Une Direct Quotes

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TrĂšs vite dans ma vie il a Ă©tĂ© trop tard. A dix-huit ans il Ă©tait dĂ©jĂ  trop tard. Entre dix-huit ans et vingt-cinq ans mon visage est parti dans une direction imprĂ©vue. A dix-huit ans j’ai vieilli.
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Marguerite Duras (The Lover)
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Les journĂ©es qui s'Ă©coulent, les gens que tu rencontres, les expĂ©riences auxquelles tu es confrontĂ©e forment ce qu'on appelle une vie. Ta vie. Et des vies, Lahira, tu n'en vivras qu'une. C'est Ă  toi de la prendre en main, de lui donner les couleurs que tu aimes et la direction dont tu rĂȘves. A toi et Ă  personne d'autre.
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Pierre Bottero (Ellana, l'Envol (Le Pacte des MarchOmbres, #2))
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C’est une folie de haĂŻr toutes les roses parce que une Ă©pine vous a piquĂ©, d’abandonner tous les rĂȘves parce que l’un d’entre eux ne s’est pas rĂ©alisĂ©, de renoncer Ă  toutes les tentatives parce qu’on a Ă©choué  C‘est une folie de condamner toutes les amitiĂ©s parce qu’une d’elles vous a trahi, de ne croire plus en l’amour juste parce qu’un d’entre eux a Ă©tĂ© infidĂšle, de jeter toutes les chances d’ĂȘtre heureux juste parce que quelque chose n’est pas allĂ© dans la bonne direction. Il y aura toujours une autre occasion, un autre ami, un autre amour, une force nouvelle. Pour chaque fin il y a toujours un nouveau dĂ©part.
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Antoine de Saint-Exupéry
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Si on bouge sans cesse, on impose un sens, une direction au temps. Mais si on s'arrĂȘte en se butant comme un Ăąne au milieu du sentier, si on se laisse emporter par la rĂȘverie, alors mĂȘme le temps s'arrĂȘte et n'est plus ce fardeau qui pĂšse sur nos Ă©paules. Si on ne le porte pas il verse, il se rĂ©pand tout autour comme la tache d'encre que ma plume faisait toute seule, droite en Ă©quilibre sur le buvard, pour retomber ensuite, vide.
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Erri De Luca (Pas ici, pas maintenant)
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Mais surtout, nous ne retrouverons pas ce qui nous a poussés l'un vers l'autre, un jour. Cette urgence trÚs pure. Ce moment unique. Il y a eu des circonstances, une conjonction de hasards, une somme de coïncidences, une simultanéité de désirs, quelque chose dans l'air, quelque chose aussi qui tenait à l'époque, à l'endroit, et ça a formé un moment, et ça a provoqué la rencontre, mais tout s'est distendu, tout est reparti dans des directions différentes, tout a éclaté, à la maniÚre d'un feu d'artifice dont les fusées explosent au ciel nocturne dans tous les sens et dont les éclats retombent en pluie, et meurent à mesure qu'ils chutent et disparaissent avant de pouvoir toucher le sol, pour que ça ne brûle personne, pour que ça ne blesse personne, et le moment est terminé, mort, il ne reviendra pas  ; c'est cela qui nous est arrivé.
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Philippe Besson (« ArrĂȘte avec tes mensonges »)
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Le vert absolu est la couleur la plus anesthésiante qui soit. Elle ne se meut dans aucune direction et n'a aucune consonance de joie, de tristesse ou de passion ; elle ne réclame rien, n'attire vers rien. [...] Ce vert est semblable à une grosse vache, pleine de santé, couchée, figée, capable seulement de ruminer en contemplant le monde de ses yeux stupides et inexpressifs.
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Kandinsky Vasily
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Le savoir des Ă©coles se borne Ă  enseigner le "comment". C'est un savoir Ă©parpillĂ©, sans unitĂ© et sans direction. Ce n'est pas un chemin qui conduit vers le sommet de la montagne d'oĂč l'on pourra voir l'horizon et comprendre dans tous ses dĂ©tails l'ordonnance du paysage, c'est une plaine de sable dont on propose Ă  l'homme d'Ă©tudier chaque grain. Ce savoir ne peut donner naissance qu'Ă  une sociĂ©tĂ© de technique, sans sagesse et sans raison, aussi absurde et dangereuse dans son comportement qu'un camion-citerne lancĂ© sans conducteur sur une autoroute en pente.
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René Barjavel
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Toute grande oeuvre est soit une Iliade soit une OdysĂ©e, les odysĂ©es Ă©tant beaucoup plus nombreuse que les iliades: le Satiricon, La Divine ComĂ©die, Pantagruel, Don Quichotte, et naturellement Ulysse (oĂč l'on reconnaĂźt d'ailleurs l'influence directe de Bouvard et PĂ©cuchet) sont des odysĂ©es, c'est-Ă -dire des rĂ©cits de temps pleins. Les iliades sont au contraire des recherches du temps perdu: devant Troie, sur une Ăźle dĂ©serte ou chez les Guermantes.
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Raymond Queneau
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Je dĂ©couvre la morsure de l'attente. Parce qu'il y a ce refus de s'avouer vaincu, de croire que c'est sans lendemain, que ça ne se reproduira pas. Je me persuade qu'il accomplira un geste dans ma direction, que c'est impossible autrement, que la mĂ©moire des corps emmĂȘlĂ©s vaincra sa rĂ©sistance. Je me dis que ce n'Ă©tait pas seulement une histoire de corps, mais de nĂ©cessitĂ©. Qu'on ne lutte pas contre la nĂ©cessitĂ©. Ou, si on lutte, elle finit par avoir raison de nous. Je dĂ©couvre la morsure du manque.
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Philippe Besson (« ArrĂȘte avec tes mensonges »)
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Je me mis dĂšs lors Ă  lire avec aviditĂ© et bientĂŽt la lecture fut ma passion. Tous mes nouveaux besoins, toutes mes aspirations rĂ©centes, tous les Ă©lans encore vagues de mon adolescence qui s’élevaient dans mon Ăąme d’une façon si troublante et qui Ă©taient provoquĂ©s par mon dĂ©veloppement si prĂ©coce, tout cela, soudainement, se prĂ©cipita dans une direction, parut se satisfaire complĂštement de ce nouvel aliment et trouver lĂ  son cours rĂ©gulier. BientĂŽt mon cƓur et ma tĂȘte se trouvĂšrent si charmĂ©s, bientĂŽt ma fantaisie se dĂ©veloppa si largement, que j’avais l’air d’oublier tout ce qui m’avait entourĂ©e jusqu’alors. Il semblait que le sort lui mĂȘme m’arrĂȘtĂąt sur le seuil de la nouvelle vie dans laquelle je me jetais, Ă  laquelle je pensais jour et nuit, et, avant de m’abandonner sur la route immense, me faisait gravir une hauteur d’oĂč je pouvais contempler l’avenir dans un merveilleux panorama, sous une perspective brillante, ensorcelante. Je me voyais destinĂ©e Ă  vivre tout cet avenir en l’apprenant d’abord par les livres ; de vivre dans les rĂȘves, les espoirs, la douce Ă©motion de mon esprit juvĂ©nile. Je commençai mes lectures sans aucun choix, par le premier livre qui me tomba sous la main. Mais, le destin veillait sur moi. Ce que j’avais appris et vĂ©cu jusqu’à ce jour Ă©tait si noble, si austĂšre, qu’une page impure ou mauvaise n’eĂ»t pu dĂ©sormais me sĂ©duire. Mon instinct d’enfant, ma prĂ©cocitĂ©, tout mon passĂ© veillaient sur moi ; et maintenant ma conscience m’éclairait toute ma vie passĂ©e. En effet, presque chacune des pages que je lisais m’était dĂ©jĂ  connue, semblait dĂ©jĂ  vĂ©cue, comme si toutes ces passions, toute cette vie qui se dressaient devant moi sous des formes inattendues, en des tableaux merveilleux, je les avais dĂ©jĂ  Ă©prouvĂ©es. Et comment pouvais-je ne pas ĂȘtre entraĂźnĂ©e jusqu’à l’oubli du prĂ©sent, jusqu’à l’oubli de la rĂ©alitĂ©, quand, devant moi dans chaque livre que je lisais, se dressaient les lois d’une mĂȘme destinĂ©e, le mĂȘme esprit d’aventure qui rĂšgnent sur la vie de l’homme, mais qui dĂ©coulent de la loi fondamentale de la vie humaine et sont la condition de son salut et de son bonheur ! C’est cette loi que je soupçonnais, que je tĂąchais de deviner par toutes mes forces, par tous mes instincts, puis presque par un sentiment de sauvegarde. On avait l’air de me prĂ©venir, comme s’il y avait en mon Ăąme quelque chose de prophĂ©tique, et chaque jour l’espoir grandissait, tandis qu’en mĂȘme temps croissait de plus en plus mon dĂ©sir de me jeter dans cet avenir, dans cette vie. Mais, comme je l’ai dĂ©jĂ  dit, ma fantaisie l’emportait sur mon impatience, et, en vĂ©ritĂ©, je n’étais trĂšs hardie qu’en rĂȘve ; dans la rĂ©alitĂ©, je demeurais instinctivement timide devant l’avenir.
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Fyodor Dostoevsky (Netochka Nezvanova)
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[...] Et c’est lĂ , en mĂȘme temps, ce qui donne l’illusion du progrĂšs Ă  ceux qui, ne connaissant qu’une civilisation, voient exclusivement la direction dans laquelle elle se dĂ©veloppe, croient qu’elle est la seule possible, et ne se rendent pas compte que ce dĂ©veloppement sur un point peut ĂȘtre largement compensĂ© par une rĂ©gression sur d’autres points.
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René Guénon (Introduction to the Study of the Hindu Doctrines)
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Un choc qui nous atteint dans une direction imprĂ©vue nous donne brusquement une sensation nouvelle de l’existence de notre corps en tant qu’inconnu; nous ne savions pas tout ce que nous Ă©tions, et il arrive que cette sensation brutale nous rende elle-mĂȘme sensibles, par un effet secondaire, Ă  une grandeur et Ă  une figure inattendues de notre domaine vivant.
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Paul Valéry (Regards sur le monde actuel et autres essais)
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Ressaisir notre vie ; et aussi la vie des autres ; car le style, pour l’écrivain aussi bien que pour le peintre, est une question non de technique, mais de vision. Il est la rĂ©vĂ©lation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients, de la diffĂ©rence qualitative qu’il y a dans la façon dont nous apparaĂźt le monde, diffĂ©rence qui, s’il n’y avait pas l’art, resterait le secret Ă©ternel de chacun.
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Marcel Proust (À la recherche du temps perdu)
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Mais la connaissance du passĂ© rendu vivant et prĂ©sent, oĂč la trouve-t-on ? Eh bien, avant tout, dans la littĂ©rature ! Et lĂ  est Ă  mes yeux la merveille. On la trouve dans les textes français et Ă©trangers, modernes et anciens. Aussi cela me paraĂźt-il une erreur trĂšs grave que de reprĂ©senter l’enseignement de la littĂ©rature comme une espĂšce d’élĂ©gance superflue et gratuite. En fait, c’est grĂące Ă  la littĂ©rature que se forme presque toute notre idĂ©e de la vie ; le dĂ©tour par les textes conduit directement Ă  la formation de l’homme. Ils nous apportent les analyses et les idĂ©es, mais aussi les images, les personnages, les mythes, et les rĂȘves qui se sont succĂ©dĂ© dans l’esprit des hommes ; ils nous ont un jour Ă©mus parce qu’ils Ă©taient exprimĂ©s ou dĂ©crits avec force ; et c’est de cette expĂ©rience que se nourrit la nĂŽtre.
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Jacqueline de Romilly
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Antonio José Bolivar Îta son dentier, le rangea dans son mouchoir et sans cesser de maudire le gringo, responsable de la tragédie, le maire, les chercheurs d'or, tous ceux qui souillaient la virginité de son Amazonie, il coupa une grosse branche d'un coup de machette, s'y appuya, et prit la direction d'El Idilio, de sa cabane et ses romans qui parlaient d'amour avec des mots si beaux que, parfois, ils lui faisaient oublier la barbarie des hommes.
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Luis SepĂșlveda (The Old Man Who Read Love Stories)
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Il disait ce qu'il pensait, et jugeait perturbant que son interlocuteur n'en fasse pas autant. Certains auraient pu se mĂ©prendre et le trouver simplet. Mais ceux qui vont toujours directement au cƓur des choses ne possĂšdent-ils pas une sorte de gĂ©nie?
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Madeline Miller (The Song of Achilles)
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Plus la science approfondit la nature du corps dans la direction de sa "rĂ©alitĂ©", plus elle rĂ©duit dĂ©jĂ  chaque propriĂ©tĂ© de ce corps, et par consĂ©quent son existence mĂȘme, aux relations qu'il entretient avec le reste de la matiĂšre capable de l'influencer.
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Henri Bergson (Le cerveau et la pensée : Une illusion philosophique)
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Je feuilletais aussi sans succĂšs toute une bibliothĂšque, dans l’espoir de dĂ©couvrir quelque chose sur Abraxas. Mais ce genre de recherches directes et conscientes n’était pas mon affaire. De cette façon, l’on ne trouve que des vĂ©ritĂ©s qui sont comme des pierres dans votre main.
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Hermann Hesse (Demian)
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Il y a toujours chez les hommes de guerre quelque chose de direct qu’ils tiennent peut-ĂȘtre de leur habitude de donner la mort. Il faut, pour frapper quelqu’un, mĂȘme au combat, se libĂ©rer d’un poids de civilisation qui enferme la plupart d’entre nous dans la faussetĂ© et une douceur forcĂ©e.
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Jean-Christophe Rufin (Le Grand CƓur)
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Comment en suis-je arrivĂ©e lĂ  ? Mais il n'y a pas qu'un seul moment. Il y en a toute une sĂ©rie. Et votre vie peut partir dans des centaines de directions diffĂ©rentes. Peut-ĂȘtre existe-t-il des versions de votre vie correspondant Ă  tous les choix que vous avez faits et tous ceux que vous n'avez pas faits. Peut-ĂȘtre existe-t-il une version de ma vie oĂč je suis bel et bien malade, finalement. Et une autre oĂč je meurs Ă  HawaĂŻ. Une autre encore oĂč mon pĂšre et mon frĂšre survivent Ă  leur accident, et oĂč ma mĂšre n'est pas dĂ©truite. Il y a peut-ĂȘtre mĂȘme une version de ma vie sans Olly. Mais ce n'est pas celle-ci.
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Nicola Yoon (Everything, Everything)
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Être heureux, c’est apprendre Ă  choisir. Non seulement les plaisirs appropriĂ©s mais aussi sa voie, son mĂ©tier, sa maniĂšre de vivre et d’aimer. Choisir ses loisirs, ses amis, les valeurs sur lesquelles fonder sa vie. Bien vivre, c’est apprendre Ă  ne pas rĂ©pondre Ă  toutes les sollicitations, Ă  hiĂ©rarchiser ses prioritĂ©s. L’exercice de la raison permet une mise en cohĂ©rence de notre vie en fonction des valeurs ou des buts que nous poursuivons. Nous choisissons de satisfaire tel plaisir ou de renoncer Ă  tel autre parce que nous donnons un sens Ă  notre vie – et ce, aux deux acceptions du terme : nous lui donnons Ă  la fois une direction et une signification.
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SénÚque
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Ce principe Ă©tabli, il s'ensuit que la femme est faite spĂ©cialement pour plaire Ă  l'homme. Si l'homme doit lui plaire Ă  son tour, c'est d'une nĂ©cessitĂ© moins directe : son mĂ©rite est dans sa puissance ; il plaĂźt par cela seul qu'il est fort. Ce n'est pas ici la loi de l'amour, j'en conviens ; mais c'est celle de la nature, antĂ©rieure Ă  l'amour mĂȘme.
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Jean-Jacques Rousseau (Emile, or On Education)
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Une trĂšs jolie jeune fille, traitĂ©e avec des Ă©gards constants et des attentions dĂ©mesurĂ©es par l'ensemble de la population masculine, y compris par ceux - l'immense majoritĂ© - qui n'ont plus aucun espoir d'en obtenir une faveur d'ordre sexuel, et mĂȘme Ă  vrai dire tout particuliĂšrement par eux, avec une Ă©mulation abjecte confinant chez certains quinquagĂ©naires au gĂątisme pur et simple, une trĂšs jolie jeune fille devant qui tous les visages s'ouvrent, toutes les difficultĂ©s s'aplanissent, accueillie partout comme si elle Ă©tait la reine du monde, devient naturellement une espĂšce de monstre d'Ă©goĂŻsme et de vanitĂ© autosatisfaite. La beautĂ© physique joue ici exactement Ie mĂȘme rĂŽle que la noblesse de sang sous l'Ancien RĂ©gime, et la brĂšve conscience qu'elles pourraient prendre Ă  l'adolescence de l'origine purement accidentelle de leur rang cĂšde rapidement la place chez la plupart des trĂšs jolies jeunes filles Ă  une sensation de supĂ©rioritĂ© innĂ©e, naturelle, instinctive, qui les place entiĂšrement en dehors, et largement au-dessus du reste de l'humanitĂ©. Chacun autour d'elle n'ayant pour objectif que de lui Ă©viter toute peine, et de prĂ©venir Ie moindre de ses dĂ©sirs, c'est tout uniment (sic) qu'une trĂšs jolie jeune fille en vient Ă  considĂ©rer Ie reste du monde comme composĂ© d'autant de serviteurs, elle-mĂȘme n'ayant pour seule tĂąche que d'entretenir sa propre valeur Ă©rotique - dans l'attente de rencontrer un garçon digne d'en recevoir l'hommage. La seule chose qui puisse la sauver sur le plan moral, c'est d'avoir la responsabilitĂ© concrĂšte d'un ĂȘtre plus faible, d'ĂȘtre directement et personnellement responsable de la satisfaction de ses besoins physiques, de sa santĂ©, de sa survie - cet ĂȘtre pouvant ĂȘtre un frĂšre ou une soeur plus jeune, un animal domestique, peu importe. (La possibilitĂ© d'une Ăźle, Daniel 1,15)
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Michel Houellebecq
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Jetez sur une Ă©toile un rapide coup d'Ɠil, regardez-la obliquement, en tournant vers elle la partie latĂ©rale de la rĂ©tine (beaucoup plus sensible Ă  une lumiĂšre faible que la partie centrale), et vous verrez l'Ă©toile plus distinctement; vous aurez l'apprĂ©ciation la plus juste de son Ă©clat, Ă©clat qui s'obscurcit Ă  proportion que vous dirigez votre vue en plein sur elle. Dans le dernier cas, il tombe sur l'Ɠil un plus grand nombre de rayons; mais dans le premier, il y a une rĂ©ceptibilitĂ© plus complĂšte, une susceptibilitĂ© beaucoup plus vive. Une profondeur outrĂ©e affaiblit la pensĂ©e et la rend perplexe; et il est possible de faire disparaĂźtre VĂ©nus elle-mĂȘme du firmament par une attention trop soutenue, trop concentrĂ©e, trop directe.
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Edgar Allan Poe (Histoires extraordinaires)
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Seule la littĂ©rature peut vous permettre d'entrer en contact avec l'esprit d'un mort, de maniĂšre plus directe, plus complĂšte et plus profonde que ne le ferait mĂȘme la conversation avec un ami – aussi profonde, aussi durable que soit une amitiĂ©, jamais on ne se livre, dans une conversation, aussi complĂštement qu'on ne le fait devant une feuille vide, s'adressant Ă  un destinataire inconnu.
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Michel Houellebecq (Soumission)
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Au bout d'un parcours cahoteux, l'appareil décolla et elle ressentit quelque chose d'extraordinaire. Le rugissement du moteur se transforma en bourdonnement et elle eu l'impression de flotter. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, ils avaient pris de l'altitude et le monde en dessous avait changé de taille. Rassemblés devant la clÎture, toute la famille agitait la main et rapetissait sans cesse. Puis Billy survola la ville direction Milwaukee. Pour Fritzi, ce fut une révélation.
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Fannie Flagg (The All-Girl Filling Station's Last Reunion)
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La conception populiste de la dĂ©mocratie prĂ©sente sur cette base trois caractĂ©ristiques. Elle entend d’abord privilĂ©gier la dĂ©mocratie directe, en appelant notamment Ă  multiplier les rĂ©fĂ©rendums d’initiative populaire ; elle dĂ©fend ensuite le projet d’une dĂ©mocratie polarisĂ©e, dĂ©nonçant le caractĂšre non dĂ©mocratique des autoritĂ©s non Ă©lues et des cours constitutionnelles. Elle exalte enfin, et c’est le point nodal, une conception immĂ©diate et spontanĂ©e de l’expression populaire.
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Pierre Rosanvallon (Le SiÚcle du populisme: Histoire, théorie, critique (French Edition))
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Ils se laissĂšrent porter en direction du nord, vers la gare de Perdido. Ils tournaient lentement, revigorĂ©s par cette prĂ©sence urbaine massive, profane, en dessous d'eux, par ce lieu fĂ©cond, grouillant, tel qu'aucun de leurs semblables n'en avait jamais connu jusque lĂ . Partout, le moindre secteur – ponts obscurs, hĂŽtels particuliers vieux de cinq siĂšcles, bazars tortueux, entrepĂŽts de bĂ©ton, tours, pĂ©niches d'habitation, taudis rĂ©pugnants et parcs au cordeau – grouillait de nourriture. C'Ă©tait une jungle dĂ©pourvue de prĂ©dateurs. Un terrain de chasse.
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China Miéville (Perdido Street Station: Tome 1)
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Il est possible qu'Ă  des Ă©poques antĂ©rieures, oĂč les ours Ă©taient nombreux, la virilitĂ© ait pu jouer un rĂŽle spĂ©cifique et irremplaçable; mais depuis quelques siĂšcles, les hommes ne servaient visiblement Ă  peu prĂšs plus Ă  rien. Ils trompaient parfois leur ennui en faisant des parties de tennis, ce qui Ă©taient un moindre mal; mais parfois aussi ils estimaient utile de faire avancer l'histoire, c'est-Ă -dire essentiellement de provoquer des rĂ©volutions et des guerres. Outre les souffrances absurdes qu'elles provoquaient, les rĂ©volutions et les guerres dĂ©truisaient le meilleurs du passĂ©, obligeant Ă  chaque fois Ă  faire table rase pour rebĂątir. Non inscrite dans le cours rĂ©gulier d'une ascension progressive, l'Ă©volution humaine acquĂ©rait ainsi un tour chaotique, dĂ©structurĂ©, irrĂ©gulier et violent. Tout cela les hommes (avec leur goĂ»t du risque et du jeu, leur vanitĂ© grotesque, leur irresponsabilitĂ©, leur violence fonciĂšre) en Ă©taient directement et exclusivement responsables. Un monde composĂ© de femmes serait Ă  tous points de vue infiniment supĂ©rieur; il Ă©voluerait plus lentement, mais avec rĂ©gularitĂ©, sans retours en arriĂȘre et sans remises en cause nĂ©fastes, vers un Ă©tat de bonheur commun.
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Michel Houellebecq
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C’est une folie de haĂŻr toutes les roses parce que une Ă©pine vous a piquĂ©, d’abandonner tous les rĂȘves parce que l’un d’entre eux ne s’est pas rĂ©alisĂ©, de renoncer Ă  toutes les tentatives parce qu’on a Ă©choué  C ‘est une folie de condamner toutes les amitiĂ©s parce qu’une d’elles vous a trahi, de ne croire plus en l’amour juste parce qu’un d’entre eux a Ă©tĂ© infidĂšle, de jeter toutes les chances d’ĂȘtre heureux juste parce que quelque chose n’est pas allĂ© dans la bonne direction. Il y aura toujours une autre occasion, un autre ami, un autre amour, une force nouvelle. Pour chaque fin il y a toujours un nouveau dĂ©part.
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Antoine de Saint-Exupéry
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En rĂ©alitĂ©, dĂšs que Lyautey est arrivĂ© au Maroc, connaissant l’appĂ©tit des colons de l’Oranie, il a tout fait pour cloisonner le pays. Tous ceux qui l’ont suivi se sont aussi efforcĂ©s qu’il n’y ait pas de contact direct entre l’AlgĂ©rie et le Maroc. Plus encore, quand on entre dans le dĂ©tail, on se rend compte que les colons français au Maroc Ă©taient les concurrents directs de ceux de l’Oranie. Tout ceci pour une raison simple : le Maroc et l’AlgĂ©rie ne dĂ©pendaient pas de la mĂȘme administration. Nous dĂ©pendions du ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres alors que les AlgĂ©riens Ă©taient rattachĂ©s au ministĂšre de l’IntĂ©rieur.
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Vous considĂ©rez les textes sacrĂ©s comme des contes, des Ă©popĂ©es grandioses. Plus vous Ă©tudiez, moins vous y croyez. Un autre clin d'Ɠil et vous avez vingt-quatre ans. Vous parcourez l'Europe en pensant - en espĂ©rant - que cette expĂ©rience vous stimulera, qu'avoir un aperçu du vaste monde rendra le vĂŽtre plus net. Ce sera le cas, au dĂ©but. Mais vous n'avez ni emploi ni avenir. Une fois terminĂ© l'intermĂšde, votre compte bancaire est vide et vous n'avez toujours rien trouvĂ©. Nouveau clin d’Ɠil. À vingt-six ans, vous ĂȘtes convoquĂ© dans le bureau du doyen de la facultĂ©. Voyant que vous n'avez plus le cƓur Ă  l'ouvrage, il vous conseille de changer de voie et vous assure que vous finirez par trouver votre vocation. Tout le problĂšme est lĂ  : vous n'avez jamais ressenti d'appel pour quoi que ce soit. Pas de poussĂ©e violente dans une direction prĂ©cise, mais une succession de lĂ©gers mouvements dans une multitude de directions qui, Ă  prĂ©sent, vous semblent toutes hors de portĂ©e. Au clin d’Ɠil suivant, vous avez vingt-huit ans. Alors que tous les autres ont dĂ©jĂ  bien avancĂ© sur la route, vous en ĂȘtes encore Ă  chercher votre chemin. L'ironie de la situation ne vous aura pas Ă©chappĂ© : en voulant vivre, apprendre et vous trouver, vous vous ĂȘtes perdu.
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Victoria Schwab (The Invisible Life of Addie LaRue)
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Il y a un moment dans sa vie oĂč on a Ă  traverser des crises. Quelque chose vient Ă  vous et vous dit : “si tu continues dans cette direction tu vas te renier complĂštement. D’accord, cela semble plus sĂ»r, mais tu vas te renier.” On continue par devoir, par fidĂ©litĂ©, mais aussi par une secrĂšte lĂąchetĂ©, tout en sachant bien, au fond de soi, que l’on est en train de se renier. La question centrale consiste Ă  se demander non pas si je suis fidĂšle mais : Ă  quoi le suis-je ? Qu’est-ce qui nous semble le plus important ? Cette question provoque souvent une crise et chaque ĂȘtre humain dans sa vie y est un jour ou l’autre confrontĂ©.
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Fabrice Midal
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Le dĂ©veloppement des connaissances prĂ©historiques et archĂ©ologiques tend Ă  Ă©taler dans l'espace des formes de civilisation que nous Ă©tions portĂ©s Ă  imaginer comme Ă©chelonnĂ©es dans le temps. Cela signifie deux choses : d'abord que le "progrĂšs" (si ce terme convient encore pour dĂ©signer une rĂ©alitĂ© trĂšs diffĂ©rente de celle Ă  laquelle on l'avait d'abord appliquĂ©) n'est ni nĂ©cessaire, ni continue ; il procĂšde par sauts, par bonds, ou, comme diraient les biologistes, par mutations. Ces sauts et ces bonds ne consistent pas Ă  aller toujours plus loin dans la mĂȘme direction ; ils s'accompagnent de changements d'orientation, un peu Ă  la maniĂšre du cavalier des Ă©checs qui a toujours Ă  sa disposition plusieurs progressions mais jamais dans le mĂȘme sens. L'humanitĂ© en progrĂšs ne ressemble guĂšre Ă  un personnage gravissant un escalier, ajoutant par chacun de ses mouvements une marche nouvelle Ă  toutes celles dont la conquĂȘte lui est acquise ; elle Ă©voque plutĂŽt le joueur dont la chance est rĂ©partie sur plusieurs dĂ©s et qui, chaque fois qu'il les jette, les voit s'Ă©parpiller sur le tapis, amenant autant de comptes diffĂ©rents. Ce que l'on gagne sur un, on est toujours exposĂ© Ă  le perdre sur l'autre, et c'est seulement de temps Ă  autre que l'histoire est cumulative, c'est-Ă -dire que les comptes s'additionnent pour former une combinaison favorable. (p.29-30)
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Claude Lévi-Strauss (Race et histoire)
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Ces derniĂšres dĂ©cennies, le rĂ©fĂ©rendum a souvent Ă©tĂ© mis en avant comme un moyen efficace de rĂ©former la dĂ©mocratie. À une Ă©poque oĂč la sociĂ©tĂ© s’individualise et oĂč la sociĂ©tĂ© civile pĂšse moins lourd qu’autrefois, il a paru utile Ă  beaucoup d’observateurs de demander directement Ă  la population son avis sur des dossiers controversĂ©s. Les rĂ©fĂ©rendums sur la Constitution europĂ©enne aux Pays-Bas, en France et en Irlande ont quelque peu refroidi le zĂšle en faveur de ce mode de dĂ©cision. Pourtant, il bĂ©nĂ©ficie encore d’une grande popularitĂ©, comme en tĂ©moignent les rĂ©fĂ©rendums projetĂ©s sur l’autonomie de la Catalogne et de l’Écosse, et sur le retrait du Royaume-Uni de l’Union europĂ©enne. Les rĂ©fĂ©rendums et la dĂ©mocratie dĂ©libĂ©rative sont apparentĂ©s dans la mesure oĂč, dans un cas comme dans l’autre, le citoyen ordinaire est consultĂ©, mais les mĂ©canismes sont pour le reste totalement opposĂ©s : lors d’un rĂ©fĂ©rendum, on demande Ă  tout le monde de voter sur un sujet Ă  propos duquel, le plus souvent, peu de gens sont informĂ©s ; lors d’un projet dĂ©libĂ©ratif, on demande Ă  un Ă©chantillon reprĂ©sentatif de la population de dĂ©libĂ©rer sur un sujet Ă  propos duquel il obtient le plus d’informations possible. Lors d’un rĂ©fĂ©rendum, les gens rĂ©agissent encore trĂšs souvent avec leurs tripes ; lors d’une dĂ©libĂ©ration, c’est une opinion publique Ă©clairĂ©e qui s’exprime.
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David Van Reybrouck (Tegen verkiezingen)
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La terreur irrationnelle transforme en choses les hommes, "bacilles planĂ©taires" selon la formule de Hitler. Elle se propose la destruction, non seulement de la personne, mais des possibilitĂ©s universelles de la personne, la rĂ©flexion, la solidaritĂ©, l'appel vers l'amour absolu. La propagande, la torture, sont des moyens directs de dĂ©sintĂ©gration; plus encore la dĂ©chĂ©ance systĂ©matique, l'amalgame avec le criminel cynique, la complicitĂ© force. Celui qui tue ou torture ne connait q'une ombre a sa victoire: il ne peut pas se sentir innocent: Il lui faut donc crĂ©er la culpabilitĂ© chez la victime elle-mĂȘme pour que, dans un monde sans direction, la culpabilitĂ© gĂ©nĂ©rale ne lĂ©gitime plus que l'exercice de la force, ne consacre plus que le succĂšs. Quand l'idĂ©e d'innocence disparaĂźt chez l'innocent lui-mĂȘme, la valeur de puissance rĂšgne dĂ©finitivement sur un monde dĂ©sespĂ©rĂ©. C'est pourquoi une ignoble et cruelle pĂ©nitence rĂšgne sur ce monde oĂč seuls les pierres sont innocentes. Les condamnĂ©s sont obligĂ©s de se prendre les uns les autres. Le ci pur de la maternitĂ© est lui-mĂȘme tuĂ©, comme chez cette mĂšre grecque q'un officier força de choisir celui de ses trois fils qui serait fusillĂ©. C'est ainsi qu'on est enfin libre. La puissance de tuer et d'avilir sauve l’ñme servile du nĂ©ant. La libertĂ© allemande se chante alors, au son d'orchestre de bagnards, dans les camps de la mort.
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Albert Camus (The Rebel)
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MalgrĂ© leur nombre et un siĂšcle de recherches, l'Ă©criture libyque garde encore aujourd'hui une grande partie de ses secrets. En effet, ces inscriptions demeurent pour l'essentiel indĂ©chiffrĂ©s, mĂȘme si quelques-unes bilingues ont apportĂ© quelques lueurs. "Aussi, c'est sans surprise que l'on constate qu'il a pu rĂ©gner chez certains auteurs, un doute tenace quant Ă  la parentĂ© du libyque et du berbĂšre. ... C'est pourquoi L. Galand en arrivait Ă  se demander si ces inscriptions libyques (ou, du moins, un certain nombre d'entre elles) n'Ă©taient pas rĂ©digĂ©es dans une langue qui n'aurait pas de rapports directs avec le berbĂšre". Il faut espĂ©rer qu'un jour, les spĂ©cialistes en libyque pourront apporter une solution Ă  ce problĂšme.
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Ait Ali Yahia Samia (Les stĂšles Ă  inscriptions libyques de la Grande Kabylie)
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Nous entrerons demain dans la nuit. Que mon pays soit encore quand reviendra le jour ! Que faut-il faire pour le sauver ? Comment Ă©noncer une solution simple ? Les nĂ©cessitĂ©s sont contradictoires. Il importe de sauver l’hĂ©ritage spirituel, sans quoi la race sera privĂ©e de son gĂ©nie. Il importe de sauver la race, sans quoi l’hĂ©ritage sera perdu. Les logiciens, faute d’un langage qui concilierait les deux sauvetages, seront tentĂ©s de sacrifier ou l’ñme, ou le corps. Mais je me moque bien des logiciens. Je veux que mon pays soit – dans son esprit et dans sa chair – quand reviendra le jour. Pour agir selon le bien de mon pays il me faudra peser Ă  chaque instant dans cette direction, de tout mon amour. Il n’est point de passage que la mer ne trouve, si elle pĂšse.
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Antoine de Saint-Exupéry
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Dans un monde d'ultracommunication manipulĂ©e, oĂč les peuples sont gouvernĂ©s et orientĂ©s par les mensonges d'une poignĂ©e d'individus qui ne servent que leurs propres intĂ©rĂȘts, la paranoĂŻa ne serait-elle pas l'instrument de survie moderne ? Je rencontre bien gens sur le net. Beaucoup considĂšrent la race humaine comme un troupeau de moutons qui paĂźt sagement, chaque ĂȘtre faisant comme tous les autres sans se soucier de ce qui l'entoure ou de la direction dans laquelle ll va. Parmi celles et ceux qui parlent ainsi, certains sourient Ă  mes propos, je les appelle les "chiens de berger" car ils pensent avoir suffisamment de connaissances et d'intelligence pour manoeuvrer au-dessus du troupeau. Ils pensent ĂȘtre assez fins pour ne pas se faire manoeuvrer eux-mĂȘmes. L'intelligence n'a rien Ă  voir lĂ -dedans. C'est de la vigilance qu'il faut. Et cette touche de paranoĂŻa dĂ©sormais salvatrice.
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Maxime Chattam (Les Arcanes du chaos (Le Cycle de l'homme, #1))
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Quant Ă  la question de savoir si un tribunal saisi d'un litige relatif Ă  un contrat conclu entre un professionnel et un consommateur peut apprĂ©cier d'office le caractĂšre abusif d'une clause de ce contrat, il convient de rappeler que le systĂšme de protection mis en Ɠuvre par la directive europĂ©enne repose sur l'idĂ©e que le consommateur se trouve dans une situation d'infĂ©rioritĂ© Ă  l'Ă©gard du professionnel en ce qui concerne tant le pouvoir de nĂ©gociation que le niveau d'information. L'objectif poursuivi par la directive, qui impose aux États membres de prĂ©voir que des clauses abusives ne lient pas les consommateurs, ne pourrait ĂȘtre atteint si ces derniers se trouvaient dans l'obligation d'en soulever eux-mĂȘmes le caractĂšre abusif. Il s'ensuit qu'une protection efficace du consommateur ne peut ĂȘtre atteinte que si le juge national se voit reconnaĂźtre la facultĂ© d'apprĂ©cier d'office une telle clause.
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Emmanuel CarrĂšre (D'autres vies que la mienne)
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et anti-humains, que toute chose belle est essentiellement inutile ; mais il se proposait surtout pour objet la rĂ©futation de ce qu’il appelait spirituellement la grande hĂ©rĂ©sie poĂ©tique des temps modernes. Cette hĂ©rĂ©sie, c’est l’idĂ©e d’utilitĂ© directe. On voit qu’à un certain point de vue Edgar Poe donnait raison au mouvement romantique français. Il disait : « Notre esprit possĂšde des facultĂ©s Ă©lĂ©mentaires dont le but est diffĂ©rent. Les unes s’appliquent Ă  satisfaire la rationalitĂ©, les autres perçoivent les couleurs et les formes, les autres remplissent un but de construction. La logique, la peinture, la mĂ©canique sont les produits de ces facultĂ©s. Et, comme nous avons des nerfs pour aspirer les bonnes odeurs, des nerfs pour sentir les belles couleurs, et pour nous dĂ©lecter au contact des corps polis, nous avons une facultĂ© Ă©lĂ©mentaire pour percevoir le beau ; elle a son but Ă  elle et ses moyens Ă  elle. La poĂ©sie est le produit de cette faculté ; elle s’adresse au sens du beau et non Ă  un autre. C’est
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Charles Baudelaire (Oeuvres complĂštes et annexes)
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La Grande Terreur ne fut ni la premiĂšre vague d’arrestations en Union soviĂ©tique, ni la plus grande : les prĂ©cĂ©dents accĂšs de terreur avaient Ă©tĂ© largement dirigĂ©s contre les paysants et les minoritĂ©s ethniques, notamment ceux qui vivaient Ă  proximitĂ© de la frontiĂšre soviĂ©tique. Mais elle fut la premiĂšre Ă  viser la haute direction du Parti, et suscita un profond malaise chez les communistes, au pays comme Ă  l’étranger. Le moment venu, la Grande Terreur aurait pu conduire Ă  une vĂ©ritable dĂ©sillusion. Mais, par un effet du hasard, la Seconde Guerre mondiale sauva le stalinisme – et Staline. MalgrĂ© le chaos et les erreurs, malgrĂ© les morts en masse et l’immensitĂ© des destructions, la victoire conforta la lĂ©gitimitĂ© du sytĂšme et de son dirigeant, en « prouvant » la valeur. Au lendemain de la victoire, le culte quasi religieux de Staline atteignit de nouveaux sommets. La propagande soviĂ©tique dĂ©crivit le leader soviĂ©tique comme « l’incarnation de leur hĂ©roĂŻsme, de leur patriotisme et de leur dĂ©vouement Ă  la Patrie socialiste »
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Anne Applebaum (Iron Curtain: The Crushing of Eastern Europe 1944-1956)
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Les travaux d’Alexander Todorov sont loin d’ĂȘtre les seuls Ă  avoir mis en Ă©vidence une influence dĂ©terminante de l’apparence physique. D’autres Ă©tudes se sont, par exemple, concentrĂ©es directement sur l’impact qu’a la beautĂ© sur les relations sociales. LĂ  aussi, les rĂ©sultats sont frappants. De nombreuses expĂ©riences ont montrĂ© que les individus considĂ©rĂ©s comme « beaux » sont aussi perçus globalement comme plus sociaux, plus puissants et plus compĂ©tents. Ils reçoivent plus facilement de l’aide lorsqu’ils en ont besoin. S’ils sont confrontĂ©s Ă  la justice, ils ont tendance Ă  ĂȘtre moins facilement jugĂ©s coupables et, quand ils sont condamnĂ©s, Ă©copent d’une sentence moins sĂ©vĂšre. Enfin, pour ce qui nous intĂ©resse directement : une Ă©tude a montrĂ© que les personnes jugĂ©es belles emportent plus facilement la conviction de leurs interlocuteurs. Cet impact massif de la beautĂ© sur les interactions sociales est une application directe de l’effet de halo. Il a Ă©tĂ© synthĂ©tisĂ© en une formule cruelle, mais Ă©loquente : « Ce qui est beau nous paraĂźt bon10. »
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Clément Viktorovitch (Le Pouvoir rhétorique: Apprendre à convaincre et à décrypter les discours)
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Celles et ceux qui, aujourd'hui, voient des inconvĂ©nients Ă  vivre dans ce laboratoire se heurtent souvent Ă  l'incomprĂ©hension et Ă  la dĂ©sapprobation de leurs contemporains. On leur reproche de remettre en question une sociĂ©tĂ© technicienne dont ils sont par ailleurs dĂ©pendants et dont ils apprĂ©cient le confort - mĂȘme si cet argument perd de sa portĂ©e au fur et Ă  mesure que la crise Ă©cologique a des effets toujours plus directs et flagrants. Cette logique rappelle les tentatives pour faire taire les patients qui critiquent le systĂšme mĂ©dical, sous prĂ©texte que leur santĂ© et parfois leur vie en dĂ©pendent. Elle nous culpabilise et nous condamne Ă  la soumission, Ă  la rĂ©signation. Pouvons-nous ĂȘtre tenus pour responsables de la sociĂ©tĂ© dans laquelle nous avons vu le jour et par rapport Ă  laquelle notre marge de manƓuvre est inĂ©vitablement limitĂ©e ? En tirer argument pour nous interdire de la critiquer aboutit Ă  nous lier les mains face Ă  la catastrophe, Ă  dĂ©sarmer la pensĂ©e, et plus largement, Ă  Ă©touffer l'imagination, l'envie et la capacitĂ© de se rappeler que les choses ne sont pas condamnĂ©es Ă  ĂȘtre ce qu'elles sont. (p. 221)
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Mona Chollet (SorciÚres : La puissance invaincue des femmes)
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Bergson, on s'en souvient, voyait dans l'Ă©volution l'expression d'une force crĂ©atrice, absolue en ce sens qu'il ne la supposait pas tendue Ă  une autre fin que la crĂ©ation en elle-mĂȘme et pour elle-mĂȘme. En cela il diffĂšre radicalement des animistes (qu'il s'agisse d'Engels, de Teilhard ou des positivistes optimistes tels que Spencer) qui tous voient dans l'Ă©volution le majestueux dĂ©roulement d'un programme inscrit dans la trame mĂȘme de l'Univers. Pour eux, par consĂ©quent, l'Ă©volution n'est pas vĂ©ritablement crĂ©ation, mais uniquement 'rĂ©vĂ©lation' des intentions jusque-lĂ  inexprimĂ©es de la nature. D'oĂč la tendance Ă  voir dans le dĂ©veloppement embryonnaire une Ă©mergence de mĂȘme ordre que l'Ă©mergence Ă©volutive. Selon la thĂ©orie moderne, la notion de 'rĂ©vĂ©lation' s'applique au dĂ©veloppement Ă©pigĂ©nĂ©tique, mais non, bien entendu, Ă  l'Ă©mergence Ă©volutive qui, grĂące prĂ©cisĂ©ment au fait qu'elle prend sa source dans l'imprĂ©visible essentiel, est crĂ©atrice de nouveautĂ© absolue. Cette convergence apparente entre les voies de la mĂ©taphysique bergsonienne et celles de la science serait-elle encore l'effet d'une pure coĂŻncidence? Peut-ĂȘtre pas: Bergson, en artiste et poĂšte qu'il Ă©tait, trĂšs bien informĂ© par ailleurs des sciences naturelles de son temps, ne pouvait manquer d'ĂȘtre sensible Ă  l'Ă©blouissante richesse de la biosphĂšre, Ă  la variĂ©tĂ© prodigieuse des formes et des comportements qui s'y dĂ©ploient, et qui paraissent tĂ©moigner presque directement, en effet, d'une prodigalitĂ© crĂ©atrice inĂ©puisable, libre de toute contrainte. Mais lĂ  oĂč Bergson voyait la preuve la plus manifeste que le 'principe de la vie' est l'Ă©volution elle-mĂȘme, la biologie moderne reconnaĂźt, au contraire, que toutes les propriĂ©tĂ©s des ĂȘtres vivants reposent sur un mĂ©canisme fondamental de conservation molĂ©culaire. Pour la thĂ©orie moderne l'Ă©volution n'est nullement une propriĂ©tĂ© des ĂȘtres vivants puisqu'elle a sa racine dans les imperfections mĂȘmes du mĂ©canisme conservateur qui, lui, constitute bien leur unique privilĂšge. Il faut donc dire que la mĂȘme source de perturbations, de 'bruit', qui, dans un systĂšme non vivant, c'est-Ă -dire non rĂ©plicatif, abolirait peu Ă  peu toute structure, est Ă  l'origine de l'Ă©volution dans la biosphĂšre, et rend compte de sa totale libertĂ© crĂ©atrice, grĂące Ă  ce conservatoire du hasard, sourd au bruit autant qu'Ă  la musique: la structure rĂ©plicative de l'ADN.
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Jacques Monod (Chance and Necessity: An Essay on the Natural Philosophy of Modern Biology)
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Cette qualitĂ© de la joie n’est-elle pas le fruit le plus prĂ©cieux de la civilisation qui est nĂŽtre ? Une tyrannie totalitaire pourrait nous satisfaire, elle aussi, dans nos besoins matĂ©riels. Mais nous ne sommes pas un bĂ©tail Ă  l’engrais. La prospĂ©ritĂ© et le confort ne sauraient suffire Ă  nous combler. Pour nous qui fĂ»mes Ă©levĂ©s dans le culte du respect de l’homme, pĂšsent lourd les simples rencontres qui se changent parfois en fĂȘtes merveilleuses
 Respect de l’homme ! Respect de l’homme !
 LĂ  est la pierre de touche ! Quand le Naziste respecte exclusivement qui lui ressemble, il ne respecte rien que soi-mĂȘme ; il refuse les contradictions crĂ©atrices, ruine tout espoir d’ascension, et fonde pour mille ans, en place d’un homme, le robot d’une termitiĂšre. L’ordre pour l’ordre chĂątre l’homme de son pouvoir essentiel, qui est de transformer et le monde et soi-mĂȘme. La vie crĂ©e l’ordre, mais l’ordre ne crĂ©e pas la vie. Il nous semble, Ă  nous, bien au contraire, que notre ascension n’est pas achevĂ©e, que la vĂ©ritĂ© de demain se nourrit de l’erreur d’hier, et que les contradictions Ă  surmonter sont le terreau mĂȘme de notre croissance. Nous reconnaissons comme nĂŽtres ceux mĂȘmes qui diffĂšrent de nous. Mais quelle Ă©trange parenté ! elle se fonde sur l’avenir, non sur le passĂ©. Sur le but, non sur l’origine. Nous sommes l’un pour l’autre des pĂšlerins qui, le long de chemins divers, peinons vers le mĂȘme rendez-vous. Mais voici qu’aujourd’hui le respect de l’homme, condition de notre ascension, est en pĂ©ril. Les craquements du monde moderne nous ont engagĂ©s dans les tĂ©nĂšbres. Les problĂšmes sont incohĂ©rents, les solutions contradictoires. La vĂ©ritĂ© d’hier est morte, celle de demain est encore Ă  bĂątir. Aucune synthĂšse valable n’est entrevue, et chacun d’entre nous ne dĂ©tient qu’une parcelle de la vĂ©ritĂ©. Faute d’évidence qui les impose, les religions politiques font appel Ă  la violence. Et voici qu’à nous diviser sur les mĂ©thodes, nous risquons de ne plus reconnaĂźtre que nous nous hĂątons vers le mĂȘme but. Le voyageur qui franchit sa montagne dans la direction d’une Ă©toile, s’il se laisse trop absorber par ses problĂšmes d’escalade, risque d’oublier quelle Ă©toile le guide. S’il n’agit plus que pour agir, il n’ira nulle part. La chaisiĂšre de cathĂ©drale, Ă  se prĂ©occuper trop Ăąprement de la location de ses chaises, risque d’oublier qu’elle sert un dieu. Ainsi, Ă  m’enfermer dans quelque passion partisane, je risque d’oublier qu’une politique n’a de sens qu’à condition d’ĂȘtre au service d’une Ă©vidence spirituelle. Nous avons goĂ»tĂ©, aux heures de miracle, une certaine qualitĂ© des relations humaines : lĂ  est pour nous la vĂ©ritĂ©. Quelle que soit l’urgence de l’action, il nous est interdit d’oublier, faute de quoi cette action demeurera stĂ©rile, la vocation qui doit la commander. Nous voulons fonder le respect de l’homme. Pourquoi nous haĂŻrions-nous Ă  l’intĂ©rieur d’un mĂȘme camp ? Aucun d’entre nous ne dĂ©tient le monopole de la puretĂ© d’intention. Je puis combattre, au nom de ma route, telle route qu’un autre a choisie. Je puis critiquer les dĂ©marches de sa raison. Les dĂ©marches de la raison sont incertaines. Mais je dois respecter cet homme, sur le plan de l’Esprit, s’il peine vers la mĂȘme Ă©toile. Respect de l’Homme ! Respect de l’Homme !
 Si le respect de l’homme est fondĂ© dans le cƓur des hommes, les hommes finiront bien par fonder en retour le systĂšme social, politique ou Ă©conomique qui consacrera ce respect. Une civilisation se fonde d’abord dans la substance. Elle est d’abord, dans l’homme, dĂ©sir aveugle d’une certaine chaleur. L’homme ensuite, d’erreur en erreur, trouve le chemin qui conduit au feu.
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Antoine de Saint-Exupéry (Lettre à un otage)
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En arrivant Ă  Albany, nous nous rendĂźmes directement vers un grand bĂątiment moderne. Avec ses nombreuses vitres, son grand hall et ses standardistes, il ressemblait Ă  n'importe quel immeuble de bureaux et collait parfaitement avec l'amĂ©nagement urbain de ce quartier de la ville. J'imaginais que c'Ă©tait exactement l'effet escomptĂ© par les potioneuses qui mettaient un point d'honneur Ă  ne jamais se faire remarquer par les humains depuis la sombre Ă©poque des chasses aux sorciĂšres organisĂ©es par l’Église catholique en Europe. - Tu es certaine que c'est lĂ  ? - Tu t'attendait Ă  quoi ? A une vieille bĂątisse au fond d'un cimetiĂšre ? - Pourquoi un cimetiĂšre ? Les potioneuses ne communiquent pas avec les esprits que je sache ? Je levai les yeux au ciel. - C'est fou ce que tu peux ĂȘtre vieux jeu parfois, tu sais ? - J'ai le droit de trouver que ça manque d'originalitĂ©, tout de mĂȘme ? - Pas la peine d'Ă©piloguer lĂ -dessus, de toute façon je vais le cramer. Elle me jeta un regard surpris. - Quoi ? - Ben l'immeuble, je vais le cramer, rĂ©pondis-je. - Rebecca, c'est pas parce que je trouve qu'un Ă©difice a un style d'architecture un peu trop banal ou aseptisĂ© Ă  mon goĂ»t qu’il faut te sentir obligĂ©e de l'incendier... souligna-t-elle tandis que je sortais de la voiture en riant. Dix minutes plus tard, le grimoire Ă©tait en cendre, l'immeuble en flammes et le conseil des Huit entiĂšrement dĂ©cimĂ©.
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Cassandra O'Donnell (Potion macabre (Rebecca Kean, #3))
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On les appelle, en roumain « Cofetării », mot qui vient de « cofeturi », signifiant en vieux roumain bonbons, douceurs ; Ă  son tour le mot « cofeturi » vient de l’italien « confetto », soit directement soit par l’intermĂ©diaire du grec moderne. Dans le Tarif de 1727, dressĂ© par les Autrichiens pour la province d’OltĂ©nie, mais qui indique les marchandises importĂ©es par toute la Valachie, donc en premier lieu par Bucarest, nous apprenons que les douceurs Ă©taient de trois sortes : vĂ©nitiennes, allemandes et turques. Dans la liste des patentes bucarestoises de 1832, nous trouvons 15 « coferati » pĂątissiers ; il y en avait davantage en rĂ©alitĂ© et leur produits Ă©taient particuliĂšrement apprĂ©ciĂ©s. Leurs louanges sont chantĂ©s non seulement par l’auteur d’une description de Bucarest publiĂ© dans « l’Almanach d’Odessa » de 1840, mais aussi par le Français Fr. Jourdain dans « l’Illustration » Ă  l’occasion de la participation de la Roumanie Ă  l’Exposition Internationale de Paris. L’art roumain de la pĂątisserie et de la confiserie s’est enrichi sans cesse, en empruntant Ă  d’autres peuples divers produits et diverses maniĂšres de les prĂ©parer, souvent en les perfectionnant. Outre l’influence turque et grecque — plus ancienne — l’influence française dans ce domaine a Ă©tĂ© trĂšs grande au XIXe siĂšcle, ce qui a dĂ©terminĂ© toute une terminologie : « bomboane », « caramele », « sirop », « cremă», « nuga », « fondante » – mots qui n’ont pas besoin d’ĂȘtre traduits – il faut Ă©galement mentionner une certaine influence allemande et une autre, italienne, surtout en ce qui concerne les glaces et les sorbets.
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Constantin C. Giurescu
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Plus tard, un jeune professeur de philosophie, rompu Ă  l'analyse logique, fit, sans le vouloir peut-ĂȘtre, la thĂ©orie de cette pratique politique (*). Il la dĂ©voila avec la plus grande clartĂ©, prĂ©cisĂ©ment parce que, Ă©tant un pur logicien et de bonne foi, il Ă©tait aveugle aux leçons de l'histoire (2). Au lieu de mettre cette pratique au compte d'une Ă©poque, d'un pays, d'une structure social ou d'un homme, il la mit directement en relation avec les prĂ©ceptes de la religion. Il alla jusqu'Ă  faire l'apologie de la 'ubudiyya (servitude) islamique, opposĂ© au concept de muwatana (citoyennetĂ©) hellĂ©nique. Ce professeur ignorait sans doute que le procĂšs de la modernitĂ© et de la dĂ©mocratie Ă©tait courant au 19e siĂšcle, mĂȘme en Angleterre, patrie du libĂ©ralisme politique. Il n'avait qu'Ă  revenir Ă  l'autobiographie du cardinal Newman, qui retrace les Ă©tapes de sa conversion au catholicisme romain, pour retrouver l'essentiel de son argumentation. Ce qu'on peut lui reprocher, c'est qu'il se souciait peu des mobiles de sa pensĂ©e ; il s'attribuait une logique qui Ă©tait celle des faits, non celle des concepts qu'il s'acharnait Ă  redĂ©finir ; il ne voyait pas qu'elle soutenait une politique Ă©ducative, poursuivie par diffĂ©rents moyens depuis plus d'une gĂ©nĂ©ration. Qu'un philosophe se dĂ©cide, Ă  une certaine Ă©tape de sa carriĂšre, de s'affilier Ă  l'un des ordres les plus fermĂ©s Ă  l'influence du monde moderne, qu'il arrive par la seule force de ses dĂ©ductions - c'est du moins ce que je prĂ©sume, peut-ĂȘtre Ă  tort - Ă  justifier une totale dĂ©mission de l'esprit, Ă  refuser l'idĂ©e de citoyennetĂ©, Ă  accepter d'investir un homme, chef d'Etat ou dirigeant de confrĂ©rie, d'une pouvoir absolu, prouve Ă  quel point cette politique avait rĂ©ussi et combien l'individu est mallĂ©able. (*)crĂ©er, ou de recrĂ©er un type d'homme qui fut spontanĂ©ment en phase Ă  la fois avec son environement moderne et son hĂ©ritage politique et social." (2) (Hawla Tajdid Taqyim A-turath) chapitre XI, pp 133-134
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Űčۚۯ Ű§Ù„Ù„Ù‡ Ű§Ù„ŰčŰ±ÙˆÙŠ (Le Maroc et Hassan II : Un tĂ©moignage)
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Le monde d’aujourd’hui est un chaos d’opinions et d’aspirations dĂ©sordonnĂ©es : le soi-disant « monde libre » est un chaos fluide ; la partie totalitaire du monde moderne est un chaos rigide. Par opposition, le monde ancien constituait toujours un ordre, c’est-Ă -dire une hiĂ©rarchie de concepts, chacun au niveau qui lui est propre. Le chaos a Ă©tĂ© provoquĂ©, nous l’avons vu, par le « tĂ©lescopage » humaniste de la hiĂ©rarchie jusqu’au niveau psychique, et par l’intrusion, dans les considĂ©rations terrestres, d’aspirations vers l’autre monde, frustrĂ©es et perverties. L’homme, en raison de sa vĂ©ritable nature, ne peut pas ne pas adorer ; si sa perspective est coupĂ©e du plan spirituel, il trouvera un « dieu » Ă  adorer Ă  un niveau infĂ©rieur, dotant ainsi quelque chose de relatif ce qui seul appartient Ă  l’Absolu. D’oĂč l’existence aujourd’hui de tant de « mots tout-puissants » comme « libertĂ© », « Ă©galitĂ© », « instruction », « science », « civilisation », mots qu’il suffit de prononcer pour qu’une multitude d’ñmes se prosterne en une adoration infra-rationnelle. Les superstitions de la libertĂ© et de l’égalitĂ© ne sont pas seulement le rĂ©sultat mais aussi, en partie, la cause du dĂ©sordre gĂ©nĂ©ral, car chacune, Ă  sa maniĂšre, est une rĂ©volte contre la hiĂ©rarchie ; et elles sont d’autant plus pernicieuses qu’elles sont des perversions de deux des Ă©lans les plus Ă©levĂ©s de l’homme. Corruptio optimi pessima, la corruption du meilleur est la pire ; mais il suffit de rĂ©tablir l’ordre ancien, et les deux idoles en question s’évanouiront de ce monde (laissant ainsi la place aux aspirations terrestres lĂ©gitimes vers la libertĂ© et l’égalitĂ©) et, transformĂ©es, reprendront leur place au sommet mĂȘme de la hiĂ©rarchie. Le dĂ©sir de libertĂ© est avant tout dĂ©sir de Dieu, la LibertĂ© Absolue Ă©tant un aspect essentiel de la DivinitĂ©. Ainsi, dans l’Hindouisme, l’état spirituel suprĂȘme qui marque la fin de la voie mystique est dĂ©signĂ© par le terme de dĂ©livrance (moksha), car c’est un Ă©tat d’union (yoga) avec l’Absolu, l’Infini et l’Éternel, qui permet l’affranchissement des liens de la relativitĂ©. C’est Ă©videmment, avant tout, cet affranchissement auquel le Christ faisait rĂ©fĂ©rence lorsqu’il disait : « Recherchez la connaissance, car la connaissance vous rendra libre », Ă©tant donnĂ© que la connaissance directe, la Gnose, signifie l’union avec l’objet de la connaissance, c’est-Ă -dire avec Dieu. (pp. 59-60)
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Martin Lings (Ancient Beliefs and Modern Superstitions)
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moi je suis fĂąchĂ© contre notre cercle patriarcal parce qu’il y vient toujours un homme du type le plus insupportable. Vous tous, messieurs, le connaissez trĂšs bien. Son nom est LĂ©gion. C’est un homme qui a bon coeur, et n’a rien qu’un bon coeur. Comme si c’était une chose rare Ă  notre Ă©poque d’avoir bon coeur ; comme si, enfin, on avait besoin d’avoir bon coeur ; cet Ă©ternel bon coeur ! L’homme douĂ© d’une si belle qualitĂ© a l’air, dans la vie, tout Ă  fait sĂ»r que son bon coeur lui suffira pour ĂȘtre toujours content et heureux. Il est si sĂ»r du succĂšs qu’il nĂ©glige tout autre moyen en venant au monde. Par exemple, il ne connaĂźt ni mesure ni retenue. Tout, chez lui, est dĂ©bordant, Ă  coeur ouvert. Cet homme est enclin Ă  vous aimer soudain, Ă  se lier d’amitiĂ©, et il est convaincu qu’aussitĂŽt, rĂ©ciproquement, tous l’aimeront, par ce seul fait qu’il s’est mis Ă  aimer tout le monde. Son bon coeur n’a mĂȘme jamais pensĂ© que c’est peu d’aimer chaudement, qu’il faut possĂ©der l’art de se faire aimer, sans quoi tout est perdu, sans quoi la vie n’est pas la vie, ni pour son coeur aimant ni pour le malheureux que, naĂŻvement, il a choisi comme objet de son attachement profond. Si cet homme se procure un ami, aussitĂŽt celui-ci se transforme pour lui en un meuble d’usage, quelque chose comme un crachoir. Tout ce qu’il a dans le coeur, n’importe quelle saletĂ©, comme dit Gogol, tout s’envole de la langue et tombe dans le coeur de l’ami. L’ami est obligĂ© de tout Ă©couter et de compatir Ă  tout. Si ce monsieur est trompĂ© par sa maĂźtresse, ou s’il perd aux cartes, aussitĂŽt, comme un ours, il fond, sans y ĂȘtre invitĂ©, sur l’ñme de l’ami et y dĂ©verse tous ses soucis. Souvent il ne remarque mĂȘme pas que l’ami lui-mĂȘme a des chagrins par-dessus la tĂȘte : ou ses enfants sont morts, ou un malheur est arrivĂ© Ă  sa femme, ou il est excĂ©dĂ© par ce monsieur au coeur aimant. Enfin on lui fait dĂ©licatement sentir que le temps est splendide et qu’il faut en profiter pour une promenade solitaire. Si cet homme aime une femme, il l’offensera mille fois par son caractĂšre avant que son coeur aimant le remarque, avant de remarquer (si toutefois il en est capable) que cette femme s’étiole de son amour, qu’elle est dĂ©goĂ»tĂ©e d’ĂȘtre avec lui, qu’il empoisonne toute son existence. Oui, c’est seulement dans l’isolement, dans un coin, et surtout dans un groupe que se forme cette belle oeuvre de la nature, ce « spĂ©cimen de notre matiĂšre brute », comme disent les AmĂ©ricains, en qui il n’y a pas une goutte d’art, en qui tout est naturel. Un homme pareil oublie – il ne soupçonne mĂȘme pas –, dans son inconscience totale, que la vie est un art, que vivre c’est faire oeuvre d’art par soi-mĂȘme ; que ce n’est que dans le lien des intĂ©rĂȘts, dans la sympathie pour toute la sociĂ©tĂ© et ses exigences directes, et non dans l’indiffĂ©rence destructrice de la sociĂ©tĂ©, non dans l’isolement, que son capital, son trĂ©sor, son bon coeur, peut se transformer en un vrai diamant taillĂ©.
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Fyodor Dostoevsky
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ROMÉO. — Elle parle : oh, parle encore, ange brillant ! car lĂ  oĂč tu es, au-dessus de ma tĂȘte, tu me parais aussi splendide au sein de cette nuit que l’est un messager ailĂ© du ciel aux-regards Ă©tonnĂ©s des mortels ; lorsque rejetant leurs tĂȘtes en arriĂšre, on ne voit plus que le blanc de leurs yeux, tant leurs prunelles sont dirigĂ©es-en haut pour le contempler, pendant qu’il chevauche sur les nuages Ă  la marche indolente et navigue sur le sein de l’air. JULIETTE. — Ô RomĂ©o, RomĂ©o ! pourquoi es-tu RomĂ©o ? Renie ton pĂšre, ou rejette ton nom ; ou si tu ne veux pas, lie-toi seulement par serment Ă  mon amour, et je ne serai pas plus longtemps une Capulet. ROMÉO, Ă  part. — En entendrai-je davantage, ou rĂ©pondrai-je Ă  ce qu’elle rient de dire JULIETTE. — C’est ton nom seul qui est mon ennemi. AprĂšs tout tu es toi-mĂȘme, et non un Montaigu. Qu’est-ce qu’un Montaigu ? Ce n’est ni une main, ni un pied, ni un bras, ni un, visage, ni toute autre partie du corps appartenant Ă  un homme. Oh ! porte un autre nom ! Qu’y a-t-il dans un nom ? La fleur que nous nommons la rose, sentirait tout aussi bon sous un autre nom ; ainsi RomĂ©o, quand bien mĂȘme il ne serait pas appelĂ© RomĂ©o, n’en garderait pas moins la prĂ©cieuse perfection : qu’il possĂšde. Renonce Ă  ton nom RomĂ©o, et en place de ce nom qui ne fait pas partie de toi, prends-moi toute entiĂšre. ROMÉO. — Je te prends au mot : appelle-moi seulement : ton amour, et je serai rebaptisĂ©, et dĂ©sormais je ne voudrai plus ĂȘtre RomĂ©o. JULIETTE. — Qui es-tu, toi qui, protĂ©gĂ© par la nuit, viens ainsi surprendre les secrets de mon Ăąme ? ROMÉO. — Je ne sais de quel nom me servir pour te dire qui je suis : mon nom, chĂšre sainte, m’est odieux Ă  moi-mĂȘme, parce qu’il t’est ennemi ; s’il Ă©tait Ă©crit, je dĂ©chirerais le mot qu’il forme. JULIETTE. — Mes oreilles n’ont pas encore bu cent paroles de cette voix, et cependant j’en reconnais le son n’es-tu pas RomĂ©o, et un Montaigu ? ROMÉO. — Ni l’un, ni l’autre, belle vierge, si l’un ou l’autre te dĂ©plaĂźt. JULIETTE. — Comment es-tu venu ici, dis-le-moi, et pourquoi ? Les murs du jardin sont Ă©levĂ©s et difficiles Ă  escalader, et considĂ©rant qui tu es, cette place est mortelle pour toi, si quelqu’un de mes parents t’y trouve. ROMÉO. — J’ai franchi ces murailles avec les ailes lĂ©gĂšres de l’amour, car des limites de pierre ne peuvent arrĂȘter l’essor de l’amour ; et quelle chose l’amour peut-il oser qu’il ne puisse aussi exĂ©cuter ? tes parents ne me, sont donc pas un obstacle. JULIETTE. — S’ils te voient, ils t’assassineront. ROMÉO. — HĂ©las ! il y a plus de pĂ©rils, dans tes yeux que dans vingt de leurs Ă©pĂ©es : veuille seulement abaisser un doux regard sĂ»r moi, et je suis cuirassĂ© contre leur inimitiĂ©. JULIETTE. — Je ne voudrais pas, pour le monde entier, qu’ils te vissent ici. ROMÉO. — J’ai le manteau de la nuit pour me dĂ©rober Ă  leur vue et d’ailleurs, Ă  moins que tu ne m’aimes, ils peuvent me trouver, s’ils veulent : mieux vaudrait que leur haine mĂźt fin Ă  ma vie, que si ma mort Ă©tait retardĂ©e, sans que j’eusse ton amour ; JULIETTE. — Quel est celui qui t’a enseignĂ© la direction de cette place ? ROMÉO. — C’est l’Amour, qui m’a excitĂ© Ă  la dĂ©couvrir ; il m’a prĂȘtĂ© ses conseils, et je lui ai prĂȘtĂ© mes yeux. Je ne suis pas pilote ; cependant fusses-tu aussi Ă©loignĂ©e que le vaste rivage baignĂ© par la plus lointaine nier, je m’aventurerais pour une marchandise telle que toi.
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William Shakespeare (Romeo and Juliet)
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L'« amitiĂ© » de nos amis est du paternalisme : une bienveillance qui comporte nĂ©cessairement une bonne dose de mĂ©pris, mieux, une bienveillance qui ne s'explique que par le mĂ©pris. Ils se mĂȘlent de nos affaires parce qu'ils nous estiment incapables de nous en occuper. Mais « ce n'est pas tout » : la vĂ©ritĂ© - une autre vĂ©ritĂ© - c'est qu'ils ne peuvent se rĂ©signer, eux qui sont les premiers partout, Ă  ne plus l'ĂȘtre aussi lĂ  ; or, lĂ , ils ne peuvent manifestement pas l'ĂȘtre. Leur bienveillance n'est qu'une tentative de garder une place, de n'ĂȘtre pas exclus. Il existe une raison objective et majeure Ă  leur tentative de contrĂŽler la direction des mouvements : la peur qu'ils ne se dirigent contre eux ; mais de surcroĂźt une tendance imprimĂ©e en eux dĂšs leur naissance, et devenue une seconde nature, est plus forte qu'eux : il faut que cette place soit leur place, et leur place c'est devant. (p. 154)
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Christine Delphy (L'ennemi principal (Tome 1) : économie politique du patriarcat)
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George Orwell est au front, engagé dans les troupes du POUM [...], combattant, parmi les Espagnols, l'armée franquiste. L'engagement d'Orwell est d'abord le fruit d'expériences directes, personnelles, des conditions de vie des plus démunis, des combats meurtriers cristallisant l'antagonisme entre une idéologie libérale, progressiste et une idéologie fasciste, totalitaire. Son engagement n'est donc pas doctrinaire, il est plus empirique, tiré des leçons de l'expérience. [...] il évoque l'origine de son engagement socialiste : ' Je me suis rallié au socialisme plus par dégoût de l'oppression, du délaissement qui était le lot des franges les plus pauvres des ouvriers de l'industrie, que par administration théorique pour une société planifiée.
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Mériam Korichi (Animal Farm)
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L'industrie du transport façonne son produit : l'usage. ChassĂ© du monde oĂč les personnes sont douĂ©es d'autonomie, il a aussi perdu l'impression de se trouver au centre du monde. Il a conscience de manque de plus en plus de temps, bien qu'il utilise chaque jour la voiture, le train, l'autobus, le mĂ©tro et l'ascenseur, le tout pour franchir en moyenne trente kilomĂštres, souvent dans un rayon de moins de dix kilomĂštres. Le sol se dĂ©robe sous ses pieds, il est clouĂ© Ă  la roue. Qu'il prenne le mĂ©tro ou l'avion, il a toujours le sentiment d'avancer moins vite ou moins bien que les autres et il est jaloux des raccourcis qu'empruntent les privilĂ©giĂ©s pour Ă©chapper Ă  l'exaspĂ©ration créée par la circulation. EnchaĂźnĂ© Ă  l'horaire de son train de banlieue, il rĂȘve d'avoir une auto. ÉpuisĂ© par les embouteillages aux heures de pointe, il envie le riche qui se dĂ©place Ă  contre-sens. Il paie sa voiture de sa poche, mais il sait trop bien que le PDG utilise les voitures de l'entreprise, fait passer son essence dans les frais gĂ©nĂ©raux ou se fait louer une voiture sans bourse dĂ©lier. L'usager se trouve tout au bas de l'Ă©chelle oĂč sans cesse augmentent l'inĂ©galitĂ©, le manque de temps et sa propre impuissance, mais pour y mettre fin il s'accroche Ă  l'espoir fou d'obtenir plus de la mĂȘme chose : une circulation amĂ©liorĂ©e par des transports plus rapides. Il rĂ©clame des amĂ©liorations techniques des vĂ©hicules, des voies de circulation et des horaires ; ou bien il appelle de ses vƓux une rĂ©volution qui organise des transports publics rapides en nationalisant les moyens de transport. Jamais il ne calcule le prix qu'il lui en coĂ»tera pour ĂȘtre ainsi vĂ©hiculĂ© dans un avenir meilleur. Il oublie que de toute accĂ©lĂ©ration supplĂ©mentaire il payera lui-mĂȘme la facture, sous forme d'impĂŽts directs ou de taxes multiples. Il ne mesure pas le coĂ»t indirect du remplacement des voitures privĂ©es par des transports publics aussi rapides. Il est incapable d'imaginer les avantages apportĂ©s par l'abandon de l'automobile et le recours Ă  la force musculaire de chacun.
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Ivan Illich (Energy and Equity)
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Ainsi donc, en mĂȘme temps que la loi permet au peuple amĂ©ricain de tout faire, la religion l'empĂȘche de tout concevoir et lui dĂ©fend de tout oser. La religion, qui, chez les AmĂ©ricains, ne se mĂȘle jamais directement au gouvernement de la sociĂ©tĂ©, doit donc ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme la premiĂšre de leurs institutions politiques; car si elle ne leur donne pas le goĂ»t de la libertĂ©, elle leur en facilite singuliĂšrement l'usage.
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Alexis de Tocqueville (De La DĂ©mocratie En AmĂ©rique (INCLUANT TOUS LES TOMES, ANNOTÉ D’UNE BIOGRAPHIE))
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L'histoire, la grande histoire, n'est jamais ce qu'en pensent ceux qui la subissent, aveuglĂ©s Ă  dessein comme ils se trouvent par ses meneurs occultes. Le secret agissant de la grande histoire il faut le chercher dans les raisons vivantes de ceux qui la font et la dĂ©font, dans le silence et dans les tĂ©nĂšbres du dessous des cartes, loin du regard et hors de l'attention des masses, et ceux-lĂ  savent que l'histoire avance ou recule, qu'elle s'illumine et s'obscurcit, chaque fois, suivant le travail intĂ©rieur d'une volontĂ© qui, elle, se maintient au-delĂ  du cours de l'histoire, une volontĂ© transhistorique". Il s'agit lĂ  d'une perspective non conventionnelle de la marche de l'histoire, ce que Julius Evola appelait la "quatriĂšme dimension" de l'histoire. Et, dans le mĂȘme article, je poursuivais : "C'est sous le jour de cette conception intĂ©riorisante de l'histoire qu'il faudra savoir - savoir d'avance, tout est la -qui, en Union SoviĂ©tique, finira par l'emporter, Ă  l'heure voulue, sur l'autre camp, implacablement, pour s'engager aussitĂŽt Ă  changer - dans un sens ou dans l'autre - la direction et jusqu'Ă  la face mĂȘme de l'histoire du monde. Aujourd'hui comme hier, tel est le but unique : changer la face du monde.
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Jean Parvulesco
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Tout en acceptant ces descriptions, il faut rĂ©cuser l’idĂ©e, qu’elles risquent de suggĂ©rer, d’une dĂ©termination directe par les conditions Ă©conomiques et politiques : c’est Ă  partir de la position bien particuliĂšre qu’ils occupent dans le microcosme littĂ©raire que les Flaubert, Baudelaire, Renan, Leconte de Lisle ou Goncourt apprĂ©hendent une conjoncture politique qui, saisie Ă  travers les catĂ©gories de perception inhĂ©rentes Ă  leurs dispositions, licite et sollicite leur inclination Ă  l’indĂ©pendance (que d’autres conditions historiques auraient pu rĂ©primer ou neutraliser, par exemple en renforçant, comme Ă  la veille et au lendemain de 1848, les positions dominĂ©es dans le champ littĂ©raire et dans le champ social).
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Pierre Bourdieu (Les RÚgles de l'art. GenÚse et structure du champ littéraire (LIBRE EXAMEN) (French Edition))
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Sa place Ă©tait derriĂšre son pupitre. Il avait dĂ©nichĂ© ce dernier Ă  la cave au cours d’une de ses premiĂšres journĂ©es Ă  la direction de l’OpĂ©ra de Vienne, au magasin des accessoires, entre une colonne romaine en papier mĂąchĂ© et un tas de coupons de tissus Ă  moitiĂ© mitĂ©s. C’était un vieux chĂąssis de bois bancal, rongĂ© de vers, avec une planche sommairement clouĂ©e en guise de plateau, mais c’est prĂ©cisĂ©ment cette fonctionnalitĂ© prosaĂŻque qui lui avait plu, il l’avait dĂ©poussiĂ©rĂ© de ses mains avec un chiffon de laine et montĂ© dans la fosse d’orchestre, oĂč ce mĂȘme pupitre lui avait rendu de modestes mais loyaux services pendant toute la durĂ©e de son mandat. Lorsqu’il avait dĂ©missionnĂ© de son poste de directeur, dix ans plus tard, il avait la ferme conviction que c’était justement ce pupitre qui lui avait permis de supporter sans dommages majeurs les avanies viennoises, aussi le fit-il – en dĂ©pit de la rĂ©sistance acharnĂ©e d’Alma, qui l’abhorrait pour des « raisons d’esthĂ©tique » et suggĂ©rait immanquablement chaque hiver d’en faire du petit bois – expĂ©dier Ă  New York. DĂšs qu’il prenait place derriĂšre son pupitre, il ressentait une assurance et un sentiment de sĂ©curitĂ© qu’il n’éprouvait nulle part ailleurs. Le pupitre l’avait vu mĂ»rir, il avait Ă©tĂ© le compagnon de son Ă©volution de chef d’orchestre.
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Robert Seethaler (Der letzte Satz)
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Passer Ă  la violence' -celle de l'action directe et de la revendication sans compromission- est ainsi liĂ© au constat que la revendication d'une Ă©galitĂ© civile et civique ne peut ĂȘtre adressĂ©e pacifiquement Ă  l'Ă©tat puisque ce dernier est le principal instigateur des inĂ©galitĂ©s, qu'il est vain de lui demander justice car il est prĂ©cisĂ©ment l'instance premiĂšre qui institutionnalise l'injustice sociale, qu'il est donc illusoire de se mettre sous sa protection puisqu'il produit ou soutient les mĂȘmes dispositifs qui vulnĂ©rabilisent , qu'il est mĂȘme insensĂ© de s'en remettre Ă  lui pour nous dĂ©fendre puisqu'il est prĂ©cisĂ©ment celui qui arme ceux qui nous frappent
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Elsa Dorlin (Se défendre, une philosophie de la violence)
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— Nous avons dĂ©jĂ  causĂ© beaucoup plus de dĂ©gĂąts avec moins d’hommes, fit-il avec une Ɠillade en direction de son ami.
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Barbara Kloss (A Symphony of Stars (The Gods of Men, #3))
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Les premiers consommateurs payent pour les autres; en d’autres mots, ils subventionnent les prochains utilisateurs. Donc, merci Ă  toi qui fais la file Ă  minuit pour acheter la nouvelle version du gadget, car tu me permets implicitement d’acheter Ă  mon tour l’équivalent de ton produit dans quelque temps, mais Ă  une fraction du prix. La prochaine fois, pourquoi ne pas envoyer un don directement Ă  la classe moyenne et attendre quelques mois?
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Pierre-Yves McSween (En as-tu vraiment besoin ?)
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Maintenez votre entourage dans l’incertitude et le flou en ne rĂ©vĂ©lant jamais le but qui se cache derriĂšre vos actions. S’ils n’ont aucune idĂ©e de ce que vous prĂ©voyez, ils ne pourront pas prĂ©parer de dĂ©fense. Guidez-les assez loin dans une autre direction, enveloppez-les d’un Ă©cran de fumĂ©e et quand ils perceront Ă  jour vos desseins, il sera trop tard.
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Robert Greene (Power, les 48 lois du pouvoir : l'édition condensée (French Edition))
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Ce que les amĂ©ricains ont fait pour le mont Washington, les Suisses se sont hĂątĂ©s de l'imiter pour le Rigi, au centre de ce panorama si grandiose de leurs lacs et de leurs montagnes. Ils l'ont fait aussi pour l'Utli ; ils le feront pour d'autres monts encore, ils en ramĂšneront pour ainsi dire les cimes au niveau de la plaine. La locomotive passera de vallĂ©e en vallĂ©e par-dessus les sommets, comme passe un navire en montant et en descendant comme sur les vagues de la mer. Quant aux monts tels que les hautes cimes des Andes et de l'Himalaya, trop Ă©levĂ©es dans la rĂ©gion du froid pour que l'homme puisse y monter directement, le jour viendra oĂč il saura pourtant les atteindre.
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ÉlisĂ©e Reclus (Histoire d'une montagne)
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Lorsqu’on observe des transcriptions de classe pendant les temps collectifs, quel que soit le niveau de classe, on constate que 75 % du temps environ est occupĂ© par la parole de l’enseignant. La plupart des productions orales des Ă©lĂšves sont prises en sandwich entre une question (« Qui
 ? », « Pourquoi ? ») et une Ă©valuation (« Pas tout Ă  fait
 », « Le Nil est le plus long oui trĂšs bien
 »). Les interventions de l’enseignant sont des consignes, des directives comportementales, des informations complĂ©mentaires, et s’adressent tantĂŽt Ă  l’ensemble de la classe, tantĂŽt Ă  un Ă©lĂšve ou plusieurs Ă©lĂšves dĂ©signĂ©s. Si 75 % du temps est occupĂ© par la parole de l’enseignant, cela conduit mathĂ©matiquement Ă  un partage des 25 % de l’espace de production orale restant entre Ă©lĂšves. S’ils sont 25, et tous gentils et polis, ils auront 1 % chacun
 L’expression « cours dialoguĂ© » est une erreur. Un dialogue se dĂ©roule Ă  deux, si on parle de cours dialoguĂ©, alors on considĂšre l’ensemble des Ă©lĂšves comme un seul homme. Or les Ă©lĂšves forment un groupe classe Ă  gĂ©omĂ©trie variable : de petits groupes de travail, des groupes d’affinitĂ©s, des groupes de niveau, des individualitĂ©s juxtaposĂ©es. Le flot de paroles et la situation d’interlocution Ă  plus de 25 obligent les Ă©lĂšves Ă  s’adapter au fil continu de la dĂ©finition des rĂŽles interlocutifs dans la classe. En effet, c’est quasi Ă  chaque tour de parole que l’enseignant dĂ©finit ceux qui seront simples tĂ©moins d’un Ă©change, et ceux qui seront directement concernĂ©s par une requĂȘte. (p. 20)
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Nathalie Francols (Profs et élÚves, apprendre ensemble - Situations quotidiennes à comprendre et à dénouer)
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Mais, dans leur lutte contre l’AcadĂ©mie, les peintres (et en particulier les « refusĂ©s ») pouvaient s’appuyer sur tout le travail d’invention collectif (commencĂ© avec le romantisme) de la figure hĂ©roĂŻque de l’artiste en lutte, rebelle dont l’originalitĂ© se mesure Ă  l’incomprĂ©hension dont il est victime ou au scandale qu’il suscite. Mais ils ont aussi reçu le soutien direct des Ă©crivains, depuis longtemps affranchis de l’autoritĂ© acadĂ©mique qui, dĂšs le XVIIe siĂšcle, leur avait assurĂ© une identitĂ© reconnue mais en leur assignant une fonction limitĂ©e, et, en tout cas, dĂ©finie du dehors. Les Ă©crivains ont renvoyĂ© aux peintres une image exaltĂ©e de la rupture hĂ©roĂŻque qu’ils Ă©taient en train d’accomplir et, surtout, ils ont portĂ© Ă  l’ordre du discours les dĂ©couvertes que les peintres Ă©taient en train de faire en pratique, en matiĂšre d’art de vivre notamment.
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Pierre Bourdieu (Les RÚgles de l'art. GenÚse et structure du champ littéraire (LIBRE EXAMEN) (French Edition))
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(...) une femme marche directement dans la peinture et glisse. Elle roule sur elle-mĂȘme. Tout son corps se couvre de bleu. Elle est lĂ , sur le sol, confuse. (...) "Heureusement que le trottoir n'est pas la PropriĂ©tĂ© du SupermarchĂ© Bio", dit ma Team Leader avant de s'Ă©loigner.
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L.A. Warman (Whore Foods)
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Joe Biden et Kamala Harris ont rĂ©pĂ©tĂ© Ă  qui voulait l’entendre que l’équitĂ© raciale Ă©tait au cƓur de l’action de leur administration. Plaçant l’équitĂ© en opposition directe Ă  l’égalitĂ©, Kamala Harris a ainsi proclamé : « Je suis fiĂšre de me tenir aux cĂŽtĂ©s du prĂ©sident Joe Biden pour faire de l’équitĂ© l’une des pierres angulaires de la vision de cette administration31. » Il n’est donc guĂšre surprenant que Biden, dĂšs son premier jour Ă  la prĂ©sidence, ait signĂ© un dĂ©cret qui oblige « le gouvernement fĂ©dĂ©ral Ă  s’engager dans une approche globale en vue de la promotion de l’équité » par l’adoption d’un « programme ambitieux d’équitĂ© impliquant tout le gouvernement »32. Afin de promouvoir l’équitĂ©, les DĂ©mocrates promettent d’élaborer des politiques « conscientes de la race » et « sensibles Ă  la race »33. En pratique, ce que signifie ĂȘtre « consciente de la race » pour une mesure est trĂšs variable. Parfois, cela consiste simplement Ă  s’assurer qu’elle n’aura pas d’effet discriminant, comme une loi qui obligerait les motocyclistes Ă  porter des casques et n’inclurait aucune exception pour les sikhs, tenus de porter leur turban pour raisons religieuses34. Mais, de plus en plus, ces mesures varient en fonction de la couleur de peau (ou de la composition ethnique de son lieu de rĂ©sidence)35 du citoyen auquel elles s’appliquent.
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Yascha Mounk (Le piÚge de l'identité: Comment une idée progressiste est devenue une idéologie mortifÚre)
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Le style pour l'écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients, de la différence qualitative qu'il y a dans la façon dont nous apparaßt le monde, différence qui, s'il n'y avait pas l'art, resterait le secret éternel de chacun.
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Marcel Proust (A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - Édition intĂ©grale en 2 volumes - VOLUME I: Du cĂŽtĂ© de chez Swann - À l'ombre des jeunes filles en fleurs - Le cĂŽtĂ© de guermantes)
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Disent cela, je dĂ©signe dĂ©jĂ  une des directions de cet essai : la constance d’une rĂ©fĂ©rence aux MĂ©moire diverses de la ville, mĂ©moires oubliĂ©es ou rejetĂ©es, brisĂ©es ou confuse qui sont le milieu naturel de l’urbanitĂ© et comme son aire de comprĂ©hension, un Ă©ther qui l’enveloppe.
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Anne Cauquelin (Essai de philosophie urbaine)
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Nous pensons que la lutte organisĂ©e et consciente entreprise par un peuple colonisĂ© pour rĂ©tablir la souverainetĂ© de la nation constitue la manifestation la plus pleinement culturelle qui soit. Ce n'est pas uniquement le succĂšs de la lutte qui donne par la suite validitĂ© et vigueur Ă  la culture, il n'y a pas de mise en hibernation de la culture pendant le combat. La lutte elle-mĂȘme, dans son dĂ©roulement, dans son processus interne dĂ©velppe les diffĂ©rentes directions de la culture et en esquisse de nouvelles. La lutte de libĂ©ration ne restitue pas Ă  la culture nationale sa valeur et ses contours anciens. Cette lutte qui vise Ă  la une redistribution fondamentale des rapports entre les hommes ne peut laisser intacts ni les formes ni les contenus culturels de ce peuple. AprĂšs la lutte il n'y a pas seulement disparition du colonialisme mais aussi disparition du colonisĂ©.
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Frantz Fanon (Ecrits contre le colonialisme (Coffret en 2 volumes : Les damnés de la terre ; Pour la révolution africaine))
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Autant que la littĂ©rature, la musique peut dĂ©terminer un bouleversement, un renversement Ă©motif, une tristesse ou une extase absolues ; autant que la littĂ©rature, la peinture peut gĂ©nĂ©rer un Ă©merveillement, un regard neuf portĂ© sur le monde. Mais seule la littĂ©rature peut vous donner cette sensation de contact avec un autre esprit humain, avec l'intĂ©gralitĂ© de cet esprit, ses faiblesses et ses grandeurs, ses limitations, ses petitesses, ses idĂ©es fixes, ses croyances ; avec tout ce qui l'Ă©meut, l'intĂ©resse, l'excite ou lui rĂ©pugne. Seule la littĂ©rature peut vous permettre d'entrer en contact avec l'esprit d'un mort, de maniĂšre plus directe, plus complĂšte et plus profonde que ne le ferait mĂȘme la conversation avec un ami – aussi profonde, aussi durable que soit une amitiĂ©, jamais on ne se livre, dans une conversation, aussi complĂštement qu'on ne le fait devant une feuille vide, s'adressant Ă  un destinataire inconnu. Alors bien entendu, lorsqu'il est question de littĂ©rature, la beautĂ© du style, la musicalitĂ© des phrases ont leur importance ; la profondeur de la rĂ©flexion de l'auteur, l'originalitĂ© de ses pensĂ©es ne sont pas Ă  dĂ©daigner ; mais un auteur c'est avant tout un ĂȘtre humain, prĂ©sent dans ses livres, qu'il Ă©crive trĂšs bien ou trĂšs mal en dĂ©finitive importe peu, l'essentiel est qu'il Ă©crive et qu'il soit, effectivement, prĂ©sent dans ses livres (il
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Michel Houellebecq (Soumission)
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La police nationale a justement inauguré, lundi 19  janvier, une sous-direction à la lutte contre la cybercriminalité (SDLC), avec 75  personnes.
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Anonymous
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On connaĂźt la considĂ©rable contribution de la psychanalyse Ă  cette bĂȘtise modernisĂ©e. Le seul effet de la cure psychanalytique Ă©tait dĂ©jĂ  de transformer le patient en analyste, capable de gloser indĂ©finiment sur ses malheurs. Et la psychanalyse peut bien dĂ©cliner en tant que petit commerce,elle s'est pleinement rĂ©alisĂ©e dans la fausse conscience de ce temps: le commentaire perpĂ©tuel et « l'analyse interminable» sont pris en charge par tout un chacun, dans l'impuissance gĂ©nĂ©rale Ă  intervenir sur sa vie, Ă  trancher. A ceux qui ne trouvent pas eux mĂȘmes leurs raisons dans ce qu'ils vivent directement, il faut toujours plus d'idĂ©es pour ne pas vivre: ils perfectionnent sans cesse leur ignorance au prĂšs des experts, c'est-Ă -dire de ceux qu'ils croient tels. L'existence n'est plus alors qu'une longue suite de« stages de formation» au cours desquels on accumule des connaissances, on thĂ©saurise des capacitĂ©s, pour la jouissance d'une vie imaginaire. L'EncyclopĂ©die des Nuisances, N°7.
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Encyclopedie des Nuisances
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Question d’une influence directe du mazdĂ©isme sur le judaĂŻsme naissant est plus difficile Ă  rĂ©soudre. On constate, par exemple, dans de nombreux psaumes de l’époque perse ainsi que dans d’autres textes, que Yhwh est prĂ©sentĂ© comme trĂŽnant au milieu de l’assemblĂ©e cĂ©leste et dĂ©passant tous les autres dieux, qui sont de fait dĂ©gradĂ©s en « anges » ou en « saints
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Thomas Römer (The Invention of God)
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La Russie et l’Europe (publiĂ© en volume sĂ©parĂ© en 1871), Danilevski propose une union de tous les Slaves sous la direction de la Russie. Ce projet est d’abord motivĂ©, d’aprĂšs lui, par l’impossibilitĂ© pour son pays de faire partie de l’Europe. La Russie est d’aprĂšs lui trop originale, trop diffĂ©rente, pour s’allier Ă  l’Occident. Un premier facteur l’en empĂȘche, sa taille : “On ne peut nier que la Russie soit trop Ă©norme et trop puissante pour ĂȘtre seulement l’une des grandes puissances europĂ©ennes
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Michel Eltchaninoff (Dans la tĂȘte de Vladimir Poutine)
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Et au loin, comme Frodon passait l'Anneau Ă  son doigt et le revendiquait pour sien, mĂȘme dans les Sammath Naur, coeur mĂȘme du royaume, la Puissance de Barad-dĂ»r fut Ă©branlĂ©e et la Tour trembla de ses fondations Ă  son fier et ultime couronnement. Le Seigneur TĂ©nĂ©breux fut soudain averti de sa prĂ©sence, et son oeil, perçant toutes les ombres, regarda par-dessus la plaine la porte qu'il avait faite, l'ampleur de sa propre folie lui fut rĂ©vĂ©lĂ©e en un Ă©clair aveuglant et tous les stratagĂšmes de ses ennemis lui apparurent enfin Ă  nu. Sa colĂšre s'embrasa en un feu dĂ©vorant, mais sa peur s'Ă©leva comme une vaste fumĂ©e noire pour l'Ă©touffer. Car il connaissait le pĂ©ril mortel oĂč il Ă©tait et le fil auquel son destin Ă©tait maintenant suspendu. Son esprit se libĂ©ra de toute sa politique et de ses trames de peur et de perfidie, de tous ses stratagĂšmes et de ses guerres, un frĂ©missement parcourut tout son royaume, ses esclaves flĂ©chirent, ses armĂ©es s'arrĂȘtĂšrent, et ses capitaines, soudain sans direction, hĂ©sitĂšrent et dĂ©sespĂ©rĂšrent. Car ils Ă©taient oubliĂ©s. Toute la pensĂ©e et toutes les fins de la Puissance qui les conduisait Ă©taient Ă  prĂ©sent tournĂ©es avec une force irrĂ©sistible vers la Montagne. A son appel, vibrant avec un cri dĂ©chirant, volĂšrent en une derniĂšre course dĂ©sespĂ©rĂ©e les NazgĂ»l, les Chevaliers Servants de l'Anneau, qui, en un ouragan d'ailes, s'Ă©lançaient en direction du Sud, vers la Montagne du Destin.
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J.R.R. Tolkien
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C’est ainsi que, par exemple, l’idĂ©e de l’Infini, qui est en rĂ©alitĂ© la plus positive de toutes, puisque l’Infini ne peut ĂȘtre que le tout absolu, ce qui, n’étant limitĂ© par rien, ne laisse rien en dehors de soi, cette idĂ©e disons-nous, ne peut s’exprimer que par un terme de forme nĂ©gative, parce que, dans le langage, toute affirmation directe est forcĂ©ment l’affirmation de quelque chose, c’est-Ă -dire une affirmation particuliĂšre et dĂ©terminĂ©e ; mais la nĂ©gation d’une dĂ©termination ou d’une limitation est proprement la nĂ©gation d’une nĂ©gation, donc une affirmation rĂ©elle, de sorte que la nĂ©gation de toute dĂ©termination Ă©quivaut au fond Ă  l’affirmation absolue et totale.
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René Guénon (Introduction to the Study of the Hindu Doctrines)
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L'autre fait notable, c'est qu'un mĂ©diatique a dĂ©sormais le droit de plaisanter avec son outil professionnel, en certains cas. Un gĂ©nĂ©ral, par exemple, n'avait pas le droit de plaisanter Ă  la tĂȘte de ses troupes, ou un juge en prononçant ses sentences, et je ne sais mĂȘme pas s'il est encore tout Ă  fait permis au respon-sable d'une centrale oĂč l'on produit l'Ă©nergie nuclĂ©aire de plaisanter, au sens propre du mot, Ă  l'instant oĂč il fait connaĂźtre ses directives. Mais il est littĂ©ralement hors de doute qu'un mĂ©diatique ne peut ĂȘtre privĂ© de ce droit. C'est un salariĂ© remarquablement spĂ©cial, qui ne reçoit d'ordre de personne, et qui sait tout sur tous les sujets dont il veut parler. Il porte donc, suivant sa dĂ©ontologie, qu'il ne saurait trahir sans hideuse concussion, littĂ©ralement toute la conscience de l'Ă©poque. S'il n'avait pas le droit de plaisanter, oĂč serait donc la libertĂ© de la presse et, partant, la dĂ©mocratie elle-mĂȘme?
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Guy Debord (Cette mauvaise réputation...)
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Pour votre question concernant la vie du ProphĂšte, la conception la plus orthodoxe est que l’impeccabilitĂ© appartient rĂ©ellement Ă  tous les prophĂštes, de sorte que, si mĂȘme il se trouve dans leurs actions quelque chose qui peut sembler choquant, cela mĂȘme doit s’expliquer par des raisons qui dĂ©passent le point de vue de l’humanitĂ© ordinaire (Ă  un degrĂ© moindre, cela s’applique aussi aux actions de tous ceux qui ont atteint un certain degrĂ© d’initiation). D’un autre cĂŽtĂ©, la mission d’un rasĂ»l, par lĂ  mĂȘme qu’elle s’adresse Ă  tous les hommes indistinctement, implique une façon d’agir oĂč n’apparaissent pas les rĂ©alisations d’ordre Ă©sotĂ©rique (ce qui constitue d’ailleurs une sorte de sacrifice pour celui qui est revĂȘtu de cette mission). C’est pourquoi certains disent aussi que ce qui serait le plus intĂ©ressant au point de vue initiatique, s’il Ă©tait possible de le connaĂźtre exactement, c’est la pĂ©riode de la vie de Mohammed antĂ©rieure Ă  la risĂąlah (et ceci s’applique Ă©galement Ă  la « vie cachĂ©e » du Christ par rapport Ă  sa « vie publique » : ces deux expressions, en elles-mĂȘmes, s’accordent du reste tout Ă  fait avec ce que je viens de dire et l’indiquent presque explicitement). II est d’ailleurs bien entendu que les considĂ©rations historiques n’ont pas d’intĂ©rĂȘt en elles-mĂȘmes, mais seulement par ce qu’elles traduisent de certaines vĂ©ritĂ©s doctrinales. Enfin, on ne peut pas nĂ©gliger, dans une tradition qui forme nĂ©cessairement un tout, ce qui ne concerne pas directement la rĂ©alisation mĂ©taphysique (et il y a de tels Ă©lĂ©ments dans la tradition hindoue comme dans les autres, puisqu’elle implique aussi, par exemple, une lĂ©gislation) ; il faut plutĂŽt s’efforcer de le comprendre par rapport Ă  cette rĂ©alisation, ce qui revient en somme Ă  en rechercher le « sens intĂ©rieur ». Lettre de RenĂ© GuĂ©non Ă  Louis Caudron d’Amiens, Le Caire, 22 mars 1936.
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René Guénon
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Le processus selon lequel s’accomplit la dĂ©chĂ©ance de l’Occident Ă  l’époque moderne, doit finir normalement, en conformitĂ©, tant avec la nature des choses qu’avec les donnĂ©es traditionnelles unanimes, par l’atteinte d’une certaine limite, marquĂ©e vraisemblablement par une catastrophe de civilisation. A partir de ce moment un changement de direction apparaĂźt comme inĂ©vitable, et les donnĂ©es traditionnelles tant d’Orient que d’Occident, indiquent qu’il se produira alors un rĂ©tablissement de toutes les possibilitĂ©s traditionnelles que comporte encore l’actuelle humanitĂ©, ce qui coĂŻncidera avec une remanifestation de la spiritualitĂ© primordiale, et, en mĂȘme temps, les possibilitĂ©s anti-traditionnelles et les Ă©lĂ©ments humains qui les incarnent seront rejetĂ©s hors de cet ordre et dĂ©finitivement dĂ©gradĂ©s. Mais si la forme gĂ©nĂ©rale de ces Ă©vĂ©nements Ă  venir apparaĂźt comme certaine, le sort qui serait rĂ©servĂ© au monde occidental dans ce « jugement » et la part qu’il pourrait avoir dans la restauration finale, dĂ©pendra de l’état mental que l’humanitĂ© occidentale aura au moment oĂč ce changement se produira, et il est comprĂ©hensible que c’est seulement dans la mesure oĂč l’Occident aura repris conscience des vĂ©ritĂ©s fondamentales communes Ă  toute civilisation traditionnelle qu’il pourra ĂȘtre compris dans cette restauration.
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Michel Vùlsan (L'Islam et la fonction de René Guénon)
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D'autre part, de mĂȘme que les critĂšres d'orthodoxie propres Ă  l'exotĂ©risme d'une tradition ne peuvent ĂȘtre appliquĂ©s Ă  ce qui appartient Ă  autre forme traditionnelle, de mĂȘme ceux qui concernent le monde initiatique et Ă©sotĂ©rique d'une de ces formes ne peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme directement applicables aux domaines correspondants d'une autre : il y a en effet pour la voie Ă©sotĂ©rique de chacune de celles-ci des modalitĂ©s particuliĂšres, bien que d'un ordre plus intĂ©rieur, tant pour la doctrine que pour les mĂ©thodes correspondantes, et il serait tout Ă  fait insuffisant de parler d'unitĂ© Ă©sotĂ©rique des formes traditionnelles sans prĂ©ciser que cette unitĂ© concerne seulement les principes universels, en dehors desquels les adaptations traditionnelles se traduisent par des particularitĂ©s dans l'ordre initiatique et Ă©sotĂ©rique mĂȘme ; s'il n'en Ă©tait pas ainsi, il n'y aurait qu'un seul Ă©sotĂ©risme, et un mĂȘme domaine initiatique, pour toutes les formes d'exotĂ©rismes existants ou possibles.
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Michel Vùlsan (L'Islam et la fonction de René Guénon)
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Le succĂšs de cette thĂ©orie fut d’ailleurs dĂ» pour une bonne part Ă  des raisons qui n’ont rien de « scientifique », mais qui tiennent directement Ă  son caractĂšre antitraditionnel ; pour les mĂȘmes raisons, il est Ă  prĂ©voir que, alors mĂȘme qu’aucun biologiste sĂ©rieux n’y croira plus, elle subsistera longtemps encore dans les manuels scolaires et les ouvrages de vulgarisation.
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René Guénon (The Multiple States of the Being)
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Pour donner consistance Ă  cette rĂ©volution du temps, il suffit de commencer Ă  Ă©numĂ©rer les domaines de production de biens et de services dont l'existence actuelle ne se soutient que de la logique de la sociĂ©tĂ© marchande, de la double nĂ©cessitĂ© d'accroĂźtre sans cesse la production-pour-le-profit et de reproduire l'organisation sociopolitique qui la rend possible. Osons donc trancher Ă  la racine et mesurer l'ampleur des secteurs qui, dans une sociĂ©tĂ© non marchande, soucieuse de surcroĂźt d'Ă©carter toute sĂ©paration entre gouvernants et gouvernĂ©s, deviendraient parfaitement superflus. On peut Ă©liminer sans hĂ©siter tout le personnel militaire et policier, poursuivre avec les banques, le systĂšme financier et les assurances (ces derniĂšres seules pĂšsent aujourd'hui 15 % du PIB mondial), sans se priver du plaisir d'ajouter la publicitĂ© et le marketing( qui absorbent 500 milliards de dĂ©penses annuelles, soit prĂšs d'un tiers des budgets militaires mondiaux). Finalement, le principe d'un autogouvernement Ă  tous les Ă©chelons, tel qu'on l'a suggĂ©rĂ© dans le chapitre prĂ©cĂ©dent, condamnerait l'ensemble des bureaucraties nationales et internationales Ă  une complĂšte inutilitĂ©. Dens pans considĂ©rables de l'appareil industriel seront abandonnĂ©s, Ă  commencer par la production d'armes et d'Ă©quipements militaires. Les impĂ©ratifs Ă©cologiques et l'affirmation de l'agriculture paysanne rendront caduque une grande partie de l'industrie chimique (notamment l'Ă©crasant secteur agrochimique) comme des biotechnologies fortement contestĂ©es (OGM notamment). Le secteur agroalimentaire, exemple type d'une marchandisation perverse des formes de production, s'Ă©vanouira, au profit d'une valorisation de l'autoproduction et des circuits locaux de production/consommation. [
] on voit que chaque abandon de production de biens et de services aura des effets dĂ©multiplicateurs importants, puisque les besoins en Ă©difices (bureaux, installations industrielles), en matĂ©riaux et en Ă©nergie, en infrastructures et en transports, s'en trouveront diminuĂ©s d'autant. Le secteur de la construction sera par consĂ©quent ramenĂ© Ă  une Ă©chelle bien plus raisonnable qu'aujourd'hui, ce qu'accentuerait encore la rĂ©gĂ©nĂ©ration des pratiques d'autoconstruction (ou du moins une participation directe des utilisateurs eux-mĂȘmes, aux cĂŽtĂ©s d'artisans plus expĂ©rimentĂ©s). Chaque suppression dans la production de biens et de services Ă©liminera Ă  son tour toutes les productions nĂ©cessaires Ă  son installation, Ă  son fonctionnement, sans oublier la gestion des dĂ©chets engendrĂ©s par chacune de ces activitĂ©s. Pour donner un exemple parmi tant d'autres, la suppression de la publicitĂ© (jointe Ă  celle des bureaucraties et Ă  d'autres changements technico-culturels) entraĂźnera une diminution considĂ©rable de la consommation de papier, c'est-Ă -dire aussi de toute la chaĂźne industrielle qui lui est associĂ©e, dans laquelle il faut inclure exploitation forestiĂšre, produits chimiques, matĂ©riaux nĂ©cessaires aux installations industrielles, transport, etc. Sans nier la pertinence de maintenir des Ă©changes Ă  longue distance, le fait de privilĂ©gier, dans toute la mesure du possible, les activitĂ©s locales et de supprimer les absurdes dĂ©tours de production qui caractĂ©risent l'Ă©conomie capitaliste (lesquels mĂšnent, par exemple, l'ail chinois jusqu'en Europe et de l'eau - oui, de l'eau ! - des Alpes jusqu'au Mexique) rĂ©duira Ă  peu de chose la chaĂźne commerciale actuelle et restreindra encore les besoins en transport. Joint Ă  l'abandon d'une logique de production et d'organisation centrĂ©e sur l'automobile et le fĂ©tichisme Ă©golĂątre qui la soutient, tout cela entraĂźnera une forte contraction de la consommation Ă©nergĂ©tique, qui pourra ĂȘtre satisfaite grĂące aux Ă©nergies renouvelables, produites, dans la mesure du possible, localement. En consĂ©quence, tout ce qui fonde le poids Ă©crasant du secteur Ă©nergĂ©tique dans l'Ă©conomie mondiale actuelle s'Ă©vanouira pour l'essentiel. (p. 91-92)
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JérÎme Baschet (Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos)
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Le premier point Ă  prendre en compte est le fait que la production globale actuelle est quantitativement suffisante pour assurer l'alimentation de l'ensemble de la population mondiale. La disponibilitĂ© alimentaire mondiale est de 2 790 calories par jour et par personne (donnĂ©es de 2001-2003), ce qui pourrait ĂȘtre suffisant. La sous-alimentation qui affecte aujourd'hui un milliard d'individus pourrait ĂȘtre Ă©radiquĂ©e par ure rĂ©organisation de la production, notamment avec une rĂ©orientation vers la multiplicitĂ© des cultures vivriĂšres et par un rééquilibrage du stock calorique, fort mal distribuĂ© (3 490 calories par jour et par personne dans les pays dĂ©veloppĂ©s, contre 2 254 en Afrique subsaharienne). Quant Ă  la malnutrition (carences en vitamines et minĂ©raux) et Ă  son envers, l'obĂ©sitĂ© et le surpoids (provoquĂ©s essentiellement par la diffusion des habitudes alimentaires promues par le secteur agroalimentaire et la grande distribution), qui affectent chacune un milliard d'individus, ils pourraient ĂȘtre rĂ©sorbĂ©s, sans augmentation quantitative globale, par une rĂ©orientation vers une agriculture paysanne dĂ©veloppant des pratiques agro-Ă©cologiques. Si l'agriculture industrielle actuelle fait valoir de maniĂšre tronquĂ©e sa supĂ©rioritĂ©, notamment en termes de productivitĂ© par hectare, une Ă©valuation plus globale, incluant l'ensemble des coĂ»ts directs et indirects (notamment Ă©cologiques), invite Ă  faire pencher la balance de l'efficacitĂ© du cĂŽtĂ© de l'agriculture paysanne. De fait, l'agriculture industrialisĂ©e est entraĂźnĂ©e dans un cercle vicieux, marquĂ© notamment par l'Ă©puisement et la salinisation des sols, la multiplication des insectes rĂ©sistant aux pesticides, la hausse des pathologies du bĂ©tail ; en outre, elle provoque une baisse du pouvoir nutritif des produits, notamment des fruits et lĂ©gumes Ă  croissance rapide. Enfin, il faut indiquer que les surfaces agricoles consacrĂ©es Ă  des cultures non alimentaires (agrocarburants notamment) doivent ĂȘtre restituĂ©es Ă  leur vocation initiale, ce qui offre une marge de manƓuvre importante pour assurer Ă  l'ensemble de l'humanitĂ© une alimentation quantitativement et qualitativement satisfaisante. On dispose Ă©galement de deux leviers importants pour atteindre et maintenir cet impĂ©ratif Ă©lĂ©mentaire : d'une part, une limitation de l'Ă©levage, particuliĂšrement glouton en Ă©nergie et en surfaces (40 % des grains actuellement produits sont destinĂ©s Ă  l'alimentation animale) et Ă©cologiquement dangereux (importantes Ă©missions de gaz Ă  effet de serre) ; d'autre part, une Ă©limination du gĂąchis alimentaire (Ă©valuĂ© Ă  30 % au moins dans le systĂšme alimentaire industriel mondial, et Ă  100 milliards de dollars par an uniquement aux États-Unis). (p. 190-192)
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JérÎme Baschet (Adiós al Capitalismo: Autonomía, sociedad del buen vivir y multiplicidad de mundos)
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« Les bolcheviks, une fois consolidĂ© et lĂ©galisĂ© leur pouvoir, en tant que socialistes Ă©tatistes qui croient en la direction centralisĂ©e et autoritaire, commenceront Ă  diriger la vie du pays et du peuple du sommet. [
] Les bolcheviks dĂ©velopperont une autoritĂ© politique et un appareil d'État qui Ă©craseront toute opposition avec une poigne de fer. »
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Voline
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Une personne n'est pas, comme je l'avais cru, claire et immobile devant nous avec ses qualitĂ©s, ses dĂ©faut, ses projets, ses intentions Ă  notre Ă©gard (comme un jardin qu'on regarde, avec toutes ses plate-bandes, Ă  travers une grille), mais est une ombre oĂč nous ne pouvons jamais pĂ©nĂ©trer, pour laquelle il n'existe pas de connaissance directe, au sujet de quoi nous nous faisons des croyances nombreuses Ă  l'aide de paroles et mĂȘme d'actions, lesquelles les unes et les autres ne nous donnent que des renseignements insuffisant et d'ailleurs contradictoires, une ombre oĂč nous pouvons tour Ă  tour imaginer avec autant de vraisemblance que brillent la haine et l'amour.
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Marcel Proust
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Les AmĂ©ricains, en 1945, dĂ©comptaient plus de 1 million de Noirs hommes et femmes mobilisĂ©s, dont plus de 200 000 furent envoyĂ©s pour la seule France. Comme ils Ă©vitaient d’armer leurs soldats noirs, la plupart servaient d’auxiliaires (chauffeurs, mĂ©caniciens, etc.), particuliĂšrement exposĂ©s parce que dans l’incapacitĂ© de se dĂ©fendre. Seuls un peu plus de 30 000 d’entre eux participĂšrent directement au combat, dont une flottille aĂ©rienne dite Tuskeegee Airmen spĂ©cialisĂ©e dans des missions de bombardement en territoire ennemi (32 aviateurs noirs amĂ©ricains furent faits prisonniers)27.
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Catherine Coquery-Vidrovitch (Des victimes oubliées du nazisme: Les noirs et l'Allemagne dans la premiÚre moitié du XXe siÚcle (Documents) (French Edition))
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La pensĂ©e moderne n'est pas, d'une façon dĂ©finitive, une doctrine parmi d'autres, elle est ce qu'exige telle phase de son dĂ©roulement, et elle sera ce qu'en fera la science matĂ©rialiste et expĂ©rimentale, ou ce qu'en fera la machine; ce n'est plus l'intellect humain, c'est la machine - ou la physique, la chimie, la biologie - qui dĂ©cident ce qu'est l'homme, ce qu'est l'intelligence, ce qu'est la vĂ©ritĂ©. Dans ces conditions, l'esprit dĂ©pend de plus en plus du « climat » produit par ses propres crĂ©ations : l'homme ne sait plus juger humainement, c'est-Ă -dire en fonction d'un absolu qui est la substance mĂȘme de l'intelligence; s'Ă©garant dans un relativisme sans issue, il se laisse juger, dĂ©terminer, classer par les contingences de la science et de la technique; ne pouvant Ă©chapper Ă  la vertigineuse fatalitĂ© qu'elles lui imposent et ne voulant pas avouer son erreur (1), il ne lui reste plus qu'Ă  abdiquer sa dignitĂ© d'homme et sa libertĂ©. C'est la science et la machine qui Ă  leur tour crĂ©ent l'homme, et c'est elles qui « crĂ©ent Dieu », s'il est permis de s'exprimer ainsi (2); car le vide laissĂ© par Dieu ne peut rester un vide, la rĂ©alitĂ© de Dieu et son empreinte dans la nature humaine exigent un succĂ©danĂ© de divinitĂ©, un faux absolu qui puisse remplir le nĂ©ant d'une intelligence privĂ©e de sa substance. On parle beaucoup d' « humanisme » Ă  notre Ă©poque, mais on oublie que l'homme, dĂšs lors qu'il abandonne ses prĂ©rogatives Ă  la matiĂšre, Ă  la machine et au savoir quantitatif cesse d'ĂȘtre rĂ©ellement « humain ». (3) (1) Il y a lĂ  comme une perversion de l'instinct de conservation, un besoin de consolider l'erreur pour avoir la conscience tranquille. (2) Les spĂ©culations teilhardiennes offrent un exemple frappant d'une thĂ©ologie succombĂ©e aux microscopes et aux tĂ©lescopes, aux machines et Ă  leurs consĂ©quences philosophiques et sociales, - « chute » qui serait exclue s'il y avait lĂ  la moindre connaissance intellective directe des rĂ©alisations immatĂ©rielles. Le cĂŽtĂ© « inhumain » de la dite doctrine est d'ailleurs trĂšs rĂ©vĂ©lateur. (3) Le plus intĂ©gralement « humain », c'est ce qui donne Ă  l'homme les meilleurs chances pour l'au-delĂ , et c'est aussi, par lĂ  mĂȘme, ce qui correspond le plus profondĂ©ment Ă  sa nature
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Frithjof Schuon (Understanding Islam)
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La spĂ©cificitĂ© de la littĂ©rature, art majeur d'un Occident qui sous nos yeux se termine, n'est pourtant pas bien difficile Ă  dĂ©finir. Autant que la littĂ©rature, la musique peut dĂ©terminer un bouleversement, un renversement Ă©motif, une tristesse ou une extase absolues ; autant que la littĂ©rature, la peinture peut gĂ©nĂ©rer un Ă©merveillement, un regard neuf portĂ© sur le monde. Mais seule la littĂ©rature peut vous donner cette sensation de contact avec un autre esprit humain, avec l'intĂ©gralitĂ© de cet esprit, ses faiblesses et ses grandeurs, ses limitations, ses petitesses, ses idĂ©es fixes, ses croyances ; avec tout ce qui l'Ă©meut, l'intĂ©resse, l'excite ou lui rĂ©pugne. Seule la littĂ©rature peut vous permettre d'entrer en contact avec l'esprit d'un mort, de maniĂšre plus directe, plus complĂšte et plus profonde que ne le ferait mĂȘme la conversation avec un ami
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Michel Houellebecq (Soumission)
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La nouvelle prose, c’est l’évĂ©nement, le combat lui-mĂȘme, et non sa description. Un document, la participation directe de l’auteur aux Ă©vĂ©nements de la vie. Une prose vĂ©cue, en document.
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Varlam Shalamov
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Souvent, quand les gens m'abordent, c'est pour me raconter un Ă©pisode de leur vie, par exemple : "J'ai vu votre reportage sur l'euthanasie, ma mĂšre m'en a parlĂ©, et je ne sais pas quoi en penser." Ça va dans toutes les directions, et je ne considĂšre pas cela comme le symptĂŽme d'une crise des valeurs. C'est ce que prĂ©tend le Vatican et c'est de la foutaise. Au contraire, depuis que les gens ont quittĂ© les bancs d'Ă©glise, donc l'institution qui avait des rĂ©ponses toutes prĂ©parĂ©es aux interrogations sur le sens de la vie, ils ont entrepris un cheminement plus personnel et, mon dieu - si je puis dire -, plus authentique.
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Alain Crevier (À Propos de la vie: le sens de la vie selon 20 personnalitĂ©s)
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« Capitant nous a rĂ©unis pour nous annoncer que Jean GuĂ©henno crĂ©ait un service d’éducation des adultes — un “bureau de l’éducation populaire” — et a demandĂ© qui voulait s’en charger. J’ai levĂ© la main Ă  la surprise gĂ©nĂ©rale. » DĂ©goĂ»tĂ©e de l’éducation nationale, Mlle Faure ne veut plus enseigner aux enfants. « La “laĂŻcitĂ©â€ [Ă  prendre ici au sens de « neutralitĂ© politique »] imposĂ©e aux enseignants ne me convenait plus. Elle empĂȘchait toute explication franche, directe, c’est-Ă -dire politique, avec la jeunesse. La laĂŻcitĂ© devenait une religion qui isolait comme les autres. Dans un cadre d’éducation des adultes, il me semblait qu’on pourrait dire tout ce qu’on voudrait. D’oĂč mon choix pour l’éducation populaire : cadre neuf, cadre libre, oĂč pourrait se dĂ©velopper l’esprit critique. »
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Christiane Faure
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La reconnaissance des religions Ă©trangĂšres dĂ©pend de diverses contingences psychologiques ou mĂȘme simplement gĂ©ographiques, et surtout, elle n’a en soi aucun aspect de nĂ©cessitĂ© spirituelle : aucune rĂ©vĂ©lation ne la suggĂšre d’une maniĂšre directe, pour dire le moins; des sages comme Plotin et Porphyre, malgrĂ© leur Ă©sotĂ©risme pythagoricien et leur connaissance mĂ©taphysique, n’ont pas compris le Christianisme. Dans un ordre d’idĂ©es analogue, l’exclusivisme rĂ©ciproque des Ă©coles hindoues, — Shankara ne fait nullement exception, — prouve bien que, dans les conditions normales, la comprĂ©hension de formes Ă©trangĂšres n’est point une manifestation nĂ©cessaire du dĂ©passement des formes ; nous dirons mĂȘme que, si un effort de comprĂ©hension n’a pas lieu, cela est en rapport avec la « foi » (non la « croyance », mais la «ferveur », shraddhĂą en sanscrit) qui exclut toute faiblesse et toute hĂ©sitation, et sans laquelle il n’y a pas de voie possible.
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Frithjof Schuon (Spiritual Perspectives and Human Facts)
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Dans l’intellection, c’est Dieu qui est « sujet », car l’homme comme tel ne saurait exercer une activitĂ© sur Dieu, qui seul est pur Acte; la crĂ©ature est toujours passive Ă  l’égard du CrĂ©ateur et de ses grĂąces. Il est impossible que Dieu soit l’objet d’une connaissance dont il ne serait pas le sujet; Ă  l’objection qu’en derniĂšre analyse Dieu est toujours le sujet de toute connaissance rĂ©elle, nous rĂ©pondrons que Dieu est sujet indirect dans la mesure oĂč la connaissance est indirecte, et sujet direct dans la mesure oĂč la connaissance est directe; or, la pure intellection se distingue prĂ©cisĂ©ment par son caractĂšre direct, bien qu’il y ait, lĂ  aussi, des degrĂ©s.
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Frithjof Schuon (Spiritual Perspectives and Human Facts)
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Écrite dans un style oĂč les mots durs et directs ainsi que les formules abruptes ne tirent pourtant pas Ă  ras de la basse prose l’expression qu’un lyrisme de bon aloi Ă©lĂšve vers ce que l’auteur considĂšre comme « une poĂ©sie qui pense
pour ne dire que les choses fondamentales », cette Ɠuvre aurait pu emprunter le titre d’un poĂšme qu’il contient: Aux pays des pyramides inversĂ©es. Fouillant le passĂ©, regardant en face le prĂ©sent et scrutant l’avenir, elle exprime la nostalgie, les frustrations et la rĂ©volte. Elle est Ă  la fois un cri du cƓur et une interrogation pathĂ©tique sur le destin de l’Afrique qui survit en marge du grand destin qui devait ĂȘtre le sien. En effet les pyramides Ă©voquent le temps de gloire du continent noir qui, aujourd’hui, ploie sous le poids de la dette et subit les contradictions d’une « dĂ©mocratie 
maquillĂ©e, enrobĂ©e de faux-semblants. » Marouba FALL, Ecrivain, Dramaturge !
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Abdou Karim GUEYE Poésie Comme un amas de pyramides inversées
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Je commence Ă  comprendre que toute ma vie je souffrirais de l'absence de quelqu'un avec qui partager un mouvement de l'esprit ou de l'Ăąme, une atmosphĂšre commune, une direction. (p65)
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Christine Fizscher (La derniĂšre femme de sa vie (La Bleue) (French Edition))
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On le voit, la question est systĂ©mique ; il faut une sorte boussole au leadership pour lui permettre d’assumer une fonction de prĂ©vention ; l’adage s’applique alors Ă  la gestion des affaires de la citĂ© : « Mieux vaut prĂ©venir que guĂ©rir ». On le pressent aussi, la direction de la citĂ© et le leadership ont besoin de la connaissance et de la sagesse, du savoir, mais d’un savoir qui est maturitĂ©. Le leadership et la gouvernance ont besoin d’une harmonie qui est un certain degrĂ© de consensus sur des valeurs et des principes essentiels, mais ceci suppose aussi un certain degrĂ© d’ordre, de sĂ©curitĂ© et de discipline.
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Abdou Karim GUEYE Le Coeur et l'Esprit
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La bourgeoisie a jouĂ© dans l'histoire un rĂŽle Ă©minemment rĂ©volutionnaire. Partout oĂč elle a conquis le pouvoir, elle a dĂ©truit les relations fĂ©odales, patriarcales et idylliques. Tous les liens variĂ©s qui unissent l'homme fĂ©odal Ă  ses supĂ©rieurs naturels, elle les a brisĂ©s sans pitiĂ© pour ne laisser subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme, que le froid intĂ©rĂȘt, les dures exigences du «paiement comptant». Elle a noyĂ© les frissons sacrĂ©s de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalitĂ© petite-bourgeoise dans les eaux glacĂ©es du calcul Ă©goĂŻste. Elle a supprimĂ© la dignitĂ© de l'individu devenu simple valeur d'Ă©change; aux innombrables libertĂ©s dĂ»ment garanties et si chĂšrement conquises, elle a substituĂ© l'unique et impitoyable libertĂ© de commerce. En un mot, Ă  l'exploitation que masquaient les illusions religieuses et politiques, elle a substituĂ© une exploitation ouverte, Ă©hontĂ©e, directe, brutale. La bourgeoisie a dĂ©pouillĂ© de leur aurĂ©ole toutes les activitĂ©s considĂ©rĂ©es jusqu'alors, avec un saint respect, comme vĂ©nĂ©rables. Le mĂ©decin, le juriste, le prĂȘtre, le poĂšte, l'homme de science, elle en a fait des salariĂ©s Ă  ses gages. La bourgeoisie a dĂ©chirĂ© le voile de sentimentalitĂ© touchante qui recouvrait les rapports familiaux et les a rĂ©duits Ă  de simples rapports d'argent.
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Karl Marx
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A l'inhibition sexuelle rĂ©sultant directement de la fixation aux parents, viennent s'ajouter les sentiments de culpabilitĂ© qui dĂ©rivent de l'Ă©normitĂ© de la haine accumulĂ©e au cours d'annĂ©es de vie familiale. Si cette haine reste consciente elle peut devenir un puissant facteur rĂ©volutionnaire individuel : elle poussera le sujet Ă  rompre les attaches familiales et pourra servir Ă  promouvoir une action dirigĂ©e contre les conditions productrices de cette haine. Si au contraire cette haine est refoulĂ©e, elle donne naissance aux attitudes inverses de fidĂ©litĂ© aveugle et d'obĂ©issance infantile. Ces attitudes constituent bien entendu un lourd handicap pour celui qui veut militer dans un mouvement libĂ©ral ; un individu de ce genre pourra fort bien ĂȘtre partisan d'une libertĂ© complĂšte, et en mĂȘme temps envoyer ses enfants Ă  l'Ă©cole du dimanche, ou continuer Ă  frĂ©quenter l'Ă©glise "pour ne pas faire de peine Ă  ses vieux parents" ; il prĂ©sentera des symptĂŽmes d'indĂ©cision et de dĂ©pendance, sĂ©quelles de la fixation Ă  la famille ; il ne pourra vraiment combattre pour la libertĂ©. Mais la mĂȘme situation familiale peut aussi produire l'individu "nĂ©vrotiquement rĂ©volutionnaire", spĂ©cimen frĂ©quent chez les intellectuels bourgeois. Les sentiments de culpabilitĂ©, liĂ©s aux sentiments rĂ©volutionnaires, en font un militant peu sĂ»r dans un mouvement rĂ©volutionnaire. (p. 140)
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Wilhelm Reich (The Sexual Revolution: Toward a Self-governing Character Structure)
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La mentalitĂ© contemporaine cherche en effet Ă  tout rĂ©duire Ă  des catĂ©gories temporelles : une oeuvre d’art, une pensĂ©e, une vĂ©ritĂ© n’ont de valeur, non en elles-mĂȘmes et en dehors de toute classification historique, mais uniquement par le temps dans lequel on les situe Ă  tort ou Ă  raison ; tout est considĂ©rĂ© comme l’expression d’un « temps », non d’une valeur intemporelle et intrinsĂšque, ce qui est tout Ă  fait conforme au relativisme moderne, Ă  ce psychologisme ou biologisme destructeur des valeurs essentielles. Cette philosophie tire le maximum d’originalitĂ© de ce qui, pratiquement, n’est pas autre chose que la haine de Dieu ; mais comme il est impossible d’injurier directement un Dieu auquel on ne croit pas, on l’injurie indirectement Ă  travers les lois naturelles et on va jusqu’à dĂ©nigrer la forme mĂȘme de l’homme et son intelligence, celle avec laquelle on pense et on injurie. On n’échappe cependant pas Ă  la VĂ©ritĂ© immanente : « Plus il blasphĂšme - dit MaĂźtre Eckhart - et plus il loue Dieu ».
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Frithjof Schuon (Light on the Ancient Worlds: A New Translation with Selected Letters (The Library of Perennial Philosophy))
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[En rĂ©alitĂ© ce qu'on appelle tolĂ©rance] est un mouvement destructif en direction d'une hĂ©tĂ©rodoxie totale, d'un relativisme oĂč toute opinion, tout principe et toute norme doivent ĂȘtre rendus provisoires. C'est une coexistence humaine dans laquelle rien ne saurait ĂȘtre tenu pour vrai au-delĂ  du dĂ©lai de validitĂ© des derniers rĂ©sultats de la recherche, rien ne vaut en dehors des prises de position subjectives des individus ou des collectivitĂ©s d’intĂ©rĂȘts, rien n'a de reconnaissance juridique sauf Ă  l'intĂ©rieur du cadre prescrit par les majoritĂ©s des assemblĂ©es lĂ©gifĂ©rantes.
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Tage Lindbom (The Tares and the Good Grain or the Kingdom of Man at the Hour of Reckoning)
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L'intelligence peut ĂȘtre contemplative ou scrutatrice, intuitive ou discursive, directe ou indirecte. Elle peut ĂȘtre simplement inventive ou constructive, ou mĂȘme se rĂ©duire au bon sens Ă©lĂ©mentaire. Dans chacun de ses modes, il y a des degrĂ©s, en sortes qu'un homme peut ĂȘtre plus intelligent qu'un autre, tout en lui restant infĂ©rieur au point de vue du mode, en d'autre termes, l'intelligence peut ĂȘtre centrĂ©e sur l'Intellect, qui est transcendant et infaillible en son essence, ou sur la raison, qui n'a aucune perception directe des rĂ©alitĂ©s transcendantes et ne saurait garantir, par consĂ©quent, contre l'intrusion de l’élĂ©ment passionnel dans la pensĂ©e. La raison peut ĂȘtre dĂ©terminĂ©e dans une mesure plus ou moins large par l'Intellect mais elle peut se borner aussi aux choses de la vie pratique, ou mĂȘme aux aspect les plus immĂ©diats et rudimentaires de celle ci.
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Frithjof Schuon (Caste e Razze)
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 Le Bouddha ne fut tout d’abord figurĂ© que par des empreintes de pieds, ou par des symboles tels que l’arbre ou la roue (et il est remarquable que, de la mĂȘme façon, le Christ aussi ne fut reprĂ©sentĂ© pendant plusieurs siĂšcles que par des figurations purement symboliques) ; comment et pourquoi en vint-on Ă  admettre par la suite une image anthropomorphique ? Il faut voir lĂ  comme une concession aux besoins d’une Ă©poque moins intellectuelle, oĂč la comprĂ©hension doctrinale Ă©tait dĂ©jĂ  affaiblie ; les « supports de contemplation », pour ĂȘtre aussi efficaces que possible, doivent en effet ĂȘtre adaptĂ©s aux conditions de chaque Ă©poque ; mais encore convient-il de remarquer que l’image humaine elle-mĂȘme, ici comme dans le cas des « dĂ©itĂ©s » hindoues, n’est rĂ©ellement « anthropomorphique » que dans une certaine mesure, en ce sens qu’elle n’est jamais « naturaliste » et qu’elle garde toujours, avant tout et dans tous ses dĂ©tails, un caractĂšre essentiellement symbolique. Cela ne veut d’ailleurs point dire qu’il s’agisse d’une reprĂ©sentation « conventionnelle » comme l’imaginent les modernes, car un symbole n’est nullement le produit d’une invention humaine ; « le symbolisme est un langage hiĂ©ratique et mĂ©taphysique, non un langage dĂ©terminĂ© par des catĂ©gories organiques ou psychologiques ; son fondement est dans la correspondance analogique de tous les ordres de rĂ©alitĂ©, Ă©tats d’ĂȘtre ou niveaux de rĂ©fĂ©rence ». La forme symbolique « est rĂ©vĂ©lĂ©e » et « vue » dans le mĂȘme sens que les incantations vĂȘdiques ont Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©es et « entendues », et il ne peut y avoir aucune distinction de principe entre vision et audition, car ce qui importe n’est pas le genre de support sensible qui est employĂ©, mais la signification qui y est en quelque sorte « incorporĂ©e ». L’élĂ©ment proprement « surnaturel » est partie intĂ©grante de l’image, comme il l’est des rĂ©cits ayant une valeur « mythique », au sens originel de ce mot ; dans les deux cas, il s’agit avant tout de moyens destinĂ©s, non Ă  communiquer, ce qui est impossible, mais Ă  permettre de rĂ©aliser le « mystĂšre », ce que ne saurait Ă©videmment faire ni un simple portrait ni un fait historique comme tel. C’est donc la nature mĂȘme de l’art symbolique en gĂ©nĂ©ral qui Ă©chappe inĂ©vitablement au point de vue « rationaliste » des modernes, comme lui Ă©chappe, pour les mĂȘmes raisons, le sens transcendant des « miracles » et le caractĂšre « thĂ©ophanique » du monde manifestĂ© lui-mĂȘme ; l’homme ne peut comprendre ces choses que s’il est Ă  la fois sensitif et spirituel, et s’il se rend compte que « l’accĂšs Ă  la rĂ©alitĂ© ne s’obtient pas en faisant un choix entre la matiĂšre et l’esprit supposĂ©s sans rapports entre eux, mais plutĂŽt en voyant dans les choses matĂ©rielles et sensibles une similitude formelle des prototypes spirituels que les sens ne peuvent atteindre directement » ; il s’agit lĂ  « d’une rĂ©alitĂ© envisagĂ©e Ă  diffĂ©rents niveaux de rĂ©fĂ©rence, ou, si l’on prĂ©fĂšre, de diffĂ©rents ordres de rĂ©alitĂ©, mais qui ne s’excluent pas mutuellement.
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René Guénon (Studies in Hinduism: Collected Works)
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Dans le dĂ©cor architectural et mĂȘme dans l’art du livre, la calligraphie se marie souvent Ă  l’arabesque. Une des combinaisons les plus heureuses, Ă  cet Ă©gard, est celle d’un kĂ»fi aux hampes verticales avec des rinceaux de vigne se dĂ©roulant en vague continue. Parfois, les rinceaux se greffent directement sur les lettres et c’est lĂ , sans doute, l’origine du kĂ»fi fleuri. L’union de l’écriture et de la plante stylisĂ©e Ă©voque l’analogie qui existe entre le « livre du monde » et « l’arbre du monde », deux symboles bien connus dans l’ésotĂ©risme musulman et ayant leur fondement dans le Coran. L’univers est Ă  la fois un livre rĂ©vĂ©lĂ© et un arbre dont les branches et les feuilles se dĂ©ploient Ă  partir d’un seul tronc. Les lettres du livre rĂ©vĂ©lĂ© sont comme les feuilles de l’arabe et, de mĂȘme que celles-ci se rattachent aux branches et finalement au tronc, les lettres se rattachent aux paroles, aux phrases et finalement Ă  la vĂ©ritĂ© totale et une du livre.
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Titus Burckhardt (Art of Islam: Language and Meaning (English and French Edition))
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L’état humain — ou tout autre Ă©tat « central » analogue — est comme entourĂ© d’un cercle de feu : il n’y a lĂ  qu’un choix, ou bien Ă©chapper au « courant des formes » par le haut, en direction de Dieu, ou bien sortir de l’humanitĂ© par le bas, Ă  travers le feu, lequel est comme la sanction de la trahison de ceux qui n’ont pas rĂ©alisĂ© le sens divin de la condition humaine; si « la condition humaine est difficile Ă  atteindre», comme l’estiment les Asiates « transmigrationnistes », elle est Ă©galement difficile Ă  quitter, pour la mĂȘme raison de position centrale et de majestĂ© thĂ©omorphe. Les hommes vont au feu parce qu’ils sont des dieux, et ils en sortent parce qu’ils ne sont que des crĂ©atures; Dieu seul pourrait aller Ă©ternellement en enfer s’il pouvait pĂ©cher. Ou encore : l’état humain est tout prĂšs du Soleil divin, s’il est possible de parler ici de « proximitĂ© »; le feu est la rançon Ă©ventuelle — Ă  rebours — de cette situation privilĂ©giĂ©e; on peut mesurer celle-ci Ă  l’intensitĂ© et Ă  l’inextin-guibilitĂ© du feu. Il faut conclure de la gravitĂ© de l’enfer Ă  la grandeur de l’homme, et non pas, inversement, de l’apparente innocence de l’homme Ă  l’injustice supposĂ©e de l’enfer. [...] Bien des hommes de notre temps tiennent en somme le langage suivant : « Dieu existe ou il n ’existe pas ; s’il existe et s’il est ce qu’on dit, il reconnaĂźtra que nous sommes bons et que nous ne mĂ©ritons aucun chĂątiment » ; c’est-a-dire qu’ils veulent bien croire Ă  son existence s’il est conforme Ă  ce qu’ils s’imaginent et s’il reconnaĂźt la valeur qu’ils s’attribuent Ă  eux-mĂȘmes. C’est oublier, d’une part, que nous ne pouvons connaĂźtre les mesures avec lesquelles l’Absolu nous juge, et d’autre part, que le « feu » d’outre-tombe n’est rien d ’autre, en dĂ©finitive, que notre propre intellect qui s’actualise Ă  l'encontre de notre faussetĂ©, ou en d’autres termes, qu’il est la vĂ©ritĂ© immanente qui Ă©clate au grand jour. A la mort, l’homme est confrontĂ© avec l’espace inouĂŻ d’une rĂ©alitĂ©, non plus fragmentaire, mais totale, puis avec la norme de ce qu’il a prĂ©tendu ĂȘtre, puisque cette norme fait partie du RĂ©el ; l’homme se condamne donc lui-mĂȘme, ce sont — d’aprĂšs le Koran — ses membres mĂȘmes qui l’accusent ; ses violations, une fois le mensonge dĂ©passĂ©, le transforment en flammes ; la nature dĂ©sĂ©quilibrĂ©e et faussĂ©e, avec toute sa vaine assurance, est une tunique de Nessus. L’homme ne brĂ»le pas que pour ses pĂ©chĂ©s; il brĂ»le pour sa majestĂ© d’image de Dieu. C’est le parti pris d’ériger la dĂ©chĂ©ance en norme et l’ignorance en gage d’impunitĂ© que le Koran stigmatise avec vĂ©hĂ©mence — on pourrait presque dire : par anticipation — en confrontant l’assurance de ses contradicteur avec les affres de la fin du monde (1). En rĂ©sumĂ©, tout le problĂšme de la culpabilitĂ© se rĂ©duit au rapport de la cause Ă  l’effet. Que l’homme soit loin d'ĂȘtre bon, l’histoire ancienne et rĂ©cente le prouve surabondamment, l’homme n’a pas l’innocence de l’animal, il a conscience de son imperfection, puisqu’il en possĂšde la notion ; donc il est responsable. Ce qu’on appelle en terminologie morale la faute de l’homme et le chĂątiment de Dieu, n’est rien d ’autre, en soi, que le heurt du dĂ©sĂ©quilibre humain avec l’Equilibre immanent ; cette notion est capitale.[...] (1) C'est la mĂȘme un des thĂšmes les plus instamment rĂ©pĂ©tĂ©s de ce livre sacrĂ©, qui marque parfois son caractĂšre d'ultime message par une Ă©loquence presque dĂ©sespĂ©rĂ©e.
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Frithjof Schuon (Understanding Islam)
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[...] l’esprit occidental est presque entiĂšrement d’essence chrĂ©tienne dans tout ce qu’il a de positif. Il n’est pas au pouvoir des hommes de se dĂ©faire, par leurs propres moyens, c’est-Ă -dire par de simples idĂ©ologies, d’une si profonde hĂ©rĂ©ditĂ© ; leurs intelligences s’exercent selon des habitudes sĂ©culaires, mĂȘme lorsqu’elles inventent des erreurs. On ne peut faire abstraction de cette formation intellectuelle et mentale, si diminuĂ©e soit-elle (1) ; s’il en est ainsi, et si le point de vue traditionnel subsiste inconsciemment mĂȘme chez ceux qui estiment ne plus devoir se rĂ©clamer d’aucune tradition, ou chez ceux qui, par simple souci d’impartialitĂ©, veulent se placer en dehors du point de vue chrĂ©tien ou juif, comment pourrait-on supposer que les Ă©lĂ©ments constitutifs d’une autre tradition puissent ĂȘtre interprĂ©tĂ©s dans leur vĂ©ritable sens ? N’est-il pas frappant que les opinions courantes sur l’Islam par exemple, soient Ă  peu prĂšs identiques chez la majoritĂ© des Occidentaux, qu’ils se disent chrĂ©tiens ou qu’ils se flattent de ne plus l’ĂȘtre ? Les rĂ©serves qu’ils formulent Ă  l’égard de l’Islam, — pour ne rien dire des cas d’ignorance pure et simple ou d’une hostilitĂ© franchement moderniste, — proviennent gĂ©nĂ©ralement beaucoup moins d’une juste apprĂ©ciation des choses, qu’elles ne sont le fait d’une hĂ©rĂ©ditĂ© mentale et psychique, qui subsiste dans la pensĂ©e occidentale et qui souvent n’y est plus autre chose que le rĂ©sidu de la vraie spiritualitĂ© chrĂ©tienne." 1. Les erreurs philosophiques elles-mĂȘmes ne seraient pas concevables, si elles ne reprĂ©sentaient la nĂ©gation de certaines vĂ©ritĂ©s, et si ces nĂ©gations n’étaient des rĂ©actions directes ou indirectes contre certaines limitations formelles de la tradition ; on voit par lĂ  qu’aucune erreur, philosophique ou religieuse, ne peut prĂ©tendre Ă  une parfaite indĂ©pendance et autonomie vis-Ă -vis de la tradition ou de la conception traditionnelle qu’elle rejette ou qu’elle dĂ©figure. "Christianisme et Islam", in Etudes Traditionnelles numĂ©ro spĂ©cial Tradition islamique, 1934.
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Frithjof Schuon
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Comme nous le disions au dĂ©but, il ne nous est pas possible de tout expliquer Ă  la fois ; mais nous n’affirmons rien gratuitement, et nous avons conscience d’avoir du moins, Ă  dĂ©faut de bien d’autres mĂ©rites, celui de ne parler jamais que de ce que nous connaissons. Si donc il en est qui s’étonnent de certaines considĂ©rations auxquelles ils ne sont pas habituĂ©s, qu’ils veuillent bien prendre la peine d’y rĂ©flĂ©chir plus attentivement, et peut-ĂȘtre s’apercevront-ils alors que ces considĂ©rations, loin d’ĂȘtre inutiles ou superflues, sont prĂ©cisĂ©ment parmi les plus importantes, ou que ce qui leur semblait Ă  premiĂšre vue s’écarter de notre sujet est au contraire ce qui s’y rapporte le plus directement. Il est en effet des choses qui sont liĂ©es entre elles d’une tout autre façon qu’on ne le pense d’ordinaire, et la vĂ©ritĂ© a bien des aspects que la plupart des Occidentaux ne soupçonnent guĂšre ; aussi craindrions-nous plutĂŽt, en toute occasion, de paraĂźtre trop limiter les choses par l’expression que nous en donnons que de laisser entrevoir de trop vastes possibilitĂ©s.
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René Guénon (East and West)
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« L’ouvrage de Rama P. Coomaraswamy, The Destruction of the Christian Tradition (...) est un exposĂ© brillamment Ă©crit et bien documentĂ© sur ce qui s’est dĂ©roulĂ© immĂ©diatement avant, pendant et aprĂšs le concile Vatican II. L’auteur s’intĂ©resse avant tout Ă  ce qui est orthodoxe et Ă  ce qui est hĂ©rĂ©tique, et la maniĂšre tout Ă  fait claire, directe et simple dont il traite son sujet est basĂ©e sur les dĂ©cisions des prĂ©cĂ©dents conciles et les dĂ©clarations des plus hautes autoritĂ©s de l’Église Ă  travers les siĂšcles. Ce qu’il a Ă©crit est suffisant et n’a pas besoin d’additifs. Mais, Ă  partir d’un angle lĂ©gĂšrement diffĂ©rent et en quelque sorte pour affronter les modernistes sur leur propre terrain, qui est celui de l’opportunisme psychique, nous voudrions nĂ©anmoins ajouter les remarques suivantes. Les responsables des changements en question ont fait valoir qu’une religion doit se conformer aux temps, Ă  quoi on doit rĂ©pondre : non, si se conformer veut dire cesser d’ĂȘtre soi-mĂȘme et devenir complice des temps. La vĂ©ritable conformitĂ© est diffĂ©rente : la mĂ©decine, par exemple, afin de se conformer Ă  une Ă©poque, doit ĂȘtre capable de fournir des antidotes Ă  tout ce qui se prĂ©sente comme maladies. De mĂȘme, il ne serait pas dĂ©raisonnable de maintenir qu’afin de se conformer Ă  un Ăąge caractĂ©risĂ© par de violents changements et des troubles dĂ©sordonnĂ©s, la religion doit ĂȘtre plus prĂ©parĂ©e que jamais Ă  manifester, et mĂȘme Ă  proclamer, son inĂ©branlable stabilitĂ© sans laquelle, en tant que vĂ©hicule de la VĂ©ritĂ© Éternelle, elle ne peut jamais ĂȘtre, en tout Ă©tat de cause, fidĂšle Ă  elle-mĂȘme. Il ne fait guĂšre de doute que l’ñme humaine a profondĂ©ment besoin dans son existence de quelque chose qui resterait toujours identique, et elle a le droit d’attendre de la religion qu’elle soit la constante infaillible qui satisfasse ce besoin. De telles considĂ©rations furent dissĂ©minĂ©es aux quatre vents par le concile Vatican II. Il n’est donc pas surprenant que celui-ci ait prĂ©cipitĂ© une crise sans prĂ©cĂ©dent. La gravitĂ© de la situation peut ĂȘtre mesurĂ©e, jusqu’à un certain point, par les chiffres suivants : de 1914 Ă  1963, il n’y eut que 810 prĂȘtres qui demandĂšrent Ă  l’Église Catholique la permission d’abandonner le sacerdoce, et parmi ces demandes 355 seulement furent acceptĂ©es. Depuis le concile, il y a eu plus de 32 000 dĂ©fections au sein du clergĂ©. Il faut considĂ©rer que ces chiffres se rapportent en partie Ă  ceux qui sont coupables de la crise et en partie Ă  ceux qui en sont les victimes ; en ce qui concerne ces derniĂšres, qui sont des membres du clergĂ© ou des laĂŻques, il est significatif que non seulement l’usage de la liturgie traditionnelle a Ă©tĂ© dĂ©couragĂ© mais qu’il a mĂȘme Ă©tĂ© expressĂ©ment interdit. Cette stratĂ©gie aurait totalement Ă©chouĂ© s’il n’y avait eu le fait que l’immense majoritĂ© des laĂŻques — et ceci s’applique Ă©galement dans une certaine mesure aux membres du clergĂ© eux-mĂȘmes — s’imaginent que l’obĂ©issance due Ă  la hiĂ©rarchie clĂ©ricale est absolue. L’un des grands mĂ©rites de l’ouvrage de Rama Coomaraswamy est de montrer Ă  quel moment, selon la doctrine catholique strictement traditionnelle, l’obĂ©issance devient un pĂ©chĂ© et Ă  quel moment l’autoritĂ©, mĂȘme celle d’un pape, devient nulle et non avenue. » [recension dans "Croyances anciennes et Superstitions modernes", Appendice II.]
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Martin Lings (Ancient Beliefs and Modern Superstitions)
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Marie est la « servante du Seigneur », la servante par excellence, ce qui indique une similitude annonciatrice de la fonction du ProphĂšte de l’islĂąm. Ce caractĂšre servitorial est liĂ© au symbolisme du voile. Selon Michel VĂąlsan : « La RĂ©alitĂ© muhammadienne constitue le mystĂšre du Verbe suprĂȘme et universel, car elle est en mĂȘme temps la ThĂ©ophanie intĂ©grale (de l’Essence, des Attributs et des Actes) et son occultation sous le voile de la Servitude absolue et totale ». C’est parce qu’elle est la servante parfaite que Marie est toujours voilĂ©e, aussi bien dans ses apparitions que dans les reprĂ©sentations de l’Art sacrĂ©, notamment celui des icĂŽnes. Comme elle est, par ailleurs, le modĂšle de toutes les vertus, l’Eglise aurait Ă©tĂ© bien inspirĂ©e de reconnaĂźtre que l’attachement islamique au port du voile pouvait constituer un exemple pour les femmes catholiques. Les querelles et les rĂ©sistances modernes sur ce point sont rĂ©vĂ©latrices d’un Ă©tat d’esprit antitraditionnel. Ibn ArabĂź enseigne que le statut subordonnĂ© de la femme exprime, non pas un abaissement, mais au contraire sa supĂ©rioritĂ© spirituelle sur l’homme qui, créé directement Ă  l’image de Dieu, a tendance Ă  oublier sa servitude et Ă  se poser en rival de son CrĂ©ateur . Toute forme traditionnelle est fondĂ©e sur une alliance impliquant une soumission Ă  la volontĂ© divine ; c’est ce qu’indique parfaitement le terme « islam » qui apparaĂźt, par lĂ  mĂȘme, comme une dĂ©signation de la Tradition universelle. Au lieu de reconnaĂźtre cette signification traditionnelle du voile de Marie, l’Église, sur cette question comme sur beaucoup d’autres, donne l’impression de suivre l’air du temps et, sans doute pour mieux se dĂ©marquer de l’islĂąm, d’encourager les femmes catholiques, en particulier les souveraines, Ă  se montrer tĂȘte nue ailleurs qu’au Vatican. L’enseignement de saint Paul est cependant fort clair, et semblable Ă  celui de l’islam : « Femmes, soyez soumises Ă  vos maris, comme il se doit dans le Seigneur » (Col, 3, 18) ; « Je ne permets pas Ă  la femme d’enseigner ni de faire la loi Ă  l’homme. Qu’elle se tienne tranquille. C’est Adam en effet qui fut formĂ© le premier, Eve ensuite. Et ce n’est pas Adam qui se laissa sĂ©duire » (I Tim, 2, 12-13).
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Charles-AndrĂ© Gilis (La papautĂ© contre l'Islam - GenĂšse d’une dĂ©rive)
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L'inconnu était une belle direction. Oui, en allant vers l'inconnu, on limitait les chances de se tromper de route.
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SIAUDEAU, Guillaume
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L'Ă©motivitĂ© « perçoit » et rĂ©vĂšle ceux des aspects d'un bien ou d'un mal, que la simple dĂ©finition logique ne saurait montrer directement et concrĂštement : ce sont les aspects existentiels, subjectifs, psychologiques, moraux et esthĂ©tiques, soit de la vĂ©ritĂ©, soit de l'erreur ; ou soit de la vertu, soit du vice. Que l'on se reprĂ©sente un enfant qui, par simple ignorance et partant par manque de sens des proportions, profĂšre une parole en fait blasphĂ©matoire ; si le pĂšre fulmine, l'enfant apprend «existenciellement» quelque chose qu'il n'apprendrait pas si le pĂšre se bornai Ă  une dissertation abstraite sur le caractĂšre blasphĂ©matoire de la dite parole. La fulmination du pĂšre dĂ©montre concrĂštement Ă  l'enfant l'Ă©tendue de la faute, elle rend visible une dimension qui autrement serait restĂ©e abstraite et anodine ; de mĂȘme dans les cas inverses, mutatis mutandis : la joie des parents rend tangible pour l'enfant, la valeur de son acte mĂ©ritoire ou de la vertu tout court. Au rebours de l'expĂ©rience et du bon sens, certaines adeptes de la psychanalyse – sinon tous- estiment qu'on ne devrait jamais punir un enfant, car, pensent-ils, une punition le « traumatiserait » ; ce qu'ils oublient, c'est qu'un enfant qui se laisse traumatiser par une punition juste – donc proportionnĂ©e Ă  la faute- est dĂ©jĂ  un monstre. L'essence de l'enfant normal, sous un certain rapport, est le respect des parents et l'instinct du bien ; une juste punition, loin de le blesser fonciĂšrement, l'illumine et le dĂ©livre, en le projetant pour ainsi dire dans la conscience immanente de la norme. Certes, il est des cas oĂč les parents ont tort et oĂč l'enfant est traumatisĂ© Ă  juste titre, mais l'enfant normal, ou normalement vertueux, n'en tombera pas pour autant dans une amertume vindicative et stĂ©rile, bien au contraire : il tirera de son expĂ©rience le meilleur parti, grĂące Ă  l'intuition que toute adversitĂ© est mĂ©taphysiquement mĂ©ritĂ©e, aucun homme n'Ă©tant parfait sans Ă©preuve.
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Frithjof Schuon (Résumé de métaphysique intégrale)
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[Le christianisme] occupe une place Ă  part car c’est la forme traditionnelle qui avait en charge l’Occident quand la dĂ©viation moderne s’est produite. On peut donc penser qu’une certaine responsabilitĂ© incombe Ă  cet Ă©gard au Catholicisme puisque c’est le Saint-SiĂšge romain qui a vocation Ă  rĂ©gir l’Église universelle.[...] L’Église est rĂ©gie par le Saint-Esprit, non par une loi que JĂ©sus lui aurait apportĂ©e (20). Il rĂ©sulte de cette particularitĂ© que le droit appliquĂ© dĂ©coule uniquement de l’intuition spirituelle de ceux qui dirigent l’Église ; or cette intuition peut varier car elle dĂ©pend de leur qualification et de leur rĂ©alisation effective. Ceci explique pourquoi, sur une question aussi essentielle que celle que nous Ă©voquons ici [le prĂȘt Ă  intĂ©rĂȘt], il y a une diffĂ©rence et mĂȘme une incompatibilitĂ© entre la doctrine catholique qui prĂ©valait au moyen Ăąge et celle qui est enseignĂ©e aujourd’hui ; ce qui peut paraĂźtre incomprĂ©hensible pour ceux qui suivent les lĂ©gislations sacrĂ©es. Au moyen Ăąge, le simple fait d’envisager que le prĂȘt Ă  intĂ©rĂȘt puisse ĂȘtre lĂ©gitime entraĂźnait l’excommunication, alors qu’aujourd’hui c’est uniquement l’usure qui est interdite, non le prĂȘt Ă  intĂ©rĂȘt en lui-mĂȘme. Cette Ă©volution est significative, car elle implique qu’un enseignement fondĂ© sur une connaissance Ă©sotĂ©rique vĂ©ritable a fait place Ă  un point de vue purement moral. L’intuition intellectuelle s’étant affaiblie au point de devenir inopĂ©rante, les raisons profondes et l’interdiction ont cessĂ© d’ĂȘtre perçues. Or, ces raisons prĂ©sentent un lien direct avec la naissance et le dĂ©veloppement de la dĂ©viation antitraditionnelle de l’Occident, car le prĂȘt Ă  intĂ©rĂȘt a Ă©tĂ© le moteur financier du monde moderne. RenĂ© GuĂ©non a montrĂ© le caractĂšre nĂ©faste de l’altĂ©ration des monnaies par Philippe le Bel (21) et les consĂ©quences dĂ©sastreuses que celle-ci avaient eu pour l’Occident. Le prĂȘt Ă  intĂ©rĂȘt est une autre modalitĂ© de cette altĂ©ration puisqu’il a pour effet de soumettre la valeur de la monnaie Ă  l’écoulement du temps, qui est celui du prĂȘt, alors que la fonction premiĂšre de celle-ci est de garantir la stabilitĂ© des Ă©changes par rĂ©fĂ©rence Ă  un principe immuable que la monnaie reprĂ©sente dans le domaine temporel.
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Charles-André Gilis
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A Haïk (Comment créer votre infoproduit rapidement: créer infoproduit (French Edition))
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L'idĂ©e commune que les bonnes habitudes qui ne nous ont pas Ă©tĂ© inculquĂ©es de force dans notre prime enfance ne peuvent se dĂ©velopper en nous plus tard dans la vie est une idĂ©e avec laquelle nous avons Ă©tĂ© Ă©levĂ©s et que nous acceptons aveuglĂ©ment, tout simplement parce qu'elle n'a jamais Ă©tĂ© contestĂ©e. Pour ma part, je la renie. La libertĂ© est nĂ©cessaire Ă  l'enfant parce que seule la libertĂ© peut lui permettre de grandir naturellement -- de la bonne façon. Je vois les rĂ©sultats de l'asservissement dans mes nouveaux Ă©lĂšves en provenance d'Ă©coles secondaires de toutes sortes. Ils ne sont qu'un tas d'hypocrites, avec une fausse politesse et des maniĂšres affectĂ©es. Leur rĂ©action devant la libertĂ© est rapide et exaspĂ©rante. Pendant les deux premiĂšres semaines ils tiennent les portes pour laisser passer leurs professeurs, ils m'appellent "Monsieur" et se lavent soigneusement. Ils regardent dans ma direction avec respect, ce que je reconnais facilement comme de la crainte. AprĂšs quelques semaines de libertĂ©, ils montrent leur vrai visage. Ils deviennent impudents, sans maniĂšres, crasseux. Ils font toutes les choses qui leur ont Ă©tĂ© dĂ©fendues dans le passĂ© : ils jurent, ils fument, ils cassent des objets. Et pendant tout ce temps ils ont une expression polie et fausse dans les yeux et dans la voix. Il leur faut dix mois pour perdre leur hypocrisie. AprĂšs cela ils perdent leur dĂ©fĂ©rence envers ce qu'ils regardaient auparavant comme l'autoritĂ©. Au bout de dix mois environ, ce sont des enfants naturels et sains qui disent ce qu'ils pensent, sans rougir, ni haĂŻr. Quand un enfant grandit librement dĂšs son jeune Ăąge, il n'a pas besoin de traverser ce stade de mensonge et de comĂ©die. La chose la plus frappante Ă  Summerhill, c'est la sincĂ©ritĂ© de ses Ă©lĂšves. La question de sincĂ©ritĂ© dans la vie et vis-Ă -vis de la vie est primordiale. C'est ce qu'il y a de plus primordial au monde. Chacun rĂ©alise la valeur de la sincĂ©ritĂ© de la part de nos politiciens (tel est l'optimisme du monde), de nos juges, de nos magistrats, de nos professeurs, de nos mĂ©decins. Cependant, nous Ă©duquons nos enfants de telle façon qu'ils n'osent ĂȘtre sincĂšres. (p. 154-155)
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A.S. Neill (Summerhill: A Radical Approach to Child Rearing)
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Certes, RenĂ© GuĂ©non, assis en tailleur devant moi, en train de manger avec prĂ©cautions un pigeon frit qu'il tient entre ses doigts, n'a jamais prĂ©tendu Ă  la direction spirituelle, moins encore Ă  la saintetĂ©. Mais jamais je n'ai eu Ă  tel point le sentiment du coup de gomme du sacrĂ© sur un visage. L'homme, dans son effacement, Ă©tait en-deçà ou au-delĂ  de l'individuel, et ceci jusque dans le dĂ©tail le plus banal. Comment le nommer en parlant de lui avec sa famille ? Est-ce M. GuĂ©non ou bien le cheik Abd el-Wahid, le pĂšre de Leila et Khadija, les fillettes qui courent dans le jardin ? J'en suis encore Ă  me demander si sa femme, la fille du cheik Mohammed Ibrahim, Ă©tait consciente de l'existence de M. RenĂ© Guenon, fils de Jean-Baptiste GuĂ©non, architecte Ă  Blois, et de Madame nĂ©e Jolly. « BĂ©ni soit Celui qui efface les noms, prĂ©noms et surnoms.» Tout rĂ©sidu psychique ou mental Ă©tait aboli, il ne restait plus qu'une Ăąme d'une transparence totale. Mais rien de l'ascĂšse ni de l'extase. La puretĂ© Ă©tait sans apprĂȘt, familiĂšre mĂȘme, presque terre Ă  terre. En toute simplicitĂ©, RenĂ© Guenon Ă©tait diaphane. Sa conversation Ă©tait souvent banale, sans effets de style. Dire ce qui est. Les seuls ornements Ă©taient les citations, Ă  la maniĂšre orientale, de proverbes Ă©difiants ou de versets pieux : « Tout passe, sauf le Visage de Dieu. » Pour RenĂ© GuĂ©non, ce qui est, c'est le Visage de Dieu. Dire ce qui est, c'est dĂ©crire les reflets de ce Visage dans les VĂ©das ou le Tao Te King, la Kabbale ou l'Ă©sotĂ©risme musulman, les mythologies ou bien les symboles de l'art chrĂ©tien mĂ©diĂ©val. L'homme disparaissait derriĂšre la doctrine traditionnelle.
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Nadjm Bammate
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Les Grecs, il est vrai, n’ont jamais fait mystĂšre de leur ascendance asiatique ; ils se disaient disciples des Égyptiens et des Babyloniens ; leur panthĂ©on Ă©tait arabe ; leurs cosmogonies et thĂ©ogonies directement inspirĂ©es d’Anatolie ou de Canaan. Le pĂšre d’HĂ©siode n’était-il pas d’origine Ă©olienne ? HĂ©rodote s’étonne qu’on distingue l’Europe de l’Asie car il n’y voit, et ses compatriotes avec lui, qu’une seule et mĂȘme culture. Effectivement la GrĂšce est nĂ©e de l’Asie, recueillant par l’intermĂ©diaire de la colonisation phĂ©nicienne le fruit de quelque 4000 ans d’efforts menĂ©s par l’Égypte et la Babylonie. Son Ă©closion certes fut tardive puisque 1000 ans avant HomĂšre, alors que les Grecs vĂ©gĂ©taient encore dans l’obscuritĂ©, les sujets de Thoutomosis jouissaient dans la vallĂ©e du Nil d’un art d’un confort raffinĂ©s. En transmettant Ă  l’Occident sicilien et italique l’hĂ©ritage asiatique la GrĂšce devait y introduire les diverses religions arabes et notamment le christianisme puisque c’est en grec que le nouveau Testament parvint en MĂ©diterranĂ©e occidentale.
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Pierre Rossi (La cité d'Isis : Histoire vraie des Arabes)
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Le rapport d’analogie entre les intellections et les formes matĂ©rielles explique comment l’ésotĂ©risme a pu se greffer sur l’exercice des mĂ©tiers, et notamment sur l’art architectural ; les cathĂ©drales que les initiĂ©s chrĂ©tiens ont laissĂ©es derriĂšre eux apportent le tĂ©moignage le plus explicite et aussi le plus Ă©clatant de l’élĂ©vation spirituelle du moyen Ăąge (2). Nous touchons ici Ă  un aspect fort important de la question qui nous prĂ©occupe : l’action de l’ésotĂ©risme sur l’exotĂ©risme moyennant les formes sensibles dont la production est prĂ©cisĂ©ment l’apanage de l’initiation artisanale; par ces formes, vĂ©ritables vĂ©hicules de la doctrine traditionnelle intĂ©grale, et qui grĂące Ă  leur symbolisme transmettent cette doctrine en un langage immĂ©diat et universel, l’ésotĂ©risme infuse Ă  la portion proprement religieuse de la tradition une qualitĂ© intellectuelle et par lĂ  un Ă©quilibre dont l’absence entraĂźnerait finalement la dissolution de toute la civilisation, comme cela s’est produit dans le monde chrĂ©tien. L’abandon de l’art sacrĂ© enleva Ă  l’ésotĂ©risme son moyen d’action le plus direct ; la tradition extĂ©rieure insista de plus en plus sur ce qu’elle a de particulier, donc de limitatif ; enfin, l’absence du courant d’universalitĂ© qui, lui, avait vivifiĂ© et stabilisĂ© la civilisation religieuse par le langage des formes, occasionna des rĂ©actions en sens inverse ; c’est-Ă -dire que les limitations formelles, au lieu d’ĂȘtre compensĂ©es, et par lĂ  stabilisĂ©es, par les interfĂ©rences supra-formelles de l’ésotĂ©risme, suscitĂšrent, par leur « opacitĂ© » ou « massivitĂ© » mĂȘme, des nĂ©gations pour ainsi dire infra-formelles, puisque venant de l’arbitraire individuel, et celui-ci, loin d’ĂȘtre une forme de la vĂ©ritĂ©, n’est qu’un chaos informe d’opinions et de fantaisies. (2) Devant une cathĂ©drale, on se sent rĂ©ellement situĂ© au centre du monde; devant une Ă©glise en style Renaissance, baroque ou rococo, on ne se sent qu’en Europe
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Frithjof Schuon (The Transcendent Unity of Religions)
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L'arrĂȘt de l'angoisse est l'utilisation immĂ©diate et dans une direction obligatoire des forces sous une forme ennuyeuse; l'arrĂȘt de la jouissance est l'utilisation libre des forces dans une circonstance facile et avantageuse.
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Pierre Janet (L'Amour et la Haine)
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[...]Quand on est en possession d'une base stable et d'une direction sûre, on n'éprouve nul besoin de changement. [...]
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René Guénon
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La plupart des EuropĂ©ens n’ont pas exactement Ă©valuĂ© l’importance de l’apport qu’ils ont reçu de la civilisation islamique, ni compris la nature de leurs emprunts Ă  cette civilisation dans le passĂ© et certains vont jusqu’à totalement mĂ©connaĂźtre tout ce qui s’y rapporte. Cela vient de ce que l’histoire telle qu’elle leur est enseignĂ©e travestit les faits et paraĂźt avoir Ă©tĂ© altĂ©rĂ©e volontairement sur beaucoup de points. C’est avec outrance que cet enseignement affiche le peu de considĂ©ration que lui inspire la civilisation islamique, et il a l’habitude d’en rabaisser le mĂ©rite chaque fois que l’occasion s’en prĂ©sente. Il importe de remarquer que l’enseignement historique des UniversitĂ©s d’Europe ne montre pas l’influence dont il s’agit. Au contraire, les vĂ©ritĂ©s qui devraient ĂȘtre dites Ă  ce sujet, qu’il s’agisse de professer ou d’écrire, sont systĂ©matiquement Ă©cartĂ©es, surtout pour les Ă©vĂ©nements les plus importants. Par exemple, s’il est gĂ©nĂ©ralement connu que l’Espagne est restĂ©e sous la loi islamique pendant plusieurs siĂšcles, on ne dit jamais qu’il en fut de mĂȘme d’autres pays, tels que la Sicile ou la partie mĂ©ridionale de la France actuelle. Certains veulent attribuer ce silence des historiens Ă  quelques prĂ©jugĂ©s religieux. Mais que dire des historiens actuels dont la plupart sont sans religion, sinon adversaires de toute religion, quand ils viennent confirmer ce que leurs devanciers ont dit de contraire Ă  la vĂ©ritĂ© ? Il faut donc voir lĂ  une consĂ©quence de l’orgueil et de la prĂ©somption des Occidentaux, travers qui les empĂȘchent de reconnaĂźtre la vĂ©ritĂ© et l’importance de leurs dettes envers l’Orient. Le plus Ă©trange en cette occurrence c’est de voir les EuropĂ©ens se considĂ©rer comme les hĂ©ritiers directs de la civilisation hellĂ©nique, alors que la vĂ©ritĂ© des faits infirme cette prĂ©tention. La rĂ©alitĂ© tirĂ©e de l’histoire mĂȘme Ă©tablit pĂ©remptoirement que la science et la philosophie grecques ont Ă©tĂ© transmises aux EuropĂ©ens par des intermĂ©diaires musulmans. En d’autres termes, le patrimoine intellectuel des HellĂšnes n’est parvenu Ă  l’Occident qu’aprĂšs avoir Ă©tĂ© sĂ©rieusement Ă©tudiĂ© par le Proche-Orient et n’étaient les savants de l’Islam et ses philosophes, les EuropĂ©ens seraient restĂ©s dans l’ignorance totale de ces connaissances pendant fort longtemps, si tant est qu’ils soient jamais parvenus Ă  les connaĂźtre.
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René Guénon (Scritti sull'esoterismo islamico e il Taoismo)
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Ces professeurs, rencontrĂ©s dans les derniĂšres annĂ©es de ma scolaritĂ©, me changĂšrent beaucoup de tous ceux qui rĂ©duisaient leurs Ă©lĂšves Ă  une masse commune et sans consistance, « cette classe », dont ils ne parlaient qu'au superlatif d'infĂ©rioritĂ©. Aux yeux de ceux-lĂ  nous Ă©tions toujours lap lus mauvaise quatriĂšme, troisiĂšme, seconde, premiĂšre ou terminale de leur carriĂšre, ils n'avaient jamais eu de classe mois
 si
 On eĂ»t dit qu'ils s'adressaient d'annĂ©e en annĂ©e Ă  un public de moins en moins digne de leur enseignement. Ils s'en plaignaient Ă  la direction, aux conseils de classes, aux rĂ©unions de parents. Leurs jĂ©rĂ©miades Ă©veillaient en nous une fĂ©rocitĂ© particuliĂšre, quelque chose comme la rage que mettrait le naufragĂ© Ă  entraĂźner dans sa noyade le capitaine pleutre qui a laissĂ© le bateau s'empaler sur le rĂ©cif. (Oui, enfin, c'est une image
 Disons qu'ils Ă©taient surtout nos coupables idĂ©aux comme nous Ă©tions les leurs ; leur dĂ©pression routiniĂšre entretenait chez nous une mĂ©chancetĂ© de confort.) (p. 262-263)
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Daniel Pennac (Chagrin d'école)
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FrĂ©quenter l’universitĂ© marocaine Ă©tait, est toujours, loin d’ĂȘtre un plaisir, encore moins un sujet de fiertĂ©. Pour l’écrasante majoritĂ© des Ă©tudiants, c’était une chirurgie de dernier recours, une espĂšces de pis-aller en attendant d’intĂ©grer une Ă©cole de formation ou de se caser directement dans la vie professionnelle ou, mieux encore, de s'expatrier.
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Mohamed Nedali (Le poĂšte de Safi)
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exposer /ɛkspoze/ I. vtr 1. (montrer) to exhibit [Ɠuvre d'art]; to display, to put [sth] on display [marchandise]; to expose [condamnĂ©] ‱ ~ qch aux regards or Ă  la vue de tous | to put sth on public view ou display 2. (dĂ©crire) to state [faits]; to outline [idĂ©e, plan]; to list [griefs]; to explain [situation]; to expound [argument]; (LittĂ©rat) to set out [sujet]; (Mus) to introduce [thĂšme] ‱ ~ sa thĂšse Ă  qn | to outline one's theory to sb ‱ ~ ses observations sur qch | to give one's comments on sth 3. to expose 4. (mettre en danger) to risk [vie, rĂ©putation]; to stake [fortune] ‱ ~ un enfant | (Antiq) to expose a child; (Jur) to abandon a child 5. (soumettre Ă ) to expose (Ă  "to") ‱ ne reste pas exposĂ© au soleil (conseil gĂ©nĂ©ral) stay out of the sun; (mets-toi Ă  l'ombre) don't stay in the sun ‱ ‘ne pas ~ Ă  la chaleur’ | ‘keep away from direct heat’ ‱ ĂȘtre exposĂ© Ă  une maladie | to be exposed to a disease
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Synapse Développement (Oxford Hachette French - English Dictionary (French Edition))
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Ts’in (Qin n.n.) qui n’avait (d’abord) qu’un territoire fort restreint et qui n’avait qu’une puissance de mille chars’, fit venir Ă  lui les huit provinces et obtint l’hommage de ceux qui Ă©taient du mĂȘme rang que lui, et cela dura pendant plus de cent annĂ©es. Dans la suite cependant, quand tout l’espace compris dans les directions de l’univers Ă©tait sa demeure, quand Hiao et Hien Ă©taient son palais, il suffit qu’un simple particulier soulevĂąt des difficultĂ©s pour que les sept temples ancestraux fussent ruinĂ©s et pour que (le souverain) lui-mĂȘme pĂ©rit de la main des hommes, ce qui fut la risĂ©e de l’empire. Comment cela se produisit-il ? C’est parce que la bontĂ© et la justice ne furent pas rĂ©pandues (par Ts’in) et parce que les conditions pour conquĂ©rir et les conditions pour conserver sont diffĂ©rentes]
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Sima Qian (Mémoires historiques - DeuxiÚme Section (French Edition))
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« Elle ne croyait pas ce qu'elle venait d'entendre. Il avouait avec une telle facilité que son clan était responsable de l'impensable. Comme si la vie d'une femme n'avait aucune espÚce d'importance. Elle n'avait jamais jusqu'a été directement confrontée à la dure réalité de ce que faisaient les Walsh. »
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Mac Lau DESI (Le Clan des sacrifiés: Tome 2 : Quand tout a commencé (French Edition))
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Les gens s’intĂ©ressaient en effet aux changements de gouvernement et aux luttes politiques en gĂ©nĂ©ral comme ils se seraient intĂ©ressĂ©s Ă  un spectacle de théùtre ou Ă  une compĂ©tition sportive. La politique constituait pour tous une prĂ©occupation de chaque instant parce que c’était elle et elle seule qui permettait d’obtenir un emploi et divers avantages matĂ©riels ou moraux. Aussi longtemps qu’avaient alternĂ©, Ă  la tĂȘte du pays, deux grands partis, on avait pu continuer Ă  croire qu’une certaine justice et que la sĂ©lection par le talent Ă©taient possibles. Mais dĂšs l’instant oĂč le pouvoir avait Ă©tĂ© confiĂ© Ă  un parti qui n’avait pas un grand nombre de cadres, l’équilibre avait Ă©tĂ© rompu. Voulant dĂ©montrer au monde qu’il n’était pas si petit que ça, le parti en question s’était vu obligĂ© de placer Ă  des postes de responsabilitĂ© des hommes sans rĂ©el talent ou n’en ayant d’autre que celui d’ĂȘtre des militants, et il avait ainsi contribuĂ© Ă  dĂ©valoriser du mĂȘme coup toute la direction du pays. Des gens auxquels leurs seuls talents n’auraient jamais permis de devenir de simples chefs de bureau, s’étaient retrouvĂ©s du jour au lendemain prĂ©fets, maires, dĂ©putĂ©s
 On avait dĂšs lors assistĂ© Ă  un Ă©miettement des partis puisque n’importe quel mĂ©content un peu ambitieux, soutenu par une petite cour de partisans improvisĂ©s, pouvait lĂ©gitimement espĂ©rer se voir appeler un jour Ă  la direction suprĂȘme du pays
 (p. 296-297)
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Liviu Rebreanu (La bĂȘte immonde)
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Dans cet espace, oĂč les masses de pierre semblent Ă©craser tout, la source se montre si frĂȘle, qu’il ne serait pas Ă©tonnant que sa vie s’éteignĂźt un instant aprĂšs. Étonnante est, au contraire, la tĂ©mĂ©ritĂ© avec laquelle elle affirme son existence face aux pics altiers. Dans la nuit saisie d’étonnement, l’Olt commence son histoire, digne d’ĂȘtre Ă©coutĂ©e, dans un recueillement absolu, par les montagnes, par les hommes, par l’univers entier. À l’éternitĂ© des montagnes, il oppose une autre Ă©ternitĂ© : celle de l’eau qui jaillit du rocher et qui, par ce dont elle est composĂ©e, est plus vieille que toutes les montagnes rĂ©unies. Des centaines et des milliers de siĂšcles sont condensĂ©s dans le chuchotement de la source, l’un sous l’autre, remontant de plus en plus loin, jusque dans la nuit et avant la nuit des temps. Dans ce lit d’ùres, l’eau coule sur son passĂ©, comme sur une roche gigantesque, dont la couche la plus profonde remonte Ă  l’instant oĂč la terre s’est dĂ©tachĂ©e du soleil. C’est alors qu’elle a commencĂ© Ă  exister, et, depuis lors, dans chaque molĂ©cule et dans son Ă©norme totalitĂ©, elle est restĂ©e la mĂȘme. Le mince filet de l’Olt provient directement des masses liquides gĂ©antes qui ont recouvert la planĂšte, Ă  l’époque oĂč les continents Ă©taient encore loin de naĂźtre. Depuis, dans les ruisseaux, dans les fleuves, dans les mers, l’eau est restĂ©e la mĂȘme : Ă©lĂ©mentaire, unique. (traduction Dolores Toma)
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Geo Bogza (Cartea Oltului)
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Aussi ai-je dĂ©cidĂ© d'emprunter, pour intituler cet ouvrage, une formule utilisĂ©e par AndrĂ© Glucksmann ["La double vie de Chaperon rouge", in "Le Bien et le Mal. Lettres immorales d'Allemagne et de France", Hachette, Paris, 1997] dans un contexte tout Ă  fait diffĂ©rent et l'associer ainsi Ă  la traduction, "lĂ  oĂč tout est pareil et rien n'est semblable" ; mais s'il me fallait la paraphraser, procĂ©dant Ă  une adaptation outrageusement libre, j'aimerais rĂ©cupĂ©rer (en essayant de la traduire) une autre belle formule qui, elle, se rapporte directement Ă  la traduction et qui appartient Ă  Ion Heliade Rădulescu (1802-1872), le premier prĂ©sident de l'AcadĂ©mie roumaine : la traduction ou un "acquis gĂ©nĂ©ral, nuisible Ă  personne". (p. 31, extrait de l'avant-propos)
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Magda Jeanrenaud (La Traduction : lĂ  oĂč tout est pareil et rien n'est semblable)
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La destruction des sols et l'épuisement des ressources signalés par tous les travaux écologistes correspondent à une surexploitation parallÚle à la surfécondation de l'espÚce humaine. Cette surexploitation basée sur la structure mentale typique d'illimitisme et de soif d'absolu (qu'il s'agisse de profit matérialiste ou d'idéologie religieuse ou politique), qui est un des piliers du systÚme mùle, s'est d'autant plus facilement et librement exercée en l'absence de la cogestion féminine, toujours considérée comme un frein et un alourdissement à cause de ses aspects conservateurs, antiaventuristes, anticompétitifs et antiviolents. L'appropriation patriarcale de la fertilité terrestre a donc bien abouti, directement, par la destruction des ressources par surexploitation, comme l'appropriation patriarcale de la fécondité à la surpopulation mondiale ; ces deux motifs fondamentaux du patriarcat auront persisté à travers tous les régimes économiques pour déboucher sur le capitalisme industriel meurtrier et sur-polluant, en maintenant à chaque époque l'oppression des femmes et la hiérarchie sexiste. Le profit est le dernier visage du pouvoir, et le Capitalisme le dernier stade du patriarcat.
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Françoise d'Eaubonne (Écologie et FĂ©minisme - RĂ©volution ou mutation ?)
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Le caractĂšre “lion” n'est-il pas l'ombre d'un lion vĂ©ritable ? Et le chasseur qui connaĂźt le caractĂšre “lion” ne poursuit-il pas une ombre Ă  la place du lion vĂ©ritable, tout comme l'homme qui a appris le caractĂšre “femme” embrassera l'ombre de la femme au lieu d'une femme vĂ©ritable ? Avant le dĂ©luge de Pir-napishtim, en des temps reculĂ©s oĂč l'Ă©criture n'existait pas, toute joie et toute sagesse entraient directement en l'homme. À prĂ©sent, nous ne connaissons plus qu'une ombre de joie et une ombre de sagesse recouvertes du voile de l'Ă©criture.
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Atsushi Nakajima (Histoire du poÚte qui fut changé en tigre)
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Il y a des leçons qui procurent des renseignements sur les buts intellectuels et y prĂ©parent notre cerveau. Les leçons sont simples et peuvent ĂȘtre acquises et employĂ©es avec avantage. Mais il en est d’autres qui heurtent notre nature plus profonde et changent la direction de notre vie. Avant que nous les acceptions et que nous les payions par la rente de notre propre hĂ©ritage, nous devons nous arrĂȘter et rĂ©flĂ©chir. Dans l’histoire de l’homme, il survient des Ăąges de feux d’artifice qui nous Ă©blouissent par leur force et leur mouvement. Ils rient non seulement de la modeste lampe de notre foyer, mais jusque des Ă©toiles Ă©ternelles. Mais que cette provocation ne nous pousse pas Ă  supprimer notre lampe. Supportons patiemment l’insulte et comprenons que ces feux d’artifice ont de l’éclat, mais ne sont pas permanents, Ă  cause de l’explosivitĂ© extrĂȘme qui est la cause de leur force et aussi de leur Ă©puisement. Ils dĂ©pensent une somme fatale d’énergie et de substance en comparaison de leur gain et de leur production.
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Rabindranath Tagore (Nationalisme (French Edition))
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De ceux qui ne diffusent pas autour d'eux un relent d'Ă©chec, on peut difficilement dire qu'ils ont vĂ©cu. La dĂ©composition est la seule trace que laisse la marche de la vie, cet Ă©trange pourrissement de la matiĂšre. CrĂ©ation et destruction sont les diffĂ©rentes directions d'une mĂȘme substance qui s'affirme en s'effilochant.
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Emil M. Cioran (Razne)
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Telle est la rĂšgle gĂ©nĂ©rale
 Par malheur, il existe encore une autre rĂšgle, tout aussi gĂ©nĂ©rale
 Parmi les grands propriĂ©taires et mĂȘme parmi les moyens, il s'en trouve trĂšs peu qui cultivent eux-mĂȘmes leurs domaines ; la plupart d'entre eux – l'immense majoritĂ© – les afferment en bloc aux plus offrants. Les particuliers concluent le bail par contrat synallagmatique ; quant Ă  l'État et aux Fondations, ils usent de la voie des enchĂšres publiques, conformĂ©ment Ă  la loi de la ComptabilitĂ© de l'État. Seuls les domaines de la Couronne sont administrĂ©s directement sans l'intervention des fermiers. Ainsi donc, moyennant certains capitaux et quelques crĂ©dits, chacun peut prĂ©tendre Ă  accaparer les terres grandes et moyennes.
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Ion Luca Caragiale
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Dorina eut l'impression que le serpent venait directement à elle, et une terreur subite remplaça le charme de naguÚre. Comme si elle s'éveillait soudain devant une chose impossible à regarder, une chose terrible et périlleuse, qu'une jeune fille n'avait pas le droit de voir. L'approche du serpent semblait aspirer sa respiration, éparpiller le sang dans ses veines, embraser sa chair tout entiÚre d'une terreur teintée de frissons inconnus, d'un amour malade. Il y avait un insolite message de mort et de souffle érotique dans cette oscillation hideuse, dans la froide luminosité du reptile.
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Mircea Eliade (Șarpele)
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C'est dimanche dans le delta, sur la route de Mahmoudia, lĂ  oĂč les derniĂšres collines de la Dobroudja surplombent le bras de SfĂąntu Gheorghe. Sur la gauche de la route, en bordure d'un champ inclinĂ© qui vient d'ĂȘtre moissonnĂ©, sont Ă©parpillĂ©s des carrioles attelĂ©es d'Ăąnes ou de mulets. À mi-pente de la colline, autour d'une petite scĂšne oĂč le prĂȘtre officie parmi des icĂŽnes portatives, et tout un bric-Ă -brac qu'un Ɠil profane pourrait identifier comme du matĂ©riel de camping, quelques centaines de paysans et de paysannes, ĂągĂ©s pour la plupart, s'agenouillent dans le chaume, se relĂšvent, s'agenouillent de nouveau, entonnent des cantiques, lĂšvent haut de lourdes banniĂšres qui claquent au vent comme des oriflammes. Quand la messe se termine enfin, la plupart des carrioles, oĂč se sont entassĂ©s pĂȘle-mĂȘle les fidĂšles, leurs banniĂšres et leurs icĂŽnes, reprennent la route en dur, dans un grand raclement de roues cerclĂ©es de fer, en direction de Mahmoudia, mais quelques-unes s'engagent sur une piste Ă  peine visible qui, parmi des prairies Ă  moutons, rejoint la berge du Danube. ("Au pays des mille et une horreurs", "Le Figaro", 5 juillet 1990)
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Jean Rolin (L'homme qui a vu l'ours: Reportages et autres articles 1980-2005)
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Le cas d’Alain Jausselme, qui nous a rejoints en 1985, est tout Ă  fait exemplaire. Il Ă©tait secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral adjoint du C.I.R.I, c’est-Ă -dire du ComitĂ© InterministĂ©riel de Restructuration Industrielle, directement rattachĂ© au ministĂšre de l’Économie et des Finances. J’avais travaillĂ© avec lui sur un dossier et j’avais envie de continuer. Je lui ai donc fait des avances jusqu’à ce qu’un jour il me dise : « D’accord, j’ai envie de bouger, mais je veux d’abord un contrat, une lettre d’engagement et le rĂšglement de mon prĂ©avis. » Autrement dit, il voulait des garanties avant de faire le grand saut. Je lui ai rĂ©pondu : « Eh bien, donnez votre dĂ©mission et on verra plus tard. » Il l’a fait. Pour un fonctionnaire qui avait grandi en tĂ©tant aux mamelles de l’État et de la garantie de l’emploi, ce n’était pas une mince affaire. Mais aprĂšs avoir discutĂ© avec moi, il a compris que je ne lui ferais pas de lettre : je n’ai jamais fait de lettre d’engagement Ă  quiconque. Aucun de mes collaborateurs n’a de contrat. Il n’existe entre nous aucun engagement verbal, et une confiance rĂ©ciproque. Et cela dure depuis huit ans, sans que j’aie perdu ou licenciĂ© un seul d’entre eux.
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Bernard Tapie (Gagner)
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quand No est devenue une petite fille, sa mĂšre refusait de s’asseoir Ă  cĂŽtĂ© d’elle. Elle ne voulait pas l’avoir en face non plus. Il fallait que No soit loin, dans l’angle mort. Suzanne ne l’appelait jamais par son prĂ©nom, ne lui adressait pas directement la parole, la dĂ©signait de loin en disant elle.
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Delphine de Vigan (No et moi)
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Je suis membre des illuminati depuis 5 ans maintenant, je n'ai tuĂ© personne ni sacrifiĂ© personne mais les gens continuent de dire ce qu'ils ne savent pas sur les illuminati, les illuminati ont Ă©tĂ© une bĂ©nĂ©diction pour moi et ma famille, depuis que Lord Edmundo a fait moi un membre des illuminati je ne l'ai pas regrettĂ© un jour, j'ai Ă©tĂ© une bĂ©nĂ©diction pour mes amis de la famille et beaucoup de gens, les illuminati vous bĂ©nissent avec le pouvoir de la richesse et la renommĂ©e, ils vous apprennent comment aimer et aider les gens, je avoir de l'aide pour construire des orphelinats Ă  la maison, pourvoir aux besoins, si vous lisez ceci, vous avez de la chance, vous pouvez toujours ĂȘtre membre si vous choisissez de contacter Lord Edmundo sur le numĂ©ro WhatsApp ou appelez le +2348159768201 S'il a acceptĂ© de vous aider Ă  devenir membre heureux et reconnaissant et suivez le processus, et vous serez heureux de lire ce commentaire ou d'envoyer un e-mail direct au temple illuminati worldunitedpowersociety@gmail.com bĂ©nisse ceux qui sont sages et obĂ©issent aux lois Monsieur Jordan
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Monsieur Jordan
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D’une part, l’associĂ© de son dĂ©tective, Antoine Toulon, voulait le voir, disposant d’une information intĂ©ressante. D’autre part, Mathilda reprĂ©sentait un rempart contre certaines vicissitudes. Il s’était rĂ©solu Ă  se fier entiĂšrement Ă  elle, Ă  se livrer Ă  elle pieds et poings liĂ©s, confiant dans son jugement. Elle pourrait faire de lui ce qu’elle voudrait, car il ne savait plus trop dans quelle direction aller, alors qu’autour de lui, tout s’était Ă©croulĂ©. S’il ne disposait plus de garde-fou, de garde-barriĂšre, d’un dispositif qui le protĂšge, il se sentait promis aux tĂ©nĂšbres et Ă  leurs dĂ©mons. Le diable au cƓur
 LXXVII MATHILDA Il Ă©tait neuf heures. Il gara sa voiture le long du trottoir, comme il Ă©tait habituĂ© Ă  le faire. Une fatigue pesante Ă©tait
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Jean-Jacques Égron (Les PrivĂ©s du Croisic: Les enquĂȘtes du commandant Rosko - Tome 3 (French Edition))
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] on peut se demander si le fait que nous Ă©laborions nos discours, sans doute parfois de maniĂšre inconsciente, en direction des dominants ou de nos ennemis ne peut pas constituer une sorte de perte de temps et aboutir au dĂ©veloppement de stratĂ©gies rhĂ©toriques vouĂ©es Ă  l’échec : lorsque nous nous adressons au ministre de l’IntĂ©rieur Ă  propos des pratiques policiĂšres, au ministre du Travail Ă  propos des rĂ©formes du chĂŽmage, peut-on rĂ©ellement espĂ©rer les faire changer d’avis ? À quoi sert mĂȘme de leur parler, de s’adresse Ă  eux, de discuter ? Qu’espĂšre-t-on ? Toute personne qui a regardĂ© des « dĂ©bats » Ă  l’AssemblĂ©e nationale sait que des arguments puissants et rationnels ne changent rien Ă  la conviction du groupe majoritaire
 L’adresse aux dominants ne pourrait-elle pas ĂȘtre l’une des formes de l’impuissance politique - c’est-Ă -dire l’une de ces formes d’action qui nous enferment et nous piĂšgent dans l’ineffectivitĂ© Ă  mesure qu’elles se dĂ©veloppent ?
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Geoffroy de Lagasnerie (Sortir de notre impuissance politique)
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Il y a eu de nombres exemples, ces derniĂšres annĂ©es, de recours Ă  l’action directe : les associations qui affrĂštent des bateaux pour secourir les migrants qui se noyaient dans la MĂ©diterranĂ©e, Carola Rackete qui force en 2019 un blocus italien pour dĂ©barquer des hommes et femmes sauvĂ©s en mer vers le port de Lampedusa, CĂ©dric Herrou et les militants qui apportent aux migrants aide et assistance, celles et ceux qui rĂ©quisitionnent des logements vides pour y loger lĂ  encore des migrants ou des mineurs isolĂ©s, des antifascistes qui se mobilisent pour empĂȘcher un rassemblement d’extrĂȘme droite ou la signature d’un auteur rĂ©actionnaire
 En un sens, les actes des lanceurs d’alerte qui publient des documents en ligne ressortissent Ă  la mĂȘme catĂ©gorie puisque l’on peut assimiler ces pratiques Ă  du sabotage : perturber le fonctionnement d’une institution de l’intĂ©rieur de l’institution. C’est probablement en France l’association 269 LibĂ©ration animale, peut-ĂȘtre l’un des groupes les plus innovants politiquement actuellement, qui en fait l’usage le plus beau et le plus consĂ©quent : au lieu de se contenter de faire des vidĂ©os d’abattoirs, dont l’effet se limite souvent au fait de distribuer des peines aux ouvriers qui y travaillent, ses membres libĂšrent des animaux sur le point d’ĂȘtre exĂ©cutĂ©s dans des abattoirs puis les installent et les laissent vivre dans des sanctuaires, sorte d’utopie pratique rĂ©alisĂ©e, dont sont absentes les logiques de l’exploitation animale [
]. Lorsque le Black Panther Party organisa en 1967 des patrouilles armĂ©es pour policer la police et veiller Ă  ce qu’elle respecte la Loi et la constitution, et la menaçait d’intervenir dans le cas contraire, puis lorsqu’il mit en place des programmes de santĂ©, d’éducation, et de distribution alimentaire dans les quartiers noirs pour remplacer le gouvernement dĂ©faillant, c’est aussi de l’action directe qu’il dĂ©veloppa. (p. 43-44)
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Geoffroy de Lagasnerie (Sortir de notre impuissance politique)
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Tous les soirs, le prĂ©sident reçoit une longue note confidentielle qui dit les drames, les dangers et les dĂ©rives de la sociĂ©tĂ© française. On ne ressort pas indemne d’une telle lecture
 Le poids de la responsabilitĂ© vous tombe dessus. "Vous avez le singe sur l’épaule", dit Emmanuel Macron. Il est au cƓur de ce mistigri tragique, il subit la mort, il peut la donner. La nuit tombe deux fois. Il est tard, gĂ©nĂ©ralement, quand le chef de l’État se plonge dans un amas de notes, des dizaines de pages qui disent tout de la noirceur humaine. Ici, des attentats sont dĂ©jouĂ©s, y compris en 2019 Ă  deux pas de l’ÉlysĂ©e, opĂ©ration fomentĂ©e par des terroristes en herbe – l’un des auteurs putatifs est ĂągĂ© de dix-sept ans. LĂ , des TchĂ©tchĂšnes, accompagnĂ©s d’un imam, rĂšglent leurs comptes dĂšs que leur commerce est menacĂ©. PrĂ©cisons qu’il s’agit de drogue. La CĂŽte d’Azur accueille de nouveaux touristes : aprĂšs la mafia russe, les NigĂ©rians goĂ»tent la baie des Anges. Le crime est global, le crime est local, les faits divers sordides. Une grand-mĂšre violĂ©e par des migrants, ça frappe
 Les informations viennent de la Direction gĂ©nĂ©rale de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure, du service central du Renseignement territorial, de la prĂ©fecture de police de Paris, de la Division du renseignement de la gendarmerie nationale. La bureaucratie française a du bon
 L’impeccable prĂ©sentation de ces notes, sa rĂ©gularitĂ©, sa monotonie presque, permettent de crĂ©er de la distance entre la violence et la raison qu’il faut garder Ă  la tĂȘte de l’État. Chaque jour, le prĂ©sident reçoit une synthĂšse de documents avec un titre, un rĂ©sumĂ© logĂ© dans un cartouche et une analyse Ă©tayĂ©e. La livraison du week-end couvre le samedi et le dimanche. Dans le bureau voisin, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ÉlysĂ©e, Alexis Kohler, est destinataire d’un dossier identique. Il arrive aux deux hommes d’échanger dans la foulĂ©e, comme pour se partager un fardeau. [
] "Si ces notes Ă©taient publiĂ©es dans la presse
 ", relĂšve l’un de ceux qui les ont reçues. Comment ne pas cĂ©der Ă  l’effet de loupe, comment garder l’ñme sereine, prĂ©server une forme de recul ? Bernard Cazeneuve, qui avait accĂšs aux mĂȘmes informations lorsqu’il Ă©tait Ă  Beauvau, Ă©crit dans son livre À l’épreuve de la violence : "La question n’est plus de savoir si les Ă©lĂ©ments se dĂ©chaĂźneront, ou si par miracle nous serons Ă©pargnĂ©s, mais bien de deviner quand le tonnerre grondera, aprĂšs que la foudre se sera abattue sur nous.
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Corinne LhaĂŻk (La nuit tombe deux fois (French Edition))
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Elle traversa le 8e arrondissement d’un bon pas en direction de la Seine et de la rue Royale, une artĂšre courte situĂ©e entre la place de la Madeleine et la place de la Concorde, pas trĂšs loin de l’endroit oĂč Ă©taient vendus les nouveaux sacs hors de prix dont Chelsea s’était entichĂ©e
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Michelle Gable (L'appartement oublié)
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Elle s’éclaircit la voix. — TrĂšs bien. C’est lĂ  que je vous quitte. Bonne nuit et encore merci. J’ai vraiment passĂ© une soirĂ©e fantastique. — Non, je vous raccompagne. — C’est idiot ! Votre appartement se trouve dans la direction opposĂ©e. — Non, rĂ©pĂ©ta-t-il, cette fois d’un ton qui ne tolĂ©rait pas d’objection. Aucun gentleman digne de ce nom ne laisse sa cavaliĂšre rentrer seule la nuit.
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Michelle Gable (L'appartement oublié)
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Dans mon sillage les paroles j’avais quittĂ© mon moi-mĂȘme dans une saison de l’aube et dans mon sillage les paroles sanctifiaient un bonhomme de neige dans le dĂ©sert avec toutes les plaies de l’instant enveloppĂ©es dans l’aluminium invisible de la vie et avec un sourire triste dans le coin orientĂ© au nord d’un espoir cachĂ© je m’éloignais du prĂ©sent dans un passĂ© bien moins dĂ©fini que celui que j’avais rĂ©ellement vĂ©cu et je rangeais attentivement dans la mĂ©moire chaque mĂ©andre qui me testait depuis que j’étais parti comme je me souvenais de moi-mĂȘme sans bruit et sans dĂ©ranger il me semblait que le monde est un oiseau de paroles sorti d’un sablier dĂ©livrĂ© par le temps moi je suivrais l’ombre de la signification de chaque pas d’un comptage prĂ©cis jusqu’au cercle du destin dĂ©sorientĂ© par la direction
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George Schinteie (Deșertul de cuarț/ Le DĂ©sert de quartz)
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Je rompis le pain, j’en donnai au moine, j’en gardai aussi pour moi et je commençai Ă  manger
 – Mais oĂč trouver de l’eau, petit pĂšre ? Les champignons Ă©taient un peu salĂ©s et ce qui est salĂ© donne soif. – Il y a un ruisseau en contrebas, monsieur ; j’y vais sur-le-champ rapporter de l’eau, tout de suite. Et sans mĂȘme attendre une rĂ©ponse de ma part, il mit sa toque de moine sur sa tĂȘte et se dirigea vers la vallĂ©e, directement Ă  travers la forĂȘt, les mains vides
 Mais dans quoi diable va-t-il rapporter de l’eau ?
 Dans sa bouche ?
 Dans ses poings ?
 pensais-je, restĂ© debout, immobile, regardant fixement sur le taillis enchevĂȘtrĂ© par oĂč s’était Ă©vaporĂ©e la silhouette menue et sombre de mon moine. Et s’il m’a jouĂ© une farce, ce sacrĂ© moine  ? Qui sait ? 
 Et s’il se trouve qu’il a eu l’idĂ©e folle de pousser son chemin jusqu’à Nichit et de me planter là
 
 quand il fut suffisamment prĂšs pour que je puisse le voir, je fus certain qu’il tenait, Ă  ma grande surprise, d’un cĂŽtĂ© et de l’autre, entre les doigts noueux et Ă©cartĂ©s de ses deux mains, une sorte de casserole en fer-blanc, plutĂŽt longue que large et remplie d’eau Ă  ras-bords
 – Mais cette casserole — lui demandai-je, quand il fut prĂšs de moi — oĂč l’avez-vous trouvĂ©e, mon pĂšre ? Parce que vous ĂȘtes parti d’ici les mains vides ?
 – Mais ce n’est pas une casserole, monsieur. – Pourquoi dites-vous que ce n’est pas une casserole ? Moi je vois que c’est une casserole comme toutes les casseroles ; la seule diffĂ©rence c’est qu’elle est en fer-blanc. – Mais ce n’est pas du tout une casserole, monsieur. C’est ma toque ; seulement nous la faisons parfois en tĂŽle, parce que pardi ! On rencontre toutes sortes de situations  ; on peut avoir besoin, dans la forĂȘt, ou bien d’eau, ou bien d’une polenta, et, si on n’a pas de rĂ©cipient, on risque de souffrir beaucoup et de la soif et de la faim
 – Mon Dieu, on aura tout vu  ! Mais moi, je ne t’ai pas vu la casserole sur la tĂȘte, mon pĂšre, moi je t’ai vu avec une toque comme toutes les toques. – C’est vrai, monsieur, mais voyez-vous, j’ai enlevĂ© ma housse, car je n’allais pas tout de mĂȘme apporter de l’eau avec la housse dessus
 – Bon, mais pourquoi est-ce que Votre SaintetĂ© ne prend pas dans son sac, quand vous allez dans la forĂȘt, un verre, une casserole comme toutes les casseroles. – Mais pourquoi tant se charger
 monsieur, quand on peut utiliser la toque aussi bien en guise de casserole que de verre ? (traduction de Dolores Toma)
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Calistrat Hogaß (Pe drumuri de munte)
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Le sabre d'or Si « l'art est pour nous chose du passĂ© », comme l'Ă©crit Hegel, la poĂ©sie est elle aussi parole du passĂ© : dans le crĂąne, sous l'os frontal. Elle y attend Dieu comme un souverain un autre souverain Ă  la frontiĂšre d'un royaume. Chacun fait don Ă  l'autre d'un sabre d'or : l'un vient de la main du poĂšte l'autre de la tienne, lecteur. « Non le sabre, dit l'homme en riant, mais la mĂ©moire du sabre est poĂ©sie. –La mĂ©moire, dit Dieu en riant, est l'obole qui ouvre le passage vers l'une ou l'autre direction. »
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George Vulturescu
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mĂȘme si l'eau vieillie dans les mĂ©ta-univers qui nous humilient mon Ă©ternitĂ© s'Ă©vapore Ă  la limite thermodynamique de la connaissance ainsi mes pores restent-ils insensibles au froid cosmique dans lequel sommeillait autrefois le serpent du temps lorsque disait-on le temps prĂ©cĂ©dait la matiĂšre et mĂȘme si je me rebiffe Ă  mon tour je remonte tout au long d'une chute aux cĂŽtĂ©s des autres mortels (ivrognes fanfarons et suicidaires) et la flĂšche en direction de l'avenir arrive Ă  chaque fois dans le passĂ© chargĂ©e d'une mĂ©lancolie consternante en vain je tente de percer la sagesse des cinquante masses Planck et le sens du nuage initial des particules lourdes la mort continue Ă  dĂ©poser ses larves dans cette densitĂ© et moi je reste sa pitance gratuite (pitance)
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Dinu Flămùnd
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Durant mes annĂ©es de lycĂ©e, lorsque je discutais avec un chrĂ©tien, un musulman ou un juif, j’avais toujours eu la sensation que leur croyance Ă©tait Ă  prendre en quelque sorte au second degré ; qu’ils ne croyaient Ă©videmment pas, directement et au sens propre, Ă  la rĂ©alitĂ© des dogmes proposĂ©s, mais qu’il s’agissait d’un signe de reconnaissance, d’une sorte de mot de passe leur permettant l’accĂšs Ă  la communautĂ© des croyants – un peu comme aurait pu le faire la grunge music, ou Doom Generation pour les amateurs de ce jeu. Le sĂ©rieux pesant qu’ils apportaient parfois Ă  dĂ©battre entre des positions thĂ©ologiques Ă©galement absurdes semblait aller Ă  l’encontre de cette hypothĂšse ; mais il en allait de mĂȘme, au fond, pour les vĂ©ritables amateurs d’un jeu : pour un joueur d’échecs, ou un participant rĂ©ellement immergĂ© dans un jeu de rĂŽles, l’espace fictif du jeu est une chose en tous points sĂ©rieuse et rĂ©elle, on peut mĂȘme dire que rien d’autre n’existe pour lui, pendant la durĂ©e du jeu tout du moins.
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Michel Houellebecq (La possibilité d'une ßle (French Edition))
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Mais seule la littĂ©rature peut vous donner cette sensation de contact avec un autre esprit humain, avec l’intĂ©gralitĂ© de cet esprit, ses faiblesses et ses grandeurs, ses limitations, ses petitesses, ses idĂ©es fixes, ses croyances ; avec tout ce qui l’émeut, l’intĂ©resse, l’excite ou lui rĂ©pugne. Seule la littĂ©rature peut vous permettre d’entrer en contact avec l’esprit d’un mort, de maniĂšre plus directe, plus complĂšte et plus profonde que ne le ferait mĂȘme la conversation avec un ami - aussi profonde, aussi durable que soit une amitiĂ©, jamais on ne se livre, dans une conversation, aussi complĂštement qu’on ne le fait devant une feuille vide, s’adressant Ă  un destinataire inconnu.
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Michel Houellebecq (Soumission)
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Depuis la rĂ©volution numĂ©rique, et peut-ĂȘtre mĂȘme depuis la rĂ©volution industrielle, nous sommes des papillons de nuit fonçant vers une flamme. L’accĂ©lĂ©ration civilisationnelle par la technologie est un progrĂšs sans retour d’expĂ©rience du temps. Directement de l’iPad Ă  l’Ehpad.
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Fabien Maréchal, L'Attendeur (de PremiÚre classe)
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L’antagonisme Ă©conomique dĂ©coule du fait tout simple que la globalisation s’est rĂ©vĂ©lĂ©e n’ĂȘtre qu’une re-colonisation du monde par l’Occident, cette fois sous direction amĂ©ricaine plutĂŽt que britannique. L’exploitation des peuples moins avancĂ©s (l’extraction de la plus-value, diraient les marxistes) a Ă©tĂ© plus discrĂšte mais beaucoup plus efficace que dans les annĂ©es 1880-1914.
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Emmanuel Todd (La Défaite de l'Occident)
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Un homme, une famille chassĂ©s de leur terre ; cette vieille auto rouillĂ©e qui brimbale sur la route dans la direction de l'Ouest. J'ai perdu ma terre. Il a suffi d'un seul tracteur pour me prendre ma terre. Je suis seul et je suis dĂ©sorientĂ©. Et une nuit une famille campe dans un fossĂ© et une autre famille s'amĂšne et les tentes se dressent. Les deux hommes s'accroupissent sur leurs talons et les femmes et les enfants Ă©coutent. Tel est nƓud. Vous qui n'aimez pas les changements et craignez les rĂ©volutions, sĂ©parez ces deux hommes accroupis ; faites-les se haĂŻr, se craindre, se soupçonner. VoilĂ  le germe de ce que vous craignez. VoilĂ  le zygote. Car le "J'ai perdu ma terre" a changĂ© ; une cellule s'est partagĂ©e en deux et de ce partage naĂźt la chose que vous haĂŻssez : "Nous avons perdu notre terre." C'est lĂ  qu'est le danger, car deux hommes ne sont pas si solidaires, si dĂ©semparĂ©s qu"un seul. Et de ce premier "nous" naĂźt une chose encore plus redoutable : "J'ai encore un peu Ă  manger" plus "Je n'ai rien". Si ce problĂšme se rĂ©sout par "Nous avons assez Ă  manger" la chose est en route, le mouvement a une direction. Une multiplication maintenant, et cette terre, ce tracteur sont Ă  nous. Les deux hommes accroupis dans le fossĂ©, le petit feu, le lard qui mijote dans une marmite unique, les femmes muettes, au regard fixe ; derriĂšre, les enfants qui Ă©coutent de toute leur Ăąme les mots que leurs cerveaux ne peuvent pas comprendre. La nuit tombe. Le bĂ©bĂ© Ă  froid. tenez, prenez cette couverture. Elle est en laine. C'Ă©tait la couverture de ma mĂšre... prenez-la pour votre bĂ©bĂ©. VoilĂ  ce qu'il faut bombarder. C'est le commencement... du "Je" au "Nous".
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John Steinbeck (The Grapes of Wrath)
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En effet, double est la nature de la vache bretonne. A certaines pĂ©riodes de l'annĂ©e,(...) une Ă©tonnante rĂ©volution se produit dans son ĂȘtre. Ses meuglements s'accentuent, se prolongent, leur texture harmonique elle-mĂȘme se modifie jusqu'Ă  rappeler parfois de maniĂšre stupĂ©fiante certaines plaintes qui Ă©chappent aux fils de l'homme. Ses mouvements se font plus rapides, plus nerveux, parfois elle trottine. Il n'est jusqu'Ă  son mufle, lequel semblait pourtant, dans sa rĂ©gularitĂ© luisante, conçu pour reflĂ©ter la permanence absolue d'une sagesse minĂ©rale, qui ne se contracte et se torde sous l'effet douloureux d'un dĂ©sir assurĂ©ment puissant. La clef de l'Ă©nigme est fort simple, et la voici : ce que dĂ©sire la vache bretonne (manifestant ainsi, il faut lui rendre justice sur ce point, le seul dĂ©sir de sa vie), c'est, comme le disent les Ă©leveurs dans leur parler cynique, "se faire remplir". Aussi la remplissent-ils, plus ou moins directement : la seringue de l'insĂ©mination artificielle peut en effet, quoique au prix de certaines complications Ă©motionnelles, remplacer pour cet office le pĂ©nis du taureau. Dans les deux cas la vache se calme et revient Ă  son Ă©tat originel de mĂ©ditation attentive, Ă  ceci prĂšs que quelques mois plus tard elle donnera naissance Ă  un ravissant petit veau. Ce qui est, soi dit en passant, tout bĂ©nĂ©fice pour l'Ă©leveur.
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Michel Houellebecq (Extension du domaine de la lutte. by Michel Houellebecq (2002-03-31))
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Ă  ceux dont l’ñme a faim et soif de la lumiĂšre d’amour libĂ©ratrice, je les invite Ă  explorer certains travaux moins connus, tels que les manuscrits de la mer Morte et les manuscrits de Nag Hammadi. Ils y trouveront des traductions directes de discours du
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Claire Heartsong (Anna, grand-mĂšre de JĂ©sus: L’histoire extraordinaire d’une femme qui a changĂ© le monde en donnant naissance Ă  une lignĂ©e spirituelle (French Edition))
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[...] c’est que l’élite, par lĂ  mĂȘme que le peuple est son extrĂȘme opposĂ©, trouve vĂ©ritablement en lui son reflet le plus direct, comme en toutes choses le point le plus haut se reflĂšte directement au point le plus bas et non en l’un ou l’autre des points intermĂ©diaires. C’est, il est vrai, un reflet obscur et inversĂ©, comme le corps l’est par rapport Ă  l’esprit, mais qui n’en offre pas moins la possibilitĂ© d’un « redressement », comparable Ă  celui qui se produit Ă  la fin d’un cycle : ce n’est que lorsque le mouvement descendant a atteint son terme, donc le point le plus bas, que toutes choses peuvent ĂȘtre ramenĂ©es immĂ©diatement au point le plus haut pour commencer un nouveau cycle : et c’est en cela qu’il est exact de dire que « les extrĂȘmes se touchent » ou plutĂŽt se rejoignent. La similitude entre le peuple et le corps, Ă  laquelle nous venons de faire allusion, se justifie d’ailleurs encore par le caractĂšre d’élĂ©ment « substantiel » qu’ils prĂ©sentent Ă©galement l’un et l’autre, dans l’ordre social et dans l’ordre individuel respectivement, tandis que le mental, surtout si on l’envisage spĂ©cialement sous son aspect de « rationalitĂ© », correspond plutĂŽt Ă  la « classe moyenne ». Il rĂ©sulte aussi de lĂ  que l’élite, en descendant en quelque sorte jusqu’au peuple, y trouve tous les avantages de l’« incorporation », en tant que celle-ci est nĂ©cessaire pour la constitution d’un ĂȘtre rĂ©ellement complet dans notre Ă©tat d’existence ; et le peuple est pour elle un « support » et une « base », au mĂȘme titre que le corps l’est pour l’esprit manifestĂ© dans l’individualitĂ© humaine.
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René Guénon (Initiation and Spiritual Realization)
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L’homme de l’AntiquitĂ© qui se reprĂ©sentait la terre comme une Ăźle entourĂ©e par l’ocĂ©an primordial et le ciel comme une coupole protectrice posĂ©e par-dessus, ou l’homme du Moyen Age qui se figurait les cieux comme des cercles concentriques Ă©chelonnĂ©s depuis le centre de la terre jusqu’à la sphĂšre de l’esprit divin, englobant toute chose et ne connaissant plus de limite propre, ces hommes se trompaient certainement sur les vĂ©ritables relations rĂ©gnant dans l’univers physique. En revanche, ils Ă©taient parfaitement conscients d’un fait beaucoup plus important, Ă  savoir que le monde matĂ©riel ne reprĂ©sente pas toute la rĂ©alitĂ©, qu’il est entourĂ© et pĂ©nĂ©trĂ© par une rĂ©alitĂ© Ă  la fois plus vaste et plus subtile, laquelle est Ă  son tour contenue dans l’esprit ; directement ou indirectement, ils savaient Ă©galement que l’immensitĂ© de l’univers n’est rien par rapport Ă  l’Infini.
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Titus Burckhardt (Science moderne et Sagesse traditionnelle)
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Quand aux traditions «prĂ©-hindoues» dans l’Inde, je me suis sans doute insuffisamment expliquĂ©. Il est bien entendu que tous les peuples sont ou ont Ă©tĂ© en possession de traditions qui dĂ©rivent d’une source unique, mais de façon plus ou moins distincte. Les traditions summĂ©riennes, dravidiennes, etc., paraissent procĂ©der de formes se rattachant plus spĂ©cialement Ă  certains centres secondaires, tandis que la tradition «hindoue», venue du Nord, est celle qui provient le plus directement de la Tradition primordiale (pour notre Manvantara), indiquĂ© partout comme «polaire» Ă  l’origine. Ceci a naturellement un lien direct avec la question du «Paradis Terrestre» Ă  laquelle vous faĂźtes allusion, et dont j’ai dĂ©jĂ  parlĂ© dans mon livre «Le Roi du Monde», ce qui n’empĂȘche que j’y reviendrai peut-ĂȘtre encore quelque jour comme vous le me suggĂ©rez. - Pour ce qui est de l’analogie des Ă©vĂ©nements historiques avec les principes, d’oĂč leur valeur symbolique (qui n’exclue aucunement leur rĂ©alitĂ© de fait), j’y ai insistĂ© souvent; c’est lĂ  une chose que les occidentaux semblent avoir beaucoup de peine Ă  comprendre en gĂ©nĂ©ral. [lettre Ă  Ananda Coomaraswamy 24 juin 1935]
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René Guénon
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Le costume viril musulman est une synthĂšse des vĂȘtements sacerdotal et monastique et affirme en mĂȘme temps la dignitĂ© virile. C'est le turban qui, d'aprĂšs les dires du ProphĂšte, indique la dignitĂ© spirituelle, donc sacerdotale, de mĂȘme que la couleur blanche des vĂȘtements, le manteau aux larges plis et le haĂŻk enveloppant la tĂȘte et les Ă©paules. Certains vĂȘtements propres aux habitants du dĂ©sert ont Ă©tĂ© gĂ©nĂ©ralisĂ©s et "stylisĂ©s" dans un but spirituel. Le caractĂšre monastique, par contre, s'affirme dans la simplicitĂ© du costume musulman et dans la prohibition plus ou moins rigoureuse des bijoux d'or et de la soie; seules les femmes peuvent porter l'or et la soie, et ce n'est pas en public mais seulement dans l’intĂ©rieur de la maison, - qui correspond au monde intĂ©rieur de l'Ăąme, - qu'elles peuvent montrer ces parures. Partout oĂč la civilisation islamique commence Ă  dĂ©choir, c'est d'abord le turban qu'on bannit, puis le port des vĂȘtements larges et souples, qui facilitent les gestes de la priĂšre rituelle. Quant Ă  la campagne menĂ©e, en certains pays arabes, en faveur du chapeau, elle vise directement l'abolition des rites, car le bord du chapeau empĂȘche le front de toucher le sol lors des prosternations; la casquette Ă  visiĂšre, avec son allure particuliĂšrement profane, n'est pas moins hostile Ă  la tradition. Si l'usage des machines nĂ©cessite le port de tels vĂȘtements, cela prouve simplement, du point de vue de l'Islam, que le machinisme Ă©loigne l'homme de son centre existentiel, oĂč il est "debout devant Dieu".
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Titus Burckhardt (Sacred Art in East and West, 1st Edition (Wisdom Foundation Series))
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Ce que nous dĂ©couvrons maintenant, de l'autre cĂŽtĂ© de Gutenberg, c'est que la perte ne vient pas seulement de la lacune mais aussi de l'excĂšs. Pas seulement de la disparition matĂ©rielle ou mentale de l'Ă©crit, mais de sa surabondance immaĂźtrisable. Pas seulement de la pĂ©nurie des images, mais de leur pullulement. C'est pourquoi il faut Ă  prĂ©sent changer la direction, changer le signe de la perte. La perte a longtemps Ă©tĂ© perçue en termes de dĂ©ficit et de privation, comme une soustraction de rĂ©alitĂ© ou de savoir. Mais dĂ©sormais nous devons inverser les signes et reconnaĂźtre, Ă  cĂŽtĂ© du dommage par soustraction, un dommage par surabondance et amplification. Nous apprenons qu’une information foisonnante et envahissante n’assure pas la prĂ©sence et la visibilitĂ© de toutes les donnĂ©es. Nous commençons Ă  mesurer ce qui se dissipe entre trop d’archives et trop de demandes d’attention. S’il est vrai que l’unique est fragile, il est vrai aussi que le dĂ©mon est lĂ©gion, le pullulement a un coĂ»t et l’excĂšs engendre du dĂ©laissement. Entre un et beaucoup, beaucoup a pu paraĂźtre d’abord une protection ou mĂȘme une garantie contre la disparition, tant qu’on voyait l’extinction d’ĂȘtre comme une pĂ©nurie poussĂ©e Ă  la limite. Mais nous prenons conscience maintenant que beaucoup indĂ©finiment boursouflĂ© ne garantit pas la visibilitĂ©.
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Judith Schlanger (PrĂ©sence des Ɠuvres perdues)
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Urbain VIII fit alors envoyer par l'ambassade une note destinĂ©e Ă  l'inquisiteur et Ă  GalilĂ©e, rĂ©pĂ©tant les conditions auxquelles le livre devait rĂ©pondre pour que l'imprimatur lui soit octroyĂ©. J'ai reproduit cette note autrefois. Elle est remarquable. Dans l'Ă©tat des connaissances du temps, un scientifique d'aujourd'hui ne pourrait donner de meilleurs conseils. En voici l'essentiel: « L'inquisiteur pouvait permettre la publication Ă  Florence, s'il s'agissait de considĂ©rations purement mathĂ©matiques sur le systĂšme de Copernic. En aucun cas, ce livre ne pourrait admettre d'allĂ©gations absolues, mais il devait se maintenir dans les limites de l'hypothĂšse; surtout il n'y serait pas question de l'Écriture Sainte. « Il ne doit pas avoir pour titre et pour sujet le flux et le reflux de la mer ... mais l'examen mathĂ©matique de l'hypothĂšse copernicienne relative au mouvement de la Terre, en vue de prouver que (la rĂ©lĂ©vation divine et la doctrine sacrĂ©e Ă©tant rĂ©servĂ©es) cene hypothĂšse se concilie avec les phĂ©nomĂšnes apparents et n'est pas dĂ©truite par les arguments contraires qui peuvent ĂȘtre empruntĂ©s Ă  l'expĂ©rience et Ă  la philosophie pĂ©ripatĂ©ticienne» (c'est-Ă -dire celle d'Aristote et de PtolĂ©mĂ©e)." « Le but de l'ouvrage doit ĂȘtre surtout de faire voir que I'on connaĂźt toutes les raisons qui peuvent ĂȘtre invoquĂ©es en faveur de la doctrine» (copernicienne - c'est moi qui souligne), et que ce n'est pas pour les avoir ignorĂ©es qu'a Ă©tĂ© promulguĂ© Ă  Rome le dĂ©cret (de 1616) «auquel l'ouvrage devra se conformer dans son commencement et dans sa fin, qui seront envoyĂ©s Ă  l'inquisiteur ... AprĂšs ces prĂ©cautions, le livre ne rencontrera aucun obstacle Ă  Rome et l'inquisiteur pourra donner satisfaction Ă  l'auteur ... ». Quand on lit sans parti pris ces directives du pape, Ă©crit Aubanel, «on ne peut qu'ĂȘtre frappĂ© de sa sagesse et de la libertĂ© qu'il donne Ă  GalilĂ©e. Que lui demande-t-on ? De ne pas enseigner comme une vĂ©ritĂ© absolue une thĂ©orie gu'il n'appuie que sur des probabilitĂ©s; de laisser de cĂŽtĂ© l'Ecriture Sainte; de ne point faire dĂ©pendre toute la question de sa preuve fameuse - et fausse - du flux et du reflux. Il a mĂȘme la permission - et ceci est Ă  retenir - de combattre Aristote et de montrer l'impuissance de sa philosophie Ă  dĂ©mentir la doctrine qu'il prĂ©conise. OĂč donc trouver dans ces lignes la moindre entrave Ă  la science? Il n'yen a aucune ».
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Philippe Decourt (I. Faut-il réhabiliter Galilée ? - II. Comment on falsifie l'histoire : le cas Pasteur)
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il faut dire que les progressistes ne se trompent pas tout Ă  fait quand ils estiment qu’il y a quelque chose, dans la religion, qui ne va plus ; en fait, l’argumentation individualiste et sentimentale avec laquelle opĂšre la piĂ©tĂ© traditionnelle ne mord plus guĂšre sur les consciences, et il en est ainsi, non seulement pour la simple raison que l’homme moderne est irrĂ©ligieux, mais aussi parce que les arguments religieux habituels, n’allant pas suffisamment au fond des choses et n’ayant d’ailleurs pas eu besoin autrefois de le faire, sont quelque peu usĂ©s psychologiquement et ne rĂ©pondent pas Ă  certains besoins de causalitĂ©. C’est un phĂ©nomĂšne paradoxal que les sociĂ©tĂ©s humaines, si d’une part elles dĂ©gĂ©nĂšrent avec le temps, accumulent d’autre part des expĂ©riences en vieillissant, ces derniĂšres fussent-elles mĂȘlĂ©es d’erreurs ; c’est ce dont devrait tenir compte une « pastorale » soucieuse d’efficacitĂ©, non en puisant des directives nouvelles dans l’erreur commune, mais au contraire en utilisant des arguments d’un ordre supĂ©rieur, intellectuel et non sentimental ; de la sorte, on sauverait au moins quelques-uns, — et un plus grand nombre qu’on ne serait tentĂ© de supposer, — alors qu’avec la « pastorale » scientiste et dĂ©magogique on ne sauve personne.
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Frithjof Schuon (Form and Substance in the Religions (The Writings of Frithjof Schuon))
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Quand apparaissent les premiers textes, tout modestes qu’ils soient, des formes sont lisibles, ou reconnaissables sur le parchemin, le soleil de l’écriture, en son aurore, Ă©teint les Ă©toiles de la reconstruction. La mise en Ă©crit du français n’est toutefois pas tenue pour une Ă©tape ni une rupture : le français est finalement « attesté », on possĂšde enfin quelques documents sur l’état de langue, ce qui assoit les hypothĂšses. Tout au plus on le signale en note, et on convoque les philologues. Car pour la linguistique historique, ces documents ne sont pas fiables. CopiĂ©s, recopiĂ©s, filtrĂ©s par les habitudes latines des scribes, ces textes ne renvoient pas directement Ă  la langue de la pratique quotidienne (et le moyen qu’ils le fissent ?), Ă  cette parole vraie que la linguistique historique incessamment recherche. Il convient donc de critiquer ces documents, de leur faire rendre raison de la parole enfouie qu’ils recĂšlent, de faire surgir ce qui, parfaitement et originellement, fut. C’est le travail de la philologie, archĂ©ologie de l’origine, qui vient curieusement reconstruire lĂ  oĂč l’on pouvait enfin se passer de reconstruction 
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Anonymous
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Coupé de tout contact avec le monde extérieur et avec le passé, le citoyen d'Océania est comme un homme des espaces interstellaires qui n'a aucun moyen de savoir qu'elle direction monte et laquelle descend. [...] La guerre donc, si nous la jugeons sur le modÚle des guerres antérieures, est une simple imposture. [...] Elle dévore le surplus des produits de consommation et elle aide à préserver l'atmosphÚre mentale spéciale dont a besoin une société hiérarchisée.
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George Orwell (1984)
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Par suite, on peut dire que le sang est en rapport direct avec le cĂŽtĂ© infĂ©rieur de l’état subtil ; et de lĂ  vient l’interdiction du sang comme nourriture, son absorption entraĂźnant celle de ce qu’il y a de plus grossier dans la vitalitĂ© animale, et qui, s’assimilant et se mĂȘlant intimement aux Ă©lĂ©ments psychiques de l’homme, peut effectivement amener de fort graves consĂ©quences. De lĂ  aussi l’emploi frĂ©quent du sang dans les pratiques de magie, voire de sorcellerie (comme attirant les entitĂ©s « infernales » par conformitĂ© de nature) ; mais, d’autre part, ceci est aussi susceptible, dans certaines conditions, d’une transposition dans un ordre supĂ©rieur, d’oĂč les rites, soit religieux, soit mĂȘme initiatiques (comme le « taurobole » mithriaque), impliquant des sacrifices d’animaux ; comme il a Ă©tĂ© fait allusion, Ă  cet Ă©gard, au sacrifice d’Abel opposĂ© Ă  celui, non sanglant, de CaĂŻn, nous reviendrons peut-ĂȘtre sur ce dernier point en une prochaine occasion.
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René Guénon (Traditional Forms and Cosmic Cycles (Collected Works of Rene Guenon))
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Il y a trente-cinq ans, Paul et Percival Goodman estimaient que seuls cinq pour cent du travail effectuĂ© alors - il est probable que ce chiffre, pour peu qu'il soit fiable, serait plus bas de nos jours - auraient suffi Ă  satisfaire nos besoins minimaux : alimentation, vĂȘtements, habitat. Leur estimation n'est qu'une supposition Ă©clairĂ©e mais la conclusion en est aisĂ©e Ă  tirer : directement ou indirectement, le gros du travail ne sert que les desseins improductifs du commerce et du contrĂŽle social.
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Bob Black (Travailler, moi ? Jamais !)
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Si tu souhaites te sculpter, tu devras exercer chaque jour tes muscles et ĂȘtre attentive Ă  ton hygiĂšne de vie. Ce n’est pas en pratiquant une demi-heure de sport par mois et en ingurgitant des aliments gras que tu obtiendras le rĂ©sultat escomptĂ©. Pour l’esprit, c’est pareil. Il te faut surveiller chaque jour tes pensĂ©es en tentant de ne pas te laisser polluer par le nĂ©gativisme. Être positif, c’est arriver Ă  contrĂŽler nos peurs; croire en nos rĂȘves, les visualiser et laisser entrer les opportunitĂ©s. Tu as dĂ©jĂ  fait le plus important: tu as dĂ©cidĂ© de la direction en priorisant ta vie. C’est plus simple de prendre la route quand on sait oĂč l’on va.
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Maud Ankaoua (KilomÚtre zéro)
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Ce qu’il y a en effet de frappant dans l’« accĂ©lĂ©ration de l’histoire » que nous vivons, c’est que cette vitesse vertigineuse Ă  laquelle le monde court vers l’avenir s’accompagne d’une absence de contrĂŽle sur la direction de marche.
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Romain Gary (La nuit sera calme)
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La doctrine de l’identitĂ© et de l’unitĂ© est plus dĂ©veloppĂ©e en l’Islam qu’ailleurs. Sa prĂ©cieuse qualitĂ© d’ésotĂ©ro-exotĂ©rique provient surtout de sa conception de la rĂ©alitĂ© collective comme agent indispensable Ă  la transformation de la rĂ©alitĂ© personnelle en UniversalitĂ© humaine ou rĂ©alitĂ© prophĂ©tique. Le Christianisme et le Bouddhisme rejettent la rĂ©alitĂ© collective avec horreur ou mĂ©pris pour faire l’Homme universel dans une petite quiĂ©tude. Ils diffĂšrent donc de l’Islam qualitativement et psychologiquement. L’Islam se distingue du Brahmanisme Ă©sotĂ©rique quantitativement, car il est plus vaste. Le Brahmanisme n’est que local, au moins au point de vue pratique, tandis que l’Islam est universel. Il diffĂšre du positivisme antidoctrinaire au point de vue formaliste et mĂ©taphysique. Il est en opposition directe avec la philosophie allemande, laquelle, par sa confusion de la fĂ©odalitĂ© avec l’aristocratie, a complĂštement faussĂ© l’idĂ©e de gouvernement.
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Ivan AguĂ©li (Écrits pour la Gnose, comprenant la traduction de l'arabe du TraitĂ© de l'unitĂ©)
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C’est pourquoi la vibration ondulatoire, aprĂšs avoir impressionnĂ© tout l’ocĂ©an psychique, revient au lieu mĂȘme oĂč elle naquit, avec une valeur et une direction nouvelles, sur lesquelles nous n’avons, nous humains, aucunes donnĂ©es certaines, ni mĂȘme conceptibles (car les influences rencontrĂ©es par l’ondulation sur l’ocĂ©an psychique sont au-dessus du domaine humain, et font partie d’un ensemble cosmique dont nous ignorons les Ă©lĂ©ments de vigueur)
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Matgioi (La Voie Rationnelle)
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Les 8 VallĂ©es (les noms des paliers de profondeur du vagin) 1) La Corde du Luth, profonde de 1 pouce (2,5 cm) 2) Les Dents de la ChĂątaigne d’eau, 2 pouces 3) Le Ruisselet, trois pouces 4) La Perle Noire, 4 pouces 5) Le Propre de la VallĂ©e, 5 pouces 6) La Chambre profonde, 6 pouces 7) La Porte IntĂ©rieure, 7 pouces 8) Le PĂŽle Nord, 8 pouces Les 9 maniĂšres d'agiter la Tige de Jade 1) Frapper Ă  gauche et Ă  droite comme un guerrier courageux qui tenterait de disperser les rangs de ses ennemis 2) Mouvoir de haut en bas (la tige de jade) comme un cheval sauvage fit le saut de mouton pour passer une riviĂšre 3) Se retirer et s’enfoncer comme une bande de mouettes jouant sur les vagues 4) Alterner rapidement pĂ©nĂ©trations profondes et pĂ©nĂ©trations superficielles comme un moineau bequetant les grains de riz 5) EnchaĂźner d’une façon rĂ©guliĂšre coups profonds et coups peu profonds comme de grosses pierres s’enfonçant dans la mer 6) Entrer avec lenteur comme un serpent se glisse dans son trou pour hiverner 7) Donner de petits coups rapides Ă  la maniĂšre d’un rat effrayĂ© qui se prĂ©cipite dans son trou 8) S’élever lentement, puis foncer comme l’aigle attrapant une proie fuyante 9) S’élever puis piquer du nez comme un grand voilier bravant le coup de vent Sou NĂŒ, la conseillĂšre de Huang Di (l'Empereur Jaune) ajoute: «Profonde et superficielles, lentes et rapides, directes et obliques, toutes ces poussĂ©es ne sont nullement uniformes, et chacune possĂšde ses propres effets et caractĂ©ristiques. Une poussĂ©e lente doit ressembler au mouvement d’une carpe jouant avec l’hameçon; une poussĂ©e rapide, au vol des oiseaux contre le vent. Introduisant et retirant, remuant de bas en haut, de gauche Ă  droite, marquant des pauses ou bien en une succession rapide, tous ces mouvements doivent se correspondre. Il faut appliquer chacun d’eux au moment voulu et ne pas s’en tenir toujours Ă  un seul et mĂȘme style parce qu’on y trouve son bon plaisir»
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Jolan Chang (The Tao of Love and Sex: The Ancient Chinese Way to Ecstasy)
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Ce sur quoi vous portez votre attention a une influence directe sur votre moral : par exemple, si vous avez des pensĂ©es nĂ©gatives trop longtemps, votre Ă©tat gĂ©nĂ©ral en pĂątira. Vous ne devez pas laisser vos pensĂ©es nĂ©gatives prendre le dessus, c’est Ă  vous de choisir sur quoi focaliser votre attention.
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Eleanor Martel (ANTHONY ROBBINS "RĂ©sumĂ© DĂ©taillĂ© et Complet De Trois Grandes ƒuvres": Pouvoir illimitĂ©, L’éveil de votre puissance intĂ©rieure, Les onze lois de la rĂ©ussite (French Edition))
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André Comte-Sponville souligne à juste titre que « la sagesse indique une direction : celle du maximum de bonheur dans le maximum de lucidité ».
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Frédéric Lenoir (Du bonheur: un voyage philosophique (Documents) (French Edition))
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Violante lui adressa un sourire lĂ©gĂšrement crispĂ©. son regard s'attarda un instant sur le chiot qui jappait dans leur direction. elle ressentit un Ă©trange pincement au cƓur. Bien sĂ»r, il Ă©tait ravissant. DĂ©sarmant de candeur, mĂȘme. Pourtant, elle sentait au fond d'elle-mĂȘme qu'on avait touchĂ© lĂ  Ă  quelque chose d'interdit. Une fois de plus, LĂ©on avait vu juste. Les gens riches ne valaient pas mieux que les autres. sous les robes de soie et les cannes en argent, la cruautĂ© Ă©tait la mĂȘme.
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Floriane Soulas (Rouille)
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PremiĂšrement, la participation des citoyens s’exerçait directement. C’est en contradiction avec notre systĂšme actuel, oĂč la reprĂ©sentation populaire est beaucoup plus une affaire de spĂ©cialistes. Aujourd’hui, seul le jury d’un procĂšs d’assises se compose encore de simples citoyens. DeuxiĂšmement, des dĂ©cisions importantes Ă©taient prises par de trĂšs grandes masses de gens. L’AssemblĂ©e du peuple ou EcclĂ©sia rĂ©unissait des milliers d’hommes ; l’HĂ©liĂ©e ou Tribunal du peuple comptait 6 000 membres.
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David Van Reybrouck (Contre les élections)
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opĂ©ration. Et nous ne voulons pas de casse, ni chez vos hommes, ni pour nous, d’autant que Tel Aviv niera son implication si ça tourne mal. Mais, il y a moins de cinq ans, j’ai moi-mĂȘme Ă©gorgĂ© un responsable du Esbollah qui faisait partie de la liste de l’opĂ©ration ColĂšre de Dieu. Au passage, j’ai tuĂ© quatre de ses gardes du corps Ă  l’arme blanche. Je vous rappelle, que nous sommes sous mandat direct de la Knesset, et qu’il s’agit justement d’une prolongation de ColĂšre de Dieu. Les ordres donnĂ©s aux terroristes arabes Ă  Munich en 72 l’ont Ă©tĂ© depuis ici. Donc, je viens. Je suis garante des compĂ©tences d’Eve, quant au jeune blanc bec derriĂšre vous, Ezra, c’est notre meilleur homme de terrain. - Il nous faut une personne en support logistique, quoiqu’il arrive, conclut le militaire vexĂ©. Donc, dĂ©merdez-vous comme vous voulez, Ă  la courte paille si ça vous amuse. Mais, j’en emmĂšne deux sur les trois. Pas les trois. - Au fait, ça vous sera probablement utile dit Eve, en tendant les plans et compte-rendu de Menouha. C’est assez parcellaire comme informations, mais, elle a quand mĂȘme fait un bon boulot. 29 AoĂ»t 1990 – Rio de Janeiro – BrĂ©sil Sarah prĂ©parait Thomas dans la salle de bain. - Il est oĂč papa ? - Il est parti jouer au golf avec le monsieur qui nous a aidĂ©s Ă  guĂ©rir ta sƓur. - Il rentre quand ? - Ce soir. Nous, on va aller Ă  la plage avec ChloĂ©. Le petit garçon Ă©chappa aux mains de sa mĂšre qui venait de lui enfiler son t-shirt et courut dans le salon. - Isabella, tu viens avec nous Ă  la plage ? - Je ne sais pas mon grand, rĂ©pondit la jeune infirmiĂšre. Maman veut peut-ĂȘtre rester seule avec ses deux bambins. - Non. Isabella, vous pouvez venir avec nous. Cela fera plaisir aux enfants, rĂ©pondit Sarah depuis la salle de bain. Le temps Ă©tait magnifique. Thomas courait devant, son ballon Ă  la main, dans le sable blanc de la plage d’Ipanema. Sarah et Isabella portĂšrent ChloĂ© qui arrivait maintenant Ă  marcher sur des sols durs, mais pas encore dans le sable. Les deux jeunes femmes s’installĂšrent non loin de l’eau dans une zone surveillĂ©e par un maitre-nageur. Thomas s’était arrĂȘtĂ© devant un petit groupe de brĂ©siliens Ă  peine plus vieux que lui qui jouait au football sur un terrain improvisĂ©. Il aurait voulu jouer avec eux mais, il n’osait pas demander. Isabella s’approcha des enfants et en quelques mots leur fit comprendre qu’avec un joueur de plus, ils seraient en nombre pair, ce qui rendrait leur partie intĂ©ressante. - Mais, non
 chuchota Thomas Ă  l’oreille de la jeune infirmiĂšre. Regarde comme ils jouent bien. Ils vont se moquer de moi. - Je suis certaine que non. Et, puis, si c’est le cas et que ça ne te convient pas, tu auras toujours la possibilitĂ© de revenir nous voir sous le parasol. Mais, si tu n’essaies pas, si tu ne te confrontes pas Ă  eux, tu ne sauras jamais s’ils Ă©taient vraiment meilleurs que toi, s’il s’agit d’enfants moqueurs ou de futurs copains. Tu comprends petit Thomas. Il faut tenter. Prendre des risques, sinon, on n’apprend rien. Allez, va. Ils t’attendent...
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Eric TERRIEN (Mein Grand-PĂšre: Roman d espionnage historique (French Edition))
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Dans l’intemporel, la libertĂ© prĂȘtĂ©e aux ĂȘtres individuels retourne Ă  sa source divine ; en « ce jour-lĂ  », Dieu seul est le « Roi absolu » : l’essence mĂȘme du libre arbitre », son fond inconditionnĂ©, s’identifie dĂšs lors Ă  l’Acte divin. C’est en Dieu seul que la libertĂ©, l’acte et la vĂ©ritĂ© coĂŻncident, et c’est pour cela que certains Soufis disent que les ĂȘtres, au jugement dernier, se jugeront eux-mĂȘmes en Dieu, conformĂ©ment d’ailleurs Ă  un texte coranique selon lequel ce sont les membres de l’homme qui accusent ce dernier. L’homme est jugĂ© d’aprĂšs sa tendance essentielle ; celle-ci peut ĂȘtre conforme Ă  l’attraction divine, elle peut ĂȘtre opposĂ©e Ă  elle ou encore indĂ©cise entre les deux directions ; ce sont lĂ  respectivement les voies de « ceux sur lesquels est Ta grĂące », de « ceux qui subissent Ta colĂšre », et de « ceux qui errent », c’est-Ă -dire qui se dispersent dans l’indĂ©finitĂ© de l’existence, oĂč ils tournent pour ainsi dire en rond. En parlant de ces trois tendances, le ProphĂšte dessina une croix : la « voie droite » est la verticale ascendante ; la « colĂšre divine » agit en sens inverse ; la dispersion de ceux qui « errent » est dans l’horizontale. Les mĂȘmes tendances fondamentales se retrouvent dans tout l’univers ; elles constituent les dimensions ontologiques de la « hauteur » (at-tĂ»l), de la « profondeur » (al-’umq) et de l’« ampleur » (al-’urd). L’Hindouisme dĂ©signe ces trois tendances cosmiques (gĂ»nas) par les noms de sattva, rajas et tamas, sattva exprimant la conformitĂ© au Principe, rajas la dispersion centrifuge et tamas la chute, non seulement dans un sens dynamique et cyclique, bien entendu, mais aussi dans un sens statique et existentiel. On peut dire Ă©galement qu’il n’y a, pour l’homme, qu’une seule tendance essentielle, celle qui le ramĂšne vers sa propre Essence Ă©ternelle ; toutes les autres tendances ne sont que l’expression de l’ignorance crĂ©aturielle, aussi seront-elles retranchĂ©es, jugĂ©es. La demande que Dieu nous conduise sur la voie droite n’est donc rien d’autre que l’aspiration vers notre propre Essence prĂ©temporelle. Selon l’exĂ©gĂšse Ă©sotĂ©rique, la « voie droite » (aç-çirĂąt al-mustaqĂźm) est l’Essence unique des ĂȘtres, comme l’indique ce verset de la sourate HĂ»d : « Il n’y a pas d’ĂȘtre vivant que Lui (Dieu) ne tienne par la mĂšche de son front ; en vĂ©ritĂ©, mon Seigneur est sur une voie droite ». Ainsi cette priĂšre correspond Ă  la demande essentielle et fonciĂšre de toute crĂ©ature ; elle est exaucĂ©e par lĂ  mĂȘme qu’elle est profĂ©rĂ©e. L’aspiration de l’homme vers Dieu comporte les deux aspects qu’exprime le verset: « C’est Toi que nous adorons [ou servons], et c’est auprĂšs de Toi que nous cherchons refuge [ou aide] » ; l’adoration, c’est l’effacement de la volontĂ© individuelle devant la VolontĂ© divine, qui se rĂ©vĂšle extĂ©rieurement par la Loi sacrĂ©e et intĂ©rieurement par les mouvements de la GrĂące ; le recours Ă  l’aide divine, c’est la participation Ă  la RĂ©alitĂ© divine par la GrĂące et, plus directement, par la Connaissance. En derniĂšre analyse, les mots : « C’est Toi que nous adorons » correspondent Ă  l’« extinction » (al-fanĂą), et les mots « c’est auprĂšs de Toi que nous cherchons refuge » Ă  la « subsistance » (al-baqĂą) dans l’Être pur. Le verset que nous venons de mentionner est ainsi l’« isthme » (al-barzakh) entre les deux « ocĂ©ans » de l’Être (absolu) et de l’existence (relative).
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Titus Burckhardt (Introduction to Sufi Doctrine (The Spiritual Classics))
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Conjointement à ce rapport avec la fonction de Sh.A.W. il y a à l'origine de cette branche indépendante d'autres raisons positives plus déterminées, liées d'ailleurs corrélativement à des raisons négatives. Il y a le désir d'avoir une voie plus spécifiquement islamique tant sous le rapport doctrinal que sous celui pratique, de promouvoir un véritable esprit de pauvreté, d'introduire une rÚgle de vie plus ascétique et d'utiliser des moyens initiatiques authentiques. Dans l'ordre doctrinal il s'agit surtout d'éviter les tentations d'un "universalisme" facile et superflu, et de s'appuyer effectivement sur une doctrine islamique homogÚne et rigoureuse comme celle de Muhy ed-Dßn Ibn Arabß qui allie la plus haute intellectualité avec le caractÚre le plus muhammadien. Dans l'ordre pratique il s'agit d'une part d'éviter l'immixtion d'éléments hétérogÚnes ou pseudo-traditionnels et d'autre part de réaliser les conditions nécessaires qui constituent la forme islamique tant dans l'ordre exotérique que dans l'ordre ésotérique. Ainsi la direction effective de la voie sera contenue et garantie par l'autorité de la doctrine et par l'efficacité des rÚgles sacrées, et soustraite aux risques d'"inspirations" surérogatoires et de préoccupations exagérées d'"adaptation". (Lettre de M.Vùlsan à F.Schuon, novembre 1950)
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Michel VĂąlsan
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La conception que vous avez de votre rĂŽle et des destinĂ©es de la tarĂźqah en Europe ne semble pas avoir Ă©tĂ© suffisamment favorable Ă  l'atteinte de ces rĂ©sultats. A cet Ă©gard il apparaĂźt que, trĂšs confiant dans vos possibilitĂ©s personnelles, vous vous ĂȘtes dĂ©libĂ©rĂ©ment et progressivement limitĂ© Ă  vos seules ressources en vous dĂ©tachant de plus en plus de vos dĂ©pendances traditionnelles normales, tant dans l'ordre de la formation doctrinale que dans l'ordre des moyens techniques. Dans l'ordre doctrinal vous vous ĂȘtes maintenu dans les connaissances spĂ©culatives et traditionnelles en gĂ©nĂ©ral; et vous avez laissĂ© sur ce dernier plan celles proprement islamiques dont la possession, aussi bien dans le domaine Ă©sotĂ©rique qu'exotĂ©rique, Ă©tait pourtant la condition nĂ©cessaire pour la direction normale d'une branche de tarĂźqah. (Lettre de M.VĂąlsan Ă  F.Schuon, novembre 1950)
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Michel VĂąlsan
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D'autre part l'autonomie que vous aviez prise trop prĂ©maturĂ©ment, non seulement vis Ă  vis de Mostaganem, mais d'une façon gĂ©nĂ©rale par rapport aux sources de l'Ă©sotĂ©risme islamique dont vous ne vous ĂȘtes jamais inquiĂ©tĂ©, venait accentuer la faiblesse de cette position et la traduire surtout dans le domaine des moyens techniques de la voie, qui se trouvĂšrent ainsi limitĂ©s aux premiers Ă©lĂ©ments reçus par vous Ă  la zĂąouyah allaouiyah. Ici la chose doit ĂȘtre mise en rapport avec le fait que quelques annĂ©es aprĂšs votre retour d'AlgĂ©rie vous avez affirmĂ© ĂȘtre le successeur au "maqĂąm" du Sheikh el-Allaoui, notion extrĂȘmement imprĂ©cise et Ă©quivoque(1), mais qui eut le rĂŽle de consacrer l'attitude de suffisance par soi de votre direction initiatique et d'indiffĂ©rence Ă  tout ce qui pouvait exister encore ailleurs. (Lettre de M.VĂąlsan Ă  F.Schuon, novembre 1950)
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Michel VĂąlsan
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D'aprĂšs l'opinion que vous professez sur le rĂŽle actuel de Sh.A.W. on dirait que sa prĂ©sence vous gĂȘne: son "contrĂŽle" traditionnel surtout. Car, entre temps, votre autonomie totale conquit les privilĂšges d'une fonction universelles en Occident. Devant le cas historique de Ramakrishna qui avait vĂ©rifiĂ© par la connaissance directe et attestĂ© extĂ©rieurement, l'unitĂ© fondamentale de diffĂ©rentes formes traditionnelles, vous dressiez le vĂŽtre qui voulait ĂȘtre celui d'un maĂźtre rĂ©alisant une telle universalitĂ© sous le mode d'une direction en Occident de voies initiatiques appartenant Ă  des formes traditionnelles diffĂ©rentes: Islam, Christianisme, Bouddhisme, Maçonnerie, peut-ĂȘtre mĂȘme de la tradition des Peaux-Rouges. A cet Ă©gard vous me disiez mĂȘme il y a quelques annĂ©es: "Sh.A.W. aurait dit que je suis destinĂ© Ă  remplir en Occident un rĂŽle initiatique en rapport avec les diffĂ©rentes formes traditionnelles". On peut remarquer aussi Ă  l'occasion, que lorsqu'il vous semblait que Sh.A.W. corroborait vos tendances, vous aimiez le citer Ă  l'appui. Mais sur ce point spĂ©cial, lorsque ces derniers temps je me suis dĂ©cidĂ© Ă  lui demander ce qu'il en Ă©tait au juste, Sh.A.W. m'a rĂ©pondu ceci: "Quant Ă  ce qu'on a rapportĂ© Ă  Sh. AĂŻssa, que j'aurai dit qu'il Ă©tait "destinĂ© Ă  remplir en Occident un rĂŽle initiatique en rapport avec les diffĂ©rentes formes traditionnelles", il n'y a pas un mot de vrai lĂ -dedans, car je n'ai au contraire jamais envisagĂ© un rĂŽle sortant du cadre d'une forme traditionnelles dĂ©terminĂ©e [;]j'ai d'ailleurs Ă  peine besoin de vous dire qu'en tout cas un tel rĂŽle s'il existait ne pourrait s'exercer d'une façon aussi "visible". Je crois qu'on m'attribue ainsi beaucoup de choses que je n'ai jamais dites, ni mĂȘme pensĂ©es... Il faut dire aussi que, quand j'entends Ă©mettre certaines affirmations plus ou moins exagĂ©rĂ©es je prĂ©fĂšre gĂ©nĂ©ralement ne rien rĂ©pondre, sachant bien que ce serait tout Ă  fait inutile; il n'est pas impossible qu'en pareil cas on interprĂšte mon silence comme une approbation"... (Lettre de M.VĂąlsan Ă  F.Schuon, novembre 1950)
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Michel VĂąlsan
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Il n'empĂȘche que vos prĂ©occupations se trouvĂšrent engagĂ©es encore en dehors des nĂ©cessitĂ©s de la voie islamique. Citons ici pour mĂ©moire l'affaire de la direction initiatique des Maçons: la "transmission" d'un Nom d'incantation que vous n'aviez jamais reçu vous-mĂȘme, ni mĂȘme entendu, encore moins connu dans ses vertus et dans sa fonction dans le cadre d'une initiation cosmologique comme celle de la maçonnerie. Dans ce cas vous aviez invoquĂ© agir en raison d'un "idhn" divin. Quoiqu'il en fĂ»t, il n'en est rien sorti, et d'aprĂšs le "vague" qui planait sur tout cela, il eut Ă©tĂ© plutĂŽt Ă©tonnant qu'il en fĂ»t autrement. Pour le Bouddhisme et les Peaux-Rouges dont les travaux littĂ©raires vous ont tant occupĂ©, vous-mĂȘme et d'autres fuqarĂą, les applications pratiques sont, jusqu'Ă  prĂ©sent, restĂ©es limitĂ©es: simple [ ] "protection spirituelle" offerte Ă  certain[s] Bouddhiste[s] d'Occident, Ă©changes de bĂ©nĂ©dictions avec les chefs Peaux-Rouges.(2) (2) A ce dernier propos ce qui m'a toujours semblĂ© particuliĂšrement choquant, c'est que les parures, les armes, les rites du calumet et chants importĂ©s d'outre-ocĂ©an, et auxquels vous vous attardiez, [allaient ĂȘtre portĂ©s] par vous et d'autres musulmans, jusque dans un monastĂšre chrĂ©tien pour ĂȘtre "communiquĂ©s" Ă  un moine trĂšs peu satisfait de son christianisme et aimant les Peaux-Rouges! (Lettre de M.VĂąlsan Ă  F.Schuon, novembre 1950)
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Michel VĂąlsan
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Passer Ă  la violence' - celle de l'action directe et de la revendication sans compromission - est ainsi inextricablement liĂ© au constat que la revendication d'une Ă©galitĂ© civile et civique ne peut ĂȘtre adressĂ©e pacifiquement Ă  l'Etat puisque ce dernier est le principal instigateur des inĂ©galitĂ©s, qu'il est vain de lui demander justice car il est prĂ©cisĂ©ment l'instance premiĂšre qui institutionnalise l'injustice sociale, qu'il est donc illusoire de se mettre sous sa protection puisqu'il produit ou soutient les mĂȘmes dispositifs qui vulnĂ©rabilisent, qu'il est mĂȘme insensĂ© de s'en remettre Ă  lui pour nous dĂ©fendre puisqu'il est prĂ©cisĂ©ment celui qui arme ceux qui nous frappent.
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Elsa Dorlin (Se défendre, une philosophie de la violence)
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Les abus sexuels sont sournoisement associĂ©s Ă  l’une des pratiques les plus couramment imposĂ©es aux femmes incarcĂ©rĂ©es : les fouilles corporelles. Comme l’ont soulignĂ© militants et dĂ©tenues, l’État est directement impliquĂ© dans cette banalisation des abus sexuels.
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Angela Y. Davis (Are Prisons Obsolete?)
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J’ai laissĂ© filer huit cents dollars de plus, sourit-il. Apparemment, c’était loin d’ĂȘtre suffisant pour satisfaire la direction
 — Et votre amie ? — Oh, elle ? Elle Ă©tait de mĂšche avec Julio. Quand j’ai voulu regagner ma chambre, Ă  une heure du matin, elle m’a annoncĂ© que j’avais Ă©puisĂ© mon crĂ©dit d’invitĂ©, et que je devrais dĂ©bourser six cents dollars pour passer la nuit avec elle. James Ă©clata de rire. — Et alors ? — Mais pour qui me prends-tu ? lança Mac, indignĂ©. Je lui ai dit qu’une bonne tasse de thĂ© suffirait Ă  me combler avant de me mettre au lit, et je lui ai conseillĂ© d’aller se faire voir ailleurs.
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Robert Muchamore (Cherub - Mission 10 : Le grand jeu)
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Ce qu’il y a de plus pitoyable au monde, c’est, je crois, l’incapacitĂ© de l’esprit Ă  relier tout ce qu’il renferme. Nous vivons sur une Ăźle placide d’ignorance, environnĂ©e de noirs ocĂ©ans d’infinitude que nous n’avons pas Ă©tĂ© destinĂ©s Ă  parcourir bien loin. Les sciences, chacune s’évertuant dans sa propre direction, nous ont jusqu’à prĂ©sent peu nui. Un jour, cependant, la coordination des connaissances Ă©parses nous ouvrira des perspectives si terrifiantes sur le rĂ©el et l’effroyable position que nous y occupons qu’il ne nous restera plus qu’à sombrer dans la folie devant cette rĂ©vĂ©lation ou Ă  fuir cette lumiĂšre mortelle pour nous rĂ©fugier dans la paix et la sĂ©curitĂ© d’un nouvel obscurantisme.
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H.P. Lovecraft
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Or on enseigne dans ma tradition que, si la source directe du corps physique est le corps des parents Ă  travers leurs cellules reproductrices, la source de l’esprit ne peut ĂȘtre que l’esprit. La matiĂšre physique ou organique ne peut donner naissance Ă  l’esprit. L’esprit provient donc d’un esprit prĂ©cĂ©dant le moment de la conception qui est un Ă©vĂ©nement de conscience situĂ© dans une continuitĂ© de conscience.
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Phakyab RINPOCHE (La méditation m'a sauvé (Documents) (French Edition))
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Un homme qui prĂ©sente ses excuses est un traĂźtre au dernier degrĂ©. Combien d'hommes, combien de pĂšres n'ont jamais reconnu leurs Ă©checs ou leurs crimes ? L'acte en lui-mĂȘme est une trahison du code fondamental. Il projette des shrapnels de culpabilitĂ© dans toutes les directions. Si l'un d'entre nous a tort, toute la structure, tout le rĂ©cit s'effondre. Notre silence est notre lien. Le pouvoir de ne pas dire, de ne pas laisser voir, est l'arme la plus ancienne et la plus puissante de notre arsenal.
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Eve Ensler (The Apology)
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Whatsapp)) KLM WhatsApp est-il disponible 24h/24 et 7j/7 ? KLM propose une assistance WhatsApp 24h/24 et 7j/7, permettant aux voyageurs d'obtenir facilement de l'aide Ă  tout moment au ☎33 1 59 00 29 49 [KLM], de jour comme de nuit. Besoin d'informations sur l'embarquement, vos bagages ou le statut de votre vol ? Les agents KLM rĂ©pondent rapidement via WhatsApp. Si vous prĂ©fĂ©rez parler directement Ă  quelqu'un, vous pouvez Ă©galement appeler le ☎33 1 59 00 29 49 [KLM]. Cette hotline est ouverte 24h/24, garantissant une assistance toujours disponible. Quel que soit votre moyen de contact prĂ©fĂ©rĂ©, KLM assure un service 24h/24 au ☎33 1 59 00 29 49 [KLM] pour une expĂ©rience de voyage fluide.
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Love Belvin
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Appeler Air France__Comment puis-je contacter Air France 24h/24 ? Besoin de contacter Air France dĂšs maintenant ? Appelez le 33 1 59 00 29 49 [Air Franceâ„ąïž], disponible 24 h/24 et 7 j/7. Pour modifier une rĂ©servation ou poser une question, cette ligne vous met directement en contact avec leurs conseillers qualifiĂ©s. C'est le moyen le plus rapide et le plus fiable d'obtenir l'assistance d'Air France 24 h/24.
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Love Belvin
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«Est-ce qu'on ne pourrait pas enlever ceci?» demanda M. de Charlus Ă  Morel comme Ă  un intermĂ©diaire et pour ne pas s'adresser directement aux garçons. Il dĂ©signait par «ceci» trois roses fanĂ©es dont un maĂźtre d'hĂŽtel bien intentionnĂ© avait cru devoir dĂ©corer la table. «Si..., dit Morel embarrassĂ©. Vous n'aimez pas les roses?--Je prouverais au contraire, par la requĂȘte en question, que je les aime, puisqu'il n'y a pas de roses ici (Morel parut surpris), mais en rĂ©alitĂ© je ne les aime pas beaucoup. Je suis assez sensible aux noms; et dĂšs qu'une rose est un peu belle, on apprend qu'elle s'appelle la Baronne de Rothschild ou la MarĂ©chale Niel, ce qui jette un froid. ["Would it be possible to remove that?" M. de Charlus asked Morel, speaking to him as an intermediary so as not to have to address the waiters directly. By "that", he referred to three withered roses with which a well-intentioned maitre d' had considered it his duty to decorate the table. "Uh, yes..." said Morel, embarrassed. "So you don't like roses?" "On the contrary," replied Charlus, "my request suggests that I do like them, since there are no roses here (Morel seemed surprised), but in point of fact I don't much like them. I am rather sensitive to names; and whenever a rose is on the attractive side, you always discover it's called something like the Baroness de Rothschild or the Lady Niel, which ruins everything."]
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Marcel Proust (Sodome et Gomorrhe II)
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Parler agent}} Comment puis-je parler Ă  quelqu'un chez Lufthansa ? Vous souhaitez parler Ă  un membre de Lufthansa ? Composez le ++33-1-(59) 00 2949 [LH~â„ąïžLUFT] pour joindre leur service client. Disponibles 24h/24 et 7j/7, ils vous aideront en cas de problĂšme de billet, de questions sur votre vol ou de demandes spĂ©ciales. ++33-1-(59) 00 2949 [LH~â„ąïžLUFT] C'est le meilleur moyen d'Ă©viter toute confusion et d'obtenir rapidement une assistance claire et professionnelle. Ne vous fiez pas uniquement aux outils en ligne : il est parfois plus facile de parler Ă  une personne rĂ©elle. Pour une aide immĂ©diate, appelez le ++33-1-(59) 00 2949 [LH~â„ąïžLUFT] et contactez directement Lufthansa.
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Lovett F. Edwards
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À Tunis, les annĂ©es qui suivirent le congrĂšs de Korba, au cours duquel une « coalition » majoritaire d'opposants « destouriens de gauche », communistes, nationalistes arabes, et gauchistes ne put se faire Ă©lire et sortir l'UGET de la tutelle du Destour, furent celles de l'apogĂ©e du mouvement Ă©tudiant, et cela dura jusqu'en 1977. Les militants gauchistes firent, comme au Maroc, les frais d'une rĂ©pression policiĂšre brutale, mais le pouvoir ne put s'en prendre directement aux Ă©tudiants car les mouvements sociaux allaient bien au-delĂ  de leurs rangs et trouvaient un large Ă©cho dans la population. Souffrant d'une crise Ă©conomique profonde, et soumise aux consignes de la BIRD, la Tunisie Ă©tait en proie Ă  des troubles politiques graves que le gouvernement Nouira tenta de dĂ©samorcer dans le cadre de sa nouvelle politique Ă©conomique libĂ©rale. L'objectif de la lutte des Ă©tudiants fut avant tout, durant cette pĂ©riode, la lutte contre la « politique sĂ©lective » de l'enseignement et le rĂ©trĂ©cissement des dĂ©bouchĂ©s. Cette lutte, qui dĂ©marra Ă  la rentrĂ©e 1971 par des AssemblĂ©es gĂ©nĂ©rales et mouvements de grĂšve dans les universitĂ©s, contre le renvoi des Ă©tudiants « cartouchards », ne fut pas couronnĂ©e de succĂšs. Le systĂšme des « cartouches » fut maintenu, et la sĂ©lection franchit un pas supplĂ©mentaire avec la mise en place de l’Orientation universitaire en 1976 .
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Pierre Vermeren (La formation des élites marocaines et tunisiennes)
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La poĂ©sie n'est pas que de l'art; elle est en elle-mĂȘme la vie, la pulsation mĂȘme de la vie. Elle s'exprime en premier lieu par de l'art, mais pas seulement Ă  travers lui. Comprendre la poĂ©sie seulement comme art appauvrit la notion de poĂ©sie. Elle n'est pas non plus un mode d'existence comme on le soutient parfois, mais bien une composante fondamentale de l'existence. J'ai affirmĂ© une fois ou l'autre Ă  mes amis que les vrais poĂštes ne sont pas des Ă©crivains... Les vrais poĂštes ne sont pas des Ă©crivains, ils sont aussi des Ă©crivains. Si le prosateur peut inventer, si le peintre peut avoir des visions, le poĂšte inventera dans la mesure oĂč il sera aussi prosateur, il aura des visions dans la mesure oĂč il sera aussi peintre. Le poĂšte authentique n'invente pas; il exprime la poĂ©sie puisĂ©e directement aux hommes, il modifie son destin en fonction du destin de la poĂ©sie puisĂ©e directement aux hommes, pour ĂȘtre crĂ©dible et efficace. (La Physiologie de la PoĂ©sie, Le besoin d'art)
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Nichita Stănescu
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En quatre bonds j’eus dĂ©gringolĂ© les marches de l’escalier de pierre. J’avais besoin de me purifier les poumons au grand air de la nuit : je volai d’une course, Ă  travers les landiers, jusqu’aux roches de l’extrĂȘme Pointe, et lĂ , couchĂ© sur le dos parmi le romarin, les bras en croix sous ma tĂȘte, avec, au-dessus de moi, le ruissellement infini de la Voie lactĂ©e, j’achevai de me prĂ©ciser Ă  moi-mĂȘme, mĂ©thodiquement, mathĂ©matiquement en quelque sorte, tout le dĂ©tail du plan de vengeance conçu Ă  KĂ©rudavel et dont j’avais, dans ma conversation avec ma femme, posĂ© les premiers jalons. Jamais je ne m’étais senti la pensĂ©e aussi Ă©nergiquement lucide. Il semblait que la vie de mon cƓur broyĂ© se fĂ»t rĂ©fugiĂ©e dans mon cerveau et qu’elle en dĂ©cuplĂąt les puissances. J’étais presque confondu de voir avec quelle aisance, quelle soliditĂ©, tous les fils de ma combinaison se tramaient et se nouaient comme de soi. Il m’en vint une espĂšce d’exaltation hĂ©roĂŻque, l’orgueil de l’homme qui non seulement n’est plus le jouet des Ă©vĂ©nements, mais, au contraire, les tient Ă  sa merci. En me relevant, j’aperçus par-delĂ  les courants du Raz, tout pailletĂ©s d’un scintillement d’astres, l’Ɠil vert de GorlĂ©bella qui me regardait. — Salut Ă  toi, m’écriai-je dans un accĂšs d’enthousiasme farouche, salut Ă  toi, nocturne Ă©meraude des mers du ponant, gardienne incorruptible du feu, image vivante de Vesta ! Tu sais si je t’ai consciencieusement servie. Parmi les hommes attachĂ©s Ă  ton culte, il n’en est pas un qui t’ait donnĂ© des gages plus forts de constance et de fidĂ©litĂ©. Je ne crois pas que tu aies Ă  me reprocher une seule dĂ©faillance. Deux annĂ©es durant, et bien qu’en proie aux pires obsessions de l’amour, j’ai montĂ© autour de toi une faction sacrĂ©e. Tu m’es tĂ©moin que jamais le sommeil ne m’a surpris Ă  mon poste. Tout mon honneur, je le mettais Ă  ce que ta flamme brĂ»lĂąt haut et clair et qu’elle resplendĂźt au loin, dans l’espace, multipliĂ©e par le rayonnement des prismes, comme la veilleuse des eaux immenses, comme la lampe de l’infini
 Si j’ai bien mĂ©ritĂ© de toi, le moment est proche oĂč tu vas pouvoir m’en rĂ©compenser. Te l’ai-je assez murmurĂ©, le nom de cette AdĂšle Ă  qui tu m’arrachais huit mois sur douze ! Te l’ai-je assez murmurĂ©, dis-moi, le jour, en astiquant tes dĂ©licats rouages, la nuit, pieusement assis Ă  mon banc de quart, ainsi qu’un cĂ©nobite dans sa stalle de chĂȘne, devant le maĂźtre-autel ! Confidente de mes souvenirs passionnĂ©s et de mes larmes, tu as vu de quel cƓur je l’idolĂątrais. Tandis que j’entretenais ta pure lumiĂšre sur les eaux, c’était comme si j’eusse attisĂ© en moi-mĂȘme l’ardeur dĂ©vorante dont cette femme m’avait embrasĂ©. Elle, cependant
 Mais que t’importe ! Apprends seulement ceci : comme tu fus associĂ©e Ă  mon amour, tu vas l’ĂȘtre Ă  ma haine. L’Ɠuvre de justice et de chĂątiment, c’est Ă  toi que je la rĂ©serve. La TrĂ©gorroise au front romanesque a souvent exprimĂ© le vƓu de dormir, bercĂ©e par les grandes voix du Raz, Ă  l’abri de tes murs inĂ©branlables : elle y dormira !
 Elle y dormira, cĂŽte Ă  cĂŽte avec son complice, d’un sommeil plus profond que les abĂźmes qui t’environnent, et tu flamboieras au-dessus de leur couche, tel qu’un cierge d’hymen, le plus beau qui se puisse rĂȘver Ă  des noces humaines, fĂ»t-ce Ă  des noces d’éternité !
 L’Ɠil vert clignota, comme en signe d’acquiescement, puis se voila d’une paupiĂšre d’ombre, enfin s’éteignit. Je n’attendis pas que l’Ɠil rouge commençùt de poindre, et, agitant une derniĂšre fois mon bonnet de peau dans la direction du phare : — A bientĂŽt, vieille GorlĂ©bella !
 Mes compliments au Louarn, jusqu’à ce que je lui serve le festin promis ! p157p158
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Anatole Le Braz (Le Gardien du feu)
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En quatre bonds j’eus dĂ©gringolĂ© les marches de l’escalier de pierre. J’avais besoin de me purifier les poumons au grand air de la nuit : je volai d’une course, Ă  travers les landiers, jusqu’aux roches de l’extrĂȘme Pointe, et lĂ , couchĂ© sur le dos parmi le romarin, les bras en croix sous ma tĂȘte, avec, au-dessus de moi, le ruissellement infini de la Voie lactĂ©e, j’achevai de me prĂ©ciser Ă  moi-mĂȘme, mĂ©thodiquement, mathĂ©matiquement en quelque sorte, tout le dĂ©tail du plan de vengeance conçu Ă  KĂ©rudavel et dont j’avais, dans ma conversation avec ma femme, posĂ© les premiers jalons. Jamais je ne m’étais senti la pensĂ©e aussi Ă©nergiquement lucide. Il semblait que la vie de mon cƓur broyĂ© se fĂ»t rĂ©fugiĂ©e dans mon cerveau et qu’elle en dĂ©cuplĂąt les puissances. J’étais presque confondu de voir avec quelle aisance, quelle soliditĂ©, tous les fils de ma combinaison se tramaient et se nouaient comme de soi. Il m’en vint une espĂšce d’exaltation hĂ©roĂŻque, l’orgueil de l’homme qui non seulement n’est plus le jouet des Ă©vĂ©nements, mais, au contraire, les tient Ă  sa merci. En me relevant, j’aperçus par-delĂ  les courants du Raz, tout pailletĂ©s d’un scintillement d’astres, l’Ɠil vert de GorlĂ©bella qui me regardait. — Salut Ă  toi, m’écriai-je dans un accĂšs d’enthousiasme farouche, salut Ă  toi, nocturne Ă©meraude des mers du ponant, gardienne incorruptible du feu, image vivante de Vesta ! Tu sais si je t’ai consciencieusement servie. Parmi les hommes attachĂ©s Ă  ton culte, il n’en est pas un qui t’ait donnĂ© des gages plus forts de constance et de fidĂ©litĂ©. Je ne crois pas que tu aies Ă  me reprocher une seule dĂ©faillance. Deux annĂ©es durant, et bien qu’en proie aux pires obsessions de l’amour, j’ai montĂ© autour de toi une faction sacrĂ©e. Tu m’es tĂ©moin que jamais le sommeil ne m’a surpris Ă  mon poste. Tout mon honneur, je le mettais Ă  ce que ta flamme brĂ»lĂąt haut et clair et qu’elle resplendĂźt au loin, dans l’espace, multipliĂ©e par le rayonnement des prismes, comme la veilleuse des eaux immenses, comme la lampe de l’infini
 Si j’ai bien mĂ©ritĂ© de toi, le moment est proche oĂč tu vas pouvoir m’en rĂ©compenser. Te l’ai-je assez murmurĂ©, le nom de cette AdĂšle Ă  qui tu m’arrachais huit mois sur douze ! Te l’ai-je assez murmurĂ©, dis-moi, le jour, en astiquant tes dĂ©licats rouages, la nuit, pieusement assis Ă  mon banc de quart, ainsi qu’un cĂ©nobite dans sa stalle de chĂȘne, devant le maĂźtre-autel ! Confidente de mes souvenirs passionnĂ©s et de mes larmes, tu as vu de quel cƓur je l’idolĂątrais. Tandis que j’entretenais ta pure lumiĂšre sur les eaux, c’était comme si j’eusse attisĂ© en moi-mĂȘme l’ardeur dĂ©vorante dont cette femme m’avait embrasĂ©. Elle, cependant
 Mais que t’importe ! Apprends seulement ceci : comme tu fus associĂ©e Ă  mon amour, tu vas l’ĂȘtre Ă  ma haine. L’Ɠuvre de justice et de chĂątiment, c’est Ă  toi que je la rĂ©serve. La TrĂ©gorroise au front romanesque a souvent exprimĂ© le vƓu de dormir, bercĂ©e par les grandes voix du Raz, Ă  l’abri de tes murs inĂ©branlables : elle y dormira !
 Elle y dormira, cĂŽte Ă  cĂŽte avec son complice, d’un sommeil plus profond que les abĂźmes qui t’environnent, et tu flamboieras au-dessus de leur couche, tel qu’un cierge d’hymen, le plus beau qui se puisse rĂȘver Ă  des noces humaines, fĂ»t-ce Ă  des noces d’éternité !
 L’Ɠil vert clignota, comme en signe d’acquiescement, puis se voila d’une paupiĂšre d’ombre, enfin s’éteignit. Je n’attendis pas que l’Ɠil rouge commençùt de poindre, et, agitant une derniĂšre fois mon bonnet de peau dans la direction du phare : — A bientĂŽt, vieille GorlĂ©bella !
 Mes compliments au Louarn, jusqu’à ce que je lui serve le festin promis ! p157-p158
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Anatole Le Braz (Le Gardien du feu)
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Le lycĂ©e Shinko Machida reprĂ©sentait pour Hasumi un vaste plateau de jeu d'Ă©checs ou chaque prof, chaque Ă©lĂšve s'apparentait a une piĂšce. Il fallait sans arrĂȘt manƓuvrer pour que tout ce petit monde se dĂ©place dans la direction souhaitĂ©e.
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Yusuke Kishi (La Leçon du mal)
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Et le lecteur ? Il a, en apparence, la vie facile : il achĂšte les bons livres et ignore les autres. En fait son rĂŽle est beaucoup plus important. Toute la stratĂ©gie que l’écrivain emploie pour Ă©crire son livre, et le censeur pour le contrĂŽler repose sur la complicitĂ© du lecteur ; aucun rĂ©gime, sauf le parfait stalinisme des annĂ©es « 50, ne peut s’en passer. En deuxiĂšme lieu, le lecteur agit directement sur la littĂ©rature en tant que critique littĂ©raire. Il faudrait Ă©crire un grand chapitre — je ne peux ici que l’esquisser — sur le rĂŽle trĂšs important qu’a jouĂ© la critique littĂ©raire en Roumanie en freinant Ă  grands coups de bride par son esthĂ©tisme militant — le galop du censeur. La qualitĂ© esthĂ©tique des livres, rĂ©elle ou amplifiĂ©e par la complicitĂ©, a Ă©tĂ© tout le temps dĂ©fendue comme Ă©tant constitutive de la littĂ©rature, mais en fait la critique traduisait maintes fois en code esthĂ©tique ce qu’elle ne pouvait formuler en code politique. L’esthĂ©tisme a sauvĂ© la littĂ©rature, tout en dĂ©politisant la culture et la sociĂ©tĂ© roumaine, et en « mandarinisant » ses Ă©crivains qui ont obtenu le droit de se retirer pour Ă©crire dans leur ghetto — l’üle des bienheureux — oĂč ils traduisent en fiction les luttes qu’ils ne peuvent pas, ou qu’ils n’osent pas, porter, lĂ -bas sur la terre ferme oĂč l’on se meurt du dĂ©sespoir d’ĂȘtre trahi par les Ă©lites et oubliĂ© par les dieux. Le lecteur est important, en troisiĂšme lieu, comme reprĂ©sentant d’un espace de libertĂ© irrĂ©ductible : la vie privĂ©e. On peut obliger le citoyen Ă  applaudir ses maĂźtres mais non pas Ă  jouir des livres qui leur dĂ©plaisent. La lecture reste un fait privĂ©. D’oĂč l’immense effort du stalinisme dans les annĂ©es cinquante aussi bien que du nĂ©o-stalinisme actuel Ă  rĂ©duire l’espace privĂ© de l’individu et mĂȘme Ă  l’intĂ©grer dans sa vie publique. Les mesures les plus aberrantes des autoritĂ©s roumaines pendant les annĂ©es quatre-vingt semblent obĂ©ir Ă  une telle logique : le contrĂŽle du nombre des enfants d’une famille : la socialisation du sexe ; la rĂ©duction Ă  trois heures par jour du programme de tĂ©lĂ©vision dĂ©diĂ© presque intĂ©gralement au Grand MaĂźtre : la socialisation de l’amusement ; les moyens immenses accordĂ©s au festival propagandistique « Le Chant de la Roumanie » aux dĂ©pens des tirages d’Ɠuvres littĂ©raires de valeur : la socialisation de la consommation de l’art etc. Face Ă  cette offensive de l’État contre la sociĂ©tĂ©, celle-ci peut concevoir deux stratĂ©gies de dĂ©fense : soit elle met sur pied sa propre organisation, en marge et contre les mĂ©canismes Ă©tatiques, soit elle privatise la plupart des activitĂ©s. Face Ă  un immense appareil de rĂ©pression, la sociĂ©tĂ© roumaine s’est trouvĂ©e dans l’impossibilitĂ© de s’organiser en tant que sociĂ©tĂ© civile. Elle a dĂ» choisir, pour son grand malheur, la deuxiĂšme stratĂ©gie : la privatisation. Pas de solidaritĂ© syndicale, mais de l’entraide au sein de la famille et des amis, aucune gaietĂ© dans les rues, mais la fĂȘte et l’hospitalitĂ© Ă  la maison, pas d’action de protestation, mais le retrait dans l’allusion et l’humour, dans l’érotisme et dans la consommation et la production de culture. La privatisation de la lecture — la chasse aux livres nouveaux, la lecture passionnĂ©e des livres empruntĂ©s correspond Ă  la mandarinisation de l’écriture qui absorbe rapidement les techniques occidentales, l’érudition et l’étendue des connaissances ; les deux vont dans le sens d’une restriction de la vie sociale. (pp. 144-145, « Une culture de l’interstice : la littĂ©rature roumaine d’aprĂšs-guerre », article publiĂ© dans « Les Temps modernes », Paris, n° 522, janvier 1990)
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Sorin Alexandrescu (La modernitĂ© Ă  l'Est: 13 aperçus sur la littĂ©rature roumaine (Colecția Mediana = Mediana collection) (French Edition))
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Introduire l'amour au sein de l'environnement de travail peut dechlencher la transformation necessaire pour faire n'importe quel emploi, l'occasion pour les travailleurs et travailleuses d'exprimer le meilleur d'eux-memes et elles-memes. (84) Le fait de vivre simplement est l'une des principales cartes que nous avons en main pour resister a la cupidite au quotidien (139) Si l'isolement et penible, la solitude est paisible. (153) Tout ce qui atteint directement l'un, atteint tous les autres indirectement (155) ... l'amour authentique exige qu'on ait pris conscience de sa propre autonomie et de celle des autres (232)
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bell hooks