente ans perdus et puis trente ans
Au moins que ta morsure creuse
C'est ma vie et je te la tends
Ma vie en vérité commence
Le jour que je t'ai rencontrée
Toi dont les bras ont su barrer
Sa route atroce à ma démence
Et qui m'as montré la contrée
Que la bonté seule ensemence
Tu vins au coeur du désarroi
Pour chasser les mauvaises fiĂšvres
Et j'ai flambé comme un geniÚvre
A la Noël entre tes doigts
Je suis né vraiment de ta lÚvre
Ma vie est Ă partir de toi
â
â
Louis Aragon
â
Si tu ne te sens pas Ă ta place, si tu as lâimpression que personne ne peut te comprendre, que tu ne pourras jamais ĂȘtre toi-mĂȘme, sache quâil nây a rien qui cloche chez toi. Câest simplement que tu nâes pas au bon endroit ni avec les bonnes personnes.
â
â
Nine Gorman & Marie Alhinho (Le Jour oĂč le soleil ne s'est plus levĂ©)
â
Toute ma vie fut la promesse
De cette rencontre avec toi.
Câest Dieu qui tâenvoie, je le sais
Pour me garder jusquâĂ la mortâŠ
Tu apparaissais dans mes rĂȘves ;
Sans te voir je te chérissais
Ton regard me faisait languir,
Ta voix résonnait dans mon ùme
Depuis toujours⊠En vérité
Je tâai reconnu tout de suite.
Ce fut pour moi un froid, un feu,
Et dans mon cĆur, jâai dit : câest lui !
Je tâentendais dans le silence,
Quand jâallais secourir les pauvres
Ou quand la priĂšre apaisait
Lâangoisse de mon Ăąme en peine.
â
â
Alexander Pushkin (Eugene Onegin)
â
- Tu reviendras quand ?
- Il y a deux réponses à ta question. Comme à toutes les questions, tu le sais bien. Je commence par laquelle ?
à l'extérieur, un bruit terrifiant s'éleva. Le bruit des armes qui s'entrechoquent, fendent la chair, donnent la mort. La fillette tressaillit mais sa mÚre, en lui caressant la joue, réussit à l'enfermer dans l'univers de son regard.
- Laquelle ?
- Celle du savant.
- Je ne reviendrais peut ĂȘtre jamais, ma princesse.
- Elle est nulle cette réponse. Donne moi celle du poÚte.
Isaya se pencha pour lui murmurer Ă l'oreille.
- Je serai toujours avec toi. OĂč que tu te trouves, quoi que tu fasses, je serai lĂ . Toujours.
Elle avait placé la main sur sa poitrine. La petite la regarda avec attention.
- Dans mon cĆur ?
- Oui.
- D'accord...
â
â
Pierre Bottero (Ellana (Le Pacte des MarchOmbres, #1))
â
â Exact, rĂ©pondit CĂ©crops avec amertume, comme sâil regrettait ses dĂ©cisions. Mes sujets Ă©taient les premiers AthĂ©niens, les gĂ©meaux.
â Comme ton signe astrologique ? demanda Percy. Moi je suis Lion.
â Mais non, dit LĂ©o. Tu dois ĂȘtre Poissons, toi. Lion, câest pour LĂ©o.
â
â
Rick Riordan (The Blood of Olympus (The Heroes of Olympus, #5))
â
- Si j'Ă©tais toi, j'arrĂȘterais de mentir, lui conseillai-je. J'ai une longueur d'avance sur toi.
- Ah vraiment ? Mais Ă quel point ?
Son visage portait un masque de superiorité et de mépris. C'était évident. Il avait peur.
- Tu n'as pas idée, répliquai-je avec un sourire.
â
â
Sophie Cochin (Tempérance (Tempérance, #1))
â
Il faudrait avoir des regrets. Croire que j'aurais mieux fait de me rebeller, mais non, je n'y arrive pas. Si c'était à refaire, je ne changerais rien. Avec toi, quelle qu'aurait été la maniÚre, je n'aurais pu échapper à la souffrance, à la pureté éclatante de la souffrance.
â
â
Philippe Besson (Se résoudre aux adieux)
â
Amour me tue...
Amour me tue, et si je ne veux dire
Le plaisant mal que ce m'est de mourir :
Tant j'ai grand peur, qu'on veuille secourir
Le mal, par qui doucement je soupire.
Il est bien vrai, que ma langueur désire
Qu'avec le temps je me puisse guérir :
Mais je ne veux ma dame requérir
Pour ma santé : tant me plaßt mon martyre.
Tais-toi langueur je sens venir le jour,
Que ma maßtresse, aprÚs si long séjour,
Voyant le soin qui ronge ma pensée,
Toute une nuit, folĂątrement m'ayant
Entre ses bras, prodigue, ira payant
Les intĂ©rĂȘts de ma peine avancĂ©e.
â
â
Pierre de Ronsard (Les Amours)
â
Les hommes de chez toi, dit le petit prince, cultivent cinq mille roses dans un mĂȘme jardin... et ils n'y trouvent pas ce qu'ils cherchent...
[...]
Et cependant ce qu'ils cherchent pourrait ĂȘtre trouvĂ© dans une seule rose ou un peu d'eau...
[...]
Mais les yeux sont aveugles. Il faut chercher avec le coeur.
â
â
Antoine de Saint-Exupéry
â
et quand tu m'auras lu, jette ce livre - et sors. Je voudrais qu'il t'eĂ»t donnĂ© le dĂ©sir de sortir - sortir de n'importe oĂč, de ta ville, de ta famille, de ta chambre, de ta pensĂ©e. N'emporte pas mon livre avec toi. ... Que mon livre t'enseigne Ă t'intĂ©resser plus Ă toi qu'a lui mĂȘme, - puis Ă tout le reste plus qu'Ă toi.
â
â
André Gide
â
Maman, j'ai essayĂ© de comprendre ta jalousie, et en guise de gratitude, tu ouvres devant moi le gouffre dans lequel tu es tombĂ©e, Ă croire que tu cherches Ă m'y faire chuter, mais tu n'y rĂ©ussiras pas, maman, je refuse de devenir comme toi, et je peux te dire que sans mĂȘme y ĂȘtre tombĂ©e, rien que de sentir l'appel de ce gouffre, j'ai si mal que je pourrais hurler, c'est comme la morsure du vide, maman, je comprends ta souffrance mais ce que je ne comprends pas, c'est ton peu d'Ă©gards pour moi, en vĂ©ritĂ© tu ne cherches pas Ă partager ton mal avec moi, cela t'est juste Ă©gal que je souffre, tu ne le vois pas, c'est le dernier de tes soucis et c'est cela le pire.
â
â
AmĂ©lie Nothomb (Frappe-toi le cĆur)
â
Parfois, le destin ressemble Ă une tempĂȘte de sable qui se dĂ©place sans cesse. Tu modifies ton allure pour lui Ă©chapper. Mais la tempĂȘte modifie aussi la sienne. Tu changes Ă nouveau le rythme de ta marche, et la tempĂȘte change son rythme elle aussi. C'est sans fin, cela se rĂ©pĂšte un nombre incalculable de fois, comme une danse macabre avec le dieu de la Mort, juste avant l'aube. Pourquoi ? parce que la tempĂȘte n'est pas un phĂ©nomĂšne venu d'ailleurs sans aucun lien avec toi. Elle est toi mĂȘme et rien d'autre. elle vient de l'intĂ©rieur de toi. Alors la seule chose que tu puisses faire, c'est pĂ©nĂ©trer dĂ©libĂ©rĂ©ment dedans, fermer les yeux et te boucher les oreilles afin d'empĂȘcher le sable d'y entrer, et la traverser pas Ă pas. Au coeur de cette tempĂȘte, il n'y a pas de soleil, il n'y a pas de lune, pas de repĂšre dans l'espace ; par moments, mĂȘme, le temps n'existe plus. Il n'y a que du sable blanc et fin comme des os broyĂ©s qui tourbillonne haut dans le ciel. VoilĂ la tempĂȘte de sable que tu dois imaginer.
â
â
Haruki Murakami (Kafka on the Shore)
â
- Ciao, mon biquet, ce fut un plaisir de voyager avec toi.
- Je te retrouverais, cracha le bone. Je te retrouverais et ce jour-lĂ , je te crĂšverai. En prenant tout mon temps !
- C'est ça, ironisa Salim, personne n'est pressé.
- Tu vas souffrir ! Beaucoup souffrir !
- Ăa c'est cruel, s'indigna Salim, et ingrat. Je t'ai quand mĂȘme tenu dans mes bras pendant tout le trajet. D'ailleurs, Ă ce sujet, tu devrais te laver plus souvent, tu sais ? Et encore... je crois que c'est de l'intĂ©rieur que tu pues ! Maintenant, si ça ne te fait rien, je te quitte. C'est pas que je m'ennuie mais je ne peux quand mĂȘme pas passer la journĂ©e avec tous les rigolos que je rencontre. Ă la prochaine, vieux !
â
â
Pierre Bottero (La ForĂȘt des captifs (Les Mondes d'Ewilan, #1))
â
Tu joues ? Oui, c'est ça, tu joues, tu t'amuses avec les gens qui t'entourent, c'est trÚs clair à présent, voilà comment tu considÚres le monde et tes proches, nous ne sommes pour toi que des personnages de roman, que des marionettes que tu mets en scÚne, rien d'autre que... que de la chair à fiction...c'est terriblement cruel... et méprisant.
â
â
Laurent Bettoni (Ăcran total)
â
Jamais je nâai regrettĂ© ces nuits passĂ©es avec toi, jamais je nâai blĂąmĂ© mon amour pour toi, je tâai toujours aimĂ©, jâai toujours bĂ©ni lâheure oĂč je tâai rencontrĂ©. Et si je devais traverser une fois encore lâenfer de ces heures avec la conscience de ce qui mâattend, je le ferais encore, mon Amour, une fois encore, mille fois sâil le fallait !
â
â
Stefan Zweig (Lettre d'une inconnue)
â
Eh quoi! pensais-je alors, si ton Ăąme avec ton corps doit se dissoudre, rĂ©alise au plus tĂŽt la joie. Si peut-ĂȘtre elle est imortelle, n'auras-tu pas l'eternitĂ© pour t'occuper Ă ce qui ne saurait intĂ©resser tes sens? Ce beau pays que tu traverses, vas-tu le dĂ©daigner, te refuser Ă ses blandices, Ă cause qu'elles te seront bientĂŽt enlevĂ©es? Plus rapide est la traversĂ©e, plus avide soit ton regard; plus precipitĂ©e est ta fuite, plus sublime soit ton Ă©treinte! Pourquoi donc, amant d'un instant, embrasserais-je moins amoureusement ce que je sais que je ne pourrai pas retenir? Ăme inconstante, hĂąte-toi! Sache que la fleur la plus belle est aussi la plus tĂŽt fanĂ©e. Sur son parfum penche-toi vite. L'immortelle n'a pas d'odeur.
â
â
André Gide (Les Nourritures terrestres: suivi de Les nouvelles nourritures)
â
Mais toutes ces Ă©toiles-lĂ elles se taisent. Toi, tu auras des Ă©toiles comme personne nâen a...
- Que veux-tu dire ?
- Quand tu regarderas le ciel, la nuit, puisque jâhabiterai dans lâune dâelles, puisque je rirai dans lâune dâelles, alors ce sera pour toi comme si riaient toutes les Ă©toiles. Tu auras, toi, des Ă©toiles qui savent rire !
Et il rit encore.
- Et quand tu seras consolĂ© (on se console toujours) tu seras content de mâavoir connu. Tu seras toujours mon ami. Tu auras envie de rire avec moi. Et tu ouvriras parfois ta fenĂȘtre, comme ça, pour le plaisir... Et tes amis seront bien Ă©tonnĂ©s de te voir rire en regardant le ciel. Alors tu leur diras: "Oui, les Ă©toiles, ça me fait toujours rire !" Et ils te croiront fou.
â
â
Antoine de Saint-Exupéry (The Little Prince)
â
AmputĂ©e!⊠O soleil, si câest vrai que je viens de toi, pourquoi mâas-tu faite amputĂ©e? Pourquoi mâas-tu faite une fille? Pourquoi ces seins, cette faiblesse, cette plaie ouverte au milieu de moi? Nâaurait-il pas Ă©tĂ© beau le garçon MĂ©dĂ©e? Nâaurait-il pas Ă©tĂ© fort? Le corps dur comme la pierre, fait pour prendre et partir aprĂšs, ferme, intact, entier, lui! Ah! il aurait pu venir, alors, Jason, avec ses grandes mains redoutables, il aurait pu tenter de les poser sur moi! Un couteau, chacun dans la sienne -oui!- et le plus fort tue lâautre et sâen va dĂ©livrĂ©. Pas cette lutte oĂč je ne voulais que toucher les Ă©paules, cette blessure que jâimplorais. Femme! Femme! Chienne! Chair faite dâun peu de boue de dâune cĂŽte dâhomme! Morceau dâhomme! Putain!
â
â
Jean Anouilh (Médée)
â
A un moment jâai mĂȘme laissĂ© Ă©chapper un son qui sâest prolongĂ© malgrĂ© moi en prenant de plus en plus de force, un son qui avait attendu ce jour prĂ©cis pour partir du fond de mes annĂ©es de tĂ©nĂšbres Ă mal aimer des hommes qui mâont mal aimĂ©e en retour et recouvrir ta poitrine comme une brĂ»lure ; câĂ©tait dâabord un son rauque et traĂźnant, une plainte animale qui nâavait rien du sanglot et qui en un vĂ©ritable appel Ă la mort. A ce moment tout sâest arrĂȘtĂ©, je me suis soudain rappelĂ© cette mĂȘme scĂšne vĂ©cu avec toi alors quâon venait de se rencontrer ; ce hurlement avait dĂ©jĂ eu lieu et sa rĂ©pĂ©tition implacable mâa fait taire une fois pour toute. A ce moment aussi tu tâes Ă©cartĂ© de moi, sans doute pour la mĂȘme raison, tu tâes levĂ© dans une brusquerie qui a dĂ©logĂ© OrĂ©o de la chaise de ton bureau. Ne voulant pas te regarder dans les yeux, jâai regardĂ© tes pieds. Mon hurlement avait tracĂ© une ligne infranchissable entre nous, en hurlant je venais de sonner le glas de notre histoire. Tu as dit des paroles que tu avais dĂ©jĂ prononcĂ©es en dâautres circonstances et je suis partie, je savais que plus jamais on ne se reparlerait.
â
â
Nelly Arcan (Folle)
â
Je ris, Caesonia, quand je pense que, pendant des annĂ©es, Rome tout entiĂšre a Ă©vitĂ© de prononcer le nom de Drusilla. Car Rome s'est trompĂ©e pendant des annĂ©es. L'amour ne m'est pas suffisant, c'est cela que j'ai compris alors. C'est cela que je comprends aujourd'hui encore, en te regardant. Aimer un ĂȘtre, c'est accepter de vieillir avec lui. Je ne suis pas capable de cet amour. Drusilla vieille, c'Ă©tait bien pis que Drusilla morte. On croit qu'un homme souffre parce que l'ĂȘtre qu'il aime meurt en un jour. Mais sa vraie souffrance est moins futile : c'est de s'apercevoir que le chagrin non plus ne dure pas. MĂȘme la douleur est privĂ©e de sens.
Tu vois, je n'avais pas d'excuses, pas mĂȘme l'ombre d'un amour, ni l'amertume de la mĂ©lancolie. Je suis sans alibi. Mais aujourd'hui, me voilĂ encore plus libre qu'il y a des an-nĂ©es, libĂ©rĂ© que je suis du souvenir et de l'illusion. (Il rit d'une façon passionnĂ©e.) Je sais que rien ne dure ! Savoir cela ! Nous sommes deux ou trois dans l'histoire Ă en avoir fait vraiment l'expĂ©rience, accompli ce bonheur dĂ©ment. Ceasonia, tu as suivi jusqu'au bout une bien curieuse tragĂ©die. Il est temps que pour toi le rideau se baisse.
â
â
Albert Camus (Caligula)
â
Un jour viendra, ai-je dit, oĂč nous serons tous morts. Tous. Un jour viendra oĂč il ne restera plus aucun ĂȘtre humain pour se rappeler l'existence des hommes. Un jour viendra oĂč il ne restera plus personne pour se souvenir d'Aristote ou de ClĂ©opĂątre, encore moins de toi. Tout ce qui a Ă©tĂ© fait, construit, Ă©crit, pensĂ© ou dĂ©couvert sera oubliĂ©, et tout ça, ai-je ajoutĂ© avec un geste large, n'aura servi Ă rien. Ce jour viendra bientĂŽt ou dans des millions d'annĂ©es. Quoi qu'il arrive, mĂȘme si nous survivons Ă la fin du soleil, nous ne survivrons pas toujours. Du temps s'est Ă©coulĂ© avant que les organismes acquiĂšrent une conscience et il s'en Ă©coulera aprĂšs. Alors si l'oubli inĂ©luctable de l'humanitĂ© t'inquiĂšte, je te conseille de ne pas y penser. C'est ce que tout le monde fait.
â
â
John Green (The Fault in Our Stars)
â
Jâaimerais sentir ta peau contre la mienne, Ă©ternellement, entendre ton coeur battre plus vite, et savoir que câest parce que tu me veux autant que je te veux. Je veux du temps avec toi, explorer ton corps et le connaĂźtre par coeur. Je te veux tout entiĂšre, Emma, et ça me rend fou parce que je sais que tu as un secret, et jâen ai un aussi, et je sais que tout ça va mal finir â trĂšs mal finir.
â
â
Nine Gorman (Le Pacte d'Emma (Le Pacte d'Emma, #1))
â
Eau, tu nâas ni goĂ»t, ni couleur, ni arĂŽme, on ne peut pas te dĂ©finir, on te goĂ»te sans te connaĂźtre. Tu nâes pas nĂ©cessaire Ă la vie, tu es la vie ! Tu nous pĂ©nĂštres dâun plaisir qui ne sâexplique point par le sens. Avec toi rentrent en nous tous les pouvoirs auxquels nous avions renoncĂ©. Par ta grĂące, sâouvrent en nous toutes les sources taries de notre cĆur. Tu es la plus grande richesse qui soit au monde, et tu es aussi la plus dĂ©licate, toi si pure au ventre de la Terre. On peut mourir sur une source dâeau magnĂ©sienne. On peut mourir Ă deux pas dâun lac dâeau salĂ©e. On peut mourir malgrĂ© deux litres de rosĂ©e qui retiennent en suspend quelques sels. Tu nâacceptes point de mĂ©lange, tu ne supportes point lâaltĂ©ration, tu es une ombrageuse divinitĂ©. Mais tu rĂ©pands en nous un bonheur infiniment simple.
â
â
Antoine de Saint-Exupéry (Wind, Sand and Stars)
â
C'est pourtant fort bĂȘte d'ĂȘtre joyeux, Ă date fixe, par dĂ©cret du gouvernement. Le peuple est un troupeau imbĂ©cile, tantĂŽt stupidement patient et tantĂŽt fĂ©rocement rĂ©voltĂ©. On lui dit : «Amuse-toi.» Il s'amuse. On lui dit : «Va te battre avec le voisin.» Il va se battre. On lui dit : «Vote pour l'Empereur.» Il vote pour l'Empereur. Puis, on lui dit : «Vote pour la RĂ©publique.» Et il vote pour la RĂ©publique.
â
â
Guy de Maupassant (The Horla)
â
Toi, Ă qui Allah a accordĂ© une femme, ne lĂšve jamais la voix sur elle, elle ta tellement offert avec sa prĂ©sence Ă tes cotĂ©s, par son amour qui te rappel chaque jour qu'elle est ta moitiĂ©, une moitiĂ© retrouvĂ©e un jour oĂč tu Ă©tait perdu, elle ta tellement offert si tu savais, elle fĂ»t la cause afin que tu soit pĂšre, n......'oublie jamais ce cadeau, car elle est la princesse qui ta dĂ©livrĂ© du donjon de la solitude.
â
â
votre soeur
â
Comme les anges Ă l'oeil fauve,
Je reviendrai dans ton alcĂŽve
Et vers toi glisserai sans bruit
Avec les ombres de la nuit;
Et je te donnerai, ma brune,
Des baisers froids comme la lune
Et des caresses de serpent
Autour d'une fosse rampant.
Quand viendra le matin livide,
Tu trouveras ma place vide,
OĂč jusqu'au soir il fera froid.
Comme d'autres par la tendresse,
Sur ta vie et sur ta jeunesse,
Moi, je veux régner par l'effroi.
â
â
Charles Baudelaire (Les Fleurs du Mal)
â
Jâai arpentĂ© les galeries sans fin des grandes bibliothĂšque, les rues de cette ville qui fĂ»t la nĂŽtre, celle oĂč nous partagions presque tous nos souvenirs depuis lâenfance. Hier, jâai marchĂ© le long des quais, sur les pavĂ©s du marchĂ© Ă ciel ouvert que tu aimais tant. Je me suis arrĂȘtĂ© par-ci par-lĂ , il me semblait que tu mâaccompagnais, et puis je suis revenu dans ce petit bar prĂšs du port, comme chaque vendredi. Te souviendras-tu ?
Je ne sais pas oĂč tu es. Je ne sais pas si tout ce que nous avons vĂ©cu avait un sens, si la vĂ©ritĂ© existe, mais si tu trouves ce petit mot un jour, alors tu sauras que jâai tenu ma promesse, celle que je tâai faite.
A mon tour de te demander quelque chose, tu me le dois bien. Oublie ce que je viens dâĂ©crire, en amitiĂ© on ne doit rien. Mais voici nĂ©anmoins ma requĂȘte : Dis-lui, dis-lui que quelque part sur cette terre, loin de vous, de votre temps, jâai arpentĂ© les mĂȘmes rues, ri avec toi autour des mĂȘmes tables, et puisque les pierres demeurent, dis-lui que chacune de celles oĂč nous avons posĂ© nos mais et nos regards contient Ă jamais une part de notre histoire. Dis-lui, que jâĂ©tais ton ami, que tu Ă©tais mon frĂšre, peut-ĂȘtre mieux encore puisque nous nous Ă©tions choisis, dis-lui que rien nâa jamais pu nous sĂ©parer, mĂȘme votre dĂ©part si soudain.
â
â
Marc Levy (La prochaine fois)
â
Toi, tu auras des étoiles comme personne n'en a...
â Que veux-tu dire ?
â Quand tu regarderas le ciel, la nuit, puisque j'habiterai dans l'une d'elles, puisque je rirai dans l'une d'elles, alors ce sera pour toi comme si riaient toutes les Ă©toiles. Tu auras, toi, des Ă©toiles qui savent rire ! »
Et il rit encore.
« Et quand tu seras consolé (on se console toujours) tu seras content de m'avoir connu. Tu seras toujours mon ami. Tu auras envie de rire avec moi. »
â
â
Antoine de Saint-Exupéry (The Little Prince)
â
Elles disent, malheureuse, ils t'ont chassée du monde des signes, et cependant ils t'ont donné des noms, ils t'ont appelée esclave, toi malheureuse esclave. Comme des maßtres ils ont exercé leur droit de maßtre. Ils écrivent de ce droit de donner des noms qu'il va si loin que l'on peut considérer l'origine du langage comme un acte d'autorité émanant de ceux qui dominent. Ainsi ils disent qu'ils ont dit, ceci est telle ou telle chose, ils ont attaché à un objet et à un fait tel vocable et par là ils se le sont pour ainsi dire appropriés. Elles disent, ce faisant ils ont gueulé hurlé de toutes leurs forces pour te réduire au silence. Elles disent, le langage que tu parles t'empoisonne la glotte la langue le palais les lÚvres. Elles disent le langage que tu parles est fait de mots qui te tuent. Elles disent, le langage que tu parles est fait de signes qui à proprement parler désignent ce qu'ils se sont appropriés. Ce sur quoi ils n'ont pas mis la main, ce sur quoi ils n'ont pas fondu comme des rapaces aux yeux multiples, cela n'apparaßt pas dans le langage que tu parles. Cela se manifeste juste dans l'intervalle que les maßtres n'ont pas pu combler avec leurs mots de propriétaires et de possesseurs, cela peut se chercher dans la lacune, dans tout ce qui n'est pas la continuité de leurs discours, dans le zéro, le O, le cercle parfait que tu inventes pour les emprisonner et pour les vaincre.
â
â
Monique Wittig (Les GuérillÚres)
â
Que ce soit dimanche ou lundi
Soir ou matin minuit midi
Dans l'enfer ou le paradis
Les amours aux amours ressemblent
C'était hier que je t'ai dit
Nous dormirons ensemble
C'était hier et c'est demain
Je n'ai plus que toi de chemin
J'ai mis mon cĆur entre tes mains
Avec le tien comme il va l'amble
Tout ce qu'il a de temps humain
Nous dormirons ensemble
Mon amour ce qui fut sera
Le ciel est sur nous comme un drap
J'ai refermé sur toi mes bras
Et tant je t'aime que j'en tremble
Aussi longtemps que tu voudras
Nous dormirons ensemble.
â
â
Louis Aragon (Le fou d'Elsa)
â
14 juillet. â FĂȘte de la RĂ©publique. Je me suis
promené par les rues. Les pétards et les drapeaux
mâamusaient comme un enfant. Câest pourtant
fort bĂȘte dâĂȘtre joyeux, Ă date fixe, par dĂ©cret du
gouvernement. Le peuple est un troupeau
imbécile, tantÎt stupidement patient et tantÎt
férocement révolté. On lui dit : "Amuse-toi." Il
sâamuse. On lui dit : "Va te battre avec le
voisin." Il va se battre. On lui dit : "Vote pour
lâEmpereur." Il vote pour lâEmpereur. Puis, on
lui dit : "Vote pour la République." Et il vote
pour la République.
â
â
Guy de Maupassant (The Horla)
â
C'est un bocal de souvenirs, a-t-elle expliquĂ©. GrĂące Ă lui, tu te rappelleras les baisers qui t'ont rendue heureuse, ceux auxquels tu voudras repenser quand tu seras vieille, comme moi. Les plus beaux. Ceux qui t'ont fait sourire. Chaque fois que le garçon que tu aimes t'offre un baiser, ouvre le bocal et attrape un cĆur. Ecris l'endroit oĂč il t'a embrassĂ©e. Quand tu seras grand-mĂšre, tu raconteras tes aventures Ă tes petits-enfants, comme je l'ai fait avec toi. Tu auras un bocal Ă trĂ©sors avec les mille plus beaux baisers de ta vie.
â
â
Tillie Cole (A Thousand Boy Kisses (A Thousand Boy Kisses, #1))
â
â Il sâest passĂ© quelque chose avec Rigel ?
Je me rendis compte quâelle sâĂ©tait approchĂ©e. Je ne rĂ©pondis pas et elle
mâadressa un sourire un peu Ă©mu.
â Tu es trĂšs transparente, dit-elle comme si câĂ©tait une qualitĂ©. Les Ă©motions se lisent sur ton visage comme sur un lac sans vagues. Tu sais ce quâon dit des personnes comme toi ? Quâelles ont un cĆur honnĂȘte.
Elle cala une mĂšche derriĂšre mon oreille et chaque parcelle de mon Ăąme se concentra sur ce geste. Jâaimais quand elle me touchait avec cette tendresse, comme si jâĂ©tais lâune de ses fleurs.
â
â
Erin Doom (The Tearsmith)
â
L'Horloge
Horloge! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit: "Souviens-toi!
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi
Se planteront bientĂŽt comme dans une cible;
Le plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.
Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote: Souviens-toi! - Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit: Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde!
Remember! Souviens-toi, prodigue! Esto memor!
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folĂątre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lĂącher sans en extraire l'or!
Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, Ă tout coup! c'est la loi.
Le jour décroßt; la nuit augmente; souviens-toi!
Le gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide.
TantĂŽt sonnera l'heure oĂč le divin Hasard,
OĂč l'auguste Vertu, ton Ă©pouse encor vierge,
OĂč le repentir mĂȘme (oh! la derniĂšre auberge!),
OĂč tout te dira: Meurs, vieux lĂąche! il est trop tard!
â
â
Charles Baudelaire (Les Fleurs du Mal)
â
Eh bien, toi, qu'est-ce qui t'arrive ? Il fait si beau temps. [...] Quelle mouche t'a piqué ?
- Je n'ai rien, dit Joachim. Mais tu as l'air échauffé. Je crois que c'en soit fini de ta baisse de température."
En effet, c'en était fini. La dépression humiliante de l'organisme de Hans Castorp était surmontée par le salut qu'il avait échangé avec Clawdia Chauchat, et, à proprement parler, c'était à la conscience qu'il avait de ce fait que tenait en réalité sa satisfaction. Oui. Joachim avait eu raison : le mercure reprenait son ascension. Lorsque Hans Castorp, de retour de sa promenade, le consulta, il monta jusqu'à 38 degrés.
â
â
Thomas Mann (The Magic Mountain)
â
finalement, éperdu d'amour et au comble de la frénésie érotique, je m'assis dans l'herbe et j'enlevai un de mes souliers en caoutchouc.
â Je vais le manger pour toi, si tu veux. Si elle le voulait I Ha! Mais bien sĂ»r qu'elle le voulait, voyons! C'Ă©tait une vraie petite femme. --- Elle posa son cerceau par terre et s'assit sur ses ta-lons. Je crus voir dans ses yeux une lueur d'estime. Je n'en demandais pas plus. Je pris mon canif et enta-mai le caoutchouc. Elle me regardait faire.
â Tu vas le manger cru ?
â Oui.
J'avalai un morceau, puis un autre. Sous son regard enfin admiratif, je me sentais devenir vraiment un homme. Et j'avais raison. Je venais de faire mon apprentissage. J'entamai le caoutchouc encore plus profondĂ©ment, soufflant un peu, entre les bouchĂ©es, et je continuai ainsi un bon moment, jusqu'Ă ce qu'une sueur froide me montĂąt au front. Je continuai mĂȘme un peu au-delĂ , serrant les dents, luttant contre la nausĂ©e, ramassant toutes mes forces pour demeurer sur le terrain, comme il me fallut le faire tant de fois, depuis, dans mon mĂ©tier d'homme.
Je fus trÚs malade, on me transporta à l'hÎpital, ma mÚre sanglotait, Aniela hurlait, les filles de l'atelier geignaient, pendant qu'on me mettait sur un brancard dans l'ambulance. J'étais trÚs fier de moi.
Mon amour d'enfant m'inspira vingt ans plus tard mon premier roman Ăducation europĂ©enne, et aussi certains passages du Grand Vestiaire.
Pendant longtemps, Ă travers mes pĂ©rĂ©grinations, j'ai transportĂ© avec moi un soulier d'enfant en caoutchouc, entamĂ© au couteau. J'avais vingt-cinq ans, puis trente, puis quarante, mais le soulier Ă©tait toujours lĂ , Ă portĂ©e de la main. J'Ă©tais toujours prĂȘt Ă m'y attabler, Ă donner, une fois de plus, le meilleur de moi-mĂȘme. Ăa ne s'est pas trouvĂ©. Finalement, j'ai abandonnĂ© le soulier quelque part derriĂšre moi. On ne vit pas deux fois.
(La promesse de l'aube, ch. XI)
â
â
Romain Gary (Promise at Dawn)
â
Tu es mon foyer, Oliver. Quand je suis avec toi et que nous sommes bien ensemble, je ne dĂ©sire rien de plus. Tu me fais aimer celui que je suis, celui que je deviens quand tu es avec moi. Sâil existe une vĂ©ritĂ© dans le monde, elle est lĂ quand je suis avec toi, et si je trouve un jour le courage de tâavouer ma vĂ©ritĂ©, rappelle-moi dâallumer un cierge en action de grĂąces devant chaque autel de Rome.
Il ne me vint pas Ă lâesprit que si un mot de lui pouvait me rendre si heureux, un autre pouvait tout aussi aisĂ©ment me briser, que si je ne voulais pas ĂȘtre malheureux, je devais apprendre Ă me mĂ©fier aussi de ces joies prĂ©caires.
â
â
André Aciman (Call Me By Your Name (Call Me By Your Name, #1))
â
C'est pour cette raison que je suis devenue une putain, a-t-elle expliquĂ© en continuant Ă dessiner. J'avais tellement peur d'ĂȘtre envoyĂ©e Ă l'asile. Je couchais avec tous les hommes que je pouvais trouver. On n'essaie pas de guĂ©rir une femme qui couche avec des hommes. On la paie. Le plus drĂŽle, c'Ă©tait que mes parents, ça les dĂ©rangeait pas que j'aille avec des dizaines et des dizaines d'hommes. Ils trouvaient ça moins honteux que d'aller avec une fille. (...) Ne laisse pas un telle chose t'arriver, Betty. N'aie pas peur d'ĂȘtre toi-mĂȘme. Faut pas que tu vives aussi longtemps pour t'apercevoir Ă la fin que tu n'as pas vĂ©cu du tout.
â
â
Tiffany McDaniel, Betty
â
Alors toi, le moins qu'on puisse dire, c'est que je t'aurais mĂ©ritĂ©e. Primo, ça faisait des annĂ©es que je t'attendais. Des annĂ©es que j'avais juste le droit de tremper mes lĂšvres dans le bonheur et puis pas plus. Deusio, quand je te rencontre il faut que tu sois maquĂ©e avec un poulpe qui te colle de partout. Et tertio, quand enfin mademoiselle est dispo, il faut que tu me fasses poireauter des semaines et des semaines, genre laisse-moi digĂ©rer mon histoire avec Dudulle et faire mon rot. Tu crois que ça peut ĂȘtre simple ? Comme Ă la tĂ©lĂ© ou sur grand Ă©cran ? Ils se rencontrent, ils se plaisent, ils s'aiment, allez zou ! emballez, c'est pesĂ©. Eh ben, nan ! Il faut que ça soit compliquĂ©, il faut que mademoiselle prenne tout son temps, qu'elle s'Ă©broue un peu, qu'elle remette de l'ordre sans sa tĂȘte, qu'elle fasse une pose, alors que moi, je suis lĂ , tendu comme un arc, les pieds bien calĂ©s dans les starting-blocks, les doigts bien posĂ©s sur la ligne, concentrĂ©, parce qu'un dĂ©but d'histoire, faut surtout pas le rater, faut se donner Ă fond, je le sais, c'est pas une premiĂšre pour moi, avec toutes les histoires foireuses que je viens d'enquiller, j'ai largement eu le temps de m'entraĂźner. Comme un sportif, je me suis entraĂźnĂ©. Je suis prĂȘt, moi. Y a plus qu'Ă donner le dĂ©part. Quand mademoiselle sera disposĂ©e.
â
â
David Thomas (La Patience des buffles sous la pluie)
â
Lady Maccon se leva pour lâaider Ă passer sa cape, mais se rassit avant de pouvoir le faire. Elle ne tenait toujours pas bien sur ses jambes.
Lord Maccon cessa aussitĂŽt de secouer le vĂȘtement pour le dĂ©plier et sâagenouilla, nu, devant elle.
« Quâest-ce qui ne va pas ? cria-t-il presque.
â Quoi ? » Ivy se retourna pour voir ce qui se passait, aperçut le derriĂšre nu du comte, poussa un cri aigu et se dĂ©tourna en sâĂ©ventant avec une main gantĂ©e.
« Ne tâinquiĂšte pas, Conall. Tu troubles Ivy, grommela lady Maccon.
â Il y a toujours quelque chose pour troubler Mlle Hisselpenny. Toi, câest diffĂ©rent. Tu ne fais pas ce genre de choses, femme. Tu nâes pas fĂ©minine Ă ce point.
â
â
Gail Carriger (Changeless (Parasol Protectorate, #2))
â
Vous devez comprendre. Je n'ai rien d'extraordinaire. Je ne suis qu'une fille quelconque. Je mesure à peine un mÚtre soixante et je ne possÚde aucune qualité remarquable.
Mais j'ai un secret. Ărigez des murs jusqu'au ciel et je trouverai le moyen de m'envoler pour les franchir. Essayez de m'immobiliser avec cent mille bras et je trouverai le moyen de rĂ©sister. Et je ne suis pas la seule. Nous sommes plus nombreux que vous le pensez. A refuser d'abandonner tout espoir. A refuser de garder les pieds sur terre. A aimer dans un monde sans murs, a aimer jusque dans la haine, a aimer lorsque les espoirs sont perdus, a aimer sans peur.
Je t'aime. Souviens-toi. Ils ne peuvent pas nous enlever ça.
â
â
Lauren Oliver (Delirium (Delirium, #1))
â
Perfide Manon ! Ah! perfide! perfide! Elle me rĂ©pĂ©ta, en pleurant Ă chaudes larmes, qu'elle ne prĂ©tendait point justifier sa perfidie. Que prĂ©tendez-vous donc ? m'Ă©criai-je encore. Je prĂ©tends mourir, rĂ©pondit-elle, si vous ne me rendez votre cĆur, sans lequel il est impossible que je vive. Demande donc ma vie, infidĂšle! repris-je en versant moi-mĂȘme des pleurs, que je m'efforçai en vain de retenir. Demande ma vie, qui est l'unique chose qui me reste Ă te sacrifier; car mon cĆur n'a jamais cessĂ© d'ĂȘtre Ă toi. Ă peine eus-je achevĂ© ces derniers mots, qu'elle se leva avec transport pour venir m'embrasser. Elle m'accabla de mille caresses passionnĂ©es. Elle m'appela par tous les noms que l'amour invente pour exprimer ses plus vives tendresses.
â
â
Antoine François Prévost d'Exiles (Histoire du Chevalier des Grieux et de manon Lescaut)
â
-Les choses que tu veux. On peut les voir, les lire, et puis, mĂȘme si je n'avais pas compris... C'est ton coeur qui me les a suggĂ©rĂ©es.
-Je me demande bien ce qu'il t'a dit... Parfois il ment.
-Avec moi, il a été sincÚre... Goûte, c'est délicieux. Tu m'embrasses ?
- Niki, mais moi...
- Chut... Qu'est-ce qu'il y a de plus simple qu'un baiser ?
-Mais toi et moi... c'est compliqué.
- Chut... Laisse parler ton coeur.
Niki s'approche, pose sa main sur le coeur d'Alessandro. Puis son oreille. Elle l'écoute. Il bat fort, ce coeur ému. Niki sourit.
- Ăcoute, je l'entends.
Elle s'écarte de son torse et le regarde dans les yeux. Elle sourit dans la pénombre de la terasse.
- Il a dit non...
- Non quoi ?
- Qu'entre toi et moi, ce n'est pas compliqué.
â
â
Frederico Moccia
â
Tu veux rester propre. Tu crois que tu es arrivĂ© couvert de savon et tu crois que tu repartiras couvert de savon, et entre-temps tu ne veux pas risquer de puer, mĂȘme cinq minutes." Il me saisit par le col de ma chemise, Ă la fois violent et tendre, souple et du comme l'acier ; la salive sortait de ses lĂšvres, ses yeux Ă©taient baignĂ©s de larmes, mais les os de son visage saillaient et les muscles de ses bras, de son cou, Ă©taient agitĂ©s d'un tremblement. "Tu veux quitter Giovanni parce qu'avec lui tu pues. Tu veux mĂ©priser Giovanni parce qu'il n'a pas peur de la puanteur de l'amour. Tu veux le tuer au nom de toute ta sale petit morale hypocrite. C'est toi...toi qui est immoral. Tu es de loin l'homme le plus immoral que j'aie jamais rencontrĂ© de ma vie.
â
â
James Baldwin (Giovanniâs Room)
â
Je veux que tu en aies toi-mĂȘme la preuve par expĂ©rience, sans la chercher ailleurs. Quand on n'aime pas pour son propre compte, on voit d'un oeil chagrin l'humeur des amants. Il y a encore en moi quelque ardeur amoureuse, mon corps a toujours de la sĂšve; et mes sens ne sont pas Ă©teints pour les agrĂ©ments et les plaisirs de la vie. Je suis un rieur de bon goĂ»t, un convive agrĂ©able; dans un dĂźner, je ne coupe jamais la parole Ă personne; j'ai le bon esprit de ne pas me rendre importun aux convives; je sais prendre part Ă la conversation avec mesure, et me taire Ă propos, quand c'est Ă d'autres Ă parler; je ne suis point cracheur ni pituiteux, et point roupieux le moins du monde; enfin, je suis d'ĂphĂšse, et non pas d'Apulie (53), je ne suis pas un « petit coeur ».
â
â
Plautus (Miles Gloriosus)
â
Anastase passa son pouce sur ma lĂšvre infĂ©rieureâ; ses traits virils, son regard pĂ©nĂ©trant me brĂ»lait.
â Laisse-toi aller, MikhaĂŻl. Personne ne surveille tes faits et gestes. Personne ne dira rien ni ne te jugera. Sois toi-mĂȘme, abaisse tes barriĂšres.
Jâinspirai profondĂ©ment et collai sa mĂšche de cheveux Ă mon nez, mâapaisant.
â Vivre dans un fort nâest pas vivre, les plus belles sensations sont celles de pleine libertĂ©. Tu peux toucher qui tu veux. Rire avec qui cela te plaĂźt. Agir comme un enfant si câest ce dont tu as envie.
Je plissai le nez.
â Non merci, je laisse ça Ă Matt et Jimmy, deux enfants, câest bien assez Ă gĂ©rer.
Nous sourĂźmes tous deux. Le brun me posa un baiser sur la joue, et peu de temps aprĂšs, la porte sâouvrit Ă nouveau.
â Heyâ! Moi aussi je veux des cĂąlinsâ!
â
â
Phoenix Pharell (Des échos de sang et de crocs (French Edition))
â
Mais ĂȘtre avec toi me fait l'effet de me trouver dans un paysage fantastique, continue-t-il lentement. On croit que c'est une chose, une forĂȘt, et puis soudain ça change, et c'est une prairie, ou une jungle, ou des falaises de glace. Et tous ces paysages sont magnifiques, mais ils sont en mĂȘme temps Ă©tranges, et il n'y a pas de carte, et on ne comprend pas comment on est passĂ© d'un terrain Ă l'autre si brusquement, et on ne sait pas quand le prochain changement aura lieu, et on n'a pas l'Ă©quipement nĂ©cessaire. Alors on poursuit sa marche, on essaie de s'adapter au fur et Ă mesure, mais on ne sait pas vraiment ce qu'on fait, et, souvent, on commet des erreurs, de graves erreurs. C'est parfois l'impression que j'ai.
De nouveau, ils gardent le silence.
- Alors, grosso modo, tu me dis que je suis la Nouvelle-Zélande ?
â
â
Hanya Yanagihara (A Little Life)
â
« Ăcoute, Egor PĂ©trovitch, lui dit-il. Quâest ce que tu fais de toi ? Tu te perds seulement avec ton dĂ©sespoir. Tu nâas ni patience ni courage. Maintenant, dans un accĂšs de tristesse, tu dis que
tu nâas pas de talent. Ce nâest pas vrai. Tu as du talent ; je tâassure que tu en as. Je le vois rien quâĂ la façon dont tu sens et comprends lâart. Je te le prouverai par toute ta vie. Tu mâas racontĂ© ta vie dâautrefois. Ă cette Ă©poque aussi le dĂ©sespoirte visitait sans que tu tâen rendisses compte. Ă cette Ă©poque aussi, ton premier maĂźtre, cet homme Ă©trange, dont tu mâas tant parlĂ©, a Ă©veillĂ© en toi, pour la premiĂšre fois, lâamour de lâart et a devinĂ© ton talent. Tu lâas senti alors aussi fortement que maintenant. Mais tu ne savais pas ce qui se passait en toi. Tu ne pouvais pas vivre dans la maison du propriĂ©taire, et tu ne savais toi-mĂȘme ce que tu dĂ©sirais. Ton maĂźtre est mort trop tĂŽt. Il tâa laissĂ© seulement avec des aspirations vagues et, surtout, il ne tâa pas expliquĂ© toimĂȘme. Tu sentais le besoin dâune autre route plus large, tu pressentais que dâautres buts tâĂ©taient destinĂ©s, mais tu ne comprenais pas comment tout cela se ferait et, dans ton angoisse, tu as haĂŻ tout ce qui tâentourait alors. Tes six annĂ©es de misĂšre ne sont pas perdues. Tu as travaillĂ©, pensĂ©, tu as reconnu et toi-mĂȘme et tes forces ; tu comprends maintenant lâart et ta destination. Mon ami, il faut avoir de la patience et du courage. Un sort plus enviĂ© que le mien tâest rĂ©servĂ©. Tu es cent fois plus artiste que moi, mais que Dieu te donne mĂȘme la dixiĂšme partie de ma patience. Travaille, ne bois pas, comme te le disait ton bonpropriĂ©taire, et, principalement, commence par lâa, b, c.
« Quâest-ce qui te tourmente ? La pauvretĂ©, la misĂšre ? Mais la pauvretĂ© et la misĂšre forment lâartiste. Elles sont insĂ©parables des dĂ©buts. Maintenant personne nâa encore besoin de toi ; personne ne veut te connaĂźtre. Ainsi va le monde. Attends, ce sera autre chose quand on saura que tu as du talent. Lâenvie, la malignitĂ©, et surtout la bĂȘtise tâopprimeront plus fortement que la misĂšre. Le talent a besoin de sympathie ; il faut quâon le comprenne. Et toi, tu verras quelles gens tâentoureront quand tu approcheras du but. Ils tĂącheront de regarder avec mĂ©pris ce qui sâest Ă©laborĂ© en toi au prix dâun pĂ©nible travail, des privations, des nuits sans sommeil. Tes futurs camarades ne tâencourageront pas, ne te consoleront pas. Ils ne tâindiqueront pas ce qui en toi est bon et vrai. Avec une joie maligne ils relĂšveront chacune de tes fautes. Ils te montreront prĂ©cisĂ©ment ce quâil y a de mauvais en toi, ce en quoi tu te trompes, et dâun air calme et mĂ©prisant ils fĂȘteront joyeusement chacune de tes erreurs. Toi, tu esorgueilleux et souvent Ă tort. Il tâarrivera dâoffenser une nullitĂ© qui a de lâamour-propre, et alors malheur Ă toi : tu seras seul et ils seront plusieurs. Ils te tueront Ă coups dâĂ©pingles. Moi mĂȘme, je commence Ă Ă©prouver tout cela. Prends donc des forces dĂšs maintenant. Tu nâes pas encore si pauvre. Tu peux encore vivre ; ne nĂ©glige pas les besognes grossiĂšres, fends du bois, comme je lâai fait un soir chez de pauvres gens. Mais tu es impatient ; lâimpatience est ta maladie. Tu nâas pas assez de simplicitĂ© ; tu ruses trop, tu rĂ©flĂ©chis trop, tu fais trop travailler ta tĂȘte. Tu es audacieux en paroles et lĂąche quand il faut prendra lâarchet en main. Tu as beaucoup dâamour-propre et peu de hardiesse. Sois plus hardi, attends, apprends, et si tu ne comptes pas sur tes forces, alors va au hasard ; tu as de la chaleur, du sentiment, peut-ĂȘtre arriveras-tu au but. Sinon, va quand mĂȘme au hasard. En tout cas tu ne perdras rien, si le gain est trop grand. Vois-tu, aussi, le hasard pour nous est une grande chose. »
â
â
Fyodor Dostoevsky (Netochka Nezvanova)
â
Shanti posa sa main sur la mienne et me dit avec compassion: «Alors, arrĂȘte de charger ton bocal de sable, MaĂ«lle. Vis tes rĂȘves, prends soin de toi, de ton cĆur, de ton corps, de tes envies, des gens que tu aimes. Remplis-toi de ce que tu es et cesse dâavoir peur de souffrir, câest cette peur qui tâempĂȘche dâĂȘtre heureuse et tâenferme dans tes blessures.» Je fixai Shanti, en pleurs. Il poursuivit: «Prends le risque de vivre et dâĂȘtre ce qui tâhabite. Emplis ton bocal, caillou par caillou, gravier par gravier, grain de sable par grain de sable en considĂ©rant chacune de tes prioritĂ©s. Ă chaque fois que tu poses un Ă©lĂ©ment, il doit prĂ©valoir sur tous les suivants. Choisis par primautĂ© la premiĂšre pierre, puis ajoute la deuxiĂšme en te disant que tu ne sacrifieras jamais la premiĂšre pour la deuxiĂšme. Et continue avec le mĂȘme raisonnement, jusquâau dernier grain. Mais fais attention Ă ce que tu veux, car tu risques de lâobtenir!»
â
â
Maud Ankaoua (KilomÚtre zéro)
â
Il ne faut pas t'Ă©tonner qu'aucune femme ne veuille, Rufus, glisser sa cuisse lĂ©gĂšre sous la tienne mĂȘme si tu la soudoyais en lui offrant une robe splendide ou une pierre diaphane et raffinĂ©e. C'est qu'une sale histoire te porte tort, selon laquelle un bouc sauvage logerait sous tes aisselles. On le redoute, et ce n'est pas surprenant : la bĂȘte est trĂšs mĂ©chante et aucune fille ne coucherait avec. Alors dĂ©barrasse-toi de cette calamitĂ© redoutable pour les narines, ou cesse de t'Ă©tonner que l'on te fuie.
â
â
Catullus (The Complete Poems)
â
Parfois, le destin ressemble Ă une tempĂȘte de sable qui se dĂ©place sans cesse. Tu modifies ton allure pour lui Ă©chapper. Mais la tempĂȘte modifie aussi la sienne. Tu changes Ă nouveau le rythme de ta marche, et la tempĂȘte change son rythme elle aussi. C'est sans fin, cela se rĂ©pĂšte un nombre incalculable de fois, comme une danse macabre avec le dieu de la Mort, juste avant l'aube. Pourquoi? Parce que cette tempĂȘte n'est pas un phĂ©nomĂšne venu d'ailleurs, sans aucun lien avec toi. Elle est toi-mĂȘme, et rien d'autre. Elle vient de l'intĂ©rieur de toi. Alors, la seule chose que tu puisses faire, c'est pĂ©nĂ©trer dĂ©libĂ©rĂ©ment dedans, fermer les yeux et te boucher les oreilles afin d"empĂȘcher le sale d'y rentrer, et la traverser pas Ă pas. Au coeur de cette tempĂȘte, il n'y a pas de soleil, il n'y a pas de lune, pas de repĂšres dans l'espace ; par moments, mĂȘme le temps n'existe plus. Il n'y a que du sable blanc et fin comme des os broyĂ©s qui tourbillonne haut dans le ciel. VoilĂ la tempĂȘte de sable que tu dois imaginer.
â
â
Haruki Murakami (Kafka on the Shore)
â
avec certaines personnes tu te disloques, parce qu'avec elles le lieu d'oĂč tu parles apparaĂźt si reculĂ© que pour devenir intelligible il te faut le quitter. entre vous il y a une diffĂ©rence qui cache peut-ĂȘtre la dĂ©cision d'une distance. tu te dĂ©doubles, tu dis des phrases que tu ne penses pas, mais ceux qui t'accuseraient de manquer de sincĂ©ritĂ© auraient tort, car entre mentir et ne pas pouvoir dire il y a un Ă©cart. ce qui t'importe reste en toi, tu ne tends rien de proche, non par avarice mais par douleur, parce qu'offrir ce qui t'anime Ă quelqu'un qui le laisse choir te dĂ©chire, et insister te gĂȘne, alors tu parles Ă cĂŽtĂ©. tu te rabats sur ce qu'on dit, tu dĂ©places ce que tu entends d'une conversation Ă l'autre de la mĂȘme façon que tu dĂ©places les objets des magasins aux maisons lorsque tu cherches un cadeau Ă donner et que, dĂ©couragĂ©e de poursuivre une Ă©vidence qui n'apparaĂźt pas, tu achĂštes un truc qui t'indiffĂšre. tu participes Ă l'encombrement gĂ©nĂ©ral, tu en as un peu honte mais tu ne pourrais faire autrement.
â
â
Camille Readman Prud'homme (Quand je ne dis rien je pense encore)
â
- (...) Je cherche des amis. Qu'est-ce que signifie "apprivoiser"?
- C'est une chose trop oubliĂ©e, dit le renard. Ăa signifie "crĂ©er des liens...".
- Créer des liens?
- Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n'ai pas besoin de toi. Et tu n'as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde...
â
â
Antoine de Saint-Exupéry (Le Petit Prince - Avec des aquarelles de l'auteur)
â
Dans tout mon langage, dans tout mon langage avec toi, il y a eu dĂšs le dĂ©but ce noyau de silence. Je ne dis pas cela pour me charger ni pour dĂ©charger qui que ce soit. Lâeffort que me coĂ»te dâĂ©crire ces mots me garantit une sorte de paix, au-delĂ de tout jugement. Câest ainsi, ce noyau de silence Ă©tait en moi, il faisait partie de moi. Je lâai, lui aussi, apportĂ© avec tout le reste dans notre histoire et comme je ne pouvais rien contre lui, il y a pris sa place, sâest installĂ© et sâest imposĂ©. Je faisais naturellement semblant de ne pas le voir mais il Ă©tait lĂ . Je le recouvrais de discours de protection, diversion, il Ă©tait toujours lĂ , parfois invisible, parfois tacitement oubliĂ©, mais toujours lĂ . Il ne trompait personne parmi les intĂ©ressĂ©s. Il ne te trompait pas, en tout cas malgrĂ© tous les efforts pour conclure avec lui et moi Ă demi-mots, un pacte dâoubli. Au fond de tout tu lâas acceptĂ© avec moi, mais tu ne lâas jamais acceptĂ© ; tu ne pouvais pas. Tu as fait tout ton possible en ton pouvoir pour le rĂ©duire, puis pour lâoublier. Un moment est venu oĂč tu nâas plus pu rĂ©sister au silence que par le silence, par un second silence sans aucun rapport avec le premier mais un silence.
Un silenzio lâunico modo di non tacere.
â
â
Louis Althusser
â
«Imagine que ce rĂ©cipient soit ta vie. Et que les trois cailloux symbolisent les choses les plus importantes pour toi: ce dont tu ne pourrais te passer pour ĂȘtre heureuse. ConsidĂšre les graviers comme les prioritĂ©s secondaires, celles qui arrivent juste aprĂšs lâindispensable.» Je le fixai sans comprendre ce quâil essayait de me dire.
«Enfin, imagine que le sable corresponde Ă tout le reste: les bonheurs futiles, ceux qui te font du bien, mais qui ne sont quâun complĂ©ment de âlâessentielâ puis de âlâimportantâ.
â Bon, oĂč veux-tu en venir?
â Si jâavais rempli le pot de sable, il nây aurait plus de place pour les graviers ou les cailloux. Câest pareil pour ta vie: si tu consacres ton temps et ton Ă©nergie aux Ă©lĂ©ments secondaires, tu nâas plus dâespace pour lâessentiel, tu passes Ă cĂŽtĂ© de ton chemin. Tu cours aprĂšs le superficiel en te demandant pourquoi tu nâes pas heureuse.»
Jâapplaudis en souriant. Belle dĂ©monstration!
«Maintenant, Ă toi de dĂ©finir tes prioritĂ©s. Ă quoi correspondent les cailloux de ta vie, quelles sont pour toi les choses essentielles? Câest-Ă -dire ce que tu ne sacrifierais pas. Ou ce que tu voudrais le plus au monde.
â Je ne sais pas⊠Euh, lĂ tout de suite, je suis fatiguĂ©e.
â RĂ©flĂ©chis!», ordonna-t-il avec fermetĂ©.
â
â
Maud Ankaoua (KilomÚtre zéro)
â
Sâil est quelquefois logique de sâen rapporter Ă lâapparence des phĂ©nomĂšnes, ce premier chant finit ici. Ne soyez pas sĂ©vĂšre pour celui qui ne fait encore quâessayer sa lyre : elle rend un son si Ă©trange ! Cependant, si vous voulez ĂȘtre impartial, vous reconnaĂźtrez dĂ©jĂ une empreinte forte, au milieu des imperfections. Quant Ă moi, je vais me remettre au
travail, pour faire paraĂźtre un deuxiĂšme chant, dans un laps de temps qui ne soit pas trop retardĂ©. La fin du dix-neuviĂšme siĂšcle verra son poĂšte (cependant, au dĂ©but, il ne doit pas commencer par un chef dâĆuvre, mais suivre la loi de la nature) ; il est nĂ© sur les rives amĂ©ricaines, Ă lâembouchure de la Plata, lĂ oĂč deux peuples, jadis rivaux, sâefforcent actuellement de se surpasser par le progrĂšs matĂ©riel et moral. Buenos-Ayres, la reine du Sud, et Montevideo, la coquette, se tendent une main amie, Ă travers les eaux argentines du grand estuaire. Mais, la guerre Ă©ternelle a placĂ© son empire destructeur sur les campagnes, et moissonne avec joie des victimes nombreuses. Adieu, vieillard, et pense Ă moi, si tu mâas lu. Toi, jeune homme, ne dĂ©sespĂšre point ; car, tu as un ami dans le vampire, malgrĂ© ton opinion contraire. En comptant lâacarus sarcopte qui produit la gale, tu auras deux amis !
â
â
Comte de Lautréamont (Les Chants de Maldoror)
â
Dehbia connaßt bien les siens Il n'ont de chrétien que le nom. L'un des premiers d'entre eux, converti au début du siÚcle et qui a d'ailleurs sa croix au cimetiÚre de la paroisse, leur traça une ligne de conduite que beaucoup suivent ingénieusement. Jadis, racontent-ils, ce néophyte à peine dégrossi fut surpris par un PÚre faisant à la mosquée sa priÚre parmi les musulmans.
- C'était bien toi, hier soir, à la mosquée?
- Oui, mon pĂšre.
- Tu n'es pas musulman.
- Pourquoi pas, mon pÚre ? Je le suis de naissance. Il paraßt que le PÚre n'a pas beaucoup insisté.
Actuellement, ils ne vont plus Ă la mosquĂ©e mais ils jurent par les saints du pays, pratiquent la circoncision comme les bons musulmans et cĂ©lĂšbrent es AĂŻds aussi bien que la NoĂ«l. Leurs femmes, aussi superstitieuses que toutes les autres, croient aux pratiques des bonnes vieilles et, pour connaĂźtre l'avenir, rendent visite aux mĂȘmes derviches.
Tout cela, Dehbia le sait et beaucoup d'autres choses. Bien sĂ»r qu'ils ont reçu le baptĂȘme et avec le baptĂȘme un nom chrĂ©tien. Les PĂšres leur ont distribuĂ© gĂ©nĂ©reusement des "Marie", des "Jean", et surtout des "Augustin", des "Monique" comme cela se devait en pays berbĂšre, mais Ă cĂŽtĂ© de ces noms, existe toujours le nom kabyle, Mohammed, Akli, Rabah, SaĂŻd, et la facultĂ© de s'en servir.
â
â
Mouloud Feraoun
â
JULIETTE. â A quelle heure enverrai-je vers toi, demain ?
ROMĂO. â Ă neuf heures.
JULIETTE. â Je nây manquerai pas. Dâici Ă ce moment, il va sâĂ©couler vingt ans. Jâai oubliĂ© pourquoi je tâavais rappelĂ©.
ROMĂO.â Permets-moi de rester ici jusquâĂ ce que tu te le rappelles.
JULIETTE. â Jâoublierai encore, afin de te faire rester, et ne me souviendrai que de lâamour que jâai pour ta compagnie.
ROMĂO. â Et moi je resterai, pour te faire oublier encore, oublieux moi-mĂȘme que jâai un autre logis que ce jardin
JULIETTE. â Il est presque matin ; je voudrais que tu fusses parti, et cependant pas plus loin que lâoiseau dâune jeune folle qui le laisse sâĂ©loigner un peu de sa main, pareil Ă un pauvre prisonnier dans ses entraves, et qui le ramĂšne avec un fil de soie, tant elle est amoureusement jalouse de sa libertĂ©.
ROMĂO. â Je voudrais ĂȘtre ton oiseau.
JULIETTE. â ChĂ©ri, je le voudrais aussi : cependant, je te tuerais par trop de caresses. Ronne nuit ! bonne nuit ! la sĂ©paration est une si dĂ©licieuse douleur que je dirais bonne nuit jusquâĂ demain. (Elle, se retire de la fenĂȘtre.)
ROMĂO. â Que le sommeil descende sur tes yeux et la paix dans ton sein ! Que ne suis-je le sommeil et la paix pour goĂ»ter un si doux repos ! Je vais dâici me rentre Ă la cellule de mon pieux confesseur, pour implorer son aide, et lui dire mon heureuse fortune. (Il sort.)
â
â
William Shakespeare (Romeo & Juliet)
â
Ne m'écrivez plus qu'une fois par semaine, et de telle sorte que je reçoive votre lettre le dimanche. Car je dois vous le dire, je ne supporte pas vos lettres quotidiennes, je ne suis pas en état de les supporter.
Je rĂ©ponds pas exemple Ă votre lettre et ensuite, je suis apparemment bien tranquille dans mon lit, mais des palpitations me traversent tout le corps et mon cĆur ne connaĂźt que vous. VoilĂ pourquoi je ne veux point savoir que tu es bien disposĂ©e pour moi; car alors pour quelle raison, fou que je suis, restai-je Ă mon bureau ou chez moi, au lieu de me jeter dans le train les yeux fermĂ©s pour ne les rĂ©ouvrir que lorsque je serai prĂšs de toi. Vraiment j'ai parfois l'impression de me repaitre comme un fantĂŽme de ton nom porte-bonheur. mais maintenant y'a-t-il une solution de paix?
A quoi bon ne plus nous écrire qu'une fois par semaine. non, il serait bénin le mal que l'on pourrait supprimer par de telles moyens et je le prévois ces lettres du dimanche, je ne pourrai pas non plus les supporter. C'est pourquoi voulant réparer ce que je négligeais samedi, je t'en prie avec la force qui faiblit déjà un peu a la fin de cette lettre renonçons à tout cela, si nous tenons a notre vie.
Aurai-je eu l'intention de me dire âtienâ en signant, rien ne serait plus faux. Non, Je suis mien et Ă©ternellement liĂ© Ă moi, voilĂ ce que je suis, et il faut que je tache de m'en accommoder.
â
â
Franz Kafka (Letters to Felice)
â
Mais les signes de ce qui m'attendait rĂ©ellement, je les ai tous nĂ©gligĂ©s. Je travaille mon diplĂŽme sur le surrĂ©alisme Ă la bibliothĂšque de Rouen, je sors, je traverse le square Verdrel, il fait doux, les cygnes du bassin ont reparu, et d'un seul coup j'ai conscience que je suis en train de vivre peut-ĂȘtre mes derniĂšres semaines de fille seule, libre d'aller oĂč je veux, de ne pas manger ce midi, de travailler dans ma chambre sans ĂȘtre dĂ©rangĂ©e. Je vais perdre dĂ©finitivement la solitude. Peut-on s'isoler facilement dans un petit meublĂ©, Ă deux. Et il voudra manger ses deux repas par jour. Toutes sortes d'images me traversent. Une vie pas drĂŽle finalement. Mais je refoule, j'ai honte, ce sont des idĂ©es de fille unique, Ă©gocentrique, soucieuse de sa petite personne, mal Ă©levĂ©e au fond. Un jour, il a du travail, il est fatiguĂ©, si on mangeait dans la chambre au lieu d'aller au restau. Six heures du soir cours Victor-Hugo, des femmes se prĂ©cipitent aux Docks, en face du Montaigne, prennent ci et ça sans hĂ©sitation, comme si elles avaient dans la tĂȘte toute la programmation du repas de ce soir, de demain peut-ĂȘtre, pour quatre personnes ou plus aux goĂ»ts diffĂ©rents. Comment font-elles ? [...] Je n'y arriverai jamais. Je n'en veux pas de cette vie rythmĂ©e par les achats, la cuisine. Pourquoi n'est-il pas venu avec moi au supermarchĂ©. J'ai fini par acheter des quiches lorraines, du fromage, des poires. Il Ă©tait en train d'Ă©couter de la musique. Il a tout dĂ©ballĂ© avec un plaisir de gamin. Les poires Ă©taient blettes au coeur, "tu t'es fait entuber". Je le hais. Je ne me marierai pas. Le lendemain, nous sommes retournĂ©s au restau universitaire, j'ai oubliĂ©. Toutes les craintes, les pressentiments, je les ai Ă©touffĂ©s. SublimĂ©s. D'accord, quand on vivra ensemble, je n'aurai plus autant de libertĂ©, de loisirs, il y aura des courses, de la cuisine, du mĂ©nage, un peu. Et alors, tu renĂącles petit cheval tu n'es pas courageuse, des tas de filles rĂ©ussissent Ă tout "concilier", sourire aux lĂšvres, n'en font pas un drame comme toi. Au contraire, elles existent vraiment. Je me persuade qu'en me mariant je serai libĂ©rĂ©e de ce moi qui tourne en rond, se pose des questions, un moi inutile. Que j'atteindrai l'Ă©quilibre. L'homme, l'Ă©paule solide, anti-mĂ©taphysique, dissipateur d'idĂ©es tourmentantes, qu'elle se marie donc ça la calmera, tes boutons mĂȘme disparaĂźtront, je ris forcĂ©ment, obscurĂ©ment j'y crois. Mariage, "accomplissement", je marche. Quelquefois je songe qu'il est Ă©goĂŻste et qu'il ne s'intĂ©resse guĂšre Ă ce que je fais, moi je lis ses livres de sociologie, jamais il n'ouvre les miens, Breton ou Aragon. Alors la sagesse des femmes vient Ă mon secours : "Tous les hommes sont Ă©goĂŻstes." Mais aussi les principes moraux : "Accepter l'autre dans son altĂ©ritĂ©", tous les langages peuvent se rejoindre quand on veut.
â
â
Annie Ernaux (A Frozen Woman)
â
Le Roi des Aulnes
Quel est ce chevalier qui file si tard dans la nuit et le vent ?
C'est le pĂšre avec son enfant ;
Il serre le petit garçon dans son bras,
Il le serre bien, il lui tient chaud.
« Mon fils, pourquoi caches-tu avec tant d'effroi ton visage ?
â PĂšre, ne vois-tu pas le Roi des Aulnes ?
Le Roi des Aulnes avec sa traĂźne et sa couronne ?
â Mon fils, c'est un banc de brouillard.
â Cher enfant, viens, pars avec moi !
Je jouerai Ă de trĂšs beaux jeux avec toi,
Il y a de nombreuses fleurs de toutes les couleurs sur le rivage,
Et ma mĂšre possĂšde de nombreux habits d'or.
â Mon pĂšre, mon pĂšre, et n'entends-tu pas,
Ce que le Roi des Aulnes me promet Ă voix basse ?
â Sois calme, reste calme, mon enfant !
C'est le vent qui murmure dans les feuilles mortes.
â Veux-tu, gentil garçon, venir avec moi ?
Mes filles s'occuperont bien de toi
Mes filles mĂšneront la ronde toute la nuit,
Elles te berceront de leurs chants et de leurs danses.
â Mon pĂšre, mon pĂšre, et ne vois-tu pas lĂ -bas
Les filles du Roi des Aulnes dans ce lieu sombre ?
â Mon fils, mon fils, je vois bien :
Ce sont les vieux saules qui paraissent si gris.
â Je t'aime, ton joli visage me charme,
Et si tu ne veux pas, j'utiliserai la force.
â Mon pĂšre, mon pĂšre, maintenant il m'empoigne !
Le Roi des Aulnes m'a fait mal ! »
Le pĂšre frissonne d'horreur, il galope Ă vive allure,
Il tient dans ses bras l'enfant gémissant,
Il arrive Ă grand-peine Ă son port ;
Dans ses bras l'enfant était mort.
â
â
Charles Nodier
â
Dans la critique de la preuve ontologique de Dieu, l'erreur consiste Ă ne pas voir qu'imaginer un objet quelconque n'est nullement la mĂȘme chose que concevoir de l'absolu, ou l'Absolu en soi : car ce qui prime ici, ce n'est pas le jeu subjectif de notre esprit, c'est essentiellement l'Objet absolu qui le dĂ©termine et qui constitue mĂȘme, en derniĂšre analyse, la raison d'ĂȘtre de l'intelligence humaine. Sans un Dieu rĂ©el, point d'homme possible.
En parlant de l'argument ontologique, nous pensons Ă la thĂšse essentielle et non aux raisonnements en partie problĂ©matiques qui sont censĂ©s l'Ă©tayer. Au fond, la base de l'argument est l'analogie entre le mĂ©ta-macrocosme et le microcosme, ou entre Dieu et l'Ăąme : sous un certain rapport, nous somme ce qui est et par consĂ©quent nous pouvons connaĂźtre tout ce qui est, donc l'Ătre en soi ; car s'il y a le rapport d'incommensurabilitĂ©, il y a aussi celui d'analogie et mĂȘme celui d'identitĂ©, sans quoi nous serions le nĂ©ant pur et simple. Le principe de connaissance n'implique par lui-mĂȘme aucune limitation ; connaĂźtre, c'est connaĂźtre tout le connaissable, et celui-ci coincide avec le rĂ©el Ă©tant donnĂ© qu'a priori et dans l'Absolu le sujet et l'objet se confondent : connaĂźtre c'est ĂȘtre, et inversement. Ce qui nous ramĂšne Ă la sentence arabe : « Qui connaĂźt son Ăąme, connaĂźt son Seigneur. » ; sans oublier la formule du sanctuaire de Delphe : « Connais-toi toi-mĂȘme »... Si l'on nous dit que l'Absolu est inconnaissable, cela se rapporte non Ă notre facultĂ© intellective de principe mais Ă telle modalitĂ© de facto de cette facultĂ© ; Ă telle Ă©corce, non Ă la substance.
â
â
Frithjof Schuon (To Have a Center (Library of Traditional Wisdom))
â
Caligula! Toi aussi, toi aussi, tu es coupable. Alors, n'est-ce pas, un peu plus, un peu moins! Mais qui oserait me condamner dans ce monde sans juge, oĂč personne n'est innocent! (Avec tout l'accent de la dĂ©tresse, se pressant contre le miroir.) Tu le vois bien, HĂ©licon n'est pas venu. Je n'aurai pas la lune. Mais qu'il est amer d'avoir raison et de devoir aller jusqu'Ă la consommation. Car j'ai peur de la consommation. Des bruits d'armes! C'est l'innocence qui prĂ©pare son triomphe. Que ne suis-je Ă leur place! J'ai peur. Quel dĂ©-goĂ»t, aprĂšs avoir mĂ©prisĂ© les autres, de se sentir la mĂȘme lĂąchetĂ© dans l'Ăąme. Mais cela ne fait rien. La peur non plus ne dure pas. Je vais retrouver ce grand vide oĂč le coeur s'apaise.
Tout a l'air si compliquĂ©. Tout est si simple pourtant. Si j'avais eu la lune, si l'amour suffisait, tout serait changĂ©. Mais oĂč Ă©tancher cette soif ? Quel coeur, quel dieu auraient pour moi la profondeur d'un lac ? (S'agenouillant et pleu-rant.) Rien dans ce monde, ni dans l'autre, qui soit Ă ma me-sure. Je sais pourtant, et tu le sais aussi (il tend les mains vers le miroir en pleurant), qu'il suffirait que l'impossible soit. L'impossible! Je l'ai cherchĂ© aux limites du monde, aux confins de moi-mĂȘme. J'ai tendu mes mains (criant), je tends mes mains et c'est toi que je rencontre, toujours toi en face de moi, et je suis pour toi plein de haine. Je n'ai pas pris la voie qu'il fallait, je n'aboutis Ă rien. Ma libertĂ© n'est pas la bonne. HĂ©licon! HĂ©licon! Rien! rien encore. Oh, cette nuit est lourde! HĂ©licon ne viendra pas: nous serons coupa-bles Ă jamais! Cette nuit est lourde comme la douleur hu-maine.
â
â
Albert Camus (Caligula)
â
Quâun galop rapide, coursiers aux pieds brĂ»lants, vous emporte vers le palais du Soleil: de son fouet, un conducteur tel que PhaĂ©ton vous aurait prĂ©cipitĂ©s vers le couchant et aurait ramenĂ© la sombre Nuit. Ătends ton Ă©pais rideau. Nuit qui couronne lâamour; ferme les yeux errants, et que RomĂ©o puisse voler dans mes bras sans quâon le dise et sans quâon le voie. La lumiĂšre de leurs mutuelles beautĂ©s suffit aux amants pour accomplir leurs amoureux mystĂšres; ou si lâAmour est aveugle, il ne sâen accorde que mieux avec la Nuit. Viens, Nuit obligeante, matrone aux vĂȘtements modestes, tout en noir, apprends-moi Ă perdre au jeu de qui perd gagne, oĂč lâenjeu est deux virginitĂ©s sans tache; couvre de ton obscur manteau mes joues oĂč se rĂ©volte mon sang effarouchĂ©, jusquâĂ ce que mon craintif amour, devenu plus hardi dans lâĂ©preuve dâun amour fidĂšle, nây voie plus quâun chaste devoir.âViens, ĂŽ Nuit; viens, RomĂ©o; viens, toi qui es le jour au milieu de la nuit; car sur les ailes de la nuit tu arriveras plus Ă©clatant que nâest sur les plumes du corbeau la neige nouvellement tombĂ©e. Viens, douce nuit; viens, nuit amoureuse, le front couvert de tĂ©nĂšbres: donne-moi mon RomĂ©o; et quand il aura cessĂ© de vivre, reprends-le, et, partage-le en petites Ă©toiles, il rendra la face des cieux si belle, que le monde deviendra amoureux de la nuit et renoncera au culte du soleil indiscret. Oh! jâai achetĂ© une demeure dâamour, mais je nâen suis pas encore en possession, et celui qui mâa acquise nâest pas encore en jouissance. Ce jour est aussi ennuyeux que la veille dâune fĂȘte pour lâenfant qui a une robe neuve et qui ne peut encore la mettre.
â
â
William Shakespeare (Romeo and Juliet)
â
Un jour, avec des yeux vitreux, ma mĂšre me dit: « Lorsque tu seras dans ton lit, que tu entendras les aboiements des chiens dans la campagne, cache-toi dans ta couverture, ne tourne pas en dĂ©rision ce qu'ils font: ils ont soif insatiable de l'infini, comme toi, comme moi, comme le reste des humains, Ă la figure pĂąle et longue. MĂȘme, je te permets de te mettre devant la fenĂȘtre pour contempler ce spectacle, qui est assez sublime » Depuis ce temps, je respecte le voeu de la morte. Moi, comme les chiens, j'Ă©prouve le besoin de l'infini... Je ne puis, je ne puis contenter ce besoin! Je suis fils de l'homme et de la femme, d'aprĂšs ce qu'on m'a dit. Ăa m'Ă©tonne... je croyais ĂȘtre davantage! Au reste, que m'importe d'oĂč je viens? Moi, si cela avait pu dĂ©pendre de ma volontĂ©, j'aurais voulu ĂȘtre plutĂŽt le fils de la femelle du requin, dont la faim est amie des tempĂȘtes, et du tigre, Ă la cruautĂ© reconnue: je ne serais pas si mĂ©chant. Vous, qui me regardez, Ă©loignez-vous de moi, car mon haleine exhale un souffle empoisonnĂ©. Nul n'a encore vu les rides vertes de mon front; ni les os en saillie de ma figure maigre, pareils aux arĂȘtes de quelque grand poisson, ou aux rochers couvrant les rivages de la mer, ou aux abruptes montagnes alpestres, que je parcourus souvent, quand j'avais sur ma tĂȘte des cheveux d'une autre couleur. Et, quand je rĂŽde autour des habitations des hommes, pendant les nuits orageuses, les yeux ardents, les cheveux flagellĂ©s par le vent des tempĂȘtes, isolĂ© comme une pierre au milieu du chemin, je couvre ma face flĂ©trie, avec un morceau de velours, noir comme la suie qui remplit l'intĂ©rieur des cheminĂ©es : il ne faut pas que les yeux soient tĂ©moins de la laideur que l'Etre suprĂȘme, avec un sourire de haine puissante, a mise sur moi.
â
â
Comte de Lautréamont (Les Chants de Maldoror)
â
En honorant l'école à l'excÚs, c'est toi [l'élÚve excellent] que tu flattes en douce, tu te poses plus ou moins consciemment en élÚve idéal. Ce faisant, tu masques les innombrables paramÚtres qui nous font tellement inégaux dans l'acquisition du savoir : circonstances, entourage, pathologies, tempérament⊠Ah ! l'énigme du tempérament !
« Je dois tout à l'école de la République ! »
Serait-ce que tu voudrais faire passer tes aptitudes pour des vertus ? (Les unes et les autres n'Ă©tant d'ailleurs pas incompatiblesâŠ) RĂ©duire ta rĂ©ussite Ă une question de volontĂ©, de tĂ©nacitĂ©, de sacrifice, c'est ça que tu veux ? Il est vrai que tu fus un Ă©lĂšve travailleur et persĂ©vĂ©rant, et que le mĂ©rite t'en revient, mais c'est, aussi, pour avoir joui trĂšs tĂŽt de ton aptitude Ă comprendre, Ă©prouvĂ© dĂšs tes premiĂšres conforntations au travail scolaire la joie immense d'avoir compris, et que l'effort portait en lui-mĂȘme la promesse de cette joie ! Ă l'heure oĂč je m'asseyais Ă ma table Ă©crasĂ© par la conviction de mon idiotie, tu t'installais Ă la tienne vibrant d'impatience, impatience de passer Ă autre chose aussi, car ce problĂšme de math sur lequel je m'endormais tu l'expĂ©diais, toi, en un tournemain. Nos devoirs, qui Ă©taient les tremplins de ton esprit, Ă©taient les sables mouvants oĂč s'enlisait le mien. Ils te laissaient libre comme l'air, avec la satisfaction du devoir accompli, et moi hĂ©bĂ©tĂ© d'ignorance, maquillant un vague brouillon en copie dĂ©finitive, Ă grand renfort de traits soigneusement tirĂ©s qui ne trompaient personne. Ă l'arrivĂ©e, tu Ă©tais le travailleur, j'Ă©tais le paresseux. C'Ă©tait donc ça, la paresse ? Cet enlisement en soi-mĂȘme ? Et le travail, qu'Ă©tait-ce donc ? Comment s'y prenaient-ils, ceux qui travaillaient bien ? OĂč puisaient-ils cette force ? Ce fut l'Ă©nigme de mon enfance. L'effort, oĂč je m'anĂ©antissais, te fut d'entrĂ©e de jeu un gage d'Ă©panouissement. Nous ignorions toi et moi qu'« il faut rĂ©ussir pour comprendre », selon le mot si clair de Piaget, et que nous Ă©tions, toi comme moi, la vivante illustration de cet axiome. (p. 271-272)
â
â
Daniel Pennac (Chagrin d'école)
â
Cependant, au milieu de ces circonstances, la rĂ©solution de quitter la vie avait pris toujours plus de force dans lâurne de Werther. Depuis son retour auprĂšs de Charlotte, cette rĂ©solution avait toujours Ă©tĂ© sa perspective et son espĂ©rance suprĂȘme ; mais il sâĂ©tait dit que ce ne devait pas ĂȘtre une action soudaine, prĂ©cipitĂ©e ; quâil voulait faire ce pas avec la plus sĂ©rieuse conviction, avec la rĂ©solution la plus calme.
Ses doutes, ses combats intĂ©rieurs se rĂ©vĂšlent dans un petit billet, qui paraĂźt ĂȘtre le commencement dâune lettre Ă Wilhelm, et qui sâest trouvĂ©, sans date, parmi ses papiers.
« Sa prĂ©sence, sa destinĂ©e, lâintĂ©rĂȘt quâelle prend Ă la mienne, expriment la derniĂšre larme de mon cerveau calcinĂ©.
« Lever le rideau et passer derriĂšreâŠ. voilĂ tout ! Et pourquoi craindre et balancer ? Parce quâon ne sait pas ce quâil y a derriĂšre ? parce quâon nâen revient pas ? et que câest le propre de notre esprit dâimaginer que tout est confusion et tĂ©nĂšbres, aux lieux dont nous ne savons rien de certain ? »
Enfin il sâaccoutuma et se familiarisa toujours plus avec cette triste pensĂ©e, et lâon trouve un tĂ©moignage de sa rĂ©solution ferme et irrĂ©vocable dans cette lettre ambiguĂ«, quâil Ă©crivait Ă son ami :
20 décembre.
« Je rends grice Ă ton amitiĂ©, Wilhelm, dâavoir entendu ce mot comme tu lâas fait. Oui, tu as raison : le meilleur pour moi serait de partir. La proposition que tu me fais de retourner auprĂšs de vous ne me plaĂźt pas tout Ă fait ; du moins je voudrais faire encore un dĂ©tour, dâautant plus que nous pouvons espĂ©rer une gelĂ©e soutenue et de bons chemins. Il mâest aussi trĂšsagrĂ©able que tu veuilles venir me chercher : seulement, laisse encore passer quinze jours, et attends encore une lettre de moi avec dâautres avis. Il ne faut rien cueillir avant quâil soit mĂ»r, et quinze jours de plus ou de moins font beaucoup. Tu diras Ă ma mĂšre de prier pour son fils, et de vouloir bien me pardonner tous les chagrins que je lui ai faits. CâĂ©tait ma destinĂ©e dâaffliger ceux que le devoir mâappelait Ă rendre heureux. Adieu, mon trĂšs-cher ami. Que le ciel rĂ©pande sur toi toutes ses bĂ©nĂ©dictions ! Adieu. »
â
â
Johann Wolfgang von Goethe (The Sorrows of Young Werther)
â
Maldoror, Ă©coute-moi. Remarque ma figure, calme comme un miroir, et je crois avoir une intelligence Ă©gale Ă la tienne. Un jour, tu mâappelas le soutien de ta vie. Depuis lors, je nâai pas dĂ©menti la confiance que tu mâavais vouĂ©e. Je ne suis quâun simple habitant des roseaux, câest vrai ; mais, grĂące Ă ton propre contact, ne prenant que ce quâil y avait de beau en toi, ma raison sâest agrandie, et je puis te parler. Je suis venu vers toi, afin de te retirer de lâabĂźme. Ceux qui sâintitulent tes amis te regardent, frappĂ©s de consternation, chaque fois quâils te rencontrent, pĂąle et voĂ»tĂ©, dans les théùtres, dans les places publiques, ou pressant, de deux cuisses nerveuses, ce cheval qui ne galope que pendant la nuit, tandis quâil porte son maĂźtre-fantĂŽme, enveloppĂ© dans un long manteau noir. Abandonne ces pensĂ©es, qui rendent ton cĆur vide comme un dĂ©sert ; elles sont plus brĂ»lantes que le feu. Ton esprit est tellement malade que tu ne tâen aperçois pas, et que tu crois ĂȘtre dans ton naturel, chaque fois quâil sort de ta bouche des paroles insensĂ©es, quoique pleines dâune infernale grandeur. Malheureux ! quâas-tu dit depuis le jour de ta naissance ? Ă triste reste dâune intelligence immortelle, que Dieu avait créée avec tant dâamour ! Tu nâas engendrĂ© que des malĂ©dictions, plus affreuses que la vue de panthĂšres affamĂ©es ! Moi, je prĂ©fĂ©rerais avoir les paupiĂšres collĂ©es, mon corps manquant des jambes et des bras, avoir assassinĂ© un homme, que ne pas ĂȘtre toi ! Parce que je te hais. Pourquoi avoir ce caractĂšre qui mâĂ©tonne ? De quel droit viens-tu sur cette terre, pour tourner en dĂ©rision ceux qui lâhabitent, Ă©pave pourrie, ballottĂ©e par le scepticisme ? Si tu ne tây plais pas, il faut retourner dans les sphĂšres dâoĂč tu viens. Un habitant des citĂ©s ne doit pas rĂ©sider dans les villages, pareil Ă un Ă©tranger. Nous savons que, dans les espaces, il existe des sphĂšres plus spacieuses que la nĂŽtre, et donc les esprits ont une intelligence que nous ne pouvons mĂȘme pas concevoir. Eh bien, va-tâen !⊠retire-toi de ce sol mobile !⊠montre enfin ton essence divine, que tu as cachĂ©e jusquâici ; et, le plus tĂŽt possible, dirige ton vol ascendant vers la sphĂšre, que nous nâenvions point, orgueilleux que tu es ! Car, je ne suis pas parvenu Ă reconnaĂźtre si tu es un homme ou plus quâun homme ! Adieu donc ; nâespĂšre plus retrouver le crapaud sur ton passage. Tu es la cause de ma mort. Moi, je pars pour lâĂ©ternitĂ©, afin dâimplorer ton pardon !
â
â
Comte de Lautréamont
â
â Je te devais soixante francs, te voilĂ payĂ©, voleur ! dit la Maheude, enragĂ©e parmi les autres. Tu ne me refuseras plus crĂ©dit⊠Attends ! attends ! il faut que je tâengraisse encore.
De ses dix doigts, elle grattait la terre, elle en prit deux poignées, dont elle lui emplit la bouche, violemment.
â Tiens ! mange donc !⊠Tiens ! mange, mange, toi qui nous mangeais !
Les injures redoublĂšrent, pendant que le mort, Ă©tendu sur le dos, regardait, immobile, de ses grands yeux fixes, le ciel immense dâoĂč tombait la nuit. Cette terre, tassĂ©e dans sa bouche, câĂ©tait le pain quâil avait refusĂ©. Et il ne mangerait plus que de ce pain-lĂ , maintenant. Ăa ne lui avait guĂšre portĂ© bonheur, dâaffamer le pauvre monde.
Mais les femmes avaient Ă tirer de lui dâautres vengeances. Elles tournaient en le flairant, pareilles Ă des louves. Toutes cherchaient un outrage, une sauvagerie qui les soulageĂąt.
On entendit la voix aigre de la Brûlé.
â Faut le couper comme un matou !
â Oui, oui ! au chat ! au chat !⊠Il en a trop fait, le salaud !
DĂ©jĂ , la Mouquette le dĂ©culottait, tirait le pantalon, tandis que la Levaque soulevait les jambes. Et la BrĂ»lĂ©, de ses mains sĂšches de vieille, Ă©carta les cuisses nues, empoigna cette virilitĂ© morte. Elle tenait tout, arrachant, dans un effort qui tendait sa maigre Ă©chine et faisait craquer ses grands bras. Les peaux molles rĂ©sistaient, elle dut sây reprendre, elle finit par emporter le lambeau, un paquet de chair velue et sanglante, quâelle agita, avec un rire de triomphe :
â Je lâai ! je lâai !
Des voix aiguĂ«s saluĂšrent dâimprĂ©cations lâabominable trophĂ©e.
Ah ! bougre, tu nâempliras plus nos filles !
â Oui, câest fini de te payer sur la bĂȘte, nous nây passerons plus toutes, Ă tendre le derriĂšre pour avoir un pain.
â Tiens ! je te dois six francs, veux-tu prendre un acompte ? moi, je veux bien, si tu peux encore !
Cette plaisanterie les secoua dâune gaietĂ© terrible. Elles se montraient le lambeau sanglant, comme une bĂȘte mauvaise, dont chacune avait eu Ă souffrir, et quâelles venaient dâĂ©craser enfin, quâelles voyaient lĂ , inerte, en leur pouvoir. Elles crachaient dessus, elles avançaient leurs mĂąchoires, en rĂ©pĂ©tant, dans un furieux Ă©clat de mĂ©pris :
â Il ne peut plus ! il ne peut plus !⊠Ce nâest plus un homme quâon va foutre dans la terre⊠Va donc pourrir, bon Ă rien !
La BrĂ»lĂ©, alors, planta tout le paquet au bout de son bĂąton ; et, le portant en lâair, le promenant ainsi quâun drapeau, elle se lança sur la route, suivie de la dĂ©bandade hurlante des femmes. Des gouttes de sang pleuvaient, cette chair lamentable pendait, comme un dĂ©chet de viande Ă lâĂ©tal dâun boucher. En haut, Ă la fenĂȘtre, Mme Maigrat ne bougeait toujours pas ; mais sous la derniĂšre lueur du couchant, les dĂ©fauts brouillĂ©s des vitres dĂ©formaient sa face blanche, qui semblait rire. Battue, trahie Ă chaque heure, les Ă©paules pliĂ©es du matin au soir sur un registre, peut-ĂȘtre riait-elle, quand la bande des femmes galopa, avec la bĂȘte mauvaise, la bĂȘte Ă©crasĂ©e, au bout dâun bĂąton.
Cette mutilation affreuse sâĂ©tait accomplie dans une horreur glacĂ©e.
â
â
Ămile Zola (Germinal)
â
Wilhelm, on deviendrait furieux de voir quâil y ait des hommes incapables de goĂ»ter et de sentir le peu de biens qui ont encore quelque valeur sur la terre. Tu connais les noyers sous lesquels je me .suis assis avec Charlotte, Ă StâŠ, chez le bon pasteur, ces magnifiques noyers, qui, Dieu le sait, me remplissaient toujours dâune joie calme et profonde. Quelle paix, quelle fraĂźcheur ils rĂ©pandaient sur le presbytĂšre ! Que les rameaux Ă©taient majestueux ! Et le souvenir enfin des vĂ©nĂ©rables pasteurs qui les avaient plantĂ©s, tant dâannĂ©es auparavant !⊠Le maĂźtre dâĂ©cole nous a dit souvent le nom de lâun dâeux, quâil avait appris de son grand-pĂšre. Ce fut sans doute un homme vertueux, et, sous ces arbres, sa mĂ©moire me fut toujours sacrĂ©e. Eh bien, le maĂźtre dâĂ©cole avait hier les larmes aux yeux, comme nous parlions ensemble de ce quâon les avait abattus. Abattus ! jâen suis furieux, je pourrais tuer le chien qui a portĂ© le premier coup de hache. Moi, qui serais capable de prendre le deuil, si, dâune couple dâarbres tels que ceux-lĂ , qui auraient existĂ© dans ma cour, lâun venait Ă mourir de vieillesse, il faut que je voie une chose pareille !⊠Cher Wilhelm, il y a cependant une compensation. Chose admirable que lâhumanitĂ© ! Tout le village murmure, et jâespĂšre que la femme du pasteur sâapercevra au beurre, aux Ćufs et autres marques dâamitiĂ©, de la blessure quâelle a faite Ă sa paroisse. Car câest elle, la femme du nouveau pasteur (notre vieux est mort), une personne sĂšche, maladive, qui fait bien de ne prendre au monde aucun intĂ©rĂȘt, attendu que personne nâen prend Ă elle. Une folle, qui se pique dâĂȘtre savante ; qui se mĂȘle de lâĂ©tude du canon ; qui travaille Ă©normĂ©ment Ă la nouvelle rĂ©formation morale et critique du christianisme ; Ă qui les rĂȘveries de Lavater font lever les Ă©paules ; dont la santĂ© est tout Ă fait dĂ©labrĂ©e, et qui ne goĂ»te, par consĂ©quent, aucune joie sur la terre de Dieu ! Une pareille crĂ©ature Ă©tait seule capable de faire abattre mes noyers. Vois-tu, je nâen reviens pas. Figure-toi que les feuilles tombĂ©es lui rendent la cour humide et malpropre ; les arbres interceptent le jour Ă madame, et, quand les noix sont mĂ»res, les enfants y jettent des pierres, et cela lui donne sur les nerfs, la trouble dans ses profondes mĂ©ditations, lorsquâelle pĂšse et met en parallĂšle Kennikot, Semler et MichaĂ«lis. Quand jâai vu les gens du village, surtout les vieux, si mĂ©contents, je leur ai dit : « Pourquoi lâavez-vous souffert ?â A la campagne, mâontils rĂ©pondu, quand le maire veut quelque chose, que peut-on /aire ? * Mais voici une bonne aventure. : le- pasteur espĂ©rait aussi tirer quelque avantage des caprices de sa femme, qui dâordinaire ne rendent pas sa soupe plus grasse, et il croyait partager le produit avec le maire ; la chambre des domaines en fut avertie et dit : « A moi, sâil vous plaĂźt ! » car elle avait dâanciennes prĂ©tentions sur la partie du presbytĂšre oĂč les arbres Ă©taient plantĂ©s, et elle les a vendus aux enchĂšres. Ils sont Ă bas ! Oh ! si jâĂ©tais prince, la femme du pasteur, le maire, la chambre des domaines, apprendraientâŠ. Prince !⊠Eh ! si jâĂ©tais prince, que mâimporteraient les arbres de mon pays ?
â
â
Johann Wolfgang von Goethe (The Sorrows of Young Werther)
â
FRĂRE LAURENCE.âUn arrĂȘt moins rigoureux sâest Ă©chappĂ© de sa bouche: ce nâest pas la mort de ton corps, mais son bannissement.
ROMĂO.âAh! le bannissement! aie pitiĂ© de moi; dis la mort. Lâaspect de lâexil porte avec lui plus de terreur, beaucoup plus que la mort. Ah! ne me dis pas que câest le bannissement.
FRĂRE LAURENCE.âTu es banni de VĂ©rone. Prends patience; le monde est grand et vaste.
ROMĂO.âLe monde nâexiste pas hors des murs de VĂ©rone; ce nâest plus quâun purgatoire, une torture, un vĂ©ritable enfer. Banni de ce lieu, je le suis du monde, câest la mort. Oui, le bannissement, câest la mort sous un faux nom; et ainsi, en nommant la mort un bannissement, tu me tranches la tĂȘte avec une hache dâor, et souris au coup qui mâassassine.
FRĂRE LAURENCE.âO mortel pĂ©chĂ©! ĂŽ farouche ingratitude! Pour ta faute, notre loi demandait la mort; mais le prince indulgent, prenant ta dĂ©fense, a repoussĂ© de cĂŽtĂ© la loi, et a changĂ© ce mot funeste de mort en celui de bannissement: câest une rare clĂ©mence, et tu ne veux pas la reconnaĂźtre.
ROMĂO.âCâest un supplice et non une grĂące. Le ciel est ici, oĂč vit Juliette: les chats, les chiens, la moindre petite souris, tout ce quâil y a de plus misĂ©rable vivra ici dans le ciel, pourra la voir; et RomĂ©o ne le peut plus! La mouche qui vit de charogne jouira dâune condition plus digne dâenvie, plus honorable, plus relevĂ©e que RomĂ©o; elle pourra sâĂ©battre sur les blanches merveilles de la chĂšre main de Juliette, et dĂ©rober le bonheur des immortels sur ces lĂšvres oĂč la pure et virginale modestie entretient une perpĂ©tuelle rougeur, comme si les baisers quâelles se donnent Ă©taient pour elles un pĂ©chĂ©; mais RomĂ©o ne le peut pas, il est banni! Ce que lâinsecte peut librement voler, il faut que je vole pour le fuir; il est libre et je suis banni; et tu me diras encore que lâexil nâest pas la mort!⊠Nâas-tu pas quelque poison tout prĂ©parĂ©, quelque poignard affilĂ©, quelque moyen de mort soudaine, fĂ»t-ce la plus ignoble? Mais banni! me tuer ainsi! banni! O moine, quand ce mot se prononce en enfer, les hurlements lâaccompagnent.âComment as-tu le coeur, toi un prĂȘtre, un saint confesseur, toi qui absous les fautes, toi mon ami dĂ©clarĂ©, de me mettre en piĂšces par ce mot bannissement?
FRĂRE LAURENCE.âAmant insensĂ©, Ă©coute seulement une parole.
ROMĂO.âOh! tu vas me parler encore de bannissement.
FRĂRE LAURENCE.âJe veux te donner une arme pour te dĂ©fendre de ce mot: câest la philosophie, ce doux baume de lâadversitĂ©; elle te consolera, quoique tu sois exilĂ©.
ROMĂO.âEncore lâexil! Que la philosophie aille se faire pendre: Ă moins que la philosophie nâait le pouvoir de crĂ©er une Juliette, de dĂ©placer une ville, ou de changer lâarrĂȘt dâun prince, elle nâest bonne Ă rien, elle nâa nulle vertu; ne mâen parle plus.
FRĂRE LAURENCE.âOh! je vois maintenant que les insensĂ©s nâont point dâoreilles.
ROMĂO.âComment en auraient-ils, lorsque les hommes sages nâont pas dâyeux?
FRĂRE LAURENCE.âLaisse-moi discuter avec toi ta situation.
ROMĂO.âTu ne peux parler de ce que tu ne sens pas. Si tu Ă©tais aussi jeune que moi, amant de Juliette, mariĂ© seulement depuis une heure, meurtrier de Tybalt, Ă©perdu dâamour comme moi, et comme moi banni, alors tu pourrais parler; alors tu pourrais tâarracher les cheveux et te jeter sur la terre comme je fais, pour prendre la mesure dâun tombeau qui nâest pas encore ouvert.
â
â
William Shakespeare (Romeo and Juliet)
â
ROMĂO. â Elle parle : oh, parle encore, ange brillant ! car lĂ oĂč tu es, au-dessus de ma tĂȘte, tu me parais aussi splendide au sein de cette nuit que lâest un messager ailĂ© du ciel aux-regards Ă©tonnĂ©s des mortels ; lorsque rejetant leurs tĂȘtes en arriĂšre, on ne voit plus que le blanc de leurs yeux, tant leurs prunelles sont dirigĂ©es-en haut pour le contempler, pendant quâil chevauche sur les nuages Ă la marche indolente et navigue sur le sein de lâair.
JULIETTE. â Ă RomĂ©o, RomĂ©o ! pourquoi es-tu RomĂ©o ? Renie ton pĂšre, ou rejette ton nom ; ou si tu ne veux pas, lie-toi seulement par serment Ă mon amour, et je ne serai pas plus longtemps une Capulet.
ROMĂO, Ă part. â En entendrai-je davantage, ou rĂ©pondrai-je Ă ce quâelle rient de dire
JULIETTE. â Câest ton nom seul qui est mon ennemi. AprĂšs tout tu es toi-mĂȘme, et non un Montaigu. Quâest-ce quâun Montaigu ? Ce nâest ni une main, ni un pied, ni un bras, ni un, visage, ni toute autre partie du corps appartenant Ă un homme. Oh ! porte un autre nom ! Quây a-t-il dans un nom ? La fleur que nous nommons la rose, sentirait tout aussi bon sous un autre nom ; ainsi RomĂ©o, quand bien mĂȘme il ne serait pas appelĂ© RomĂ©o, nâen garderait pas moins la prĂ©cieuse perfection : quâil possĂšde. Renonce Ă ton nom RomĂ©o, et en place de ce nom qui ne fait pas partie de toi, prends-moi toute entiĂšre.
ROMĂO. â Je te prends au mot : appelle-moi seulement : ton amour, et je serai rebaptisĂ©, et dĂ©sormais je ne voudrai plus ĂȘtre RomĂ©o.
JULIETTE. â Qui es-tu, toi qui, protĂ©gĂ© par la nuit, viens ainsi surprendre les secrets de mon Ăąme ?
ROMĂO. â Je ne sais de quel nom me servir pour te dire qui je suis : mon nom, chĂšre sainte, mâest odieux Ă moi-mĂȘme, parce quâil tâest ennemi ; sâil Ă©tait Ă©crit, je dĂ©chirerais le mot quâil forme.
JULIETTE. â Mes oreilles nâont pas encore bu cent paroles de cette voix, et cependant jâen reconnais le son nâes-tu pas RomĂ©o, et un Montaigu ?
ROMĂO. â Ni lâun, ni lâautre, belle vierge, si lâun ou lâautre te dĂ©plaĂźt.
JULIETTE. â Comment es-tu venu ici, dis-le-moi, et pourquoi ? Les murs du jardin sont Ă©levĂ©s et difficiles Ă escalader, et considĂ©rant qui tu es, cette place est mortelle pour toi, si quelquâun de mes parents tây trouve.
ROMĂO. â Jâai franchi ces murailles avec les ailes lĂ©gĂšres de lâamour, car des limites de pierre ne peuvent arrĂȘter lâessor de lâamour ; et quelle chose lâamour peut-il oser quâil ne puisse aussi exĂ©cuter ? tes parents ne me, sont donc pas un obstacle.
JULIETTE. â Sâils te voient, ils tâassassineront.
ROMĂO. â HĂ©las ! il y a plus de pĂ©rils, dans tes yeux que dans vingt de leurs Ă©pĂ©es : veuille seulement abaisser un doux regard sĂ»r moi, et je suis cuirassĂ© contre leur inimitiĂ©.
JULIETTE. â Je ne voudrais pas, pour le monde entier, quâils te vissent ici.
ROMĂO. â Jâai le manteau de la nuit pour me dĂ©rober Ă leur vue et dâailleurs, Ă moins que tu ne mâaimes, ils peuvent me trouver, sâils veulent : mieux vaudrait que leur haine mĂźt fin Ă ma vie, que si ma mort Ă©tait retardĂ©e, sans que jâeusse ton amour ;
JULIETTE. â Quel est celui qui tâa enseignĂ© la direction de cette place ?
ROMĂO. â Câest lâAmour, qui mâa excitĂ© Ă la dĂ©couvrir ; il mâa prĂȘtĂ© ses conseils, et je lui ai prĂȘtĂ© mes yeux. Je ne suis pas pilote ; cependant fusses-tu aussi Ă©loignĂ©e que le vaste rivage baignĂ© par la plus lointaine nier, je mâaventurerais pour une marchandise telle que toi.
â
â
William Shakespeare (Romeo and Juliet)
â
JULIETTE.âOh! manque, mon coeur! Pauvre banqueroutier, manque pour toujours; emprisonnez-vous, mes yeux; ne jetez plus un seul regard sur la libertĂ©. Terre vile, rends-toi Ă la terre; que tout mouvement sâarrĂȘte, et quâune mĂȘme biĂšre presse de son poids et RomĂ©o et toi.
LA NOURRICE.âO Tybalt, Tybalt! le meilleur ami que jâeusse! O aimable Tybalt, honnĂȘte cavalier, faut-il que jâaie vĂ©cu pour te voir mort!
JULIETTE.âQuelle est donc cette tempĂȘte qui souffle ainsi dans les deux sens contraires? RomĂ©o est-il tuĂ©, et Tybalt est-il mort? Mon cousin chĂ©ri et mon Ă©poux plus cher encore? Que la terrible trompette sonne donc le jugement universel. Qui donc est encore en vie, si ces deux-lĂ sont morts?
LA NOURRICE.âTybalt est mort, et RomĂ©o est banni: RomĂ©o, qui lâa tuĂ©, est banni.
JULIETTE.âO Dieu! la main de RomĂ©o a-t-elle versĂ© le sang de Tybalt?
LA NOURRICE.âIl lâa fait, il lâa fait! O jour de malheur! il lâa fait!
JULIETTE.âO coeur de serpent cachĂ© sous un visage semblable Ă une fleur! jamais dragon a-t-il choisi un si charmant repaire? Beau tyran, angĂ©lique dĂ©mon, corbeau couvert des plumes dâune colombe, agneau transportĂ© de la rage du loup, mĂ©prisable substance de la plus divine apparence, toi, justement le contraire de ce que tu paraissais Ă juste titre, damnable saint, traĂźtre plein dâhonneur! O nature, quâallais-tu donc chercher en enfer, lorsque de ce corps charmant, paradis sur la terre, tu fis le berceau de lâĂąme dâun dĂ©mon? Jamais livre contenant une aussi infĂąme histoire porta-t-il une si belle couverture? et se peut-il que la trahison habite un si brillant palais?
LA NOURRICE.âIl nây a plus ni sincĂ©ritĂ©, ni foi, ni honneur dans les hommes; tous sont parjures, corrompus, hypocrites. Ah! oĂč est mon valet? Donnez-moi un peu dâaqua vitĂŠâŠ.. Tous ces chagrins, tous ces maux, toutes ces peines me vieillissent. Honte soit Ă RomĂ©o!
JULIETTE.âMaudite soit ta langue pour un pareil souhait! Il nâest pas nĂ© pour la honte: la honte rougirait de sâasseoir sur son front; câest un trĂŽne oĂč on peut couronner lâhonneur, unique souverain de la terre entiĂšre. Oh! quelle brutalitĂ© me lâa fait maltraiter ainsi?
LA NOURRICE.âQuoi! vous direz du bien de celui qui a tuĂ© votre cousin?
JULIETTE.âEh! dirai-je du mal de celui qui est mon mari? Ah! mon pauvre Ă©poux, quelle langue soignera ton nom, lorsque moi, ta femme depuis trois heures, je lâai ainsi dĂ©chirĂ©? Mais pourquoi, traĂźtre, as-tu tuĂ© mon cousin? Ah! ce traĂźtre de cousin a voulu tuer mon Ă©poux.âRentrez, larmes insensĂ©es, rentrez dans votre source; câest au malheur quâappartient ce tribut que par mĂ©prise vous offrez Ă la joie. Mon Ă©poux vit, lui que Tybalt aurait voulu tuer; et Tybalt est mort, lui qui aurait voulu tuer mon Ă©poux. Tout ceci est consolant, pourquoi donc pleurĂ©-je? Ah! câest quâil y a lĂ un mot, plus fatal que la mort de Tybalt, qui mâa assassinĂ©e.âJe voudrais bien lâoublier; mais, ĂŽ ciel! il pĂšse sur ma mĂ©moire comme une offense digne de la damnation sur lâĂąme du pĂ©cheur. Tybalt est mort, et RomĂ©o estâŠ.. banni! Ce banni, ce seul mot banni, a tuĂ© pour moi dix mille Tybalt. La mort de Tybalt Ă©tait un assez grand malheur, tout eĂ»t-il fini lĂ ; ou si les cruelles douleurs se plaisent Ă marcher ensemble, et quâil faille nĂ©cessairement que dâautres peines les accompagnent, pourquoi, aprĂšs mâavoir dit: «Tybalt est mort,» nâa-t-elle pas continuĂ©: «ton pĂšre aussi, ou ta mĂšre, ou tous les deux?» cela eĂ»t excitĂ© en moi les douleurs ordinaires. Mais par cette arriĂšre-garde qui a suivi la mort de Tybalt, RomĂ©o est banni; par ce seul mot, pĂšre, mĂšre, Tybalt, RomĂ©o, Juliette, tous sont assassinĂ©s, tous morts. RomĂ©o banni! Il nây a ni fin, ni terme, ni borne, ni mesure dans la mort quâapporte avec lui ce mot, aucune parole ne peut sonder ce malheur.
â
â
William Shakespeare (Romeo and Juliet)
â
Les deux femmes, vĂȘtues de noir, remirent le corps dans le lit de ma sĆur, elles jetĂšrent dessus des fleurs et de lâeau bĂ©nite, puis, lorsque le soleil eut fini de jeter dans lâappartement sa lueur rougeĂątre et terne comme le regard dâun cadavre, quand le jour eut disparu de dessus les vitres, elles allumĂšrent deux petites bougies qui Ă©taient sur la table de nuit, sâagenouillĂšrent et me dirent de prier comme elles.
Je priai, oh ! bien fort, le plus quâil mâĂ©tait possible ! mais rien⊠LĂ©lia ne remuait pas !
Je fus longtemps ainsi agenouillĂ©, la tĂȘte sur les draps du lit froids et humides, je pleurais, mais bas et sans angoisses ; il me semblait quâen pensant, en pleurant, en me dĂ©chirant lâĂąme avec des priĂšres et des vĆux, jâobtiendrais un souffle, un regard, un geste de ce corps aux formes indĂ©cises et dont on ne distinguait rien si ce nâest, Ă une place, une forme ronde qui devait ĂȘtre La tĂȘte, et plus bas une autre qui semblait ĂȘtre les pieds. Je croyais, moi, pauvre naĂŻf enfant, je croyais que la priĂšre pouvait rendre la vie Ă un cadavre, tant jâavais de foi et de candeur !
Oh ! on ne sait ce quâa dâamer et de sombre une nuit ainsi passĂ©e Ă prier sur un cadavre, Ă pleurer, Ă vouloir faire renaĂźtre le nĂ©ant ! On ne sait tout ce quâil y a de hideux et dâhorrible dans une nuit de larmes et de sanglots, Ă la lueur de deux cierges mortuaires, entourĂ© de deux femmes aux chants monotones, aux larmes vĂ©nales, aux grotesques psalmodies ! On ne sait enfin tout ce que cette scĂšne de dĂ©sespoir et de deuil vous remplit le cĆur : enfant, de tristesse et dâamertume ; jeune homme, de scepticisme ; vieillard, de dĂ©sespoir !
Le jour arriva.
Mais quand le jour commença Ă paraĂźtre, lorsque les deux cierges mortuaires commençaient Ă mourir aussi, alors ces deux femmes partirent et me laissĂšrent seul. Je courus aprĂšs elles, et me traĂźnant Ă leurs pieds, mâattachant Ă leurs vĂȘtements :
â Ma sĆur ! leur dis-je, eh bien, ma sĆur ! oui, LĂ©lia ! oĂč est-elle ?
Elles me regardÚrent étonnées.
â Ma sĆur ! vous mâavez dit de prier, jâai priĂ© pour quâelle revienne, vous mâavez trompĂ© !
â Mais câĂ©tait pour son Ăąme !
Son Ăąme ? Quâest-ce que cela signifiait ? On mâavait souvent parlĂ© de Dieu, jamais de lâĂąme.
Dieu, je comprenais cela au moins, car si lâon mâeĂ»t demandĂ© ce quâil Ă©tait, eh bien, jâaurais pris La linotte de LĂ©lia, et, lui brisant la tĂȘte entre mes mains, jâaurais dit : « Et moi aussi, je suis Dieu ! » Mais lâĂąme ? lâĂąme ? quâest-ce cela ?
Jâeus la hardiesse de le leur demander, mais elles sâen allĂšrent sans me rĂ©pondre.
Son Ăąme ! eh bien, elles mâont trompĂ©, ces femmes. Pour moi, ce que je voulais, câĂ©tait LĂ©lia, LĂ©lia qui jouait avec moi sur le gazon, dans les bois, qui se couchait sur la mousse, qui cueillait des fleurs et puis qui les jetait au vent ; câĂ©tait Lelia, ma belle petite sĆur aux grands yeux bleus, LĂ©lia qui mâembrassait le soir aprĂšs sa poupĂ©e, aprĂšs son mouton chĂ©ri, aprĂšs sa linotte. Pauvre sĆur ! câĂ©tait toi que je demandais Ă grands cris, en pleurant, et ces gens barbares et inhumains me rĂ©pondaient : « Non, tu ne la reverras pas, tu as priĂ© non pour elle, mais tu as priĂ© pour son Ăąme ! quelque chose dâinconnu, de vague comme un mot dâune langue Ă©trangĂšre ; tu as priĂ© pour un souffle, pour un mot, pour le nĂ©ant, pour son Ăąme enfin ! »
Son Ăąme, son Ăąme, je la mĂ©prise, son Ăąme, je la regrette, je nây pense plus. Quâest-ce que ça me fait Ă moi, son Ăąme ? savez-vous ce que câest que son Ăąme ? Mais câest son corps que je veux ! câest son regard, sa vie, câest elle enfin ! et vous ne mâavez rien rendu de tout cela.
Ces femmes mâont trompĂ©, eh bien, je les ai maudites.
Cette malĂ©diction est retombĂ©e sur moi, philosophe imbĂ©cile qui ne sais pas comprendre un mot sans LâĂ©peler, croire Ă une Ăąme sans la sentir, et craindre un Dieu dont, semblable au PromĂ©thĂ©e dâEschyle, je brave les coups et que je mĂ©prise trop pour blasphĂ©mer.
â
â
Gustave Flaubert (La derniÚre heure : Conte philosophique inachevé)
â
Et cependant, je me découvris plein de songes.
Ils me vinrent sans bruit, comme des eaux de source, et je ne compris pas, tout d'abord, la douceur qui m'envahissait. Il n'y eut point de voix, ni d'images, mais le sentiment d'une présence, d'une amitié trÚs proche et déjà à demi devinée. Puis, je compris et m'abandonnai, les yeux fermés, aux enchantements de ma mémoire.
Il était, quelque part, un parc chargé de sapins noirs et de tilleuls, et une vieille maison que j'aimais. Peu importait qu'elle fût éloignée ou proche, qu'elle ne pût ni me réchauffer dans ma chair ni m'abriter, réduite ici au rÎle de songe il suffisait qu'elle existùt pour remplir ma nuit de sa présence. Je n'étais plus ce corps échoué sur une grÚve, je m'orientais, j'étais l'enfant de cette maison, plein du souvenir de ses odeurs, plein de la fraßcheur de ses vestibules, plein des voix qui l'avaient animée.
[...]
Non, je ne logeais plus entre le sable et les Ă©toiles. Je ne recevais plus du dĂ©cor qu'un message froid. Et ce goĂ»t mĂȘme d'Ă©ternitĂ© que j'avais cru tenir de lui, j'en dĂ©couvrais maintenant l'origine. Je revoyais les grandes armoires solennelles de la maison. Elles s'entrouvraient sur des piles de draps blancs comme neige. Elles s'entrouvraient sur des provisions glacĂ©es de neige. La vieille gouvernante trottait comme un rat de l'une Ă l'autre, toujours vĂ©rifiant, dĂ©pliant, repliant, recomptant le linge blanchi, s'Ă©criant : « Ah ! mon Dieu, quel malheur » Ă chaque signe d'une usure qui menaçait l'Ă©ternitĂ© de la maison, aussitĂŽt courant se brĂ»ler les yeux sous quelque lampe, Ă rĂ©parer la trame de ces nappes d'autel, Ă ravauder ces voiles de trois-mĂąts, Ă servir je ne sais quoi de plus grand qu'elle, un Dieu ou un navire.
Ah ! je te dois bien une page. Quand je rentrais de mes premiers voyages, mademoiselle, je te retrouvais l'aiguille Ă la main, noyĂ©e jusqu'aux genoux dans tes surplis blancs, et chaque annĂ©e un peu plus ridĂ©e, un peu plus blanchie, prĂ©parant toujours de tes mains ces draps sans plis pour nos sommeils, ces nappes sans coutures pour nos dĂźners, ces fĂȘtes de cristaux et de lumiĂšre. Je te visitais dans ta lingerie, je m'asseyais en face de toi, je te racontais mes pĂ©rils de mort pour t'Ă©mouvoir, pour t'ouvrir les yeux sur le monde, pour te corrompre. Je n'avais guĂšre changĂ©, disais-tu. Enfant, je trouais dĂ©jĂ mes chemises. - Ah ! quel malheur ! - et je m'Ă©corchais aux genoux ; puis je revenais Ă la maison pour me faire panser, comme ce soir. Mais non, mais non, mademoiselle ! ce n'Ă©tait plus du fond du parc que je rentrais, mais du bout du monde, et je ramenais avec moi l'odeur Ăącre des solitudes, le tourbillon des vents de sable, les lunes Ă©clatantes des tropiques ! Bien sĂ»r, me disais-tu, les garçons courent, se rompent les os, et se croient trĂšs forts. Mais non, mais non, mademoiselle, j'ai vu plus loin que ce parc ! Si tu savais comme ces ombrages sont peu de chose ! Qu'ils semblent bien perdus parmi les sables, les granits, les forĂȘts vierges, les marais de la terre. Sais-tu seulement qu'il est des territoires oĂč les hommes, s'ils vous rencontrent, Ă©paulent aussitĂŽt leur carabine ? Sais-tu mĂȘme qu'il est des dĂ©serts oĂč l'on dort, dans la nuit glacĂ©e, sans toit, mademoiselle, sans lit, sans draps.
« Ah ! barbare », disais-tu.
Je n'entamais pas mieux sa foi que je n'eusse entamé la foi d'une servante d'église. Et je plaignais son humble destinée qui la faisait aveugle et sourde.
[...]
Mes songes sont plus rĂ©els que ces dunes, que cette lune, que ces prĂ©sences. Ah ! le merveilleux d'une maison n'est point qu'elle vous abrite ou vous rĂ©chauffe, ni qu'on en possĂšde les murs. Mais bien qu'elle ait lentement dĂ©posĂ© en nous ces provisions de douceur. Qu'elle forme, dans le fond du cĆur, ce massif obscur dont naissent, comme des eaux de source, les songes.
Mon Sahara, mon Sahara, te voilà tout entier enchanté par une fileuse de laine !
p64-66
â
â
Antoine de Saint-Exupéry
â
Il y avait un homme qui, chaque nuit, mangeait des friandises en invoquant le nom dâAllah. Un jour, Satan lui dit :
âOâ homme sans dignitĂ©, tais-toi ! JusquâĂ quand rĂ©pĂ©teras-tu Son nom ? Tu vois bien quâIl ne te rĂ©pond pas ! »
Lâhomme eut le cĆur brisĂ© par ces paroles et ce fut dans cet Ă©tat dâesprit quâil tomba dans le sommeil. Il fit alors un rĂȘve et vit AĂŻcha qui lui disait :
« Pourquoi as-tu cessĂ© de rĂ©pĂ©ter le nom dâAllah ? »
Lâhomme rĂ©pondit :
« Câest parce que je nâai eu aucune rĂ©ponse et jâai craint quâIl ne mâait chassĂ© de sa porte ! »
AĂŻcha dit alors :
Le CrĂ©ateur nous dit : âCâest parce que jâai acceptĂ© ta priĂšre que je continue Ă tâentretenir dans cette prĂ©occupation.â Ta crainte et ton amour sont des prĂ©textes pour entretenir ton intimitĂ© avec Allah. Le seul fait que tu continues Ă prier tâannonce que tes priĂšres sont acceptĂ©es. »
â
â
Djalal Al-Din Rumi, Le Mesnevi
â
laisse-moi te prĂ©venir une fois pour toutes : je vois que tu fais lâimpossible pour tâoccuper de moi. Tu te sacrifies, et je mâen veux de ça. Jâaime bien quand tu me dis que moi aussi je me suis occupĂ©e de toi quand tu Ă©tais petite, que câest un juste retour des choses. Je joue Ă y croire, figure-toi. La vĂ©ritĂ©, câest quâil y a une hĂ©rĂ©sie lĂ -dedans. Tu ne devrais pas ĂȘtre lĂ encore avec ta mĂšre. Bon, ça sâest prĂ©sentĂ© comme ça, on ne va pas refaire lâhistoire. Sauf
â
â
Sophie Fontanel (Une apparition (Roman) (French Edition))
â
Ne joue pas avec le feu! Ne joue pas avec moi!â Ă homme, pourquoi te compares-tu au feu? C'est vrai que le feu brĂ»le; mais souviens-toi que s'il pleut fort sur lui, celui-ci s'Ă©teint.
â
â
Bruce Mbanzabugabo (The Inspirer, Book of Quotes)
â
Un jour jâeus lâidĂ©e de lui emmener Nil pour la distraire, car elle trouvait le temps « long Ă pĂ©rir ».
â Viendrais-tu, Nil, chanter pour ma mĂšre Ă moi qui a perdu toutes ses chansons ?
Il avait une façon dâacquiescer, sans mot dire, en plaçant sa petite main dans la mienne comme pour signifier : « Tu sais bien que jâirais avec toi jusquâau bout du monde⊠» qui mâallait droit au cĆur.
â
â
Gabrielle Roy (Children of My Heart)
â
Découvre la boutique de PuffBar France, nous vendons des cigarettes électroniques jetables avec 3 modÚles différents: Puff bar, Puff Flow et Puff XXl. Retrouve plus de 20 saveurs différentes pour vapoter. Clique sur le lien pour accéder à la boutique Puffbar.Tu souhaites etre à la mode ? Procure toi une de nos puffbar pour valider le concept !
â
â
Puff Bar France
â
Tes sources doivent-elles se répandre au dehors? Tes ruisseaux doivent ils couler sur les places publiques? pr.5.17 Qu'ils soient pour toi seul, Et non pour des étrangers avec toi. pr.5.18 Que ta source soit bénie, Et fais ta joie de la femme de ta jeunesse, pr.5.19 Biche des amours, gazelle pleine de grùce: Sois en tout temps enivré de ses charmes, Sans cesse épris de son amour. pr.5.20 Et pourquoi, mon fils, serais-tu épris d'une étrangÚre, Et embrasserais-tu le sein d'une inconnue?
â
â
Anonymous (La Sainte Bible)
â
â Attends, je tâavoue mes sentiments et tu me rejettes ?
â Micka, je ne vais pas inventer des sentiments qui nâexistent pas ! LĂąche-moi maintenant, je dois retourner Ă lâintĂ©rieur !
â Tu me cĂ©deras, crois-moi ! Tu deviendras mienne !
â Je te conseille de me lĂącher avant de te prendre un coup de pied !
â Je suis entraĂźnĂ© Ă recevoir nâimporte quel coup, mĂȘme bas !
â LĂąche-moi !
Un toussotement fait reculer Micka de la jeune femme.
â Je crois que tu devrais reprendre ton poste immĂ©diatement !
â Oui, Darren, jây vais !
Micka regarde Hope.
â Je nâen ai pas fini avec toi !
â
â
Lola Blood (La Saga des Wingleton - Darren: Romance Ă suspense entre un Garde du corps et sa cliente (French Edition))
â
Avec toi je pouvais mettre ma réalité en vacances.
â
â
André Gorz (Letter to D: A Love Story)
â
- Casey Blue, qui aurait pu monter les marches de ce podium, non pas seulement en tant que gagnante du concours de Burghley, mais aussi comme la deuxiĂšme personne de l'histoire Ă avoir rĂ©ussi le grand chelem, s'est volontairement portĂ© une pĂ©nalitĂ© pour manifester sa solidaritĂ© Ă une cavaliĂšre qui l'a aidĂ©. GrĂące Ă ce geste, j'ai l'honneur d'ĂȘtre votre champion aujourd'hui. C'est un titre que j'accepte avec joie, mais je voudrais rendre hommage Ă cet acte d'une grĂące stupĂ©fiante avec un cadeau.
Il se tourna vers la fille qui se tenait à sa gauche. Il lui tendit le trophée.
- Casey Blue, celui-ci est pour toi.
â
â
Lauren St-John, Cheval d'Orage, Galop de feu.
â
Jâai toujours pensĂ© que si je pouvais tout recommencer, je ne ferais pas les mĂȘmes erreurs. Mais je ne peux lâaffirmer que maintenant, en sachant que lâavenir nâexiste plus.
â
â
Maki Marukido (La fin du monde avec toi - Tome 02)
â
Câest justement parce quâil y en a que le mot « miracle » existe !
â
â
Maki Marukido (La fin du monde avec toi - Tome 02)
â
Au bout du compte, quelle est la plus heureuse des fins entre mourir en croyant aux miracles et mourir sans y croire ?
â
â
Maki Marukido (La fin du monde avec toi - Tome 02)
â
Suppose que tu rencontres un fou qui affirme qu'il est un poisson et que nous sommes tous des poissons. Vas-tu te disputer avec lui? Vas-tu te déshabiller devant lui pour lui montrer que tu n'as pas de nageoires? Vas-tu lui dire en face ce que tu penses? Eh bien, dis-moi!"
Son frĂšre se taisait, et Ădouard poursuivit : "Si tu ne lui disais que la vĂ©ritĂ©, que ce que tu penses vraiment de lui, ça voudrait dire que tu consens Ă avoir une discussion sĂ©rieuse avec un fou et que tu es toi-mĂȘme fou. C'est exactement la mĂȘme chose avec le monde qui nous entoure. Si tu t'obstinais Ă lui dire la vĂ©ritĂ© en face, ça voudrait dire que tu le prends au sĂ©rieux. Et prendre au sĂ©rieux quelque chose d'aussi peu sĂ©rieux, c'est perdre soi-mĂȘme tout son sĂ©rieux.
â
â
Milan Kundera (Risibles amours)
â
Avec les copines, on voudrait que vous, les jeunes, vous ne soyez pas comme nous. Que vous puissiez comprendre votre corps et l'aimer, que vous soyez libres d'en faire ce que vous voulez. Alors, tu es partante pour essayer ? On va s'allonger sur les coussins, là , par terre, les unes à cÎté des autres. On va enlever le bas, le haut aussi, si on en a envie ! Si tu préfÚres, on peut tendre un tissu à cÎté de toi, pour t'isoler, tu peux aussi juste regarder les autres. Sens-toi vraiment libre, personne ne te jugera, ça a été parfois difficile pour certaines, au début.
â
â
Jessie Magana (Nos elles déployées)
â
Aveuglé par ta lumiÚre,
Submergé par mes ténÚbres,
Quelle étrange atmosphÚre..
Pour mes désirs funÚbres.
Prends-la, prends-la, prends-la.
Quand nous étions enfants,
Ta beauté me faisait déjà pleurer,
Tes yeux me faisaient déjà saigner,
Tu flottais comme une plume,
Dans un monde merveilleux.
Et je tombais comme une enclume,
Dans un univers dangereux.
Soumets-la, soumets-la, soumets-la.
Rasoir, couteau et corde,
Pour te saigner jusqu'Ă veine.
Ătrangler, brise et mordre,
Je t'aurai quoiqu'il advienne...
Tue-la, tue-la, tue-la.
Ăa m'est Ă©gale si ça fait mal,
Je veux prendre le contrĂŽle,
De ton corps affamé,
De ton cĆur cadenassĂ©,
De ton ùme déchirée,
Et surtout, je veux que tu me remarques,
Que mon absence te marque.
Ătre spĂ©cial pour toi,
Comme tu l'es pour moi.
Rose de toute clarté, fanée par mes péchés.
Pour te voler ton souffle,
Mes mains te serrent le cou.
Pour te dérober ton éternité,
Mes doigts t'écrasent la gorge.
Gémir, prier, supplier.
Je n'ai pas de pitié,
L'abandon dans la perte,
La soif dans le sang,
Ton nom sur une tombe...
C'est l'épitaphe de mon amour.
Avec ta mort,
Mon fantasme devient réalité.
Et moi, j'en veux encore...
Plus personne ne peut m'arrĂȘter.
â
â
Océane Ghanem (Serial Fucker)
â
Dans un rĂȘve
La respiration de mon Ăąme disait :
âTu sais, je me suis envolĂ© trĂšs loin,
tu sais trĂšs haut
ce n'est pas facile pour moi de revenir.
Je suis bon pour voler dans la nuit
et le chemin du ciel m'est ouvert,
Je suis parfois trĂšs fantomatique,
quand je plane au-dessus de la Terreâ.
Mon Ăąme mâa dit ceci :
âTon rĂȘve nocturne est voyage et libertĂ©,
ton chemin est Ă lâespace du ciel,
tu voleras, il y a une forĂȘt sous nous.
Et le ciel est au-dessus de toi,
Je ne suis quâune Ăąme, mais je suis Ă toi,
Je volerai avec toi en respirant
sur les ailes des Ă©toiles vers les cieuxâ.
â
â
Ekaterina Yakovina
â
- Mais moi, je voyais d'abord mes amis. Ils Ă©taient mes ĆillĂšres, ou, si tu prĂ©fĂšres, ils Ă©taient les arbres qui me cachaient la forĂȘt.
= Et pour toi, c'était une bonne chose?
- Oui, c'Ă©tait une excellente chose. Il faut cacher la forĂȘt. Et il faut porter des ĆillĂšres.
= C'est à ça que servent les amis?
- Oui, je le crois. Tes amis servent à te préserver tes illusions le plus longtemps possible.
= Mais tu finis quand mĂȘme par les perdre, tes illusions.
- Bien sûr, avec le temps, tu finis par les perdre. Mais il vaut mieux que c'a n'arrive pas trop tÎt. Sinon, tu perds aussi le courage de vivre.
â
â
Amine Maalouf
â
Câest moi. RĂ©veille-toi. Debout. Viens ! Jâai besoin des craquements de tes vingt ans. Jâai besoin de ta main dans la mienne. Sois-moi complice. LĂšve-toi.
Jâai besoin de marcher avec toi dans la nuit. Ardemment. Marcher en silence en bousculant des formes, des vents, des ruades de parfums, des clartĂ©s qui passent. Marcher longtemps, le cĆur en marche. Les dents serrĂ©es. Les routes et les pierres et les arbres. Et le cĆur en marche dans la nuit. Le cĆur dans la gorge et les dents serrĂ©es.
â
â
Bernard Manciet
â
Nous avons un colossal désir de vivre
certains dâentre nous prennent du poids donnent des fruits
tandis que ceux du dessus nâhĂ©sitent pas Ă nous bouffer
roulés dans le sucre
doux jusquâĂ la provocation avec des corps amers
nous nous cùlinons blottis affinés
beaux de glaise
nous accomplissons la vie de ceux du dessus
de nos amours une sorte dâoubli
les fruits dans les arbres non cueillis. une sorte dâeau qui assĂšche.
nous rions Ă nous dĂ©crocher la mĂąchoire sous les ossements oĂč
nous nous aimons
jusquâĂ la dĂ©fiance
nous ne craignons pas les crĂąnes voisins
roulés entre les poitrines. de moi à toi
de toi Ă moi.
â
â
Emil-Iulian Sude
â
DĂ©cide dâĂȘtre curieux et dâobserver ce que tu sĂšmes. DĂ©cide de faire confiance Ă la providence. DĂ©cide de tâenrichir de tout apprentissage. DĂ©cide de te « challenger » et de reconnaitre les occasions de rĂ©aliser quelque chose que tu nâaurais pas envisagĂ©. DĂ©cide dâadmettre et dâaccueillir tes peurs et tes frustrations. DĂ©cide dâĂȘtre fier de toi en reconnaissant ta capacitĂ© Ă toujours savoir tâadapter et redĂ©marrer. DĂ©cide de te focaliser sur les bĂ©nĂ©fices et de transcender les inconvĂ©nients. Mais aussi, dĂ©cide de tâaccorder le droit au bonheur, en paix avec tes imperfections. Car les failles et les reliefs qui font ta singularitĂ©, toi seul les connais et toi seul a dĂ» les franchir pour ĂȘtre ici aujourdâhui. DĂ©cide dâĂȘtre heureux pour savoir tendre la main et Ă©clairer le chemin. DĂ©cide dâĂȘtre heureux car tes souffrances nâaideront jamais tes proches Ă trouver eux-mĂȘmes la joie et la paix.
â
â
Daniel Plazanet (LĂCHER PRISE : Se dĂ©livrer de la charge mentale et dire oui Ă sa vraie vie ! En juste une page par jour :) (French Edition))
â
Tout le monde n'est pas capable de vivre comme toi ! Toi qui te contre-fous de la sociĂ©tĂ© et de ton avenir... Toi qui n'en fais qu'Ă ta tĂȘte, qui es capricieux et Ă©goĂŻste Ă l'envi ! Toi qui ne fais preuve d'aucun Ă©gard pour personne... Toi qui as un talent naturel pour qu'on te pardonne tout ça... Toi qui as la passion... Toi qui es assez fort pour ne pas avoir peur de te retrouver seul... J'aurais voulu ĂȘtre comme toi. Quand je suis avec toi, je... Je finis par me dĂ©tester !
â
â
Maki Marukido (Mood indigo)
â
- Je me demande s'il y avait une chance pour moi aussi d'avoir une relation comme ça avec toi.
- Aucune. Parce qu'on se ressemble trop. Tu ne crois pas ?
â
â
Maki Marukido (Pornographer Playback)
â
Ne m'écrivez plus qu'une fois par semaine, et de telle sorte que je reçoive votre lettre le dimanche. Car je dois vous le dire, je ne supporte pas vos lettres quotidiennes, je ne suis pas en état de les supporter.
Je rĂ©ponds pas exemple Ă votre lettre et ensuite, je suis apparemment bien tranquille dans mon lit, mais des palpitations me traversent tout le corps et mon cĆur ne connaĂźt que vous. VoilĂ pourquoi je ne veux point savoir que tu es bien disposĂ©e pour moi; car alors pour quelle raison, fou que je suis, restai-je Ă mon bureau ou chez moi, au lieu de me jeter dans le train les yeux fermĂ©s pour ne les rĂ©ouvrir que lorsque je serai prĂšs de toi. Vraiment j'ai parfois l'impression de me repaitre comme un fantĂŽme de ton nom porte-bonheur. mais maintenant y'a-t-il une solution de paix?
A quoi bon ne plus nous écrire qu'une fois par semaine. non, il serait bénin le mal que l'on pourrait supprimer par de telles moyens et je le prévois ces lettres du dimanche, je ne pourrai pas non plus les supporter. C'est pourquoi voulant réparer ce que je négligeais samedi, je t'en prie avec la force qui faiblit déjà un peu a la fin de cette lettre renonçons à tout cela, si nous tenons a notre vie.
Aurai-je eu l'intention de me dire "tien" en signant, rien ne serait plus faux. Non, Je suis mien et éternellement lié à moi, voilà ce que je suis, et il faut que je tache de m'en accommoder.
â
â
Franz Kafka
â
Ne m'écrivez plus qu'une fois par semaine, et de telle sorte que je reçoive votre lettre le dimanche. Car je dois vous le dire, je ne supporte pas vos lettres quotidiennes, je ne suis pas en état de les supporter.
Je rĂ©ponds pas exemple Ă votre lettre et ensuite, je suis apparemment bien tranquille dans mon lit, mais des palpitations me traversent tout le corps et mon cĆur ne connaĂźt que vous. VoilĂ pourquoi je ne veux point savoir que tu es bien disposĂ©e pour moi; car alors pour quelle raison, fou que je suis, restai-je Ă mon bureau ou chez moi, au lieu de me jeter dans le train les yeux fermĂ©s pour ne les rĂ©ouvrir que lorsque je serai prĂšs de toi. Vraiment j'ai parfois l'impression de me repaitre comme un fantĂŽme de ton nom porte-bonheur. mais maintenant y'a-t-il une solution de paix?
A quoi bon ne plus nous écrire qu'une fois par semaine. non, il serait bénin le mal que l'on pourrait supprimer par de telles moyens et je le prévois ces lettres du dimanche, je ne pourrai pas non plus les supporter. C'est pourquoi voulant réparer ce que je négligeais samedi, je t'en prie avec la force qui faiblit déjà un peu a la fin de cette lettre renonçons à tout cela, si nous tenons a notre vie.
Aurai-je eu l'intention de me dire "tien" en signant, rien ne serait plus faux. Non, Je suis mien et éternellement lié à moi, voilà ce que je suis, et il faut que je tache de m'en accommoder.
â
â
Franz Kafka (Letters to Felice)
â
Je te tiens par la main prĂšs du tas de compost
heureuse d'ĂȘtre en vie et encore
avec toi
nous parlons de choses ordinaires
soulagées
...
ta main
feu familier
quitte l'écorce du pommier
et me caresse le dos
mes épaules sont des feuilles mortes
qui rĂȘvent d'ĂȘtre ramenĂ©es Ă la vie
par le feu
...
nos voix
semblent trop fortes pour ce petit jardin
trop hésitantes pour des femmes
tellement amoureuses
...
â
â
Audre Lorde (The Black Unicorn: Poems (Norton Paperback))
â
Tout cela Ă©tait vrai, et pourtant, alors quâelle lâĂ©treignait, Lily ressentit une plus grande vĂ©ritĂ© encore. Une vĂ©ritĂ© Ă©vidente, indĂ©niable, quâelle devait absolument lui confesser.
â Je tâai choisi, lui jura-t-elle en posant rĂ©solument la main sur la peau nue de sa nuque. Toi. Tel que tu es. Et personne dâautre.
Elle savait quâil percevrait son assurance dans chacune de ses terminaisons nerveuses, chacune de ses cellules. Lorsquâil leva la tĂȘte, ses yeux sombres rencontrĂšrent les siens. Ses mains gantĂ©es se resserrĂšrent dans son dos, lâattirant plus prĂšs de lui.
â Alors, je suis Ă toi, rĂ©pondit-il.
Son aveu se propagea en elle avec la puissance dâune prophĂ©tie, et Lily comprit que quelque chose dâirrĂ©vocable venait de se produire entre eux â un contrat signĂ© avec une encre plus indĂ©lĂ©bile que le sang.
Rien nâĂ©tait certain. Le monde pourrait cesser avec lâaube, mais ce contrat perdurerait.
â
â
Jacquelyn Benson (The Shadow of Water (The London Charismatics, #2))
â
Mlle HiraĂŻ sentit son coeur se serrer. Kumi avait donc bien des aspirations, elle aussi. Des choses qu'elle voulait faire dans sa vie. Par Ă©goĂŻsme, Mlle HiraĂŻ l'avait privĂ©e d'un rĂȘve auquel elle tenait au point d'en pleurer. Elle lui demanda d'une voix faible :
- De quoi rĂȘvais-tu ?
Kumi, les yeux rougis, prit une profonde inspiration avant de répondre :
- De m'occuper de l'auberge avec toi...
A ces mots, son visage déformé par les pleurs s'était illuminé. Mlle Hiraï n'avait jamais vu sa soeur afficher un sourire aussi heureux.
â
â
Toshikazu Kawaguchi (Before the Coffee Gets Cold (Before the Coffee Gets Cold, #1))
â
- Je me demande si je ne pourrais pas rester ici pour toujours. Avec toi.
- Tu le peux. Il existe un univers parallĂšle oĂč câest possible. Ou il nây a que nous. Nous deux. Il est intemporel. Essentiel.
â
â
Sarah Sprinz (In unserem Universum sind wir unendlich)
â
Pourtant, aujourd'hui encore, quand la douleur se fait trop prĂ©sente et qu'aucun simple ne parvient Ă l'apaiser, quand je regarde le corps qui enferme mon esprit, je me rappelle mes jours de Loup ; pour moi ils ne durĂšrent pas quelques journĂ©es mais toute une saison de vie. Leur souvenir me rĂ©conforte et me tente aussi. Viens, viens chasser avec moi, souffle une voix dans mon cĆur ; dĂ©pouille-toi de ta souffrance, que ta vie soit tienne Ă nouveau ; il est un lieu oĂč tout temps est maintenant, oĂč les choix sont simples et ne sont jamais ceux d'un autre.
Les Loups n'ont pas de roi.
â
â
Robin Hobb
â
janvier RafraĂźchis-toi dans la paix de ma prĂ©sence. Elle peut ĂȘtre tienne Ă chaque instant et dans toutes les circonstances. Apprends Ă te cacher dans lâabri de ma prĂ©sence, mĂȘme lorsque tu dois affronter tes responsabilitĂ©s dans le monde. Je suis Ă la fois avec toi et en toi. Jâouvre la marche devant toi, mais je suis Ă©galement Ă tes cĂŽtĂ©s. Il nâexiste aucun compagnon aussi dĂ©vouĂ© que moi. Parce que je suis ton compagnon fidĂšle, tes pas devraient dĂ©gager une lĂ©gĂšretĂ© visible par les autres. Ne te laisse pas abattre par les problĂšmes et les questions encore en suspens, car je suis celui qui porte tes fardeaux. Dans le monde, tu as des Ă©preuves Ă affronter et certaines rĂ©alitĂ©s peuvent te troubler, mais ne te laisse pas accabler. Jâai vaincu le monde et je lâai privĂ© du pouvoir de te faire du mal. En moi, tu peux trouver une paix entiĂšre. Psaume 31.20-21; Jean 16.33
â
â
Sarah Young (Un moment avec Jésus (French Edition))
â
toi, tu crois que c'est les soldats qui changent le monde, qui mĂšnent le monde; et moi, bien moi, je crois que c'est les gars qui restent en arriĂšre et qui font de l'argent avec la guerre.
â
â
Gabrielle Roy (Bonheur d'occasion au pluriel: lectures et approches critiques)
â
Je le déteste ! C'est toi que j'aimais ! C'est avec toi que je voulais faire ma vie, fonder une famille.
â
â
Kiera Cass (The Selection (The Selection, #1))
â
Non dĂ©cidĂ©ment je n'Ă©crirai pas... Il ne faut pas, il faut "continuer"." C'est une lettre Ă moi-mĂȘme. La jeune fille interrompt la survivante : "Tais-toi, tout dire, c'est mourir." Elles cohabitent dans le mĂȘme corps, l'une cherche la vie, l'autre flirte encore avec la mort. Il m'a fallu du temps pour les rĂ©concilier.
â
â
Marceline Loridan-Ivens (L'Amour aprĂšs)
â
Je ne savais. Cependant ils venaient vers moi ; peut-ĂȘtre apparition mythique, ronde de sorciĂšres ou de nornes qui me proposait ses oracles. Je crus plutĂŽt que c'Ă©taient des fantĂŽmes du passĂ©, de chers compagnons de mon enfance, des amis disparus qui invoquaient nos communs souvenirs. Comme des ombres ils semblaient me demander de les emmener avec moi, de les rendre Ă la vie. Dans leur gesticulation naĂŻve et passionnĂ©e, je reconnaissais le regret impuissant d'un ĂȘtre aimĂ© qui a perdu l'usage de la parole, sent qu'il ne pourra nous dire ce qu'il veut et que nous ne savons pas deviner. BientĂŽt, Ă un croisement de routes, la voiture les abandonna. Elle m'entraĂźnait loin de ce que je croyais seul vrai, de ce qui m'eĂ»t rendu vraiment heureux, elle ressemblait Ă ma vie.
Je vis les arbres s'Ă©loigner en agitant leurs bras dĂ©sespĂ©rĂ©s, semblant me dire : « Ce que tu n'apprends pas de nous aujourd'hui, tu ne le sauras jamais. Si tu nous laisses retomber au fond de ce chemin d'oĂč nous cherchions Ă nous hisser jusqu'Ă toi, toute une partie de toi-mĂȘme que nous t'apportions tombera pour jamais au nĂ©ant.
â
â
Marcel Proust (50 Literary Masterworks: Volume #2)
â
Nous voilĂ aujourd'hui rĂ©unis autour de l'absence, l'immense vide, le nĂ©ant que tu as laissĂ© derriĂšre toi. Jamais tu n'aurais pensĂ© nous abandonner ainsi, larguĂ©s sur le bord d'une route qui ne mĂšne nulle part. Nous marchons tĂȘte baissĂ©e, en silence, les yeux fixant les cailloux de l'existence, et nous ne savons pas oĂč aller avec notre chagrin, notre douleur. Nous marchons parce que nous croyons qu'au bout de la route, tu viendras nous accueillir, les bras grand ouverts et le visage serein.
â
â
Tahar Ben Jelloun (Au plus beau pays du monde (French Edition))
â
Depuis toi, je vois approcher les 8 avec mĂ©fiance, je les redoute, ils ont la figure de ton absence. Le corps prĂ©cĂšde l'esprit, avant mĂȘme d'avoir remarquĂ© la date, il se fait plus lourd, Ă©corchĂ©, et les images surgissent, comme d'hier, le coup de fil, le couloir, la course, et le reste derriĂšre la porte.
â
â
Virginie Grimaldi (Plus grand que le ciel)
â
J'ai aimé chaque moment avec toi.
â
â
Manon Desveaux (La fille dans l'écran)
â
- C'est important de savoir ce que tu ressens. Ăa t'aiderait Ă faire le tri dans cette petite tĂȘte d'adolescente. Et en matiĂšre d'amour, les autres ne peuvent pas te dicter ton comportement. Tu dois suivre ton cĆur. Mais tu dois te rappeler que celui que tu choisiras doit donner de la valeur Ă ta vie. Tu ne peux pas ĂȘtre avec quelqu'un seulement parce que quelqu'un d'autre ne veut pas sortir avec toi. Ce n'est juste pour personne.
- Si tu ne peux pas avoir ce que tu veux, contente-toi de ce que tu as, je récite.
- Il paraĂźt. Mais, mon cĆur, avant de te rĂ©signer Ă rester avec le garçon que tu as, assure-toi d'avoir fait tout ton possible pour obtenir le garçon que tu veux.
â
â
Alina Not (Sin miedo (Bad Ash, #2))
â
â Une chose Ă dire ?
â Enterrez moi en Octobre."
(La vie avec toi me donne envie de la vivre.)
â
â
emrulis
â
câest nâest pas juste que je doive rester Ă la maison comme une reclus
alors que tu sors tâamuser.
câest nâest pas juste que je me sente comme de la merde pendant que ta confiance ne cesse dâaugmenter.
parce que quâest-ce que jâavais fais de mal Ă part ne pas toujours ĂȘtre dâaccord avec toi
quâest-ce que jâavais fais de si mal quand mon coeur ne battait que pour toi
peut ĂȘtre que je tâai aimĂ©e trop fort et que tu en as eu marre
ou peut ĂȘtre que jâĂ©tais trop stupide pour voir que notre amitiĂ© sâen allait quelque part
parce que mĂȘme si on me rĂ©pĂ©tait des milliers de fois que câĂ©tait terminĂ©, je nâarrivais pas Ă y croire.
car jâĂ©tais certaine que si câĂ©tait la vĂ©ritĂ©, tu arriverais bien plus vite que moi Ă effacer notre histoire.
et ça me rends folle, folle, folle que tu mâaie oubliĂ©e si vite.
ça me rends folle, folle, folle que maintenant tu ai une tout autre vie.
parce que si les gens disent que le changement est bien.
le tien je ne peux lâaccepter.
mon coeur ne fait que se serrer, parce que oui tu as changée.
eh bien tu sais quoi, quâimporte le changement, je ne retiens que ta cruautĂ©.
oh, et les gens mâappelleront Ă©goĂŻste parce que jâai dĂ©cidĂ© de te haĂŻr.
parce que lâamour est bien plus fort Ă©videmment et je ne suis sensĂ©e rien ressentir.
parce que si je tâaime, je dois te souhaiter le meilleur.
je tâaime, oui, mais nâai je pas aussi le droit au bonheur  ?
je pleure encore dans mon lit en pensant Ă toi,
Ă ton odeur de lys et ton rire de grosse voix.
je nâai plus le droit de tâaimer
je nâai plus le droit de rien
je dois tout laisser tomber
comme si je nâĂ©tais quâun grain
et pourtant, dieu seul sait Ă quel point tu me manques
un coeur meurtri, une volonté de néant
tout est terminé à présent, je me dois de tourner la page.
peut-ĂȘtre que tout sâen ira, comme si cela avait Ă©tĂ© un mirage.
je ne te souhaite pas de paix.
je ne te souhaite rien.
vis comme tu lâĂ©tais, et je reprendrais le train .
lâarrĂȘt Ă Ă©tĂ© long oui, je dois te lâavouer.
mais il est hors de question que je mâarrĂȘte pour mâagenouiller.
ce sera difficile, je te lâaccorde,
mais je remets tout en ordre.
jâaimerais te dire que tu as Ă©tĂ© une bonne expĂ©rience,
mais en vĂ©ritĂ© tu nâas Ă©tĂ© que nuisance.
il est temps pour moi de me retrouver,
et dâenfin abandonner ce qui ne mâa jamais aimĂ©.
au revoir, jeune fille blonde,
nous nous retrouverons peut-ĂȘtre dans un autre monde.
je ne fus pas heureuse de te rencontrer,
à vrai dire, maintenant, tu as à peine existé.
â
â
emrulis
â
- Avant toute chose, Léa, vous me tutoyez ou tu me vouvoies ?
- Avec toi, j'aime bien le vous !
â
â
Régine Deforges (La Bicyclette bleue: La Bicyclette bleue - 101 avenue Henri Martin - Le Diable en rit encore)
â
Et mĂȘme si tu ne mâaimes plus un jour, mĂȘme si on devait se perdre de vue, je trouve que le monde est bien plus intĂ©ressant avec toi dedans⊠alors tu vois, je trouve que ce que tu fais, lĂ , câest vraiment irresponsable.
â
â
Matthew Crow
â
Petite Catherine, demain matin,
Dans l'eau glacée de ton chagrin,
Dans l'eau étrange de la mer,
Tu flotteras, les yeux ouverts,
Les yeux ouverts sur ton destin
Et, dans ta robe de satin,
Juste oĂč la mer se mĂȘle au ciel,
Tu rejoindras l'amant fidĂšle...
Te voilà mariée, Catherine,
Mariée avec l'amour...
Celui que tu aimes, Catherine,
Est Ă toi pour toujours...
â
â
Ădith Piaf
â
Tu es de gauche ?
Dis-moi, tu mâavais dit que tu es de gauche, câest quoi au fait ? Ah, tu es contre le systĂšme, je vois. Tu es contre lâislamisme, câest ça, oui, radicalement contre. TrĂšs bien et pour le progrĂšs, un ardent dĂ©fenseur du progrĂšs, cela va de soi. Et aprĂšs, contre le despotisme, Ă©videmment. Mais tout ça ne nourrit pas son bonhomme, je veux dire ça ne trace pas de chemin, je suis encore perdu avec toi, mĂȘme pas un brin dâhorizon. Certes, tu es un fervent partisan du changement, jâen suis convaincu. TrĂšs bien, mais changer quoi ? Ta sociĂ©tĂ©, quâest-ce ce que je suis bĂȘte, jâaurai dĂ» deviner ! Mais au fait tu la connais cette sociĂ©tĂ© ? Sa structure, ses classes sociales, ses mentalitĂ©s, ses aspirations, ses dĂ©sirs, ses douleurs ? Sais-tu son rapport au religieux ? As-tu une idĂ©e jusquâĂ quel point elle est sensible Ă tes idĂ©es, Ă ton projet ? Ăvidemment non, puisque tu nâas pas dâidĂ©es, pas de projet. Alors au lieu de tâĂ©poumoner Ă crier des slogans, va travailler mon garçon! Ton col Mao ne suffit pas Ă lui seul Ă convaincre.
[facebook, 25 Octobre 2016]
â
â
Mohammed Ennaji
â
Homme, ne te dresse pas au-dessus des animaux; ils sont sans pĂ©chĂ©, tandis quâavec ta grandeur tu souilles la terre par ton apparition, laissant aprĂšs toi une trace de pourriture, câest le sort de presque chacun de nous, hĂ©las!
â
â
Fyodor Dostoevsky (The brothers Karamazov)
â
Je suis debout et Te regarde et je hais la blancheur de Ton front et l'innocence incommensurable de Tes yeux. Tu es blanche et Tu aveugles mes yeux. Je veux me pencher impitoyablement et laisser mon ùme passer au-dessus de Toi et graver des rides dans Ton ùme. Je veux ensanglanter Ton coeur avec le sang des espoirs blessés et inconsolables et avec la déchirure inguérissable des pensées désespérées.
Tu es blanche et tu aveugles mes yeux !
Et je veux Te serrer des nuits entiĂšres entre mes
bras et qu'au matin tu t'en ailles, inconnue et dĂ©sespĂ©rĂ©e avec une blessure inguĂ©rissable dans un coin de Ton coeur et un dĂ©sir infini de mort dans Tes grands yeux si beaux. Façonner Ta pensĂ©e et souiller Ton coeur et jeter Ton Ăąme dans la matrice corrompue oĂč mon Ăąme s'est jetĂ©e. Je me sens la puissance, une nuit, de le corrompre tout entiĂšre. Que tu deviennes un Ă©cho de ma souffrance, une crĂ©ation de la corruption de mon Ăąme, un lys au parfum perdu, au duvet souillĂ© et aux feuilles dĂ©chirĂ©es comme si, toute la nuit, Ă©tait passĂ© sur lui un ouragan sans fin.
~ P 56
â
â
Nikos Kazantzakis (Le lys et le serpent)
â
Un dĂ©sir visqueux se traĂźne en moi et cherche Ă
savoir tous les mots obscÚnes que Tu connais. Je veux voir les pudiques lÚvres se profaner sans du tout que lu rougis sans que Tu hésites avec une bouche savante, un regard effronté et un
maintien obscĂšne. Que toutes Tes pensĂ©es impures et Tes courbes lascives et luxurieuses montent en une litanie impudente devant la statue d'Astaroth. Nous cĂ©lĂ©brerons les PriapĂ©es de notre amour, ĂŽ Malheureuse. Je serai immobile devant Toi et je Te regarderai dans les yeux. Ne me cache rien. Ne me cache rien, crache-moi tous les mots obscĂšnes que tu connais. Peut-ĂȘtre mĂȘme pourras-Tu me faire sentir quelque plaisir nouveau et inconnu. Le plaisir du mĂ©pris et du dĂ©goĂ»t et de la profanation d'un amour. Je Te serrerais alors avec l'Ă©treinte des bĂȘtes dans la nuit de leurs ruts. Et je sentirai frĂ©tiller entre mes mains quelque chose de moi, une crĂ©ation de ma souffrance, un corps que j'ai façonnĂ©, moi, et que j'ai corrompu, moi, instrument charnel infonde de mon chagrin et de la corruption profonde et inguerissable de mon esprit. Je Te serrerai enfin toute entiĂšre parce que tu es toute Ă moi et j'Ă©prouvrtai enfin sur Toi ce grand sentiment de triomphe qu'Ă©prouvent les grands ConquĂ©rants et les grands Destructeurs et les CrĂ©ateurs !
â
â
Nikos Kazantzakis (Le lys et le serpent)
â
Tu m'emmerdes avec tes anges. Il n'y a rien de plus obscĂšne que les sentiments. Toutes ces paroles. Que l'ombre d'un ange, un jour, s'approche de toi, alors que tu fais consciencieusement ton travail de pute, les pattes Ă©cartĂ©es, comme toutes les salopes de cette planĂšte pourrie, les mĂšres, les sĆurs, les fiancĂ©es, baisĂ©es, bourrĂ©es, enfilĂ©es, dĂ©foncĂ©es, dĂ©molies, haletantes, toujours Ă essayer de prolonger en jouissant le cauchemar de la vie, comme si ça ne suffisait pas comme ça, dĂ©jĂ , mais non, encore, encore, haletantes, trempĂ©es, tournĂ©es, retournĂ©es, malaxĂ©es, concassĂ©es, habillĂ©es, dĂ©shabillĂ©es, en hiver, en Ă©tĂ©, toujours dans des chambres Ă©touffantes, gigotant, sautant, hurlant, bavant, oh oui que l'ombre d'un ange, par n'importe quel temps, s'approche, dans le silence absolu, et dĂ©crĂšte la fin de cette mascarade. Car la vie n'est pas douce, et elle n'est pas bonne, contrairement Ă ce qu'on essaie de nous faire croire un peu partout. Pas de raisins dans les vignes, pas de figue au figuier. Les feuilles sont flĂ©tries, les eaux empoisonnĂ©es. La crĂ©ation est ratĂ©e, Solange le disait souvent, et les grandes villes sont des repaires de chacals, maintenant : une sale brume recouvre tout, lentement.
â
â
Jean-Pierre Martinet (JérÎme)
â
Ce qui m'intĂ©resse, c'est de savoir qui paie les RĂ©dempteurs, pas de me dĂ©barrasser d'une poignĂ©e de bouchers qui seront remplacĂ©s par d'autres avant mĂȘme que j'aie le temps de me rĂ©jouir.(...)
- Qu'est-ce qui te fait croire que quelqu'un les paie?
- Ils ne volent rien, n'emportent rien, ni argent, ni bijoux, ni chevaux. Si c'était juste un ramassis d'enragés, il se serviraient sur les cadavres, ils pilleraient les chariots...
- Ce sont des fanatiques, rĂ©torqua Leth Marek, tentant d'oublier que lui-mĂȘme s'Ă©tait fait la mĂȘme rĂ©flexion. Ils tuent au nom de la DĂ©esse, c'est tout ce qui les motive.
Annoa eut un sourire désabusé.
- Tu crois vraiment qu'ils sortent de nulle part, avec leur armement de guerre? Que des fanatiques du culte de la Nature se seraient rassemblés spontanément pour créer une force de frappe? Que des gens comme toi et moi auraient abandonné leur famille, leur travail, pour consacrer leur vie à harceler des "infidÚles"?
- Peut-ĂȘtre pas, admit Leth Marek.
- Les RĂ©dempteurs sont des hors-la-loi. Kyrenia a mis une prime sur leurs tĂȘtes, et pourtant ils continuent Ă frapper depuis presque un an. Pour ça, il faut que quelqu'un les paie, et les paie bien.
â
â
Gabriel Katz (La Marche du prophĂšte (Aeternia #1))
â
Si ton frĂšre, fils de ta mĂšre, ou ton fils, ou ta fille, ou la femme de ton coeur, ou ton ami, qui t'est comme ton Ăąme, t'incite en secret, disant: Allons, et servons d'autres dieux, des dieux que tu n'as point connus, toi, ni tes pĂšres, d'entre les dieux des peuples qui sont autour de vous, prĂšs de toi ou loin de toi, d'un bout de la terre Ă l'autre bout de la terre, tu ne t'accorderas pas avec lui et tu ne l'Ă©couteras pas; et ton oeil ne l'Ă©pargnera pas, et tu n'auras pas pitiĂ© de lui, et tu ne le cacheras pas; mais tu le tueras certainement: ta main sera la premiĂšre contre lui pour le mettre Ă mort, et la main de tout le peuple ensuite; et tu l'assommeras de pierres, et il mourra, car il a cherchĂ© Ă t'entraĂźner loin de l'Ăternel, ton Dieu, qui t'a fait sortir du pays d'Ăgypte,
â
â
Anonymous
â
Je veux que tu en aies toi-mĂȘme la preuve par expĂ©rience, sans la chercher ailleurs. Quand on n'aime pas pour son propre compte, on voit d'un oeil chagrin l'humeur des amants. Il y a encore en moi quelque ardeur amoureuse, mon corps a toujours de la sĂšve; et mes sens ne sont pas Ă©teints pour les agrĂ©ments et les plaisirs de la vie. Je suis un rieur de bon goĂ»t, un convive agrĂ©able; dans un dĂźner, je ne coupe jamais la parole Ă personne; j'ai le bon esprit de ne pas me rendre importun aux convives; je sais prendre part Ă la conversation avec mesure, et me taire Ă propos, quand c'est Ă d'autres Ă parler; je ne suis point cracheur ni pituiteux, et point roupieux le moins du monde; enfin, je suis d'ĂphĂšse, et non pas d'Apulie, je ne suis pas un « petit coeur ».
â
â
Plautus (Miles Gloriosus)
â
« Venez, dit encore la sagesse aux insensés, c'est-à -dire aux hérétiques, le pain caché est agréable, et les eaux dérobées sont douces. »
Par le pain et l'eau, l'Ăcriture dĂ©signe clairement les hĂ©rĂ©sies qui n'emploient pas, selon les rĂšgles de l'Ăglise, l'eau et le pain dans l'oblation. Il en est mĂȘme oĂč l'eau seule est employĂ©e dans la cĂ©lĂ©bration de l'Eucharistie. L'Ăcriture ajoute :
« Fuyez promptement, et ne restez pas longtemps dans le mĂȘme lieu que cette femme. »
C'est Ă la synagogue des hĂ©rĂ©tiques, non pas Ă l'Ăglise, que l'Ecriture applique le nom Ă©quivoque de lieu; puis elle s'Ă©crie :
« Car en agissant ainsi, tu laisseras derriÚre toi l'eau étrangÚre. »
L'Ecriture regarde l'eau du baptĂȘme hĂ©rĂ©tique comme une eau impure et illĂ©gitime. Et tu traverseras le fleuve Ă©tranger, dont le cours entraine quiconque se dĂ©tourne de la vĂ©ritĂ© seule immuable, et le prĂ©cipite au milieu du flux et reflux des opinions humaines avec les gentils
â
â
Clement of Alexandria (Miscellanies (Stromata))
â
En revenant de faire les courses avec sa mĂšre, alors qu'elles tendaient le bras pour hĂ©ler un taxi, elles avaient aperçu un escargot rĂ©fugiĂ© sur le bord de l'avenue, rĂ©tractĂ© sous sa coquille, tentant de passer inaperçu sous une feuille morte. Sa mĂšre s'Ă©tait penchĂ©e, l'avait ramassĂ© et lui avait fait traverser l'avenue. .../... Hortense avait secouĂ© la tĂȘte, exaspĂ©rĂ©e.
- T'es obligée de t'occuper de tous les escargots que tu rencontres?
- Mais il se serait fait écraser en traversant!
- Qu'est-ce que t'en sais? peut-ĂȘtre qu'il a mis trois semaines pour franchir la chaussĂ©e, qu'il se reposait, soulagĂ©, avant d'aller retrouver sa copine et toi, en dix secondes, tu le ramĂšnes Ă son point de dĂ©part!
â
â
Katherine Pancol (La valse lente des tortues (Joséphine, #2))
â
le vocabulaire présent
certaines obligations bloque ma perception
une autre dimension une vision sans altération
sans mur d'illusion bloquant ma perception
oublier les présentations
aucune prescription ni medication
en phase création j'y mais toutes mes émotions
aucune intention de vous parler de mes erreurs
passer je représente le vocabulaire présent
soyez indulgent
ne regarder pas devant ne regarder pas derriĂšre regarder sur place ne soyer pas vorace
fait vous une place as la chaleur
de votre sueur
apprenez de vos erreurs
de votre malheur
et oblitérer votre peur
soyer indulgent
guarder ce qui est amené à se dissiper
est impossible
si tu ne veux pas couler tu dois apprendre Ă nager et prenez de la force
car se monde et devenu bien trop féroce
je n'ai aucunement l'intention d'ĂȘtre pour toi une recrĂ©ation
attention a toute division de la concentration
comme une vision d'illusion
l'exclusion de toutes perceptions des émotions
sans aucune compréhension des bonnes et des mauvaises intentions
mode concentration,
attention Ă la reverberation,
de mauvaise réaction,
un pion tu veux de l'action,
retourne faire ta preparation
sans aucune interaction
aucun besoin d'explication
pas besoin de présentations
aucune prescription ni medication
en phase création j'y mais toutes mes émotions
toutes ces voix
un endroit empreint au désarroi
au milieu de toutes ces voix
les combats
sont sans foi, ni loi
au milieu de toutes ces voix
aucun cote pour s'échapper se coucher et auctanperer tu peux oublier
mon esprit et lĂ pour cree
prisonnier jamais
je suis lĂ pour te montrer
avec les penser des moments passer
et le vocabulaire de l'instant présent
pour un futur décent
absent non écrivant
insistant
sur des jours bien plus clement
pour mon présent
et
l'esprit rempli d'écrit
il n'est pas abruti
par de la technologie
Ălaborer de ma penser
souvent plein de mots entreposer
pas le temps de me reposer
je ne vais pas abandonner
oĂč me dĂ©rober
aucune prescription ni medication
en phase création j'y mais toutes mes émotions
enfermer entre deux dimensions
aucun besoin de présentation
ou de te parler de mes intentions
des erreurs sont passé
et maintenant
je représente le vocabulaire présent.
â
â
Marty Bisson milo
â
J'aurais dĂ» avoir deux cĆurs, le premier insensible, le second constamment amoureux, j'aurais confiĂ© ce dernier Ă celles pour qui il bat et avec l'autre j'aurais vĂ©cu heureux. Amin Maalouf
â
â
Guillaume Musso (Que serais-je sans toi?)
â
Le mariage, Jacopo, est un contrat absurde qui humilie à la fois l'homme et la femme. Pour moi, si on rencontre un homme qui vous plaßt, on l'aime jusqu'à ce que, eh bien, tant que ça dure⊠Et puis on se laisse, si possible, en bons amis. Oh, Jacopo, parler avec toi est une fontaine d'intuitions pour ta putain de mÚre ! Tu sais que m'est venue une idée sur l'amour ?
- Quelle idée, maman, dis-moi ?
- Si tu étais obligé de rester toujours seul en ta propre compagnie, comment t'en trouverais-tu ?
- Oh là , je préfÚre ne pas y penser ! Je deviendrais fou, je m'ennuierais.
- VoilĂ ! Je crois que, Ă part l'attraction des sens qui est une chose encore plus obscure que tout ce qu'on a pu en dire⊠Schopenhauer, aussiâŠ
- Ah oui, que dit-il ?
- Tu verras toi-mĂȘme, je n'ai pas envie d'en parler maintenant⊠à part⊠non ! pas Ă part, parce que les sens suivant l'intelligence et inversement, il me semble qu'on tombe amoureux parce qu'avec le temps on se lasse de soi-mĂȘme et on veut entrer en un autre. Mais pas pour cette idĂ©e magnifique mais trop fatale de la pomme de Platon, tu sais, non ?
- Oui, oui.
- On veut entrer en un "autre" inconnu pour le connaĂźtre, le faire sien, comme un livre, un paysage. Et puis, quand on l'a absorbĂ©, qu'on s'est nourri de lui jusqu'Ă ce qu'il soit devenu une part de nous-mĂȘme, on recommence Ă s'ennuyer. Tu lirais toujours le mĂȘme livre, toi ? (p. 479)
â
â
Goliarda Sapienza (L'arte della gioia)
â
- [âŠ] Il faut mettre de la distance avec ceux qu'on aime, la distance clarifie presque plus que la mort.
- Ah, c'est pour ça que tu as éloigné Prando ?
- La mauvaise herbe de l'autoritarisme commençait à pousser en lui, et si cette herbe-là naßt toujours dans le sol des Tudia, allez chercher des esclaves ailleurs, la terre est grande.
- Mais nous les Tudia nous n'aimons pas ceux que tu appelles esclaves. Ce qui nous transporte, c'est la frénésie d'assujettir qui est libre.
- Je sais. Cette tendance existe en moi aussi, mais je ne l'entretiens pas. Cela n'amÚne à rien, Mattia ! Quand tu as bien assujetti, tu restes esclave à garder ceux que tu as rendus incapables de se nourrir tout seuls et ils se collent à toi comme des rémoras.
- Et tu parles comme ça avec tes enfants ? Tu ne crains pas pour eux, pour leur avenir ?
- Quand on a mis de l'engrais dans le sol la plante pousse, Mattia. Tu m'as apporté de l'argent pour cet engrais.
- Je croyais que tu voulais le mettre de cÎté.
- VoilĂ que tu parles comme ton pĂšre. L'argent sert Ă ĂȘtre libre sur-le-champ, pas pour un avenir incertain. (p. 485)
â
â
Goliarda Sapienza (L'arte della gioia)
â
« Si pour un instant Dieu oubliait que je suis une marionnette de chiffon et m'offrait un morceau de vie, je profiterais de ce temps du mieux que je pourrais.
Sans doute je ne dirais pas tout ce que je pense, mais je penserais tout ce que je dirais.
Je donnerais du prix aux choses, non pour ce qu'elles valent, mais pour ce qu'elles représentent.
Je dormirais peu, je rĂȘverais plus, sachant qu'en fermant les yeux, Ă chaque minute nous perdons 60 secondes de lumiĂšre.
Je marcherais quand les autres s'arrĂȘteraient, je me rĂ©veillerais quand les autres dormiraient.
Si Dieu me faisait cadeau d'un morceau de vie, je m'habillerai simplement, je me coucherais à plat ventre au soleil, laissant à découvert pas seulement mon corps, mais aussi mon ùme.
Aux hommes, je montrerais comment ils se trompent, quand ils pensent qu'ils cessent d'ĂȘtre amoureux parce qu'ils vieillissent, sans savoir qu'ils vieillissent quand ils cessent d'ĂȘtre amoureux ! A l'enfant je donnerais des ailes mais je le laisserais apprendre Ă voler tout seul.
Au vieillard je dirais que la mort ne vient pas avec la vieillesse mais seulement avec l'oubli.
J'ai appris tant de choses de vous les hommes⊠J'ai appris que tout le monde veut vivre en haut de la montagne, sans savoir que le vrai bonheur se trouve dans la maniÚre d'y arriver.
J'ai appris que lorsqu'un nouveau-né serre pour la premiÚre fois, le doigt de son pÚre, avec son petit poing, il le tient pour toujours.
J'ai appris qu'un homme doit uniquement baisser le regard pour aider un de ses semblables Ă se relever.
J'ai appris tant de choses de vous, mais à la vérité cela ne me servira pas à grand chose, si cela devait rester en moi, c'est que malheureusement je serais en train de mourir.
Dis toujours ce que tu ressens et fais toujours ce que tu penses.
Si je savais que c'est peut ĂȘtre aujourd'hui la derniĂšre fois que je te vois dormir, je t'embrasserais trĂšs fort et je prierais pour pouvoir ĂȘtre le gardien de ton Ăąme.
Si je savais que ce sont les derniers moments oĂč je te vois, je te dirais 'je t'aime' sans stupidement penser que tu le sais dĂ©jĂ .
Il y a toujours un lendemain et la vie nous donne souvent une autre possibilitĂ© pour faire les choses bien, mais au cas oĂč elle se tromperait et c'est, si c'est tout ce qui nous reste, je voudrais te dire combien je t'aime, que jamais je ne t'oublierais.
Le lendemain n'est sûr pour personne, ni pour les jeunes ni pour les vieux.
C'est peut ĂȘtre aujourd'hui que tu vois pour la derniĂšre fois ceux que tu aimes. Pour cela, n'attends pas, ne perds pas de temps, fais-le aujourd'hui, car peut ĂȘtre demain ne viendra jamais, tu regretteras toujours de n'avoir pas pris le temps pour un sourire, une embrassade, un baiser parce que tu Ă©tais trop occupĂ© pour accĂ©der Ă un de leur dernier dĂ©sir.
Garde ceux que tu aimes prĂšs de toi, dis-leur Ă l'oreille combien tu as besoin d'eux, aime les et traite les bien, prends le temps pour leur dire 'je regrette' 'pardonne-moi' 's'il te plait' 'merci' et tous les mots d'amour que tu connais.
Personne ne se souviendra de toi pour tes pensées secrÚtes. Demande la force et la sagesse pour les exprimer.
Dis Ă tes amis et Ă ceux que tu aimes combien ils sont importants pour toi.
Monsieur Mårquez a terminé, disant : Envoie cette lettre à tous ceux que tu aimes, si tu ne le fais pas, demain sera comme aujourd'hui. Et si tu ne le fais pas cela n'a pas d'importance. Le moment sera passé.
Je vous dis au revoir avec beaucoup de tendresse »
â
â
Gabriel GarcĂa MĂĄrquez
â
« Ă Dieu ! mâĂ©criai-je, comment cela est-il possible ? Ă monstre superbe ! ĂŽ beau reptile, comme tu enlaces ! comme tu ondoies, douce couleuvre, avec ta peau souple et tachetĂ©e ! comme ton cousin le serpent tâa appris Ă te rouler autour de lâarbre de la vie, avec la pomme dans les lĂšvres ! Ă MĂ©lusine ! ĂŽ MĂ©lusine ! les cĆurs des hommes sont Ă toi. Tu le sais bien, enchanteresse, avec ta moelleuse langueur qui nâa pas lâair de sâen douter. Tu sais bien que tu perds, tu sais bien que tu noies ; tu sais quâon va souffrir lorsquâon tâaura touchĂ©e ; tu sais quâon meurt de tes sourires, du parfum de tes fleurs, du contact de tes voluptĂ©s ; voilĂ pourquoi tu te livres avec tant de mollesse, voilĂ pourquoi ton sourire est si doux, tes fleurs si fraĂźches ; voilĂ pourquoi tu poses si doucement ton bras sur nos Ă©paules. Ă Dieu ! ĂŽ Dieu ! que veux-tu donc de nous ? »
â
â
Alfred de Musset (La confession d'un enfant du siĂšcle)
â
Chaque fois que, parlant de mon travail, je versais dans l'ironie et le scepticisme, je pouvais compter sur lui [Hervé] pour me dire, par exemple :
"Tu dis que tu ne crois pas Ă la rĂ©surrection. Mais d'abord tu n'as aucune idĂ©e de ce que cela signifie, la rĂ©surrection. Et puis, en posant d'entrĂ©e cette incroyance, en en faisant un savoir et une supĂ©rioritĂ© sur les gens dont tu parles, tu t'interdis tout accĂšs Ă ce qu'ils Ă©taient et croyaient. MĂ©fie-toi de ce savoir-lĂ . Ne commence pas par te dire que tu en sais plus qu'eux. Efforce-toi d'apprendre auprĂšs d'eux au lieu de leur faire la leçon. Ăa n'a rien Ă voir avec la contrainte mentale consistant Ă essayer de croire quelque chose que tu ne crois pas. Ouvre-toi au mystĂšre, au lieu de l'Ă©carter a priori."
Je protestais, pour la forme. Mais mĂȘme sans croire en Dieu, je lui ai toujours rendu grĂące, Ă lui et Ă notre marraine, d'avoir placĂ© HervĂ© auprĂšs de moi. (p. 392-393)
â
â
Emmanuel CarrĂšre (Le Royaume)
â
Dans ta vie, tu peux rencontrer des gens qui te veulent du mal. Si tu leur réponds immédiatement, avec précipitation, sans réfléchir, tu risques de tout rater. Les mauvais tireront leur épingle du jeu, alors que toi, tu te feras avoir.
â
â
DÆ°ÆĄng Thu HÆ°ÆĄng (HĂ nh trĂŹnh ngĂ y thÆĄ áș„u)
â
Quoi qu'il arrive, tiens-toi bien droite. Ne courbe pas l'échine. La fierté est parfois notre meilleure arme. Pour le reste, apprends à laisser couler les insultes sur ton dos comme l'eau sur les plumes d'un canard. Dieu seul connaßt ta valeur. RÚgle tes affaires avec lui sans te soucier des discours de chacun.
â
â
Dominique Demers (Pour que tienne la terre)
â
HomĂšre donne Ă un simple artisan le nom de sage, c'est ainsi qu'il s'exprime sur un certain Margites :
« Les dieux n'en firent ni un cultivateur ou fossoyeur, ni un sage en quoi que ce soit ; il ne réussit en aucun art. »
Hésiode, aprÚs avoir dit que Linus le joueur de harpe était versé dans toutes sortes de sagesses, ne craint pas de nommer sage un matelot. Il ne montre, écrit-il, aucune sagesse dans la navigation. Que dit le prophÚte Daniel :
« Les sages, les mages, les devins et les augures ne peuvent découvrir au roi le secret dont il s'inquiÚte; mais il est un Dieu dans le ciel qui révÚle les mystÚres. »
Ainsi Daniel salue du nom de sages les savants de Babylone. Ce qui prouve clairement que l'Ăcri- 17 ture enveloppe sous la mĂȘme dĂ©nomination de sagesse toute science ou tout art profane, enfin tout ce que l'esprit de l'homme a pu concevoir et imaginer, et que toute invention d'art ou de science vient de Dieu ; ajoutons les paroles suivantes, elles ne laisseront aucun doute :
« Et le Seigneur parla à Moïse en ces termes : Voilà que j'ai appelé Béséléel, fils d'Uri, fils de Hur, de la tribu de Juda, et je l'ai rempli d'un divin esprit de sagesse, d'intelligence et de science, pour inventer et exécuter toutes sortes d'ouvrages, pour travailler l'or et l'argent, et l'airain, et l'hyacinthe, et le porphyre, et le bois de l'arbre qui donne l'écarlate, et pour exécuter tous les travaux qui concernent l'architecte et le lapidaire, et pour travailler les bois, etc. »
Dieu poursuit de la sorte jusqu'Ă ces mots :
« Et tous les ouvrages. »
Puis il se sert d'une expression générale pour résumer ce qu'il vient de dire :
« Et j'ai mis l'intelligence dans le cĆur de tous les ouvriers intelligents; »
c'est-Ă -dire, dans le cĆur de tous ceux qui peuvent la recevoir par le travail et par l'exercice. Il est encore Ă©crit d'une maniĂšre formelle, au nom du Seigneur :
« Et toi, parle à tous ceux qui ont la sagesse de la pensée, et que j'ai remplis d'un esprit d'intelligence. »
Ceux-lĂ possĂšdent des avantages naturels tout particuliers; pour ceux qui font preuve d'une grande aptitude, ils ont reçu une double mesure, je dirai presque un double esprit d'intelligence. Ceux mĂȘme qui s'appliquent Ă des arts grossiers, vulgaires, jouissent de sens excellents. L'organe de l'ouĂŻe excelle dans le musicien, celui du tact dans le sculpteur, de la voix dans le chanteur, de l'odorat dans le parfumeur, de la vue dans celui qui sait graver des figures sur des cachets. Mais ceux qui se livrent aux sciences ont un sentiment spĂ©cial par lequel le poĂšte a la perception du mĂštre; le rhĂ©teur, du style; le dialecticien, du raisonnement ; le philosophe, de la contemplation qui lui est propre. Car, c'est Ă la faveur de ce sentiment ou instinct qu'on trouve et qu'on invente, puisque c'est lui seul qui peut dĂ©terminer l'application de notre esprit. Cette application s'accroit Ă raison de l'exercice continu. L'apĂŽtre a 18 donc eu raison de dire que
« la sagesse de Dieu revĂȘt mille formes diverses, »
puisque que pour notre bien elle nous révÚle sa puissance en diverses occasions et de diverses maniÚres, par les arts, par la science, par la foi, par la prophétie. Toute sagesse vient donc du Seigneur, et elle est avec lui pendant tous les siÚcles, comme le dit l'auteur du livre de la sagesse :
« Si tu invoques à grands cris l'intelligence et la science, si tu la cherches comme un trésor caché, et que tu fasses avec joie les plus grands efforts pour la trouver, tu comprendras le culte qu'il faut rendre au Seigneur, et tu découvriras la science de Dieu. »
â
â
Clement of Alexandria (Miscellanies (Stromata))
â
«Câest lâheure du midi. Tu manges ton sandwich au baloney que ta mĂšre tâa prĂ©parĂ©. Jâaimerais Ă©crire "prĂ©parĂ© avec amour ", mais jâen doute sĂ©rieusement. Ta mĂšre te fait des sandwichs au baloney sans amour. Il nây a quâĂ voir les bavures de mayonnaise sur les croĂ»tes. Câest clairement du travail bĂąclĂ©. Madame McInerney doit assurĂ©ment prĂ©parer tes repas Ă la chaĂźne, froidement, en pensant Ă tout sauf Ă toi, repu et heureux. Ce nâest pas surprenant; elle a un casier judiciaire et une dĂ©pendance Ă la drogue. Tout le monde sait ça, Ă lâĂ©cole. Si jâĂ©tais ta mĂšre, moi, je veillerais Ă y mettre de lâamour. JâĂ©galiserais la mayonnaise, parce que je tâaime. Dâailleurs, câest ce que je mâapprĂȘte Ă te faire savoir»
â
â
Simon Boulerice (L'enfant mascara)
â
- Dégage, je t'ai dit!
- je te fais une contre-proposition, lança Ellana que le poing brandi du barbu ne paraissait pas impressionner le moins du monde. Tu quittes l'auberge maintenant, sans bruit, avec la promesse de ne plus jamais y remettre les pieds, et je ne casse pas en mille morceaux.
Le colosse ouvrit la bouche pour un cri ou peut-ĂȘtre un rire, mais le voix de Jilano le lui vola.
- C'est un marché de dupes ! s'écria-t-il sur un ton plein de verve.
- Et pourquoi donc ? fit mine de se fĂącher Ellana.
- Parce que mĂȘme si tu tapes fort, tu lui casseras au maximum une douzaine d'os. Allez, vingt parce que c'est toi. On est loin des milles morceaux que tu revendiques.
Ellana soupira.
- c'est une expression, il ne faut pas la prendre au pied de la lettre.
- Sans doute, mais ce monsieur pourrait se sentir grugé.
â
â
Pierre Bottero (Ellana, l'Envol (Le Pacte des MarchOmbres, #2))
â
Ăcoute-moi bien, Luc et efforce-toi de potentialiser tes maigres ressources intellectuelles, parce que je n'ai aucune intention de me rĂ©pĂ©ter. Je ne t'aiderai pas. Pas par mĂ©chancetĂ© ou malveillance. Par bon sens. AmĂ©liorer tes rĂ©sultats est aussi vain que tenter de vider la mer avec une petite cuillĂšre. Ăa n'a pas le moindre intĂ©rĂȘt. Tu souhaites faire quelque chose d'utile pour ton avenir ? EntraĂźne-toi Ă nouer tes lacets. Ăa te sera trĂšs profitable quand tu seras vendeur de chaussures dans une boutique d'usine. Et attention, ne triche pas : Ă©vite les mocassins et les fermetures Ă scratch !
â
â
Eli Esseriam (Cavalier blanc : Alice (Apocalypsis, #1))
â
Elles disent, honte Ă toi. Elles disent, tu es domestiquĂ©e, gavĂ©e, comme les oies dans la cour du fermier qui les engraisse. Elles disent, tu te pavanes, tu n'as d'autre souci que de jouir des biens que te dispensent des maĂźtres, soucieux de ton bien-ĂȘtre tant qu'ils y sont intĂ©ressĂ©s. Elles disent, il n'y a pas de spectacle plus affligeant que celui des esclaves qui se complaisent dans leur Ă©tat de servitude. Elles disent, tu es loin d'avoir la fiertĂ© des oiselles sauvages qui lorsqu'on les a emprisonnĂ©es refusent de couver leurs Ćufs. Elles disent, prends exemple sur les oiselles sauvages qui, si elles s'accouplent avec les mĂąles pour tromper leur ennui, refusent de se reproduire tant qu'elles ne sont pas en libertĂ©.
â
â
Monique Wittig
â
Se débarrasser de tout ça ? Le faire ? Mais de quoi parlait-il ?
â Jâai envie de toi, prĂ©cisa-t-il devant son incomprĂ©hension. Je te dĂ©sire comme un homme dĂ©sire une femme.
â Tu me⊠quoi ? rĂ©pĂ©ta-t-elle, incapable dâarticuler une phrase cohĂ©rente.
â Je sais que toi aussi. Alors si tu veux coucher avec moi, je serai plus que ravi de te rendre service.
â
â
Elisia Blade (Séduire & Conquérir (Crush Story #3))
â
grandioses de dĂ©duction. Ăa signifiait quâil pourrait sans doute lâaider. « Tu viens me demander de lâaide pour Alexia ? demanda Hassan. â Mais⊠Mais comment tu sais ? â Elle descend toujours avec toi en rĂ©crĂ©â, mais pas aujourdâhui, et tu as lâair trĂšs inquiet. â Tu es trĂšs perspicace. â Non, pas plus quâun autre. » Walter fronça de nouveau les sourcils, pas convaincu. « Est-ce que tu sais combien de
â
â
Tobias Gavran (Le vélo d'Alexia)
â
On dit que l'amour est aveugle mais avec toi, qui sait, la cĂ©citĂ© est peut-ĂȘtre une façon de voir...
â
â
Romain Gary (Les Cerfs-volants)
â
Charles se contenta de la dévisager.
- Tu le sais ça, n'est-ce pas ? La plupart des gens t'Ă©vitent, mais ceux qui sont sans dĂ©fense et meurtris, c'est comme s'ils se glissaient peu Ă peu dans ton ombre. LĂ oĂč tu ne les remarqueras pas trop... Et tu tiens les mauvaises choses Ă distance.
Il ne disait toujours rien. Elle boutonna son jean, puis s'avança de deux pas pour se presser contre lui.
- On le sait, lui chuchota-t-elle. Nous qui avons été blessés, on sait à quoi ressemble le mal. On sait qu'on est en sécurité avec toi.
Il ne dit rien, mais il passa les bras autour d'elle et elle sut qu'elle lui avait dit quelque chose qu'il ignorait... et que ça comptait pour lui.
â
â
Patricia Briggs (Dead Heat (Alpha & Omega, #4))
â
Pourquoi Le Desk utilise un pseudo pour signer certains de ses articles et pour celui-ci en particulier ? Comme toutes les rĂ©dactions qui nâont pas plĂ©thore de journalistes, notre publication en a recours de temps Ă autres et pour diverses raisons qui ont trait par exemple Ă la protection des sources que lâon pourrait retracer par la proximitĂ© avec lâauteur ou pour ne pas prĂȘter Ă confusion lorsque lâauteur est partie prenante de son sujet. En journaliste vĂ©tĂ©ran que tu es, tu connais cette rĂšgle par cĆur. Tu es Ă ce titre trĂšs mal placĂ© pour me lâopposer, toi qui en faisais usage Ă satiĂ©tĂ© sur Demain Online. Jâai Ă ce titre signĂ© quelques papiers dans ton canard sous pseudo sans ce que cela ne tâoffusque, au contraire. Je te rappelle aussi que tu as signĂ© toi-mĂȘme, pas un, pas deux, pas trois, mais tous tes articles dans Zamane de la mĂȘme maniĂšre. Tu avais bien une raison lĂ©gitime pour le faire, non ? Je ne dĂ©voilerai pas ton pseudo, par respect au code de conduite journalistique Ă tenir dans ce sens, je dirais juste cependant que cela ne te pose aucun problĂšme de conscience de collaborer Ă ce magazine qui mâa Ă©tĂ©, et tu le sais trĂšs bien, spoliĂ© par son promoteur dans des conditions innommables, et qui lui pour le coup, barbote en eaux troubles jusquâau cou depuis quâil a embrassĂ© cette profession.
May 7 - Facebook Post
â
â
Ali Amar
â
â Je suis un demi-dieu, une divinitĂ© mineure, un archange⊠Choisis le terme que tu prĂ©fĂšres. Tu peux tâadresser Ă moi en mâappelant « maĂźtre », car tu nâas pas le droit de connaĂźtre mon nom. (Il se laissa tomber en position assise.) Jâai choisi cette forme parce quâelle mâamuse et ne tâeffraie pas. Wallie ne fut pas impressionnĂ©. â Pourquoi jouer avec moi ? Jâaurais pu croire en toi beaucoup plus tĂŽt si tu tâĂ©tais prĂ©sentĂ© sous un aspect plus divin â ou mĂȘme avec un simple halo⊠Il avait dĂ©passĂ© les bornes. Les joues de lâenfant se gonflĂšrent sous le coup de la colĂšre. â TrĂšs bien, puisque câest ton souhait. Voici un petit aperçu. Wallie cria et se couvrit les yeux, mais trop tard. La caverne Ă©tait dĂ©jĂ brillante, mais elle sâenflamma soudain dâun Ă©clat magnificent aussi aveuglant que celui dâun soleil. Lâenfant Ă©tait demeurĂ© un enfant, mais une infime partie de sa divinitĂ© flamboya un bref instant â et ce fut assez pour plonger un simple mortel dans une terreur sans nom. Dans ce fragment de majestĂ©, Wallie vit que lâĂąge de cet ĂȘtre dĂ©passait lâimagination â il existait bien avant la formation des galaxies et perdurerait bien aprĂšs la disparition de feux dâartifice aussi Ă©phĂ©mĂšres ; son quotient intellectuel se mesurait en trillions et il Ă©tait capable de connaĂźtre chaque pensĂ©e de chaque crĂ©ature dans lâunivers ; sa puissance aurait pu dĂ©truire une planĂšte aussi facilement quâon se cure les ongles ; comparĂ©s Ă sa noblesse et Ă sa puretĂ©, les ĂȘtres humains ressemblaient Ă des bĂȘtes infĂąmes et inutiles ; rien nâĂ©tait capable de rĂ©sister Ă ses objectifs froids et inĂ©branlables ; sa compassion dĂ©passait lâentendement humain et connaissait la souffrance des mortels ainsi que leurs raisons dâĂȘtre, mais il ne pouvait pas la supprimer sans supprimer lâessence mortelle Ă la base de cette douleur. Wallie sentit aussi quelque chose de plus profond et de plus terrible encore, une prĂ©sence que nul mot ne pouvait dĂ©crire, mais quâun mortel aurait apparentĂ©e Ă lâennui ou Ă la rĂ©signation. Il y avait des cĂŽtĂ©s nĂ©gatifs Ă lâimmortalité : le fardeau de lâomniscience et lâabsence de futur limitĂ©, plus la moindre surprise, plus de fin mĂȘme aprĂšs la fin des temps, Ă jamais et Ă jamais⊠Wallie rĂ©alisa quâil Ă©tait Ă plat
â
â
Dave Duncan (Le Guerrier de la déesse (La septiÚme épée, #1))