Au Natural Quotes

We've searched our database for all the quotes and captions related to Au Natural. Here they are! All 200 of them:

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I was glad to be made aware that “Veimke” (jeune fille au pair), is subject to natural law, and can be made fat, by such things as poor diet, and alcohol.
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Roman Payne
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On s'ennuie de tout, mon ange, c'est une loi de la nature; ce n'est pas ma faute. Si donc, je m'ennuie aujourd'hui d'une aventure qui m'a occupĂ© entiĂšrement depuis quatre mortels mois, ce n'est pas ma faute. Si, par exemple, j'ai eu juste autant d'amour que toi de vertu, et c'est surement beaucoup dire, il n'est pas Ă©tonnant que l'un ait fini en mĂȘme temps que l'autre. Ce n'est pas ma faute. Il suit de lĂ , que depuis quelque temps je t'ai trompĂ©e: mais aussi ton impitoyable tendresse m'y forçait en quelque sorte! Ce n'est pas ma faute. Aujourd'hui, une femme que j'aime Ă©perdument exige que je te sacrifie. Ce n'est pas ma faute. Je sens bien que voilĂ  une belle occasion de crier au parjure: mais si la Nature n'a accordĂ© aux hommes que la constance, tandis qu'elle donnait aux femmes l'obstination, ce n'est pas ma faute. Crois-moi, choisis un autre amant, comme j'ai fait une maĂźtresse. Ce conseil est bon, trĂšs bon; si tu le trouve mauvais, ce n'est pas ma faute. Adieu, mon ange, je t'ai prise avec plaisir, je te quitte sans regrets: je te reviendrai peut-ĂȘtre. Ainsi va le monde. Ce n'est pas ma faute.
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Pierre Choderlos de Laclos (Les Liaisons Dangereuses)
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The maid told him that a girl and a child had come looking for him, but since she didn't know them, she hadn't cared to ask them in, and had told them to go on to Mers. "Why didn't you let them in?" asked Germain angrily. "People must be very suspicious in this part of the world, if they won't open the front door to a neighbor." "Well, naturally!" replied the maid. "In a house as rich as this, you have to keep a close watch on things. While the master's away I'm responsible for everything, and I can't just open the door to anyone at all." "That's a mean way to live," said Germain; "I'd rather be poor than live in fear like that. Good-bye to you, miss, and good-bye to this horrible country of yours!
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George Sand (La mare au diable)
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Next morning Jean-Guy Beauvoir was waiting by the car with two travel mugs of cafĂ© au lait from the bistro and two chocolatines. “Just because we’re going to Mordor doesn’t mean we can’t enjoy ourselves on the way,” he said, opening the passenger-side door for Armand.
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Louise Penny (The Nature of the Beast (Chief Inspector Armand Gamache #11))
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Aucun penseur n'oserait dire que le parfum des aubĂ©pines est inutile aux constellations..." Prolonger la question hugolienne : qui prĂ©tendrait que le ressac n'est pour rien dans les rĂȘves du faon, que le vent n'Ă©prouve rien Ă  se heurter au mur, que l'aube est insensible aux trilles des mĂ©sanges ?
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Sylvain Tesson
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Il est urgent de placer l’humain et la nature au cƓur de nos prĂ©occupations et l’économie Ă  leur service. S’obstiner Ă  maintenir le profit illimitĂ© et la croissance indĂ©finie comme fondement de l’ordre mondial est totalement suicidaire.
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Pierre Rabhi (La part du colibri: L'EspĂšce humaine face Ă  son devenir)
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Get the natural better and be au naturel no more.
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Anyaele Sam Chiyson (The Sagacity of Sage)
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Oamenii comunica intre ei prin semne conventionale si astfel si-au facut iluzia desarta ca se si inteleg. In realitate fiecare atribuie celorlalti ceea ce simte dinsul si atata tot. Legaturi directe omul numai cu Dumnezeu poate sa aiba de la care a si dobandit constiinta existentei. Tragediile ca si bucuriile cele mai mari omul le traieste intotdeauna in deplina singuratate si de aceea, cand isi simte sufletul mai sfisiat, isi simte singuratatea si mai mare.
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Liviu Rebreanu (Ciuleandra)
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On suffoquait, les chevelures s'alourdissaient sur les tĂȘtes en sueur. Depuis trois heures qu'on Ă©tait lĂ , les haleines avaient chauffĂ© l'air d'une odeur humaine. Dans le flamboiement du gaz, les poussiĂšres en suspension s'Ă©paississaient, immobiles au-dessous du lustre. La salle entiĂšre vacillait, glissait Ă  un vertige, lasse et excitĂ©e, prise de ces dĂ©sirs ensommeillĂ©s de minuit qui balbutient au fond des alcĂŽves. Et Nana, en face de ce public pĂąmĂ©, de ces quinze cents personnes entassĂ©es, noyĂ©es dans l'affaissement et le dĂ©traquement nerveux d'une fin de spectacle, restait victorieuse avec sa chair de marbre, son sexe assez fort pour dĂ©truire tout ce monde et n'en ĂȘtre pas entamĂ©.
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Émile Zola (Nana)
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TĂąchez de garder toujours un morceau de ciel au-dessus de votre vie, petit garçon, ajoutait-il en se tournant vers moi. Vous avez une jolie Ăąme, d’une qualitĂ© rare, une nature d’artiste, ne la laissez pas manquer de ce qu’il lui faut.» Quand,
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Marcel Proust (A la recherche du temps perdu: édition Intégrale, tous les volumes)
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It must be this overarching commitment to what is really an abstraction, to one's children right or wrong, that can be even more fierce than the commitment to them as explicit, difficult people, and that can consequently keep you devoted to them when as individuals they disappoint. On my part it was this broad covenant with children-in-theory that I may have failed to make and to which I was unable to resort when Kevin finally tested my maternal ties to a perfect mathematical limit on Thursday. I didn't vote for parties, but for candidates. My opinions were as ecumenical as my larder, then still chock full of salsa verde from Mexico City, anchovies from Barcelona, lime leaves from Bangkok. I had no problem with abortion but abhorred capital punishment, which I suppose meant that I embraced the sanctity of life only in grown-ups. My environmental habits were capricious; I'd place a brick in our toilet tank, but after submitting to dozens of spit-in-the-air showers with derisory European water pressure, I would bask under a deluge of scalding water for half an hour. My closet wafter with Indian saris, Ghanaian wraparounds, and Vietnamese au dais. My vocabulary was peppered with imports -- gemutlich, scusa, hugge, mzungu. I so mixed and matched the planet that you sometimes worried I had no commitments to anything or anywhere, though you were wrong; my commitments were simply far-flung and obscenely specific. By the same token, I could not love a child; I would have to love this one. I was connected to the world by a multitude of threads, you by a few sturdy guide ropes. It was the same with patriotism: You loved the idea of the United States so much more powerfully than the country itself, and it was thanks to your embrace of the American aspiration that you could overlook the fact that your fellow Yankee parents were lining up overnight outside FAO Schwartz with thermoses of chowder to buy a limited release of Nintendo. In the particular dwells the tawdry. In the conceptual dwells the grand, the transcendent, the everlasting. Earthly countries and single malignant little boys can go to hell; the idea of countries and the idea of sons triumph for eternity. Although neither of us ever went to church, I came to conclude that you were a naturally religious person.
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Lionel Shriver (We Need to Talk About Kevin)
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L'homme lutte contre la peur mais, contrairement Ă  ce qu'on rĂ©pĂšte toujours, cette peur n'est pas celle de la mort, car la peur de la mort, tout le monde ne l'Ă©prouve pas, certains n'ayant aucune imagination, d'autres se croyant immortels, d'autres encore espĂ©rant des rencontres merveilleuses aprĂšs leur trĂ©pas ; la seule peur universelle, la peur unique, celle qui conduit toutes nos pensĂ©es, car la peur de n'ĂȘtre rien. Parce que chaque individu a Ă©prouvĂ© ceci, ne fĂ»t-ce qu'une seconde au cours d'une journĂ©e : se rendre compte que, par nature, ne lui appartient aucune des identitĂ©s qui le dĂ©finissent, qu'il aurait pu ne pas ĂȘtre dotĂ© de ce qui le caractĂ©rise, qu'il s'en est fallu d'un cheveu qu'il naisse ailleurs, apprenne une autre langue, reçoive une Ă©ducation religieuse diffĂ©rente, qu'on l'Ă©lĂšve dans une autre culture, qu'on l'instruise dans une autre idĂ©ologie, avec d'autres parents, d'autres tuteurs, d'autres modĂšles. Vertige !
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Éric-Emmanuel Schmitt
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Dans chaque dĂ©mocratie libĂ©rale s'est Ă©laborĂ© un imaginaire de citoyennetĂ© au sein duquel la projection dans l'avenir est devenue plus significative que le poids du passĂ©. Cet imaginaire s'est traduit par des normes juridiques, et a mĂȘme pĂ©nĂ©trĂ© par la suite Ă  l'intĂ©rieur du systĂšme Ă©ducatif Ă©tatique.[...] La souffrance du passĂ© justifie le prix exigĂ© de la part des citoyens dans le prĂ©sent. L'hĂ©roĂŻsme des temps qui s'Ă©loignent promet un avenir rayonnant pour l'individu, du moins sĂ»rement pour la nation. L'idĂ©e nationale est devenue, avec l'aide des historiens, une idĂ©ologie optimiste par nature. De lĂ , notamment, vient son succĂšs.
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Shlomo Sand (The Invention of the Jewish People)
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Seule la totalite personnifie la verite. Neanmoins, la totalite represente simplement la nature essentielle parvenant a son etat complet au travers du processus de son propre developpement. Il doit etre dit que, fondamentalement, l'Absolu est un resultat, et c'est seulement a la fin qu'il represente ce qu'il est veritablement.
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Georg Wilhelm Friedrich Hegel
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Des trombes marines se dressaient lĂ  accumulĂ©es et en apparence immobiles comme les piliers noirs d'un temple. Elles supportaient, renflĂ©es Ă  leurs extrĂ©mitĂ©s, la voĂ»te sombre et basse de la tempĂȘte, mais, au travers des dĂ©chirures de la voĂ»te, des pans de lumiĂšre tombaient, et la pleine lune rayonnait, entre les piliers, sur les dalles froides de la mer.
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Antoine de Saint-Exupéry (Wind, Sand and Stars)
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...Un simț al libertății absolute. Un sentiment asemănător poți avea doar Ăźn mormĂąnt și la WC. Interesant e că ambele au aproximativ aceleași dimensiuni.
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Georgi Gospodinov (Un roman natural)
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Supprime donc en toi toute aversion pour ce qui ne dĂ©pend pas de nous et, cette aversion, reporte-la sur ce qui dĂ©pend de nous et n’est pas en accord avec la nature. Quant au dĂ©sir, pour le moment, supprime-le complĂštement. Car si tu dĂ©sires une chose qui ne dĂ©pend pas de nous, tu ne pourras qu’échouer, sans compter que tu te mettras dans l’impossibilitĂ© d’atteindre ce qui est Ă  notre portĂ©e et qu’il est plus sage de dĂ©sirer. Borne-toi Ă  suivre tes impulsions, tes rĂ©pulsions, mais fais-le avec lĂ©gĂšretĂ©, de façon non systĂ©matique et sans effort excessif.
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Epictetus (The Discourses)
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Combien de gens exercent-ils le travail de leur choix ? Certains scientifiques, artistes, quelques travailleurs trĂšs qualifiĂ©s ou certaines professions libĂ©rales ont peut-ĂȘtre cette satisfaction, mais la plupart des gens ne sont pas libres de choisir leur activitĂ©. C'est la nĂ©cessitĂ© Ă©conomique qui les y oblige. C'est pourquoi on peut parler de "travail aliĂ©nĂ©". En outre, la plupart des travailleurs produisent des biens et des services destinĂ©s Ă  devenir des marchandises qu'ils n'ont pas eux-mĂȘmes choisi de produire et qui appartiennent Ă  un autre : le capitaliste qui les emploie. Les travailleurs sont donc, en outre, parfaitement Ă©trangers au produit de leur labeur. Le travail s'effectue dans des conditions industrielles modernes qui privilĂ©gient la concurrence plutĂŽt que la collaboration et l'isolement plutĂŽt que l'association. Les travailleurs sont donc Ă©galement Ă©trangers les uns aux autres. ConcentrĂ©s dans les villes et les usines, ils sont pour finir Ă©trangers Ă  la nature.
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Howard Zinn (Disobedience and Democracy: Nine Fallacies on Law and Order)
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Vivre d'un troupeau, c'est en grande partie le parasiter quelle que soit la prĂ©ocupation qu'on ait de son bien-ĂȘtre. Nous sommes Ă  la fois le lĂ©gislatif et l'exĂ©cutif. On ne peut enfermer des animaux dans une Ă©treinte intĂ©ressĂ©e sans aller Ă  l'encontre de leur nature. La dĂ©marche soucieuse de vivre avec et non de peut dĂ©jĂ  attĂ©nuer l'arbitraire. Il s'agit alors de vivre des rĂ©ciprocitĂ©s. (p.238)
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Pierre Rabhi (Du Sahara aux Cévennes : Itinéraire d'un homme au service de la Terre-MÚre)
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HĂ© quoi ? vous ne ferez nulle distinction Entre l'hypocrisie et la dĂ©votion? Vous les voulez traiter d'un semblable langage, Et rendre mĂȘme honneur au masque qu'au visage, Égaler l'artifice Ă  la sincĂ©ritĂ©, Confondre l'apparence avec la vĂ©ritĂ©, Estimer le fantĂŽme autant que la personne, Et la fausse monnaie Ă  l'Ă©gal de la bonne ? Les hommes la plupart sont Ă©trangement faits ! Dans la juste nature on ne les voit jamais ; La raison a pour eux des bornes trop petites ; En chaque caractĂšre ils passent ses limites ; Et la plus noble chose, ils la gĂątent souvent Pour la vouloir outrer et pousser trop avant.
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MoliĂšre (The Misanthrope)
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PremiÚre maxime. - Les sujets d'un Etat doivent contribuer au soutien du gouvernement, chacun le plus possible en proportion de ses facultés, c'est-à-dire en proportion du revenu dont il jouit sous la protection de l'Etat.
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Adam Smith (An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations)
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C’est la nature, dis-tu, qui me donne tous ces biens. Ne vois-tu pas qu’en parlant ainsi tu ne fais que changer le nom de Dieu ? La nature est-elle autre chose que Dieu et la raison divine, incorporĂ©e au monde entier et Ă  chacune de ses parties ?
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Seneca
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Then she reached for her bag and took out a small book. She explained she had found it at a store near her home, and that it described the nature of your character based on the date of your birth. (...) I thought some of it was true and some of it was not, but the real truth was how such things allowed someone to talk about you, or what you had done or why you did it, in a way that unraveled your character into distinct traits. It made you seem readable to them, or to yourself, which could feel like a revelation.
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Jessica Au (Cold Enough for Snow)
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Ferme tes yeux Ă  demi, Croise tes bras sur ton sein, Et de ton cƓur endormi Chasse Ă  jamais tout dessein."   "Je chante la nature, Les Ă©toiles du soir, les larmes du matin, Les couchers de soleil Ă  l'horizon lointain, Le ciel qui parle au cƓur d'existence future!
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Robert W. Chambers (The King in Yellow)
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il existait sans doute entre les inquiĂ©tes crĂ©atures humaines des rĂ©pulsions et des haines surgies du plus profond de leur nature, et qui, le jour oĂč il ne serait plus de mode de s'exterminer pour cause de religion, se donneraient cours autrement. (La promenade sur la dune)
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Marguerite Yourcenar (L'ƒuvre au noir)
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[...] la foi, l'acte de croire Ă  des mythes, des idĂ©ologies ou des lĂ©gendes surnaturels, est la consĂ©quence de la biologie. [...] Il est dans notre nature de survivre. La foi est une rĂ©ponse instinctive Ă  des aspects de l'existence que nous ne pouvons expliquer autrement, que ce soit le vide moral que nous percevons dans l'univers, la certitude de la mort, le mystĂšre des origines, le sens de notre propre vie ou son absence de sens. Ce sont des aspects Ă©lĂ©mentaires et d'une extraordinaire simplicitĂ©, mais nos propres limitations nous empĂȘchent de donner des rĂ©ponses sans Ă©quivoque Ă  ces questions et, pour cette raison, nous gĂ©nĂ©rons pour nous dĂ©fendre une rĂ©ponse Ă©motionnelle. C'est de la pure et simple biologie. [...] Toute interprĂ©tation ou observation de la rĂ©alitĂ© l'est par nĂ©cessitĂ©. En l’occurrence, le problĂšme rĂ©side dans le fait que l'homme est un animal moral abandonnĂ© dans un monde amoral, condamnĂ© Ă  une existence finie et sans autre signification que de perpĂ©tuer le cycle naturel de l'espĂšce. Il est impossible de survivre dans un Ă©tat prolongĂ© de rĂ©alitĂ©, au moins pour un ĂȘtre humain.
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Carlos Ruiz ZafĂłn (The Angel's Game (The Cemetery of Forgotten Books, #2))
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Cette encombrante enveloppe qu'il lui fallait laver, remplir, rĂ©chauffer au coin du feu ou sous la toison d'une bĂȘte morte, coucher le soir comme un enfant ou comme un vieillard imbĂ©cile, servait contre lui d'otage Ă  la nature entiĂšre et, pis encore, Ă  la sociĂ©tĂ© des hommes. (L'abĂźme)
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Marguerite Yourcenar (L'ƒuvre au noir)
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Les hommes y tiennent Ă  leurs sales souvenirs, Ă  tous leurs malheurs et on ne peut pas les en faire sortir. Ca leur occupe l'Ăąme. Ils se vengent de l'injustice de leur prĂ©sent en besognant l'avenir au fond d'eux-mĂȘmes avec de la merde. Justes et lĂąches qu'ils sont tout au fond. C'est leur nature.
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Louis-Ferdinand CĂ©line (Journey to the End of the Night)
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Il ne faut pas avoir peur de regarder les choses en face. La vie est le rĂ©sultat de la malpropretĂ©. Si la nature avait Ă©tĂ© bien tenue, la vie ne serait jamais apparue. La vie est nĂ©e de quelques vagues saletĂ©s au fond d'une flaque d'eau boueuse. La vie, donc l'homme. Il n'y a vraiment pas de quoi ĂȘtre fier.
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François Cavanna
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Le regard analytique et le regard intuitif sur la vie ne peuvent s'harmoniser dans un mĂȘme ĂȘtre que dans la mesure oĂč le premier est subordonnĂ© au second. C'est du second, et notamment du sentiment de beautĂ© et de compassion qu'il enferme, que dĂ©coule le sens de la totalitĂ© de mĂȘme que celui des Ă©quilibres et de la limite. Le regard intuitif est la condition de la sagesse sans laquelle le regard analytique peut conduire Ă  des excĂšs suicidaires. L'analyse des phĂ©nomĂšnes donne de la puissance sur eux, elle permet de dominer la nature, mais elle n'enferme aucune indication quant aux limites qu'il convient d'assigner Ă  cette puissance.
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James E. Lovelock
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Quant Ă  moi, j’étais tout Ă  fait tranquille sur mon sort. Moi aussi, j’aimais passionnĂ©ment mon art ; mais je savais dĂšs le commencement de ma carriĂšre que je resterais, au sens littĂ©ral du mot, un ouvrier de l’art. En revanche, je suis fier de ne pas avoir enfoui, comme l’esclave paresseux, ce que m’avait donnĂ© la nature, et, au contraire, de l’avoir augmentĂ© considĂ©rablement. Et si on loue mon jeu impeccable, si l’on vante ma technique, tout cela je le dois au travail ininterrompu, Ă  la conscience nette de mes forces, Ă  l’éloignement que j’eus toujours pour l’ambition, la satisfaction de soi-mĂȘme et la paresse, consĂ©quence de cette satisfaction.
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Fyodor Dostoevsky
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Notre plus grande peur est la peur d'aimer. Toute souffrance a commencĂ© par l'amour ; l'amour bafouĂ©, reniĂ©, ignorĂ©. L'abandon ou les cris dans une chambre d'enfant. Si c'est cette peur qui nous fait souhaiter construire un univers oĂč nous n'aurons plus peur - oĂč rĂ©gnera une atmosphĂšre de sĂ©curitĂ©- , alors l'impulsion crĂ©atrice n'est pas la bonne. Si c'est la peur qui nous fait rĂȘver d'un monde sans violence, nous y programmons aussitĂŽt la violence. "Qui prĂ©fĂšre la sĂ©curitĂ© Ă  la libertĂ© aura vite fait de perdre les deux." Il faut sortir de l'illusion sĂ©curisante. L'amour, par nature, met en danger. L'amour nous emporte au large, loin des estuaires et des ports de plaisance. Il dĂ©coiffe les anxieux, les craintifs, les inquiets. (p. 79-80)
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Christiane Singer (N'oublie pas les chevaux écumants du passé)
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Quand je considĂšre ma vie, je suis Ă©pouvantĂ© de la trouver informe. L'existence des hĂ©ros, celle qu'on nous raconte, est simple ; elle va droit au but comme une flĂšche. Et la plupart des hommes aiment Ă  rĂ©sumer leur vie dans une formule, parfois dans une vanterie ou dans une plainte, presque toujours dans une rĂ©crimination ; leur mĂ©moire leur fabrique complaisamment une existence explicable et claire. Ma vie a des contours moins fermes... Le paysage de mes jours semble se composer, comme les rĂ©gions de montagne, de matĂ©riaux divers entassĂ©s pĂȘle-mĂȘle. J'y rencontre ma nature, dĂ©jĂ  composite, formĂ©e en parties Ă©gales d'instinct et de culture. Ça et lĂ , affleurent les granits de l'inĂ©vitable ; partout, les Ă©boulements du hasard. Je m'efforce de reparcourir ma vie pour y trouver un plan, y suivre une veine de plomb ou d'or, ou l'Ă©coulement d'une riviĂšre souterraine, mais ce plan tout factice n'est qu'un trompe-l'oeil du souvenir. De temps en temps, dans une rencontre, un prĂ©sage, une suite dĂ©finie d'Ă©vĂ©nements, je crois reconnaĂźtre une fatalitĂ©, mais trop de routes ne mĂšnent nulle part, trop de sommes ne s'additionnent pas. Je perçois bien dans cette diversitĂ©, dans ce dĂ©sordre, la prĂ©sence d'une personne, mais sa forme semble presque toujours tracĂ©e par la pression des circonstances ; ses traits se brouillent comme une image reflĂ©tĂ©e sur l'eau. Je ne suis pas de ceux qui disent que leurs actions ne leur ressemblent pas. Il faut bien qu'elles le fassent, puisqu'elles sont ma seule mesure, et le seul moyen de me dessiner dans la mĂ©moire des hommes, ou mĂȘme dans la mienne propre ; puisque c'est peut-ĂȘtre l'impossibilitĂ© de continuer Ă  s'exprimer et Ă  se modifier par l'action que constitue la diffĂ©rence entre l'Ă©tat de mort et celui de vivant. Mais il y a entre moi et ces actes dont je suis fait un hiatus indĂ©finissable. Et la preuve, c'est que j'Ă©prouve sans cesse le besoin de les peser, de les expliquer, d'en rendre compte Ă  moi-mĂȘme. Certains travaux qui durĂšrent peu sont assurĂ©ment nĂ©gligeables, mais des occupations qui s'Ă©tendirent sur toute la vie ne signifient pas davantage. Par exemple, il me semble Ă  peine essentiel, au moment oĂč j'Ă©cris ceci, d'avoir Ă©tĂ© empereur..." (p.214)
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Marguerite Yourcenar (Les Yeux ouverts : Entretiens avec Matthieu Galey)
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J'Ă©tais entiĂšre avant de rencontrer Toumani. J'Ă©tais entiĂšre alors que je ne ressentais rien, mais j'ai succombĂ© Ă  la vanitĂ© et, dĂšs l,instant oĂč la nature m'a saisie, je me suis brisĂ©e au sol. À prĂ©sent, je m'en allais en resserrant mon chĂąle autour de mes Ă©paules, comme dans le but de rassembler mes fragments Ă©pars. Mais mĂȘme ainsi, recollĂ©e, j'Ă©tais une femme lĂ©zardĂ©e, et les courants d'air s'engouffraient dans les failles entre mes morceaux.
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Ryad Assani-Razaki (La main d'Iman)
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Robert Louis Stevenson wa Uskochi aliponukuu nahau ya ‘kamera haiwezi kudanganya’ katika kitabu chake cha ‘South Seas’ mwaka 1896, miaka 57 baada ya sanaa ya upigaji wa picha kugunduliwa, hakumaanisha tuwe asili. Hakumaanisha tusizirekebishe picha zetu baada ya kuzipiga na kuzisafisha! Alimaanisha tuwe nadhifu tuonekanapo mbele za watu au mbele ya vyombo vya habari; ambapo picha itapigwa, itasafishwa, itachapishwa na itauzwa kama ilivyo bila kurekebishwa.
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Enock Maregesi
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- Vous croyez que mes crimes rendent vos mauvaises actions moins condamnables ? Vos petitesses et vos vices moins hideux ? Vous croyez qu'il y a les meurtriers, les violeurs, les criminels d'un cĂŽtĂ© et vous de l'autre ? C'est cela qu'il vous faut comprendre : il n'y a pas une membrane Ă©tanche qui empĂȘcherait le mal de circuler. Il n'y a pas deux sortes d'humanitĂ©. Quand vous mentez Ă  votre femme et Ă  vos enfants, quand vous abandonnez votre vieille mĂšre dans une maison de retraite pour ĂȘtre plus libre de vos mouvements, quand vous vous enrichissez sur le dos des autres, quand vous rechignez Ă  verser une partie de votre salaire Ă  ceux qui n'ont rien, quand vous faites souffrir par Ă©goĂŻsme ou par indiffĂ©rence, vous vous rapprochez de ce que je suis. Au fond, vous ĂȘtes beaucoup plus proches de moi et des autres pensionnaires que vous ne le croyez. C'est une question de degrĂ©, pas une question de nature. Notre nature est commune : c'est celle de l'humanitĂ© toute entiĂšre.
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Bernard Minier
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L'amour est un grand maĂźtre "Il le faut avouer, l'amour est un grand maĂźtre Ce qu'on ne sut jamais il nous enseigne Ă  l'ĂȘtre ; Et souvent de nos moeurs l'absolu changement Devient, par ses leçons, l'ouvrage d'un moment ; De la nature, en nous, il force les obstacles, Et ses effets soudains ont de l'air des miracles ; D'un avare Ă  l'instant il fait un libĂ©ral, Un vaillant d'un poltron, un civil d'un brutal ; Il rend agile Ă  tout l'Ăąme la plus pesante, Et donne de l'esprit Ă  la plus innocente." L'Ecole des femmes, III, 4 (v. 900-909)
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MoliĂšre (L'Ecole Des Femmes / La Critique de L'Ecole Des Femmes / Remerciment Au Roi / L'Impromptu de Versailles / La Princesse D'Elide)
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Certainement tu es la sagesse, la vĂ©ritĂ© ; tu es la bontĂ©, le bonheur, l'Ă©ternitĂ©; tu es tout ce qui constitue le vrai bien. Toutes ces choses sont nombreuses, mon intelligence Ă©troite et captive ne peut voir tant d'objets d'un seul coup, et jouir de tous Ă  la fois. Comment donc, Seigneur, es-tu tous ces objets? Sont-ils tes diverses parties, ou chacun d'eux n'est-il pas tout entier ton essence? Car, tout ce qui est composĂ© de parties n'est pas vĂ©ritablement un. Il est, en quelque maniĂšre, plusieurs et diffĂ©rent de lui-mĂȘme ; il peut ĂȘtre dĂ©suni et dans le fait et par la pensĂ©e, conditions Ă©trangĂšres Ă  ta nature, au-dessus de laquelle on ne saurait rien concevoir. Il n'y a donc point de parties en toi, Seigneur ! Tu n'es pas multiple ; mais tu es tellement un et si complĂštement semblable Ă  toi-mĂȘme, que tu ne diffĂšres en aucun point de ta propre nature. Bien plus, tu es l'unitĂ© vĂ©ritable et absolue, indivisible mĂȘme par la pensĂ©e. Ainsi donc, la vie, la sagesse, et toutes les autres vertus que nous avons Ă©numĂ©rĂ©es, ne sont pas des parties de ton ĂȘtre, mais toutes ensemble ne font qu'un, et chacune est, tout entiĂšre, et ton essence et l'essence des autres.
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Anselm of Canterbury (Proslogion)
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Mason prefers to switch over to Tea, when it is Dixon’s turn to begin shaking his head. “Can’t understand how anyone abides that stuff.” “How so?” Mason unable not to react. “Well, it’s disgusting, isn’t it? Half-rotted Leaves, scalded with boiling Water and then left to lie, and soak, and bloat?” “Disgusting? this is Tea, Friend, Cha,— what all tasteful London drinks,— that,” pollicating the Coffee-Pot, “is what’s disgusting.” “Au contraire,” Dixon replies, “Coffee is an art, where precision is all,— Water-Temperature, mean particle diameter, ratio of Coffee to Water or as we say, CTW, and dozens more Variables I’d mention, were they not so clearly out of thy technical Grasp,— ” “How is it,” Mason pretending amiable curiosity, “that of each Pot of Coffee, only the first Cup is ever worth drinking,— and that, by the time I get to it, someone else has already drunk it?” Dixon shrugs. “You must improve your Speed . . . ? As to the other, why aye, only the first Cup’s any good, owing to Coffee’s Sacramental nature, the Sacrament being Penance, entirely absent from thy sunlit World of Tay,— whereby the remainder of the Pot, often dozens of cups deep, represents the Price for enjoying that first perfect Cup.” “Folly,” gapes Mason. “Why, ev’ry cup of Tea is perfect . . . ?” “For what? curing hides?
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Thomas Pynchon (Mason & Dixon)
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La plus intelligente des pensĂ©es, la plus admirable des actions, la plus belle des Ɠuvres d'art sont vouĂ©es Ă  l'insignifiance: elles sont circonstancielles, et sous menace de disparition plus ou moins prochaine. On aurait tort d'y confier la capacitĂ© d'attention dont dispose une vie d'homme: un tel investissement serait exorbitant par rapport Ă  la prĂ©caritĂ© des biens sur lesquels on gagerait son capital. Cet investissement n'a de sens, au grĂ© d'une philosophie informĂ©e de l'insignifiance, que dans la mesure oĂč c'est le bonheur qui est constamment visĂ© Ă  travers la prĂ©caritĂ© de l'oeuvre: ce qui suppose notamment qu'on ne demande pas Ă  la crĂ©ation esthĂ©tique de protĂ©ger du passager et du frivole, mais seulement de tĂ©moigner de quelques instants de bonheur, qui lui tiennent trĂšs suffisamment lieu de raison d'ĂȘtre et de fin.
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ClĂ©ment Rosset (L'anti-nature. ÉlĂ©ments pour une philosophie tragique)
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Je suis comme un Noir dans une sociĂ©tĂ© raciste qui a voulu se gratifier d'un esprit de tolĂ©rance. Autrement dit, je suis un "tolĂ©rĂ©". La tolĂ©rance, sache-le bien, est toujours purement nominale. Je ne connais pas un seul exemple ni un seul cas de tolĂ©rance rĂ©elle. Parce qu'une "tolĂ©rance rĂ©elle" serait une contradiction dans les termes. Le fait de "tolĂ©rer" quelqu'un revient Ă  le "condamner". La tolĂ©rance est mĂȘme une forme plus raffinĂ©e de condamnation. On dit en effet Ă  celui que l'on "tolĂšre" - mettons, au Noir que nous avons pris comme exemple - qu'il peut faire ce qu'il veut, qu'il a pleinement le droit de suivre sa nature, que son appartenance Ă  une minoritĂ© n'est pas un signe d'infĂ©rioritĂ©, etc. Mais sa "diffĂ©rence" - ou plutĂŽt sa "faute d'ĂȘtre diffĂ©rent" - reste la mĂȘme aux yeux de celui qui a dĂ©cidĂ© de le tolĂ©rer et de celui qui a dĂ©cidĂ© de la condamner.
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Pier Paolo Pasolini
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Il me semble qu'ils confondent but et moyen ceux qui s'effraient par trop de nos progrĂšs techniques. Quiconque lutte dans l'unique espoir de biens matĂ©riels, en effet, ne rĂ©colte rien qui vaille de vivre. Mais la machine n'est pas un but. L'avion n'est pas un but : c'est un outil, un outil comme la charrue. Si nous croyons que la machine abĂźme l'homme c'est que, peut-ĂȘtre, nous manquons un peu de recul pour juger les effets de transformations aussi rapides que celles que nous avons subies. Que sont les cent annĂ©es de l'histoire de la machine en regard des deux cent mille annĂ©es de l'histoire de l'homme? C'est Ă  peine si nous nous installons dans ce paysage de mines et de centrales Ă©lectriques. C'est Ă  peine si nous commençons d'habiter cette maison nouvelle, que nous n'avons mĂȘme pas achevĂ© de bĂątir. Tout a changĂ© si vite autour de nous : rapports humains, conditions de travail, coutumes. Notre psychologie elle-mĂȘme a Ă©tĂ© bousculĂ©e dans ses bases les plus intimes. Les notions de sĂ©paration, d'absence, de distance, de retour, si les mots sont demeurĂ©s les mĂȘmes, ne contiennent plus les mĂȘmes rĂ©alitĂ©s. Pour saisir le monde aujourd'hui, nous usons d'un langage qui fut Ă©tabli pour le monde d'hier. Et la vie du passĂ© nous semble mieux rĂ©pondre Ă  notre nature, pour la seule raison qu'elle rĂ©pond mieux Ă  notre langage. Pour le colonial qui fonde un empire, le sens de la vie est de conquĂ©rir. Le soldat mĂ©prise le colon. Mais le but de cette conquĂȘte n'Ă©tait-il pas l'Ă©tablissement de ce colon? Ainsi dans l'exaltation de nos progrĂšs, nous avons fait servir les hommes Ă  l'Ă©tablissement des voies ferrĂ©es, Ă  l'Ă©rection des usines, au forage de puits de pĂ©trole. Nous avions un peu oubliĂ© que nous dressions ces constructions pour servir les hommes. (Terre des Hommes, ch. III)
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Antoine de Saint-Exupéry
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Ecoute : l'intellectuel essaie de connaĂźtre et de reprĂ©senter au moyen de la logique l'essence du monde. Il sait que notre intelligence et son instrument, la logique, sont des outils imparfaits - tout comme un artiste sensĂ© n'ignore pas que son pinceau ou son ciseau ne pourront jamais exprimer parfaitement la splendeur d'un ange ou d'un saint. Pourtant tous deux essaient, le penseur comme l'artiste, chacun Ă  sa maniĂšre. Ils ne peuvent pas faire autrement, ils n'en ont pas le droit. Car un ĂȘtre humain s'acquitte de sa tĂąche la plus haute, la plus normale, en cherchant Ă  mettre en valeur les dons qu'il a reçus de la nature. [...] Nous autres, nous sommes changeants, en devenir, nous sommes un ensemble de possibles, il n'y a pas pour nous de perfection, pas d'ĂȘtre absolu. Mais lĂ  oĂč nous passons de la puissance Ă  l'acte, de la possibilitĂ© Ă  la rĂ©alisation, nous avons part Ă  l'ĂȘtre vĂ©ritable, nous nous rapprochons d'un pas du divin et de la perfection. Se rĂ©aliser, c'est cela. (p. 309-310)
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Hermann Hesse (Narcissus and Goldmund)
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En chinois, le mot n'a presque jamais de sens absolument dĂ©fini et limitĂ© ; le sens rĂ©sulte trĂšs gĂ©nĂ©ralement de la position dans la phrase, mais avant tout de son emploi dans tel ou tel livre plus ancien et de l'interprĂ©tation admise dans ce cas. Ici, point de « racines » au-delĂ  desquelles on n'atteint plus et qui justifient le sens des dĂ©rivĂ©s dans les divers idiomes ou dialectes d'une mĂȘme famille ; le mot n'a de valeur que par ses acceptions traditionnelles. On n'a pas, Ă  ma connaissance, tirĂ© tout le parti possible de cette particularitĂ© de la langue chinoise, au point de vue de l'Ă©tude et de la recherche de la nature rĂ©elle du langage humain. Le mot chinois nous apparaĂźt «comme si», expression naturelle et spontanĂ©e d'une pensĂ©e abstraite Ă©trangĂšre aux circonstances et aux conditions de la vie animale de l'homme, celui-ci, saisissant dans cette pensĂ©e un rapport avec les circonstances et les conditions de sa vie, avait empruntĂ© le son de cette expression pour crĂ©er sa parole raisonnĂ©e.
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Paul-Louis-FĂ©lix Philastre (Le Yi king)
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L’homme fut serpent autrefois » signifie que, dans les enseignements Ă©sotĂ©riques oĂč le Verbe est conçu comme un « serpent divin », l’homme primordial est nĂ©cessairement perçu Ă©tant lui-mĂȘme de nature ophidienne, car, avant la chute, « il n’avait pas d’articulations »; et ce n’est qu’aprĂšs avoir Ă©tĂ© « foudroyĂ© par le Nommo » que l’ancĂȘtre dĂ©tenteur de la norme primordiale se retrouvait « bras et jambes brisĂ©s, Ă  hauteur des coudes et des genoux qu’il n’avait pas jusque lĂ . » De la mĂȘme maniĂšre qu’Adam, dans le rĂ©cit de la GenĂšse, est dĂ©sormais obligĂ© de « gagner son pain Ă  la sueur de son front », de mĂȘme l’homme dĂ©chu issu de l’homme-serpent « reçoit les articulations propres Ă  la nouvelle forme humaine qui allait se rĂ©pandre sur la terre et qui Ă©tait vouĂ©e au travail ». C’est en vue du travail que le bras de l’homme s’est pliĂ©, car « les membres souples Ă©taient impropres aux tĂąches de la forge et des champs. Pour frapper le fer rouge et pour creuser la terre, il fallait le levier de l’avant-bras.
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Charles-André Gilis (Aperçus sur la doctrine akbarienne des Jinns : Suivi de L'Homme fut serpent autrefois)
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Ellana. Le prĂ©nom voletait au-dessus d'elle. Sans qu'elle parvienne Ă  l’attraper. Sans qu'il s’éloigne tout Ă  fait. Ellana. Comment s'appelait-elle avant ? Pourquoi son passĂ© lui Ă©tait-il devenu Ă©tranger ? Qui Ă©tait-elle dĂ©sormais ? Ellana. Elle ferma les yeux, tentant d'oublier l'odeur rance qui flottait dans la grande salle. Ellana. Les enfants Ă©taient partis. RentrĂ©s chez eux puisque tous avaient un chez eux. "À demain, Ellana." Ellana. Elle avait rĂ©sistĂ© Ă  l'envie de courir vers le large, vers la MĂšre Nature qui la guidait autrefois. Ne pas se retourner, aller de l'avant. Toujours. Elle s'Ă©tait arrangĂ© un coin dans la grande salle dĂ©serte, s'Ă©tait allongĂ©e. Ellana. Elle avait 18 ans. Des milliers de choses Ă  raconter. Et mille fois plus Ă  vivre. Elle s'endormit sans s'en apercevoir. Ellana. Doucement le prĂ©nom se posa sur ses paupiĂšres closes, se glissa le long de sa respiration rĂ©guliĂšre, se coula dans son cƓur, son Ăąme et chacune des cellules de son corps. Il devint elle. Elle devint lui. Ellana.
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Pierre Bottero (Ellana (Le Pacte des MarchOmbres, #1))
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Le culte des sens a Ă©tĂ© souvent dĂ©criĂ©, et Ă  juste titre : un instinct naturel inspire aux hommes la terreur de passions et de sensations qui leur semblent plus fortes qu'eux-mĂȘmes, et qu'ils ont conscience de partager avec les formes infĂ©rieures du monde organique. Mais Dorian Gray estimait que la vraie nature des sens n'avait jamais Ă©tĂ© bien comprise, qu'ils avaient gardĂ© leur animalitĂ© sauvage uniquement parce qu'on avait voulu les soumettre par la famine ou les tuer Ă  force de souffrance, au lieu de chercher Ă  en faire les Ă©lĂ©ments d'une spiritualitĂ© nouvelle, ayant pour trait dominant une sĂ»re divination de la beautĂ©. Quand il considĂ©rait la marche de l'homme Ă  travers l'Histoire, il Ă©tait poursuivi par une impression d'irrĂ©parable dommage. Que de choses on avait sacrifiĂ©es, et combien vainement ! Des privations sauvages, obstinĂ©es, des formes monstrueuses de martyre et d'immolation de soi, nĂ©es de la peur, avaient abouti Ă  une dĂ©gradation plus Ă©pouvantable que la dĂ©gradation tout imaginaire qu'avaient voulu fuir de pauvres ignorants : la Nature, dans sa merveilleuse ironie, avait amenĂ© les anachorĂštes Ă  vivre dans le dĂ©sert, mĂȘlĂ©s aux animaux sauvages ; aux ermites, elle avait donnĂ© pour compagnons les bĂȘtes des champs.
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Oscar Wilde (The Picture of Dorian Gray)
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De nos jours, on vante l' "objectivitĂ©" d'un homme qui affirme calmement et froidement que deux et deux font cinq, et on accuse de subjectivitĂ© ou d'Ă©motivitĂ©, l'homme qui rĂ©plique avec indignation que cela fait quatre (2) ; on ne veut pas admettre que l'objectivitĂ© c'est l'adĂ©quation Ă  l'objet et non le ton ni la mimique ; ni surtout une placiditĂ© factice, inhumaine et insolente. On oublie surtout aussi que l'Ă©motion a ses droits dans l'arsenal de la dialectique humaine, et que ceux-ci -puisque ce sont des droits- ne sauraient ĂȘtre contraires Ă  l'objectivitĂ© ; mĂȘme la pensĂ©e la plus strictement objective -intellectuelle ou rationnelle- s'accompagne d'une facteur psychique, donc subjectif, Ă  savoir le sentiment de certitude ; sans quoi l'homme ne serait pas homme. Or l'homme est fait « Ă  l'image de Dieu », c'est toute sa raison d'ĂȘtre ; blĂąmer un trait naturel et foncier de l'homme reviendrait Ă  blĂąmer non seulement l'intention crĂ©atrice », mais la nature mĂȘme du CrĂ©ateur. (2)on connaĂźt le dicton populaire : « un tel se fĂąche, donc il a tort » que l'on applique souvent de travers. En rĂ©alitĂ©, ce mot se rĂ©fĂšre Ă  des gens qui se mettent en colĂšre parce que, dan leur tort, ils sont Ă  court d'arguments ; la colĂšre supplĂ©ant alors Ă  la preuve ou au droit.
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Frithjof Schuon (Résumé de métaphysique intégrale)
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Si nous avons accordé à l'Amérique le privilÚge de l'histoire cumulative, n'est-ce pas, en effet, seulement parce que nous lui reconnaissons la paternité d'un certain nombre de contributions que nous lui avons empruntées ou qui ressemblent aux nÎtres ? Mais quelle serait notre position, en présence d'une civilisation qui se serait attachée à développer des valeurs propres, dont aucune ne serait susceptible d'intéresser la civilisation de l'observateur ? Celui-ci ne serait-il pas porté à qualifier cette civilisation de stationnaire ? En d'autres termes la distinction entre les deux formes d'histoire dépend-elle de la nature intrinsÚque des cultures auxquelles on l'applique, ou ne résulte-t-elle pas de la perspective ethnocentrique dans laquelle nous nous plaçons toujours pour évaluer une culture différente ? Nous considérerions ainsi comme cumulative toute culture qui se développerait dans un sens analogue au nÎtre, c'est-à-dire dont le développement serait doté pour nous de signification. Tandis que les autres cultures nous apparaßtraient comme stationnaires, non pas nécessairement parce qu'elles le sont, mais parce que leur ligne de développement ne signifie rien pour nous, n'est pas mesurable dans les termes du systÚme de références que nous utilisons. (p.32-33)
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Claude LĂ©vi-Strauss (Race et histoire)
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De l’espĂšce d’ñme qui a la plus haute autoritĂ© en nous, voici l’idĂ©e qu’il faut s’en faire : c’est que Dieu nous l’a donnĂ©e comme un gĂ©nie, et c’est le principe que nous avons dit logĂ© au sommet de notre corps, et qui nous Ă©lĂšve de la terre vers notre parentĂ© cĂ©leste, car nous sommes une plante du ciel, non de la terre, nous pouvons l’affirmer en toute vĂ©ritĂ©. Car Dieu a suspendu notre tĂȘte et notre racine Ă  l’endroit oĂč l’ñme fut primitivement engendrĂ©e et a ainsi dressĂ© tout notre corps vers le ciel. Or, quand un homme s’est livrĂ© tout entier Ă  ses passions ou Ă  ses ambitions et applique tous ses efforts Ă  les satisfaire, toutes ses pensĂ©es deviennent nĂ©cessairement mortelles, et rien ne lui fait dĂ©faut pour devenir entiĂšrement mortel, autant que cela est possible, puisque c’est Ă  cela qu’il s’est exercĂ©. Mais lorsqu’un homme s’est donnĂ© tout entier Ă  l’amour de la science et Ă  la vraie sagesse et que, parmi ses facultĂ©s, il a surtout exercĂ© celle de penser Ă  des choses immortelles et divines, s’il parvient Ă  atteindre la vĂ©ritĂ©, il est certain que, dans la mesure oĂč il est donnĂ© Ă  la nature humaine de participer Ă  l’immortalitĂ©, il ne lui manque rien pour y parvenir ; et, comme il soigne toujours la partie divine et maintient en bon Ă©tat le gĂ©nie qui habite en lui, il doit ĂȘtre supĂ©rieurement heureux.
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Plato (Timaeus)
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Toƣi cei ce, savanƣi ori oameni de rñnd, se mulƣumesc a primi drept răspuns la marile üntrebări pe care Ɵi le pune omul despre rostul lui ün lume, despre univers Ɵi despre viaƣă, despre suferinƣă Ɵi nedreptate, fraze ca: universul a fost dintotdeauna Ɵi va fi mereu, viaƣa e un fenomen natural, üntñmplarea a creat totul, gñndirea e forma superioară a conƟtiinƣei omeneƟti, dovedesc că sunt tare puƣin exigenƣi. Asemenea răspunsuri sunt simple stereotipii simpliste Ɵi-Ɵi au echivalentul ün: cñnd vorbeƟti cu mine să taci din gură. Dimpotrivă, nimic nu e firesc Ɵi toul e de mirare Ɵi minunat. Evoluƣia e o taină Ɵi o minune. Întrebările pe care Ɵi le pune conƟtiinƣa sunt o taină. Natura Ɵi legile ei implacabile sunt o minune. Din toate părƣile minunile ne ümpresoară Ɵi tabără asupră-ne, neüntrerupt Ɵi mai persistent decñt razele cosmice. ƞi nici măcar prostia sau indiferenƣa nu pot constitui pñnă la urmă un cñmp magnetic care să ne apere de ele (...). Angoasa (ori exaltarea) pñnă la urmă tot scutură orice suflet, fie Ɵi cel mai obtuz: ül scutură ün celula din ünchisoare, pe patul de suferinƣă, ün clipa morƣii ori din senin, pe stradă, pe drum drept. Orice faptă e anti-destin. Orice operă e anti-natură. Orice hotărñre e anti-neant. Iubirea de aproapele e un mister de credinƣă. Dragostea Ɵi iertarea nu sunt naturale.
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Nicolae Steinhardt (Jurnalul fericirii)
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Ndoto za wachawi ni tofauti kidogo na ndoto takatifu. Wachawi wanapokuwa hawahitaji kusafiri kutoka sehemu moja kwenda nyingine, lakini wana hamu ya kuona wenzao wanafanya nini au wanasema nini, huwa wanalala ubavu mmoja upande wa kushoto kwa jina la mungu wao na la mashetani wote. Kisha wanatoa mvuke wa bluu midomoni mwao. Kupitia mvuke huo, kwa nguvu za Shetani na kwa ruhusa ya Mwenyezi Mungu, wataona na watasikia kila kinachofanyika upande wa pili. Kile wanachotaka kukiona na kukisikia hujifunua katika ufahamu wao kama taswira au maono, kutoka katika akili isiyotambua, ya watu wakifanya au wakisema kitu. Kama wanataka kujua siri za watu wengine, hata wale ambao si wachawi, watazijua kupitia ndoto hizo; kwa sababu ya makubaliano ya wazi, si ya siri, waliyoingia na Shetani. Makubaliano hayo si ya lelemama; yaani yale ambayo hufanywa kwa kutoa kafara ya mnyama, au kufuru ya aina yoyote ile kwa Mwenyezi Mungu, au kwa kuabudu dini za kichawi. Lakini ni kwa sadaka halisi ya wao wenyewe ya mwili na roho kwa Shetani na kwa kufuru ya kuikana kabisa, imani ya Mwenyezi Mungu. Lakini hiyo ni kwa wale wanaotumia uchawi wa kishetani. Wale wanaotumia uchawi wa asili, kama vile kutumia risasi kumroga mtu kwa sababu risasi mungu wake ni sayari ya Zohali, au wale walioingia mkataba wa siri na Shetani, hawana uwezo wa kuota hivyo. Hivyo, si kila mchawi anaweza kuota ndoto za namna hiyo, ni kwa wale tu walioingia mkataba wa wazi na Shetani.
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Enock Maregesi
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Pierdut cĂąteodată Ăźn larga și neprihănita singurătate a naturii, cine n-a ascultat graiul duios si mistic, Ăźn care adierile călătoare ale dimineții ĂźÈ™i destăinuiesc frunzelor adormite ale codrului eterna lor dragoste? Al cui suflet n-a Ăźntinerit Ăźn fața unei picături de rouă, ce Ăźndoaie, sub greutatea răcoroasă și scĂąnteietoare, fruntea Ăźncărcată parcă de gĂąnduri a unei flori? Cu măsura scurtă și neĂźndestulătoare a inimii sale, cine n-a căutat totuși să socotească nemărginitul adĂąnc al patimii nevinovate, cu care o undă zglobie ĂźÈ™i lasă strălucitoarea-i goliciune Ăźn voia dezmierdărilor șăgalnice ale unei raze de lumină, spre a-și arunca Ăźn urmă, peste pudoarea-i parcă jignită, haina de umbră a pădurilor? De cĂąte ori, Ăźn mijlocul arborilor muți si neclintiți, nu ne-am simțit ca Ăźn tovărășia unor vechi și buni prieteni guralivi! De cĂąte ori nu le-am destăinuit lor durerile noastre și de cĂąte ori, mai cu seamă, nu ne-au alinat ei aceste dureri! Din nenumăratele generațiuni de foi putrede și Ăźngrămădite de vremuri unele peste altele, cine n-a văzut cum ĂźÈ™i ridică fruntea, rar și sfios, o floare albastră sau roșie, și cine, iarăși, n-a Ăźnțeles cum răsare viața din păturile eterne ale morții?... Și, Ăźn fața veșnicei nimiciri, cine nu s-a simțit el insuși lunecĂąnd pe rostul fatal al lucrurilor spre Ăźnsăși neĂźnlăturata și desăvĂąrșita sa neființă?... Și cine n-a Ăźndreptat atunci, din nestatornicia lumii acestea, o dureroasă amintire spre lumea de veșnică odihnă a celor ce nu mai sunt?... Și... al cui suflet n-a simțit răsărindu-i, fără de voie, o lacrimă caldă la capătul cugetărilor sale?...
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Calistrat HogaƟ (Pe drumuri de munte)
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Mais un soir que j'Ă©tois assis prĂšs de la tombe oĂč reposent LĂ©once et Delphine, tout Ă  coup un remords s'Ă©leva dans le fond de mon coeur, et je me reprochai d'avoir regardĂ© leur destinĂ©e comme la plus funeste de toutes. Peut-ĂȘtre dans ce moment, mes amis, touchĂ©s de mes regrets, vouloient-ils me consoler, cherchoient-ils Ă  me faire connoĂźtre qu'ils Ă©toient heureux, qu'ils s'aimoient, et que l'Être-suprĂȘme ne les avoit point abandonnĂ©s, puisqu'il n'avoit pas permis qu'ils survĂ©cussent l'un Ă  l'autre. Je passai la nuit Ă  rĂȘver sur le sort des hommes; ces heures furent les plus dĂ©licieuses de ma vie, et cependant le sentiment de la mort les a remplies tout entiĂšres; mais je n'en puis douter, du haut du ciel mes amis dirigeoient mes mĂ©ditations; ils Ă©cartoient de moi ces fantĂŽmes de l'imagination qui nous font horreur du terme de la vie; il me sembloit qu'au clair de la lune, je voyois leurs ombres lĂ©gĂšres passer Ă  travers les feuilles sans les agiter; une fois je leur ai demandĂ© si je ne ferois pas mieux de les rejoindre, s'il n'Ă©toit pas vrai que sur cette terre les Ăąmes fiĂšres et sensibles n'avoient rien Ă  attendre que des douleurs succĂ©dant Ă  des douleurs; alors il m'a semblĂ© qu'une voix, dont les sons se mĂȘloient au souffle du vent, me disoit :—Supporte la peine, attends la nature, et fais du bien aux hommes.— J'ai baissĂ© la tĂȘte, et je me suis rĂ©signĂ©; mais, avant de quitter ces lieux, j'ai Ă©crit, sur un arbre voisin de la tombe de mes amis, ce vers, la seule consolation des infortunĂ©s que la mort a privĂ© des objets de leur affection: On ne me rĂ©pond pas, mais peut-ĂȘtre on m'entend.»
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Germaine de Staël-Holstein (Delphine)
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Quand je vis avec mes semblables, ma pensĂ©e s'occupe d'eux si exclusivement, soit pour les aider Ă  vivre bien, soit pour comprendre pourquoi ils vivent mal, que j'oublie absolument de vivre pour mon compte. Quand je m'aperçois que j'ai fait pour eux mon possible et que je ne leur suis plus nĂ©cessaire, ou, ce qui arrive plus souvent, que je ne leur suis bon Ă  rien, j'Ă©prouve le besoin de vivre avec ce moi intĂ©rieur qui s'identifie Ă  la nature et au rĂȘve de la vie dans l'Ă©ternel et dans l'infini. La nature, je le sais, parle dans l'homme plus que dans les arbres et les rochers; mais elle y parle follement, elle y est plus souvent dĂ©lirante que sage, elle y est pleine d'illusions ou de mensonges. Les animaux sauvages eux-mĂȘmes sont tourmentĂ©s d'un besoin d'existence qui nous empĂȘche de savoir ce qu'ils pensent et si leurs obscures manifestations ne sont pas trompeuses. DĂšs qu'ils subissent des besoins et des passions, ils doivent les satisfaire Ă  tout prix, et toute logique de leur instinct de conservation doit cĂ©der Ă  cette sauvage logique de la faim et de l'amour. OĂč donc trouver, oĂč donc surprendre la voix du vrai absolu dans la nature? HĂ©las, dans le silence des choses inertes, dans le mutisme de ce qui ne ment pas! la face impassible du rocher qui boit le soleil, le front sans ombre du glacier qui regarde la lune, la morne altitude des lieux inaccessibles, exercent sur nous un rassĂ©rĂ©nement inexplicable. LĂ , nous nous sentons comme suspendus entre ciel et terre, dans une rĂ©gion d'idĂ©es oĂč il ne peut y avoir que Dieu ou rien, et, s'il n'y a rien, nous sentons que nous ne sommes rien nous-mĂȘmes et que nous n'existons pas; car rien ne peut se passer de sa raison d'ĂȘtre.
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George Sand (Le dernier amour)
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L'engagement du disciple dans la voie initiatique consiste Ă  prendre progressivement conscience du « Regard » divin qui transcende celui des hommes. Bien au-delĂ  des rĂŽles sociaux, ce Regard se pose sur la vie intĂ©rieure de l'homme. « Dieu ne regarde pas vos formes ni vos actes, mais Il regarde ce qui se trouve dans vos cƓurs », dit un hadith attribuĂ© au ProphĂšte Muhammad. C'est dans la mesure oĂč l'homme agit pour Dieu, c'est-Ă -dire conformĂ©ment Ă  sa nature vĂ©ritable, et non pas seulement en vue d'un effet attendu chez les autres, qu'il devient intĂ©rieurement monothĂ©iste et Ă©vite le polythĂ©isme cachĂ© qui consiste Ă  associer au Regard de Dieu celui des autres humains. C'est par la grĂące de ce Regard auquel rien n'Ă©chappe que le disciple revient vers son propre moi et apprend Ă  se connaĂźtre avec toujours plus de finesse et de discernement. Le Regard de Dieu n'est pas seulement celui qui dĂ©voile, il est aussi celui qui transforme. C'est par la grĂące de ce Regard se posant sur l'Ăąme du disciple que celle-ci pourra ĂȘtre libĂ©rĂ©e de l'illusion des tĂ©nĂšbres dans laquelle elle se trouve, puis entrer dans un monde de lumiĂšre, celui de l'amour et de la connaissance. « L'Amour divin est comme une flamme, disait RĂ»mĂź, lorsqu'il entre dans le cƓur du disciple, il brĂ»le tout et Dieu seul reste. » Celui qui a goĂ»tĂ© Ă  cet Amour ne peut plus l'oublier et n'a de cesse de le retrouver. Cette flamme sacrĂ©e constitue un mystĂšre si profond que personne ne peut en parler sans le galvauder. En fait, on ne peut Ă©voquer que des conditions ou des effets de l'Amour, mas nul ne peut parler de sa rĂ©alitĂ©, car il est justement au-delĂ  de toute parole : il ne peut ĂȘtre qu'une expĂ©rience, une saveur, un vĂ©cu.
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Faouzi Skali (Le Souvenir de l'Être Profond)
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Mais la question ne se rĂ©duit pas seulement Ă  l'ennui que procure cette gent Ă©crivassiĂšre ; il faut aussi souligner sa nocivitĂ©, car la « stupiditĂ© intelligente », surtout dans l'Italie actuelle, est remarquablement organisĂ©e. C'est une sorte de franc-maçonnerie implantĂ©e dans diffĂ©rents milieux et qui dĂ©tient pratiquement toutes les positions-clĂ©s de l'Ă©dition, lorsque celles-ci ne sont pas dĂ©jĂ  tenues et contrĂŽlĂ©es par des Ă©lĂ©ments de gauche. Ses reprĂ©sentants possĂšdent un flair trĂšs dĂ©veloppĂ© pour reconnaĂźtre immĂ©diatement ceux qui ont une nature diffĂ©rente et pour les frapper d'ostracisme. Nous donnerons Ă  ce sujet un exemple banal mais significatif II existe en Italie un groupe d'intellectuels rassemblĂ©s autour d'une revue assez largement diffusĂ©e et bien faite, qui se voudrait anticonformiste et qui critique volontiers le rĂ©gime politique et les moeurs d'aujourd'hui. Mais cette revue s'est bien gardĂ©e de contacter les rares auteurs qui pourraient lui donner, si elle voulait faire un travail sĂ©rieux, une base positive en matiĂšre de principes et de vision traditionnelle du monde. Ces auteurs ne sont pas seulement ignorĂ©s, ils sont aussi rejetĂ©s, exactement comme fait la presse de gauche, prĂ©cisĂ©ment parce qu'on sent que ce sont des hommes d'une autre trempe. Cela montre clairement que ce brillant anticonformisme n'est qu'un moyen pour se faire remarquer et pour parader, tout restant sur le plan du dilettantisme. Au demeurant, le fondateur de la revue en question, mort il y a quelques annĂ©es, n'hĂ©sita pas Ă  dire un jour que si un rĂ©gime diffĂ©rent existait aujourd'hui, il changerait probablement de camp, de façon Ă  ĂȘtre toujours dans l'« opposition» - le but, Ă©videmment, Ă©tant de « briller » et d'Ă©taler son « intelligence ».
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Julius Evola (L'arco e la clava)
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Am avut un somn zbuciumat, din care am tresărit de cĂąteva ori, și de pe la 5 fără 10 n-am mai putut dormi. Trebuia să aflu ce s-a ĂźntĂąmplat cu Paul Moraru, și fără să mă vadă nimeni, m-am strecurat afară din pensiune. Mă simțeam sfĂąrșit, așa că am luat mașina și m-am dus la New Montana, unde mi-am comandat un mic dejun continental și un suc natural de portocale. Revigorant, am condus pĂąnă Ăźn satul lui Paul și m-am oprit la barul Ăźn care băusem cu el. În bar nu era nimeni. Barmanul, un tĂąnăr rotofei, cu o mutră somnoroasă, m-a recunoscut. -Ah, sunteți de la Loteria Vizelor și Ăźl căutați pe Paul, zise el, Ăźnviorat de faptul că mă recunoscuse. -Da, am Ăźngăimat eu, fără prea mare tragere de inimă. -Bietul Paul
 CĂąnd a Ăźnceput cu „bietul”, mi s-a ridicat părul pe mine. Bietul Paul a murit, mă așteptam să zică. -A avut un accident, chiar azi-noapte, după ce a băut cu dumneavoastră. A căzut Ăźn fĂąntĂąnă. Aia părăsită, de la intersecția cu Valea Morii. Ascultam cu sufletul la gură, fără să rostesc vreun cuvĂąnt. -Aia e o fĂąntĂąnă secată de vreo 15 ani, continuă barmanul, și frunzele și mizeria, care se aruncă acolo de toată lumea au Ăźnălțat groapa și norocul lui a fost că fĂąntĂąna n-a fost adĂąncă decĂąt de vreo doi metri jumate. Spre dimineață l-au scos niște oameni. Are doar cĂąteva zgĂąrieturi. Am răsuflat ușurat. Bețivul avusese noroc. Dar ce noroc avusesem eu! -Tre’ să vină acuma, că asta-i ora lui. Și barmanul se uită pe gemulețul crăpat din lateral. -Ia uite-l că vine! Vorbim de lup și lupul la ușă. Să fug, să stau
 Era prea tĂąrziu să mai fug. Paul intră Ăźn bar, nu se uită la mine și ceru 100 de grame de votcă. -Ce faci, măi, Păulică, zise barmanul, nu-l mai recunoști pe domnul de aseară, de la Loterie? -Nu, zise el, uitĂąndu-se fix la barman. Citește Ăźn continuare aici
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Nicole Duțu
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Cette qualitĂ© de la joie n’est-elle pas le fruit le plus prĂ©cieux de la civilisation qui est nĂŽtre ? Une tyrannie totalitaire pourrait nous satisfaire, elle aussi, dans nos besoins matĂ©riels. Mais nous ne sommes pas un bĂ©tail Ă  l’engrais. La prospĂ©ritĂ© et le confort ne sauraient suffire Ă  nous combler. Pour nous qui fĂ»mes Ă©levĂ©s dans le culte du respect de l’homme, pĂšsent lourd les simples rencontres qui se changent parfois en fĂȘtes merveilleuses
 Respect de l’homme ! Respect de l’homme !
 LĂ  est la pierre de touche ! Quand le Naziste respecte exclusivement qui lui ressemble, il ne respecte rien que soi-mĂȘme ; il refuse les contradictions crĂ©atrices, ruine tout espoir d’ascension, et fonde pour mille ans, en place d’un homme, le robot d’une termitiĂšre. L’ordre pour l’ordre chĂątre l’homme de son pouvoir essentiel, qui est de transformer et le monde et soi-mĂȘme. La vie crĂ©e l’ordre, mais l’ordre ne crĂ©e pas la vie. Il nous semble, Ă  nous, bien au contraire, que notre ascension n’est pas achevĂ©e, que la vĂ©ritĂ© de demain se nourrit de l’erreur d’hier, et que les contradictions Ă  surmonter sont le terreau mĂȘme de notre croissance. Nous reconnaissons comme nĂŽtres ceux mĂȘmes qui diffĂšrent de nous. Mais quelle Ă©trange parenté ! elle se fonde sur l’avenir, non sur le passĂ©. Sur le but, non sur l’origine. Nous sommes l’un pour l’autre des pĂšlerins qui, le long de chemins divers, peinons vers le mĂȘme rendez-vous. Mais voici qu’aujourd’hui le respect de l’homme, condition de notre ascension, est en pĂ©ril. Les craquements du monde moderne nous ont engagĂ©s dans les tĂ©nĂšbres. Les problĂšmes sont incohĂ©rents, les solutions contradictoires. La vĂ©ritĂ© d’hier est morte, celle de demain est encore Ă  bĂątir. Aucune synthĂšse valable n’est entrevue, et chacun d’entre nous ne dĂ©tient qu’une parcelle de la vĂ©ritĂ©. Faute d’évidence qui les impose, les religions politiques font appel Ă  la violence. Et voici qu’à nous diviser sur les mĂ©thodes, nous risquons de ne plus reconnaĂźtre que nous nous hĂątons vers le mĂȘme but. Le voyageur qui franchit sa montagne dans la direction d’une Ă©toile, s’il se laisse trop absorber par ses problĂšmes d’escalade, risque d’oublier quelle Ă©toile le guide. S’il n’agit plus que pour agir, il n’ira nulle part. La chaisiĂšre de cathĂ©drale, Ă  se prĂ©occuper trop Ăąprement de la location de ses chaises, risque d’oublier qu’elle sert un dieu. Ainsi, Ă  m’enfermer dans quelque passion partisane, je risque d’oublier qu’une politique n’a de sens qu’à condition d’ĂȘtre au service d’une Ă©vidence spirituelle. Nous avons goĂ»tĂ©, aux heures de miracle, une certaine qualitĂ© des relations humaines : lĂ  est pour nous la vĂ©ritĂ©. Quelle que soit l’urgence de l’action, il nous est interdit d’oublier, faute de quoi cette action demeurera stĂ©rile, la vocation qui doit la commander. Nous voulons fonder le respect de l’homme. Pourquoi nous haĂŻrions-nous Ă  l’intĂ©rieur d’un mĂȘme camp ? Aucun d’entre nous ne dĂ©tient le monopole de la puretĂ© d’intention. Je puis combattre, au nom de ma route, telle route qu’un autre a choisie. Je puis critiquer les dĂ©marches de sa raison. Les dĂ©marches de la raison sont incertaines. Mais je dois respecter cet homme, sur le plan de l’Esprit, s’il peine vers la mĂȘme Ă©toile. Respect de l’Homme ! Respect de l’Homme !
 Si le respect de l’homme est fondĂ© dans le cƓur des hommes, les hommes finiront bien par fonder en retour le systĂšme social, politique ou Ă©conomique qui consacrera ce respect. Une civilisation se fonde d’abord dans la substance. Elle est d’abord, dans l’homme, dĂ©sir aveugle d’une certaine chaleur. L’homme ensuite, d’erreur en erreur, trouve le chemin qui conduit au feu.
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Antoine de Saint-Exupéry (Lettre à un otage)
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Le monde d’aujourd’hui est un chaos d’opinions et d’aspirations dĂ©sordonnĂ©es : le soi-disant « monde libre » est un chaos fluide ; la partie totalitaire du monde moderne est un chaos rigide. Par opposition, le monde ancien constituait toujours un ordre, c’est-Ă -dire une hiĂ©rarchie de concepts, chacun au niveau qui lui est propre. Le chaos a Ă©tĂ© provoquĂ©, nous l’avons vu, par le « tĂ©lescopage » humaniste de la hiĂ©rarchie jusqu’au niveau psychique, et par l’intrusion, dans les considĂ©rations terrestres, d’aspirations vers l’autre monde, frustrĂ©es et perverties. L’homme, en raison de sa vĂ©ritable nature, ne peut pas ne pas adorer ; si sa perspective est coupĂ©e du plan spirituel, il trouvera un « dieu » Ă  adorer Ă  un niveau infĂ©rieur, dotant ainsi quelque chose de relatif ce qui seul appartient Ă  l’Absolu. D’oĂč l’existence aujourd’hui de tant de « mots tout-puissants » comme « libertĂ© », « Ă©galitĂ© », « instruction », « science », « civilisation », mots qu’il suffit de prononcer pour qu’une multitude d’ñmes se prosterne en une adoration infra-rationnelle. Les superstitions de la libertĂ© et de l’égalitĂ© ne sont pas seulement le rĂ©sultat mais aussi, en partie, la cause du dĂ©sordre gĂ©nĂ©ral, car chacune, Ă  sa maniĂšre, est une rĂ©volte contre la hiĂ©rarchie ; et elles sont d’autant plus pernicieuses qu’elles sont des perversions de deux des Ă©lans les plus Ă©levĂ©s de l’homme. Corruptio optimi pessima, la corruption du meilleur est la pire ; mais il suffit de rĂ©tablir l’ordre ancien, et les deux idoles en question s’évanouiront de ce monde (laissant ainsi la place aux aspirations terrestres lĂ©gitimes vers la libertĂ© et l’égalitĂ©) et, transformĂ©es, reprendront leur place au sommet mĂȘme de la hiĂ©rarchie. Le dĂ©sir de libertĂ© est avant tout dĂ©sir de Dieu, la LibertĂ© Absolue Ă©tant un aspect essentiel de la DivinitĂ©. Ainsi, dans l’Hindouisme, l’état spirituel suprĂȘme qui marque la fin de la voie mystique est dĂ©signĂ© par le terme de dĂ©livrance (moksha), car c’est un Ă©tat d’union (yoga) avec l’Absolu, l’Infini et l’Éternel, qui permet l’affranchissement des liens de la relativitĂ©. C’est Ă©videmment, avant tout, cet affranchissement auquel le Christ faisait rĂ©fĂ©rence lorsqu’il disait : « Recherchez la connaissance, car la connaissance vous rendra libre », Ă©tant donnĂ© que la connaissance directe, la Gnose, signifie l’union avec l’objet de la connaissance, c’est-Ă -dire avec Dieu. (pp. 59-60)
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Martin Lings (Ancient Beliefs and Modern Superstitions)
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Cher Monsieur Waters, Je reçois votre courrier Ă©lectronique en date du 14 avril dernier et suis comme il se doit impressionnĂ© par la complexitĂ© shakespearienne de votre drame. Chaque personnage dans votre histoire a une harmatia en bĂ©ton. La sienne : ĂȘtre trop malade. La vĂŽtre : ĂȘtre trop bien portant. FĂ»t-ce le contraire, vos Ă©toiles n'auraient pas Ă©tĂ© aussi contrariĂ©es, mais c'est dans la natures des Ă©toiles d'ĂȘtre contrariĂ©es. A ce propos, Shakespeare ne s'est jamais autant trompĂ© qu'en mettant ces mots dans la bouche de Cassius : « La faute, cher Brutus, n'en est pas Ă  nos Ă©toiles ; elle en est Ă  nous-mĂȘmes. » Facile Ă  dire lorsqu'on est un noble romain (ou Shakespeare!), mais nos Ă©toiles ne sont jamais Ă  court de tort. Puisque nous en sommes au chapitre des dĂ©faillances de ce cher vieux William, ce que vous me dites de la jeune Hazel me rappelle le sonnet 55, qui commence, bien entendu ainsi : « Ni le marbre, ni les mausolĂ©es dorĂ©s des princes ne dureront plus longtemps que ma rime puissante. Vous conserverez plus d'Ă©clat dans ces mesures que sous la dalle non balayĂ©e que le temps barbouille de sa lie. (Hors sujet, mais : quel cochon, ce temps ! Il bousille tout le monde.) Un bien joli poĂšme, mais trompeur : nul doute que la rime puissante de Shakespeare nous reste en mĂ©moire, mais que nous rappelons-nous de l'homme qu'il cĂ©lĂšbre ? Rien. Nous sommes certains qu'il Ă©tait de sexe masculin, le reste n'est qu'une hypothĂšse. Shakespeare nous raconte des clopinettes sur l'homme qu'il a enseveli Ă  l'intĂ©rieur de son sarcophage linguistique. (Remarquez que, lorsque nous parlons littĂ©rature, nous utilisons le prĂ©sent. Quand nous parlons d'un mort, nous ne sommes pas aussi gentils.) On ne peut pas immortaliser ceux qui nous ont quittĂ©s en Ă©crivant sur eux. La langue enterre, mais ne ressuscite pas. (Avertissement : je ne suis pas le premier Ă  faire cette observation, cf le poĂšme d'Archibald MacLeish « Ni le marbre, ni les mausolĂ©es dorĂ©s » qui renferme ce vers hĂ©roĂŻque : « Vous mourrez et nul ne se souviendra de vous ») Je m'Ă©loigne du sujet, mais votre le problĂšme : les morts ne sont visibles que dans l’Ɠil dĂ©nuĂ© de paupiĂšre de la mĂ©moire. Dieu merci, les vivants conservent l'aptitude de surprendre et de dĂ©cevoir. Votre Hazel est vivante, Waters, et vous ne pouvez imposer votre volontĂ© contre la dĂ©cision de quelqu'un d'autre, qui plus est lorsque celle-ci est mĂ»rement rĂ©flĂ©chie. Elle souhaite vous Ă©pargner de la peine et vous devriez l'accepter. Il se peut que la logique de la jeune Hazel ne vous convainque pas, mais j'ai parcouru cette vallĂ©e de larmes plus longtemps que vous, et de mon point de vue, Hazel n'est pas la moins saine d'esprit. Bien Ă  vous Peter Van Houten
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John Green (The Fault in Our Stars)
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moi je suis fĂąchĂ© contre notre cercle patriarcal parce qu’il y vient toujours un homme du type le plus insupportable. Vous tous, messieurs, le connaissez trĂšs bien. Son nom est LĂ©gion. C’est un homme qui a bon coeur, et n’a rien qu’un bon coeur. Comme si c’était une chose rare Ă  notre Ă©poque d’avoir bon coeur ; comme si, enfin, on avait besoin d’avoir bon coeur ; cet Ă©ternel bon coeur ! L’homme douĂ© d’une si belle qualitĂ© a l’air, dans la vie, tout Ă  fait sĂ»r que son bon coeur lui suffira pour ĂȘtre toujours content et heureux. Il est si sĂ»r du succĂšs qu’il nĂ©glige tout autre moyen en venant au monde. Par exemple, il ne connaĂźt ni mesure ni retenue. Tout, chez lui, est dĂ©bordant, Ă  coeur ouvert. Cet homme est enclin Ă  vous aimer soudain, Ă  se lier d’amitiĂ©, et il est convaincu qu’aussitĂŽt, rĂ©ciproquement, tous l’aimeront, par ce seul fait qu’il s’est mis Ă  aimer tout le monde. Son bon coeur n’a mĂȘme jamais pensĂ© que c’est peu d’aimer chaudement, qu’il faut possĂ©der l’art de se faire aimer, sans quoi tout est perdu, sans quoi la vie n’est pas la vie, ni pour son coeur aimant ni pour le malheureux que, naĂŻvement, il a choisi comme objet de son attachement profond. Si cet homme se procure un ami, aussitĂŽt celui-ci se transforme pour lui en un meuble d’usage, quelque chose comme un crachoir. Tout ce qu’il a dans le coeur, n’importe quelle saletĂ©, comme dit Gogol, tout s’envole de la langue et tombe dans le coeur de l’ami. L’ami est obligĂ© de tout Ă©couter et de compatir Ă  tout. Si ce monsieur est trompĂ© par sa maĂźtresse, ou s’il perd aux cartes, aussitĂŽt, comme un ours, il fond, sans y ĂȘtre invitĂ©, sur l’ñme de l’ami et y dĂ©verse tous ses soucis. Souvent il ne remarque mĂȘme pas que l’ami lui-mĂȘme a des chagrins par-dessus la tĂȘte : ou ses enfants sont morts, ou un malheur est arrivĂ© Ă  sa femme, ou il est excĂ©dĂ© par ce monsieur au coeur aimant. Enfin on lui fait dĂ©licatement sentir que le temps est splendide et qu’il faut en profiter pour une promenade solitaire. Si cet homme aime une femme, il l’offensera mille fois par son caractĂšre avant que son coeur aimant le remarque, avant de remarquer (si toutefois il en est capable) que cette femme s’étiole de son amour, qu’elle est dĂ©goĂ»tĂ©e d’ĂȘtre avec lui, qu’il empoisonne toute son existence. Oui, c’est seulement dans l’isolement, dans un coin, et surtout dans un groupe que se forme cette belle oeuvre de la nature, ce « spĂ©cimen de notre matiĂšre brute », comme disent les AmĂ©ricains, en qui il n’y a pas une goutte d’art, en qui tout est naturel. Un homme pareil oublie – il ne soupçonne mĂȘme pas –, dans son inconscience totale, que la vie est un art, que vivre c’est faire oeuvre d’art par soi-mĂȘme ; que ce n’est que dans le lien des intĂ©rĂȘts, dans la sympathie pour toute la sociĂ©tĂ© et ses exigences directes, et non dans l’indiffĂ©rence destructrice de la sociĂ©tĂ©, non dans l’isolement, que son capital, son trĂ©sor, son bon coeur, peut se transformer en un vrai diamant taillĂ©.
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Fyodor Dostoevsky
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je lui tendis les trois pommes vertes que je venais de voler dans le verger. Elle les accepta et m'annonça, comme en passant : — Janek a mangĂ© pour moi toute sa collection de timbres-poste. C'est ainsi que mon martyre commença. Au cours des jours qui suivirent, je mangeai pour Valentine plusieurs poignĂ©es de vers de terre, un grand nombre de papillons, un kilo de cerises avec les noyaux, une souris, et, pour finir, je peux dire qu'Ă  neuf ans, c'est-Ă -dire bien plus jeune que Casanova, je pris place parmi les plus grands amants de tous les temps, en accomplissant une prouesse amoureuse que personne, Ă  ma connaissance, n'est jamais venu Ă©galer. Je mangeai pour ma bien-aimĂ©e un soulier en caoutchouc. Ici, je dois ouvrir une parenthĂšse. Je sais bien que, lorsqu'il s'agit de leurs exploits amoureux, les hommes ne sont que trop portĂ©s Ă  la vantardise. A les entendre, leurs prouesses viriles ne connaissent pas de limite, et ils ne vous font grĂące d'aucun dĂ©tail. Je ne demande donc Ă  personne de me croire lorsque j'affirme que, pour ma bien-aimĂ©e, je consommai encore un Ă©ventail japonais, dix mĂštres de fil de coton, un kilo de noyaux de cerises — Valentine me mĂąchait, pour ainsi dire, la besogne, en mangeant la chair et en me tendant les noyaux — et trois poissons rouges, que nous Ă©tions allĂ©s pĂȘcher dans l'aquarium de son professeur de musique. Dieu sait ce que les femmes m'ont fait avaler dans ma vie, mais je n'ai jamais connu une nature aussi insatiable. C'Ă©tait une Messaline doublĂ©e d'une ThĂ©odora de Byzance. AprĂšs cette expĂ©rience, on peut dire que je connaissais tout de l'amour. Mon Ă©ducation Ă©tait faite. Je n'ai fait, depuis, que continuer sur ma lancĂ©e. Mon adorable Messaline n'avait que huit ans, mais son exigence physique dĂ©passait tout ce qu'il me fut donnĂ© de connaĂźtre au cours de mon existence. Elle courait devant moi, dans la cour, me dĂ©signait du doigt tantĂŽt un tas de feuilles, tantĂŽt du sable, ou un vieux bouchon, et je m'exĂ©cutais sans murmurer. Encore bougrement heureux d'avoir pu ĂȘtre utile. A un moment, elle s'Ă©tait mise Ă  cueillir un bouquet de marguerites, que je voyais grandir dans sa main avec apprĂ©hension — mais je mangeai les marguerites aussi, sous son oeil attentif — elle savait dĂ©jĂ  que les hommes essayent toujours de tricher, dans ces jeux-lĂ  — oĂč je cherchais en vain une lueur d'admiration. Sans une marque d'estime ou de gratitude, elle repartit en sautillant, pour revenir, au bout d'un moment, avec quelques escargots qu'elle me tendit dans le creux de la main. Je mangeai humblement les escargots, coquille et tout. A cette Ă©poque, on n'apprenait encore rien aux enfants sur le mystĂšre des sexes et j'Ă©tais convaincu que c'Ă©tait ainsi qu'on faisait l'amour. J'avais probablement raison. Le plus triste Ă©tait que je n'arrivais pas Ă  l'impressionner. J'avais Ă  peine fini les escargots qu'elle m'annonçait nĂ©gligemment : — Josek a mangĂ© dix araignĂ©es pour moi et il s'est arrĂȘtĂ© seulement parce que maman nous a appelĂ©s pour le thĂ©. Je frĂ©mis. Pendant que j'avais le dos tournĂ©, elle me trompait avec mon meilleur ami. Mais j'avalai cela aussi. Je commençais Ă  avoir l'habitude. (La promesse de l'aube, ch.XI)
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Romain Gary (Promise at Dawn)
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J’ai d’ailleurs un ami qui, ces jours-ci, m’a affirmĂ© que nous ne savons mĂȘme pas ĂȘtre paresseux. Il prĂ©tend que nous paressons lourdement, sans plaisir, ni bĂ©atitude, que notre repos est fiĂ©vreux, inquiet, mĂ©content ; qu’en mĂȘme temps que la paresse, nous gardons notre facultĂ© d’analyse, notre opinion sceptique, une arriĂšre-pensĂ©e, et toujours sur les bras une affaire courante, Ă©ternelle, sans fin. Il dit encore que nous nous prĂ©parons Ă  ĂȘtre paresseux et Ă  nous reposer comme Ă  une affaire dure et sĂ©rieuse et que, par exemple, si nous voulons jouir de la nature, nous avons l’air d’avoir marquĂ© sur notre calendrier, encore la semaine derniĂšre, que tel et tel jour, Ă  telle et telle heure, nous jouirons de la nature. Cela me rappelle beaucoup cet Allemand ponctuel qui, en quittant Berlin, nota tranquillement sur son carnet. « En passant Ă  Nuremberg ne pas oublier de me marier. » Il est certain que l’Allemand avait, avant tout, dans sa tĂȘte, un systĂšme, et il ne sentait pas l’horreur du fait, par reconnaissance pour ce systĂšme. Mais il faut bien avouer que dans nos actes Ă  nous, il n’y a mĂȘme aucun systĂšme. Tout se fait ainsi comme par une fatalitĂ© orientale. Mon ami a raison en partie. Nous semblons traĂźner notre fardeau de la vie par force, par devoir, mais nous avons honte d’avouer qu’il est au-dessus de nos forces, et que nous sommes fatiguĂ©s. Nous avons l’air, en effet, d’aller Ă  la campagne pour nous reposer et jouir de la nature. Regardez avant tout les bagages rien laissĂ© de ce qui est usĂ©, de ce qui a servi l’hiver, au contraire, nous y avons ajoutĂ© des choses nouvelles. Nous vivons de souvenirs et l’ancien potin et la vieille affaire passent pour neufs. Autrement c’est ennuyeux ; autrement il faudra jouer au whist avec l’accompagnement du rossignol et Ă  ciel ouvert. D’ailleurs, c’est ce qui se fait. En outre, nous ne sommes pas bĂątis pour jouir de la nature ; et, en plus, notre nature, comme si elle connaissait notre caractĂšre, a oubliĂ© de se parer au mieux. Pourquoi, par exemple, est-elle si dĂ©veloppĂ©e chez nous l’habitude trĂšs dĂ©sagrĂ©able de toujours contrĂŽler, Ă©plucher nos impressions – souvent sans aucun besoin – et, parfois mĂȘme, d’évaluer le plaisir futur, qui n’est pas encore rĂ©alisĂ©, de le soupeser, d’en ĂȘtre satisfait d’avance en rĂȘve, de se contenter de la fantaisie et, naturellement, aprĂšs, de n’ĂȘtre bon Ă  rien pour une affaire rĂ©elle ? Toujours nous froisserons et dĂ©chirerons la fleur pour sentir mieux son parfum, et ensuite nous nous rĂ©volterons quand, au lieu de parfum, il ne restera plus qu’une fumĂ©e. Et cependant, il est difficile de dire ce que nous deviendrions si nous n’avions pas au moins ces quelques jours dans toute l’annĂ©e et si nous ne pouvions satisfaire par la diversitĂ© des phĂ©nomĂšnes de la nature notre soif Ă©ternelle, inextinguible de la vie naturelle, solitaire. Et enfin, comment ne pas tomber dans l’impuissance en cherchant Ă©ternellement des impressions, comme la rime pour un mauvais vers, en se tourmentant de la soif d’activitĂ© extĂ©rieure, en s’effrayant enfin, jusqu’à en ĂȘtre malade, de ses propres illusions, de ses propres chimĂšres, de sa propre rĂȘverie et de tous ces moyens auxiliaires par lesquels, en notre temps, on tĂąche, n’importe comment, de remplir le vide de la vie courante incolore. Et la soif d’activitĂ© arrive chez nous jusqu’à l’impatience fĂ©brile. Tous dĂ©sirent des occupations sĂ©rieuses, beaucoup avec un ardent dĂ©sir de faire du bien, d’ĂȘtre utiles, et, peu Ă  peu, ils commencent dĂ©jĂ  Ă  comprendre que le bonheur n’est pas dans la possibilitĂ© sociale de ne rien faire, mais dans l’activitĂ© infatigable, dans le dĂ©veloppement et l’exercice de toutes nos facultĂ©s.
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Fyodor Dostoevsky
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Așa este pentru noi toți. Avem această latură autocritică despre care credem că ar trebui ucisă și Ăźngropată - și, Ăźntr-adevăr, poate c-ar trebui să se ĂźntĂąmple asta. Dar singura modalitate de a face acest lucru este să ai, mai ĂźntĂąi, compasiune față de motivul pentru care această latură există Ăźn primul rĂąnd. CĂąnd tratăm această latură din noi cu Ăźnțelegere și atenție, ea se diminuează. Aceasta este ideea compasiunii - să ne Ăźnțelegem toate laturile, chiar și pe cele care nu sunt pline de compasiune și de atenție. Dacă suntem geloase pe prietenele noastre și ne simțim vinovate pentru asta, avem două laturi Ăźn noi care au nevoie de compasiune - cea geloasă și cea care reacționează la această gelozie. Înțelegi la ce mă refer? Uneori, am putea avea trei sau patru laturi, toate cerĂąndu-ne Ăźnțelegerea. Pur și simplu, răspunsul nu este să tăiem părți din noi. Asta ar Ăźnsemna și mai mult dispreț de sine. Doar atunci cĂąnd Ăźnțelegem și integrăm toate laturile intrăm Ăźntr-o stare de calm. Acest lucru este valabil mai ales Ăźn ceea ce privește anxietatea și furia. Cu cĂąt denigrăm mai mult părțile din noi care sunt predispuse la anxietate și furie, cu atĂąt ele se dezvoltă mai mult. Singura modalitate de a le diminua prezența este ca mai ĂźntĂąi să le-o accepți. Cu cĂąt ne Ăźmpotrivim, cu atĂąt acel lucru se dezvoltă mai mult. Observi asta atunci cĂąnd reacționezi Ăźn fața copiilor sau a celor apropiați. Dacă ei se comportă negativ, iar tu reacționezi la fel, atunci nu crește coeficientul de negativitate? Acest lucru se ĂźntĂąmplă pentru că alimentăm mai degrabă cu Ăźmpotrivire decĂąt cu acceptare. În momentul Ăźn care vedem ceva inteligent și natural, acel ceva nu mai trebuie să lupte ca să fie important. Simte acceptare și validare. Odată ce a fost văzut, nu are nevoie să atragă atenția și se estompează Ăźncet. Acceptarea este magie.
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Dr. Shefali (A radical awakening)
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From here, to the south and west, one island leads to another, all the way to Frenchboro and Swans Island and Isle au Haut, as this landscape toys with the idea of islands until the sea says enough and there is only water
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Christopher Camuto (Time and Tide in Acadia: Seasons on Mount Desert Island)
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Worldgistic est un transitaire qui fournit des services de transport international de marchandises. Cela peut se faire par voie aĂ©rienne, maritime ou routiĂšre, en fonction de la destination finale et de la nature de la cargaison. Nous jouons le rĂŽle d'intermĂ©diaire entre vous et votre expĂ©dition. Nos Ă©quipes d’experts s’occupent de toute la logistique, du transport des marchandises au dĂ©douanement. Cela vous permet de vous concentrer sur ce que vous faites le mieux, votre activitĂ© !
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Worldgistic
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En 1871, Louis Figuier publie Le Lendemain de la mort ou la vie future selon la science, un gros volume dans lequel il se propose de dĂ©montrer scientifiquement l'immortalitĂ© de l'Ăąme! Selon lui, le corps et la pensĂ©e (ou l'Ăąme) sont deux entitĂ©s distinctes. Puisque d'une gĂ©nĂ©ration Ă  l'autre, la matiĂšre ne disparaĂźt pas et ne fait que changer d'Ă©tat, il en est de mĂȘme pour la pensĂ©e: 'Comme la matiĂšre, ell doit se transformer, sans jamais se dĂ©truire.' Il balaie donc tous les 'traitĂ©s de l'Ăąme' Ă©crits depuis l'AntiquitĂ©, puisque ce 'fait de l'immortalitĂ©' est 'Ă©vident pour lui-mĂȘme'. Le vrai problĂšme, c'est ce que devient l'Ăąme aprĂšs la mort: 'Il nous importerait fort peu, au fond, que l'Ăąme fĂ»t immortelle ou non, si notre Ăąme, Ă©tant rĂ©ellement, indestructible et immortelle, allait servir Ă  un autre que nous-mĂȘmes, ou seulement, si revenant en nous, elle ne conservait point la mĂ©moire de son passĂ©. La rĂ©surrection de l'Ăąme, sans la mĂ©moire du passĂ©, serait un vĂ©ritable anĂ©antissement, ce serait le nĂ©ant des matĂ©rialistes.' Louis Figuier cherche donc Ă  dĂ©montrer que notre Ăąme nous sera conservĂ©e 'dans l'autre vie'. Selon lui, aprĂšs la mort, elle devient un ĂȘtre surhumain, ce que l'on nomme d'habitude un ange. 'Si l'atmosphĂšre est le milieu, l'habitat, de l'homme, le fluide Ă©thĂ©rĂ© est le milieu, l'habitat, de l'ĂȘtre surhumain. Ce passage successif en deux milieus diffĂ©rents d'un ĂȘtre, qui subit une mĂ©tamorphose quand il pĂ©nĂštre dans le nouveau milieu, n'est pas aussi extraordinaire, aussi anormal, aussi contraire aux lois de la nature, que l'on pourrait le croire.' C'est simplement une mĂ©tamorphose, semblable Ă  celle qui voit 'la larve more et noirĂątre rampant dans la fange des Ă©tangs devenir la gracieuse libellule traversant l'air avec grĂące et vigueur... On peut dire, de ce point de vue, que l'homme est la larve ou la chenille de l'ĂȘtre surhumain.' Cet ĂȘtre va occuper un nouvel humain, dĂšs sa naissance, Ă  moins que l'homme dont il provient n'ait eu une existence vertueuse. Dans ce cas il subit une autre mĂ©tamorphose et se transforme en archange. Louis Figuier dĂ©crit alors un prodigieux cycle thĂ©ologico-Ă©cologique. À la suite d'une sĂ©rie de mĂ©tamorphose qui l'amĂšnent Ă  proximitĂ© du soleil, l'esprit en devient la matiĂšre mĂȘme, qui revient sur Terre sous forme de rayons bienfaisants. Ceux-ci dĂ©posent dans les plantes les germes des Ăąmes qui mĂ»riront ensuite peu Ă  peu, passant des vĂ©gĂ©taux aux animaux infĂ©rieurs, puis aux oiseaux et aux mammifĂšres, jusqu'Ă  l'homme. TrĂšs catholique, Figuier estimait pourtant que cette forme de mĂ©tempsycose Ă©tait bien prĂ©fĂ©rable aux dogmes chrĂ©tiens sur l'enfer et le paradis, qu'il trouvait profondĂ©ment injustes, et donc incompatibles avec la bienveillance divine: 'Le retour Ă  une seconde vie terrestre est, en effet, une punition moins cruelle, plus raisonnable et plus juste que la condamnation aux tourment Ă©ternels. Ici la peine n'est qu'en proportion du pĂ©chĂ©; elle est Ă©quitable et indulgente, comme le chĂątiment d'un pĂšre.' Son livre mis Ă  l'Index par l'Église Catholique, sera rĂ©imprimĂ© dix fois jusqu'en 1904, dix ans aprĂšs la mort de son auteur et, peut-ĂȘtre, sa propre mĂ©tamorphose.
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Jean-Baptiste de Panafieu (MĂ©tamorphoses Deyrolle)
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On pense toujours que le plus difficile dans une ascension, c'est de se hisser jusqu'au sommet, les livres ou les films ne parlent que de ça, parce que c'est le temps de la conquĂȘte et de l'exploit, la mĂ©taphore du progrĂšs humain et de la domination de la nature, alors que tous les alpinistes vous diront que c'est de loin la descente qui reprĂ©sente le plus grand danger. Climax
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Thomas B Reverdy
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Nu culoarea pielii, nu bogăția, nu apartenența etnică sau religioasă ne fac oameni buni sau răi. Ceea ce facem și, mai ales, felul Ăźn care Ăźi ajutăm pe cei care au nevoie de ajutor ar trebui să fie mult mai importante. Ambiția mea e să fiu un om decent. Nu pot să fiu perfect, dar voi fi Ăźn mod sigur decent.
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Valeriu Nicolae (Țigan țăndări)
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Si donc les corps premiers sont, comme je l'ai montré, solides et sans vide, ils sont nécessairement doués d'éternité. Du reste si la matiÚre n'avait pas été éternelle, depuis longtemps déjà les choses seraient toutes et tout entiÚres retournées au néant, et c'est du néant que serait né de nouveau tout ce que nous voyons.
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De la nature = De rerum natura: Texte original
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Quand Ă  cela vous rĂ©pondez que les "Cinq Mudras" et les "Trois Objets" sont instituĂ©s pour vĂ©hiculer votre "barakah personnelle", on peut se demander pourquoi cette barakah ne peut ĂȘtre vĂ©hiculĂ©e par des moyens de forme islamique, puisque vous ĂȘtes musulman et que vos disciples qui les utilisent le sont Ă©galement ? Si d'aprĂšs les caractĂšres du vĂ©hicule on peut infĂ©rer de la nature de l'influence vĂ©hiculĂ©e, ne pourrait-on pas penser que cette "barakah" n'est pas en rĂ©alitĂ© islamique ? Mais puisque le rite qui vĂ©hicule ou actualise cette barakah est visiblement "syncrĂ©tiste", s'agit-il toujours bien d'une influence d'origine spirituelle plutĂŽt que d'une "influence psychique" ? Dans ce dernier cas qu'elle en est la fonction au point de vue initiatique ? Plus prĂ©cisĂ©ment quel rĂŽle crĂ©e-t-elle par rapport Ă  l'influence spirituelle de la silsilah ? Puisqu'elles ne peuvent en rĂ©alitĂ© ĂȘtre divergentes, laquelle l'emportera ? Il faut espĂ©rer que ce sera tout de mĂȘme celle de la silsilah... C'est d'ailleurs ce qui semble rĂ©sulter d'aprĂšs le fait que vos amis s'appliquent vraiment Ă  rĂ©duire l'importance de ces "moyens" en disant qu'ils n'ont jamais eu une application rĂ©pandue dans la tarĂźqah, et qu'on ne peut pas en faire une objection fondamentale. Mais dans ce cas tient-on toujours Ă  attribuer Ă  ces rites une vertu vĂ©ritablement initiatique et Ă  l'influence vĂ©hiculĂ©e le nom de "barakah" ? Il faut tout de mĂȘme qu'on sache exactement ce qu'on veut soutenir: s'il s'agit de choses valables et authentiques qu'on ait le courage de les expliquer et de les lĂ©gitimer; par contre si l'on veut en diminuer la gravitĂ© qu'on reconnaisse carrĂ©ment qu'il s'agit de choses sans importance intrinsĂšque. Mais dans ce dernier cas la premiĂšre question qui se pose est celle concernant la nature des "inspirations" dont ces inventions procĂšdent. A mon avis celle-ci est dĂ©jĂ  trahie par le "syncrĂ©tisme" des rites en cause. (Lettre de M.VĂąlsan Ă  F.Schuon, novembre 1950)
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Michel VĂąlsan
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C'Ă©tait d'une beautĂ© cruelle, Ă  vous ravir le souffle, presque humaine mais en mĂȘme temps au-delĂ  de tout souci humain.
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Jonathan Littell
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Le monde a proclamĂ© la libertĂ©, ces derniĂšres annĂ©es surtout ; mais que reprĂ©sente cette libertĂ© ! Rien que l'esclavage et le suicide ! Car le monde dit : "Tu as des besoins, assouvis-les, tu possĂšdes les mĂȘmes droits que les grands, et les riches. Ne crains donc pas de les assouvir, accrois-les mĂȘme" ; voilĂ  ce qu'on enseigne maintenant. Telle est leur conception de la libertĂ©. Et que rĂ©sulte-t-il de ce droit Ă  accroĂźtre les besoins ? Chez les riches, la solitude et le suicide spirituel ; chez les pauvres, l'envie et le meurtre, car on a confĂ©rĂ© des droits, mais on n'a pas encore indiquĂ© les moyens d'assouvir les besoins. On assure que le monde, en abrĂ©geant les distances, en transmettant la pensĂ©e dans les airs, s'unira toujours davantage, que la fraternitĂ© rĂšgnera. HĂ©las ! ne croyez pas Ă  cette union des hommes. Concevant la libertĂ© comme l'accroissement des besoins et leur prompte satisfaction, ils altĂšrent leur nature, car ils font naĂźtre en eux une foule de dĂ©sirs insensĂ©s, d'habitudes et d'imaginations absurdes. Ils ne vivent que pour s'envier mutuellement, pour la sensualitĂ© et l'ostentation. Donner des dĂźners, voyager, possĂ©der des Ă©quipages, des grades, des valets, passe pour une nĂ©cessitĂ© Ă  laquelle on sacrifie jusqu'Ă  sa vie, son honneur et l'amour de l'humanitĂ©, on se tuera mĂȘme, faute de pouvoir la satisfaire. Il en est de mĂȘme chez ceux qui ne sont pas riches ; quant aux pauvres, l'inassouvissement des besoins et l'envie sont pour le moment noyĂ©s dans l'ivresse. Mais bientĂŽt, au lieu de vin, ils s'enivreront de sang, c'est le but vers lequel on les mĂšne. Dites-moi si un tel homme est libre.
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Fiodor DostoĂŻevski (The Brothers Karamazov)
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Je crois que nous avons toujours besoin d'une période de vide avant de pouvoir changer, un peu comme la nature a des cycles et qu'il faut passer par un temps d'hiver et d'immobilité pour que la vie revienne au printemps suivant.
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Stéphane Wegner (Un jour sur trois: Roman policier)
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Pour Ă©lever un État du dernier degrĂ© de barbarie au plus haut degrĂ© d’opulence, il ne faut que trois choses : la paix, des taxes modĂ©rĂ©es et une administration tolĂ©rable de la justice. Tout le reste est amenĂ© par le cours naturel des choses.
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Adam Smith (Recherches sur la Nature et les Causes de la Richesse des Nations (Intégrale livres 1 à 5))
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DÚs lors que l'on choisit de mettre un enfant au monde, on parle moins de dons que de dettes. Du don de la vie de jadis, on est passé à une dette infinie à l'égard de celui que ni Dieu ni la nature ne nous impose plus et qui saura bien vous rappeler un jour qu'il n'a pas demandé à naßtre...
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Stephanie Thomas (Mal de mĂšres : Dix femmes racontent le regret d'ĂȘtre mĂšre)
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S'efforcer de rendre la beautĂ© de quelque chose que l'on juge beau, sans plus, c'est fade, c'est sot. Les « MaĂźtres » crĂ©ent, par leur autoritĂ© suprĂȘme, une belle chose avec un rien, ou bien, tout en Ă©tant Ă©cƓurĂ©s par une chose laide, ils ne se cachent pas qu'ils la trouvent intĂ©ressante et se plaisent Ă  la reprĂ©senter. Bref, c'est grĂące Ă  Takeishi que me fut donnĂ© le secret original de la maniĂšre de peindre, qui ne tient pas compte de l'opinion. En me cachant des visiteuses, je me mis peu Ă  peu Ă  exĂ©cuter mes propres portraits. Je peignais des tableaux d'une cruautĂ© cachĂ©e qui m'Ă©tonnĂšrent moi-mĂȘme. Pourtant, comme je voulais dissimuler au fond de moi ma vrai nature, devant le monde je riais et je faisais rire, mais en vĂ©ritĂ© mon cƓur Ă©tait triste et Ă  cela il n'y avait rien Ă  faire, me disais-je intĂ©rieurement.
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Osamu Dazai
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La loi morale doit ĂȘtre respectĂ©e car elle garantit la cohĂ©sion de la sociĂ©tĂ©. Lorsque la vĂ©ritĂ© de soi appelle Ă  une transgression qui n’est pas le fait d’une rĂ©bellion mais d’une rĂ©conciliation avec l’appel de l’ñme, le temps vient pour la Nature d’évoluer et de redĂ©finir le cadre de Vie.
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Arnaud Segla (Au nom de l'a-guÚre, le jour du réveil)
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Il y avait bien de gros nuages noirs au-dessus de nous. J'ai baissĂ© ma vitre et senti l'odeur de la pluie. Dans le dĂ©sert, on la sent avant mĂȘme qu'une goutte ne soit tombĂ©e. J'ai fermĂ© les yeux et tendu ma main. La premiĂšre goutte de pluie Ă©tait comme un baiser. Le ciel m'embrassait. Cette idĂ©e m'a plu. C'Ă©tait une pensĂ©e que Dante aurait pu avoir. J'ai senti une autre goutte, puis une autre. Un baiser. Un baiser. Et encore un baiser. J'ai pensĂ© Ă  mes rĂȘves dans lesquels j'embrassais quelqu'un, mais je ne sais jamais qui. Soudain, ça a Ă©tĂ© un vĂ©ritable dĂ©luge. J'ai remontĂ© la vitre. Mon bras Ă©tait mouillĂ©, la manche de mon tee-shirt trempĂ©e.
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Benjamin Alire SĂĄenz (Aristotle and Dante Discover the Secrets of the Universe (Aristotle and Dante, #1))
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Je suis nĂ©. Je n’insisterai pas sur ce fait, peu caractĂ©ristique en lui-mĂȘme. Mais ce petit malheur devait ĂȘtre le premier maillon d’une chaĂźne de calamitĂ©s du mĂȘme ordre : imposĂ©es par les circonstances, jamais librement acceptĂ©es. L’homme vient au monde de façon peu digne, indĂ©pendante non seulement de sa propre volontĂ© mais souvent mĂȘme de celle des auteurs responsables. Ainsi la naissance est-elle une leçon de choses, la premiĂšre mais non la moins magistrale. La nature nous dit, comme elle nous le rĂ©pĂ©tera plus tard jusqu’à la nausĂ©e : « Tu es le plus faible, tu dois te laisser faire. » NaĂźtre n’est que la premiĂšre Ă©tape d’une longue sĂ©rie noire. On commence en se laissant enfanter ; puis on se fait nourrir, instruire, Ă©duquer, et l’on devient ainsi, petit Ă  petit, la proie des hommes, des femmes et des Ă©vĂ©nements. Et l’habitude est si bien prise qu’il devient bientĂŽt impossible de remonter le courant.
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Marcel LĂ©vy (Das Leben und ich)
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Car la nature humaine est ainsi faite, que les peines et les souffrances éprouvées simultanément ne s'additionnent pas totalement dans notre sensibilité, mais se dissimulent les unes derriÚres les autres par ordre de grandeur décroissante selon les lois bien connues de la perspective. Mécanisme bien providentiel qui rend possible notre vie au camp. Voilà pourquoi on entend dire si souvent dans la vie courante que l'homme est peréptuellement insatisfait : en réalité bien plus que l'incapacité de l'homme à atteindre à la sérénité absolue, cette opinion révÚle combien nous connaissons mal la nature complexe de l'état de malheur, et combien nous nous trompons en donnant à des causes multiples et hiérarchiquement subordonnées le nom unique de la cause principale.
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Primo Levi (If This Is a Man ‱ The Truce)
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Car la nature humaine est ainsi faite, que les peines et les souffrances Ă©prouvĂ©es simultanĂ©ment ne s'additionnent pas totalement dans notre sensibilitĂ©, mais se dissimulent les unes derriĂšres les autres par ordre de grandeur dĂ©croissante selon les lois bien connues de la perspective. MĂ©canisme bien providentiel qui rend possible notre vie au camp. VoilĂ  pourquoi on entend dire si souvent dans la vie courante que l'homme est perĂ©ptuellement insatisfait : en rĂ©alitĂ© bien plus que l'incapacitĂ© de l'homme Ă  atteindre Ă  la sĂ©rĂ©nitĂ© absolue, cette opinion rĂ©vĂšle combien nous connaissons mal la nature complexe de l'Ă©tat de malheur, et combien nous nous trompons en donnant Ă  des causes multiples et hiĂ©rarchiquement subordonnĂ©es le nom unique de la cause principale ; jusqu'au moment oĂč, celle-ci venant Ă  disparaĂźtre, nous dĂ©couvrons avec une douloureuse surprise que derriĂšre elle il y en a une autre, et mĂȘme tout une sĂ©rie d'autre.
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Primo Levi (If This Is a Man ‱ The Truce)
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JEANNE ENDORMIE. -- I LA SIESTE Elle fait au milieu du jour son petit somme; Car l'enfant a besoin du rĂȘve plus que l'homme, Cette terre est si laide alors qu'on vient du ciel ! L'enfant cherche Ă  revoir ChĂ©rubin, Ariel, Ses camarades, Puck, Titania, les fĂ©es, Et ses mains quand il dort sont par Dieu rĂ©chauffĂ©es. Oh ! comme nous serions surpris si nous voyions, Au fond de ce sommeil sacrĂ©, plein de rayons, Ces paradis ouverts dans l'ombre, et ces passages D'Ă©toiles qui font signe aux enfants d'ĂȘtre sages, Ces apparitions, ces Ă©blouissements ! Donc, Ă  l'heure oĂč les feux du soleil sont calmants, Quand toute la nature Ă©coute et se recueille, Vers midi, quand les nids se taisent, quand la feuille La plus tremblante oublie un instant de frĂ©mir, Jeanne a cette habitude aimable de dormir; Et la mĂšre un moment respire et se repose, Car on se lasse, mĂȘme Ă  servir une rose. Ses beaux petits pieds nus dont le pas est peu sĂ»r Dorment; et son berceau, qu'entoure un vague azur Ainsi qu'une aurĂ©ole entoure une immortelle, Semble un nuage fait avec de la dentelle; On croit, en la voyant dans ce frais berceau-lĂ , Voir une lueur rose au fond d'un falbala; On la contemple, on rit, on sent fuir la tristesse, Et c'est un astre, ayant de plus la petitesse; L'ombre, amoureuse d'elle, a l'air de l'adorer; Le vent retient son souffle et n'ose respirer. Soudain, dans l'humble et chaste alcĂŽve maternelle, Versant tout le matin qu'elle a dans sa prunelle, Elle ouvre la paupiĂšre, Ă©tend un bras charmant, Agite un pied, puis l'autre, et, si divinement Que des fronts dans l'azur se penchent pour l'entendre, Elle gazouille...-Alors, de sa voix la plus tendre, Couvrant des yeux l'enfant que Dieu fait rayonner, Cherchant le plus doux nom qu'elle puisse donner À sa joie, Ă  son ange en fleur, Ă  sa chimĂšre: -Te voilĂ  rĂ©veillĂ©e, horreur ! lui dit sa mĂšre.
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Victor Hugo (L'Art d'ĂȘtre grand-pĂšre)
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LE SYLLABUS Tout en mangeant d'un air effarĂ© vos oranges, Vous semblez aujourd'hui, mes tremblants petits anges, Me redouter un peu; Pourquoi ? c'est ma bontĂ© qu'il faut toujours attendre, Jeanne, et c'est le devoir de l'aĂŻeul d'ĂȘtre tendre Et du ciel d'ĂȘtre bleu. N'ayez pas peur. C'est vrai, j'ai l'air fĂąchĂ©, je gronde, Non contre vous. HĂ©las, enfants, dans ce vil monde, Le prĂȘtre hait et ment; Et, voyez-vous, j'entends jusqu'en nos verts asiles Un sombre brouhaha de choses imbĂ©ciles Qui passe en ce moment. Les prĂȘtres font de l'ombre. Ah ! je veux m'y soustraire. La plaine resplendit; viens, Jeanne, avec ton frĂšre, Viens, George, avec ta soeur; Un rayon sort du lac, l'aube est dans la chaumiĂšre; Ce qui monte de tout vers Dieu, c'est la lumiĂšre; Et d'eux, c'est la noirceur. J'aime une petitesse et je dĂ©teste l'autre; Je hais leur bĂ©gaiement et j'adore le vĂŽtre; Enfants, quand vous parlez, Je me penche, Ă©coutant ce que dit l'Ăąme pure, Et je crois entrevoir une vague ouverture Des grands cieux Ă©toilĂ©s. Car vous Ă©tiez hier, ĂŽ doux parleurs Ă©tranges, Les interlocuteurs des astres et des anges; En vous rien n'est mauvais; Vous m'apportez, Ă  moi sur qui gronde la nue, On ne sait quel rayon de l'aurore inconnue; Vous en venez, j'y vais. Ce que vous dites sort du firmament austĂšre; Quelque chose de plus que l'homme et que la terre Est dans vos jeunes yeux; Et votre voix oĂč rien n'insulte, oĂč rien ne blĂąme, OĂč rien ne mord, s'ajoute au vaste Ă©pithalame Des bois mystĂ©rieux. Ce doux balbutiement me plaĂźt, je le prĂ©fĂšre; Car j'y sens l'idĂ©al; j'ai l'air de ne rien faire Dans les fauves forĂȘts. Et pourtant Dieu sait bien que tout le jour j'Ă©coute L'eau tomber d'un plafond de rochers goutte Ă  goutte Au fond des antres frais. Ce qu'on appelle mort et ce qu'on nomme vie Parle la mĂȘme langue Ă  l'Ăąme inassouvie; En bas nous Ă©touffons; Mais rĂȘver, c'est planer dans les apothĂ©oses, C'est comprendre; et les nids disent les mĂȘmes choses Que les tombeaux profonds. Les prĂȘtres vont criant: AnathĂšme ! anathĂšme ! Mais la nature dit de toutes parts: Je t'aime ! Venez, enfants; le jour Est partout, et partout on voit la joie Ă©clore; Et l'infini n'a pas plus d'azur et d'aurore Que l'Ăąme n'a d'amour. J'ai fait la grosse voix contre ces noirs pygmĂ©es; Mais ne me craignez pas; les fleurs sont embaumĂ©es, Les bois sont triomphants; Le printemps est la fĂȘte immense, et nous en sommes; Venez, j'ai quelquefois fait peur aux petits hommes, Non aux petits enfants.
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Victor Hugo (L'Art d'ĂȘtre grand-pĂšre)
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Le jour passait ainsi, tant bien que mal, Ă  manger beaucoup et boire de mĂȘme ; grand soleil fort ; bagnole pour nous trimbaler ; cigare de temps Ă  autre ; petit somme sur la plage ; revue de dĂ©tail des connasses qui passaient ; bavardages en tous genres ; un peu de rigolade ; quelques chansons aussi – une journĂ©e comme tant et tant d’autres passĂ©es en compagnie de MacGregor. En de pareils jours, j’avais l’impression que la roue cessait de tourner. En surface ce n’était que gaietĂ© et bon temps ; les heures passaient comme un rĂȘve gluant. Mais sous la surface c’était la fatalitĂ©, le domaine des prĂ©monitions qui me laissaient le lendemain dans un Ă©tat d’inquiĂ©tude morbide. Je savais parfaitement qu’il me faudrait rompre un jour, parfaitement que je passais le temps comme on passe une envie de pisser. Mais je savais aussi que je n’y pouvais absolument rien – pour le moment. J’attendais un Ă©vĂ©nement, Ă©norme, qui me ferait perdre l’équilibre. Tout ce dont j’avais besoin, c’était d’ĂȘtre bousculé ; mais il n’y avait qu’une force extĂ©rieure au monde oĂč je vivais qui pĂ»t me donner le choc nĂ©cessaire. De cela j’étais sĂ»r. Je ne pouvais me ronger le cƓur : c’eĂ»t Ă©tĂ© aller contre ma nature. Ma vie durant, tout avait toujours tournĂ© au mieux – Ă  la fin. Il n’était pas Ă©crit dans les cartes que je dusse m’épuiser en effort. Il fallait faire la part de la Providence – part entiĂšre, dans mon cas. J’avais contre moi toutes les apparences : j’étais guignard, eĂ»t-on dit, je ne savais pas mener ma barque ; mais rien ne pouvait m’îter de la tĂȘte que j’étais nĂ© coiffĂ©. Doublement coiffĂ© mĂȘme. Vue de l’extĂ©rieur, la situation n’était pas brillante, d’accord – mais ce qui m’inquiĂ©tait plus encore, c’était la situation intĂ©rieure. Tout en moi m’effrayait : mes appĂ©tits, ma curiositĂ©, ma souplesse, ma permĂ©abilitĂ©, ma mallĂ©abilitĂ©, mon naturel, mon pouvoir d’adaptation. En soi, aucune situation ne me faisait peur : je ne pouvais me voir autrement que prenant toutes mes aises, comme une fleur, ou mieux comme l’abeille sur la fleur, en train de butiner. MĂȘme si je m’étais retrouvĂ© en taule un beau matin, je suis sĂ»r que j’y aurais pris un certain plaisir. La raison, j’imagine, en Ă©tait que je savais opposer la force d’inertie. D’autres s’usaient Ă  tirer sur la corde, Ă  se dĂ©mener, Ă  se tendre Ă  craquer ; ma stratĂ©gie Ă©tait de flotter au grĂ© de la marĂ©e. Je me souciais beaucoup moins de ce qu’on pouvait me faire que du mal que se faisaient les autres Ă  eux-mĂȘmes ou entre eux. Je me sentais si bien, en dedans de moi, que je ne pouvais faire autrement que de prendre Ă  charge et Ă  cƓur le monde entier et ses problĂšmes. C'est pourquoi j’étais tout le temps dans la mouise. Il n’y avait entre ma destinĂ©e et moi aucun synchronisme, pour ainsi dire.
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Henry Miller (Tropique du Capricorne / Tropique du Cancer)
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Si, dĂ©racinant de son coeur le vice qui la domine et avilit sa nature, la classe ouvriĂšre se levait dans sa force terrible, non pour rĂ©clamer les Droits de l’homme, qui ne sont que les droits de l’exploitation capitaliste, non pour rĂ©clamer le Droit au travail, qui n’est que le droit Ă  la misĂšre, mais pour forger une loi d’airain, dĂ©fendant Ă  tout homme de travailler plus de trois heures par jour, la Terre, la vieille Terre, frĂ©missant d’allĂ©gresse, sentirait bondir en elle un nouvel univers

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Paul Lafargue (Le Droit Ă  la paresse: RĂ©futation du droit au travail, de 1848 [La religion du capital])
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În primul rĂąnd, cred că feminitatea Ăźnseamnă să ne asumăm responsabilitatea pentru corpurile noastre, astfel ĂźncĂąt corpul să devină expresia tangibilă a spiritului din interiorul său. Pentru aceia dintre noi care și-au trăit viața mintal, acesta este un proces lung, dificil și agonizant, deoarece, Ăźn Ăźncercarea de a ne elibera mușchii, eliberăm și frica, furia și suferința care s-au acumulat și au fost Ăźngropate acolo, probabil de la naștere sau dinainte de naștere. În noi Ăźnșine descoperim un animal rănit, aproape mort de foame și maltratare. Pentru că a fost pedepsit atĂąt de mult timp, reacționează la Ăźnceput ca o creatură nevrotică sălbatică ce nu a cunoscut niciodată dragostea. Dar, treptat, devine prietenul nostru și, pentru că Ăźnțelege instinctele mai bine decĂąt noi, devine ghidul nostru către un mod natural și spiritual de viață. (...) În al doilea rĂąnd, feminitatea Ăźnseamnă să-mi asum responsabilitatea pentru cine sunt - nu pentru ceea ce fac, nu pentru cine par să fiu, nu pentru ceea ce realizez. CĂąnd tot ce trebuie făcut este făcut și trebuie să mă confrunt cu mine Ăźn realitatea crudă, cine sunt eu? Care sunt valorile mele? Care sunt nevoile mele? Sunt sinceră cu mine Ăźnsămi sau mă trădez? Care sunt sentimentele mele? Sunt capabilă de iubire? Sunt sinceră cu dragostea mea? Lucrul cu aceste Ăźntrebări, zi de zi, este ceea ce eu numesc diferențierea femininului. Acesta este procesul de a deveni fecioară - femeia care este ceea ce este pentru că asta este ceea ce este ea. Trăiește, se mișcă, și ĂźÈ™i posedă Ființa printr-o anumită putere din ea.
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Marion Woodman (Addiction to Perfection: The Still Unravished Bride: A Psychological Study (Studies in Jungian Psychology by Jungian Analysts, 12))
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Un chant triste, sorte de cri au coeur. Comparable au blues. La langue innue presque chantée, aux intonations lentes, celles qu'on fait durer par des respires. Le manque de voyelles rend la langue impénétrable, comme un rappel à la nature, la dureté, l'écorce et les panaches.
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Naomi Fontaine (Kuessipan)
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la Tentation de Saint Antoine. C’est lĂ , certes, l’effort le plus puissant qu’ait jamais tentĂ© un esprit. Mais la nature mĂȘme du sujet, son Ă©tendue, sa hauteur inaccessible rendaient l’exĂ©cution d’un pareil livre presque au-dessus des forces humaines. Reprenant la vieille lĂ©gende des tentations du solitaire, il l’a fait assaillir non plus seulement par des visions de femmes nues et de nourritures succulentes mais par toutes les doctrines, toutes les croyances, toutes les superstitions oĂč s’est Ă©garĂ© l’esprit inquiet des hommes. C’est le dĂ©filĂ© colossal des religions escortĂ©es de toutes les conceptions Ă©tranges, naĂŻves ou compliquĂ©es, Ă©closes
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Guy de Maupassant (Oeuvres posthumes: Tome II - Les dimanches d'un bourgeois de Paris - La vie d'un paysagiste - Etude sur Gustave Flaubert - L'ùme étrangÚre - L'angélus)
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...le monde industriel, front continu et en expansion constante de la modernité, machine à transformer la Terre en plaie ouverte et l'espace en thérapie problématique, machine à accélérer le temps et à modifier la vie, jusqu'à la rendre impossible, jusqu'à la réduire à un bien consommable et à une monnaie d'échange nécessaire à l'acquisition d'une espÚce évoluée nouvelle, est une révélation religieuse presque complÚte. Un monument de gloire, de terreur et d'espoir. "Avec l'aide des machines, l'homme pouvait jouer partout, depuis un demi-siÚcle, au maßtre et possesseur de la nature." L'aménagement du territoire - Aurélien Bellanger
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Aurélien Bellanger (L'Aménagement du territoire)
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Au reste, l’artifice paraissait Ă  des Esseintes la marque distinctive du gĂ©nie de l’homme. Comme il le disait, la nature a fait son temps ; elle a dĂ©finitivement lassĂ©, par la dĂ©goĂ»tante uniformitĂ© de ses paysages et de ses ciels, l’attentive patience des raffinĂ©s. Au fond, quelle platitude de spĂ©cialiste confinĂ©e dans sa partie, quelle petitesse de boutiquiĂšre tenant tel article Ă  l’exclusion de tout autre, quel monotone magasin de prairies et d’arbres, quelle banale agence de montagnes et de mers ! Il n’est, d’ailleurs, aucune de ses inventions rĂ©putĂ©e si subtile ou si grandiose que le gĂ©nie humain ne puisse crĂ©er ; aucune forĂȘt de Fontainebleau, aucun clair de lune que des dĂ©cors inondĂ©s de jets Ă©lectriques ne produisent ; aucune cascade que l’hydraulique n’imite Ă  s’y mĂ©prendre ; aucun roc que le carton-pĂąte ne s’assimile ; aucune fleur que de spĂ©cieux taffetas et de dĂ©licats papiers peints n’égalent ! À n’en pas douter, cette sempiternelle radoteuse a maintenant usĂ© la dĂ©bonnaire admiration des vrais artistes, et le moment est venu oĂč il s’agit de la remplacer, autant que faire se pourra, par l’artifice. Et puis, Ă  bien discerner celle de ses Ɠuvres considĂ©rĂ©e comme la plus exquise, celle de ses crĂ©ations dont la beautĂ© est, de l’avis de tous, la plus originale et la plus parfaite : la femme ; est-ce que l’homme n’a pas, de son cĂŽtĂ©, fabriquĂ©, Ă  lui tout seul, un ĂȘtre animĂ© et factice qui la vaut amplement, au point de vue de la beautĂ© plastique ? est-ce qu’il existe, ici-bas, un ĂȘtre conçu dans les joies d’une fornication et sorti des douleurs d’une matrice dont le modĂšle, dont le type soit plus Ă©blouissant, plus splendide que celui de ces deux locomotives adoptĂ©es sur la ligne du chemin de fer du Nord ? L’une, la Crampton, une adorable blonde, Ă  la voix aiguĂ«, Ă  la grande taille frĂȘle, emprisonnĂ©e dans un Ă©tincelant corset de cuivre, au souple et nerveux allongement de chatte, une blonde pimpante et dorĂ©e, dont l’extraordinaire grĂące Ă©pouvante lorsque, raidissant ses muscles d’acier, activant la sueur de ses flancs tiĂšdes, elle met en branle l’immense rosace de sa fine roue et s’élance toute vivante, en tĂȘte des rapides et des marĂ©es ! L’autre, l’Engerth, une monumentale et sombre brune aux cris sourds et rauques, aux reins trapus, Ă©tranglĂ©s dans une cuirasse en fonte, une monstrueuse bĂȘte, Ă  la criniĂšre Ă©chevelĂ©e de fumĂ©e noire, aux six roues basses et accouplĂ©es ; quelle Ă©crasante puissance lorsque, faisant trembler la terre, elle remorque pesamment, lentement, la lourde queue de ses marchandises ! Il n’est certainement pas, parmi les frĂȘles beautĂ©s blondes et les majestueuses beautĂ©s brunes, de pareils types de sveltesse dĂ©licate et de terrifiante force ; Ă  coup sĂ»r, on peut le dire : l’homme a fait, dans son genre, aussi bien que le Dieu auquel il croit.
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Huysmans Joris-Karl
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Au reste, l’artifice paraissait Ă  des Esseintes la marque distinctive du gĂ©nie de l’homme. Comme il le disait, la nature a fait son temps ; elle a dĂ©finitivement lassĂ©, par la dĂ©goĂ»tante uniformitĂ© de ses paysages et de ses ciels, l’attentive patience des raffinĂ©s. Au fond, quelle platitude de spĂ©cialiste confinĂ©e dans sa partie, quelle petitesse de boutiquiĂšre tenant tel article Ă  l’exclusion de tout autre, quel monotone magasin de prairies et d’arbres, quelle banale agence de montagnes et de mers ! Il n’est, d’ailleurs, aucune de ses inventions rĂ©putĂ©e si subtile ou si grandiose que le gĂ©nie humain ne puisse crĂ©er ; aucune forĂȘt de Fontainebleau, aucun clair de lune que des dĂ©cors inondĂ©s de jets Ă©lectriques ne produisent ; aucune cascade que l’hydraulique n’imite Ă  s’y mĂ©prendre ; aucun roc que le carton-pĂąte ne s’assimile ; aucune fleur que de spĂ©cieux taffetas et de dĂ©licats papiers peints n’égalent ! À n’en pas douter, cette sempiternelle radoteuse a maintenant usĂ© la dĂ©bonnaire admiration des vrais artistes, et le moment est venu oĂč il s’agit de la remplacer, autant que faire se pourra, par l’artifice. Et puis, Ă  bien discerner celle de ses Ɠuvres considĂ©rĂ©e comme la plus exquise, celle de ses crĂ©ations dont la beautĂ© est, de l’avis de tous, la plus originale et la plus parfaite : la femme ; est-ce que l’homme n’a pas, de son cĂŽtĂ©, fabriquĂ©, Ă  lui tout seul, un ĂȘtre animĂ© et factice qui la vaut amplement, au point de vue de la beautĂ© plastique ? est-ce qu’il existe, ici-bas, un ĂȘtre conçu dans les joies d’une fornication et sorti des douleurs d’une matrice dont le modĂšle, dont le type soit plus Ă©blouissant, plus splendide que celui de ces deux locomotives adoptĂ©es sur la ligne du chemin de fer du Nord ? L’une, la Crampton, une adorable blonde, Ă  la voix aiguĂ«, Ă  la grande taille frĂȘle, emprisonnĂ©e dans un Ă©tincelant corset de cuivre, au souple et nerveux allongement de chatte, une blonde pimpante et dorĂ©e, dont l’extraordinaire grĂące Ă©pouvante lorsque, raidissant ses muscles d’acier, activant la sueur de ses flancs tiĂšdes, elle met en branle l’immense rosace de sa fine roue et s’élance toute vivante, en tĂȘte des rapides et des marĂ©es ! L’autre, l’Engerth, une monumentale et sombre brune aux cris sourds et rauques, aux reins trapus, Ă©tranglĂ©s dans une cuirasse en fonte, une monstrueuse bĂȘte, Ă  la criniĂšre Ă©chevelĂ©e de fumĂ©e noire, aux six roues basses et accouplĂ©es ; quelle Ă©crasante puissance lorsque, faisant trembler la terre, elle remorque pesamment, lentement, la lourde queue de ses marchandises !
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Huysmans Joris-Karl
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read as to eat. I was greatly taken with this new way of talking and derived considerable pleasure from speaking it to the waiter. I asked him for a luster of water freshly drawn from the house tap and presented au nature in a cylinder of glass, and when he came around with the bread rolls I entreated him to present me a tonged rondelle of blanched wheat, oven baked and masked in a poppy-seed coating. I was just getting warmed up to this and about to ask for a fanned lap coverlet, freshly laundered and scented with a delicate hint of Lemon Daz, to replace the one that had slipped from my lap and now lay recumbent on the horizontal walking surface subjacent to my feet, when he handed me a card that said “Sweets Menu” and I realized that we were back in the no-nonsense world of English. It’s a funny thing about English diners. They’ll let you dazzle them with piddly duxelles of this and fussy little noisettes of that, but don’t mess with their puddings,
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Bill Bryson (Notes from a Small Island)
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Notre hypothĂšse est que la raison pour laquelle le travail mĂ©nager n'est pas considĂ©rĂ© comme productif et comptabilisĂ© est qu'il est effectuĂ© - dans le cadre du mĂ©nage - gratuitement : il n'est pas rĂ©munĂ©rĂ©, ni Ă©changĂ© d'une façon gĂ©nĂ©rale. Et ceci, non en raison de la nature des services qui le composent - puisqu'on les trouve tous sur le marchĂ© - ni en raison de la nature des personnes qui le fournissent (puisque la mĂȘme femme qui cuit gratuitement une cĂŽtelette dans son mĂ©nage est rĂ©munĂ©rĂ©e dĂšs qu'elle le fait dans un autre mĂ©nage) mais en raison de la nature particuliĂšre du contrat qui lie la travailleuse - l'Ă©pouse - au mĂ©nage, Ă  son « chef ». (p. 63)
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Christine Delphy (L'ennemi principal (Tome 1) : Ă©conomie politique du patriarcat)
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Voici quelques types de rĂ©actions anormales : mourir de faim face Ă  l'abondance ; rester exposĂ© au froid, Ă  la pluie et Ă  la neige, en prĂ©sence de charbon, de matĂ©riel de construction et de place pour bĂątir ; croire qu'une puissance divine Ă  longue barbe blanche rĂ©git toutes choses et que l'on est Ă  la merci de cette puissance pour le bien comme pour le mal ; massacrer d'innocentes personnes avec enthousiasme, et croire que l'on doit conquĂ©rir une rĂ©gion dont on n'avait jamais entendu parler auparavant ; marcher en haillons et se considĂ©rer en mĂȘme temps comme le reprĂ©sentant de la "grandeur de la nation" ; oublier ce qu'un politicien avait promis avant de devenir chef de l'Etat ; dĂ©lĂ©guer Ă  quelque individu que ce soit, fussent-ils hommes d'Etat, un pouvoir quasi absolu sur sa propre vie et son propre destin ; ĂȘtre incapable de comprendre que les soi-disant grands timoniers de l'Etat doivent eux aussi dormir, manger, rĂ©pondre Ă  l'appel de la nature, qu'eux aussi sont gouvernĂ©s par des pulsions affectives inconscientes et incontrĂŽlables, et souffrent de dĂ©rangements sexuels comme tout autre mortel ; considĂ©rer comme Ă©vident qu'il faut battre les enfants dans l'intĂ©rĂȘt de la "culture" ; refuser aux adolescents, qui sont dans la fleur de l'Ăąge, le bonheur de l'union sexuelle ; et l'on peut multiplier les exemples Ă  l'infini. (p. 29-30, PrĂ©face de la deuxiĂšme Ă©dition)
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Wilhelm Reich (The Sexual Revolution: Toward a Self-governing Character Structure)
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Folco : Les rĂ©volutions ne servent Ă  rien ? Tiziano : C’est lĂ  que j’ai franchi le pas jusqu’à la seule rĂ©volution qui serve Ă  quelque chose, celle qui se vit Ă  l’intĂ©rieur de soi. Les autres rĂ©volutions, on les voit. Les autres se rĂ©pĂštent, elles se rĂ©pĂštent de maniĂšre constante, parce que, tout au fond, il y a la nature de l’homme. Et si l’homme ne change pas, si l’homme ne fait pas ce saut qualitatif, si l’homme ne renonce pas Ă  la violence, au dĂ©sir de dominer la matiĂšre, au profit et Ă  l’intĂ©rĂȘt, tout se rĂ©pĂšte, tout se rĂ©pĂšte, tout se rĂ©pĂšte. (p. 262)
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Tiziano Terzani (La fine Ăš il mio inizio)
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Existe-t-il donc une Providence diabolique qui prĂ©pare le malheur dĂšs le berceau, qui jette avec prĂ©mĂ©ditation des natures spirituelles et angĂ©liques dans des milieux hostiles, comme des martyrs dans les cirques ? Y a-t-il donc des Ăąmes sacrĂ©es, vouĂ©es Ă  l’autel, condamnĂ©es Ă  marcher Ă  la mort et Ă  la gloire Ă  travers leurs propres ruines ? Le cauchemar des TĂ©nĂšbres assiĂ©gera-t-il Ă©ternellement ces Ăąmes de choix ? – Vainement elles se dĂ©battent, vainement elles se forment au monde, Ă  ses prĂ©voyances, Ă  ses ruses ; elles perfectionneront la prudence, boucheront toutes les issues, matelasseront les fenĂȘtres contre les projectiles du hasard ; mais le Diable entrera par une serrure ; une perfection sera le dĂ©faut de leur cuirasse, et une qualitĂ© superlative le germe de leur damnation. Leur destinĂ©e est Ă©crite dans toute leur constitution, elle brille d’un Ă©clat sinistre dans leurs regards et dans leurs gestes, elle circule dans leurs artĂšres avec chacun de leurs globules sanguins.
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Charles Baudelaire
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comme les mots sont une partie de l'imagination, c'est-Ă -dire que, selon qu'une certaine disposition du corps fait qu'ils se sont arrangĂ©s vaguement dans la mĂ©moire, nous nous formons beaucoup d'idĂ©es chimĂ©riques, il ne faut pas douter que les mots, ainsi que l'imagination, puissent ĂȘtre cause de beaucoup de grossiĂšres erreurs, si nous ne nous tenons fort en garde contre eux. Joignez Ă  cela qu'ils sont constituĂ©s arbitrairement et accommodĂ©s au goĂ»t du vulgaire, si bien que ce ne sont que des signes des choses telles qu'elles sont dans l'imagination, et non pas telles qu'elles sont dans l'entendement ; vĂ©ritĂ© Ă©vidente si l'on considĂšre que la plupart des choses qui sont seulement dans l'entendement ont reçu des noms nĂ©gatifs, comme immatĂ©riel, infini, etc., et beaucoup d'autres idĂ©es qui, quoique rĂ©ellement affirmatives, sont exprimĂ©es sous une forme nĂ©gative, telle qu'incrĂ©Ă©, indĂ©pendant, infini, immortel, et cela parce que nous imaginons beaucoup plus facilement les contraires de ces idĂ©es, et que ces contraires, se prĂ©sentant les premiers aux premiers hommes, ont usurpĂ© les noms affirmatifs. Il y a beaucoup de choses que nous affirmons et que nous nions parce que telle est la nature des mots, et non pas la nature des choses. Or, quand on ignore la nature des choses, rien de plus facile que de prendre le faux pour le vrai.
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Baruch Spinoza (On the Improvement of the Understanding)
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Je chante la nature, Les Ă©toiles du soir, les larmes du matin, Les couchers de soleil Ă  l'horizon lointain, Le ciel qui parle au cƓur d'existence future!
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Robert W. Chambers (The King in Yellow)
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En admettant que l’on ait compris ce qu’il y a de sacrilĂšge dans un pareil soulĂšvement contre la vie, tel qu’il est devenu presque sacro-saint dans la morale chrĂ©tienne, on aura, par cela mĂȘme et heureusement, compris autre chose encore : ce qu’il y a d’inutile, de factice, d’absurde, de mensonger dans un pareil soulĂšvement. Une condamnation de la vie de la part du vivant n’est finalement que le symptĂŽme d’une espĂšce de vie dĂ©terminĂ©e : sans qu’on se demande en aucune façon si c’est Ă  tort ou Ă  raison. Il faudrait prendre position en dehors de la vie et la connaĂźtre d’autre part tout aussi bien que quelqu’un qui l’a traversĂ©e, que plusieurs et mĂȘme tous ceux qui y ont passĂ©, pour ne pouvoir que toucher au problĂšme de la valeur de la vie : ce sont lĂ  des raisons suffisantes pour comprendre que ce problĂšme est en dehors de notre portĂ©e. Si nous parlons de la valeur, nous parlons sous l’inspiration, sous l’optique de la vie : la vie elle-mĂȘme nous force Ă  dĂ©terminer des valeurs, la vie elle-mĂȘme Ă©volue par notre entremise lorsque nous dĂ©terminons des valeurs
 Il s’ensuit que toute morale contre nature qui considĂšre Dieu comme l’idĂ©e contraire, comme la condamnation de la vie, n’est en rĂ©alitĂ© qu’une Ă©valuation de vie, — de quelle vie ? de quelle espĂšce de vie ? Mais j’ai dĂ©jĂ  donnĂ© ma rĂ©ponse : de la vie descendante, affaiblie, fatiguĂ©e, condamnĂ©e. La morale, telle qu’on l’a entendue jusqu’à maintenant — telle qu’elle a Ă©tĂ© formulĂ©e en dernier lieu par Schopenhauer, comme « nĂ©gation de la volontĂ© de vivre » — cette morale est l’instinct de dĂ©cadence mĂȘme, qui se transforme en impĂ©ratif : elle dit : « va Ă  ta perte ! » — elle est le jugement de ceux qui sont dĂ©jĂ  jugĂ©s

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Friedrich Nietzsche (Twilight of the Idols)
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Au fond on ne connaüt la vraie nature des gens qu’en leur disant non.
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Chris Simon (Lacan et la boite de mouchoirs)
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Et, en effet, une fois qu'on a cessĂ© de confondre l'individualisme avec son contraire, c'est-Ă -dire avec l'utilitarisme, toutes ces prĂ©tendues contradictions s'Ă©vanouissent comme par enchantement. Cette religion de l'humanitĂ© a tout ce qu'il faut pour parler Ă  ses fidĂšles sur un ton non moins impĂ©ratif que les religions qu'elle remplace. Bien loin qu'elle se borne Ă  flatter nos instincts, elle nous assigne un idĂ©al qui dĂ©passe infiniment la nature ; car nous ne sommes pas naturellement cette sage et pure raison qui, dĂ©gagĂ©e de tout mobile personnel, lĂ©gifĂ©rerait dans l'abstrait sur sa propre conduite. Sans doute, si la dignitĂ© de l'individu lui venait de ses caractĂšres individuels, des particularitĂ©s qui le distinguent d'autrui, on pourrait craindre qu'elle ne l'enfermĂąt dans une sorte d'Ă©goĂŻsme moral qui rendrait impossible toute solidaritĂ©. Mais, en rĂ©alitĂ©, il la reçoit d'une source plus haute et qui lui est commune avec tous les hommes. S'il a droit Ă  ce respect religieux, c'est qu'il a en lui quelque chose de l'humanitĂ©. C'est l'humanitĂ© qui est respectable et sacrĂ©e ; or elle n'est pas toute en lui. Elle est rĂ©pandue chez tous ses semblables ; par suite, il ne peut la prendre pour fin de sa conduite sans ĂȘtre obligĂ© de sortir de soi-mĂȘme et de se rĂ©pandre au-dehors. Le culte dont il est, Ă  la fois, et l'objet et l'agent, ne s'adresse pas Ă  l'ĂȘtre particulier qu'il est et qui porte son nom, mais Ă  la personne humaine, oĂč qu'elle se rencontre, sous quelque forme qu'elle s'incarne. Impersonnelle et anonyme, une telle fin plane donc bien au-dessus de toutes les consciences particuliĂšres et peut ainsi leur servir de centre de ralliement. Le fait qu'elle ne nous est pas Ă©trangĂšre (par cela seul qu'elle est humaine) n'empĂȘche pas qu'elle ne nous domine. Or, tout ce qu'il faut aux sociĂ©tĂ©s pour ĂȘtre cohĂ©rentes, c'est que leurs membres aient les yeux fixĂ©s sur un mĂȘme but, se rencontrent dans une mĂȘme foi, mais il n'est nullement nĂ©cessaire que l'objet de cette foi commune ne se rattache par aucun lien aux natures individuelles. En dĂ©finitive, l'individualisme ainsi entendu, c'est la glorification, non du moi, mais de l'individu en gĂ©nĂ©ral. Il a pour ressort, non l'Ă©goĂŻsme, mais la sympathie pour tout ce qui est homme, une pitiĂ© plus large pour toutes les douleurs, pour toutes les misĂšres humaines, un plus ardent besoin de les combattre et de les adoucir, une plus grande soif de justice. N'y a-t-il pas lĂ  de quoi faire communier toutes les bonnes volontĂ©s. Sans doute, il peut arriver que l'individualisme soit pratiquĂ© dans un tout autre esprit. Certains l'utilisent pour leurs fins personnelles, l'emploient comme un moyen pour couvrir leur Ă©goĂŻsme et se dĂ©rober plus aisĂ©ment Ă  leurs devoirs envers la sociĂ©tĂ©. Mais cette exploitation abusive de l'individualisme ne prouve rien contre lui, de mĂȘme que les mensonges utilitaires de l'hypocrisie religieuse ne prouvent rien contre la religion.
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Émile Durkheim (L'individualisme et les intellectuels)
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L'unité de l'homme primitif et de la nature est d'essence magique. L'homme ne se sépare vraiment de la nature qu'en la transformant par la technique et, la transformant, il la désacralise. Or l'emploi de la technique est subordonné à une organisation sociale. La société naßt avec l'outil. Bien plus, l'organisation est la premiÚre technique cohérente de lutte contre la nature. L'organisation sociale - hiérarchisée puisque fondée sur l'appropriation privative - détruit peu à peu le lien magique existant entre l'homme et la nature, mais à son tour elle se charge de magie, elle crée entre elle et les hommes une unité mythique calquée sur leur participation au mystÚre de la nature.
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Raoul Vaneigem (The Revolution of Everyday Life)
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My wife also contributed to my poison ivy education. She taught me women have an aversion to 'red, bumpy men' and are not the least bit aroused by any part of the male anatomy which happens to be infected. However, this was not a problem. My infestation was so severe, the act of scratching produced orgasmic waves of delight that made me consider scheduling weekly au naturel pilgrimages through lush, rolling fields of the devil vine.
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Michael Gurnow (Nature's Housekeeper)
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Mais on fera sans doute ici une objection: est-il donc possible de dĂ©passer ainsi la nature? Nous n'hĂ©siterons pas Ă  rĂ©pondre trĂšs nettement: non seulement cela est possible, mais cela est. Ce n'est lĂ  qu'une affirmation, dira-t-on encore; quelles preuves peut-on en donner? Il est vraiment Ă©trange qu'on demande de prouver la possibilitĂ© d'une connaissance au lieu de chercher Ă  s'en rendre compte par soi-mĂȘme en faisant le travail nĂ©cessaire pour l'acquĂ©rir. Pour celui qui possĂšde cette connaissance, quel intĂ©rĂȘt et quelle valeur peuvent avoir toutes ces discussions ? Le fait de substituer la «thĂ©orie de la connaissance» Ă  la connaissance elle-mĂȘme est peut-ĂȘtre le plus bel aveu d'impuissance de la philosophie moderne.
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René Guénon (Oriental Metaphysics)
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Il est donc facile de prĂ©voir ce que doive devenir, dans cette perspective, les relations entre les sexes, y compris sur le plan matĂ©riel. Ici, comme dans le magnĂ©tisme, plus forte est la polaritĂ©, plus l'homme est vraiment homme et la femme vraiment femme, plus haute et vive est l'Ă©tincelle crĂ©atrice. En revanche, que peut-il y avoir entre ces ĂȘtres mixtes, privĂ©s de tout rapport avec les forces de leur nature la plus profonde ? Entre ces ĂȘtres oĂč la sexualitĂ© commence et finit sur le plan physiologique, Ă  supposer mĂȘme que des inclinations anormales, celle du « troisiĂšme sexe », ne se soient pas dĂ©jĂ  manifestĂ© ? Entre ces ĂȘtres dont l'Ăąme n'est ni masculine, ni fĂ©minine, ou bien qui sont fĂ©minins tout en Ă©tant des hommes et masculins tout en Ă©tant des femmes, et qui exaltent comme un au-delĂ  du sexe ce qui, en fait, est rĂ©gression en-deçà du sexe ? Toute relation ne pourra plus avoir qu'un caractĂšre Ă©quivoque et falot : promiscuitĂ© agrĂ©mentĂ©e d'esprit de camaraderie, morbides sympathies « intellectuelles », banalitĂ© du nouveau rĂ©alisme communiste – ou bien souffrira de complexes nĂ©vrotiques et de tout ce sur quoi Freud a Ă©difiĂ© une « science » qui est vraiment un authentique signe des temps. (1934)
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Julius Evola (Revolt Against the Modern World)
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[...] Dans cette question des limites de fait ou de droit du sentiment patriotique, il convient de rappeler tout d’abord qu’il y a patrie et patrie : il y a celle de la terre et celle du Ciel ; la seconde est prototype et mesure de la premiĂšre, elle lui donne son sens et sa lĂ©gitimitĂ©. C’est ainsi que dans l’enseignement Ă©vangĂ©lique l’amour de Dieu prime, et peut par consĂ©quent contredire, l’amour des proches parents, sans qu’il y ait lĂ  aucune offense Ă  la charitĂ© ; la crĂ©ature doit d’ailleurs ĂȘtre aimĂ©e « en Dieu », c’est Ă  dire que l’amour ne lui appartient jamais en entier. Le Christ ne s’est souciĂ© que de la Patrie cĂ©leste, qui « n’est pas de ce monde » ; c’est suffisant, non pour renier le fait naturel d’une patrie terrestre, mais pour s’abstenir de tout culte abusif – et avant tout illogique – du pays d’origine. Si le Christ a dĂ©savouĂ© les attachements temporels, il n’en a pas moins admis les droits de la nature, dans le domaine qui est le leur, droits Ă©minemment relatifs qu’il ne s’agit pas d’ériger en idoles ; c’est ce que saint Augustin a magistralement traitĂ©, sous un certain rapport tout au moins, dans Civitas Dei. Le patriotisme normal est Ă  la fois dĂ©terminĂ© et limitĂ© par les valeurs Ă©ternelles ; « il ne s’enfle point » et ne pervertit pas l’esprit ; il n’est pas, comme le chauvinisme, l’oubli officiel de l’humilitĂ© et de la charitĂ© en mĂȘme temps que l’anesthĂ©sie de toute une partie de l’intelligence ; restant dans ses limites, il est capable de susciter les plus belles vertus, sans ĂȘtre un parasite de la religion. Il faut se garder des interprĂ©tations abusives du passĂ© historique ; l’Ɠuvre de Jeanne d’Arc n’a rien Ă  voir avec le nationalisme moderne, d’autant que la sainte Ă  suivi l’impulsion, non point d’un nationalisme naturel – ce qui eĂ»t Ă©tĂ© lĂ©gitime – mais celle d’une volontĂ© cĂ©leste, qui voyait loin. La France fut pendant des siĂšcles le pivot du Catholicisme ; une France anglaise eĂ»t signifiĂ© en fin de compte une Europe protestante et la fin de l’Eglise catholique ; c’est ce que voulurent prĂ©venir les « voix ». L’absence de toute passion, chez Jeanne, ses paroles sereines Ă  l’égard des Anglais, corroborent pleinement ce que nous venons de dire et devrait suffire pour mettre la sainte Ă  l’abri de toute imposture rĂ©trospective (1).[...] 1 – De mĂȘme, l’étendard de Jeanne fut tout autre chose qu’un drapeau rĂ©volutionnaire unissant, dans un mĂȘme culte profane, croyants et incroyants. "Usurpations du sentiment religieux", Études Traditionnelles, dĂ©cembre 1965.
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Frithjof Schuon
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On nous dira sans doute que la rĂ©alitĂ© d'un Dieu crĂ©ateur n'a pas Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©e ; mais, outre qu'il n'est pas difficile de dĂ©montrer cette rĂ©alitĂ© avec des arguments proportionnĂ©s Ă  sa nature, – mais inaccessible pour cette raison mĂȘme Ă  certains esprits, – le moins qu'on puisse dire est que l'Ă©volution n'a jamais Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©e par qui que ce soit, et pour cause ; on admet l'Ă©volution transformante Ă  titre de postulat utile et provisoire, comme on admettra n'importe quoi, pourvu qu'on ne se sente pas obligĂ© d'admettre la primautĂ© de l'ImmatĂ©riel, puisque celui-ci Ă©chappe au contrĂŽle de nos sens. Quand on part de la constatation de ce mystĂšre immĂ©diatement tangible qu'est la subjectivitĂ© ou l'intelligence, il est pourtant facile de concevoir que l'origine de l'Univers est, non la matiĂšre inerte et inconsciente mais une Substance spirituelle qui, de coagulation en coagulation et de segmentation en segmentation, – et autres projection Ă  la fois manifestantes et limitatives, – produit en fin de compte la matiĂšre en la faisant Ă©merger d'une substance plus subtile, mais dĂ©jĂ  Ă©loignĂ©e de la Substance principielle. On nous objectera qu'il n'y a lĂ  aucune preuve, Ă  quoi nous rĂ©pondons – outre que le phĂ©nomĂšne de la subjectivitĂ© comporte prĂ©cisĂ©ment cette preuve, abstraction faite d'autres preuves intellectuelles possibles, mais dont l'Intellection n'a nul besoin, – Ă  quoi nous rĂ©pondons donc qu'il y a infiniment moins de preuve Ă  cette absurditĂ© inconcevable qu'est l'Ă©volutionnisme, lequel fait sortir le miracle de la conscience d'un tas de terre ou de cailloux, mĂ©taphoriquement parlant. [...] L'intelligence sĂ©parĂ©e de sa source supra-individuelle s'accompagne ipso facto de ce manque de sens des proportions qu'on appelle l'orgueil ; inversement, l'orgueil empĂȘche l'intelligence devenue rationalisme de remonter Ă  sa source ; il ne peut que nier l'Esprit et le remplacer par la matiĂšre ; c'est de celle-ci qu'il fait jaillir la conscience, dans la mesure oĂč il ne peut la nier en la rĂ©duisant -- et les essais ne manquent pas -- Ă  une sorte de matiĂšre particuliĂšrement raffinĂ©e ou "Ă©voluĂ©e"(1).(...) (1) Que l'on parle d' "Ă©nergie" plutĂŽt que de "matiĂšre" -- et autres subtilitĂ©s de ce genre -- ne change rien au fond du problĂšme et ne fait que reculer les limites de la difficultĂ©. Notons qu'un soi-disant "sociobiologiste"-- ce mot est tout un programme -- a poussĂ© l'ingĂ©niositĂ© jusqu'Ă  remplacer la matiĂšre par des "gĂȘnes" dont l'Ă©goĂŻsme aveugle, combinĂ© avec un instinct de fournis ou d'abeilles, aurait fini par constituer non seulement les corps mais aussi la conscience et en fin de compte l'intelligence humaine, miraculeusement capable de disserter sur les gĂȘnes qui se sont amusĂ©s Ă  la produire. »
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Frithjof Schuon (From The Divine To The Human: Survey Of Metaphysics And Epistemology)
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Mais il faut prier n'importe oĂč, et dans la nature en particulier. Dans la nature il y a cet ordre de la crĂ©ation qui me fascine. Quand je pense que les bourgeons se mettent en place au mois de septembre pour que les lilas fleurissent au mois de mai! C'est prodigieux! C'est merveilleux. Pour moi cette organisation de la nature, Ă  la fois visible et invisible, si minutieuse et si riche, ne peut venir que de Dieu.
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Jeanne Bourin
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Au seuil de la science est assis ce principe : Rien n’est sorti de rien. Rien n’est l’Ɠuvre des dieux.
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Lucretius (De la nature des choses)
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L’homme sait aujourd’hui que la terre n’est qu’une boule animĂ©e d’un mouvement multiforme et vertigineux qui court sur un abĂźme insondable, attirĂ©e et dominĂ©e par les forces qu’exercent sur elle d’autres corps cĂ©lestes, incomparablement plus grands et situĂ©s Ă  des distances inimaginables ; il sait que la terre oĂč il vit n’est qu’un grain de poussiĂšre par rapport au soleil, et que le soleil lui-mĂȘme n’est qu’un grain au milieu de myriades d’autres astres incandescents ; il sait aussi que tout cela bouge. Une simple irrĂ©gularitĂ© dans cet enchaĂźnement de mouvements sidĂ©raux, l’interfĂ©rence d’un astre Ă©tranger dans le systĂšme planĂ©taire, une dĂ©viation de la trajectoire normale du soleil, ou tout autre incident cosmique, suffirait pour faire vaciller la terre au cours de sa rĂ©volution, pour troubler la succession des saisons, modifier l’atmosphĂšre et dĂ©truire l’humanitĂ©. L’homme aujourd’hui sait par ailleurs que le moindre atome renferme des forces qui, si elles Ă©taient dĂ©chaĂźnĂ©es, pourraient provoquer sur terre une conflagration planĂ©taire presque instantanĂ©e. Tout cela, l’“infiniment petit” et l’“infiniment grand”, apparaĂźt, du point de vue de la science moderne, comme un mĂ©canisme d’une complexitĂ© inimaginable, dont le fonctionnement est dĂ» Ă  des forces aveugles. Et pourtant, l’homme d’aujourd’hui vit et agit comme si le dĂ©roulement normal et habituel des rythmes de la nature lui Ă©tait garanti. Il ne pense, en effet, ni aux abĂźmes du monde intersidĂ©ral, ni aux forces terribles que renferme chaque corpuscule de matiĂšre. Avec des yeux d’enfant, il regarde au-dessus de lui la voĂ»te cĂ©leste avec le soleil et les Ă©toiles, mais le souvenir des thĂ©ories astronomiques l’empĂȘche d’y voir des signes de Dieu. Le ciel a cessĂ© de reprĂ©senter pour lui la manifestation naturelle de l’esprit qui englobe le monde et l’éclaire. Le savoir universitaire s’est substituĂ© en lui Ă  cette vision “naĂŻve” et profonde des choses. Non qu’il ait maintenant conscience d’un ordre cosmique supĂ©rieur, dont l’homme serait aussi partie intĂ©grante. Non. Il se sent comme abandonnĂ©, privĂ© d’appui solide face Ă  ces abĂźmes qui n’ont plus aucune commune mesure avec lui-mĂȘme. Car rien ne lui rappelle plus dĂ©sormais que tout l’univers, en dĂ©finitive, est contenu en lui-mĂȘme, non pas dans son ĂȘtre individuel, certes, mais dans l’esprit qui est en lui et qui, en mĂȘme temps, le dĂ©passe, lui et tout l’univers visible.
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Titus Burckhardt (Science moderne et Sagesse traditionnelle)
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On ne peut s'empĂȘcher de constater [que l'Occidental religieux] perd en pratique volontiers de vue les tendances fondamentales de sa foi, c'est-Ă -dire qu'il se retranche derriĂšre les alternatives simples de la morale et des exigences de la pratique religieuse tout en trahissant, en sa qualitĂ© de « civilisĂ© », les tendances mĂȘmes qui sont Ă  la base et de ces alternatives et de cette pratique. La machine est une bonne chose, pourvu qu'on aime Dieu ; la rĂ©publique est un bien, pourvu qu'elle favorise la religion ; que la machine tue de facto l'amour de Dieu, et que la rĂ©publique Ă©touffe de facto la religion, ne semble pas effleurer l'esprit de l'immense majoritĂ© des croyants. Si on est finalement obligĂ© de constater ces effets nĂ©fastes, on accusera d'abord la nature humaine et ensuite quelque dĂ©chĂ©ance imaginaire de la religion ; on accusera jamais les causes rĂ©elles, considĂ©rĂ©es a priori comme neutre parce que situĂ©es en dehors des alternatives morales simplistes et des rĂšgles pratiques auxquelles on a rĂ©duit la religion, et en dehors aussi de la pure thĂ©ologie. Et comme le monde de la machine – « chrĂ©tien » selon certains puisque la machine ne commet point d'adultĂšre et puisque toute chose efficace doit provenir du Christianisme –, comme ce monde s'impose partout pour des raisons matĂ©rielles irrĂ©versibles, il favorise partout sur le globe terrestre l'Ă©lĂ©ment mondain et la mondanitĂ© technocratique, laquelle est de tout Ă©vidence l'antipode de tout amour de Dieu. Cette mondanitĂ© utilitaire – franchement impie ou trompeusement chrĂ©tienne – ne saurait s'affirmer par une dialectique normale, elle a besoin d'arguments qui remplacent la rĂ©alitĂ© par des suggestions imaginatives des plus arbitraires. Au moins aussi dĂ©plaisant qu'un hyperbolisme inconsidĂ©rĂ©, et bien davantage suivant les cas, est le biais faussement moralisant si commun au langage moderne : il consiste Ă  vouloir justifier une erreur ou un mal quelconque par des Ă©tiquettes flatteuses et Ă  vouloir compromettre une vĂ©ritĂ© ou un fait positif par des Ă©tiquettes infamantes, souvent en utilisant de fausses valeurs telles que la « jeunesse » et sans que les suggestions avancĂ©es aient le moindre rapport avec les choses auxquelles on les applique (18). Un autre vice de dialectique, ou un autre abus de pensĂ©e, est l'inversion du rapport causal et logique : on dira qu'il est temps d'inventer un idĂ©al nouveau qui puisse enflammer les hommes, ou qu'il faut forger une mentalitĂ© capable de trouver beau le monde des machines et laid celui des sanctuaires, ou une mentalitĂ© capable de prĂ©fĂ©rer la nouvelle messe ou la nouvelle religion Ă  l'ancienne messe ou Ă  la religion de toujours, et ainsi de suite. Comme le biais moralisant, le raisonnement inversant est totalement Ă©tranger Ă  la dialectique orientale et Ă  la dialectique traditionnelle tout court, et pour cause. Nous pourrions signaler Ă©galement, en passant, le raisonnement dynamiste qui subordonne la constatation d'un fait Ă  la proposition d'une solution pratique – comme si la vĂ©ritĂ© n'avait pas sa raison d'ĂȘtre ou sa valeur en elle-mĂȘme – ou le raisonnement utilitariste qui subordonne la vĂ©ritĂ© comme telle aux intĂ©rĂȘts matĂ©riels des hommes physiques. Tout ceci n'est pas incompatible en fait avec un certains sens critique sur quelques plans extĂ©rieurs ; s'il en est ainsi, l'inverse doit ĂȘtre possible Ă©galement, Ă  savoir la disproportion entre un discernement spirituel et un langage inconsidĂ©rĂ©ment impulsif et hyperbolique.[...] (18) La propagande pour les innovations liturgiques et thĂ©ologiques – et contre ceux qui n'en sont pas dupes – est un exemple particuliĂšrement Ă©cƓurant de ce procĂ©dĂ©.
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Frithjof Schuon (Logic and Transcendence)
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Le "vitalisme" philosophique dissimule lui aussi sous les traits d'une logique impeccable une pensĂ©e fallacieuse et proprement infra-humaine. Les adorateurs de la "vie", pour lesquels la religion - ou la sagesse - n'est qu'un trouble-fĂȘte inintelligible, factice et morbide, oublient avant tout les vĂ©ritĂ©s suivantes : que l'intelligence humaine est capable d'objectiver la vie et de s'y opposer d'une certaine maniĂšre, ce qui ne peut pas ĂȘtre dĂ©pourvu de sens, toute chose ayant sa raison d'ĂȘtre ; que c'est par capacitĂ© d'objectivation et d'opposition au subjectif que l'homme est homme, la vie et le plaisir Ă©tant communs aussi Ă  toutes les crĂ©atures infra-humaines ; qu'il n'y a pas de la vie, mais aussi la mort, et qu'il n'y a pas que le plaisir, mais aussi la douleur, ce dont l'homme seul peut se rendre compte a priori ; que l'homme doit suivre sa nature comme les animaux suivent la leur, et qu'en la suivant pleinement il est portĂ© Ă  transcender les apparences et Ă  leur donner une signification qui dĂ©passe leur plan mouvant et qui les unit Ă  une mĂȘme rĂ©alitĂ© stable et universelle. Car l'homme, c'est l'intelligence, et l'intelligence, c'est le dĂ©passement des formes et la rĂ©alisation de l'invisible Essence ; qui dit intelligence humaine, dit absoluitĂ© et transcendance. De toutes les crĂ©atures terrestres, l'homme seul sait : premiĂšrement, que le plaisir est contingent et Ă©phĂ©mĂšre ; et deuxiĂšmement, qu'il n'est pas partagĂ© par tous, c'est-Ă -dire que d'autres ego ne jouissent pas du plaisir de "notre ego", et qu'il y a toujours - quelle que soit notre jouissance - d'autres crĂ©atures qui souffrent, et inversement ; ce qui prouve que le plaisir n'est pas tout, ni la vie. La religion ou la mĂ©taphysique surgissent bien plus profondĂ©ment de la nature spĂ©cifiquement humaine - "nature surnaturelle" prĂ©cisĂ©ment dans ses profondeurs - que les caractĂšres que l'homme partage avec l'animal et la plante. RĂ©futer l'erreur n'est pas ignorer que son existence est nĂ©cessaire ; les deux choses se situent sur des plans diffĂ©rents. Nous n'acceptions pas l'erreur, mais nous acceptons son existence, puisqu'"il faut qu'il y ait du scandale"..
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Frithjof Schuon (The Transfiguration of Man)
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D'une façon gĂ©nĂ©rale, l'Ɠuvre doctrinale de RenĂ© GuĂ©non se rapporte aux vĂ©ritĂ©s les plus universelles ainsi qu'aux rĂšgles symboliques et aux lois cycliques qui rĂ©gissent leur adaptation traditionnelle. Sous ce rapport, le critĂšre de son orthodoxie se trouve par la nature des choses dans l'intelligence des principes mĂ©taphysiques et des consĂ©quences qui en dĂ©coulent. Ce n'est qu'Ă  titre secondaire que cette orthodoxie pourrait ĂȘtre soumise Ă  une vĂ©rification littĂ©rale dans les diffĂ©rentes doctrines traditionnelles existantes ; au premier abord, pour un lecteur ordinaire, cette vĂ©rification n'est immĂ©diate que lĂ  oĂč dans ses ouvrages RenĂ© GuĂ©non s'est appliquĂ© spĂ©cialement Ă  Ă©tablir lui-mĂȘme les preuves documentaires Ă  l'appui des points de doctrine qu'il exposait, et sous le rapport de la tradition Ă  laquelle il se rĂ©fĂ©rait ainsi ; pour tout le reste, c'est l'intelligence et la recherche personnelle qui sont requises ; il est supposĂ©, en mĂȘme temps, que cette recherche est basĂ©e sur une droite intention, condition qui assure son orientation et son rĂ©sultat
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Michel Vùlsan (L'Islam et la fonction de René Guénon)
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Cette sĂ©paration alchimique, si dangereuse que les philophes hermĂ©tiques n’en parlaient qu’à mots couverts, si ardue que de longues vies s’étaient usĂ©es en vain Ă  l’obtenir, il l’avait confondue jadis avec une rĂ©bellion facile. Puis, rejetant ce fatras de rĂȘvasseries aussi antiques que l’illusion humaine, ne retenant de ses maĂźtres alchimistes que quelques recettes pragmatiques, il avait choisi de dissoudre et de coaguler la matiĂšre dans le sens d’une expĂ©rimentation faite avec le corps des choses. Maintenant, les deux branches de la parabole se rejoignaient ; la mors philosophica, s’était accomplie : l’opĂ©rateur brĂ»lĂ© par les acides de la recherche Ă©tait Ă  la fois sujet et objet, alambic fragile et, au fond du rĂ©ceptacle, prĂ©cipitĂ© noir. L’expĂ©rience qu’on avait cru pouvoir confiner Ă  l’officine s’était Ă©tendue Ă  tout. S’en suivait-il que les phases subsĂ©quentes de l’aventure alchimique fussent autre chose que des songes, et qu’un jour il connaĂźtrait aussi la puretĂ© ascĂ©tique de l’ ƒuvre au Blanc, puis le triomphe de l’esprit et des sens qui caractĂ©rise l’ ƒuvre au Rouge ? Du fond de la lĂ©zarde naissait une ChimĂšre. Il disait Oui par audace, comme autrefois par audace il avait dit Non. Il s’arrĂȘtait soudain, tirant violemment sur ses propres rĂȘnes. La premiĂšre phase de l’ƒuvre avait demandĂ© toute sa vie. Le temps et les forces manquaient pour aller plus loin, Ă  supposer qu’il y eĂ»t une route, et que par cette route un homme pĂ»t passer. Ou ce pourrissement des idĂ©es, cette mort des instincts, ce broiement des formes preque insupportables Ă  la nature humaine seraient rapidement suivis par la mort vĂ©ritable, et il serait curieux de voir par quelle voie, ou l’esprit revenu des domaines du vertige reprendrait ses routines habituelles, muni seulement de facultĂ©s plus libres et comme nettoyĂ©es. Il serait beau d’en voir les effets.
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Marguerite Yourcenar
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L’état humain — ou tout autre Ă©tat « central » analogue — est comme entourĂ© d’un cercle de feu : il n’y a lĂ  qu’un choix, ou bien Ă©chapper au « courant des formes » par le haut, en direction de Dieu, ou bien sortir de l’humanitĂ© par le bas, Ă  travers le feu, lequel est comme la sanction de la trahison de ceux qui n’ont pas rĂ©alisĂ© le sens divin de la condition humaine; si « la condition humaine est difficile Ă  atteindre», comme l’estiment les Asiates « transmigrationnistes », elle est Ă©galement difficile Ă  quitter, pour la mĂȘme raison de position centrale et de majestĂ© thĂ©omorphe. Les hommes vont au feu parce qu’ils sont des dieux, et ils en sortent parce qu’ils ne sont que des crĂ©atures; Dieu seul pourrait aller Ă©ternellement en enfer s’il pouvait pĂ©cher. Ou encore : l’état humain est tout prĂšs du Soleil divin, s’il est possible de parler ici de « proximitĂ© »; le feu est la rançon Ă©ventuelle — Ă  rebours — de cette situation privilĂ©giĂ©e; on peut mesurer celle-ci Ă  l’intensitĂ© et Ă  l’inextin-guibilitĂ© du feu. Il faut conclure de la gravitĂ© de l’enfer Ă  la grandeur de l’homme, et non pas, inversement, de l’apparente innocence de l’homme Ă  l’injustice supposĂ©e de l’enfer. [...] Bien des hommes de notre temps tiennent en somme le langage suivant : « Dieu existe ou il n ’existe pas ; s’il existe et s’il est ce qu’on dit, il reconnaĂźtra que nous sommes bons et que nous ne mĂ©ritons aucun chĂątiment » ; c’est-a-dire qu’ils veulent bien croire Ă  son existence s’il est conforme Ă  ce qu’ils s’imaginent et s’il reconnaĂźt la valeur qu’ils s’attribuent Ă  eux-mĂȘmes. C’est oublier, d’une part, que nous ne pouvons connaĂźtre les mesures avec lesquelles l’Absolu nous juge, et d’autre part, que le « feu » d’outre-tombe n’est rien d ’autre, en dĂ©finitive, que notre propre intellect qui s’actualise Ă  l'encontre de notre faussetĂ©, ou en d’autres termes, qu’il est la vĂ©ritĂ© immanente qui Ă©clate au grand jour. A la mort, l’homme est confrontĂ© avec l’espace inouĂŻ d’une rĂ©alitĂ©, non plus fragmentaire, mais totale, puis avec la norme de ce qu’il a prĂ©tendu ĂȘtre, puisque cette norme fait partie du RĂ©el ; l’homme se condamne donc lui-mĂȘme, ce sont — d’aprĂšs le Koran — ses membres mĂȘmes qui l’accusent ; ses violations, une fois le mensonge dĂ©passĂ©, le transforment en flammes ; la nature dĂ©sĂ©quilibrĂ©e et faussĂ©e, avec toute sa vaine assurance, est une tunique de Nessus. L’homme ne brĂ»le pas que pour ses pĂ©chĂ©s; il brĂ»le pour sa majestĂ© d’image de Dieu. C’est le parti pris d’ériger la dĂ©chĂ©ance en norme et l’ignorance en gage d’impunitĂ© que le Koran stigmatise avec vĂ©hĂ©mence — on pourrait presque dire : par anticipation — en confrontant l’assurance de ses contradicteur avec les affres de la fin du monde (1). En rĂ©sumĂ©, tout le problĂšme de la culpabilitĂ© se rĂ©duit au rapport de la cause Ă  l’effet. Que l’homme soit loin d'ĂȘtre bon, l’histoire ancienne et rĂ©cente le prouve surabondamment, l’homme n’a pas l’innocence de l’animal, il a conscience de son imperfection, puisqu’il en possĂšde la notion ; donc il est responsable. Ce qu’on appelle en terminologie morale la faute de l’homme et le chĂątiment de Dieu, n’est rien d ’autre, en soi, que le heurt du dĂ©sĂ©quilibre humain avec l’Equilibre immanent ; cette notion est capitale.[...] (1) C'est la mĂȘme un des thĂšmes les plus instamment rĂ©pĂ©tĂ©s de ce livre sacrĂ©, qui marque parfois son caractĂšre d'ultime message par une Ă©loquence presque dĂ©sespĂ©rĂ©e.
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Frithjof Schuon (Understanding Islam)
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Un exemple de formalisme excessif -- et de conventionnalisme proprement superstitieux -- nous est offert par certains vĂȘtements de la femme musulmane : il y a en Inde islamique des voilements qui ont quelque chose de proprement sinistre -- on dirait des prisons ambulantes ou des spectres -- ce qui est pour le moins contre nature, et ce qui prouve Ă  quel point l'esprit exotĂ©riste peut ĂȘtre pĂ©dant, aveugle et recroquevillĂ© ; par contre, le voile de la femme marocaine est moralement et esthĂ©tiquement plausible, c'est pour ainsi dire "un point de vue comme un autre". La femme berbĂšre du Maghreb ne porte pas de voile -- il convient de le rappeler ici -- et de mĂȘme pour bien des Musulmanes de race noire et jaune, sans parler d'autres exemples difficiles Ă  cataloguer ; ce qui montre que cette coutume vestimentaire n'a rien d'essentiel au point de vue de la Loi.(1) (1) La prescription de "cacher les charmes" permet bien des interprĂ©tations, y compris les plus paradoxales puisque la pudeur se concentre parfois sur le seul visage.
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Frithjof Schuon (Approches du phénomÚne religieux)
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Que les forts attaquent les faibles, c'est un mal parfois inĂ©vitable et mĂȘme Ă  certains Ă©gards une loi naturelle, Ă  condition toutefois que les moyens ne violent pas les normes de la nature comme c'est le cas dans les guerres mĂ©canisĂ©es, et que la force ne serve pas des idĂ©es intrinsĂšquement fausses, ce qui serait une anomalie de plus (1) ; mais que les forts Ă©crasent les faibles au moyen d'une hypocrisie intĂ©ressĂ©e et des bassesses qui en rĂ©sultent, cela n'est ni naturel ni inĂ©vitable, et il est gratuit et mĂȘme infame de mettre sur le compte de la "sensiblerie" toute opinion qui condamne ces mĂ©thodes ; le "rĂ©alisme" politique peut justifier les violences, jamais les vilĂ©nies. (1) C'est donc surtout aux guerres tribales ou fĂ©odales que nous pensons, ou encore aux guerres d'expansion des civilisations traditionnelles. D'aucuns objecteront qu'il y a toujours eu des machines et qu'un arc n'est pas autre chose, ce qui est aussi faux que de prĂ©tendre qu'un cercle est une sphĂšre ou qu'un dessin est une statue. Il y a lĂ  une diffĂ©rence de dimensions dont les causes sont profondes et non quantitatives.
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Frithjof Schuon (The Transfiguration of Man)
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Abraham fut avant MoĂŻse ; Mohammed dĂ»t par consĂ©quent apparaĂźtre aprĂšs JĂ©sus ; le « cycle miraculeux » allant du SinaĂŻ au Christ se trouve comme encadrĂ© – temporellement parlant – par un autre cycle parallĂšle et d'un caractĂšre trĂšs diffĂ©rent c'est-Ă -dire marquĂ© davantage par la seule VĂ©ritĂ© monothĂ©iste, dans tout ce qu'elle comporte d'absolu et de salvateur par sa nature mĂȘme, et Ă©pris de simplicitĂ© primordiale et de transcendance « platonicienne » ; l'Islam comme l'Abrahamisme sont fondamentalement des religions nomades sans histoire, et brĂ»lĂ©s par ce Soleil divin toujours prĂ©sent et toujours Ă©ternel. Devant ce Soleil, l'homme n'est rien : que le Khalif Omar conquiĂšre une partie du monde antique ou que le ProphĂšte traie sa chĂšvre, revient presque au mĂȘme ; c'est dire qu'il n'y a pas de « grandeur humaine » au sens profane et titanesque, qu'il n'y a donc pas d'humanisme fauteur de vaines gloires ; la seule grandeur admise et durable est la saintetĂ©, et celle-ci appartient Ă  Dieu.
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Frithjof Schuon (Form and Substance in the Religions)
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 Le Bouddha ne fut tout d’abord figurĂ© que par des empreintes de pieds, ou par des symboles tels que l’arbre ou la roue (et il est remarquable que, de la mĂȘme façon, le Christ aussi ne fut reprĂ©sentĂ© pendant plusieurs siĂšcles que par des figurations purement symboliques) ; comment et pourquoi en vint-on Ă  admettre par la suite une image anthropomorphique ? Il faut voir lĂ  comme une concession aux besoins d’une Ă©poque moins intellectuelle, oĂč la comprĂ©hension doctrinale Ă©tait dĂ©jĂ  affaiblie ; les « supports de contemplation », pour ĂȘtre aussi efficaces que possible, doivent en effet ĂȘtre adaptĂ©s aux conditions de chaque Ă©poque ; mais encore convient-il de remarquer que l’image humaine elle-mĂȘme, ici comme dans le cas des « dĂ©itĂ©s » hindoues, n’est rĂ©ellement « anthropomorphique » que dans une certaine mesure, en ce sens qu’elle n’est jamais « naturaliste » et qu’elle garde toujours, avant tout et dans tous ses dĂ©tails, un caractĂšre essentiellement symbolique. Cela ne veut d’ailleurs point dire qu’il s’agisse d’une reprĂ©sentation « conventionnelle » comme l’imaginent les modernes, car un symbole n’est nullement le produit d’une invention humaine ; « le symbolisme est un langage hiĂ©ratique et mĂ©taphysique, non un langage dĂ©terminĂ© par des catĂ©gories organiques ou psychologiques ; son fondement est dans la correspondance analogique de tous les ordres de rĂ©alitĂ©, Ă©tats d’ĂȘtre ou niveaux de rĂ©fĂ©rence ». La forme symbolique « est rĂ©vĂ©lĂ©e » et « vue » dans le mĂȘme sens que les incantations vĂȘdiques ont Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©es et « entendues », et il ne peut y avoir aucune distinction de principe entre vision et audition, car ce qui importe n’est pas le genre de support sensible qui est employĂ©, mais la signification qui y est en quelque sorte « incorporĂ©e ». L’élĂ©ment proprement « surnaturel » est partie intĂ©grante de l’image, comme il l’est des rĂ©cits ayant une valeur « mythique », au sens originel de ce mot ; dans les deux cas, il s’agit avant tout de moyens destinĂ©s, non Ă  communiquer, ce qui est impossible, mais Ă  permettre de rĂ©aliser le « mystĂšre », ce que ne saurait Ă©videmment faire ni un simple portrait ni un fait historique comme tel. C’est donc la nature mĂȘme de l’art symbolique en gĂ©nĂ©ral qui Ă©chappe inĂ©vitablement au point de vue « rationaliste » des modernes, comme lui Ă©chappe, pour les mĂȘmes raisons, le sens transcendant des « miracles » et le caractĂšre « thĂ©ophanique » du monde manifestĂ© lui-mĂȘme ; l’homme ne peut comprendre ces choses que s’il est Ă  la fois sensitif et spirituel, et s’il se rend compte que « l’accĂšs Ă  la rĂ©alitĂ© ne s’obtient pas en faisant un choix entre la matiĂšre et l’esprit supposĂ©s sans rapports entre eux, mais plutĂŽt en voyant dans les choses matĂ©rielles et sensibles une similitude formelle des prototypes spirituels que les sens ne peuvent atteindre directement » ; il s’agit lĂ  « d’une rĂ©alitĂ© envisagĂ©e Ă  diffĂ©rents niveaux de rĂ©fĂ©rence, ou, si l’on prĂ©fĂšre, de diffĂ©rents ordres de rĂ©alitĂ©, mais qui ne s’excluent pas mutuellement.
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René Guénon (Studies in Hinduism)
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[...] un art sacrĂ© n’est pas nĂ©cessairement fait d’images, mĂȘme pas au sens le plus large du terme. Il peut n’ĂȘtre que l’extĂ©riorisation pour ainsi dire muette d’un Ă©tat contemplatif et, dans ce cas ou sous ce rapport, il ne reflĂ©tera pas des idĂ©es mais il transformera l’environnement qualitativement, en le faisant participer Ă  un Ă©quilibre dont le centre de gravitĂ© est l’invisible. Il est facile de constater que telle est la nature de l’art islamique : son objet est avant tout l’environnement de l’homme – d’oĂč le rĂŽle dominant de l’architecture – et sa qualitĂ© est essentiellement contemplative. L’aniconisme n’amoindrit pas cette qualitĂ©, bien au contraire, car en excluant toute image qui invite l’homme Ă  fixer son esprit sur quelque chose en dehors de lui-mĂȘme, Ă  projeter son Ăąme en une forme « individualisante », il crĂ©e un vide. A cet Ă©gard, la fonction de l’art islamique est analogue Ă  celle de la nature vierge – notamment du dĂ©sert – qui favorise aussi la contemplation bien que, sous un autre angle, l’ordre crĂ©Ă© par l’art s’oppose au chaos du paysage dĂ©sertique. La prolifĂ©ration de l’ornement dans l’art musulman ne contredit pas cette qualitĂ© de vide contemplatif. Au contraire, l’ornement Ă  formes abstraites la corrobore par son rythme continu ou son caractĂšre de tissage sans fin : au lieu de capter l’esprit et de l’entraĂźner dans quelque monde imaginaire, il dissout les « fixations » mentales, de mĂȘme que la contemplation d’un cours d’eau, d’une flamme ou d’un feuillage frĂ©missant dans le vent peut dĂ©tacher la conscience de ses « idoles » intĂ©rieures.
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Titus Burckhardt (Art Of Islam: Language And Meaning)
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C’est que la nature vous a donnĂ© la possibilitĂ© de « voir » au lieu de « penser », puisque nous nommons « voir » ce qu’on appellerait plus couramment « bien penser » ou « penser lucidement ».
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Arnaud Desjardins (Lettres Ă  une jeune disciple (CHEMIN DE LA SA))
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L'homo technicus-economicus croit aussi, Ă  sa maniĂšre, se suffire Ă  lui-mĂȘme. Arrogant, dĂ©miurge, autosatisfait, il se frotte les mains, dispose de tout ce qu'offre la planĂšte, s'arroge tous les droits, ignore ses devoirs, coupe les liens qui le relient aux autres humains, Ă  la nature, Ă  l'histoire et au cosmos. Il pousse si loin l'Ă©mancipation qu'il court le risque de dĂ©chirer tous les fils et de dĂ©crocher, de se dĂ©crocher, de s'auto-expulser de la crĂ©ation. Son idĂ©ologie est si simpliste que n'importe quel fondamentalisme religieux apparaĂźt en comparaison subtil et pluriel. Un seul prĂ©cepte, une seule loi, un seul paramĂštre, un seul Ă©talon : le rendement ! Qui dit mieux dans la trivialitĂ© criminelle d'un ordre unique ? Comment ne pas voir que chaque subside retirĂ© Ă  la culture et Ă  l'Ă©ducation devra ĂȘtre multipliĂ© par cent pour renflouer les services mĂ©dicaux, l'aide sociale et la sĂ©curitĂ© policiĂšre ? Car sans connaissances, sans vision et sans fertilitĂ© imaginaire, toute sociĂ©tĂ© sombre tĂŽt ou tard dans le non-sens et l'agression. Il existe Ă  ce jeu macabre un puissant contre-poison. A portĂ©e de la main, Ă  tout instant : c'est la gratitude. Elle seule suspend notre course avide. Elle seule donne accĂšs Ă  une abondance sans rivage. Elle rĂ©vĂšle que tout est don et qui plus est : don immĂ©ritĂ©. Non parce que nous en serions, selon une optique moralisante, indignes, mais parce que notre mĂ©rite ne sera jamais assez grand pour contrebalancer la gĂ©nĂ©rositĂ© de la vie ! (p. 13-14)
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Christiane Singer (N'oublie pas les chevaux écumants du passé)
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Gardez-vous, surtout et ce sera mon dernier conseil, d'Ă©couter jamais des interprĂ©tations sinistres et des discours envenimĂ©s dont les motifs secrets sont souvent plus dangereux que les actions qui en sont l'objet. Toute une maison s'Ă©veille et se tient en alarmes aux premiers cris d'un bon et fidĂšle gardien qui n'aboie jamais qu'Ă  l'approche des voleurs; mais on hait l'importunitĂ© de ces animaux bruyants qui troublent sans cesse le repos public, et dont les avertissements continuels et dĂ©placĂ©s ne se font pas mĂȘme Ă©couter au moment qu'ils sont nĂ©cessaires.
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Jean-Jacques Rousseau (Discourse on the Origin of Inequality)
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Mais la chair et le sang qui est en elle sont arrosĂ©s de lait, en retour de ce qu'ils le produisent, et lui doivent une nouvelle reproduction. Car la formation de l'enfant, dans le sein de sa mĂšre, a lieu par suite du mĂ©lange de la semence de l'homme avec le sang de la femme, aprĂšs la purification mensuelle. Cette semence a la facultĂ© de rĂ©unir le sang en globules autour d'elle, comme la presure fait coaguler le lait, et forme enfin une substance, qui devient le corps de l'enfant, ni trop froide, ni trop ardente ; une nature bien tempĂ©rĂ©e est gĂ©nĂ©ralement productive ; les tempĂ©raments dont les qualitĂ©s sont extrĂȘmes, sont une cause de stĂ©rilitĂ©. C'est ainsi que le grain pourrit dans une terre trop dĂ©layĂ©e par les eaux, et qu'il se flĂ©trit dans une terre excessivement sĂšche. Au contraire, une terre oĂč les sucs abondent, ni trop humide, ni trop ferme, conserve le grain et le fait pousser. Quelques naturalistes Ă©tablissent que la semence des animaux est l'Ă©cume de leur sang. Aussi DiogĂšne Apolloniate a appelĂ© ces opĂ©rations aphrodisia, mot qui veut dire provenant de l'Ă©cume.
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Clement of Alexandria (Le PĂ©dagogue, Tome 1)
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Plusieurs espĂšces humaines ont ainsi coexistĂ© sur la planĂšte jusqu’à une Ă©poque extraordinairement rĂ©cente. Tandis que le primitif Homo erectus et peut-ĂȘtre Homo floresiensis se maintenaient en Asie, l’homme de NĂ©andertal et l’ancĂȘtre de l’homme moderne, dont nous parlerons dans les chapitres suivants, prospĂ©raient dĂ©jĂ , en Europe pour le premier, en Afrique pour le second. Cette coexistence sur la planĂšte bouleverse une conception linĂ©aire de l’évolution de l’homme et pose la question de sa place dans la nature. L’existence d’une seule espĂšce humaine dominatrice est l’exception actuelle, aprĂšs trois millions d’annĂ©es au cours desquelles la rĂ©partition des territoires entre plusieurs hominines avait Ă©tĂ© la rĂšgle.
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Jean-Jacques Hublin (Quand d'autres hommes peuplaient la Terre : nouveaux regards sur nos origines)
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La simplicitĂ© est le meilleur antidote Ă  l’ego, reprit le chamane, car, contrairement Ă  l’ego, l’ĂȘtre simple ne juge pas et ne condamne pas. Il s’émerveille de tout et s’amuse facilement. Il ne cherche pas Ă  dominer, Ă  imposer, Ă  contrĂŽler. Il choisit la paix intĂ©rieure au lieu de se lancer dans les conflits. L’ĂȘtre simple s’abandonne Ă  la VolontĂ© de sa nature divine et se laisse conduire par l’énergie du cƓur. De ce fait, il ne ressent plus les affres du stress et de l’angoisse. Il demeure dans le moment prĂ©sent, il le savoure, dĂ©laissant le passĂ© et le futur qui ne sont que des astuces de l’ego pour nous Ă©loigner du Paradis.
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Alain Williamson (Le Chamane d'Ek-Balam : Les 5 codes d'Ă©veil (DĂ©veloppement personnel))
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All troubles, afflictions, and ultimately birth and death follow the same highway out of one’s own unmoving perfect self-nature.
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Bhiksus Heng Sure, Heng Ch’au
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Parce que le seul instinct rĂ©el de l’homme, c’est de partir en courant au plus profond de la forĂȘt. Si tel n’était pas le cas, pourquoi s’acharnerait-on autant Ă  nous faire aimer la sociĂ©tĂ©, Ă  nous faire entrer dans le crĂąne le style amoureux et grĂ©gaire de la Patrie absolue ? Le divertissement social est un systĂšme opĂ©rationnel de coutumes visant Ă  minimiser la peur d’ĂȘtre totalement encerclĂ©.
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Pola Oloixarac (Las teorĂ­as salvajes)
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Ce sujet que je traite est tout plein de mysticitĂ© ; car lorsque le CrĂ©ateur tout-puissant de la nature commença Ă  donner sa loi, et qu'il voulut manifester sa puissance Ă  MoĂŻse, il lui apparut en forme de lumiĂšre dans un buisson ardent, qui brĂ»lait sans se consumer. De mĂȘme lorsque le Verbe eut Ă©tablit sa loi et cessĂ© de converser avec les hommes, il remonta au ciel, d'oĂč il Ă©tait descendu, avec une mystique couronne d'Ă©pines sur la tĂȘte, unissant ainsi les deux Ă©poques de la promulgation de sa loi, afin de prouver que c'est un seul et mĂȘme Dieu, le pĂšre et le fils, principe et fin du siĂšcle, qui les a donnĂ©es.
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Clement of Alexandria (Le PĂ©dagogue, Tome 1)
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La pensĂ©e moderne n'est pas, d'une façon dĂ©finitive, une doctrine parmi d'autres, elle est ce qu'exige telle phase de son dĂ©roulement, et elle sera ce qu'en fera la science matĂ©rialiste et expĂ©rimentale, ou ce qu'en fera la machine; ce n'est plus l'intellect humain, c'est la machine - ou la physique, la chimie, la biologie - qui dĂ©cident ce qu'est l'homme, ce qu'est l'intelligence, ce qu'est la vĂ©ritĂ©. Dans ces conditions, l'esprit dĂ©pend de plus en plus du « climat » produit par ses propres crĂ©ations : l'homme ne sait plus juger humainement, c'est-Ă -dire en fonction d'un absolu qui est la substance mĂȘme de l'intelligence; s'Ă©garant dans un relativisme sans issue, il se laisse juger, dĂ©terminer, classer par les contingences de la science et de la technique; ne pouvant Ă©chapper Ă  la vertigineuse fatalitĂ© qu'elles lui imposent et ne voulant pas avouer son erreur (1), il ne lui reste plus qu'Ă  abdiquer sa dignitĂ© d'homme et sa libertĂ©. C'est la science et la machine qui Ă  leur tour crĂ©ent l'homme, et c'est elles qui « crĂ©ent Dieu », s'il est permis de s'exprimer ainsi (2); car le vide laissĂ© par Dieu ne peut rester un vide, la rĂ©alitĂ© de Dieu et son empreinte dans la nature humaine exigent un succĂ©danĂ© de divinitĂ©, un faux absolu qui puisse remplir le nĂ©ant d'une intelligence privĂ©e de sa substance. On parle beaucoup d' « humanisme » Ă  notre Ă©poque, mais on oublie que l'homme, dĂšs lors qu'il abandonne ses prĂ©rogatives Ă  la matiĂšre, Ă  la machine et au savoir quantitatif cesse d'ĂȘtre rĂ©ellement « humain ». (3) (1) Il y a lĂ  comme une perversion de l'instinct de conservation, un besoin de consolider l'erreur pour avoir la conscience tranquille. (2) Les spĂ©culations teilhardiennes offrent un exemple frappant d'une thĂ©ologie succombĂ©e aux microscopes et aux tĂ©lescopes, aux machines et Ă  leurs consĂ©quences philosophiques et sociales, - « chute » qui serait exclue s'il y avait lĂ  la moindre connaissance intellective directe des rĂ©alisations immatĂ©rielles. Le cĂŽtĂ© « inhumain » de la dite doctrine est d'ailleurs trĂšs rĂ©vĂ©lateur. (3) Le plus intĂ©gralement « humain », c'est ce qui donne Ă  l'homme les meilleurs chances pour l'au-delĂ , et c'est aussi, par lĂ  mĂȘme, ce qui correspond le plus profondĂ©ment Ă  sa nature
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Frithjof Schuon (Understanding Islam)
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Le rĂ©cit achevĂ©, l'abbĂ© rĂ©flĂ©chit profondĂ©ment. « Il y a, dit-il au bout d'un instant, un axiome de droit d'une grande profondeur, et qui en revient Ă  ce que je vous disais tout Ă  l'heure, c'est qu'Ă  moins que la pensĂ©e mauvaise ne naisse avec une organisation faussĂ©e, la nature humaine rĂ©pugne au crime. Cependant, la civilisation nous a donnĂ© des besoins, des vices, des appĂ©tits factices qui ont parfois l'influence de nous faire Ă©touffer nos bons instincts et qui nous conduisent au mal. De lĂ  cette maxime : Si vous voulez dĂ©couvrir le coupable, cherchez d'abord celuiĂ  qui le crime commis peut ĂȘtre utile  ! A qui votre disparition pouvait-elle ĂȘtre utile  ?
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Alexandre Dumas (The Count of Monte Cristo)
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Une promenade hier Ă  travers le verger m'Ă©claire. C'est l'hiver et tous les arbres fruitiers sont plus semblables Ă  de grands balais de bruyĂšre, le manche fichĂ© au sol, qu'Ă  ce que nos yeux nomment un arbre. Celui qui cĂ©derait Ă  la logique des sens, Ă  l'impulsion d'un robuste rĂ©alisme constaterait que la vie a quittĂ© ces arbres et donnerait l'ordre de les abattre. Il n'apprendrait jamais que les lois de la nature ont prĂ©vu quelque chose d'invraisemblable, de dĂ©raisonnable et d'inespĂ©rĂ© connu sous le nom de « printemps » - et que ces arbres morts vont un jour proche se couvrir de bourgeons, de feuilles et de fleurs. Personne ne m'ĂŽtera de l'esprit qu'il en est ainsi des relations qui nous unissent et que nous scions Ă  la base parce que nous les croyons mortes. Cinq jours de patience, un mois – ou vingt ans – et nous aurions assistĂ© Ă  un prodigue : la loi rigoureuse du « meurs et renais ».
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Christiane Singer (Éloge du mariage, de l'engagement et autres folies)
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Ce sont les sophistes, Protagoras en tĂȘte, qui sont les vĂ©ritables prĂ©curseurs de la pensĂ©e moderne ; ce sont eux les « penseurs » proprement dits, en ce sens qu'ils se bornaient Ă  ratiociner et ne se souciaient guĂšre de « percevoir » et de rendre compte de ce qui « est ». Et c'est Ă  tort qu'on a vu en Socrate, Platon et Aristote les pĂšres du rationalisme, voire de la pensĂ©e moderne en gĂ©nĂ©ral ; sans doute, ils raisonnent — Shankara et RĂąmĂąnuja en font autant — mais ils n'ont jamais dit que le raisonnement est l'alpha et l'omĂ©ga de l'intelligence et de la vĂ©ritĂ©, ni a fortiori que nos expĂ©riences ou nos goĂ»ts dĂ©terminent la pensĂ©e et priment l'intuition intellectuelle et la logique, quod absit. Somme toute, la philosophie moderne est la codification d'une infirmitĂ© acquise ; l'atrophie intellectuelle de l'homme marquĂ© par la « chute » avait pour consĂ©quence une hypertrophie de l'intelligence pratique, d'oĂč en fin de compte l'explosion des sciences physiques et l'apparition de pseudo-sciences telles que la psychologie et la sociologie (1). Quoi qu'il en soit, il faut reconnaĂźtre que le rationalisme bĂ©nĂ©ficie de circonstances attĂ©nuantes en face de la religion, dans la mesure oĂč il se fait le porte-parole des besoins de causalitĂ© lĂ©gitimes que suscitent certains dogmes, du moins quand on les prend Ă  la lettre comme l'exige la thĂ©ologie (2). D'une maniĂšre tout Ă  fait gĂ©nĂ©rale, il va de soi qu'un rationaliste peut avoir raison sur le plan des observations et des expĂ©riences ; l'homme n'est pas un systĂšme clos, bien qu'il puisse s'efforcer de l'ĂȘtre. Mais mĂȘme en dehors de toute question de rationalisme et de dogmatisme, on ne peut en vouloir Ă  personne d'ĂȘtre scandalisĂ© par les sottises et les crimes perpĂ©trĂ©s au nom de la religion, ou mĂȘme simplement par les antinomies entre les diffĂ©rents credos ; toutefois, comme les horreurs ne sont certes pas l'apanage de la religion — les prĂ©dicateurs de la « dĂ©esse raison » en fournissent la preuve —, il faut nous arrĂȘter Ă  la constatation que les excĂšs et les abus sont dans la nature humaine. S'il est absurde et choquant que des crimes se rĂ©clament du Saint-Esprit, il n'est pas moins illogique et scandaleux qu'ils aient lieu Ă  l'ombre d'un idĂ©al de rationalitĂ© et de justice. [...]
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Frithjof Schuon (The Transfiguration of Man)
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Ukitaka kujua watanzania wavivu kiasi gani? subiria Deadline ya maombi ya kazi au maofisini mpk mikutano wanakuja mwishon
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Chrisper Malamsha
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Certaines questions d’ordre thĂ©ologique me prĂ©occupaient bizarrement. En voici quelques-unes. 1° Que vaut la thĂ©orie qui veut qu’Ève soit sortie, non pas de la cĂŽte d’Adam, mais d’une tumeur au gras de la jambe (cul ?) ? 2° Le serpent rampait-il ou, comme l’affirme Comestor, marchait-il debout ? 3° Marie conçut-elle par l’oreille, comme le veulent saint Augustin et Adobard ? 4° L’antĂ©christ combien de temps va-t-il nous faire poireauter encore ? 5° Cela a-t-il vraiment de l’importance de quelle main on s’absterge le podex ? 6° Que penser du serment des Irlandais profĂ©rĂ© la main droite sur les reliques des saints et la gauche sur le membre viril ? 7° La nature observe-t-elle le sabbat ? 8° Serait-il exact que les diables ne souffrent point des tourments infernaux ? 9° ThĂ©ologie algĂ©brique de Craig. Qu’en penser ? 10° Serait-il exact que saint Roch enfant ne voulait tĂ©ter ni les mercredis ni les vendredis ? 11° Que penser de l’excommunication de la vermine au seiziĂšme siĂšcle ? 12° Faut-il approuver le cordonnier italien LovĂąt qui, s’étant chĂątrĂ©, se crucifia ? 13° Que foutait Dieu avant la crĂ©ation ? 14° La vision bĂ©atique ne serait-elle pas une source d’ennui, Ă  la longue ? 15° Serait-il exact que le supplice de Judas est suspendu le samedi ? 16° Si l’on disait la messe des morts pour les vivants ? Et je me rĂ©citais le joli Pater quiĂ©tiste, Dieu qui n’ĂȘtes pas plus au ciel que sur la terre et dans les enfers, je ne veux ni ne dĂ©sire que votre nom soit sanctifiĂ©, vous savez ce qui vous convient. Etc. Le milieu et la fin sont trĂšs jolis.
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Samuel Beckett (Molloy)
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Historiquement, il est probable que l'inflexion qui s'est produite Ă  la Renaissance Ă©tait inĂ©vitable. Le Moyen Age en Ă©tait venu naturellement Ă  l'Ă©puisement, en raison d'une rĂ©pression intolĂ©rable de la nature charnelle de l'homme en faveur de sa nature spirituelle. Mais en s'Ă©cartant de l'esprit, l'homme s'empara de tout ce qui est matĂ©riel, avec excĂšs et sans mesure. La pensĂ©e humaniste, qui s'est proclamĂ©e notre guide, n'admettait pas l'existence d'un mal intrinsĂšque en l'homme, et ne voyait pas de tĂąche plus noble que d'atteindre le bonheur sur terre. VoilĂ  qui engagea la civilisation occidentale moderne naissante sur la pente dangereuse de l'adoration de l'homme et de ses besoins matĂ©riels. Tout ce qui se trouvait au-delĂ  du bien-ĂȘtre physique et de l'accumulation de biens matĂ©riels, tous les autres besoins humains, caractĂ©ristiques d'une nature subtile et Ă©levĂ©e, furent rejetĂ©s hors du champ d'intĂ©rĂȘt de l'Etat et du systĂšme social, comme si la vie n'avait pas un sens plus Ă©levĂ©. De la sorte, des failles furent laissĂ©es ouvertes pour que s'y engouffre le mal, et son haleine putride souffle librement aujourd'hui. Plus de libertĂ© en soi ne rĂ©sout pas le moins du monde l'intĂ©gralitĂ© des problĂšmes humains, et mĂȘme en ajoute un certain nombre de nouveaux
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Aleksandr Solzhenitsyn
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Aidha, tunaweza kupata inkishafi kutokana na asili ya miili yetu, matukio fulani ya wakati ujao yana asili yake katika ndoto za binadamu. Ndoto hizo au maono hayo ni ishara ya kile kinachokuja mbele katika maisha ya mtu; kama vile afya, ugonjwa au hatari. Ukiota kuhusu moto, hiyo ni ishara ya hasira – unatakiwa kuwa na hekima; ukiota kuhusu mimba na unajifungua, hiyo ni ishara ya kuwa katika mchakato wa kutengeneza wazo jipya – unatakiwa kushukuru; ukiota unaruka angani, hiyo ni ishara ya tumaini – unatakiwa kushukuru; ukiota kuhusu maji au kiowevu kingine chochote kile, hiyo ni ishara ya siri na wakati mwingine ni ishara ya kuwa na matatizo ya kiafya kama utaota kuhusu maji machafu – unatakiwa kuwa msiri na msafi; ukiota kuhusu ardhi, hiyo ni ishara ya huzuni – unatakiwa kuomba; na ukiota kuhusu Yesu, hiyo ni ishara ya mafanikio – unatakiwa kushukuru.
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Enock Maregesi
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Plus d’État mais seulement la sociĂ©tĂ©, plus de principe mais seulement une gestion des pulsions sociales, et au centre un gentil organisateur, un plancton dont les obsessions quantitativo-statistiques abolissent la sphĂšre de la politique et la remplacent par le nĂ©ant d’un babillage dĂ©magogique non si­gnifiant, purement phonique, phatique, autour duquel la presse s’onanise et le public bĂ©e. La vocation intellectuelle, ar­tistique et spirituelle de l’homme disparaĂźt sous les coups du nivellement de masse, car l’homme n’est ici qu'un travailleur, le rouage d’une Ă©nergie productrice qu’il faut rendre opĂ©ra­tionnel le plus rapidement possible ; on lui invente un collĂšge unique dont disparaĂźt progressivement toute connaissance vé­ritable, un lieu d’abrutissement intellectuellement dĂ©finalisĂ©, d’éducation technique de groupe, afin que toutes les espĂšces et catĂ©gories du troupeau puissent parvenir plus largement au degrĂ© de qualification qui les asservira au quantitatif, tandis que le monde entier afflue Ă  MicrocĂ©phalopolis afin de rem­plir les cases laissĂ©es vides. Les chiffres broient l’homme, la matiĂšre est placĂ©e au-dessus de l’esprit, la technique au-dessus du savoir, l’intĂ©rĂȘt au-dessus de toute gratuitĂ© ; plus d’hon­neur, de civilitĂ©, de gĂ©nĂ©rositĂ©, plus de famille, plus d’amitiĂ©. Dans ce contexte le mĂ©lange culturel s’inscrit non comme une louable ouverture mais comme la colonisation d’un espace in­tellectuel vide parce que volontairement dĂ©sertĂ©. MicrocĂ©phalopolis s'identifie Ă  ce dĂ©sert pour devenir jungle, elle veut n’ĂȘtre que friche et fiche, elle veut n’ĂȘtre rien, elle vĂ©nĂšre les raclĂ©es, elle nie ses origines sauf pour s’inventer de mythologiques fautes oĂč peut ainsi s’exercer sa haine de soi, c’est-Ă -dire de la spiritualitĂ© dont elle devrait ĂȘtre porteuse. Elle est cette nation devenue elle-mĂȘme femelle et que ses attitudes de mo­rue exposent continuellement au viol. Refusant de porter un quelque regard sur sa situation, se fĂ©licitant de tout ce qui n'est pas sa nature et dont elle se remplit, elle tend sa croupe Ă  tout vent et enfonce la tĂȘte dans le sable en des maniĂšres d'autruche dĂ©nĂ©gatrice et nymphomane.
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Maxence Caron
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Le charme principal, l’unique charme peut-ĂȘtre du visage de la jeune femme Ă©tait sa mobilitĂ©. Quand elle baissait les yeux pour regarder l’enfant, elle devenait jolie et mĂȘme belle, d’autant que les fauves rayons du couchant, en frappant alors obliquement ses traits, mettaient des transparences dĂ©licates sur ses paupiĂšres et ses narines, et une flamme sur ses lĂšvres. Quand, au contraire, elle marchait dans l’ombre de la haie, toute Ă  sa rĂȘverie silencieuse, elle prenait l’expression passive et figĂ©e de ceux qui attendent tout du Temps et du Destin, tout sauf un peu de justice. Le premier aspect Ă©tait l’Ɠuvre de la Nature, le second celui de la civilisation, sans doute.
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Thomas Hardy (The Mayor of Casterbridge)
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Les imbĂ©ciles croient que le pouvoir se gagne Ă  force de voler, d'arracher aux autres ce qui leur est dĂ». C'est au contraire en leur abandonnant le plus possible, surtout lorsqu'ils ne le mĂ©ritent pas, et en se privant soi-mĂȘme pour cela, y compris du nĂ©cessaire, presque jusqu'Ă  crever de faim, que l'on gravit les Ă©chelons. Tout au long du chemin, dans cette forĂȘt obscure, il faut semer petits et gros cadeaux : tel un petit Poucet qui prĂ©parerait son retour triomphal, sous les vivats de tous ceux qui, au bord de la route, ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de ses largesses.
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Jean-Baptiste de Froment (État de nature)
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Un timide rayon de soleil lui chauffa le visage. Elle fixa le fleuve aux milles reflets, dont le cours était sourd aux masses d'eau destructrices, et comprit le sens de cette crue. Face au progrÚs, à la folie des hommes, la nature avait décidé de ne pas se laisser faire. Cette invasion des eaux, c'était une forme d'avertissement sévÚre, un retour de flamme. On pouvait modifier des génomes ou inventer des machines toujours plus perfectionnées, mais on ne pouvait rien contre la colÚre de la nature. L'histoire de notre planÚte en témoignait, ainsi que celle des espÚces qui avaient été balayées au fil des millénaires. Si l'homme allait trop loin, la nature saurait se débarrasser de lui.
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Franck Thilliez (Luca (Sharko & Hennebelle #11))
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malgrĂ© tout leur fameux cynisme (ou peut-ĂȘtre Ă  cause de lui), les Sarantins Ă©taient presque toujours d’une nature Ă©motive et passionnĂ©e, comme si vivre au centre du monde donnait du relief et de l’importance Ă  chaque Ă©vĂ©nement de leur existence.
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Guy Gavriel Kay (Seigneur des Empereurs: La MosaĂŻque sarantine -2)
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E tu pur volgi Dai miseri lo sguardo ; e tu, sdegnando Le sciagure e gli affani, alla reina Felicita servi, o natura. In cielo, In terra amico agl'infelici alcuno E rifugio non resta altro che il ferro. Mais toi aussi tu détournes Tes yeux des malheureux, Î nature, Méprisant les disgrùces, les peines, Tu ne sers que le bonheur, ce souverain. Dans le ciel, sur la terre, il n'est au malheureux D'autre ami, d'autre refuge, que le fer. (La vita solitaria, la vie solitaire)
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Giacomo Leopardi (Canti)
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Desiderii infiniti E visioni altere Crea nel vago pensiere, Per natural virtu, dotto concento ; Onde per mar delizioso, arcano Erra lo spirto umano, Quasi come a diporto Ardito notator per l'Oceano : Ma se un discorde accento Fere l'orecchio, in nulla Torna quel paradiso in un momento. Des infinis dĂ©sirs Et d'altiĂšres visions CrĂ©e dans l'esprit rĂȘvant, Par le pouvoir du son, la musique ; Ainsi par les flots inconnus, dĂ©licieux, Erre l'esprit de l'homme Comme Ă  plaisir Un nageur audacieux dans l'OcĂ©an. Mais qu'une dissonance Blesse l'oreille et tout soudain Ce ciel retourne au rien. (Sopra il retratto di una bella donna, Sur l'effigie funĂ©raire d'une belle dame)
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Giacomo Leopardi (Canti)
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De tous les bords, tous les journaux (il en est dans toutes les langues et tous les formats) l'annoncent d'un mĂȘme coeur au monde : l'amour universel, les voies ferrĂ©es, le commerce, la vapeur, l'imprimerie, le cholĂ©ra, embrasseront ensemble tous les pays et les climats [...] Certes, la terre ne se se nourrira pas pour autant de glands, si la faim ne l'y force ; elle ne dĂ©posera pas le dur soc ; souvent elle mĂ©prisera l'or et l'argent pour se contenter de billets. La gĂ©nĂ©reuse race ne se privera pas non plus du sang bien-aimĂ© de ses frĂšres - et mĂȘme elle couvrira de cadavres l'Europe et l'autre rive de l'Atlantique, jeune mĂšre d'une pure civilisation, chaque fois qu'une fatale raison de poivre, de cannelle, de canne Ă  sucre ou de quelque autre Ă©pice, ou toute autre raison qui tourne Ă  l'or, poussera dans des camps contraires la fraternelle engeance. Sous tout rĂ©gime, la vraie valeur, la modestie et la foi, l'amour de la justice seront toujours Ă©trangers, exclus des relations civiles, et sans cesse malheureux, accablĂ©s et vaincus, car la nature a voulu qu'ils restassent cachĂ©s. L'impudence, la fraude et la mĂ©diocritĂ© triompheront toujours, destinĂ©s par nature Ă  surnager. Quiconque a la force et le pouvoir, qu'il les cumule ou ls partage, il en abusera, sous quelque nom que ce soit. (Palinodia, palinodie)
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Giacomo Leopardi (Canti)
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Une norme, dans l'expĂ©rience anthropologique, ne peut ĂȘtre originelle. La rĂšgle ne commence Ă  ĂȘtre rĂšgle qu'en faisant rĂšgle et cette fonction de correction surgit de l'infraction mĂȘme. Un Ăąge d'or, un paradis, sont la figuration mythique d'une existence initialement adĂ©quate Ă  son exigence, d'un mode de vie dont la rĂ©gularitĂ© ne doit rien Ă  la fixation de la rĂšgle, d'un Ă©tat de non-culpabilitĂ© en l'absence d'interdit que nul ne fĂ»t censĂ© ignorer. Ces deux mythes procĂšdent d'une illusion de rĂ©troactivitĂ© selon laquelle le bien originel c'est le mal ultĂ©rieur contenu. À l'absence de rĂšgles fait pendant l'absence de techniques. L'homme de l'Ăąge d'or, l'homme paradisiaque, jouissent spontanĂ©ment des fruits d'une nature inculte, non sollicitĂ©e, non forcĂ©e, non reprise. Ni travail, ni culture, tel est le dĂ©sir de rĂ©gression intĂ©grale. Cette formulation en termes nĂ©gatifs d'une expĂ©rience conforme Ă  la norme sans que la norme ait eu Ă  se montrer dans sa fonction et par elle, ce rĂȘve proprement naĂŻf de rĂ©gularitĂ© en l'absence de rĂšgle signifie au fond que le concept de normal est lui-mĂȘme normatif, il norme mĂȘme l'univers du discours mythique qui fait le rĂ©cit de son absence.
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Georges Canguilhem (The Normal and the Pathological)
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Par suite, on peut dire que le sang est en rapport direct avec le cĂŽtĂ© infĂ©rieur de l’état subtil ; et de lĂ  vient l’interdiction du sang comme nourriture, son absorption entraĂźnant celle de ce qu’il y a de plus grossier dans la vitalitĂ© animale, et qui, s’assimilant et se mĂȘlant intimement aux Ă©lĂ©ments psychiques de l’homme, peut effectivement amener de fort graves consĂ©quences. De lĂ  aussi l’emploi frĂ©quent du sang dans les pratiques de magie, voire de sorcellerie (comme attirant les entitĂ©s « infernales » par conformitĂ© de nature) ; mais, d’autre part, ceci est aussi susceptible, dans certaines conditions, d’une transposition dans un ordre supĂ©rieur, d’oĂč les rites, soit religieux, soit mĂȘme initiatiques (comme le « taurobole » mithriaque), impliquant des sacrifices d’animaux ; comme il a Ă©tĂ© fait allusion, Ă  cet Ă©gard, au sacrifice d’Abel opposĂ© Ă  celui, non sanglant, de CaĂŻn, nous reviendrons peut-ĂȘtre sur ce dernier point en une prochaine occasion.
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René Guénon (Traditional Forms and Cosmic Cycles)
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On a pu remarquer que Cl. Bernard use indiffĂ©remment de deux expressions qui sont variations quantitatives et diffĂ©rences de degrĂ©, c’est-Ă -dire en fait de deux concepts, homogĂ©nĂ©itĂ© et continuitĂ©, du premier implicitement, du second expressĂ©ment. Or, l’utilisation de l’un ou de l’autre de ces concepts n’entraĂźne pas les mĂȘmes exigences logiques. Si j’affirme l’homogĂ©nĂ©itĂ© de deux objets je suis tenu de dĂ©finir au moins la nature de l’un des deux, ou bien quelque nature commune Ă  l’un et Ă  l’autre. Mais si j’affirme une continuitĂ©, je puis seulement intercaler entre des extrĂȘmes, sans les rĂ©duire l’un Ă  l’autre, tous les intermĂ©diaires dont j’ai la disposition, par dichotomie d’intervalles progressivement rĂ©duits. C'est si vrai que certains auteurs prennent prĂ©texte de la continuitĂ© entre la santĂ© et la maladie pour se refuser Ă  dĂ©finir l'une ou l'autre. Il n'existe pas, disent-ils, d'Ă©tat normal complet, pas de santĂ© parfaite. Cela peut vouloir dire qu'il n'y a que des malades. MoliĂšre et Jules Romains ont montrĂ© plaisamment quel genre de iatrocratie peut justifier cette affirmation. Mais cela pourrait aussi bien signifier qu'il n'y a pas de malades, ce qui n'est pas moins absurde. On se demande si en affirmant sĂ©rieusement que la santĂ© parfaite n'existe pas et que par suite la maladie ne saurait ĂȘtre dĂ©finie, des mĂ©decins ont soupçonnĂ© qu'ils ressusciteraient purement et simplement le problĂšme de l'existence du parfait et l'argument ontologique.
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Georges Canguilhem (The Normal and the Pathological)
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] beaucoup d’Orientaux, prenant par ignorance les Textes sacrĂ©s Ă  la lettre, tout en maintenant arbitrairement le sens purement symbolique de certains passages, croient Ă  la rĂ©incarnation au sens vulgaire de ce mot ; ils ne se rendent manifestement pas compte que, si l’on voulait prendre au pied de la lettre tous les Textes brahmaniques, Ă  commencer par le VĂȘda, on arriverait Ă  une monstrueuse divinisation de phĂ©nomĂšnes physiques et par consĂ©quent Ă  un culte grossier de la nature, et l’on devrait admettre, en comprenant par exemple le Rig VĂȘda littĂ©ralement, que les Ăąmes des dĂ©funts montent Ă  la lune et redescendent dans la pluie, et d’autres choses de ce genre.
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Frithjof Schuon (Eye of the Heart)
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Vous avez joué au ballon, et vous avez été sobre, lui dit Zadig: apprenez qu'il n'y a point de basilic dans la nature, qu'on se porte toujours bien avec de la sobriété et de l'exercice, et que l'art de faire subsister ensemble l'intempérance et la santé est un art aussi chimérique que la pierre philosophale, l'astrologie judiciaire, et la théologie des mages. Le premier médecin d'Ogul, sentant combien cet homme était dangereux pour la médecine, s'unit avec l'apothicaire du corps pour envoyer Zadig chercher des basilics dans l'autre monde.
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Voltaire (Zadig et autres contes)
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La science moderne se prĂ©sente dans le monde comme le principal ou le seul facteur de vĂ©ritĂ© ; selon ce style de certitude, connaĂźtre Charlemagne, c’est savoir combien a pesĂ© son crĂąne et quelle a Ă©tĂ© sa taille. Au point de vue de la vĂ©ritĂ© totale — redisons-le une fois de plus — il vaut mille fois mieux croire que Dieu a crĂ©Ă© le monde en six jours et que l’au-delĂ  se situe sous le disque terrestre ou dans le ciel tournant, que de connaĂźtre la distance d’une nĂ©buleuse Ă  une autre tout en ignorant que les phĂ©nomĂšnes ne font que manifester une RĂ©alitĂ© transcendante qui nous dĂ©termine de toutes parts et qui donne Ă  notre condition humaine tout son sens et tout son contenu ; aussi les grandes traditions, conscientes de ce qu’un savoir promĂ©thĂ©en mĂšnerait Ă  la perte de la vĂ©ritĂ© essentielle et salvatrice, n’ont-elles jamais prescrit ni encouragĂ© cette accumulation de connaissances tout extĂ©rieures et, en fait, mortelles pour l’homme. On affirme couramment que telle ou telle prouesse scientifique « fait honneur au genre humain », et autres niaiseries de ce genre, comme si l’homme faisait honneur Ă  sa nature autrement qu’en se dĂ©passant, et comme s’il se dĂ©passait ailleurs que dans la conscience d’absolu et dans la saintetĂ©.
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Frithjof Schuon (Light on the Ancient Worlds: A New Translation with Selected Letters)
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J'admirais le fait que la nature refuse de se soumettre. MĂȘme au milieu d'un univers artificiel crĂ©e par l'homme, elle rĂ©sistait.
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Jessica Therrien (Oppression (Children of the Gods, #1))
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S’il est quelquefois logique de s’en rapporter Ă  l’apparence des phĂ©nomĂšnes, ce premier chant finit ici. Ne soyez pas sĂ©vĂšre pour celui qui ne fait encore qu’essayer sa lyre : elle rend un son si Ă©trange ! Cependant, si vous voulez ĂȘtre impartial, vous reconnaĂźtrez dĂ©jĂ  une empreinte forte, au milieu des imperfections. Quant Ă  moi, je vais me remettre au travail, pour faire paraĂźtre un deuxiĂšme chant, dans un laps de temps qui ne soit pas trop retardĂ©. La fin du dix-neuviĂšme siĂšcle verra son poĂšte (cependant, au dĂ©but, il ne doit pas commencer par un chef d’Ɠuvre, mais suivre la loi de la nature) ; il est nĂ© sur les rives amĂ©ricaines, Ă  l’embouchure de la Plata, lĂ  oĂč deux peuples, jadis rivaux, s’efforcent actuellement de se surpasser par le progrĂšs matĂ©riel et moral. Buenos-Ayres, la reine du Sud, et Montevideo, la coquette, se tendent une main amie, Ă  travers les eaux argentines du grand estuaire. Mais, la guerre Ă©ternelle a placĂ© son empire destructeur sur les campagnes, et moissonne avec joie des victimes nombreuses. Adieu, vieillard, et pense Ă  moi, si tu m’as lu. Toi, jeune homme, ne dĂ©sespĂšre point ; car, tu as un ami dans le vampire, malgrĂ© ton opinion contraire. En comptant l’acarus sarcopte qui produit la gale, tu auras deux amis !
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Comte de Lautréamont (Les Chants de Maldoror)
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Le gingembre est trĂšs intĂ©ressant pour apaiser les troubles digestifs, les spasmes, les coliques, les gaz intestinaux, les ballonnements, ainsi que pour compenser la perte d’appĂ©tit. Il possĂšde des propriĂ©tĂ©s cholagogues (il augmente les sĂ©crĂ©tions de la vĂ©sicule biliaire et facilite l’évacuation de la bile) et protectrices pour le foie. Il est trĂšs efficace pour rĂ©duire les nausĂ©es et les vomissements frĂ©quents chez les femmes enceintes ou faisant suite Ă  une intervention chirurgicale. On l’utilise aussi pour apaiser les symptĂŽmes liĂ©s au mal des transports et on le teste pour accompagner les personnes en chimiothĂ©rapie. Un antidouleur naturel Paradoxe de la nature, le gingembre Ă  la saveur puissante, piquante, voire brĂ»lante, dĂ©veloppe en rĂ©alitĂ© des effets anti-inflammatoires, en inhibant les substances Ă  l’origine des Ă©tats d’inflammation. Il est donc conseillĂ© pour soulager les douleurs avec une composante inflammatoire, en particulier menstruelles, musculaires (consĂ©quence d’une lĂ©sion, d’un choc ou simplement d’une activitĂ© physique intense ou inhabituelle) ou encore arthritiques. En Asie, on fait infuser le gingembre pour rĂ©aliser un
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Nathalie Cousin (Les Super Aliments - Pour ĂȘtre au top et booster sa santĂ© (SantĂ© / Bien-ĂȘtre (hors collection)))
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Certains animaux connaissent des extases peut-ĂȘtre plus puissantes ontologiquement Ă  partir de leur silence et au sein de leur appartenance au milieu, que nous-mĂȘmes Ă  partir du langage et dans notre dĂ©sappartenance progressive encore qu’intermittente Ă  la nature. Certains cerfs d’automne pris dans leur brume sont plus au courant de l’intrigue originelle que les dieux.
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Pascal Quignard (AbĂźmes (Dernier Royaume, #3))
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A ce discours, Candide s’évanouit encore; mais revenue Ă  soi, et ayant dit tout ce qu’il devait dire, il s’enquit de la cause et de l’effet, et de la raison suffisante qui avait mis Pangloss dans un si piteux Ă©tat. HĂ©las! dit l’autre, c’est l’amour: l’amour, le consolateur du genre humain, le conservateur de l’univers, l’ñme de tous les ĂȘtres sensibles, le tender amour. HĂ©las! dit Candide, je l’ai connu cet amour, ce souverain des coeurs, cette Ăąme de notre Ăąme, il ne m’a jamais valu qu’un baiser et vingt coups de pied au cul. Comment cette belle cause a-t-elle pu produire en vous un effet si abominable? Pangloss rĂ©pondit en ces termes: O mon cher Candide! vous avez connu Paquette, cette jolie suivante de notre auguste baronne: j’ai goĂ»tĂ© dans ses bras les dĂ©lices du paradis, qui ont produit ces tourments d’enfer dont vous me voyez dĂ©vorĂ©; elle en Ă©tait infectĂ©e, elle en est peut-ĂȘtre morte. Paquette tenait ce present d’un Cordelier trĂšs savant qui avait remontĂ© Ă  la source, car il l’avait eu d’une vieille comtesse, qui l’avait reçu d’un capitaine de cavalerie, qui le devait Ă  une marquise, qui le tenait d’un page, qui l’avait reçu d’un jĂ©suite, qui, Ă©tant novice, l’avait eu en droite ligne d’un des compagnons de Christophe Colomb. Pour moi, je ne le donnerai Ă  personne, car je me meurs. O Pangloss! s’écria Candide, voilĂ  une Ă©trange gĂ©nĂ©alogie! n’est-ce pas le diable qui en fut la souche? Point du tout, rĂ©pliqua ce grand home; c’était une chose indispensable dans le meilleur des mondes, un ingredient nĂ©cessaire; car si Colomb n’avait pas attrapĂ© dans une Ăźle de l'AmĂ©rique cette maladie qui empoisonne la source de la generation, qui souvent meme empĂȘche la generation, et qui est Ă©videmment l’opposĂ© du grand but de la nature, nous n’aurions ni le chocolat ni la cochenille; il faut encore observer que jusqu’aujourd’hui, dans notre continent, cette maladie nous est particuliĂšre, comme la controverse.
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Voltaire (Candide)
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You believe I’m this way because I made a choice to extinguish the light in people’s lives? Because it revealed my darkness, therefore my pain of self-awareness? Au contra ire, Padre. Think of me as an inevitable stage in human evolution. My pure entropy simply conflicts with your naive vision of goodness. Extremes such as you and I have to be locked in combat. It is as natural for evil to hate good as it is for good to hate evil. Wouldn’t you agree?
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David McCaffrey
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Supposez une tribu appartenant Ă  la race la plus antique de l'humanitĂ©, et oubliĂ©e du reste du monde dans un coin de la terre, se dĂ©veloppant d'aprĂšs la loi de nature, selon la notion du progrĂšs, c'est-Ă -dire avec l'intuition du meilleur, cherchant ses propres ressources en elle-mĂȘme, ne songeant pas Ă  sortir des limites dans lesquelles elle vit, au contraire, croyant habiter un monde distinct des autres, et, vous vous reprĂ©senterez la nation chinoise que personne ne peut connaĂźtre parce qu'elle est un type unique dans l'humanitĂ©.
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Tcheng-Ki-Tong (Les Chinois peints par eux-mĂȘmes)
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You did all this for her?” “You are not the only one who loves her.” “Whoa,”I said. “Who said anything about loving her?” He glared at me as if I’d insulted his entire family ancestry. A closer look revealed that his eyes were red, his cheeks streaked and shining with long silvery-looking creases that followed the natural etchings of his face. After a second I realized that he was crying.
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Joe Schreiber (Au Revoir, Crazy European Chick (Perry & Gobi, #1))
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On servit le souper, Milady sentit qu’elle avait besoin de forces, elle ne savait pas ce qui pouvait se passer pendant cette nuit qui s’approchait menaçante, car de gros nuages roulaient au ciel, et des Ă©clairs lointains annonçaient un orage. L’orage Ă©clata vers les dix heures du soir ; milady sentait une consolation Ă  voir la nature partager le dĂ©sordre de son cƓur ; la foudre grondait dans l’air comme la colĂšre dans sa pensĂ©e, il lui semblait que la rafale, en passant, Ă©chevelait son front comme les arbres dont elle courbait les branches et enlevait les feuilles ; elle hurlait comme l’ouragan, et sa voix se perdait dans la grande voix de la nature, qui, elle aussi, semblait gĂ©mir et se dĂ©sespĂ©rer.
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Alexandre Dumas (Les Trois Mousquetaires | The Three Musketeers (The D'Artagnan Romances, #1))
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- Vous tenez tant que ça Ă  mourir ? Les rĂ©ponses sincĂšres ne sont jamais nettes, ni rapides. Elle [Sophie] rĂ©flĂ©chissait, fronçant les sourcils, ce qui lui donnait le front ridĂ© qu'elle aurait dans vingt ans. J'assistais Ă  cette mystĂ©rieuse pesĂ©e que Lazare fit sans doute trop tard, et aprĂšs sa rĂ©surrection, et oĂč la peur sert de contrepoids Ă  la fatigue, le dĂ©sespoir au courage, et le sentiment d'en avoir assez fait Ă  l'envie de manger encore quelques repas, de dormir encore quelques nuits, et de voir encore se lever le matin. Ajoutez Ă  cela deux ou trois douzaines de souvenirs heureux ou malheureux, qui, selon les natures, aident Ă  nous retenir, ou nous prĂ©cipitent vers la mort. (p. 242)
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Marguerite Yourcenar (Alexis ou le Traité du vain combat / Le Coup de grùce)
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Ca de obicei, Ăźn casa Krasser (din Sibiu) oaspeții erau cu toți adunați Ăźn jurul mesei. Membri ai familiei și prieteni s-au adunat să-l felicite pe Friedrich Krasser, autorul Vizierei deschise (Offenes Visier) și să petreacă Ăźn mod plăcut duminica de iulie. BineĂźnțeles că nu puteau lipsi arhitectul municipal Dietrich, biologul Carl Jickeli și al doilea arhitect municipal Samuel Jickeli. Toți erau iluminiști și anticlericali și credeau, ca și gazda, Ăźn victoria științei. Se făceau anticipări și se cutezau precizeri la care gazda nu era deloc ultima. Ceea ce-și Ăźngăduie să gĂąndească frizează de-a dreptul fantezia. “Oameni buni”, poate fi el auzit spunĂąnd, “puteți crede ce vreți. Dar să știți că peste o sută de ani oamenii vor debarca pe Lună” Era atunci luna iulie a anului 1869. Ziua exactă nu poate fi dedusă din documente (
). O sută de ani mai tĂąrziu, la 22 iulie 1969, ora 04:00 (ora Bucureștiului), primul om a coborĂąt pe satelitul natural al pămĂąntului. “Un pas mic pentru om, dar un salt uriaș pentru omenire!”, au fost, după cum se știe, cuvintele ce le-a rostit primul om, Neil Armtrong, cĂąnd a pășit pe suprafața Lunii. Dacă medicul și poetul progresist Friendrich Krasser ar mai fi bănuit pe deasupra că unul din nepoții săi va aduce contribuția cea mai Ăźnsemnată la această realizare, fără Ăźndoială că ar fi părăsit viața cel mai fericit dintre cei “șapte fericiți”. Herman Oberth a aflat cuvintele bunicului său indirect, de la mama sa.
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Hans Barth
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Q : Mais comment rĂ©agissez-vous face Ă  l'irruption de la vie moderne et Ă  certaines de ses consĂ©quences ? R : D'abord par le silence, tant qu'elle ne constitue pas une menace. Par contre, si un modernisme incompatible avec notre religion ou de nature Ă  disloquer notre identitĂ© et notre sociĂ©tĂ© s'introduisait chez nous, je serais dans l'obligation d'abord de crier "attention", pis de mettre le feu orange ; enfin, si ça ne suffisait pas, de passer au feu rouge. Q : Je vous posais cette question parce qu'en 1960, le parti communiste a Ă©tĂ© interdit et le jugement de la cour d'appel faisait Ă©tat d'un discour prononcĂ© par votre pĂšre, dans lequel il condamnait toute idĂ©ologie matĂ©rialiste R : Ce fut un jugement merveilleusement rendu. Les magisrats n'ont pas jug au fond. L'affaire a Ă©tĂ© abordĂ©e sous l'angle religieux. Le parti communiste Ă©tant athĂ©e ne pouvait avoir droit de citĂ© dans un pays dont la religion est l'islam. Du reste, les communistes ont changĂ©s leur nom et ils ont Ă©tĂ© de nouveau autorisĂ©s. Q : Mais ils ne pouvaient pas tout de mĂȘme changer leur doctrine ? R : Si. Je dois vous dire que tout ça s'est rĂ©glĂ© sur la route allant d'Ifrane Ă  FĂšs. Je conduisais ma DS et j'avais Ă  mes cĂŽtĂ©s le docteur Messouak, mon mĂ©decin ORL qui Ă©tait aussi l'adjoint d'Ali Yata, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du parti communiste. Ensemble, en discutant, nous avons trouvĂ© le nouveau nom de son parti, PPS, Parti du ProgrĂšs et du socialisme [...] p96-97
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Hassan II (Ű°Ű§ÙƒŰ±Ű© ملك)
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La nature n’est ni juste, ni injuste. Elle ne partage pas les choses Ă©quitablement. Elle donne parfois tout Ă  l’un [
] et rien Ă  l’autre. C’est au contraire la justice des hommes qui s’efforce, en Ă©rigeant des lois, de rendre les hommes Ă©gaux entre eux.
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Michel Piquemal & Jacques Boisnard
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Ei bine, testiculul fetal trebuie să se ocupe permanent de evoluția embrionului: o mică neatenție poate duce la un haos patologic sau la malformații. În primele opt sau nouă săptămĂąni de la concepere este nevoie de un efort susținut pentru conturarea genului masculin. Iar cĂąnd spun „efort” mă refer la muncă istovitoare, la o adevărată luptă cu tendința naturii de a procrea femei. După cum au susținut biologi și psihologi de diferite orientări, bărbatul trebuie făurit, pe cĂąnd femeia există de la sine. Ea apare pe lume prin efortul și cu binecuvĂąntarea „mamei-natură”, mai precis: dacă structura cromozomială de bază ĂźÈ™i urmează cursul nestingherită, atunci Ăźn mod natural se va naște o femeie. Fără a se dori fatalist, acest start biologic prevestește un făgaș bifurcat, definitoriu pentru existența bărbatului: a) originea sa feminină și b) opoziția față de geneză pentru a-și defini masculinitatea.
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Walter Riso (Afectividad Masculina, La Lo Que Toda Mujer Debe Saber)
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Spinoza pensait que Dieu Ă©tait la nature. [...] CervantĂšs voyait un lien de cause Ă  effet entre le soleil et l'art. Entre la crĂ©ation et la crĂ©ation. J'Ă©prouve des sentiments semblables – d'euphorie ou de parfaite adĂ©quation – devant la beautĂ© sauvage comme devant certaines oeuvres. Pour moi, ces deux choses sont consanguines. De toute temps, les artistes se sont Ă©chinĂ©s Ă  dĂ©coder cette parentĂ©. Ils se sont agenouillĂ©s sur des toiles, des scĂšnes, des Ă©crans, des pages et des places publiques, pour dire merci. Merci pour le soleil – le soleil est sacrĂ©. Merci pour la lune, pour les oiseaux migrateurs dans le ciel de RiviĂšre-au-Tonnerre, pour les grandes marĂ©es Ă  l'Ăźle Verte, pour les fleurs sauvages. Merci pour le saumon dans la fosse. Merci pour les chanterelles sous la robe de l'Ă©pinette bleue. Merci, Seigneur, pour la batture et ses odeurs. Ces lieux oĂč nous vivons des jours sont notre temple.
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Hugo Latulippe (Pour nous libérer les riviÚres)
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Spinoza pensait que Dieu Ă©tait la nature. Don Quichotte a dit du soleil qu'il Ă©tait le pĂšre de la poĂ©sie et l'inventeur de la musique. CervantĂšs voyait un lien de cause Ă  effet entre le soleil et l'art. Entre la crĂ©ation et la crĂ©ation. J'Ă©prouve des sentiments semblables – d'euphorie ou de parfaite adĂ©quation – devant la beautĂ© sauvage comme devant certaines oeuvres. Pour moi, ces deux choses sont consanguines. De tout temps, les artistes se sont Ă©chinĂ©s Ă  dĂ©coder cette parentĂ©. Ils se sont agenouillĂ©s sur des toiles, des scĂšnes, des Ă©crans, des pages et des places publiques, pour dire merci. Merci pour le soleil – le soleil est sacrĂ©. Merci pour la lune, pour les oiseaux migrateurs dans le ciel de RiviĂšre-au-Tonnerre, pour les grandes marĂ©es Ă  l'Ăźle Verte, pour les fleurs sauvages. Merci pour le saumon dans la fosse. Merci pour les chanterelles sous la robe de l'Ă©pinette bleue. Merci, Seigneur, pour la batture et ses odeurs. Ces lieux oĂč nous vivons des jours sont notre temple.
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Hugo Latulippe (Pour nous libérer les riviÚres)
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Am Ăźnceput, de voie, de nevoie, să studiez „efectul de apariție subită” - pop-up effect, expresie pe care am auzit-o prima oară de la culegătorii de ciuperci, dar ulterior am aflat că este utilizat de psohologii care studiază percepția vizuală. Ca să distingi cu destulă siguranță un obiect dat Ăźntr-un cĂąmp vizual haotic sau monocrom este o sarcină perceptivă epuizantă, una atĂąt de complexă ĂźncĂąt cercetătorii din domeniul inteligenței artificiale s-au străduit să o programeze Ăźn computere. Totuși, cĂąnd ne fixăm Ăźn minte o calitate vizuală a obiectului pe care sperăm să-l identificăm - fie aceasta culoarea, configurația sau forma-, el se va ivi brusc Ăźn cĂąmpul vizual, aproape ca la comandă.
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Michael Pollan (The Omnivore's Dilemma: A Natural History of Four Meals)
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À l’ñge de l’enseignement primaire et secondaire, il existait une plate-forme Ă©galitaire assez Ă©vidente en matiĂšre d’éducation : il fallait conduire la totalitĂ© d’une classe d’ñge Ă  la fin de l’école primaire, puis Ă  la fin du secondaire, avec pour objectif que chaque enfant accĂšde approximativement aux mĂȘmes savoirs fondamentaux. Avec l’enseignement tertiaire, les choses sont devenues beaucoup plus compliquĂ©es. Outre qu’il paraĂźt peu rĂ©aliste de conduire la totalitĂ© d’une classe d’ñge au niveau du doctorat, tout du moins dans un avenir proche, le fait est qu’il existe naturellement une diversitĂ© considĂ©rable de filiĂšres et de voies au niveau de l’enseignement supĂ©rieur. Cette diversitĂ© reflĂšte pour partie la lĂ©gitime multiplicitĂ© des savoirs et des aspirations individuelles, mais elle tend Ă©galement Ă  s’ordonner de façon hiĂ©rarchique, et Ă  conditionner fortement les hiĂ©rarchies sociales et professionnelles futures. Autrement dit, l’entrĂ©e dans l’ñge de la tertiarisation de masse pose un dĂ©fi politique et idĂ©ologique d’une nature nouvelle. Il devient inĂ©vitable d’accepter une forme durable d’inĂ©galitĂ© Ă©ducative, en particulier entre des personnes poursuivant des Ă©tudes supĂ©rieures plus ou moins longues. Cela n’empĂȘche Ă©videmment pas de concevoir de nouvelles formes de justice dans la rĂ©partition des ressources et dans les rĂšgles d’accĂšs aux diffĂ©rentes filiĂšres. Mais cela devient une tĂąche plus complexe que l’affirmation d’un principe d’égalitĂ© absolue face au primaire et au secondaire.
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Thomas Piketty (Capital and Ideology)
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Fără fast-food nu ar fi nevoie de slow-food, iar poveștile pe care ni le spunem la astfel de mese și-ar pierde mare parte din interes. MĂąncarea ar fi... ei bine, ceea ce a fost dintotdeauna, nici Ăźnceată, nici rapidă, doar mĂąncare: această plantă specifică sau acel animal concret, care au crescut aici sau acolo, fiind gătite Ăźntr-un fel sau Ăźn altul. Pentru nenumărate generații, consumul hranei a fost ceva care avea loc Ăźn contextul stabil al unei familii și al unei culturi, Ăźn care deplina conștientizare a tuturor elementelor implicate nu trebuia să fie repetată la fiecare masă, deoarece era depozitată, ca argintăria de calitate, Ăźntr-un set de ritualuri și datini, de moravuri și rețete. Mă Ăźntreb dacă nu cumva din cauză că atĂąt de mult din acest context s-a pierdut am simțit nevoia, de această unică dată, să iau totul de la zero. Nu este modul Ăźn care doresc să mănĂąnc Ăźn fiecare zi. Îmi place să pot deschide o conservă de tocană și Ăźmi place să discut la cină despre politică sau despre filme, și nu despre mĂąncare. Dar imaginați-vă pentru o clipă ce ar fi dacă am ști din nou, ca pe un lucru firesc, aceste cĂąteva lucrurri neremarcabile: ce mĂąncăm, de unde provine, cum a ajuns pe masa noastră; și cĂąt costă, făcĂąnd o contabilitate adevărată. Atunci am putea discuta la cină despre alte lucruri. Pentru că nu am mai avea nevoie să ni se reamintească faptul că, oricum alegem să ne hrănim, mĂąncăm prin bunăvoința naturii, nu a industriei, și ceea ce mĂąncăm este Ăźntotdeauna nici mai mult, nici mai puțin decĂąt trupul lumii.
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Michael Pollan (The Omnivore's Dilemma: A Natural History of Four Meals)
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At her best, no one has ever surpassed George Sand as the novelist of Nature, because her style pulsates with a natural vigor and music and because she was a countrywoman as well as a Romantic. Her range includes not only the mysteries and enchantments of distant horizons and perilous wanderings, of superstition and legend, of ecstatic (and often feminist) solitude; but also the closely observed and dearly loved realities of peasant life: the greeds and frugalities, the labor of the seasons, the farm animals and insects, the stolid silences of illiterate folk radiated with their music and dancing, their enchanting dialect speech. Her romans champĂȘtres (La Mare au Diable, François le Champi, La Petite Fadette, Jeanne, Les MaĂźtres sonneurs, Le Meunier d'Angibault) are those of Sand's novels which have never gone completely out of fashion and to which the English country novelists (George Eliot and Thomas Hardy) were most in debt. But Sand had something her English imitators did not and that was her grasp of history. "Tout concourt Ă  I'histoire," she wrote, "tout est I'histoire, meme les romans qui semblent ne se rattacher en rien aux situations politiques qui les voient eclore." Her country tales and her love stories take place in the churning past and the open future of a world of toppling regimes, shifting classes, and clashing ideologies.
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Ellen Moers (George Sand in Her Own Words)
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Also, for the man, there is still one more loophole. If, by the grace of God, she’s humble by nature and and ready to assume guilt, she might just think: ‘I don’t turn him on,’ or ‘He doesn’t love me any longer.’ And there it is, then understanding between the sexes, my friend. You can always blame it on her.
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Romain Gary (Au-delĂ  de cette limite votre ticket n'est plus valable)
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What I dread is the moment when her understanding turns to compassion, and her tenderness, her concern, come dangerously close to pity and maternal solicitude as to change the very nature of our lovemaking. 'No, no, my darling, we mustn’t, you will strain yourself...' Of course I should have spoken to her frankly, from the first. But to name the Devil is to conjure him up. And the moods of lover are contagious. There is that hazardous balance between them where the misery of the one brings on the insecurity and anxiety of the other; things quickly go from bad to worse, until they can no longer speak about it and the silence grows like a wall between them.
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Romain Gary (Au-delĂ  de cette limite votre ticket n'est plus valable)
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Nefiind călăuzit de niciun instinct natural, prodigiosul și nelimitatul apetit omenesc poate să ne aducă tot felul de necazuri, mult mai grave decĂąt o durere de stomac. Or, dacă natura este mută, ce poate să oprească omnivorul uman să mănĂąnce orice lucru - inclusiv, extrem de alarmant, alți omnivori umani? Un potențial de sălbăticie pĂąndește Ăźntr-o creatură capabilă să mănĂąnce orice. Dacă natura nu va trasa limitele apetitului omenesc, atunci cultura umană trebuie să intervină, după cum Ăźntr-adevăr a făcut-o, silind deprinderile alimentare ale omnivorului să fie guvernate de diferitele tabuuri (Ăźn primul rĂąnd, cel care interzice canibalismul), obiceiuri, ritualuri, maniere și convenții culinare care se găsesc Ăźn toate culturile. Există o cale scurtă și directă de la dilema omnivorului spre uimitorul număr de reguli etice prin care oamenii au căutat să reglementeze mĂąncarea atĂąt timp cĂąt au trăit Ăźn grupuri. „Fără virtute” care să Ăźi țină Ăźn frĂąu poftele, scria Aristotel, dintre toate animalele, omul „este cel mai nelegiuit și sălbatic și cel mai rău Ăźn ceea ce privește sexul și mĂąncarea.” Paul Rozin sugera, doar parțial Ăźn glumă, că Freud ar fi făcut mai bine dacă și-ar fi construit psihologia Ăźn jurul poftei noastre de mĂąncare mai degrabă decĂąt Ăźn jurul poftei noastre de sex. AmĂąndouă sunt pulsiuni biologice fundamentale, necesare pentru supraviețuirea noastră ca specie, și ambele trebuie canalizate și socializate cu grijă pentru binele societății. („Nu ai voie să Ăźnșfaci orice Ăźmbucătură care pare gustoasă”, subliniază el.) Însă hrana este mai importantă decĂąt sexul, susține Rozin. Putem trăi fără sex (cel puțin ca indivizi), care survine mult mai rar decĂąt consumul de hrană. ÎntrucĂąt noi consumăm, de asemenea, de multe ori hrana Ăźn public, a avut loc „o transformare culturală mai amănunțită a relațiilor noastre cu hrana decĂąt Ăźn cazul sexului”.
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Michael Pollan (The Omnivore's Dilemma: A Natural History of Four Meals)
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What I dread is the moment when her understanding turns to compassion, and her tenderness, her concern, come dangerously close to pity and maternal solicitude as to change the very nature of our lovemaking. “No, no, my darling, we mustn’t, you will strain yourself....” p41 ... Of course I should have spoken to her frankly, from the first. But to name the Devil is to conjure him up. And the moods of lovers are contagious. There is that hazardous balance between them where the misery of the one brings on the insecurity and anxiety of the other; things quickly go from bad to worse , until they can no longer speak about it and the silence grows like a wall between them.
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Romain Gary (Au-delĂ  de cette limite votre ticket n'est plus valable)
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NĂ©anmoins, il y a un facteur d’une autre nature qui mĂ©riterait qu’on s’y attarde un peu plus que les autres : le choc pĂ©trolier. Survenu en plusieurs secousses au cours des annĂ©es soixante-dix, il allait modifier bien des paramĂštres Ă©conomiques, sociaux et politiques, sous tous les cieux ; il allait conduire Ă  un changement radical dans les mentalitĂ©s, ainsi que dans les rapports de force ; et il allait rĂ©pandre sur le monde arabe – et, Ă  partir de lĂ , sur le reste de la planĂšte – comme un Ă©pais nuage d’obscurantisme et de rĂ©gression.
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Amin Maalouf (Le naufrage des civilisations)
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MĂȘme dans le plus creux de ma peint, je ne suis pas certaine d'avoir eu l'air aussi dĂ©vastĂ©e. J'imagine que ça dĂ©pend de la nature de ce qui nous a brisĂ©s. Justin m'a fendu le coeur en deux quand il m'a laissĂ©e. Ça m'a fait mal, mais la coupure est nette et je sais que je vais me recoller, Ă©ventuellement. Jack, lui, semble cassĂ© en mille morceaux. Au point que, peu importe ce qu'il fera, il ne retrouvera sĂ»rement jamais tous les Ă©clats.
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Marie-Christine Chartier (Le sommeil des loutres)
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MĂȘme dans le plus creux de ma peine, je ne suis pas certaine d'avoir eu l'air aussi dĂ©vastĂ©e. J'imagine que ça dĂ©pend de la nature de ce qui nous a brisĂ©s. Justin m'a fendu le coeur en deux quand il m'a laissĂ©e. Ça m'a fait mal, mais la coupure est nette et je sais que je vais me recoller, Ă©ventuellement. Jack, lui, semble cassĂ© en mille morceaux. Au point que, peu importe ce qu'il fera, il ne retrouvera sĂ»rement jamais tous les Ă©clats.
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Marie-Christine Chartier (Le sommeil des loutres)
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Au peu d’expĂ©riences que j’avais faites jusqu’à prĂ©sent sur le chemin de moi-mĂȘme, s’ajouta celle-ci : la contemplation des formes Ă©tranges, confuses, irrationnelles de la nature fait naĂźtre en nous le sentiment de l’harmonie qui existe entre notre Ăąme et la volontĂ© qui laissa ces formes se crĂ©er. BientĂŽt, nous sommes tentĂ©s de les prendre pour nos propres caprices, pour nos propres crĂ©ations. Nous voyons s’effacer et disparaĂźtre les limites qui nous sĂ©parent de la nature, et nous parvenons alors Ă  l’état dans lequel nous ne savons plus si les images imprimĂ©es sur notre rĂ©tine proviennent d’impressions extĂ©rieures ou intĂ©rieures. C’est alors que nous dĂ©couvrons, le plus facilement et le plus simplement, combien nous sommes crĂ©ateurs, combien notre Ăąme participe Ă  la crĂ©ation perpĂ©tuelle de l’univers.
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Hermann Hesse (Demian)
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Un jour vint se loger, dans une des maisons qui sont sur la place, un homme de talent qui avait roulĂ© dans des abĂźmes de misĂšre ; mariĂ©, surcroĂźt de malheur qui ne nous afflige encore ni l’un ni l’autre, Ă  une femme qu’il aimait ; pauvre ou riche, comme vous voudrez, de deux enfants ; criblĂ© de dettes, mais confiant dans sa plume. Il prĂ©sente Ă  l’OdĂ©on une comĂ©die en cinq actes, elle est reçue, elle obtient un tour de faveur, les comĂ©diens la rĂ©pĂštent, et le directeur active les rĂ©pĂ©titions. Ces cinq bonheurs constituent cinq drames encore plus difficiles Ă  rĂ©aliser que cinq actes Ă  Ă©crire. Le pauvre auteur, logĂ© dans un grenier que vous pouvez voir d’ici, Ă©puise ses derniĂšres ressources pour vivre pendant la mise en scĂšne de sa piĂšce, sa femme met ses vĂȘtements au Mont-de-PiĂ©tĂ©, la famille ne mange que du pain. Le jour de la derniĂšre rĂ©pĂ©tition, la veille de la reprĂ©sentation, le mĂ©nage devait cinquante francs dans le quartier, au boulanger, Ă  la laitiĂšre, au portier. Le poĂšte avait conservĂ© le strict nĂ©cessaire : un habit, une chemise, un pantalon, un gilet et des bottes. SĂ»r du succĂšs, il vient embrasser sa femme, il lui annonce la fin de leurs infortunes. « Enfin il n’y a plus rien contre nous ! » s’écrie-t- il. « Il y a le feu, dit la femme, regarde, l’OdĂ©on brĂ»le. » Monsieur, l’OdĂ©on brĂ»lait. Ne vous plaignez donc pas. Vous avez des vĂȘtements, vous n’avez ni femme ni enfants, vous avez pour cent vingt francs de hasard dans votre poche, et vous ne devez rien Ă  personne. La piĂšce a eu cent cinquante reprĂ©sentations au thĂ©Ăątre Louvois. Le roi a fait une pension Ă  l’auteur. Buffon l’a dit, le gĂ©nie, c’est la patience. La patience est en effet ce qui, chez l’homme, ressemble le plus au procĂ©dĂ© que la nature emploie dans ses crĂ©ations.
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Honoré de Balzac (Illusions perdues; Tome 3)
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Maintes histoires koraniques nous proposent, avec plus d'insistance encore que la Bible, le schĂ©ma suivant : les prophĂštes prĂȘchent et les peuples rejettent le message ; Dieu les punit pour ce rejet ; et Il rĂ©compense les hommes qui croient. L'objection des agnostique et autres sceptique est des plus faciles : les peuples sont psychologiquement excusables de ne pas accepter les Messages ; les paĂŻens arabes avaient humainement et traditionnellement le droit de croire Ă  la rĂ©alitĂ© de leurs divinitĂ©s et Ă  l'efficacitĂ© de leurs idoles ; ils n'avaient pas de motif de croire le prophĂšte Ă  l'encontre de leurs traditions et de leurs moeurs. [...] l'excuse des moderne, - facile de la part de gens qui ne croient Ă  rien et Ă  qui la nature plĂ©niĂšre de l'homme Ă©chappe, - cette excuse disons-nous, ne tient pas compte du facteur suivant : si les Mecquois et les BĂ©douins dans leur majoritĂ© tenaient obstinĂ©ment Ă  leur coutumes, ce fut, non a priori pour des raison sincĂšres et logiques, mais fondamentalement parce que leur soi-disant religion, qui ne leur enseignait mĂȘme pas les vĂ©ritĂ©s eschatologiques indispensables, au contraire flattait leur attachement passionĂ© Ă  l'ici bas et leur amour dĂ©sordonnĂ© et mĂȘme exclusif des biens terrestres(*). * "Quand Nos versets (le Koran) sont rĂ©citĂ©es devant lui (le paĂŻen arabe), il dit : conte des anciens !" (Sourate du Calame, 15) Cette information, que le Koran fournit Ă  plusieurs reprises, prouve que la religion des Arabe paĂŻens fut une hĂ©rĂ©sie Ă  l'Ă©gard de leur propres traditions, que les paĂŻens rejetaient, prĂ©cisĂ©ment, comme Ă©tant des "conte des anciens" (el-awwalĂźn = "des primordiaux"). De nombreux passage du Koran indiquent Ă©galement que ces Arabes ne croyaient ni Ă  l'immortalitĂ© de l'Ăąme ni Ă  la rĂ©surrection, alors que leurs ancĂȘtre y croyaient.
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Frithjof Schuon (From the Divine to the Human: A New Translation with Selected Letters (Writings of Frithjof Schuon))
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Pfuhl devait nĂ©cessairement ĂȘtre une de ces natures entiĂšres, qui poussent jusqu’au martyre l’assurance que leur donne la foi dans l’infaillibilitĂ© d’un principe. Ces natures-lĂ  on ne les rencontre que chez les Allemands, seuls capables d’une confiance aussi absolue dans une idĂ©e abstraite, telle que la science, c’est-Ă -dire la connaissance prĂ©sumĂ©e d’une vĂ©ritĂ© certaine.
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Leo Tolstoy (La Guerre et la Paix - Tome II)
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L’idĂ©e du « libre examen » fut inventĂ©e pour dĂ©truire l’autoritĂ© spirituelle, non pas en la niant purement et simplement tout d’abord, mais en lui substituant une fausse autoritĂ©, celle de la raison individuelle, ou encore que le « rationalisme » philosophique prit Ă  tĂąche de remplacer l’intellectualitĂ© par ce qui n’en est que la caricature. L’idĂ©e de « valeur » nous paraĂźt se rattacher plutĂŽt au second cas : il y a dĂ©jĂ  longtemps qu’on ne reconnaĂźt plus, en fait, aucune hiĂ©rarchie rĂ©elle, c’est-Ă -dire fondĂ©e essentiellement sur la nature mĂȘme des choses ; mais, pour une raison ou pour une autre, que nous n’entendons pas rechercher ici, il a paru opportun (non pas sans doute aux philosophes, car ils ne sont vraisemblablement en cela que les premiĂšres dupes) d’instaurer dans la mentalitĂ© publique une fausse hiĂ©rarchie, basĂ©e uniquement sur des apprĂ©ciations sentimentales, donc entiĂšrement « subjective » (et d’autant plus inoffensive, au point de vue de l’« Ă©galitarisme » moderne, qu’elle se trouve ainsi relĂ©guĂ©e dans les nuĂ©es de l’« idĂ©al », autant dire parmi les chimĂšres de l’imagination) ; on pourrait dire, en somme, que les « valeurs » reprĂ©sentent une contrefaçon de hiĂ©rarchie Ă  l’usage d’un monde qui a Ă©tĂ© conduit Ă  la nĂ©gation de toute vraie hiĂ©rarchie. [La superstition de la « valeur »]
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René Guénon (Mélanges)
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J’adore servir Ă  table. C’est lĂ  qu’on surprend ses maĂźtres dans toute la saletĂ©, dans toute la bassesse de leur nature intime. Prudents, d’abord, et se surveillant l’un l’autre, ils en arrivent, peu Ă  peu, Ă  se rĂ©vĂ©ler, Ă  s’étaler tels qu’ils sont, sans fard et sans voiles, oubliant qu’il y a autour d’eux quelqu’un qui rĂŽde et qui Ă©coute et qui note leurs tares, leurs bosses morales, les plaies secrĂštes de leur existence, tout ce que peut contenir d’infamies et de rĂȘves ignobles le cerveau respectable des honnĂȘtes gens. Ramasser ces aveux, les classer, les Ă©tiqueter dans notre mĂ©moire, en attendant de s’en faire une arme terrible, au jour des comptes Ă  rendre, c’est une des grandes et fortes joies du mĂ©tier, et c’est la revanche la plus prĂ©cieuse de nos humiliations

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Octave Mirbeau (Le journal d'une femme de chambre)
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[...] Dans cette question des limites de fait ou de droit du sentiment patriotique, il convient de rappeler tout d’abord qu’il y a patrie et patrie : il y a celle de la terre et celle du Ciel ; la seconde est prototype et mesure de la premiĂšre, elle lui donne son sens et sa lĂ©gitimitĂ©. C’est ainsi que dans l’enseignement Ă©vangĂ©lique l’amour de Dieu prime, et peut par consĂ©quent contredire, l’amour des proches parents, sans qu’il y ait lĂ  aucune offense Ă  la charitĂ© ; la crĂ©ature doit d’ailleurs ĂȘtre aimĂ©e « en Dieu », c’est Ă  dire que l’amour ne lui appartient jamais en entier. Le Christ ne s’est souciĂ© que de la Patrie cĂ©leste, qui « n’est pas de ce monde » ; c’est suffisant, non pour renier le fait naturel d’une patrie terrestre, mais pour s’abstenir de tout culte abusif – et avant tout illogique – du pays d’origine. Si le Christ a dĂ©savouĂ© les attachements temporels, il n’en a pas moins admis les droits de la nature, dans le domaine qui est le leur, droits Ă©minemment relatifs qu’il ne s’agit pas d’ériger en idoles ; c’est ce que saint Augustin a magistralement traitĂ©, sous un certain rapport tout au moins, dans Civitas Dei. Le patriotisme normal est Ă  la fois dĂ©terminĂ© et limitĂ© par les valeurs Ă©ternelles ; « il ne s’enfle point » et ne pervertit pas l’esprit ; il n’est pas, comme le chauvinisme, l’oubli officiel de l’humilitĂ© et de la charitĂ© en mĂȘme temps que l’anesthĂ©sie de toute une partie de l’intelligence ; restant dans ses limites, il est capable de susciter les plus belles vertus, sans ĂȘtre un parasite de la religion. Il faut se garder des interprĂ©tations abusives du passĂ© historique ; l’Ɠuvre de Jeanne d’Arc n’a rien Ă  voir avec le nationalisme moderne, d’autant que la sainte Ă  suivi l’impulsion, non point d’un nationalisme naturel – ce qui eĂ»t Ă©tĂ© lĂ©gitime – mais celle d’une volontĂ© cĂ©leste, qui voyait loin. La France fut pendant des siĂšcles le pivot du Catholicisme ; une France anglaise eĂ»t signifiĂ© en fin de compte une Europe protestante et la fin de l’Eglise catholique ; c’est ce que voulurent prĂ©venir les « voix ». L’absence de toute passion, chez Jeanne, ses paroles sereines Ă  l’égard des Anglais, corroborent pleinement ce que nous venons de dire et devrait suffire pour mettre la sainte Ă  l’abri de toute imposture rĂ©trospective (1).[...] 1 – De mĂȘme, l’étendard de Jeanne fut tout autre chose qu’un drapeau rĂ©volutionnaire unissant, dans un mĂȘme culte profane, croyants et incroyants. ["Usurpations du sentiment religieux", Études Traditionnelles, dĂ©cembre 1965.]
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Frithjof Schuon (The Transfiguration of Man)
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L’art de l’Islam allie la profusion joyeuse de la vĂ©gĂ©tation avec la rigueur abstraite et pure des cristaux : une niche de priĂšre ornĂ©e d’arabesques tient du jardin et des flocons de neige. Ce mĂ©lange de qualitĂ©s se rencontre dĂ©jĂ  dans le Koran, oĂč la gĂ©omĂ©trie des idĂ©es est comme cachĂ©e sous le flamboiement des formes. L’Islam, par sa hantise de l’UnitĂ©, si l’on peut dire, a aussi un aspect de simplicitĂ© dĂ©sertique, de blancheur et d’austĂ©ritĂ©, qui dans l’art alterne avec la joie cristalline de l’ornementation. Le berceau des Arabes est un paysage fait de dĂ©serts et d’oasis. L’art musulman montre d’une façon trĂšs transparente comment l’art doit rĂ©pĂ©ter la nature – au sens le plus vaste – dans ses modes crĂ©ateurs sans la copier dans ses rĂ©sultats.
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Frithjof Schuon (Spiritual Perspectives And Human Facts)
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Il y a deux maniĂšres de vaincre le monde, une vraie et une fausse. La vraie comprend la nature du monde et surmonte celui-ci au-delĂ  de ses limites ; la fausse ne comprend rien au monde et cherche Ă  le surmonter au sein de ses limites. La vraie maniĂšre cherche ce qui est sec sur la plage, en dehors de la mer ; la maniĂšre erronĂ©e cherche ce qui est sec dans la mer mĂȘme, en tentant de la vider. Cette maniĂšre-ci est la foi ordinaire de ce monde, celle-lĂ  la certitude spirituelle Ă©levĂ©e. Mais le fait que toute une partie de l'humanitĂ© reconnaisse cette maniĂšre erronĂ©e de surmonter le monde comme le principe de toutes les doctrines et de toutes les institutions - et en somme de toute activitĂ© et de toute aspiration - ne peut ĂȘtre possible qu'Ă  notre Ă©poque, qui approche toujours plus inexorablement de sa fin. La maniĂšre correcte est unitive, spirituelle, ramenant dans l'IntĂ©rieur et opĂ©rant l'harmonie ; la maniĂšre fausse est multiplicatrice, orientĂ©e vers la nature grossiĂšre, entraĂźnant vers l'extĂ©rieur et opĂ©rant la contradiction. La maniĂšre correcte domine la sociĂ©tĂ© humaine en fonction de ce qui la transcende, de l’Éternel, qui est son ultime destination ; la maniĂšre fausse trompe la sociĂ©tĂ© sous le prĂ©texte de son bien-ĂȘtre le plus extĂ©rieur et le plus limitĂ©, comme si l'homme en tant que tel - et qui plus est dans sa partie la plus Ă©phĂ©mĂšre, le corps - avait sa raison suffisante en lui-mĂȘme et pouvait ĂȘtre la mesure et le but de lui-mĂȘme et de toutes choses.
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Frithjof Schuon
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Tel fut aussi le cas d'un Nietzsche, gĂ©nie volcanique s'il en est ; ici encore - mais d'une façon Ă  la fois dĂ©viĂ©e et dĂ©mentielle - il y a extĂ©riorisation passionnĂ©e d'un feu intĂ©rieur ; nous pensons ici non Ă  la philosophie nietzschĂ©enne, qui dans sa littĂ©ralitĂ© est sans intĂ©rĂȘt (17), mais Ă  l'oeuvre poĂ©tique dont l'expression la plus intense est en partie le "Zarathoustra". Ce que ce livre, d'ailleurs fort inĂ©gal, manifeste avant tout, c'est la rĂ©action violente d'une Ăąme a priori profonde contre une ambiance culturelle mĂ©diocre et paralysante ; le dĂ©faut de Nietzsche, ce fut de n'avoir que le sens de la grandeur en l'absence de tout discernement intellectuel. Le "Zarathoustra" est au fond le cri d'une grandeur piĂ©tinĂ©e, d'oĂč l'authenticitĂ© poignante - la grandeur prĂ©cisĂ©ment - de certains passages ; certes non de tous et surtout pas de ceux qui expriment une philosophie mi-machiavĂ©lique mi-darwiniste, ou de la petite habiletĂ© littĂ©raire.Quoi qu'il en soit, le malheur de Nietzsche - ou celui d'autres hommes gĂ©niaux, comme NapolĂ©on - fut d'ĂȘtre nĂ© aprĂšs la Renaissance et non avant ; ce qui marque Ă©videmment un aspect de leur nature, car il n'y a pas de hasard. (17) Cette philosophie aurait pu ĂȘtre un cri d'alarme contre le pĂ©ril d'un humanitarisme aplatissant et abĂątardissant, donc mortel pour le genre humain ; en fait, elle fut un combat contre des moulins Ă  vent en mĂȘme temps qu'une sĂ©duction plus pĂ©rilleuse
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Frithjof Schuon (To Have a Center)
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Avec quelque spontanĂ©itĂ© que nous obĂ©issions Ă  la voix qui nous dicte cette abnĂ©gation, nous sentons bien qu'elle nous parle sur un ton impĂ©ratif qui n'est pas celui de l'instinct. C'est pourquoi, quoiqu'elle se fasse entendre Ă  l'intĂ©rieur de nos consciences, nous ne pouvons sans contradiction la regarder comme nĂŽtre. Mais nous l'aliĂ©nons, comme nous faisons pour nos sensations; nous la projetons au dehors, nous la rapportons Ă  un ĂȘtre que nous concevons comme extĂ©rieur et supĂ©rieur Ă  nous, puisqu'il nous commande et que nous nous conformons Ă  ses injonctions. Naturellement, tout ce qui nous paraĂźt venir de la mĂȘme origine participe au mĂȘme caractĂšre. C'est ainsi que nous avons Ă©tĂ© nĂ©cessitĂ©s Ă  imaginer un monde au-dessus de celui-ci et Ă  le peupler de rĂ©alitĂ©s d'une autre nature.
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Émile Durkheim (Le Suicide)
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Cherchez en vous-mĂȘmes. Explorez la raison qui vous commande d'Ă©crire; examinez si elle plonge ses racines au plus profond de votre cour; faites-vous cet aveu : devriez-vous mourir s'il vous Ă©tait interdit d'Ă©crire. Ceci surtout : demandez-vous Ă  l'heure la plus silencieuse de votre nuit; me faut-il Ă©crire ? Creusez en vous-mĂȘmes Ă  la recherche d'une rĂ©ponse profonde. Et si celle-ci devait ĂȘtre affirmative, s'il vous Ă©tait donnĂ© d'aller Ă  la rencontre de cette grave question avec un fort et simple "il le faut", alors bĂątissez votre vie selon cette nĂ©cessitĂ©; votre vie, jusqu'en son heure la plus indiffĂ©rente et la plus infime, doit ĂȘtre le signe et le tĂ©moignage de cette impulsion. Puis vous vous approcherez de la nature. Puis vous essayerez, comme un premier homme, de dire ce que vous voyez et vivez, aimez et perdez. N'Ă©crivez pas de poĂšmes d'amour; Ă©vitez d'abord les formes qui sont trop courantes et trop habituelles : ce sont les plus difficiles, car il faut la force de la maturitĂ© pour donner, lĂ  oĂč de bonnes et parfois brillantes traditions se prĂ©sentent en foule, ce qui vous est propre. Laissez-donc les motifs communs pour ceux que vous offre votre propre quotidien; dĂ©crivez vos tristesses et vos dĂ©sirs, les pensĂ©es fugaces et la foi en quelque beautĂ©. DĂ©crivez tout cela avec une sincĂ©ritĂ© profonde, paisible et humble, et utilisez, pour vous exprimer, les choses qui vous entourent, les images de vos rĂȘves et les objets de votre souvenir. Si votre quotidien vous paraĂźt pauvre, ne l'accusez pas; accusez-vous vous-mĂȘme, dites-vous que vous n'ĂȘtes pas assez poĂšte pour appeler Ă  vous ses richesses; car pour celui qui crĂ©e il n'y a pas de pauvretĂ©, pas de lieu pauvre et indiffĂ©rent. Et fussiez-vous mĂȘme dans une prison dont les murs ne laisseraient parvenir Ă  vos sens aucune des rumeurs du monde, n'auriez-vous pas alors toujours votre enfance, cette dĂ©licieuse et royale richesse, ce trĂ©sor des souvenirs ? Tournez vers elle votre attention. Cherchez Ă  faire resurgir les sensations englouties de ce vaste passĂ©; votre personnalitĂ© s'affirmera, votre solitude s'Ă©tendra pour devenir une demeure de douce lumiĂšre, loin de laquelle passera le bruit des autres." (Lettres Ă  un jeune poĂšte)
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Rainer Maria Rilke (Letters to a Young Poet)
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Depuis la naissance de l'amour courtois, c'est un lieu commun que le mariage tue l'amour. Trop mĂ©prisĂ©e ou trop respectĂ©e, trop quotidienne, l'Ă©pouse n'est plus un objet Ă©rotique. Les rites du mariage sont primitivement destinĂ©s Ă  dĂ©fendre l'homme contre la femme ; elle devient sa propriĂ©tĂ© : mais tout ce que nous possĂ©dons en retour nous possĂšde ; le mariage est pour l'homme aussi une servitude ; c'est alors qu'il est pris au piĂšge tendu par la nature : pour avoir dĂ©sirĂ© une fraĂźche jeune fille, le mĂąle doit pendant toute sa vie nourrir une Ă©paisse matrone, une vieillarde dessĂ©chĂ©e ; le dĂ©licat joyau destinĂ© Ă  embellir son existence devient un odieux fardeau : Xanthippe est un des types fĂ©minins dont les hommes ont toujours parlĂ© avec le plus d'horreur. Mais lors mĂȘme que la femme est jeune il y a dans le mariage une mystification puisque prĂ©tendant socialiser l'Ă©rotisme, il n'a rĂ©ussi qu'Ă  le tuer. C'est que l'Ă©rotisme implique une revendication de l'instant contre le temps, de l'individu contre la collectivitĂ© ; il affirme la sĂ©paration contre la communication ; il est rebelle Ă  toute rĂ©glementation ; il contient un principe hostile Ă  la sociĂ©tĂ©. Jamais les mƓurs ne sont pliĂ©es Ă  la rigueur des institutions et des lois : c'est contre elles que l'amour s'est de tout temps affirmĂ©. Sous sa figure sensuelle, il s'adresse en GrĂšce et Ă  Rome Ă  des jeunes gens ou Ă  des courtisanes ; charnel et platonique Ă  la fois, l'amour courtois est toujours destinĂ© Ă  l'Ă©pouse d'un autre.
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Simone de Beauvoir
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CĂąt timp așteaptă ceva din partea universului, omul e un negustor care umblă să primească, care schimbă bani și face troc, și se Ăźnfurie cĂąnd dă greș, și se sinucide cĂąnd nu i se dă ce e al lui, dacă polițele nu-i sunt plătite, dacă Ăźncasările sunt mai mici decĂąt cheltuielile. Dar omul care a renunțat la orice rasplată, care lucrează pentru ceea ce e sortit pieirii știind ca totul va pieri, acela e singurul om vrednic, cu adevărat vrednic de a locui Ăźmpacat in acest univers. El singur e nobil in fața samsarilor care-l Ăźnconjoară, chiar dacă aceștia au scris pe firmele pravăliilor lor numele cele mai pure, mai ideale, mai metafizice.
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Giovanni Papini (Un uomo finito)
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« Non de ceux sur qui est ta ColĂšre, ni de ceux qui errent » : non de ceux qui s’opposent Ă  la GrĂące et qui de ce fait se placent dans le rayon de la Justice ou de la Rigueur, ou qui dĂ©chirent le lien qui les relie Ă  la GrĂące prĂ©existante; voulant ĂȘtre indĂ©pendant de leur Cause, ou voulant ĂȘtre cause eux- mĂȘmes, ils tombent comme des pierres, sourds et aveugles; la Cause les abandonne. « Ni de ceux qui errent » : ce sont ceux qui, sans s’opposer directement Ă  l’Un, se perdent nĂ©anmoins, par faiblesse, dans le multiple; ils ne nient pas l’Un et ne veulent pas en usurper le rang, mais ils restent ce qu’ils sont, ils suivent leur nature multiple comme s’ils n’étaient pas douĂ©s d’intelligence; ils vivent en somme au-dessous d’eux-mĂȘmes et se livrent aux puissances cosmiques, mais sans se perdre s’ils se soumettent Ă  Dieu. [1] [1] Selon l’interprĂ©tation islamique, ces trois catĂ©gories (GrĂące, ColĂšre, errance), concernant respectivement les musulmans, qui suivent la voie du milieu, les juifs, qui ont rejetĂ© JĂ©sus, et les chrĂ©tiens, qui l’ont divinisĂ©; le choix des symboles est exotĂ©riquement plausible, mais le sens est universel et se rĂ©fĂšre aux trois tendances fondamentales de l’homme
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Frithjof Schuon (Understanding Islam)
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[...] et de mĂȘme la matiĂšre ne serait pas divisĂ©e « Ă  l’infini » si cette division pouvait jamais s’achever et aboutir Ă  des « derniers Ă©lĂ©ments » ; et ce n’est pas seulement que nous ne puissions pas parvenir en fait Ă  ces derniers Ă©lĂ©ments, comme le concĂšde Bernoulli, mais bien qu’ils ne doivent pas exister dans la nature. Il n’y a pas plus d’élĂ©ments corporels insĂ©cables, ou d’ « atomes » au sens propre du mot, qu’il n’y a, dans l’ordre numĂ©rique, de fraction indivisible et qui ne puisse donner naissance Ă  des fractions toujours plus petites, ou qu’il n’y a, dans l’ordre gĂ©omĂ©trique, d’élĂ©ment linĂ©aire qui ne puisse se partager en Ă©lĂ©ments plus petits.
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René Guénon (The Metaphysical Principles of the Infinitesimal Calculus)
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[On] a accoutumĂ© les peuples Ă  croire que leur intĂ©rĂȘt consistait Ă  ruiner tous leurs voisins ; chaque nation en est venue Ă  jeter un oeil d'envie sur la prospĂ©ritĂ© de toutes les nations avec lesquelles elle commerce, et Ă  regarder tout ce qu'elles gagnent comme une perte pour elle. Le commerce, qui naturellement devait ĂȘtre, pour les nations comme pour les individus, une lien de concorde et d'amitiĂ©, est devenu la source la plus fĂ©conde des haines et des querelles. Pendant ce siĂšcle et le prĂ©cĂ©dent, l'ambition capricieuse des rois et des ministres n'a pas Ă©tĂ© plus fatale au repos de l'Europe, que la sotte jalousie des marchands et des manufacturiers. L'humeur injuste et violente de ceux qui gouvernent les hommes est un mal d'ancienne date, pour lequel j'ai bien peur que la nature des choses humaines ne comporte pas de remĂšde ; mais quant Ă  cet esprit de monopole, Ă  cette rapacitĂ© basse et envieuse des marchands et des manufacturiers, qui ne sont, ni les uns ni les autres, chargĂ©s de gouverner les hommes, et qui ne sont nullement faits pour en ĂȘtre chargĂ©s, s'il n'y a peut-ĂȘtre pas moyen de corriger ce vice, au moins est-il bien facile d'empĂȘcher qu'il ne puisse troubler la tranquillitĂ© de personne, si ce n'est de ceux qui en sont possĂ©dĂ©s.
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Adam Smith (An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations)
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Il y a un moment oĂč il faut sortir les couteaux. C’est juste un fait. Purement technique. Il est hors de question que l’oppresseur aille comprendre de lui-mĂȘme qu’il opprime, puisque ça ne le fait pas souffrir : mettez-vous Ă  sa place. Ce n’est pas son chemin. Le lui expliquer est sans utilitĂ©. L’oppresseur n’entend pas ce que dit son opprimĂ© comme un langage mais comme un bruit. C’est dans la dĂ©finition de l’oppression. En particulier les « plaintes » de l’opprimĂ© sont sans effet, car naturelles. Pour l’oppresseur il n’y a pas d’oppression, forcĂ©ment, mais un fait de nature. Aussi est-il vain de se poser comme victime : on ne fait par lĂ  qu’entĂ©riner un fait de nature, que s’inscrire dans le dĂ©cor plantĂ© par l’oppresseur. L’oppresseur qui fait le louable effort d’écouter (libĂ©ral intellectuel) n’entend pas mieux. Car mĂȘme lorsque les mots sont communs, les connotations sont radicalement diffĂ©rentes. C’est ainsi que de nombreux mots ont pour l’oppresseur une connotation-jouissance, et pour l’opprimĂ© une connotation-souffrance. Ou : divertissement-corvĂ©e. Ou : loisir-travail. Etc. Allez donc causer sur ces bases. C’est ainsi que la gĂ©nĂ©rale rĂ©action de l’oppresseur qui a « Ă©coutĂ© » son opprimĂ© est en gros : mais de quoi diable se plaint-il ? Tout ça, c’est Ă©patant. Au niveau de l’explication, c’est tout Ă  fait sans espoir. Quand l’opprimĂ© se rend compte de ça, il sort les couteaux. LĂ  on comprend qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Pas avant. Le couteau est la seule façon de se dĂ©finir comme opprimĂ©. La seule communication audible. Peu importent le caractĂšre, la personnalitĂ©, les mobiles actuels de l’opprimĂ©. C’est le premier pas rĂ©el hors du cercle. C’est nĂ©cessaire.
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Christiane Rochefort
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QuatriĂšme maxime. - Tout impĂŽt doit ĂȘtre conçu de maniĂšre Ă  ce qu'il fasse sortir des mains du peuple le moins d'argent possible au-delĂ  de ce qui entre dans le TrĂ©sor de l'Etat, et en mĂȘme temps Ă  ce qu'il tienne le moins longtemps possible cet argent hors des mains du peuple avant d'entrer dans ce TrĂ©sor.
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Adam Smith (An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations)
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AthÚnes devint à partir de 450 avant Jésus-Christ la capitale culturelle du monde grec. La philosophie aussi prit un nouveau tournant. Les philosophes de la nature étaient avant tout des hommes de science qui s'intéressaient à l'analyse physique du monde et, à ce titre, ils tiennent une place importante dans l'histoire de la science. Mais, à AthÚnes, l'étude de la nature fut supplantée par celle de l'homme et sa place dans la société. Petit à petit, une démocratie avec des assemblées du peuple et des juges populaires vit le jour. Une condition sine qua non pour l'établissement de la démocratie était que le peuple fût assez éclairé pour pouvoir participer au processus démocratique. Qu'une jeune démocratie exige une certaine éducation du peuple, nous l'avons bien vu de nos jours.
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Jostein Gaarder (Sophie's World)