Savoir Faire Quotes

We've searched our database for all the quotes and captions related to Savoir Faire. Here they are! All 100 of them:

“
Ash should take the ladies, because he's charming." Ash looked pleased. Jared raised his eyebrows. "Are you saying that I'm not a charmer?" "You are very dear to me, but you have all the savoir faire of a wildebeest," Kami told him. "A wildebeest," Jared repeated. "A dashingly handsome wildebeest," Kami assured him.
”
”
Sarah Rees Brennan (Untold (The Lynburn Legacy, #2))
“
You see, I am not very good in company. I am clumsy. I am shy. [...] I always say the wrong thing. I upset water jugs. I am unlucky." "We all do these things when we are young. The poise, the savoir faire, comes later.
”
”
Agatha Christie (Murder in Mesopotamia (Hercule Poirot, #14))
“
Batman knew what it was like to trip balls without seriously losing his shit, and that savoir faire added another layer to his outlaw sexiness and alluring aura of decadence and wealth.
”
”
Grant Morrison (Supergods)
“
We do all these things when we are young. The poise, the savoir faire, it comes later.
”
”
Agatha Christie (Murder in Mesopotamia (Hercule Poirot, #14))
“
a genius of savoir faire,
”
”
Edward St. Aubyn (The Patrick Melrose Novels (Patrick Melrose #1-4))
“
Le mal qui est dans le monde vient presque toujours de l'ignorance, et la bonne volonté peut faire autant de dégùts que la méchanceté, si elle n'est pas éclairée. Les hommes sont plutÎt bons que mauvais, et en vérité ce n'est pas la question. Mais ils ignorent plus ou moins, et c'est ce qu'on appelle vertu ou vice, le vice le plus désespérant étant celui de l'ignorance qui croit tout savoir et qui s'autorise alors à tuer. L'ùme du meurtrier est aveugle et il n'y a pas de vraie bonté ni de bel amour sans toute la clairvoyance possible.
”
”
Albert Camus
“
J’ai rĂ©flĂ©chi, je ne me fais pas d’illusions, je t’aime mais je n’ai pas confiance en toi. Puisque ce que nous vivons n’est pas rĂ©el, alors c’est un jeu. Je n’ai plus l’ñge de jouer Ă  chat. Ne cherche pas Ă  m’appeler, ni Ă  savoir oĂč je suis, ni comment je vis, je crois que ce n’est plus le problĂšme. J’ai rĂ©flĂ©chi, je pense que c’est la meilleure solution, faire comme toi, vivre de mon cĂŽtĂ© en t’aimant bien mais de loin. Je ne veux pas attendre tes coups de tĂ©lĂ©phone, je ne veux pas m’empĂȘcher de tomber amoureuse. J’ai rĂ©flĂ©chi, je veux bien essayer. C’est Ă  prendre ou Ă  laisser

”
”
Anna Gavalda (Someone I Loved (Je l'aimais))
“
Even if it was against his will every time, Batman was hip to serious mind bending drugs. Batman knew what it was like to trip balls without seriously losing his shit, and that savoir faire added another layer to his outlaw sexiness and alluring aura of decadence and wealth.
”
”
Grant Morrison
“
Alors, accepter de remettre en cause ce que l’on tient pour vrai est une belle preuve d’ouverture d’esprit. Heureusement qu’il y a ces esprits diffĂ©rents pour remettre en question les certitudes gĂ©nĂ©rales ! Par ailleurs, savoir faire son autocritique est un signe de souplesse et de modestie. Laisser le droit Ă  l’autre de penser diffĂ©remment dĂ©montre sa tolĂ©rance. C’est aussi un signe de prudence et de maturitĂ© de vĂ©rifer les informations avant de les intĂ©grer.
”
”
Christel Petitcollin (Je pense trop : comment canaliser ce mental envahissant)
“
As with all semantic difficulties, the answer can only be arbitrary. What matters is that we know what kind of union we are talking about when we speak of love. Do we refer to love as the mature answer to the problem of existence, or do we speak of those immature forms of love which may be called symbiotic union?
”
”
Erich Fromm (The Art of Loving)
“
Bien sĂ»r, rien n'interdit Ă  une femme d'avoir des enfants et de se rĂ©aliser en mĂȘme temps dans d'autres domaines. Au contraire, vous y ĂȘtes mĂȘme vivement encouragĂ©e : en posant la cerise de l'accomplissement personnel sur le gĂąteau de la maternitĂ©, vous flatterez notre bonne conscience et notre narcissisme collectif. Nous n'aimons pas nous avouer que nous voyons les femmes avant tout comme des reproductrices. [
] Mais alors, vous avez intĂ©rĂȘt Ă  avoir beaucoup d'Ă©nergie, un bon sens de l'organisation et une grande capacitĂ© de rĂ©sistance Ă  la fatigue ; vous avez intĂ©rĂȘt Ă  ne pas trop aimer dormir ou paresser, Ă  ne pas dĂ©tester les horaires, Ă  savoir faire plusieurs choses Ă  la fois. (p. 82)
”
”
Mona Chollet (SorciÚres : La puissance invaincue des femmes)
“
Entertaining is an act of friendship and cooking is an act of love.
”
”
Mireille Guiliano (Women, Work & the Art of Savoir Faire: Business Sense & Sensibility)
“
Le courage, c'est de dominer ses propres fautes, d'en souffrir, mais de n'en pas ĂȘtre accablĂ© et de continuer son chemin. Le courage, c'est d'aimer la vie et de regarder la mort d'un regard tranquille ; c'est d'aller Ă  l'idĂ©al et de comprendre le rĂ©el ; c'est d'agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle rĂ©compense rĂ©serve Ă  notre effort l'univers profond, ni s'il lui rĂ©serve une rĂ©compense. Le courage, c'est de chercher la vĂ©ritĂ© et de la dire ; c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire Ă©cho, de notre Ăąme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbĂ©ciles et aux huĂ©es fanatiques.
”
”
Jean JaurĂšs
“
Une existence entiere a lire l'aurait comble, elle ne lui avait pas ete donnee. Il aurait fallu choisir sa voie plus tot, savoir ce que l'on veut faire apres le baccalaureat. Avoir un projet de vie.
”
”
Antoine Laurain (The Red Notebook)
“
Il est bon de savoir quelque chose des moeurs de divers peuples, afin de juger des notres plus sainement et que nous ne pensions pas que tout ce qui est contre nos modes soit ridicule et contre raison, ainsi qu'ont coutume de faire ceux qui n'ont rien vu; mais lorsqu'on emploie trop de temps à voyager on devient enfin étranger en son pays; et lorsqu'on est trop curieux des choses qui se pratiquaient aux siÚcles passés, on demeure ordinairement fort ignorant de celles qui se pratiquent en celui-ci.
”
”
René Descartes (Discours de la méthode: suivi des Méditations métaphysiques)
“
Je ne ressens pas la moindre honte de ne pas ĂȘtre une super bonne meuf. En revanche, je suis verte de rage qu'en tant qu fille qui intĂ©resse peu les hommes, on cherche sans cesse Ă  me faire savoir que je ne devrais mĂȘme pas ĂȘtre lĂ . On a toujours existĂ©. MĂȘme s'il n'est pas question de nous dans les romans d'hommes, qui n'imaginent que des femmes avec qui ils voudraient coucher. On a toujours existĂ©, on n'a jamais parlĂ©. MĂȘme aujourd'hui que les femmes publient beaucoup de romans, on rencontre rarement de personnage fĂ©minins aux physiques ingrats ou mĂ©diocres, inaptes Ă  aimer les hommes ou Ă  s'en faire aimer. Au contraire les hĂ©roines contemporaines aiment les hommes, les rencontrent facilement couchent avec eux en deux chapitres, elles jouissent en quatre lignes et elles aiment toutes le sexe. La figure de la looseuse de la fĂ©minitĂ© m'est plus que sympathique, elle m'est essentielle.
”
”
Virginie Despentes (King Kong théorie)
“
They were lounging, in fact, in an almost ostentatious manner, as if to say to passersby like myself, “Look uponst my exquisite lounging, foolish mortal, and mourn that you will never lounge with such cosmopolitan savoir faire.
”
”
Kevin Hearne (Staked (The Iron Druid Chronicles, #8))
“
The Hell’s Angels as a group are often willfully stupid, but they are not without savoir-faire, and their predilection for travelling in packs is a long way from being all showbiz. Nor is it entirely due to warps and defects in their collective personality.
”
”
Hunter S. Thompson (Hell's Angels)
“
On n'est jamais excusable d'ĂȘtre mĂ©chant, mais il y a quelque mĂ©rite Ă  savoir qu'on l'est; et le plus irrĂ©parable des vices est de faire le mal par bĂȘtise.
”
”
Charles Baudelaire (Paris Spleen)
“
He had that combination of savoir-faire with a sort of well-groomed coarseness which is not uncommon in young doctors.
”
”
G.K. Chesterton
“
On peut faire ça dans la vie, transformer la souffrance en savoir.
”
”
Maxime-Olivier Moutier
“
La philosophie ne consiste-t-elle pas, aprĂšs tout, Ă  faire semblant d'ignorer ce que l'on sait et de savoir ce que l'on ignore?
”
”
Paul Valéry
“
Erica Jong believes “gossip is the opiate of the oppressed.
”
”
Mireille Guiliano (Women, Work & the Art of Savoir Faire: Business Sense & Sensibility)
“
A woman should wear fragrance wherever she expects to be kissed
”
”
Mireille Guiliano (Women, Work & the Art of Savoir Faire: Business Sense & Sensibility)
“
Ainsi, outre l'avantage que vous aurez de faire savoir promptement toutes vos volontĂ©s Ă  votre armĂ©e entiĂšre dans le mĂȘme moment, vous aurez encore celui de lasser votre ennemi, en le rendant attentif Ă  tout ce qu'il croit que vous voulez entreprendre, de lui faire naĂźtre des doutes continuels sur la conduite que vous devez tenir, et de lui inspirer d'Ă©ternelles frayeurs.
”
”
Sun Tzu (The Art of War)
“
Mais le narrateur est plutĂŽt tentĂ© de croire qu’en donnant trop d’importance aux belles actions, on rend finalement un hommage indirect et puissant au mal. Car on laisse supposer alors que ces belles actions n’ont tant de prix que parce qu’elles sont rares et que la mĂ©chancetĂ© et l’indiffĂ©rence sont des moteurs bien plus frĂ©quents dans les actions des hommes. C’est lĂ  une idĂ©e que le narrateur ne partage pas. Le mal qui est dans le monde vient presque toujours de l’ignorance, et la bonne volontĂ© peut faire autant de dĂ©gĂąts que la mĂ©chancetĂ©, si elle n’est pas Ă©clairĂ©e. Les hommes sont plutĂŽt bons que mauvais, et en vĂ©ritĂ© ce n’est pas la question. Mais ils ignorent plus ou moins, et c’est ce qu’on appelle vertu ou vice, le vice le plus dĂ©sespĂ©rant Ă©tant celui de l’ignorance qui croit tout savoir et qui s'autorise alors a tuer. L'Ăąme du meurtrier est aveugle et il n’y a pas de vraie bontĂ© ni de belle amour sans toute la clairvoyance possible.
”
”
Albert Camus (The Plague)
“
Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai, J’ai compris qu'en toutes circonstances, J’étais Ă  la bonne place, au bon moment. Et alors, j'ai pu me relaxer. Aujourd'hui je sais que cela s'appelle... l'Estime de soi. Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai, J’ai pu percevoir que mon anxiĂ©tĂ© et ma souffrance Ă©motionnelle N’étaient rien d'autre qu'un signal Lorsque je vais Ă  l'encontre de mes convictions. Aujourd'hui je sais que cela s'appelle... l'AuthenticitĂ©. Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai, J'ai cessĂ© de vouloir une vie diffĂ©rente Et j'ai commencĂ© Ă  voir que tout ce qui m'arrive Contribue Ă  ma croissance personnelle. Aujourd'hui, je sais que cela s'appelle... la MaturitĂ©. Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai, J’ai commencĂ© Ă  percevoir l'abus Dans le fait de forcer une situation ou une personne, Dans le seul but d'obtenir ce que je veux, Sachant trĂšs bien que ni la personne ni moi-mĂȘme Ne sommes prĂȘts et que ce n'est pas le moment... Aujourd'hui, je sais que cela s'appelle... le Respect. Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai, J’ai commencĂ© Ă  me libĂ©rer de tout ce qui n'Ă©tait pas salutaire, personnes, situations, tout ce qui baissait mon Ă©nergie. Au dĂ©but, ma raison appelait cela de l'Ă©goĂŻsme. Aujourd'hui, je sais que cela s'appelle... l'Amour propre. Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai, J’ai cessĂ© d'avoir peur du temps libre Et j'ai arrĂȘtĂ© de faire de grands plans, J’ai abandonnĂ© les mĂ©ga-projets du futur. Aujourd'hui, je fais ce qui est correct, ce que j'aime Quand cela me plait et Ă  mon rythme. Aujourd'hui, je sais que cela s'appelle... la SimplicitĂ©. Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai, J’ai cessĂ© de chercher Ă  avoir toujours raison, Et je me suis rendu compte de toutes les fois oĂč je me suis trompĂ©. Aujourd'hui, j'ai dĂ©couvert ... l'HumilitĂ©. Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai, J’ai cessĂ© de revivre le passĂ© Et de me prĂ©occuper de l'avenir. Aujourd'hui, je vis au prĂ©sent, LĂ  oĂč toute la vie se passe. Aujourd'hui, je vis une seule journĂ©e Ă  la fois. Et cela s'appelle... la PlĂ©nitude. Le jour oĂč je me suis aimĂ© pour de vrai, J’ai compris que ma tĂȘte pouvait me tromper et me dĂ©cevoir. Mais si je la mets au service de mon coeur, Elle devient une alliĂ©e trĂšs prĂ©cieuse ! Tout ceci, c'est... le Savoir vivre. Nous ne devons pas avoir peur de nous confronter. Du chaos naissent les Ă©toiles.
”
”
Charlie Chaplin
“
Redeless (adj.) Not knowing what to do in an emergency. Redeless has a variety of meanings, but this is the one that speaks to me the most. In yet another case of the rare thing enjoying a common word and vice versa, it is interesting to note that redeless has largely (or entirely) fallen by the linguistic wayside, while savoir faire (which originally meant “knowing what to do in an emergency”) has survived. Redonation
”
”
Ammon Shea (Reading the Oxford English Dictionary: One Man, One Year, 21,730 Pages)
“
La nuit était tombée, sans qu'il pût savoir si c'était en lui ou dans la chambre : tout était nuit. La nuit aussi bougeait : les ténÚbres s'écartaient pour faire place à d'autres, abßme sur abßme, épaisseur sombre sur épaisseur sombre.
”
”
Marguerite Yourcenar
“
prevailing event today is the loss of individuation qua pauperization (cognitive impoverishment) and the growth of information to the detriment of knowledge. It is what has been analyzed, for example, as “cognitive overflow syndrome,” which, rather than facilitating decision-making (the synthesis that must follow from the analytic acquisition of knowledge), paralyzes it: information is not transformed into knowledge or savoir-faire but into an accumulation of hard data.
”
”
Bernard Stiegler (The Re-Enchantment of the World: The Value of Spirit Against Industrial Populism (Philosophy, Aesthetics and Cultural Theory))
“
Dans l’ombre de ces villas, elles se regardent pour plus tard, elles croient vivre un roman, elles ont dĂ©jĂ  les longues penderies pleines de robes Ă  ne savoir qu’en faire, collectionnĂ©es comme le temps, la longue suite des jours d’attente.
”
”
Marguerite Duras (The Lover)
“
Le faste dĂ©complexĂ©, la richesse obscĂšne, l’égocentrisme prĂ©dateur, la figure du mĂąle possĂ©dant fier de son insouciance, sont immensĂ©ment ringards aujourd’hui. Il est temps de faire savoir le ridicule de ces postures et de valoriser une certaine humilitĂ© responsable. (...) Nous sommes faits, disait Beckett, « des mots des autres », mais Ă©galement du regard de l’autre. Si la conduite d’un 4×4 devient un marqueur de dĂ©linquance environnementale plutĂŽt que de rĂ©ussite sociale, les choix changeront.
”
”
Aurélien Barrau (Le plus grand défi de l'histoire de l'humanité)
“
Il est bon de savoir quelque chose des moeurs de divers peuples, afin de juger des nĂŽtres plus sainement, et que nous ne pensions pas que tout ce qui est contre nos modes soit ridicule et contre raison, ainsi qu'on coutume de faire ceux qui n'ont rien vu.
”
”
René Descartes (Discours De La Methode)
“
Il est bon de savoir quelque chose des moeurs de divers peuples, afin de juger des nĂŽtres plus sainement, et que nous ne pensions pas que tout ce qui est contre nos modes soit ridicule et contre raison, ainsi qu'ont coutume de faire ceux qui n'ont rien vu.
”
”
René Descartes (Discours De La Methode)
“
I was ignoring the American present so I could have hope for the American future. In an emerging autocracy, hope is dangerous, because hope is inextricable from time, and an enduring strategy of autocrats is to run out the clock. That was the botched institutionalist strategy that had led to the events of January 6—a strategy of inertia masquerading as patience, of smugness sold as savoir-faire. You cannot govern on hope and you cannot be governed by hope. Hope is a drug that gets you high on too many tomorrows
”
”
Sarah Kendzior (They Knew: How a Culture of Conspiracy Keeps America Complacent)
“
Le capitaine fait partie des pires ennemis de la vérité et de la liberté: le troupeau compact et immuable de la majorité. Oh, Dieu, la terrible tyrannie de la majorité! Nous avons tous nos harpes à faire entendre. Et c'est maintenant à vous de savoir de quelle oreille vous écouterez.
”
”
Ray Bradbury (Fahrenheit 451)
“
Par-delĂ  toutes sortes de goĂ»ts que je me connais, d'affinitĂ©s que je me sens, d'attirances que je subis, d'Ă©vĂ©nements qui m'arrivent et n'arrivent qu'Ă  moi, par-delĂ  quantitĂ© de mouvements que je me vois faire, d'Ă©motions que je suis seul Ă  Ă©prouver, je m'efforce, par rapport aux autres hommes, de savoir en quoi consiste, sinon Ă  quoi tient, ma diffĂ©renciation. N'est-ce pas dans la mesure exacte oĂč je prendrai conscience de cette diffĂ©renciation que je me rĂ©vĂ©lerai ce qu'entre tous les autres je suis venu faire en ce monde et de quel message unique je suis porteur (...) ?
”
”
André Breton (Nadja)
“
Quand on s’attend au pire, le moins pire a une saveur toute particuliĂšre, que vous dĂ©gusterez avec plaisir, mĂȘme si ce n’est pas le meilleur. *** Ce n'est pas la vie qui est belle, c'est nous qui la voyons belle ou moins belle. Ne cherchez pas Ă  atteindre un bonheur parfait, mais contentez vous des petites choses de la vie, qui, mises bout Ă  bout, permettent de tenir la distance
 Les tout petit riens du quotidien, dont on ne se rend mĂȘme plus compte mais qui font que, selon la façon dont on les vit, le moment peut ĂȘtre plaisant et donne envie de sourire. Nous avons tous nos petits riens Ă  nous. Il faut juste en prendre conscience. *** Le silence a cette vertu de laisser parler le regard, miroir de l’ñme. On entend mieux les profondeurs quand on se tait. *** Au temps des sorciĂšres, les larmes d’homme devaient ĂȘtre trĂšs recherchĂ©es. C’est rare comme la bave de crapaud. Ce qu’elles pouvaient en faire, ça, je ne sais pas. Une potion pour rendre plus gentil ? Plus humain ? Moins avare en Ă©motion ? Ou moins poilu ? *** Quand un silence s’installe, on dit qu’un ange passe
 *** Vide. Je me sens vide et Ă©teinte. J’ai l’impression d’ĂȘtre un peu morte, moi aussi. D’ĂȘtre un champ de bataille. Tout a brĂ»lĂ©, le sol est irrĂ©gulier, avec des trous bĂ©ants, des ruines Ă  perte de vue. Le silence aprĂšs l’horreur. Mais pas le calme aprĂšs la tempĂȘte, quand on se sent apaisĂ©. Moi, j’ai l’impression d’avoir sautĂ© sur une mine, d’avoir explosĂ© en mille morceaux, et de ne mĂȘme pas savoir comment je vais faire pour les rassembler, tous ses morceaux, ni si je les retrouverai tous. *** Accordez-vous le droit de vivre votre chagrin. Il y a un temps pour tout. *** Ce n’est pas d’intuition dont est dotĂ© Romain, mais d’attention. *** ÒȘa fait toujours plaisir un cadeau, surtout de la part des gens qu’on aime.
”
”
AgnĂšs Ledig (Juste avant le bonheur)
“
La mort ne faisait pas souffrir. C'Ă©tait la vie, cette atroce sensation d'Ă©touffement : c'Ă©tait le dernier coup que devait lui porter la vie. Ses mains et ses pieds, dans un dernier sursaut de volontĂ©, se mirent Ă  battre, Ă  faire bouillonner l'eau, faiblement, spasmodiquement. Mais malgrĂ© ses efforts dĂ©sespĂ©rĂ©s, il ne pourrait jamais plus remonter ; il Ă©tait trop bas, trop loin. Il flottait languissement, bercĂ© par un flot de visions trĂšs douces. Des couleurs, une radieuse lumiĂšre l'enveloppaient, le baignaient, le pĂ©nĂ©traient. Qu'Ă©tait-ce ? On aurait dit un phare. Mais non, c'Ă©tait dans son cerveau, cette Ă©blouissante lumiĂšre blanche. Elle brillait de plus en plus resplendissante. Il y eut un long grondement, et il lui sembla glisser sur une interminable pente. Et, tout au fond, il sombra dans la nuit. Ça, il le sut encore : il avait sombrĂ© dans la nuit. Et au moment mĂȘme oĂč il le sut, il cessa de le savoir.
”
”
Jack London (Martin Eden)
“
PrĂ©face J'aime l'idĂ©e d'un savoir transmis de maĂźtre Ă  Ă©lĂšve. J'aime l'idĂ©e qu'en marge des "maĂźtres institutionnels" que sont parents et enseignants, d'autres maĂźtres soient lĂ  pour dĂ©fricher les chemins de la vie et aider Ă  y avancer. Un professeur d'aĂŻkido cĂŽtoyĂ© sur un tatami, un philosophe rencontrĂ© dans un essai ou sur les bancs d'un amphi-théùtre, un menuisier aux mains d'or prĂȘt Ă  offrir son expĂ©rience... J'aime l'idĂ©e d'un maĂźtre considĂ©rant comme une chance et un honneur d'avoir un Ă©lĂšve Ă  faire grandir. Une chance et un honneur d'assister aux progrĂšs de cet Ă©lĂšve. Une chance et un honneur de participer Ă  son envol en lui offrant des ailes. Des ailes qui porteront l'Ă©lĂšve bien plus haut que le maĂźtre n'ira jamais. J'aime cette idĂ©e, j'y vois une des clefs d'un Ă©quilibre fondĂ© sur la transmission, le respect et l'Ă©volution. Je l'aime et j'en ai fait un des axes du "Pacte des MarchOmbres". Jilano, qui a Ă©tĂ© guidĂ© par EsĂźl, guide Ellana qui, elle-mĂȘme, guidera Salim... Transmission. Ellana, personnage ĂŽ combien essentiel pour moi (et pour beaucoup de mes lecteurs), dans sa complexitĂ©, sa richesse, sa volontĂ©, ne serait pas ce qu elle est si son chemin n avait pas croisĂ© celui de Jilano. Jilano qui a su dĂ©velopper les qualitĂ©s qu'il dĂ©celait en elle. Jilano qui l'a poussĂ©e, ciselĂ©e, enrichie, libĂ©rĂ©e, sans chercher une seule fois Ă  la modeler, la transformer, la contraindre. Respect. q Jilano, maĂźtre marchombre accompli. MaĂźtre accompli et marchombre accompli. Il sait ce qu'il doit Ă  EsĂźl qui l'a formĂ©. Il sait que sans elle, il ne serait jamais devenu l'homme qu'il est. L'homme accompli. Elle l'a poussĂ©, ciselĂ©, enrichi, libĂ©rĂ©, sans chercher une seule fois Ă  le modeler, le transformer, le contraindre. Respect. Évolution. EsĂźl, uniquement prĂ©sente dans les souvenirs de Jilano, ne fait qu'effleurer la trame du Pacte des Marchombres. Nul doute pourtant qu'elle soit parvenue Ă  faire dĂ©couvrir la voie Ă  Jilano et Ă  lui offrir un Ă©lan nĂ©cessaire pour qu'il y progresse plus loin qu'elle. Jilano agit de mĂȘme avec Ellana. Il sait, dĂšs le dĂ©part, qu'elle le distancera et attend ce moment avec joie et sĂ©rĂ©nitĂ©. Ellana est en train de libĂ©rer les ailes de Salim. Jusqu'oĂč s envolera-t-il grĂące Ă  elle ? J'aime cette idĂ©e, dans les romans et dans la vie, d’un maĂźtre transmettant son savoir Ă  un Ă©lĂšve afin qu a terme il le dĂ©passe. J'aime la gĂ©nĂ©rositĂ© qu'elle induit, la confiance qu'elle implique en la capacitĂ© des hommes Ă  s'amĂ©liorer. J'aime cette idĂ©e, mĂȘme si croiser un maĂźtre est une chance rare et mĂȘme s'il existe bien d'autres maniĂšres de prendre son envol. Lire. Écrire. S'envoler. Pierre Bottero
”
”
Pierre Bottero (Ellana, l'Envol (Le Pacte des MarchOmbres, #2))
“
C’est fou comme la sociĂ©tĂ© nous rappelle Ă  tout bout de champ le paradoxe de la libertĂ©. S’agit-il seulement de dire ce que l’on veut, de faire ce que l’on veut, de se donner tous les droits, y compris celui de ne rien respecter ? Ou ne s’agirait-il pas plutĂŽt d’autre chose ? La pensĂ©e libre fait de nous des humains en conscience. La solidaritĂ© fait de nous des humains en puissance. Le savoir et l’intelligence faisant le reste,
”
”
Serge Bouchard (Un café avec Marie (French Edition))
“
[
] Les interdits dans notre religion – c'est pourquoi elle est extrĂȘmement souple et simple – ne sont pas Ă©pais comme le Larousse. Ils portent uniquement sur les critĂšres de bonnes mƓurs. Par exemple, durant le ramadan, personne ne peut savoir si vous jeĂ»nez ou pas, vous pouvez parfaitement manger chez vous ; en revanche, un musulman qui dĂ©jeune dans un restaurant porte atteinte Ă  l'ordre public. Dans certains pays, on Ă©tait arrivĂ© Ă  une vĂ©ritable provocation, comme en Tunisie. Bourguiba, qui n'Ă©tait pourtant pas un anarchiste, dans un attachement excessif Ă  la laĂŻcitĂ© que je ne m'explique pas, a demandĂ© aux gens de ne plus faire le ramadan. C'Ă©tait incroyable. Il invitait, durant cette pĂ©riode, des gens Ă  dĂ©jeuner chez lui, ou encore il forçait ses soldats Ă  aller prendre des verres de jus d'orange Ă  midi. VoilĂ  des atteintes Ă  l'ordre public et aux bonnes mƓurs.
”
”
Hassan II (Ű°Ű§ÙƒŰ±Ű© ملك)
“
On ne comprend jamais rien, ou trĂšs peu de choses 
 Les hommes vivent un peu comme les aveugles, et gĂ©nĂ©ralement, ça leur suffit. Je dirais mĂȘme que c’est ce qu’ils recherchent, Ă©viter les maux de tĂȘte et les vertiges, se remplir l’estomac, dormir, venir entre les cuisses de leur femme quand leur sang devient trop chaud, faire la guerre parce qu’on leur dit de la faire, et puis mourir sans trop savoir ce qui les attend aprĂšs, mais en espĂ©rant tout de mĂȘme que quelque chose les attend.
”
”
Philippe Claudel (Brodeck)
“
Je ne crois pas que les animaux sauvages puissent ĂȘtre heureux ou mĂȘme joyeux quand ils sont adultes. C'est la vie avec les hommes qui a dĂ» faire naĂźtre cette facultĂ© chez les chiens. J'aimerais savoir pourquoi nous agissons sur eux comme une drogue. C'est peut-ĂȘtre le chien qui est responsable de la folie de grandeur de l'homme. MĂȘme Ă  moi, il m'est arrivĂ© de penser que je devais avoir quelque chose de particulier, quand je voyais Lynx dĂ©faillir de joie en me regardant. Mais je n'avais rien d'exceptionnel, bien sĂ»r ; Lynx Ă©tait tout simplement fou des hommes comme tous les chiens.
”
”
Marlen Haushofer (The Wall)
“
Du reste, la majoritĂ© des orientalistes ne sont et ne veulent ĂȘtre que des Ă©rudits ; tant qu’ils se bornent Ă  des travaux historiques ou philologiques, cela n’a pas grande importance ; il est Ă©vident que des ouvrages de ce genre ne peuvent servir de rien pour atteindre le but que nous envisageons ici, mais leur seul danger, en somme, est celui qui est commun Ă  tous les abus de l’érudition, nous voulons dire la propagation de cette « myopie intellectuelle » qui borne tout savoir Ă  des recherches de dĂ©tail, et le gaspillage d’efforts qui pourraient ĂȘtre mieux employĂ©s dans bien des cas. Mais ce qui est beaucoup plus grave Ă  nos yeux, c’est l’action exercĂ©e par ceux des orientalistes qui ont la prĂ©tention de comprendre et d’interprĂ©ter les doctrines, et qui les travestissent de la façon la plus incroyable, tout en assurant parfois qu’ils les comprennent mieux que les Orientaux eux-mĂȘmes (comme Leibnitz s’imaginait avoir retrouvĂ© le vrai sens des caractĂšres de Fo-hi), et sans jamais songer Ă  prendre l’avis des reprĂ©sentants autorisĂ©s des civilisations qu’ils veulent Ă©tudier, ce qui serait pourtant la premiĂšre chose Ă  faire, au lieu de se comporter comme s’il s’agirait de reconstituer des civilisations disparues.
”
”
René Guénon (East and West)
“
[...] Pierre de la Coste : Comme par exemple Stephen Hawking dans l'un de ces derniers livres dit "j'ai pas besoin de dieu pour expliquer l'univers, il me suffit des lois de la gravitation" Etienne Klein : Ne me faites pas rire... [...] Il a Ă©crit un livre il y a quelques annĂ©es qui s'appelle une brĂšve histoire du temps, et c'est toujours le mĂȘme truc, il fait 180 pages sur la thĂ©orie des cordes, puis derniĂšre page, Dieu arrive, on sait pas pourquoi, il arrive comme ça. Dans le premier livre, c'Ă©tait "bientĂŽt grĂące Ă  la thĂ©orie des cordes, nous connaĂźtrons la pensĂ©e de Dieu" - On apprend lĂ  que Dieu pense... ce qui est en soit une information thĂ©ologique de premiĂšre importance..., et puis il y a une espĂšce de naĂŻvetĂ© comme ça Ă  parler de Dieu sans dire que quel Dieu on parle... Et puis lĂ  dans le dernier livre que vous citez, effectivement, pareil, 180 pages sur la thĂ©orie des cordes... puis derniĂšre page, "finalement, on a pas besoin de Dieu pour crĂ©er l'univers, les lois de la gravitation ont suffit pour le faire" - mais vous voyez la naĂŻvetĂ© du truc...? Et aprĂšs ça fait la Une du Times, ça fait la Une de la presse française... Et prenons le au sĂ©rieux, imaginons qu'effectivement, au dĂ©but entre guillemets, il n'y avait pas d'espace, pas de temps, pas de matiĂšre, pas d’énergie, pas de rayonnement, mais il y avait les lois de la gravitation...- Alors les lois de la gravitation sont lĂ , transcendantes, et "pof" elle crĂ©ent l'univers. ça veut dire que, si vous dĂ©finissez Dieu comme Ă©tant celui qui a créé l'univers, vous devez admettre que les lois de la gravitation c'est Dieu... et Ă  ce moment lĂ , quand vous tombez dans les escaliers, sous l'effet de la gravitation, sans le savoir vous accomplissez une action de grĂące... et donc, vous voyez cette naĂŻvetĂ© lĂ  est quand mĂȘme coupable [...] "Les Rendez-vous du futur Étienne Klein [20m45]"
”
”
Étienne Klein
“
d’ĂȘtre pris au sĂ©rieux la prochaine fois, ou d’ĂȘtre considĂ©rĂ© comme dangereux. Et ne vous trompez pas : ĂȘtre pris au sĂ©rieux, ĂȘtre considĂ©rĂ© comme dangereux est la SEULE diffĂ©rence Ă  leurs yeux entre les joueurs et les petits. Ils passeront des marchĂ©s avec des joueurs. Ils liquideront les petits. Et vous verrez : ils enroberont votre liquidation, votre dĂ©mĂ©nagement, votre torture, votre exĂ©cution brutale de la pire justification qui soit : « Les affaires sont les affaires ; tout ça est politique ; c’est ainsi que tourne le monde, la vie est dure et N’Y VOYEZ RIEN DE PERSONNEL. » Qu’ils aillent se faire mettre. Rendez l’affaire personnelle. Quellcrist Falconer Tout ce que je devrais dĂ©jĂ  savoir, volume ii
”
”
Richard K. Morgan (Carbone modifié (Takeshi Kovacs, #1))
“
L'Art d’avoir toujours raison La dialectique 1 Ă©ristique est l’art de disputer, et ce de telle sorte que l’on ait toujours raison, donc per fas et nefas (c’est-Ă -dire par tous les moyens possibles)2. On peut en effet avoir objectivement raison quant au dĂ©bat lui-mĂȘme tout en ayant tort aux yeux des personnes prĂ©sentes, et parfois mĂȘme Ă  ses propres yeux. En effet, quand mon adversaire rĂ©fute ma preuve et que cela Ă©quivaut Ă  rĂ©futer mon affirmation elle-mĂȘme, qui peut cependant ĂȘtre Ă©tayĂ©e par d’autres preuves – auquel cas, bien entendu, le rapport est inversĂ© en ce qui concerne mon adversaire : il a raison bien qu’il ait objectivement tort. Donc, la vĂ©ritĂ© objective d’une proposition et la validitĂ© de celle-ci au plan de l’approbation des opposants et des auditeurs sont deux choses bien distinctes. (C'est Ă  cette derniĂšre que se rapporte la dialectique.) D’oĂč cela vient-il ? De la mĂ©diocritĂ© naturelle de l’espĂšce humaine. Si ce n’était pas le cas, si nous Ă©tions fonciĂšrement honnĂȘtes, nous ne chercherions, dans tout dĂ©bat, qu’à faire surgir la vĂ©ritĂ©, sans nous soucier de savoir si elle est conforme Ă  l’opinion que nous avions d’abord dĂ©fendue ou Ă  celle de l’adversaire : ce qui n’aurait pas d’importance ou serait du moins tout Ă  fait secondaire. Mais c’est dĂ©sormais l’essentiel. La vanitĂ© innĂ©e, particuliĂšrement irritable en ce qui concerne les facultĂ©s intellectuelles, ne veut pas accepter que notre affirmation se rĂ©vĂšle fausse, ni que celle de l’adversaire soit juste. Par consĂ©quent, chacun devrait simplement s’efforcer de n’exprimer que des jugements justes, ce qui devrait inciter Ă  penser d’abord et Ă  parler ensuite. Mais chez la plupart des hommes, la vanitĂ© innĂ©e s’accompagne d’un besoin de bavardage et d’une malhonnĂȘtetĂ© innĂ©e. Ils parlent avant d’avoir rĂ©flĂ©chi, et mĂȘme s’ils se rendent compte aprĂšs coup que leur affirmation est fausse et qu’ils ont tort, il faut que les apparences prouvent le contraire. Leur intĂ©rĂȘt pour la vĂ©ritĂ©, qui doit sans doute ĂȘtre gĂ©nĂ©ralement l’unique motif les guidant lors de l’affirmation d’une thĂšse supposĂ©e vraie, s’efface complĂštement devant les intĂ©rĂȘts de leur vanité : le vrai doit paraĂźtre faux et le faux vrai.
”
”
Arthur Schopenhauer (L'art d'avoir toujours raison (La Petite Collection))
“
Il eut mĂȘme le temps de comparer les mĂ©rites respectifs de l'une et de l'autre et de faire ce choix sans consĂ©quence pratique que font presque toujours les hommes en regardant les femmes. Darenski, qui cherchait Ă  mettre la main sur le commandant de l'armĂ©e, qui se demandait si celui-ci lui donnerait les chiffres dont il avait besoin, qui se demandait oĂč il pourrait trouver Ă  manger et Ă  dormir, qui aurait aimĂ© savoir si la division oĂč il devait se rendre n'Ă©tait pas trop Ă©loignĂ©e et si la route qui y menait n'Ă©tait pas trop mauvaise, Darenski, donc, eut le temps de se dire pour la forme (mais quand mĂȘme pas seulement pour la forme): 'Celle-lĂ !' Et il advint qu'il n'alla pas chez le chef de l'Ă©tat-major mais resta Ă  jouer aux cartes.
”
”
Vasily Grossman
“
tu n'es peut ĂȘtre pas son premier,son dernier ou son unique. Elle a aimĂ© avant,elle pourra aimer Ă  nouveau. Mais si elle t'aimes maintenant qu'est ce qui importe? Elle n'est pas parfaite,toi non plus.Et vous ne serez peut ĂȘtre jamais parfaits ensembles,mais si elle peut te faire rire,rĂ©flĂ©chir deux fois et qu'elle admet qu'elle est humaine et qu'elle fait des erreurs. Accroche toi Ă  elle et donne lui tout ce que tu as Ă  donner.Elle peut ne pas penser Ă  toi chaque seconde de sa journĂ©e. Mais elle te donnera un part d'elle qu'elle sait que tu pourrais briser son coeur. Donc ne la blesse pas,ne l'analyse pas et n'attend pas d'elle plus que ce qu'elle peut t'offrir. Souris quand elle te rend heureux,fais lui savoir quand elle te déçoit,et qu'elle te manque quand elle n'est pas lĂ .
”
”
Abir Berrahal
“
L'optimisme est contagieux. Si c'etait le cas, il suffirait d'aller jusqu'a la personne aimee avec un immense sourire, pleine de projets et d'idees, et de savoir comment les presenter. Cela fonctionne-il? Non. Ce qui est contagieux, c'est la peur, la frayeur constante de ne jamais rencontrer quelqu'un qui nous accompagne jusqu'a la fin de nos jours. Et au nom de cette peur, nous sommes capables de faire n'importe quoi, d'accepter la mauvaise personne et de nous convaincre qu'elle est la bonne, l'unique, celle que Dieu a mise sur notre chemin. En tres peu de temps, la recherche de la securite se transforme en amour sincere, les choses sont moins ameres et difficiles, et nos sentiments peuvent etre mis dans une boite et repousses au fond d'une armoire dans notre tete, ou elle restera cachee et invisible a tout jamais.
”
”
null
“
Ayant entendu pendant la nuit des bruits étranges dans la cage d'escalier, elle acheta le lendemain au marché noir un 7 x 57 mm Mauser et des munitions et annonça à son mari, qui la regardait en fronçant les sourcils, qu'elle abattrait sans sommation tout inconnu qui franchirait le seuil de son appartement sans son autorisation. Quand Léon lui fit remarquer qu'un pistolet accroché au mur au premier acte devait servir à faire feu au second acte, elle haussa les épaules en répliquant que la vraie vie obéissait à d'autres lois que les piÚces de théùtres russes. Et quand il voulut savoir pourquoi elle avait choisi précisément une arme allemande, elle lui répondit que les inspecteurs allemands, s'ils trouvaient des balles allemandes dans un cadavre allemand, chercheraient trÚs probablement le coupable parmi les Allemands.
”
”
Alex Capus (Léon und Louise)
“
1837, cette annĂ©e capitale sur le plan mondial, oĂč pour la premiĂšre fois le tĂ©lĂ©graphe rend simultanĂ©es les expĂ©riences humaines jusqu’alors isolĂ©es, n’est en gĂ©nĂ©ral mĂȘme pas mentionnĂ©e dans nos livres de classe, qui continuent malheureusement Ă  juger plus important de raconter les guerres et les victoires de quelques gĂ©nĂ©raux et de quelques nations, plutĂŽt que les vĂ©ritables triomphes de l’humanitĂ© – ceux qui sont collectifs. Et pourtant aucune date de l’histoire contemporaine ne peut se comparer quant Ă  sa portĂ©e psychologique Ă  celle-ci, oĂč est intervenue cette mutation de la valeur du temps. Le monde est transformĂ© depuis qu’il est possible de savoir Ă  Paris ce qui se passe Ă  la minute mĂȘme Ă  Moscou, Ă  Naples et Ă  Lisbonne. Il ne reste plus qu’un dernier pas Ă  faire, et les autres continents seront eux aussi intĂ©grĂ©s Ă  ce grandiose ensemble, et l’on aura créé une conscience commune Ă  l’humanitĂ© tout entiĂšre.
”
”
Stefan Zweig (Decisive Moments in History: Twelve Historical Miniatures)
“
J'aurais voulu lui dire que je me sentais comme abimĂ©. Que j'existais sans vivre vraiment. Que des fois j'Ă©tais vide et des je fois je bouillonnais a l’intĂ©rieur, que j'Ă©tais sous pression, prĂȘt a Ă©clater. Que je ressentais plusieurs choses a la fois, comment dire? Que ça grouillait de pensĂ©es dans mon cerveau. Qu'il y avait une sorte d'impatience, comme l'envie de passer Ă  autre chose, quelque chose qui serait bien bien mieux que maintenant, sans savoir ce qui allait mal ni ce qui serait mieux. Que j'avais peur de pas y arriver, peur de pas pouvoir tenir jusque lĂ . De ne jamais ĂȘtre assez fort pour survivre Ă  ça, et que quand je disais "ça", je ne savais mĂȘme pas de quoi je parlais. Que j'arrivais pas Ă  gĂ©rer tout ce qu'il y avait dans ma tĂȘte. Que j'avais toujours l'impression d'ĂȘtre en danger, un danger permanent, de tous les cotĂ©s oĂč je regardais, d'ĂȘtre sur le point de me noyer. Comme si Ă  l'intĂ©rieur de moi le niveau montait et que j'allais ĂȘtre submergĂ©. Mais j'ai pas pu lui dire. J'ai dĂ©gluti et j'ai dit ça va aller, merci. C'Ă©tait plus facile.
”
”
Claire-Lise Marguier (Le faire ou mourir)
“
l'inĂ©galitĂ© majeure entre les humains, celle qui les sĂ©pare de la maniĂšre la plus irrĂ©mĂ©diable, celle Ă  laquelle le progrĂšs, l'Histoire, la bonne volontĂ© des uns ou des autres, ne peuvent, pour l'heure, Ă  peu prĂšs rien, ce n'est ni la fortune, ni le savoir, ni le pouvoir, ni le savoir-pouvoir, ni aucune des autres grĂąces que dispensent la nature ou le monde, mais cet autre partage qui, dans les situations de dĂ©tresse extrĂȘme, distingue ceux qui ont la chance de pouvoir s'en aller et ceux qui savent qu'ils vont rester. Les alliĂ©s des damnĂ©s d'un cĂŽtĂ© ; les amis du Job moderne ; les compagnons d'un jour ou de quelques jours ; les infiltrĂ©s ; les mercenaires du Bien ; tous ces bienheureux qui, quelque part qu'ils prennent Ă  la souffrance des autres, quelque ardeur qu'ils mettent Ă  militer, sympathiser, se faire les porte-voix des sans-voix, aller sur le terrain, crapahuter, les suivre dans leurs tranchĂ©es, sous leurs bombes, le font tout en sachant qu'il y a cette petite diffĂ©rence qui change tout : ils partiront, eux, quand ils voudront... (ch. 15 Arendt, Sarajevo : qu'est-ce qu'ĂȘtre damnĂ© ?)
”
”
Bernard-Henri Lévy (War, Evil, and the End of History)
“
Certains jours, travaillant aux MystĂšres de messieurs, j'avais envie d'allĂ©ger la planĂšte des neuf dixiĂšmes de ses phallophores - qui, par leur insĂ©curitĂ© permanente, leur incertitude d'ĂȘtre (Pour qui tu te prends ? phrase masculine par excellence), leur passion pour les armes, leur rivalitĂ©, leur goĂ»t du pouvoir, leurs bagarres et magouilles de toutes sortes, conduisent notre espĂšce droit Ă  l'extinction, d'autres jours au contraire j'avais envie de les remercier Ă  genoux car ils ont inventĂ© la roue et le canoĂ«, l'alphabet et l'appareil photo, Ă©laborĂ© les sciences composĂ© les musiques Ă©crit les livres peint les tableaux bĂąti les palais les Ă©glises les mosquĂ©es les ponts les barrages et les routes, travaillĂ© sans compter, durement et modestement, dĂ©ployant leur force, leur patience, leur Ă©nergie et leur savoir-faire dans les champs de mine usines ateliers bibliothĂšques universitĂ©s et laboratoires du monde entier. Oh ! hommes merveilleux, anonymes et innombrables, souffrant et vous dĂ©vouant, jour aprĂšs jour, siĂšcle aprĂšs siĂšcle pour nous faire vivre un peu mieux, avec un peu plus de confort et de beautĂ© et de sens... que je vous aime !
”
”
Nancy Huston (Infrarouge)
“
S'il est bon de savoir employer les hommes tels qu'ils sont, il vaut beaucoup mieux encore les rendre tels qu'on a besoin qu'ils soient; l'autoritĂ© la plus absolue est celle qui pĂ©nĂštre jusqu'Ă  l'intĂ©rieur de l'homme, et ne s'exerce pas moins sur la volontĂ© que sur les actions. [...] Formez donc des hommes si vous voulez commander Ă  des hommes : si vous voulez qu'on obĂ©isse aux lois, faites qu'on les aime, et que pour faire ce qu'on doit, il suffise de songer qu'on le doit faire. C'Ă©tait lĂ  le grand art des gouvernements anciens, dans ces temps reculĂ©s oĂč les philosophes donnaient des lois aux peuples, et n'employaient leur autoritĂ© qu'Ă  les rendre sages et heureux. De lĂ  tant de lois somptuaires, tant de rĂšglements sur les mƓurs, tant de maximes publiques admises ou rejetĂ©es avec le plus grand soin. Les tyrans mĂȘmes n'oubliaient pas cette importante partie de l'administration, et on les voyait attentifs Ă  corrompre les mƓurs de leurs esclaves avec autant de soin qu'en avaient les magistrats Ă  corriger celles de leurs concitoyens. Mais nos gouvernements modernes qui croient avoir tout fait quand ils ont tirĂ© de l'argent, n'imaginent pas mĂȘme qu'il soit nĂ©cessaire ou possible d'aller jusque-lĂ .
”
”
Jean-Jacques Rousseau (A Discourse on Political Economy)
“
Comment se fait-il que l'humanitĂ©, en dĂ©pit de ressources planĂ©taires suffisantes et de ses prouesses technologiques sans prĂ©cĂ©dent, ne parvienne pas Ă  faire en sorte que chaque ĂȘtre humain puisse se nourrir, se vĂȘtir, s'abriter, se soigner et dĂ©velopper les potentiels nĂ©cessaires Ă  son accomplissement? Comment se fait-il que la moitiĂ© du genre humain, constituĂ©e par le monde fĂ©minin, soit toujours subordonnĂ©e Ă  l'arbitraire d'un masculin outrancier et violent? Comment se fait-il que le monde animal, Ă  savoir les crĂ©atures compagnes de notre destin et auxquelles nous devons mĂȘme notre propre survie Ă  travers l'histoire, soit ravalĂ© dans notre sociĂ©tĂ© d'hyperconsommation Ă  des masses ou Ă  des fabriques de protĂ©ines. Comment les mammifĂšres bipĂšdes auxquels j'appartiens ont-ils pu se croire le droit d'exercer d’innombrables exactions sur le monde animal, domestique ou sauvage? Comment se fait-il que nous n'ayons pas pris conscience de la valeur inestimable de notre petite planĂšte, seule oasis de vie au sein d'un dĂ©sert sidĂ©ral infini, et que nous ne cessions de la piller, de la polluer, de la dĂ©truire aveuglĂ©ment au lieu d'en prendre soin et d'y construire la paix et la concorde entre les peuples?
”
”
Pierre Rabhi (La part du colibri: L'EspĂšce humaine face Ă  son devenir)
“
Et toujours ces questions si naturelles, anodines en apparence, ça marche toujours avec lui ? Est-ce que tu comptes te marier ? La dĂ©solation de mes parents devant une situation incertaine, "on aimerait bien savoir oĂč ça va te mener tout ça". ObligĂ© que l'amour mĂšne quelque part. Leur peine sourde aussi. Ce serait tellement plus agrĂ©able, plus tranquille pour eux de voir se dĂ©rouler l'histoire habituelle, les faire-part dans le journal, les questions auxquelles on rĂ©pond avec fiertĂ©, un jeune homme de Bordeaux, bientĂŽt professeur, l'Ă©glise, la mairie, le mĂ©nage qui se "monte", les petits-enfants. Je les prive des espĂ©rances traditionnelles. L'affolement de ma mĂšre quand elle apprend, tu couches avec, si tu continues tu vas gĂącher ta vie. Pour elle, je suis en train de me faire rouler, des tonnes de romans qui ressortent, filles sĂ©duites qu'on n'Ă©pouse pas, abandonnĂ©es avec un mĂŽme. Un combat tannant toutes les semaines entre nous deux. Je ne sais pas encore qu'au moment oĂč l'on me pousse Ă  liquider ma libertĂ©, ses parents Ă  lui jouent un scĂ©nario tout aussi traditionnel mais inverse, "tu as bien le temps d'avoir un fil Ă  la patte, ne te laisse pas mettre le grappin dessus !", bien chouchoutĂ©e la libertĂ© des mĂąles.
”
”
Annie Ernaux (A Frozen Woman)
“
Oui, la vie m’a traversĂ©e, je n’ai pas rĂȘvĂ©, ces hommes, des milliers, dans mon lit, dans ma bouche, je n’ai rien inventĂ© de leur sperme sur moi, sur ma figure, dans mes yeux, j’ai tout vu et ça continue encore, tous les jours ou presque, des bouts d’homme, leur queue seulement, des bouts de queue qui s’émeuvent pour je ne sais quoi car ce n’est pas de moi qu’ils bandent, ça n’a jamais Ă©tĂ© de moi, c’est de ma putasserie, du fait que je suis lĂ  pour ça, les sucer, les sucer encore, ces queues qui s’enfilent les unes aux autres comme si j’allais les vider sans retour, faire sortir d’elles une fois pour toutes ce qu’elles ont à dire, et puis de toute façon je ne suis pour rien dans ces Ă©panchements, ça pourrait ĂȘtre une autre, mĂȘme pas une putain mais une poupĂ©e d’air, une parcelle d’image cristallisĂ©e, le point de fuite d’une bouche qui s’ouvre sur eux tandis qu’ils jouissent de l’idĂ©e qu’ils se font de ce qui fait jouir, tandis qu’ils s’affolent dans les draps en faisant apparaĂźtre çà et là un visage grimaçant, des mamelons durcis, une fente trempĂ©e et agitĂ©e de spasmes, tandis qu’ils tentent de croire que ces bouts de femme leur sont destinĂ©s et qu’ils sont les seuls à savoir les faire parler, les seuls à pouvoir les faire plier sous le dĂ©sir qu’ils ont de les voir plier.
”
”
Nelly Arcan (Putain)
“
Prenez garde, mon enfant, Ă  ce qui se passe dans votre cƓur, dit le curĂ© fronçant le sourcil : je vous fĂ©licite de votre vocation, si c'est Ă  elle seule que vous devez le mĂ©pris d'une fortune plus que suffisante. Il y a cinquante-six ans sonnĂ©s que je suis curĂ© de VerriĂšres, et cependant, suivant toute apparence, je vais ĂȘtre destituĂ©. Ceci m'afflige, et toutefois j'ai huit cents livres de rente. Je vous fais part de ce dĂ©tail afin que vous ne vous fassiez pas d'illusions sur ce qui vous attend dans l'Ă©tat de prĂȘtre. Si vous songez Ă  faire la cour aux hommes qui ont la puissance, votre perte Ă©ternelle est assurĂ©e. Vous pourrez faire fortune, mais il faudra nuire aux misĂ©rables, flatter le sous-prĂ©fet, le maire, l'homme considĂ©rĂ©, et servir ses passions : cette conduite, qui dans le monde s'appelle savoir-vivre, peut, pour un laĂŻque, n'ĂȘtre pas absolument incompatible avec le salut ; mais, dans notre Ă©tat, il faut opter ; il s'agit de faire fortune dans ce monde ou dans l'autre, il n'y a pas de milieu. Allez, mon cher ami, rĂ©flĂ©chissez, et revenez dans trois jours me rendre une rĂ©ponse dĂ©finitive. J'entrevois avec peine, au fond de votre caractĂšre, une ardeur sombre qui ne m'annonce pas la modĂ©ration et la parfaite abnĂ©gation des avantages terrestres nĂ©cessaires Ă  un prĂȘtre ; j'augure bien de votre esprit ; mais, permettez-moi de vous le dire, ajouta le bon curĂ©, les larmes aux yeux, dans l'Ă©tat de prĂȘtre, je tremble pour votre salut.
”
”
Stendhal (The Red and the Black)
“
Les gens ont peur d’ĂȘtre bannis socialement ou obligĂ©s de quitter le pays. Il y a des lignes rouges que personne n’ose dĂ©passer, sur lesquelles veillent l’Etat et les oulĂ©mas. Je me souviens de la virulence avec laquelle un alem de l’Establishment avait excommuniĂ© le philosophe Mohamed Aziz Lahbabi. Celui-ci m’avait appelĂ© pour me demander de raisonner le alem en question. « Dis-lui que je fais mes priĂšres, que je ne suis pas un mĂ©crĂ©ant ». J’ai eu Ă  faire moi-mĂȘme Ă  un alem, le jour oĂč il m’a conviĂ©, sur le ton de la dĂ©fiance, Ă  un dĂ©bat sur la culture musulmane. Il Ă©tait question, au dĂ©part, qu’Abdellah Laroui et Mehdi Mandjera soient Ă  mes cĂŽtĂ©s pour confronter nos idĂ©es avec cinq oulĂ©mas de la vieille Ă©cole. J’ai essayĂ© finalement de m’en sortir tout seul, sans m’éloigner de la logique coranique. A vrai dire, je me sens obligĂ©, en tant que dĂ©fenseur d’une laĂŻcitĂ© tolĂ©rante, d’acquĂ©rir continuellement des connaissances religieuses prĂ©cises. En fait, entre 1968 et 1972, je me suis sĂ©rieusement penchĂ© sur l’exĂ©gĂšse du Coran, dont l’une des versions les plus exhaustives en 10 volumes que j’ai lue quatre fois. Peu importe Ă  quel degrĂ© de croyance je me situais, je voulais m’instruire. Dans la foulĂ©e, j’ai dĂ©cidĂ© de prendre une posture d’avocat sans prĂ©jugĂ©, se proposant de dĂ©fendre un client sans savoir s’il avait raison ou tort. Et en l’occurrence, je me suis fait l’avocat de l’Islam. Or, un avocat ne peut que donner raison Ă  son client. J’ai alors Ă©crit mon livre, Ce que dit le muezzin. Me suis-je convaincu moi-mĂȘme, Ă  l’arrivĂ©e ? En tout cas, j’ai au moins rendu hommage Ă  la religion dans laquelle j’avais Ă©tĂ© Ă©levĂ©. [Interview Economia, Octobre 2010]
”
”
Mohammed Chafik
“
En honorant l'Ă©cole Ă  l'excĂšs, c'est toi [l'Ă©lĂšve excellent] que tu flattes en douce, tu te poses plus ou moins consciemment en Ă©lĂšve idĂ©al. Ce faisant, tu masques les innombrables paramĂštres qui nous font tellement inĂ©gaux dans l'acquisition du savoir : circonstances, entourage, pathologies, tempĂ©rament
 Ah ! l'Ă©nigme du tempĂ©rament ! « Je dois tout Ă  l'Ă©cole de la RĂ©publique ! » Serait-ce que tu voudrais faire passer tes aptitudes pour des vertus ? (Les unes et les autres n'Ă©tant d'ailleurs pas incompatibles
) RĂ©duire ta rĂ©ussite Ă  une question de volontĂ©, de tĂ©nacitĂ©, de sacrifice, c'est ça que tu veux ? Il est vrai que tu fus un Ă©lĂšve travailleur et persĂ©vĂ©rant, et que le mĂ©rite t'en revient, mais c'est, aussi, pour avoir joui trĂšs tĂŽt de ton aptitude Ă  comprendre, Ă©prouvĂ© dĂšs tes premiĂšres conforntations au travail scolaire la joie immense d'avoir compris, et que l'effort portait en lui-mĂȘme la promesse de cette joie ! À l'heure oĂč je m'asseyais Ă  ma table Ă©crasĂ© par la conviction de mon idiotie, tu t'installais Ă  la tienne vibrant d'impatience, impatience de passer Ă  autre chose aussi, car ce problĂšme de math sur lequel je m'endormais tu l'expĂ©diais, toi, en un tournemain. Nos devoirs, qui Ă©taient les tremplins de ton esprit, Ă©taient les sables mouvants oĂč s'enlisait le mien. Ils te laissaient libre comme l'air, avec la satisfaction du devoir accompli, et moi hĂ©bĂ©tĂ© d'ignorance, maquillant un vague brouillon en copie dĂ©finitive, Ă  grand renfort de traits soigneusement tirĂ©s qui ne trompaient personne. À l'arrivĂ©e, tu Ă©tais le travailleur, j'Ă©tais le paresseux. C'Ă©tait donc ça, la paresse ? Cet enlisement en soi-mĂȘme ? Et le travail, qu'Ă©tait-ce donc ? Comment s'y prenaient-ils, ceux qui travaillaient bien ? OĂč puisaient-ils cette force ? Ce fut l'Ă©nigme de mon enfance. L'effort, oĂč je m'anĂ©antissais, te fut d'entrĂ©e de jeu un gage d'Ă©panouissement. Nous ignorions toi et moi qu'« il faut rĂ©ussir pour comprendre », selon le mot si clair de Piaget, et que nous Ă©tions, toi comme moi, la vivante illustration de cet axiome. (p. 271-272)
”
”
Daniel Pennac (Chagrin d'école)
“
_ Pourquoi sont-ils si mĂ©prisants ? demanda ChloĂ©. Ce n'est pas tellement bien de travailler... _ On leur a dit que c’était bien, dit Colin. En gĂ©nĂ©ral, on trouve ça bien. En fait, personne ne le pense. On le fait par habitude et pour ne pas y penser, justement. _ En tout cas, c'est idiot de faire un travail que des machines pourraient faire. _ Il faut construire des machines, dit Colin. Qui le fera? _ Oh! Evidemment, dit ChloĂ©. Pour faire un Ɠuf, il faut une poule, mais, une fois qu'on a la poule, on peut avoir des tas d’Ɠufs. Il vaut donc mieux commencer par la poule. _ Il faudrait savoir, dit Colin, qui empĂȘche de faire des machines. C'est le temps qui doit manquer. Les gens perdent leur temps Ă  vivre, alors, il ne leur en reste plus pour travailler. _ Ce n'est pas plutĂŽt le contraire? dit ChloĂ©. _ Non, dit Colin. S'ils avaient le temps de construire les machines, aprĂšs ils n'auraient plus besoin de rien faire. Ce que je veux dire c'est qu'ils travaillent pour vivre au lieu de travailler Ă  construire des machines qui les feraient vivre sans travailler. _ C'est compliquĂ©, estima ChloĂ©. _ Non, dit Colin. C'est trĂšs simple. Ça devrait, bien entendu, venir progressivement. Mais, on perd tellement de temps Ă  faire des choses qui s'usent... - Mais, tu crois qu'ils n'aimeraient pas mieux rester chez eux et embrasser leur femme et aller Ă  la piscine et aux divertissements? - Non, dit Colin. Parce qu'ils n'y pensent pas. - Mais est-ce que c'est leur faute si ils croient que c'est bien de travailler? - Non, dit Colin, ce n'est pas leur faute. C'est parce qu'on leur a dit : « Le travail, c'est sacrĂ©, c'est bien, c'est beau, c'est ce qui compte avant tout, et seuls les travailleurs ont droit Ă  tout. » Seulement, on s'arrange pour les faire travailler tout le temps et alors ils ne peuvent pas en profiter. _ Mais, alors, ils sont bĂȘtes? dit ChloĂ©. _ Oui, ils sont bĂȘtes, dit Colin. C'est pour ça qu'ils sont d'accord avec ceux qui leur font croire que le travail c'est ce qu'il y a de mieux. Ça leur Ă©vite de rĂ©flĂ©chir et de chercher Ă  progresser et Ă  ne plus travailler.
”
”
Boris Vian (L'écume des jours)
“
IV -Oh ! comme ils sont goulus ! dit la mĂšre parfois. Il faut leur donner tout, les cerises des bois, Les pommes du verger, les gĂąteaux de la table; S'ils entendent la voix des vaches dans l'Ă©table Du lait ! vite ! et leurs cris sont comme une forĂȘt De Bondy quand un sac de bonbons apparaĂźt. Les voilĂ  maintenant qui rĂ©clament la lune ! Pourquoi pas ? Le nĂ©ant des gĂ©ants m'importune; Moi j'admire, Ă©bloui, la grandeur des petits. Ah ! l'Ăąme des enfants a de forts appĂ©tits, Certes, et je suis pensif devant cette gourmande Qui voit un univers dans l'ombre, et le demande. La lune ! Pourquoi pas ? vous dis-je. Eh bien, aprĂšs ? Pardieu ! si je l'avais, je la leur donnerais. C'est vrai, sans trop savoir ce qu'ils en pourraient faire, Oui, je leur donnerais, lune, ta sombre sphĂšre, Ton ciel, d'oĂč Swedenborg n'est jamais revenu, Ton Ă©nigme, ton puits sans fond, ton inconnu ! Oui, je leur donnerais, en disant: Soyez sages ! Ton masque obscur qui fait le guet dans les nuages, Tes cratĂšres tordus par de noirs aquilons, Tes solitudes d'ombre et d'oubli, tes vallons, Peut-ĂȘtre heureux, peut-ĂȘtre affreux, Ă©dens ou bagnes, Lune, et la vision de tes pĂąles montagnes. Oui, je crois qu'aprĂšs tout, des enfants Ă  genoux Sauraient mieux se servir de la lune que nous; Ils y mettraient leurs voeux, leur espoir, leur priĂšre; Ils laisseraient mener par cette aventuriĂšre Leurs petits coeurs pensifs vers le grand Dieu profond. La nuit, quand l'enfant dort, quand ses rĂȘves s'en vont, Certes, ils vont plus loin et plus haut que les nĂŽtres. Je crois aux enfants comme on croyait aux apĂŽtres; Et quand je vois ces chers petits ĂȘtres sans fiel Et sans peur, dĂ©sirer quelque chose du ciel, Je le leur donnerais, si je l'avais. La sphĂšre Que l'enfant veut, doit ĂȘtre Ă  lui, s'il la prĂ©fĂšre. D'ailleurs, n'avez-vous rien au delĂ  de vos droits ? Oh ! je voudrais bien voir, par exemple, les rois S'Ă©tonner que des nains puissent avoir un monde ! Oui, je vous donnerais, anges Ă  tĂȘte blonde, Si je pouvais, Ă  vous qui rĂ©gnez par l'amour, Ces univers baignĂ©s d'un mystĂ©rieux jour, Conduits par des esprits que l'ombre a pour ministres, Et l'Ă©norme rondeur des planĂštes sinistres. Pourquoi pas  ? Je me fie Ă  vous, car je vous vois, Et jamais vous n'avez fait de mal. Oui, parfois, En songeant Ă  quel point c'est grand, l'Ăąme innocente, Quand ma pensĂ©e au fond de l'infini s'absente, Je me dis, dans l'extase et dans l'effroi sacrĂ©, Que peut-ĂȘtre, lĂ -haut, il est, dans l'IgnorĂ©, Un dieu supĂ©rieur aux dieux que nous rĂȘvĂąmes, Capable de donner des astres Ă  des Ăąmes.
”
”
Victor Hugo (L'Art d'ĂȘtre grand-pĂšre)
“
La diffĂ©rence entre la psychologie moderne et la psychologie sacrĂ©e apparaĂźt dĂ©jĂ  dans le fait que, pour la plupart des psychologues modernes, la morale n'a plus rien Ă  faire avec la psychologie. GĂ©nĂ©ralement, ils rĂ©duisent l'Ă©thique Ă  la morale sociale, plus ou moins forgĂ©e par de simples habitudes et la considĂšrent comme une sorte de barrage psychique, utile Ă  l'occasion, mais le plus souvent contraignant, voire nĂ©faste, pour l'Ă©panouissement « normale » de la psychĂš individuelle. Cette conception a surtout Ă©tĂ© propagĂ©e par la psychanalyse freudienne, qui, comme on le sait, est devenu d'un usage courant dans certains pays, oĂč elle joue pratiquement le rĂŽle qui revient ailleurs au sacrement de la confession. Le psychiatre remplace le prĂȘtre et l'Ă©clatement des instincts refoulĂ©s sert d'absolution. Dans la confession sacramentelle, le prĂȘtre n'est que le reprĂ©sentant impersonnel – et donc tenu au secret – de la VĂ©ritĂ© divine, qui Ă  la fois juge et pardonne ; en confessant ses fautes, le pĂ©cheur transforme les tendances qui les sous-tendent en quelque chose qui n'est plus « lui-mĂȘme » ; il les « objectivise » ; en se repentant, il s'en dĂ©tache, et en recevant l'absolution, son Ăąme retrouve son Ă©quilibre initial, centrĂ© sur son axe divin. Dans le cas de la psychanalyse freudienne, en revanche (1), l'homme met Ă  nu ses entrailles psychiques non pas devant Dieu, mais devant son prochain ; il ne prend pas de recul par rapport aux fonds chaotiques et obscurs de son Ăąme que l'analyse lui dĂ©voile, mais au contraire se les approprie, puisqu'il doit se dire Ă  lui-mĂȘme : « C'est ainsi que je suis fait en rĂ©alitĂ© ». Et s'il ne parvient pas Ă  surmonter cette dĂ©sillusion avilissante grĂące Ă  quelque influence salutaire, il en conserve comme une souillure intĂ©rieure. Dans la plupart des cas, il tente de se sauver en se plongeant dans la mĂ©diocritĂ© psychique du plus grand nombre, car on supporte mieux son propre avilissement en le partageant avec autrui. Quelle que puisse ĂȘtre l'utilitĂ© occasionnelle et partielle d'une telle analyse, son rĂ©sultat est gĂ©nĂ©ralement celui-lĂ , Ă©tant donnĂ© les prĂ©misses dont elle part.(2) (1) Cette prĂ©cision est nĂ©cessaire dans la mesure oĂč il existe Ă©galement aujourd'hui des formes plus inoffensives de psychanalyse, ce qui ne veut pas dire que nous entendons par lĂ  justifier une forme quelconque de psychanalyse. (2) Il y a une rĂšgle selon laquelle quiconque pratique la psychanalyse doit auparavant avoir subi lui-mĂȘme la psychanalyse. D'oĂč la question de savoir qui a inaugurĂ© cette sĂ©rie, qui imite Ă©trangement la « succession apostolique ».
”
”
Titus Burckhardt (Science moderne et Sagesse traditionnelle)
“
Comme l'impĂŽt est obligatoire pour tous, qu'ils votent ou non, une large proportion de ceux qui votent le font sans aucun doute pour Ă©viter que leur propre argent ne soit utilisĂ© contre eux; alors que, en fait, ils se fussent volontiers abstenus de voter, si par lĂ  ils avaient pu Ă©chapper ne serait-ce qu'Ă  l'impĂŽt, sans parler de toutes les autres usurpations et tyrannies du gouvernement. Prendre le bien d'un homme sans son accord, puis conclure Ă  son consentement parce qu'il tente, en votant, d'empĂȘcher que son bien ne soit utilisĂ© pour lui faire tort, voilĂ  une preuve bien insuffisante de son consentement Ă  soutenir la Constitution. Ce n'est en rĂ©alitĂ© aucunement une preuve. Puisque tous les hommes qui soutiennent la Constitution en votant (pour autant qu'il existe de tels hommes) le font secrĂštement (par scrutin secret), et de maniĂšre Ă  Ă©viter toute responsabilitĂ© personnelle pour l'action de leurs agents ou reprĂ©sentants, on ne saurait dire en droit ou en raison qu'il existe un seul homme qui soutienne la Constitution en votant. Puisque tout vote est secret (par scrutin secret), et puisque tout gouvernement secret est par nĂ©cessitĂ© une association secrĂšte de voleurs, tyrans et assassins, le fait gĂ©nĂ©ral que notre gouvernement, dans la pratique, opĂšre par le moyen d'un tel vote prouve seulement qu'il y a parmi nous une association secrĂšte de voleurs, tyrans et assassins, dont le but est de voler, asservir et -- s'il le faut pour accomplir leurs desseins -- assassiner le reste de la population. Le simple fait qu'une telle association existe ne prouve en rien que "le peuple des Etats-Unis", ni aucun individu parmi ce peuple, soutienne volontairement la Constitution. Les partisans visibles de la Constitution, comme les partisans visibles de la plupart des autres gouvernements, se rangent dans trois catĂ©gories, Ă  savoir: 1. Les scĂ©lĂ©rats, classe nombreuse et active; le gouvernement est pour eux un instrument qu'ils utiliseront pour s'agrandir ou s'enrichir; 2. Les dupes -- vaste catĂ©gorie, sans nul doute, dont chaque membre, parce qu'on lui attribue une voix sur des millions pour dĂ©cider ce qu'il peut faire de sa personne et de ses biens, et parce qu'on l'autorise Ă  avoir, pour voler, asservir et assassiner autrui, cette mĂȘme voix que d'autres ont pour le voler, l'asservir et l'assassiner, est assez sot pour imaginer qu'il est "un homme libre", un "souverain"; assez sot pour imaginer que ce gouvernement est "un gouvernement libre", "un gouvernement de l'Ă©galitĂ© des droits", "le meilleur gouvernement qu'il y ait sur terre", et autres absurditĂ©s de ce genre; 3. Une catĂ©gorie qui a quelque intelligence des vices du gouvernement, mais qui ou bien ne sait comment s'en dĂ©barrasser, ou bien ne choisit pas de sacrifier ses intĂ©rĂȘts privĂ©s au point de se dĂ©vouer sĂ©rieusement et gravement Ă  la tĂąche de promouvoir un changement. Le fait est que le gouvernement, comme un bandit de grand chemin, dit Ă  un individu: "La bourse ou la vie." QuantitĂ© de taxes, ou mĂȘme la plupart, sont payĂ©es sous la contrainte d'une telle menace.
”
”
Lysander Spooner (Outrage À Chefs D'Ă©tat ;Suivi De Le Droit Naturel)
“
Il n'y a rien dans les principes du libéralisme qui permette d'en faire un dogme immuable ; il n'y a pas de rÚgles stables, fixées une fois pour toutes. Il y a un principe fondamental : à savoir que dans la conduite de nos affaires nous devons faire le plus grand usage possible des forces sociales spontanées, et recourir le moins possible à la coercition.
”
”
Friedrich A. Hayek
“
La piĂšce oĂč il se trouvait Ă©tait baignĂ©e des relents de la mort, tout comme l’air Ă  un kilomĂštre Ă  la ronde Ă©tait lourdement chargĂ© d’arĂŽmes de sang et de viscĂšres. À prĂ©sent, assis Ă  portĂ©e d’oreille du bourdonnement soutenu de la chaĂźne de nettoyage et du crissement lancinant des chariots et des lames rotatives, il avait l’impression d’entrer dans le ventre de la baleine. Il Ă©tait moins effrayĂ© que songeur : cela commençait Ă  corroborer les assertions des divers champions des armes Ă  feu et de la chasse, qui clament haut et fort que les opĂ©rations par lesquelles la viande arrive dans nos assiettes feraient passer pour d’aimables amis de la nature les hordes de trolls lourdement armĂ©s qui sillonnent les forĂȘts en quĂȘte de cerfs Ă  massacrer. Ce qui est plutĂŽt vrai, en dĂ©pit de la bassesse de plafond gĂ©nĂ©rale de la majoritĂ© des chasseurs ; tout comme il est parfois nĂ©cessaire de « distinguer l’homme de l’artiste », il est aussi essentiel de savoir faire crĂ©dit d’une juste conclusion sans Ă©gard pour l’apparente incapacitĂ© spirituelle ou intellectuelle de son ou de ses auteur(s).
”
”
Le Seigneur des porcheries
“
- Comment rĂ©ussiras-tu Ă  vivre bien lĂ -bas sans bien connaĂźtre le conditionnel et le subjonctif? Je ne rĂ©pondais pas. Je les trouvais moins difficiles Ă  apprendres que le savoir-faire de nos ancĂȘtres.
”
”
Ying Chen (Les Lettres Chinoises)
“
At that moment the door opened and a young woman walked into the room. She was, as the observant Inspector Narracott noted at once, a very exceptional kind of young woman. She was not strikingly beautiful, but she had a face which was arresting and unusual, a face that having once seen you could not forget. There was about her an atmosphere of common sense, savoir faire, invincible determination and a most tantalizing fascination.
”
”
Agatha Christie (The Sittaford Mystery)
“
À cĂŽtĂ© de ces hommes religieux, j'en dĂ©couvre d'autres dont les regards sont tournĂ©s vers la terre plutĂŽt que vers le ciel; partisans de la libertĂ©, non seulement parce qu'ils voient en elle l'origine des plus nobles vertus, mais surtout parce qu'ils la considĂšrent comme la source des plus grands biens, ils dĂ©sirent sincĂšrement assurer son empire et faire goĂ»ter aux hommes ses bienfaits: je comprends que ceux-lĂ  vont se hĂąter d'appeler la religion Ă  leur aide, car ils doivent savoir qu'on ne peut Ă©tablir le rĂšgne de la libertĂ© sans celui des mƓurs, ni fonder les mƓurs sans les croyances; mais ils ont aperçu la religion dans les rangs de leurs adversaires, c'en est assez pour eux: les uns l'attaquent, et les autres n'osent la dĂ©fendre.
”
”
Alexis de Tocqueville (De La DĂ©mocratie En AmĂ©rique (INCLUANT TOUS LES TOMES, ANNOTÉ D’UNE BIOGRAPHIE))
“
Il y a des prĂ©jugĂ©s qui nous terrassent avant mĂȘme de nous donner une chance de nous exprimer ou de faire savoir qui nous sommes.
”
”
Laetitia Arnould (25 Faubourg Des Étoiles)
“
Never mind about Savoir-faire now, I have high standards. I am not like most men who proclaimed to be knights in shining armour while wearing tin foil to mask their characters. I am incorruptible, my word is my integrity, my justice, my manners, my moral code my philosophy, my principles this is what my word stands for, this is my life. You should be honoured to have a giant of a man like me to call your younger brother!
”
”
Kenan Hudaverdi (Emotional Rhapsody)
“
Utiliser son sac avec grace, c'est comme manger avec elegance, marcher avec prestance ou saisir un verre de champagne avec classe. La beaute se definit en general par la sobriete et l'economie des moyens, par l'adaptation des formes a leur fin, des formes simples, pures et primaires. Investir dans un sac de qualite, c'est non seulement se faire plaisir mais aussi se revolter contre la mediocrite et la consommation de masse grandissante qui peu a peu detruisent notre culture, notre civilisation et nos sens. Acheter de la qualite, c'est encourager une autre forme de commerce, respecter ce que nous possedons, vivre avec la lenteur d'un cuir qui se patine et pratiquer la simplicite: ne pas toujours chercher a acquerir plus tout en se contentant de ce que l'on a. Mon conseil est donc celui-ci: ne regardez pas les sacs exposes dans les magasins pour choisir un modele mais ceux portes par les femmes, dans la rue. C'est la meilleure facon de voir comment le cuir se drappe, la forme se bombe, la matiere se patine et s'ils ont, visuellement, une belle architecture une fois portes. L'argent devrait etre utilise pour vivre dans la qualite, y compris la qualite esthetique. Les belles choses apportent une joie durable. Le choix d'un sac pour longtemps ne serait-il pas le besoin d'une certaine forme de stabilite, d'harmonie et de confort dans ses besoins materiels? Affirmer son style, c'est exprimer par ses choix ses gouts et ses valeurs. Les exterioriser ensuite par le bon choix de vetements et de sacs est l'etape suivante. Etre chic, c'est savoir resister a la tentation. Faire des economies ce n'est pas acheter au meilleur prix l'objet convoite, c'est apprendre sereinement a s'en passer. Le voyage est sans doute la meilleure des situations pour apprecier les bienfaits du minimalisme et s'en inspirer pour l'appliquer au quotidien. Le voyage est l'occasion ideale de "refaire son bagage", c'est-a-dire de repenser la facon dont on vit sa vie et de l'ameliorer. On a tout son temps, en voyage, pour penser, reflechir a ce qui fait le "sel de la vie". C'est sur la route qu'on apprend a se passer du superflu: pas de television, de distractions, de consommation et de shopping. La vie est simplifiee au profit de la mobilite. On a egalement plus de temps pour soi-meme et/ou les rencontres. En voyage, on devient, comme le prescrit le zen, prepare a toutes les eventualites de la vie. le voyage est un retour vers l'essentiel. Proverbe tibetain Vivre avec peu est comme une invitation au voyage, a un vol interieur qui libere du reel et du poids de l'existence.
”
”
Dominique Loreau (Mon sac, reflet de mon Ăąme. L'art de choisir, ranger et vider son sac (French Edition))
“
Je t'ai dĂ©jĂ  dit que si tu n'avais pas perdu ton sang-froid, je t'aurais quand mĂȘme envoyĂ© lui faire la lecture. Je voulais que tu comprennes quelque chose, que tu voies ce qu'est le vrai courage au lieu de t'imaginer que c'est un homme avec un fusil dans la main. Le courage, c'est savoir que tu pars battu, mais d'agir quand mĂȘme sans s'arrĂȘter. Tu gagnes rarement mais cela peut arriver.
”
”
Harper Lee (To Kill a Mockingbird)
“
DĂ©cide d’ĂȘtre curieux et d’observer ce que tu sĂšmes. DĂ©cide de faire confiance Ă  la providence. DĂ©cide de t’enrichir de tout apprentissage. DĂ©cide de te « challenger » et de reconnaitre les occasions de rĂ©aliser quelque chose que tu n’aurais pas envisagĂ©. DĂ©cide d’admettre et d’accueillir tes peurs et tes frustrations. DĂ©cide d’ĂȘtre fier de toi en reconnaissant ta capacitĂ© Ă  toujours savoir t’adapter et redĂ©marrer. DĂ©cide de te focaliser sur les bĂ©nĂ©fices et de transcender les inconvĂ©nients. Mais aussi, dĂ©cide de t’accorder le droit au bonheur, en paix avec tes imperfections. Car les failles et les reliefs qui font ta singularitĂ©, toi seul les connais et toi seul a dĂ» les franchir pour ĂȘtre ici aujourd’hui. DĂ©cide d’ĂȘtre heureux pour savoir tendre la main et Ă©clairer le chemin. DĂ©cide d’ĂȘtre heureux car tes souffrances n’aideront jamais tes proches Ă  trouver eux-mĂȘmes la joie et la paix.
”
”
Daniel Plazanet (LÂCHER PRISE : Se dĂ©livrer de la charge mentale et dire oui Ă  sa vraie vie ! En juste une page par jour :) (French Edition))
“
I have never been lucky in love and now at sixty-two years old, everything is falling apart. “Where am I going to find Mr Savoir-faire? Knowing my luck, I will end up finding a man that we will end in a sad affair, instead of a man who has, Savoir-faire,
”
”
Kenan Hudaverdi (Emotional Rhapsody)
“
Le dĂ©sastre commence au stade du faire-part de naissance : ce n'est plus Évelyne et Jacques qui font part de la venue au monde d'Antoine, mais Antoine qui fait savoir qu'il est arrivĂ© chez Évelyne et Jacques. Le parent Ă©merveillĂ© fait circuler sur Internet des photos de famille miĂšvres, montre Ă  qui veut (et qui ne veut pas) des films vidĂ©o de son enfant prenant le bain ou dĂ©ballant des cadeaux de NoĂ«l. Il circule avec un badge « bĂ©bĂ© Ă  bord » sur la lunette arriĂšre de son auto : une sorte d'image pieuse des temps modernes, aussi utile qu'un gri-gri magique pour conjurer le mauvais sort. Il prend au mot toute personne qui lui demande poliment « Comment va le petit ? », comme on dirait « bonjour », sans attendre forcĂ©ment de rĂ©ponse. Car le parent gaga se sent obligĂ© de tenir la terre entiĂšre au courant des progrĂšs fulgurants de sa progĂ©niture (« Oscar va sur le pot », « Alice fait ses nuits », « NoĂ© a dessinĂ© un bonhomme de neige incroyablement ressemblant », « Hier, Ulysse a dit Papa caca », « Malo passe en CM2 »).
”
”
Corinne Maier (No Kid: Quarante raisons de ne pas avoir d'enfant)
“
p62 "Les dirigeants avaient vite compris que pour asservir les gens aujourd'hui, il ne fallait plus la force, il fallait crĂ©er le manque et le besoin". p62 "Force, rĂ©pression, ça pas marcher, qu'il disait. Juste crĂ©er plus rĂ©volte. Quand Parti fait taire les gens, eux crier plus fort. Pour contrĂŽler information et peuple, il faut donner trop. Gens pas savoir trier, pas le temps, ni envie, pas possible. Pour contrĂŽler l'individu, il faut faire croire au besoin, mĂȘme quand il n'a pas, surtout quand il n'a pas. On dit besoin d'acheter voiture, pas possible vivre sans. Il voudra voiture plus que bonheur, car voiture devient bonheur. On dit besoin tĂ©lĂ©phone, mais pas un vieux, un neuf, beau, dernier modĂšle. Et on dit bonheur dedans. Lui besoin, pas possible de faire sans. Et comma ça pour tout. Pour manipuler, il faut pas obliger, mais inciter. Et gens stupides qui croient que bonheur est d'avoir, pas ĂȘtre. Français ĂȘtre une belle langue qui a compris, qui dit je suis heureux, pas j'ai heureux. Mais français peuple d'abrutis, ont oubliĂ© leur langue, leur pensĂ©e, trop fiers de leurs droits de l'homme, oubliĂ© ça fragile. Pas vouloir comprendre qu'il existe la dictature du besoin, faux besoin, dictature par argent. Acheter mĂȘme quand pas avoir l'argent, surtout quand pas l'avoir. Stupide. Pendant gens occupĂ©s Ă  acheter pour combler vide, eux perdre libertĂ© de dire non, je veux pas, pas besoin. Eux perdre libertĂ© de chercher vraie vie, vrai bonheur. Et peuple tendre lui-mĂȘme les clĂ©s de la prison oĂč se mettre".
”
”
Isabelle Aupy (L'Homme qui n'aimait plus les chats)
“
Everything is in juncture of same savoir faire , where the world call's it as resolution. As in me it is a affliction into a demise soul of yonder mind. consciousness Aurora.
”
”
Peterfinos
“
Let us just say that the idea of struggling to make my way in a world of privileged, affluent people exhausted me before I even tried: I was the child of nothing, I had neither beauty nor charm, neither past nor ambition; I had not the slightest savoir-faire or sparkle. There was only one thing I wanted: to be left alone, without too many demands upon my person, so that for a few moments each day I might be allowed to assuage my hunger.
”
”
Muriel Barbery (The Elegance of the Hedgehog)
“
Quelque chose dans ces rues me troublait, le calme peut-ĂȘtre, le calme ou l’harmonie, une rĂ©partition de la communautĂ© selon un ordre indiscutable et silencieux : nul aboiement de chien Ă  notre passage, nul cri de dispute surgi de l’intĂ©rieur d’une maison et propre Ă  en faire voir le revers, le quotidien domestique, comme un gant retournĂ©, Ă  peine des pleurs de bĂ©bĂ© filtrĂ©s par une fenĂȘtre ouverte, le sifflet d’une cocotte-minute ou le souffle d’un aspirateur. Nous avancions ainsi comme sur les cases d’un Ă©chiquier, les perspectives et les angles, la distance d’un bloc Ă  l’autre, la durĂ©e du parcours, la logique cadastrale croisant artĂšres numĂ©rotĂ©es et artĂšres nommĂ©es — Ă©trange maillage oĂč les rues allouĂ©es aux tribus indiennes cĂŽtoyaient sans ironie celles dĂ©volues aux prĂ©sidents qui avaient ƓuvrĂ© Ă  leur Ă©radication —, tout cela s’incorporait en nous jour aprĂšs jour, nous prenions nos marques, marchant cĂŽte Ă  cĂŽte sous les grands arbres dorĂ©s, Ă©gaux nous aussi puisque fondus dans un mĂȘme Ă©tonnement, dans une mĂȘme solitude, et jamais je n’ai Ă©prouvĂ© depuis ce sentiment violent et obscur que nous Ă©tions tout l’un pour l’autre, Kid et moi, durant ces journĂ©es vacantes, larguĂ©s mais amarrĂ©s ensemble, et tissant notre existence Ă  celle de ceux d’ici, anticipant bientĂŽt la marque et la couleur des voitures garĂ©es devant les garages, pariant sur l’érable rouge, la niche bleu pĂąle, le heurtoir en sabot de cheval sur la porte noire, un globe lumineux derriĂšre un bow-window. Nous donnions des noms aux maisons, aux silhouettes, aux animaux, aux plantes, nous devenions familiers, nous devenions des voisins.Pourtant, dĂšs que nous dĂ©barquions sur Main St., l’acmĂ© de la balade, je perdais pied, ne parvenais plus Ă  savoir oĂč j’étais, ni mĂȘme si j’étais quelque part, la rue Ă©tait insituable, je n’y croyais pas, contrairement Ă  Kid qui, aprĂšs avoir malgrĂ© tout traĂźnĂ© les pieds dans les rues adjacentes, reprenait vie Ă  la vue des boutiques, et bondissait au-devant, petit cabri, rĂ©clamant toujours un truc, un donut, une petite voiture ou cette pierre bleue qu’il avait vue dans la vitrine de la minĂ©ralogiste. Mais quelque chose ici jouait avec le vrai et le faux, comme si la rue principale de Golden Ă©tait truquĂ©e, fabriquĂ©e pour les besoins d’un rĂ©cit, et comme si l’arche de bienvenue matĂ©rialisait la porte d’entrĂ©e d’un monde fictif.
”
”
Maylis de Kerangal
“
Emerson
 Paris is full of savoir-faire. All your senses will explode from the city’s visual brilliance. But your heart might want something that’s tangible and fulfilling. Once you are thousands of miles away, you’ll realize your journey to self-discovery was never about leaving, but staying.
”
”
L.A. Nettles (Butterflies)
“
Right at the end sat the man called Saturday, the simplest and the most baffling of all. He was a short, square man with a dark, square face clean-shaven, a medical practitioner going by the name of Bull. He had that combination of savoir-faire with a sort of well-groomed coarseness which is not uncommon in young doctors. He carried his fine clothes with confidence rather than ease, and he mostly wore a set smile. There was nothing whatever odd about him, except that he wore a pair of dark, almost opaque spectacles. It may have been merely a crescendo of nervous fancy that had gone before, but those black discs were dreadful to Syme; they reminded him of half-remembered ugly tales, of some story about pennies being put on the eyes of the dead.
”
”
G.K. Chesterton (The Man Who Was Thursday)
“
- C'est important de savoir ce que tu ressens. Ça t'aiderait Ă  faire le tri dans cette petite tĂȘte d'adolescente. Et en matiĂšre d'amour, les autres ne peuvent pas te dicter ton comportement. Tu dois suivre ton cƓur. Mais tu dois te rappeler que celui que tu choisiras doit donner de la valeur Ă  ta vie. Tu ne peux pas ĂȘtre avec quelqu'un seulement parce que quelqu'un d'autre ne veut pas sortir avec toi. Ce n'est juste pour personne. - Si tu ne peux pas avoir ce que tu veux, contente-toi de ce que tu as, je rĂ©cite. - Il paraĂźt. Mais, mon cƓur, avant de te rĂ©signer Ă  rester avec le garçon que tu as, assure-toi d'avoir fait tout ton possible pour obtenir le garçon que tu veux.
”
”
Alina Not (Sin miedo (Bad Ash, #2))
“
Soit nous rĂ©ussissons Ă  faire de cette traversĂ©e du temps retrouvĂ© une expĂ©rience proustienne (mĂ©moire, pastille Ă  la bergamote, exercice de la sensibilitĂ©), soit c’est le vrai effondrement : celui de soi-mĂȘme.Heinrich von Kleist dans Michael Kohlhaas donne une clef : « du fond de sa douleur de voir le monde dans un si monstrueux dĂ©sordre, surgissait la satisfaction secrĂšte de sentir l’ordre rĂ©gner dĂ©sormais dans son cƓur ». À chacun est offerte une occasion (rĂ©munĂ©rĂ©e) de faire un peu d’ordre en son cƓur.Une inĂ©galitĂ© immĂ©diate se rĂ©vĂšle. Certains ont une vie intĂ©rieure, d’autres non. J’éprouve de la compassion pour ceux qui passeront ces journĂ©es loin d’un jardin. Mais j’en ai aussi pour ceux qui n’aiment pas la lecture et ne « se doute[nt] pas le moins du monde qu’un Rembrandt, un Beethoven, un Dante, ou un NapolĂ©on ont jamais existé », comme l’écrit Zweig au dĂ©but du Joueur d ’échec.On peut savoir grĂ© au prĂ©sident Macron d’avoir lancĂ© dans son discours du lundi 16 mars le plus churchilien mot d’ordre : « Lisez. » C’est tout de mĂȘme plus beau que « Enrichissez-vous » de Guizot.Julien Gracq dans En lisant, en Ă©crivant donnait semblable indication thĂ©rapeutique : « Le livre ouvre un lointain Ă  la vie, que l’image envoĂ»te et immobilise. » Vous voulez explorer vos confins ? Ouvrez des livres. Devant un Ă©cran, vous serez deux fois confinĂ©s !Le temps est une substance. Il se modĂšle. Nous l’avions perdu, on le retrouve. C’est une grĂące. La rĂ©volution Ă©cologique commence par une Ă©cologie du temps.
”
”
Sylvain Tesson (Que ferons-nous de cette épreuve ? Entretien avec Vincent Tremolet de Villers)
“
There was a savoir faire quality to people who lived in America for which he felt both admiration and resentment; they somehow managed to be familiar with all novelty, as if they were privy to the latest of everything and lacked the ability to be surprised.
”
”
Chimamanda Ngozi Adichie (The Visit (Black Stars, #1))
“
Qu'est-ce qu'un secret ? C'est beaucoup plus qu'une information qu'on partage avec quelques personnes choisies, voire avec une seule. C'est du pouvoir ; c'est un lien ; ce peut ĂȘtre une marque de profonde confiance, ou bien la plus terrible menace imaginable. Il y a du pouvoir dans la conservation d'un secret, et du pouvoir dans sa rĂ©vĂ©lation. Il faut parfois faire preuve de beaucoup de discernement pour savoir quelle voie mĂšne Ă  la plus grande influence. Tous ceux qui dĂ©sirent du pouvoir doivent collectionner les secrets ; aucun n'est trop petit pour avoir de la valeur : chacun place ses propres secrets bien au-dessus de ceux des autres. Une fille de cuisine pourra prĂ©fĂ©rer trahir un prince plutĂŽt que laisser divulguer le nom de son amant.
”
”
Robin Hobb (En quĂȘte de vengeance (L'assassin royal, #16; Le Fou et l'Assassin, #3))
“
L'Ă©conomie est devenue le succube de l'homme. Toute notre vie est dĂ©terminĂ©e par l'Ă©conomie. Je pense que la grande bataille de notre avenir sera la bataille contre l'Ă©conomie qui domine nos vies, la bataille pour le retour Ă  une forme de spiritualitĂ© - qu'on peut appeler religiositĂ©, si l'on veut - Ă  laquelle on puisse s'adresser. Car c'est une constante dans l'histoire de l'humanitĂ©, ce dĂ©sir de savoir ce qu'on est venu faire sur Terre. Il nous faut de nouveaux modĂšles de dĂ©veloppement. Pas seulement la croissance, mais Ă©galement la parcimonie. Tu vois, Folco, je dis, moi, qu'il faut se libĂ©rer des dĂ©sirs. Mais, prĂ©cisĂ©ment Ă  cause du systĂšme pervers de notre sociĂ©tĂ© de consommation, notre vie est entiĂšrement axĂ©e autour des jeux, du sport, de la nourriture, des plaisirs. La question est de savoir comment sortir de ce cercle vicieux : petit Ă  petit, l'oiseau fait son nid. Mais, putain, ce systĂšme nous impose des comportements qui sont complĂštement absurdes. On ne veut pas certaines choses, mais le systĂšme de la sociĂ©tĂ© de consommation nous sĂ©duit et nous convainc de dĂ©sirer ces choses-lĂ . Toute notre vie dĂ©pend de ce mĂ©canisme. Il suffit pourtant de dĂ©cider de ne pas participer Ă  ce systĂšme en rĂ©sistant, en jeĂ»nant ; alors, c'est comme si on utilisait la non-violence contre la violence. Finalement, Ă  quoi bon toute cette violence ? Ils ne vont tout de mĂȘme pas nous les enfourner dans la gueule, leurs trucs ! Ce qu'il faut, c'est un effort spirituel profond, une rĂ©flexion profonde, un rĂ©veil profond. Ce qui, du reste, a quelque chose Ă  voir avec la vĂ©ritĂ©, dont plus personne ne se soucie. Et lĂ , une fois de plus, Gandhi Ă©tait extraordinaire. Il cherchait la vĂ©ritĂ©, ce qui est derriĂšre tout. "Avant, je croyais que Dieu Ă©tait la vĂ©ritĂ©. Maintenant, je dirais que la vĂ©ritĂ© est Dieu." (p. 459-460)
”
”
Tiziano Terzani (La fine Ăš il mio inizio)
“
– Bah alors, c’est ce que je dis, avec la dotation qu’on a, ajouta Făneață puis il se leva pour prendre le livre le plus Ă©pais de la pile la plus proche. Il se trouva que c’était La Montagne magique. – Ça fera l’affaire, dit-il le travailleur en se rasseyant Ă  table. Il a suffisamment de pages pour que personne ne remarque que nous en avons dĂ©chirĂ© quelques-unes. – Mon frĂšre, t’es vraiment mortel. Laisse donc ce livre en paix, nom de Dieu
 Nicu s’opposa pour la derniĂšre fois, l’image de son camarade en cerbĂšre le fit Ă©clater de rire. Une considĂ©ration de folie. – Tiens, avant de le dĂ©plumer, lis au moins ce qu’il y a d’écrit, qu’on entende nous aussi. Făneață fourra son doigt Ă©pais au cƓur du livre et lut lĂ  oĂč ses yeux se posĂšrent : – Qu’est-ce que le corps ! Ă©clata-t-il avec une impĂ©tositĂ© soudaine. Qu’est-ce que la chair ! Qu’est-ce que le corps humain ! De quoi est-il constitué ! Monsieur le conchilier aulique, dites-le nous tout de suite, cet aprĂšs-midi mĂȘme. Dites-le-nous une fois pour tourtes et le plus Ă©chactement, pour que nous le sachions. ÉcƓurĂ© par la lecture, il s’arrĂȘta, et ne cacha pas son Ă©tonnement : certains sont prĂȘts Ă  jeter leur argent par les fenĂȘtres pour n’importe quoi. – Mon petit Nicu, c’est ainsi quand l’homme a trop de temps libre, qu’il ne travaille mĂȘme pas. Il est lĂ  Ă  se faire des idĂ©es, et ceux qui se font passer pour cultivĂ©s font la file d’attente pour acheter quelque livre comme celui-lĂ . Chiche qu’on va montrer Ă  m’sieur l’écrivain – il fit une pause pour lire le nom de celui-ci sur la couverture – ce que c’est-ce que la viande, car je vois que l’honorable dit ne pas le savoir. Passe-moi les saucisses, va ! Puis il arracha soigneusement quelques pages sur lesquelles il dĂ©posa fromage et lĂ©gumes en se vantant auprĂšs de Nicu que lui Ă©tait un garçon de salon et que l’on n’aurait dĂ©chirĂ© des feuilles que de lĂ -bas, de l’introduction, partie que personne ne lit. – De la critique.
”
”
Călin Torsan (Brocs en stock (French Edition))
“
Un dĂ©sir visqueux se traĂźne en moi et cherche Ă  savoir tous les mots obscĂšnes que Tu connais. Je veux voir les pudiques lĂšvres se profaner sans du tout que lu rougis sans que Tu hĂ©sites avec une bouche savante, un regard effrontĂ© et un maintien obscĂšne. Que toutes Tes pensĂ©es impures et Tes courbes lascives et luxurieuses montent en une litanie impudente devant la statue d'Astaroth. Nous cĂ©lĂ©brerons les PriapĂ©es de notre amour, ĂŽ Malheureuse. Je serai immobile devant Toi et je Te regarderai dans les yeux. Ne me cache rien. Ne me cache rien, crache-moi tous les mots obscĂšnes que tu connais. Peut-ĂȘtre mĂȘme pourras-Tu me faire sentir quelque plaisir nouveau et inconnu. Le plaisir du mĂ©pris et du dĂ©goĂ»t et de la profanation d'un amour. Je Te serrerais alors avec l'Ă©treinte des bĂȘtes dans la nuit de leurs ruts. Et je sentirai frĂ©tiller entre mes mains quelque chose de moi, une crĂ©ation de ma souffrance, un corps que j'ai façonnĂ©, moi, et que j'ai corrompu, moi, instrument charnel infonde de mon chagrin et de la corruption profonde et inguerissable de mon esprit. Je Te serrerai enfin toute entiĂšre parce que tu es toute Ă  moi et j'Ă©prouvrtai enfin sur Toi ce grand sentiment de triomphe qu'Ă©prouvent les grands ConquĂ©rants et les grands Destructeurs et les CrĂ©ateurs !
”
”
Nikos Kazantzakis (Le lys et le serpent)
“
Les Ă©tudiants sont nombreux Ă  avoir l'impression de ne rien avoir retenu de leurs annĂ©es d'Ă©cole. Et je les trouve, en effet, assez peu dotĂ©s en matiĂšre de culture gĂ©nĂ©rale. Je me souviens d'une stagiaire de master 2 ; en classe, nous prĂ©parions ensemble la prochaine leçon d'histoire. La sentant mal Ă  l'aise, je lui demande : "Tu t'en souviens quand mĂȘme un peu, des Gaulois et des Romains ?" "Non, je ne me souviens de rien. J'ai l'impression de n'avoir rien appris. J'ai travaillĂ© bĂȘtement : j'ai ingurgitĂ© par cƓur des leçons que j'ai su restituer. Mais en fait, je ne sais rien." Ce n'est pas de sa faute : le type d'apprentissage qu'on lui a demandĂ© (le par cƓur avec restitution Ă  court terme) fait travailler une mĂ©moire qui n'est pas efficace Ă  long terme puisqu'elle n'oblige pas l'apprenant Ă  faire du sens en faisant des liens avec d'autres savoirs acquis antĂ©rieurement. Donc, ne s'accrochant Ă  rien, les connaissance s'effacent. [
] Le plus grave ? Ce modĂšle scolaire donne l'illusion aux Ă©lĂšves qu'ils sont bons en classe. C'est ce que remarquait la stagiaire citĂ© plus haut : "On m'a donnĂ© l'illusion que j'Ă©tais forte mais en fait, je suis un Ăąne, j'apprends bĂȘtement." J'ai eu beau lui rĂ©pondre qu'elle avait fait preuve d'intelligence d'avoir appris ainsi, en s'adaptant Ă  la demande de l'Ă©cole, je ne l'ai pas rassurĂ©e. Mais au fond, quelle Ă©nergie dĂ©pensĂ©e pour ne rien retenir de ces annĂ©es d'Ă©cole
 Sans compter que cette dĂ©couverte est une sacrĂ©e dĂ©ception, sur le plan de l'estime de soi. (p. 48-49)
”
”
Isabelle Peloux (L'école du Colibri: La pédagogie de la coopération (Domaine du possible) (French Edition))
“
Plus la banque de donnĂ©es de l'enfant est riche, plus il pourra faire de connexions ensuite, donc assimiler de nouveaux savoirs. À l'inverse, un enfant peu stimulĂ©, pas trĂšs curieux de nature, va se constituer une trĂšs petite banque de donnĂ©es et aura du mal Ă  faire des ponts entre un nouvel apprentissage et son matĂ©riau personnel de base. [
] L'enfant petit doit vivre des expĂ©rimentations qui vont lui permettre, des annĂ©es plus tard, de passer de la pensĂ©e concrĂšte Ă  la pensĂ©e abstraite. En voici un exemple frappant. Le petit enfant aime jouer avec de la pĂąte Ă  modeler. Vers 4-6 ans, il dĂ©couvre un concept essentiel sans le savoir : la conservation de la quantitĂ©. C'est un test qui est fait chez l'orthophoniste pour un enfant en difficultĂ© mathĂ©matique. Il joue avec sa pĂąte Ă  modeler. Elle est en boule ; puis on lui propose de l'Ă©taler et d'en faire un long serpentin. Si on lui demande : "Est-ce que tu as autant de pĂąte Ă  modeler que tout Ă  l'heure ?", il peut rĂ©pondre par l'affirmative. Mais certains enfants n'imaginent pas que la mĂȘme quantitĂ© puisse changer de forme. Donc, il rĂ©pondent : "Pas du tout, lĂ , il y en a beaucoup plus. Tu ne vois pas comment c'est long ?" Tant que l'enfant n'a pas compris ce concept de conservation de la quantitĂ© (ou du nombre), il ne peut pas faire des conversions ; il ne peut pas concevoir que des centimĂštres deviennent des mĂštres, et qu'une mĂȘme quantitĂ© puisse s'appeler de diffĂ©rentes façons. ArrivĂ© Ă  l'Ăąge des opĂ©rations concrĂštes, comme dirait Jean Piaget, il bute sur des concepts qu'il ne comprend pas, parce que le "terrain" n'a pas Ă©tĂ© prĂ©parĂ© en lui pour qu'il les intĂšgre. (p. 74-75)
”
”
Isabelle Peloux (L'école du Colibri: La pédagogie de la coopération (Domaine du possible) (French Edition))
“
Toute la difficultĂ© de "l'authenticitĂ©" pour un gay, c'est qu'il est bien difficile de savoir comment s'identifier Ă  une "identitĂ©" qui est nĂ©cessairement plurielle, multiple : c'est une identitĂ© sans identitĂ©. Une identitĂ© toujours Ă  crĂ©er. En effet, il n'y a pas de "moi" Ă  "ĂȘtre", qui prĂ©existerait Ă  ce que l'on fait advenir Ă  l'existence, dĂšs lors qu'on veut s'arracher aux contenus psychologiques imposĂ©s par le discours social et culture (mĂ©dical, psychanalytique, juridique
) sur l'homosexualitĂ©. C'est pourquoi Henning Bech peut dire que l'homosexuel est un "existentialiste-nĂ©" car l'existence prĂ©cĂšde et prĂ©cĂ©dera (toujours) l'essence : l'identitĂ© gay, dĂšs lors qu'elle est choisie et non plus subie, n'est jamais donnĂ©e. Mais pour se construire, elle se rĂ©fĂšre nĂ©cessairement Ă  des modĂšles dĂ©jĂ  Ă©tablis, dĂ©jĂ  visibles (dans leur multiplicitĂ©), et l'on peut dire, par consĂ©quent, qu'il s'agit de "se faire gay" non seulement au sens de se crĂ©er comme tel, mais aussi, peut-ĂȘtre, de le faire en s'inspirant d'exemples dĂ©jĂ  disponibles dans la sociĂ©tĂ© et dans l'histoire, et en les retravaillant, en les transformant. Si "identitĂ©" il y a, c'est une identitĂ© personnelle qui se crĂ©e dans le rapport Ă  une identitĂ© collective. Elle s'invente dans et par les "personnages sociaux", les "rĂŽles" que l'on "joue" et qu'on porte Ă  l'existence dans un horizon de recrĂ©ation collective de la subjectivitĂ©. (p. 171-172)
”
”
Didier Eribon (Insult and the Making of the Gay Self (Series Q))
“
Le langage quotidien (tout comme le langage des images) est de part en part traversĂ© par des rapports de force, par des rapports sociaux (de classe, de sexe, d'Ăąge, de race, etc.), et c'est dans et par le langage (et l'image) que se joue la domination symbolique, c'est-Ă -dire la dĂ©finition - et l'imposition - des perceptions du monde et des reprĂ©sentations socialement lĂ©gitimes. Le dominant, comme le dit Pierre Bourdieu, est celui qui rĂ©ussit Ă  imposer la maniĂšre dont il veut ĂȘtre perçu, et le dominĂ©, celui qui est dĂ©fini, pensĂ© et parlĂ© par le langage de l'autre et/ou celui qui ne parvient pas Ă  imposer la perception qu'il Ă  de lui-mĂȘme. Seules les pĂ©riodes de crise sociale, culturelle, ou au moins l'irruption de mobilisations politiques ou culturelles, peuvent permettre une mise en question de cet ordre symbolique des reprĂ©sentations et du langage dont al force principale est de se prĂ©senter comme ressortissant aux Ă©vidences d'un ordre naturel, immuable, et sur lequel on ne s'interroge pas ou sur lequel on s'interroge faussement pour mieux le rĂ©affirmer dans son arbitraire en le prĂ©sentant comme ayant toujours existĂ©. La mobilisation politique, l'action politique, sont toujours des batailles pour la reprĂ©sentation, pour le langage et les mots. Ce sont des luttes autour de la perception du monde. La question qui s'y joue est de savoir qui dĂ©finit la perception et la dĂ©finition d'un groupe et la perception et la dĂ©finition du monde en gĂ©nĂ©ral. La mobilisation, l'action politique, consistent souvent, pour un groupe, Ă  essayer de faire valoir, d'imposer la maniĂšre dont il se perçoit lui-mĂȘme, et d'Ă©chapper ainsi Ă  la violence symbolique exercĂ©e par la reprĂ©sentation dominante. Mais il convient de prĂ©ciser qu'il n'y a pas, pour les gays, encore moins pour les « gays et lesbiennes », une maniĂšre d'ĂȘtre et de se penser soi-mĂȘme qui prĂ©existerait et qu'il conviendrait de dĂ©couvrir et de manifester au grand jour, et encore moins une seule et unique maniĂšre d'ĂȘtre et de « se percevoir », ce qui constitue toute la complexitĂ© du mouvement gay et lesbien et explique le fait, si souvent soulignĂ©, que les dĂ©finitions qu'il peut donner de lui-mĂȘme ne sont que des constructions provisoires, fragiles et nĂ©cessairement contradictoires entre elles. (p. 117-118)
”
”
Didier Eribon (Insult and the Making of the Gay Self (Series Q))
“
Il est donc nĂ©cessaire que les uns et les autres se mettent eux-mĂȘmes Ă  l'Ă©preuve, les uns pour savoir s'ils sont dignes de prĂȘcher et de laisser des Ă©crits ; les autres pour savoir s'ils sont dignes d'Ă©couter et de lire. C'est ainsi qu'aprĂšs avoir, selon la coutume, rompu le pain de l'Eucharistie, on permet Ă  chaque fidĂšle d'en prendre une part; car, pour choisir ou pour rejeter avec raison, la conscience est le meilleur juge. Or, la rĂšgle certaine d'une bonne conscience est une vie droite, jointe Ă  une saine doctrine : suivre l'exemple de ceux qui ont Ă©tĂ© dĂ©jĂ  Ă©prouvĂ©s, et qui se sont conduits avec droiture, c'est la voie la plus sĂ»re pour atteindre Ă  l'intelligence de la vĂ©ritĂ©, et Ă  l'observance des prĂ©ceptes. Quiconque mangera le pain et boira le calice du Seigneur indignement, se rendra coupable du corps et du sang du Seigneur. Que l'homme donc s'Ă©prouve soi-mĂȘme, et qu'aprĂšs cela il mange de ce pain et boive de cette coupe. Il faut donc que celui qui entreprend de prĂȘcher aux autres s'examine pour savoir s'il a en vue l'utilitĂ© du prochain; si ce n'est point avec prĂ©somption, et par esprit de rivalitĂ© ou par amour de la gloire, qu'il rĂ©pand la sainte parole ; s'il se propose pour unique rĂ©compense le salut de ses auditeurs, et s'il n'en flatte aucun ; et enfin s'il Ă©vite toute occasion qui pourrait le faire accuser de vĂ©nalitĂ©.
”
”
Clement of Alexandria (Miscellanies (Stromata))
“
Un exemple de symbolisme, Ă  premiĂšre vue arbitraire et excessif mais en fin de compte plausible, est le hadĂźth qui voue les peintres et les sculpteurs au fond de l’enfer. On objectera Ă©videmment que les arts plastiques sont naturels Ă  l’homme, qu’ils existent partout et qu’ils peuvent avoir une fonction sacrale, – c’est lĂ  mĂȘme leur raison d’ĂȘtre la plus profonde, – ce qui est vrai, mais passe Ă  cĂŽtĂ© de l’intention essentielle du hadĂźth. C’est-Ă -dire que le sens littĂ©ral de la sentence, par sa violence mĂȘme, reprĂ©sente une « guerre prĂ©ventive » contre l’abus ultime de l’intelligence humaine, Ă  savoir le naturalisme sous toutes ses formes : naturalisme artistique d’une part et naturalisme philosophique et scientiste d’autre part ; donc imitation exacte, extĂ©riorisante et « accidentalisante » des apparences, et recours Ă  la seule logique, Ă  la seule raison, coupĂ©e de ses racines. L’homme est homo sapiens et homo faber : il est un penseur et par lĂ  mĂȘme aussi un producteur, un artisan, un artiste ; or, il est une phase finale de ces dĂ©veloppements qui lui est interdite, – elle est prĂ©figurĂ©e par le fruit dĂ©fendu du Paradis, – une phase donc qu’il ne doit jamais atteindre, de mĂȘme que l’homme peut se faire roi ou empereur mais non pas Dieu ; en anathĂ©matisant les crĂ©ateurs d’images, le ProphĂšte entend prĂ©venir la subversion finale. Selon la conception musulmane, il n’y a qu’un seul pĂ©chĂ© qui mĂšne au fond de l’enfer, – c’est-Ă -dire qui ne sera jamais pardonnĂ© , – et c’est le fait d’associer d’autres divinitĂ©s au Dieu unique ; si l’Islam place les dits crĂ©ateurs dans la gĂ©henne, c’est qu’il semble assimiler fort paradoxalement les arts plastiques Ă  ce mĂȘme pĂ©chĂ© gravissime, et cette disproportion prouve prĂ©cisĂ©ment qu’il a en vu, non les arts dans leur Ă©tat normal, – bien qu’il les interdise assurĂ©ment, – mais la raison pour laquelle il les interdit ; Ă  savoir la subversion naturaliste dont les arts plastiques sont, pour la sensibilitĂ© sĂ©mitique, les symboles et les prĂ©figurations (1). Cet exemple, auquel nous nous sommes arrĂȘtĂ© un peu longuement, peut montrer comment les formulations excessives peuvent vĂ©hiculer des intentions d’autant plus profondes, ce qui nous ramĂšne une fois de plus au principe credo quia absurdum [je le crois parce que c'est absurde]. (1) En condamnant les images, l’Islam – bienheureusement « stĂ©rile » – refuse en mĂȘme temps le « culturisme » qui est la plaie de l’Occident, Ă  savoir les torrents de crĂ©ations artistiques et littĂ©raires, qui gonflent les Ăąmes et distraient de la « seule chose nĂ©cessaire ».
”
”
Frithjof Schuon (Approches du phénomÚne religieux)
“
Tout le monde a l'air de savoir qui sont ces Autres ; tout le monde parle d'eux, mais eux ne parlent jamais. En effet, dans quels discours apparaĂźtre l'Autre, sous sas forme singuliĂšre ou plurielle ? Sous la forme d'un discours adressĂ© Ă  des gens qui ne sont pas les Autres. Mais d'oĂč viennent ces Autres ? Y a-t-il des Autres, et si oui, pourquoi ? Il faut, pour Ă©claircir ce mystĂšre, en revenir Ă  l'invite. Qui est invitĂ© Ă  accepter les Autres ? Pas les Autres, Ă©videmment. Et qui fait cette demande ? De son Ă©nonciateur, qui ne dit pas son nom, tout ce qu'on sait, c'est qu'il n'est pas un Autre. Ce n'est pas lui-mĂȘme qu'il nous invite Ă  accepter. Mais pas plus qu'il ne dit qui il est, il n'Ă©nonce qui est ce « Nous » Ă  qui il s'adresse. DerriĂšre l'Autre dont on entend parler sans arrĂȘt, sans qu'il parle, se cache donc une autre personne, qui parle tout le temps sans qu'on n'en entende jamais parler : l'« Un », qui parle Ă  « Nous ». C'est-Ă -dire Ă  l'ensemble de la sociĂ©tĂ© de la part de l'ensemble de la sociĂ©tĂ©. De la sociĂ©tĂ© normale. De la sociĂ©tĂ© lĂ©gitime. De celle qui est l'Ă©gale du locuteur qui nous invite Ă  tolĂ©rer les Autres. Les Autres ne sont pas, par dĂ©finition, des gens ordinaires, puisqu'ils ne sont pas « Nous ». Qui est ce « Un » parlant ? Avant toute autre chose, on sait, parce qu'il le fait, qu'il est celui qui peut dĂ©finir l'Autre. Ensuite, il prendra une position de tolĂ©rance ou d'intolĂ©rance. Mais cette prise de position est seconde par rapport Ă  sa capacitĂ© Ă  dĂ©finir l'Autre : Ă  ce pouvoir. Les Autres sont donc ceux qui sont dans la situation d'ĂȘtre dĂ©finis comme acceptables ou rejetables, et d'abord d'ĂȘtre nommĂ©s. Au principe, Ă  l'origine de l'existence des Uns et des Autres, il y adonc le pouvoir, simple, brut, tout nu, qui n'a pas Ă  se faire ou Ă  advenir, qui est. (p. 18-19)
”
”
Christine Delphy (Classer, dominer: Qui sont les "autres" ?)
“
Au tĂ©lĂ©phone, un ami Ă©crivain me parle d'exil. Apparemment, il ne pourra plus rien Ă©crire 'ici'. Tout est fermĂ©, bloquĂ©, et les lecteurs restent inimaginables, Ă  l'autre bout de son tunnel. Je ne sais trop quoi lui dire, car je suis sĂ»r qu'il se trompe, ou plutĂŽt qu'il est trompĂ© par une souffrance que je connais bien, moi aussi, et qui nous a donnĂ© notre lot de poĂštes Ă  la tĂȘte flambĂ©e. Je lui parle de ça, de la tentation Ă©pouvantable de partir, du leurre qu'est ce dĂ©sir d'aller trouver ailleurs on ne sait quoi. Je regarde dehors pendant que je l'Ă©coute se plaindre, avec une voix tremblante, pleine de cette Ă©motion impĂ©rissable du poĂšte dĂ©sertĂ© par le dĂ©sir, et auquel il ne vient plus que des mots anciens, pour parler de l'Ă©ternelle misĂšre de ne plus savoir comment faire. Je regarde dehors et aperçois le bouleau qui balance dans le vent. On oscille sans cesse, on hĂ©site tous, toujours on bat la mesure d'une inaliĂ©nable incertitude. C'est comme ça. Je lui dis que j'aime ce qu'il est, ce qu'il fait, mais ce n'est pas assez, comme de raison. L'amour n'est pas assez quand on est seul et enfoncĂ© si loin dans l'inquiĂ©tude. Je l'Ă©coute et je regarde les arbres secouĂ©s par le vent et c'est pareil : nous sommes tous secouĂ©s, bardassĂ©s, perpĂ©tuellement Ă©branlĂ©s sur nos racines.
”
”
Robert Lalonde (Le Monde sur le flanc de la truite)