Cet Quotes

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Ce matin, l'idée m'est venue pour la premiÚre fois que mon corps, ce fidÚle compagnon, cet ami plus sûr, mieux connu de moi que mon ùme, n'est qu'un monstre sournois qui finira par dévorer son maßtre.
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Marguerite Yourcenar (Memoirs of Hadrian)
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Il est bon de n'avoir pas Ă  alimenter une conversation. D'oĂč vient la difficultĂ© de la vie en sociĂ©tĂ©? De cet impĂ©ratif de trouver toujours quelque chose Ă  dire.
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Sylvain Tesson (Dans les forĂȘts de SibĂ©rie)
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Quand j'arrive Ă  la gare de l'Est, j'espĂšre toujours secrĂštement qu'il y aura quelqu'un pour m'attendre. C'est con. J'ai beau savoir que ma mĂšre est encore au boulot Ă  cette heure-lĂ  et que Marc est pas du genre Ă  traverser la banlieue pour porter mon sac, j'ai toujours cet espoir dĂ©bile. [...] Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part... C'est quand mĂȘme pas compliquĂ©.
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Anna Gavalda (I Wish Someone Were Waiting for Me Somewhere)
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Nous ne faisions rien de mal cet aprĂšs-midi-lĂ . Et c'est cela Ă  mon avis le seul sens Ă  donner Ă  sa vie: trouver son bonheur sans augmenter la douleur du monde.
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Dany LaferriĂšre (L'art presque perdu de ne rien faire)
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La pensée n'est qu'un écliar au milieu d'une longue nuit. Mais c'est cet éclair qui est tout. Thought is only a flash in the middle of a long night. But this flash means everything.
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Henri Poincaré (The Value of Science: Essential Writings of Henri Poincare)
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La nature et les circonstances semblaient avoir fait cette femme pour cet homme, et les avoir poussés l'un vers l'autre.
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Émile Zola (ThĂ©rĂšse Raquin)
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Cet homme paraissait ĂȘtre tellement fatiguĂ© de sa vie qu'il ne voulait mĂȘme pas vivre ses derniĂšres heures Ă©veillĂ©.
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Patrick SĂŒskind (Perfume: The Story of a Murderer)
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Je crois que c'est moi qui ai changé: c'est la solution la plus simple. La plus désagréable aussi. Mais einfin je dois reconnaßtre que je suis sujet à ces transformations soudaines. Ce qu'il y a, c'est que je pense trÚs rarement; alors une foule depetites métamorphoses s'accumulent en moi sans que j'y prenne garde et puis, un beau jour, il se produit une véritable révolution. C'est ce qui a donné à ma vie cet aspect huerté, incohérent.
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Jean-Paul Sartre (Nausea)
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Un peu, beaucoup, passionnément. Une femme veut toujours son enfant. Mais elle en a peur quand l'amour rassurant n'est pas là. Cet amour qui pousse les poussettes, qui cueille des noisettes et s'inquiÚte à la premiÚre rougeole.
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Malek Haddad (L'élÚve Et La Leçon)
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Les médias reflÚtent ce que disent les gens, les gens reflÚtent ce que disent les médias. Ne va-t-on jamais se lasser de cet abrutissant jeu de miroirs?
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Amin Maalouf (The First Century After Beatrice)
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Le mĂȘme sentiment d'inappartenance, de jeu inutile, oĂč que j'aille : je feins de m'intĂ©resser Ă  ce qui ne m'importe guĂšre, je me trĂ©mousse par automatisme ou par charitĂ©, sans jamais ĂȘtre dans le coup, sans jamais ĂȘtre quelque part. Ce qui m'attire est ailleurs, et cet ailleurs je ne sais ce qu'il est.
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Emil M. Cioran
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Ce n'est pas pour devenir écrivain qu'on écrit. C'est pour rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour. C'est pour rejoindre le sauvage, l'écorché, le limpide. On écrit une langue simple. On ne fait aucune différence entre l'amour, la langue et le chant. Le chant c'est l'amour. L'amour c'est un fleuve. Il disparaßt parfois. Il s'enfonce dans la terre. Il poursuit son cours dans l'épaisseur d'une langue. Il réapparaßt ici ou là, invincible, inaltérable.
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Christian Bobin (La part manquante)
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Non, ThĂ©rĂšse, non, il n’est point de Dieu, la nature se suffit Ă  elle-mĂȘme ; elle n’a nullement besoin d’un auteur, cet auteur supposĂ© n’est qu’une dĂ©composition de ses propres forces
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Marquis de Sade (Justine ou les malheurs de la vertu)
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Je laisse Sisyphe au bas de la montagne ! On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe enseigne la fidĂ©litĂ© supĂ©rieure qui nie les dieux et soulĂšve les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers dĂ©sormais sans maĂźtre ne lui paraĂźt ni stĂ©rile ni fertile. Chacun des grains de cette pierre, chaque Ă©clat minĂ©ral de cette montagne pleine de nuit, Ă  lui seul, forme un monde. La lutte elle-mĂȘme vers les sommets suffit Ă  remplir un cƓur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux.
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Albert Camus (The Myth of Sisyphus and Other Essays)
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On aime sa mÚre presque sans le savoir, et on ne prend conscience de toute la profondeur des racines de cet amour qu au moment de la séparation derniÚre.
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Guy de Maupassant
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Rayner avait sans doute une dizaine d'années de plus que moi. Ce qui ne pose en soi aucun problÚme. J'entretiens des relations chaleureuses, sans bras cassés, avec quantité de personnes de cet ùge.
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Hugh Laurie (The Gun Seller)
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A cet instant, il se produisit un événement comme il en arrive un ou deux dans une vie. Un coup de foudre. Il n'y a pas d'autre mot pour qualifier ce qui se passa entre eux. Ils se regardÚrent longtemps.
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Jean-Michel Guenassia (Le Club des incorrigibles optimistes)
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Yann Andréa (Cet Amour-là)
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J'ai consultĂ© mon tĂ©lĂ©phone: je n'avais aucun message. C'est Ă  cela que servent les tĂ©lĂ©phones portables, Ă  se rendre compte que personne ne pense Ă  vous. Avant, on pouvait toujours rĂȘver que quelqu'un cherchait Ă  vous joindre, Ă  vous parler, Ă  vous aimer. Nous vivons maintenant avec cet objet qui matĂ©rialise notre solitude.
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David Foenkinos (La tĂȘte de l'emploi)
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Ce n’est pas lui, cette bĂȘte dĂ©chaĂźnĂ©e. Pourtant, il s’est rarement senti aussi bien que pendant cet accĂšs de rage
 comme s’il Ă©tait enfin lui-mĂȘme. Mais quel genre de monstre faut-il ĂȘtre pour Ă©prouver ces choses-lĂ  ?
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Myra Eljundir (Kaleb, Saison I (Kaleb, #1))
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On veut gagner de l'argent pour vivre heureux et tout l'effort et le meilleur d'une vie se concentrent pour le gain de cet argent. le bonheur est oublié, le moyen pris pour la fin.
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Albert Camus (The Myth of Sisyphus)
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Je n'ai pas rĂȘvĂ© cet hĂ©roĂŻsme. Je l'ai choisi. On est ce qu'on veut.
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Jean-Paul Sartre (No Exit)
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Le grand monde a son argot. Mais cet argot s'appelle le style.
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Honoré de Balzac (Splendeurs et miseres des courtisanes. Ou menent les mauvais chemins)
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Y a-t-il au monde un bien plus précieux que l'amitié ? Cet amour désintéressé qui ne souhaite que le bonheur de l'ami et ne cesse de se réjouir de sa présence ?
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Frédéric Lenoir (Coeur de cristal)
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Il Ă©tait encore trop jeune pour savoir que la mĂ©moire du cƓur efface les mauvais souvenirs et embellit les bons, et que c'est grĂące Ă  cet artifice que l'on parvient Ă  accepter le passĂ©.
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Gabriel GarcĂ­a MĂĄrquez (Love in the Time of Cholera)
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Pour elle, aimer, c'Ă©tait prendre tous les risques et donner notre vie pour quelqu'un, oui, l'amour Ă©tait une chose de cet ordre. Mais dans la vie, cela ne se produisait qu'une seule fois.
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Orhan Pamuk (The Museum of Innocence)
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Parfois, c'est l'humilité qui commande notre silence. Pas la glorieuse humilité des analystes professionnels, mais la conscience intime, solitaire, presque douloureuse, que cette lecture-ci, que cet auteur-là, viennent, comme on dit, de « changer ma vie » !
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Daniel Pennac (Comme un roman)
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Le coeur peut s'Ă©mouvoir souvent Ă  la rencontre d'un autre ĂȘtre,car chacun exerce sur chacun des attractions et des rĂ©pulsions.Toutes ces influences font naĂźtre l'amitiĂ©,les caprices,des envies de possession,des ardeurs vives et passagĂšres,mais non pas l'amour vĂ©ritable.Pour qu'il existe cet amour,il faut que les deux ĂȘtres soient tellement nĂ©s l'un pour l'autre,se trouvent accrochĂ©s l'un Ă  l'autre par tant de points,par tant de goĂ»ts pareils,par tant d'affinitĂ©s de chair,de l'esprit,du caractĂšre,se sentent liĂ©s par tant de choses de toute nature,que cela forme un faisceau d'attaches.
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Guy de Maupassant (Fort comme la mort)
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A quatre heures du matin, on ne fait rien en gĂ©nĂ©ral et l’on dort, mĂȘme si la nuit a Ă©tĂ© une nuit de trahison. Oui, on dort Ă  cette heure-lĂ , et cela est rassurant puisque le grand dĂ©sir d’un coeur inquiet est de possĂ©der interminablement l’ĂȘtre qu’il aime ou de pouvoir plonger cet ĂȘtre, quand le temps de l’absence est venu, dans un sommeil sans rĂȘves qui ne puisse prendre fin qu’au jour de la rĂ©union.
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Albert Camus (The Plague)
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Sonnez, grelots; sonnez, clochettes; sonnez, cloches! Car mon rĂȘve impossible a pris corps et je l’ai Entre mes bras pressĂ© : le Bonheur, cet ailĂ© Voyageur qui de l’Homme Ă©vite les approches, - Sonnez grelots; sonnez, clochettes, sonnez, cloches! Le Bonheur a marchĂ© cĂŽte Ă  cĂŽte avec moi; Mais la FATALITÉ ne connaĂźt point de trĂȘve : Le ver est dans le fruit, le rĂ©veil dans le rĂȘve, Et le remords est dans l’amour : telle est la loi. - Le Bonheur a marchĂ© cĂŽte Ă  cĂŽte avec moi.
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Paul Verlaine (PoĂšmes saturniens)
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Ellana songea que si l'harmonie d'un ĂȘtre rĂ©sidait dans son Ă©quilibre, cet Ă©quilibre ne se rĂ©duisait pas Ă  des capacitĂ©s physiques ou mentales. On le retrouvait partout. Dans sa façon de vivre sa relation aux autres, de voyager, de dormir, de manger, ou, pourquoi pas, d'aimer.
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Pierre Bottero (Ellana, l'Envol (Le Pacte des MarchOmbres, #2))
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En une seule fleur EnchantĂ©e de cet artifice, ton abondance l’avait osĂ©. Tu Ă©tais assez riche, pour devenir cent fois toi-mĂȘme en une seule fleur; c’est l’état de celui qui aime Mais tu n’as pas pensĂ© ailleurs.
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Rainer Maria Rilke (The Complete French Poems of Rainer Maria Rilke)
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Je t'ai vu en companie de cet homme, et le regard que tu lui portais Ă©tait celui que j'aurais rĂȘvĂ© voir dans tes yeux alors que tu me regardais. Il avait l'air si grand Ă  tes cĂŽtĂ©s, et moi si petit dans cette allĂ©e. Si j'avais pu ĂȘtre cet homme, je t'aurais tout donnĂ©, mais je n'Ă©tais que moi, l'ombre de celui que tu avais aimĂ© alors que nous Ă©tions enfants, l'ombre de l'adulte que j'Ă©tais devenu.
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Marc Levy (Le Voleur d'ombres)
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Nos vies sont les mĂȘmes. Nos vies se dĂ©battent, crient dans la nuit, hurlent et tremblent de peur. Infiniment nous cherchons un abri. Un lieu oĂč le vent siffle moins fort. Un endroit oĂč aller. Et cet abri est un visage, et ce visage nous suffit.
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Olivier Adam
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Il disparut Ă  jamais, cet ĂȘtre sans dĂ©fense Ă  qui personne n'avait jamais tĂ©moignĂ© d'affection, ni portĂ© le moindre intĂ©rĂȘt, non, personne, pas mĂȘme l'un de ces naturalistes toujours prĂȘts Ă  Ă©pingler la plus banale des mouches pour l'examiner au microscope.
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Nikolai Gogol (The Overcoat)
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«Sophie, s'exclama à nouveau Bruno, sais-tu ce que Nietzsche a écrit de Shakespeare? "Ce que cet homme a dû souffrir pour éprouver un tel besoin de faire le pitre!..." Shakespeare m'a toujours paru un auteur surfait; mais c'est, en effet, un pitre considérable.» II s'interrompit, prit conscience avec surprise qu'il commençait réellement à souffrir. Les femmes, parfois, étaient tellement gentilles; elles répondaient à l'agressivité par la compréhension, au cynisme par la douceur. Quel homme se serait comporté ainsi?
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Michel Houellebecq (The Elementary Particles)
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J'ai Ă©coutĂ© le sermon du prĂȘtre qui officiait devant la tombe de ma mĂšre. On ne perd jamais ses parents, mĂȘme aprĂšs leur mort ils vivent encore en vous. Ceux qui vous ont conçu, qui vous ont donnĂ© tout cet amour afin que vous surviviez ne peuvent pas disparaĂźtre. Le prĂȘtre avait raison, mais l'idĂ©e de savoir qu'il n'est plus d'endroit dans le monde oĂč ils respirent, que vous n'entendrez plus leur voix, que les volets de votre maison d'enfance seront clos Ă  jamais, vous plonge dans une solitude que mĂȘme Dieu n'avait pu concevoir.
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Marc Levy (Le Voleur d'ombres)
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Cet inconnu me regarde pendant que j'Ă©prouve une Ă©motion ; vite cessons ce spectacle indigne
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Éric Dupont (La FiancĂ©e amĂ©ricaine)
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il m’aimait tout en me haïssant ; cet amour est de tous le plus fort...
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Fyodor Dostoevsky (The Eternal Husband)
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NĂ©cessitĂ© absolue trouver origine de cet emmerdement [It is absolutely necessary to find the origin of this pain in the ass]. —Jacques Monod
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Siddhartha Mukherjee (The Gene: An Intimate History)
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Il y a des Ă©poques fatales oĂč la priĂšre, cet hymne naturel que Dieu a mis au fond du cƓur de l’homme, devient suspecte aux yeux des hommes, car la priĂšre est un acte d’espoir ou de reconnaissance.
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Alexandre Dumas (The Knight of Maison-Rouge)
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Monfleury est en vente, je perds cinquante mille francs, s'il le faut, mais je suis tout joyeux, je quitte cet enfer d'hypocrisie et de tracasseries. Je vais chercher la solitude et la paix champĂȘtre au seul lieu oĂč elles existent en France, dans un quatriĂšme Ă©tage donnant sur les Champs-ÉlysĂ©es.
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Stendhal (The Red and the Black)
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Il s’était tant de fois entendu dire ces choses, qu’elles n’avaient pour lui rien d’original. Emma ressemblait Ă  toutes les maĂźtresses ; et le charme de la nouveautĂ©, peu Ă  peu tombant comme un vĂȘtement, laissait voir Ă  nu l’éternelle monotonie de la passion, qui a toujours les mĂȘmes formes et le mĂȘme langage. Il ne distinguait pas, cet homme si plein de pratique, la dissemblance des sentiments sous la paritĂ© des expressions. Parce que des lĂšvres libertines ou vĂ©nales lui avaient murmurĂ© des phrases pareilles, il ne croyait que faiblement Ă  la candeur de celles-lĂ  ; on en devait rabattre, pensait-il, les discours exagĂ©rĂ©s cachant les affections mĂ©diocres ; comme si la plĂ©nitude de l’ñme ne dĂ©bordait pas quelquefois par les mĂ©taphores les plus vides, puisque personne, jamais, ne peut donner l’exacte mesure de ses besoins, ni de ses conceptions, ni de ses douleurs, et que la parole humaine est comme un chaudron fĂȘlĂ© oĂč nous battons des mĂ©lodies Ă  faire danser les ours, quand on voudrait attendrir les Ă©toiles.
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Gustave Flaubert (Madame Bovary)
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La plupart considĂšrent que l’une des raisons principales de cet Ă©gocentrisme vient de l’usage des rĂ©seaux sociaux comme Myspace, Facebook et Twitter650, qui sont en grande partie consacrĂ©s Ă  la promotion de soi.
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Matthieu Ricard (Plaidoyer pour l'altruisme: La force de la bienveillance)
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ce qui convainc de la nécessité de la vie future, ce ne sont pas les raisonnements mais ceci : tu marches dans la vie la main dans la main avec un homme, et tout à coup, cet homme disparaßt là-bas dans le néant, et toi tu restes devant cet abßme et tu y plonges ton regard (Guerre et Paix, livre deuxiÚme, 2iÚme partie, ch. XII)
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Leo Tolstoy
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Quelque chose brĂ»le en moi. J’attends et je n'attends pas. C’est peut-ĂȘtre dans cette rupture, dans cet instant, entre les deux pulsions, l’une qui va vers l’infini du oui, l’autre vers l’infini du non, qu’est le lieu de la vie.
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J.M.G. Le Clézio
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​ « Souvent, les amants se tiennent par la main et rĂȘvent ensemble de leur bonheur Ă  venir. Mais, aussi longtemps qu’ils vivent, jamais leur bonheur ne sera plus grand qu’en cet instant oĂč leurs mains se nouent et leurs rĂȘves se mĂ©langent. »
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Amin Maalouf (Leo Africanus)
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Temperee, riante, (comme le sont celles d'automne dans la tres gracieuse ville de Buenos Aires) resplendissait la matinee de ce 28 avril: dix heures venait de sonner aux horloges et, a cet instant, eveillee, gesticulant sous le soleil matinal, la Grande Capitale du Sud etait un epi d'hommes qui se disputaient a grands cris la possession du jour et de la terre.
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Leopoldo Marechal (AdĂĄn Buenosayres)
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Il y a cet entassement des corps dans le wagon cette lancinante douleur dans le genou droit. Les jours les nuits. Je fais un effort et j'essaye de compter les jours de compter les nuits. Ca m'aidera peut-ĂȘtre Ă  y voir clair. Quatre jours cinq nuits. Mais j'ai dĂ» mal compter ou alors il y a des jours qui se sont changĂ©s en nuits. J'ai des nuits en trop des nuits Ă  revendre.
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Jorge SemprĂșn (The Long Voyage)
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Et la jeune fille s’était dressĂ©e comme pour aller Ă  son tour se tuer, se jeter Ă  son tour dans la mer et aprĂšs elle avait pleurĂ© parce qu’elle avait pensĂ© Ă  cet homme de Cholen et elle n’avait pas Ă©tĂ© sĂ»re tout Ă  coup de ne pas l’avoir aimĂ© d’un amour qu’elle n’avait pas vu parce qu’il s’était perdu dans l’histoire comme l’eau dans le sable et qu’elle le retrouvait seulement maintenant Ă  cet instant de la musique jetĂ©e Ă  travers la mer. Comme plus tard l’éternitĂ© du petit frĂšre Ă  travers la mort
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Marguerite Duras (The Lover (The Lover, #1))
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C'est pourtant nous qui t'avons proposĂ© de remplir ton calice. EnchantĂ©e de cet artifice, ton abondance l'avait osĂ©. Tu Ă©tais assez riche, pour devenir cent fois toi-mĂȘme en une seule fleur; c'est l'Ă©tat de celui qui aime ... Mais tu n'as pas pensĂ© ailleurs.
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Rainer Maria Rilke (The Complete French Poems of Rainer Maria Rilke)
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Quelles sont les probabilités de se perdre dans la campagne irlandaise sur un trajet de moins de dix kilomÚtres ? TrÚs faibles. Cette probabilité devient nulle lorsqu'on s'arme d'un systÚme de localisation derniÚre génération. Et pourtant je peux désormais dire que j'ai réussi cet exploit.
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Elisia Blade (Hollywood en Irlande (Crush Story #1))
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Alors voilĂ , nous y sommes. Tu es gravĂ©e dans mon coeur, Clark. Tu l'as Ă©tĂ© dĂšs le premier jour oĂč tu es arrivĂ©e avec tes fringues Ă  la con, tes blagues moisies et ton incapacitĂ© absolue Ă  dissimuler ce que tu ressens. Tu as changĂ© ma vie infiniment plus que cet argent ne pourra changer la tienne.
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Jojo Moyes
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Le sentiment d'ĂȘtre Ă©lu est prĂ©sent, par exemple, dans toute relation amoureuse. car l'amour, par dĂ©finition, est un cadeau non mĂ©ritĂ© ; ĂȘtre aimĂ© sans mĂ©rite, c'est mĂȘme la preuve d'un vrai amour. Si une femme me dit : je t'aime parce que tu es intelligent, parce que tu es honnĂȘte, parce que tu m'achĂštes des cadeaux, parce que tu ne dragues pas, parce que tu fais la vaiselle, je suis déçu ; cet amour a l'air de quelque chose d'intĂ©ressĂ©. Combien il est plus beau d'entendre : je suis folle de toi bien que tu ne sois ni intelligent ni honnĂȘte, bien que tu sois menteur, Ă©goĂŻste, salaud. (chapitre 15)
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Milan Kundera (Slowness)
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-Quand on ouvre une lettre d'amour, quand on la lit, on est interpellĂ© pis c'est difficile, aprĂšs, de pas se sentir concernĂ©, de faire comme si ça existait pas, de porter le poids de cet amour-lĂ  sans y rĂ©pondre. Lire une lettre d'amour, c'est s'engager Ă  quelque chose. -À quoi? -À ĂȘtre responsable de la rĂ©ponse.
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Roxanne Bouchard
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Dans chaque dĂ©mocratie libĂ©rale s'est Ă©laborĂ© un imaginaire de citoyennetĂ© au sein duquel la projection dans l'avenir est devenue plus significative que le poids du passĂ©. Cet imaginaire s'est traduit par des normes juridiques, et a mĂȘme pĂ©nĂ©trĂ© par la suite Ă  l'intĂ©rieur du systĂšme Ă©ducatif Ă©tatique.[...] La souffrance du passĂ© justifie le prix exigĂ© de la part des citoyens dans le prĂ©sent. L'hĂ©roĂŻsme des temps qui s'Ă©loignent promet un avenir rayonnant pour l'individu, du moins sĂ»rement pour la nation. L'idĂ©e nationale est devenue, avec l'aide des historiens, une idĂ©ologie optimiste par nature. De lĂ , notamment, vient son succĂšs.
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Shlomo Sand (The Invention of the Jewish People)
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Essayez donc de vous dĂ©gager de tout ce qui vous enferme, faites cet effort surhumain de sortir vivant de votre corps, de vos intĂ©rĂȘts, de vos pensĂ©es et de l’humanitĂ© tout entiĂšre, pour regarder ailleurs, et vous comprendrez combien ont peu d’importance les querelles des romantiques et des naturalistes, et la discussion du budget. »
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Guy de Maupassant (Bel-Ami)
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De fait il [le prĂ©nom "Yugrthen"] a dĂ» ĂȘtre couramment en usage au moins jusqu'au VIIIe siĂšcle de l'HĂ©gire (XIVe siĂšcle de l'Ăšre chrĂ©tienne), comme l'atteste un document notarial marocain * datĂ© de l'annĂ©e musulmane 731, oĂč un "Yugrthen" est citĂ© par les ayants droit Ă  un hĂ©ritage, en fin de liste, place que lui assigne sa qualitĂ© de benjamin. * Cet acte notarial a fait partie des manuscrits exposĂ©s en 1979 par le ministĂšre marocain de la Culture. La BibliothĂšque gĂ©nĂ©rale de Rabat en dĂ©tient un microfilm.
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Mohammed Chafik (من ŰŁŰŹÙ„ مŰșۧ۱ۚ مŰșŰ§Ű±ŰšÙŠŰ© ŰšŰ§Ù„ŰŁÙˆÙ„ÙˆÙŠŰ© - Pour un maghreb d'abord maghrĂ©bin)
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Elle aura donc menti jusqu'au bout! OĂč est-elle! Pas lĂ ... pas au ciel... pas anĂ©antie...oĂč? Oh! tu disais que tu n'avais pas souci de mes souffrances. Et moi, je fais une priĂšre... je la rĂ©pĂšte jusqu'Ă  ce que ma langue s'engourdisse : Catherine Earnshaw, puisses-tu ne pas trouver le repos tant que je vivrais! Tu dis que je t'ai tuĂ©e, hante-moi alors! Les victimes hantent leurs meurtrier, je crois. Je sais que des fantĂŽmes ont errĂ© sur la terre. Sois toujours avec moi... prends n'importe quelle forme... rends-moi fou! mais ne me laisse pas dans cet abĂźme oĂč je ne puis te trouver. Oh! Dieu! c'est indicible! je ne peux pas vivre sans ma vie! je ne peux pas vivre sans mon Ăąme!
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Emily Brontë (Wuthering Heights)
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... m'emplissait d'un bonheur vivant, d'un vrai bonheur. J'en avais sur la peau, j'en avais dans la chair, j'en avais dans le sang; il descendait jusque dans l'Ăąme. A cet Ăąge-lĂ  on est ignorant. Mais je sentais bien que ma joie de vivre Ă©tait plus grande que mon corps, et je me disais: "Pascalet, c'est l'ange du Bon Dieu qui remue de plaisir en toi. Traite-le bien." Pascalet ~ "L'enfant et la riviĂšre Traduction en grecque: ... ΌΔ ÎłÎ­ÎŒÎčζΔ ΌΔ ÎŒÎčα Î”Ï…Ï„Ï…Ï‡ÎŻÎ± Î¶Ï‰ÎœÏ„Î±ÎœÎź, ΌΔ ÎŒÎčα Ï€ÏÎ±ÎłÎŒÎ±Ï„ÎčÎșÎź Î”Ï…Ï„Ï…Ï‡ÎŻÎ±. ΀ηΜ αÎčÏƒÎžÎ±ÎœÏŒÎŒÎżÏ…Îœ Ï€ÎŹÎœÏ‰ ÏƒÏ„Îż ΎέρΌα ÎŒÎżÏ…, Όέσα στη ÏƒÎŹÏÎșα ÎŒÎżÏ…, Όέσα ÏƒÏ„Îż Î±ÎŻÎŒÎ± ÎŒÎżÏ… · ÎșατέÎČαÎčΜΔ ΌέχρÎč τηΜ ÏˆÏ…Ï‡Îź ÎŒÎżÏ…. ΔΔΜ ÎźÎŸÎ”ÏÎ± τÎč Î”ÎŻÎœÎ±Îč η ÏˆÏ…Ï‡Îź. ΣΔ Î±Ï…Ï„Îź τηΜ ηλÎčÎșία ΎΔ ÎłÎœÏ‰ÏÎŻÎ¶ÎżÏ…ÎŒÎ” Ï€ÎżÎ»Î»ÎŹ. ΌΌως αÎčÏƒÎžÎ±ÎœÏŒÎŒÎżÏ…Îœ Î­ÎœÏ„ÎżÎœÎ± ότÎč η Ï‡Î±ÏÎŹ Ï„ÎżÏ… Μα ζω ÎźÏ„Î±Îœ ÎŒÎ”ÎłÎ±Î»ÏÏ„Î”ÏÎ· από Ï„Îż σώΌα ÎŒÎżÏ… ÎșαÎč έλΔγα ÏƒÏ„ÎżÎœ Δαυτό ÎŒÎżÏ…: "ΠασÎșαλέ, Î”ÎŻÎœÎ±Îč Îż ÎŹÎłÎłÎ”Î»ÎżÏ‚ Ï„ÎżÏ… ÎšÎ±Î»ÎżÏ Î˜Î”ÎżÏ Ï€ÎżÏ… ÎșÎčÎœÎ”ÎŻ τηΜ Î”Ï…Ï„Ï…Ï‡ÎŻÎ± Όέσα ÏƒÎżÏ…. ÎŠÎ­ÏÏƒÎżÏ… της ÎșαλΏ".
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Henri Bosco (L'enfant et la riviĂšre)
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Joseph Voilà c'que c'est, mon vieux Joseph Que d'avoir pris la plus jolie Parmi les filles de Galilée Celle qu'on appelait Marie Tu aurais pu, mon vieux Joseph Prendre Sarah ou Déborah Et rien ne serait arrivé Mais tu as préféré Marie Tu aurais pu, mon vieux Joseph Rester chez toi, tailler ton bois PlutÎt que d'aller t'exiler Et te cacher avec Marie Tu aurais pu, mon vieux Joseph Faire des petits avec Marie Et leur apprendre ton métier Comme ton pÚre te l'avait appris Pourquoi a-t-il fallu, Joseph Que ton enfant, cet innocent Ait eu ces étranges idées Qui ont tant fait pleurer Marie Parfois je pense à toi, Joseph Mon pauvre ami, lorsque l'on rit De toi qui n'avais demandé Qu'à vivre heureux avec Marie
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Georges Moustaki
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J'étais heureuse à cet instant. C'était ce moment-là, et pas un autre. Et c'était tout ce que je pouvais espérer.
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Élise Turcotte (Guyana)
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Ne me contemplez pas avec cet air de poule qui viendrait de pondre un coucou suisse.
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Hervé Picart (L'Orgue de Quinte (L'Arcamonde, #2))
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Dans cet ocĂ©an blanc, oĂč la vie Se recueille; et bientĂŽt l'horizon Se couvrira de fleurs ... ChĂšre maison amie Qui nous protĂšge tous de la froide saison!
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Adam Hochschild (Half the Way Home: A Memoir of Father and Son)
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La main du temps s’était appesantie sur cet homme autrefois si Ă©nergique. Il ne parut plus Ă  Julien que l’ombre de lui-mĂȘme.
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Stendhal (The Red and the Black)
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Cet homme est dangereux, il croit tout ce qu'il dit.
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Honoré-Gabriel Riqueti de Mirabeau
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Je mĂ©prise un homme qui peut ĂȘtre satisfait par une moelle Ă©piniĂšre, cet homme ne mĂ©rite pas un cerveau humain.
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Albert Einstein (The World As I See It)
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Vis le moment présent. Ne prends pas de photos, n'essaye pas de saisir cet instant et de le figer pour l'éternité. Goûte à sa juste valeur le spectacle de ces lucioles.
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Jenny Colgan (Little Beach Street Bakery (Little Beach Street Bakery #1))
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Peut-ĂȘtre l'Ă©ducation n'est-elle pas autre chose que cette mise en scĂšne de possibles rencontres, cet espace oĂč se crĂ©ent les conditions d'un surgissement. (p. 34)
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Christiane Singer (N'oublie pas les chevaux écumants du passé)
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« Elle ne tient pas Ă  l’amour si c’est cette mort constante, cet affolement de tout son ĂȘtre, cette aviditĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e pour une peau, une odeur, un regard et des mains, ses mains. »
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Marie Laberge (Juillet)
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Passant par la maison, la maison de LaylĂą, Je baise ce mur-ci, cet autre, et celui-lĂ . Est-ce d'aimer les murs que tu perds la raison? Non pas les murs, mon coeur : les gens de la maison.
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Nizami Ganjavi
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Le vin est la gaietĂ©, dit-on ; comment cet ocĂ©an de vin qui submerge la commune de Bercy n’égaye-t-il pas un peu ces navrants paysages ? Tout Bacchus est lĂ  ; Bacchus, chantĂ© avec tant de constance par nos poĂštes Ă©briolants. Bacchus ne peut-il rassĂ©rĂ©ner ces horizons en deuil ? ou faut-il croire que Bacchus lui-mĂȘme, ennemi de l’eau, est incommodĂ© par le voisinage de la riviĂšre ?
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Paul FĂ©val pĂšre (Le Chevalier TĂ©nĂšbre (French Edition))
“
Cet audacieux dont on s'est moqué, a des procédés fort sages, et si ses oeuvres ont un aspect particulier, elles ne le doivent qu'à la façon toute personnelle dont il aperçoit et traduit les objets.
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Émile Zola (ïżœdouard Manet ïżœtude Biographique Et Critique)
“
L'Avion est une machine sans doute, mais quel instrument d'analyse! Cet instrument nous a fait découvrir le vrai visage de la terre. Les routes, en effet, durant des siÚcles, nous ont trompés. Nous ressemblions à cette souveraine qui désira visiter ses sujets et connaßtre s'ils se réjouissaient de son rÚgne. Ses courtisans, afin de l'abuser, dressÚrent sur son chemin quelques heureux décors et payÚrent des figurants pour y danser. Hors du mince fil conducteur, elle n'entrevit rien de son royaume, et ne sut point qu'au large des campagnes ceux qui mourraient de faim la maudissaient. (Terre des Hommes, ch. IV)
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Antoine de Saint-Exupéry
“
En cet instant qui s'étiolait, il découvrit qu'il n'avait jamais éprouvé de haine envers quiconque jusqu'ici. C'était un sentiment aussi pur que l'amour, mais exempt de passion et d'une rationnalité glacée.
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Ian McEwan (Atonement)
“
Le mariage pour moi n'est pas une chaĂźne, mais une association. J'entends ĂȘtre libre, tout Ă  fait libre de mes actes, de mes dĂ©marches, de mes sorties, toujours. Je ne pourrais tolĂ©rer ni contrĂŽle, ni jalousie, ni discussion sur ma conduite. Je m'engagerais, bien entendu, Ă  ne jamais compromettre le nom de l'homme que j'aurais Ă©pousĂ©, Ă  ne jamais le rendre odieux ou ridicule. Mais il faudrait aussi que cet homme s'engageĂąt Ă  voir en moi une Ă©gale, une alliĂ©e, et non pas une infĂ©rieure ni une Ă©pouse obĂ©issante et soumise. Mes idĂ©es, je le sais, ne sont pas celles de tout le monde, mais je n'en changerai point. VoilĂ .
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Guy de Maupassant
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Une goutte de pluie tomba dans la mer, et fut tout interdite. "Ô mer, s'Ă©cria-t-elle, je suis si peu de chose dans ton immensitĂ©!" Pour la rĂ©compense de son humilitĂ©, Dieu ordonna Ă  un coquillage de l'abriter et de la nourrir. Elle se transforma en une perle splendide, que l'on incrusta dans la couronne d'un roi. Dieu lui fit cet honneur, parce qu'elle avait Ă©tĂ© humble. Elle vĂ©cut, parce qu'elle s'Ă©tait comparĂ©e au nĂ©ant.
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Saadi (ŰšÙˆŰłŰȘŰ§Ù† ŰłŰčŰŻÛŒ)
“
Je me suis dit, pour la Ă©niĂšme fois, que le corps s'Ă©teignait quand la douleur devenait insoutenable, que la conscience Ă©tait un Ă©tat fugitif, que ça allait passer. Mais, comme chaque fois, je n'ai pas baissĂ© le rideau. Je suis restĂ©e sur la grĂšve Ă  me faire lessiver par les vagues, sans me noyer. (
) Crier ne faisait qu'empirer les choses. Toutes les stimulations, en fait. La seule solution Ă©tait de dĂ©faire le monde, de le rendre noir et silencieux, inhabitĂ©, de revenir au moment qui avait prĂ©cĂ©dĂ© le big bang, au commencement oĂč Ă©tait le Verbe, et de vivre dans cet espace vide et non existant avec le Verbe. On parle souvent du courage des malades du cancer, et je ne nie pas ce courage. Ça faisait des annĂ©es que, malgrĂ© les coups et le poison dans mes veines, j'Ă©tais toujours sur pied. Mais vous pouvez me croire, Ă  cet instant, j'aurais Ă©tĂ© ravie de mourir. 
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John Green (The Fault in Our Stars)
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We shouldn’t have tried to create new symbols,” he said. We should’ve realized we weren’t supposed to introduce uncertainties into accepted belief, that we weren’t supposed to stir up curiosity about God. We are daily confronted by the terrifying instability of all things human, yet we permit our religions to grow more rigid and controlled, more conforming and oppressive. What is this shadow across the highway of Divine Command? It is a warning that institutions endure, that symbols endure when their meaning is lost, that there is no summa of all attainable knowledge. "Admission" of C.E.T. Chairman Toure Bomoko, in "Appendix II: The Religion of Dune
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Frank Herbert (Dune (Dune #1))
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Tandis qu'ils gravitaient tous autour d'elle, j'avais compris, à cet ùge sans philosophie, que l'aveugle n'est pas celui qui ne voit pas, mais celui qu'on ne voit pas ; il n'est pire cécité que de passer partout inaperçu.
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Yasmina Khadra
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Ce chaton en peluche, par exemple, accrochĂ© Ă  la clef des toilettes : voilĂ  un objet qui ne joue assurĂ©ment qu'un rĂŽle mineur dans l'histoire de l'humanitĂ©... mais, puisque la propriĂ©taire de ce cafĂ© l'a jugĂ© digne d'ĂȘtre prĂ©posĂ© Ă  cet emploi, il doit signifier quelque chose pour elle. L'a-t-elle achetĂ© elle-mĂȘme? reçu en cadeau? Lui a-t-il fait pensĂ© Ă  un chat qu'elle a aimĂ©, enfant, et qui est mort Ă©crasĂ© par une voiture ou massacrĂ© par un chien?
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Nancy Huston
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« Ce monde en lui-mĂȘme n’est pas raisonnable, c’est tout ce qu’on peut en dire. Mais ce qui est absurde, c’est la confrontation de cet irrationnel et de ce dĂ©sir Ă©perdu de clartĂ© dont l’appel rĂ©sonne au plus profond de l’homme. »
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Albert Camus
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Quand une fois la libertĂ© a explosĂ© dans une Ăąme d’homme, les Dieux ne peuvent plus rien contre cet homme-lĂ . Car c’est une affaire d’homme, et c’est aux autres hommes — Ă  eux seuls — qu’il appartient de le laisser courir ou de l’étrangler.
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Jean-Paul Sartre (The Flies (SparkNotes Literature Guide Series))
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« Je l’ai embrassĂ©e, expliqua-t-il, chagrinĂ©. — J’ai eu le douteux plaisir d’assister Ă  cet, euh, Ă©vĂ©nement public. » Lyall aiguisa la pointe de son crayon Ă  l’aide d’une petite lame de cuivre qui jaillissait de l’extrĂ©mitĂ© de ses lunettes.
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Gail Carriger (Soulless (Parasol Protectorate, #1))
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Ambre Ă©tait le monde. Elle Ă©tait le sens et la matiĂšre de la vie. Matt comprit en cet instant qu mĂȘme s'il ne l'avait jamais rencontrĂ©e, elle lui aurait manquĂ©. C'Ă©tait au-delĂ  de toute logique, de la raison. Une pure question de complĂ©tude.
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Maxime Chattam (Neverland (Autre-Monde, #6))
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Libertins et talibans c'est blanc bonnet et bonnet blanc à cet égard : les premiers veulent l'érotisme sans la procréation, et les seconds la procréation sans l'érotisme ; dans les deux cas, ce qui coince c'est la mÚre qui s'envoie en l'air !
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Nancy Huston (Infrarouge)
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DĂšs l'enfance, je percevais l'Ă©coulement des heures, indĂ©pendantes de tout rĂ©fĂ©rence, de tout acte et de tout Ă©vĂ©nement, la disjonction du temps de ce qui n'Ă©tait pas lui, son existence autonome, son statut particulier, son empire, sa tyrannie. Je me rappelle on ne peut plus clairement cet aprĂšs-midi oĂč, por la premiĂšre fois, en face de l'univers vacant, je n'Ă©tais plus que fuite d'instants rebelles Ă  remplir encore leur fonction propre. Le temps se dĂ©collait de l'ĂȘtre Ă  mes dĂ©pens.
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Emil M. Cioran
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Si votre pensĂ©e s’élance dans l’espace et dans le temps ; si elle embrasse l’infinie simultanĂ©itĂ© des faits qui se passent sur toute la surface de la terre, qui n’est qu’une planĂšte tournant autour du soleil, – qui n’est lui-mĂȘme qu’un centre particulier au milieu de l’espace ; si vous songez que cet infini simultanĂ© n’est qu’un instant de l’éternitĂ©, qui est un autre infini, que tout cela vous apparaĂźt diffĂ©remment, suivant le point de vue oĂč vous vous placez, et qu’il y en a une infinitĂ© de points de vue ; si vous songez que la raison de tout cela, l’essence de toutes ces choses vous est inconnue, et si vous agitez dans votre esprit ces Ă©ternels problĂšmes, qu’est-ce que tout cela ? que suis-je moi-mĂȘme au milieu de cet infini?
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Pierre Loti (Aziyadé : suivi de FantÎme d'Orient)
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Quand on aime, quand on ressent de l’amour, que ce soit pour un ĂȘtre humain, un animal, une fleur ou un coucher du soleil, on est portĂ© au-delĂ  de soi. Nos dĂ©sirs, nos peurs et nos doutes se dissipent. Nos besoins de reconnaissance s’évanouissent. On ne cherche plus Ă  se comparer, Ă  exister plus que les autres. Notre Ăąme s’élĂšve tandis que nous sommes tout entier emplis de ce sentiment, de cet Ă©lan du cƓur qui s’étend alors naturellement pour embrasser tous les ĂȘtres et toutes les choses de la vie.
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Laurent Gounelle (Et tu trouveras le trésor qui dort en toi)
“
Paul l'a Ă©coutĂ©e, sans ciller, sans rĂ©pliquer ; son beau visage dĂ©truit est demeurĂ© impassible. A la fin, il a seulement glissĂ© : "Je me demandais quand tu te dĂ©ciderais Ă  me faire cet aveu. Je me demandais lequel de vous deux viendrait le faire. Ce que tu m'annonces, je le sais depuis longtemps. Je le sais depuis le jour de mon retour, depuis la seconde exacte oĂč tu as posĂ© ton regard sur moi. C'Ă©tait sur toi, l'effroi, la honte, la gĂȘne, et puis aussi la lĂ©gĂšretĂ© des femmes amoureuses. C'Ă©tait immanquable.
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Philippe Besson (La Trahison de Thomas Spencer)
“
L'homme est, je le rĂ©pĂšte, le seul ĂȘtre auto-Ă©ducable de la planĂšte. Il a entre ses mains tout pour devenir meilleur...ou se dĂ©truire. Pour grandir, il doit en permanence peser les consĂ©quences de ses actes. Le capitalisme lui offre cet opportunitĂ© responsable.
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François Michelin (Et Pourquoi Pas?)
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La peine, la perte, l'empreinte. La marque de la douleur ; mĂȘme une fois le rouge des coups effacĂ©, et les larmes taries faute d'avoir assez d’eau à verser pour traduire l'entaille, jetterait-on mĂȘme dans cet acte tout ce qu'un corps peut en contenir. Chaque frĂŽlement, chaque caresse, chaque coup de rein ou de langue ; chacun des Ă©clairs oĂč s'Ă©reintent les rigides lois insulaires... chacun perdu d'avance, unique, Ă©phĂ©mère, plus transitoire et fragile qu'un Hanami... plus prĂ©cieux que l'or, alors, plus précieux encore.
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LĂ©a Silhol (Hanami Sonata (Seppenko Monogatari, #2))
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Je disais que le monde est absurde et j'allais trop vite. ce monde en lui-mĂȘme n'est pas raisonnable, c'est tout ce qu'on en peut dire. Mais ce qui est absurde, c'est la confrontation de cet irrationnel et de ce dĂ©sir Ă©perdu de clartĂ© dont l'appel rĂ©sonne au plus profond de l'homme. L'absurde dĂ©pend autant de l'homme que du monde. Il est pour le moment leur seul lien. Il les scelle l'un Ă  l'autre comme la haine seule peut river les ĂȘtres. C'est tout ce que je puis discerner clairement dans cet univers sans mesure oĂč mon aventure se poursuit.
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Albert Camus (The Myth of Sisyphus)
“
Dis-moi, rose, d'oĂč vient qu'en toi-mĂȘme enclose, ta lente essence impose Ă  cet espace en prose tous ces transports aĂ©rien? Combien de fois cet air prĂ©tend que les choses le trouent, ou, avec une moue, il se montre amer. Tandis qu'autour de ta chair, rose, il fait la roue.
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Rainer Maria Rilke (The Complete French Poems of Rainer Maria Rilke)
“
Mon fiancĂ© me lance un regard de glace avant de cligner des yeux. Qu'il aille en enfer, lui et ses clins d’Ɠil sexy. Ma colĂšre se dissipe instantanĂ©ment, mon dĂ©sir de lui me submerge. Cet enfoirĂ© arrogant choisit de se concentrer sur sa tĂąche. Donc, je me rends insupportable.
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Christina Lauren (Beautiful Beginning (Beautiful Bastard, #3.5))
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Avez-vous remarquĂ© que la mort seule rĂ©veille nos sentiments? Comme nous aimons les amis qui viennent de nous quitter, n’est-ce pas? Comme nous admirons ceux de nos maĂźtres qui ne parlent plus, la bouche pleine de terre! L’hommage vient alors tout naturellement, cet hommage que, peut-ĂȘtre, ils avaient attendu de nous toute leur vie. Mais savez-vous pourquoi nous sommes toujours plus justes et plus gĂ©nĂ©reux avec les morts? La raison est simple ! Avec eux, il n’y a pas d’obligation. Ils nous laissent libres, nous pouvons prendre notre temps, caser l’hommage entre le cocktail et une gentille maĂźtresse, Ă  temps perdu, en somme. S’ils nous obligeaient Ă  quelque chose, ce serait Ă  la mĂ©moire, et nous avons la mĂ©moire courte. Non, c’est le mort frais que nous aimons chez nos amis, le mort douloureux, notre Ă©motion, nous-mĂȘmes enfin!
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Albert Camus (The Fall)
“
Pour l'Islam, le mieux, c'est d'Ă©viter les extrĂȘmes, fĂ»t-ce au nom du bien. Tout homme d'action devrait se prĂ©munir contre la naĂŻvetĂ© des enthousiastes pour l'absolu. L'enfer est pavĂ© de bonne intentions ! Un sage chinois disait Ă  cet Ă©gard qu'il faut impĂ©rativement se garder du bien.
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Hassan II (Le gĂ©nie de la modĂ©ration, rĂ©flexions sur les vĂ©ritĂ©s de l’Islam)
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    La loi, dont le regne vous epouvante, a son glaive leve sur vous:     elle vous frappera tous:  le genre humain a besoin de cet     exemple. — Couthon.       (The law, whose reign terrifies you, has its sword raised against     you; it will strike you all:  humanity has need of this example.)
”
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Edward Bulwer-Lytton (Complete Works of Edward Bulwer-Lytton)
“
Et sans doute une guerre est certainement trop bête, mais cela ne l’empêche pas de durer. La bêtise insiste toujours, on s’en apercevrait si l’on ne pensait pas toujours à soi. Nos concitoyens à cet égard étaient comme tout le monde, ils pensaient à eux-mêmes, autrement dit ils étaient humanistes : ils ne croyaient pas aux fléaux. Le fléau n’est pas à la mesure de l’homme, on se dit donc que le fléau est irréel, c’est un mauvais rêve qui va passer. Mais il ne passe pas toujours et, de mauvais rêve en mauvais rêve, ce sont les hommes qui passent, et les humanistes en premier lieu, parce qu’ils n’ont pas pris leurs précautions.
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Albert Camus (The Plague)
“
Ils niaient tranquillement, contre toute évidence, que nous ayons jamais connu ce monde insensé où le meurtre d’un homme était aussi quotidien que celui des mouches, cette sauvagerie bien définie, ce délire calculé, cet emprisonnement qui apportait avec lui une affreuse liberté à l’égard de tout ce qui n’était pas le présent, cette odeur de mort qui stupéfiait tous ceux qu’elle ne tuait pas, ils niaient enfin que nous ayons été ce peuple abasourdi dont tous les jours une par- tie, entassée dans la gueule d’un four, s’évaporait en fumées grasses, pendant que l’autre, chargée des chaînes de l’impuissance et de la peur, attendait son tour.
”
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Albert Camus (The Plague)
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Avant qu’elle se mariĂąt, elle avait cru avoir de l’amour ; mais le bonheur qui aurait dĂ» rĂ©sulter de cet amour n’étant pas venu, il fallait qu’elle se fĂ»t trompĂ©e, songeait-elle. Et Emma cherchait Ă  savoir ce que l’on entendait au juste dans la vie par les mots de fĂ©licitĂ©, de passion et d’ivresse, qui lui avaient paru si beaux dans les livres.
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Gustave Flaubert (Madame Bovary)
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Le crĂ©ateur, ou lÂŽartiste, ne se contente pas de produire un objet utile, mais il investit cet objet de sa subjectivitĂ©, de son ressenti personnel: il va incarner dans son oeuvre son 'idea', cÂŽest-Ă -dire le projet, la vision quÂŽil porte en lui et dans laquelle dÂŽautres vont se retrouver, car la crĂ©ation artistique, acte gratuit, sans "utilitĂ©" rĂ©elle, est une activitĂ© symbolique qui sÂŽadresse au plus profond de lÂŽĂȘtre. DÂŽailleurs, pour la qualifier, nous utilisons le language du coeur et de lÂŽĂąme: face Ă  une oeuvre dÂŽart nous nous dĂ©clarons "Ă©mus", "touchĂ©s", "bouleversĂ©s". Ce nÂŽest pas lÂŽusage que nous pouvons en faire qui nous interpelle mais sa dimension esthĂ©tique et symbolique gratuite.
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Frédéric Lenoir (Petit traité de vie intérieure)
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Qu’un poĂšte Ă©lĂšve la voix, qu’un musicien saisisse son violon, qu’un peintre ou qu’un sculpteur surprenne et fixe les raisons de la vie, qu’un vĂ©ritable crĂ©ateur surgisse en quelque endroit du globe, et je dis que ma patrie est lĂ  mĂȘme oĂč cet homme respire, je dis que ma patrie est en tout lieu que je peux connaĂźtre et chĂ©rir Ă  travers l’ñme d’un poĂšte.
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Georges Duhamel (La missione del poeta)
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[...] vous savez bien que je n'en voudrai pas de cet homme car je ne veux que ce que je ne peux pas avoir, comme vous par exemple, je vous veux parce je ne vous aurai jamais, c'est simple et sans issue, c'est dĂ©sespĂ©rĂ©ment logique, le dĂ©sir qui ne connaĂźt de rĂ©alitĂ© que lui-mĂȘme, et vous voyez bien que je mĂ©rite la mort pour cet entĂȘtement de rat qui ne sait pas rebrousser chemin, pour cet acharnement de bestiole aveugle qui finira par crever d'avoir trop avancĂ©, vous verrez bien, je mourrai de ce compromis que je ne veux pas faire, et tant pis pour tous les hommes sains et Ă©quilibrĂ©s qui m'aimeront et tant pis pour moi surtout qui en aimerai d'autres, on finit tous par mourir de la discordance de nos amours.
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Nelly Arcan (Putain)
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Mais il conviendrait d'ajouter que cet orgueil, cet absolu - sur le plan intellectuel, tout au moins - ne sont pas le fait d'une "classe" sociale particuliĂšre, comme on vient de le montrer. C'est la culture maternelle mĂȘme qui pĂȘche en Europe et fausse chez l'individu, dĂšs son enfance, sa conception du monde et de l'humanitĂ©. L'histoire et la civilisation commencent, pour lui, Ă  AthĂšnes, font un ricochet Ă  Rome, disparaissent soudain pendant plus d'un millĂ©naire, et reparaissent brusquement Ă  la Renaissance, Ă  Paris ou Ă  Londres. Avant AthĂšnes qu'y avait-il? Du vide. Entre Aristote et Descartes, qu'y a-t-il? Du vide. [...] C'est cette optique particuliĂšre qui fausse d'emblĂ©e l'humanisme occidental, qui fausse la politique europĂ©enne.
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Malek Bennabi Ù…Ű§Ù„Ùƒ ŰšÙ† Ù†ŰšÙŠ
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PrĂ©face J'aime l'idĂ©e d'un savoir transmis de maĂźtre Ă  Ă©lĂšve. J'aime l'idĂ©e qu'en marge des "maĂźtres institutionnels" que sont parents et enseignants, d'autres maĂźtres soient lĂ  pour dĂ©fricher les chemins de la vie et aider Ă  y avancer. Un professeur d'aĂŻkido cĂŽtoyĂ© sur un tatami, un philosophe rencontrĂ© dans un essai ou sur les bancs d'un amphi-thĂ©Ăątre, un menuisier aux mains d'or prĂȘt Ă  offrir son expĂ©rience... J'aime l'idĂ©e d'un maĂźtre considĂ©rant comme une chance et un honneur d'avoir un Ă©lĂšve Ă  faire grandir. Une chance et un honneur d'assister aux progrĂšs de cet Ă©lĂšve. Une chance et un honneur de participer Ă  son envol en lui offrant des ailes. Des ailes qui porteront l'Ă©lĂšve bien plus haut que le maĂźtre n'ira jamais. J'aime cette idĂ©e, j'y vois une des clefs d'un Ă©quilibre fondĂ© sur la transmission, le respect et l'Ă©volution. Je l'aime et j'en ai fait un des axes du "Pacte des MarchOmbres". Jilano, qui a Ă©tĂ© guidĂ© par EsĂźl, guide Ellana qui, elle-mĂȘme, guidera Salim... Transmission. Ellana, personnage ĂŽ combien essentiel pour moi (et pour beaucoup de mes lecteurs), dans sa complexitĂ©, sa richesse, sa volontĂ©, ne serait pas ce qu elle est si son chemin n avait pas croisĂ© celui de Jilano. Jilano qui a su dĂ©velopper les qualitĂ©s qu'il dĂ©celait en elle. Jilano qui l'a poussĂ©e, ciselĂ©e, enrichie, libĂ©rĂ©e, sans chercher une seule fois Ă  la modeler, la transformer, la contraindre. Respect. q Jilano, maĂźtre marchombre accompli. MaĂźtre accompli et marchombre accompli. Il sait ce qu'il doit Ă  EsĂźl qui l'a formĂ©. Il sait que sans elle, il ne serait jamais devenu l'homme qu'il est. L'homme accompli. Elle l'a poussĂ©, ciselĂ©, enrichi, libĂ©rĂ©, sans chercher une seule fois Ă  le modeler, le transformer, le contraindre. Respect. Évolution. EsĂźl, uniquement prĂ©sente dans les souvenirs de Jilano, ne fait qu'effleurer la trame du Pacte des Marchombres. Nul doute pourtant qu'elle soit parvenue Ă  faire dĂ©couvrir la voie Ă  Jilano et Ă  lui offrir un Ă©lan nĂ©cessaire pour qu'il y progresse plus loin qu'elle. Jilano agit de mĂȘme avec Ellana. Il sait, dĂšs le dĂ©part, qu'elle le distancera et attend ce moment avec joie et sĂ©rĂ©nitĂ©. Ellana est en train de libĂ©rer les ailes de Salim. Jusqu'oĂč s envolera-t-il grĂące Ă  elle ? J'aime cette idĂ©e, dans les romans et dans la vie, d’un maĂźtre transmettant son savoir Ă  un Ă©lĂšve afin qu a terme il le dĂ©passe. J'aime la gĂ©nĂ©rositĂ© qu'elle induit, la confiance qu'elle implique en la capacitĂ© des hommes Ă  s'amĂ©liorer. J'aime cette idĂ©e, mĂȘme si croiser un maĂźtre est une chance rare et mĂȘme s'il existe bien d'autres maniĂšres de prendre son envol. Lire. Écrire. S'envoler. Pierre Bottero
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Pierre Bottero (Ellana, l'Envol (Le Pacte des MarchOmbres, #2))
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Ce n'est certainement ni la premiĂšre ni la derniĂšre fois que la saga du xĂ©nomorphe fait l'objet d'un Ă©vĂ©nement de ce type. Mais cet hommage lyonnais revĂȘtait une saveur toute particuliĂšre, la citĂ© rhodanienne abritant depuis septembre la maquette motorisĂ©e originale restaurĂ©e de la « Alien queen », la reine Alien gĂ©ante imaginĂ©e par James Cameron pour Aliens : le retour en 1986.
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Anonymous
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Qu'est-ce que le roman, en effet, sinon cet univers oĂč l'action trouve sa forme, oĂč les mots de la fin sont prononcĂ©s, les ĂȘtres livrĂ©s aux ĂȘtres, oĂč toute vie prend le visage du destin. Le monde romanesque n'est que la correction de ce monde-ci, suivant le dĂ©sir profond de l'homme. Car il s'agit bien du mĂȘme monde. La souffrance est la mĂȘme, le mensonge et l'amour. Les hĂ©ros ont notre langage, nos faiblesses, nos forces. Leur univers n'est ni plus beau ni plus Ă©difiant que le nĂŽtre. Mais eux, du moins, courent jusqu'au bout de leur destin, et il n'est mĂȘme jamais de si bouleversants hĂ©ros que ceux qui vont jusqu'Ă  l'extrĂ©mitĂ© de leur passion.[...] Voici donc un monde imaginaire, mais crĂ©Ă© par la correction de celui-ci, un monde oĂč la douleur peut, si elle le veut, durer jusqu'Ă  la mort, oĂč les passions ne sont jamais distraites, oĂč les ĂȘtres sont livrĂ©s Ă  l'idĂ©e fixe et toujours prĂ©sents les uns aux autres. L'homme s'y donne enfin Ă  lui-mĂȘme la forme et la limite apaisante qu'il poursuit en vain dans sa condition. Le roman fabrique du destin sur mesure. C'est ainsi qu'il concurrence la crĂ©ation et qu'il triomphe, provisoirement, de la mort.
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Albert Camus (The Rebel)
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Je me mis dĂšs lors Ă  lire avec aviditĂ© et bientĂŽt la lecture fut ma passion. Tous mes nouveaux besoins, toutes mes aspirations rĂ©centes, tous les Ă©lans encore vagues de mon adolescence qui s’élevaient dans mon Ăąme d’une façon si troublante et qui Ă©taient provoquĂ©s par mon dĂ©veloppement si prĂ©coce, tout cela, soudainement, se prĂ©cipita dans une direction, parut se satisfaire complĂštement de ce nouvel aliment et trouver lĂ  son cours rĂ©gulier. BientĂŽt mon cƓur et ma tĂȘte se trouvĂšrent si charmĂ©s, bientĂŽt ma fantaisie se dĂ©veloppa si largement, que j’avais l’air d’oublier tout ce qui m’avait entourĂ©e jusqu’alors. Il semblait que le sort lui mĂȘme m’arrĂȘtĂąt sur le seuil de la nouvelle vie dans laquelle je me jetais, Ă  laquelle je pensais jour et nuit, et, avant de m’abandonner sur la route immense, me faisait gravir une hauteur d’oĂč je pouvais contempler l’avenir dans un merveilleux panorama, sous une perspective brillante, ensorcelante. Je me voyais destinĂ©e Ă  vivre tout cet avenir en l’apprenant d’abord par les livres ; de vivre dans les rĂȘves, les espoirs, la douce Ă©motion de mon esprit juvĂ©nile. Je commençai mes lectures sans aucun choix, par le premier livre qui me tomba sous la main. Mais, le destin veillait sur moi. Ce que j’avais appris et vĂ©cu jusqu’à ce jour Ă©tait si noble, si austĂšre, qu’une page impure ou mauvaise n’eĂ»t pu dĂ©sormais me sĂ©duire. Mon instinct d’enfant, ma prĂ©cocitĂ©, tout mon passĂ© veillaient sur moi ; et maintenant ma conscience m’éclairait toute ma vie passĂ©e. En effet, presque chacune des pages que je lisais m’était dĂ©jĂ  connue, semblait dĂ©jĂ  vĂ©cue, comme si toutes ces passions, toute cette vie qui se dressaient devant moi sous des formes inattendues, en des tableaux merveilleux, je les avais dĂ©jĂ  Ă©prouvĂ©es. Et comment pouvais-je ne pas ĂȘtre entraĂźnĂ©e jusqu’à l’oubli du prĂ©sent, jusqu’à l’oubli de la rĂ©alitĂ©, quand, devant moi dans chaque livre que je lisais, se dressaient les lois d’une mĂȘme destinĂ©e, le mĂȘme esprit d’aventure qui rĂšgnent sur la vie de l’homme, mais qui dĂ©coulent de la loi fondamentale de la vie humaine et sont la condition de son salut et de son bonheur ! C’est cette loi que je soupçonnais, que je tĂąchais de deviner par toutes mes forces, par tous mes instincts, puis presque par un sentiment de sauvegarde. On avait l’air de me prĂ©venir, comme s’il y avait en mon Ăąme quelque chose de prophĂ©tique, et chaque jour l’espoir grandissait, tandis qu’en mĂȘme temps croissait de plus en plus mon dĂ©sir de me jeter dans cet avenir, dans cette vie. Mais, comme je l’ai dĂ©jĂ  dit, ma fantaisie l’emportait sur mon impatience, et, en vĂ©ritĂ©, je n’étais trĂšs hardie qu’en rĂȘve ; dans la rĂ©alitĂ©, je demeurais instinctivement timide devant l’avenir.
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Fyodor Dostoevsky (Netochka Nezvanova)
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contredisez sans cesse cet esprit de nouveautĂ© et de changement, jusque dans les petites choses; laissez pendre sur vos murs les tapisseries enfumĂ©es de vos aĂŻeux; chargez vos tables de leur pesante argenterie. Vous dites: ‘Mon pĂšre est mort dans cette maison, il faut que je la vende !’ AnathĂšme sur ce sophisme de l’insensibilitĂ© ! dites au contraire : ‘Il y est mort, je ne puis plus la vendre’.
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Joseph de Maistre
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Moi je vole, je plane, tandis qu'il y a pleins de gens qui sont morts de l'interieur. [
] L'argent qu'ils gagnent, ils le dépensent dans une télévision neuve, alors que l'ancienne marche encore, dans une nouvelle voiture, parce que la précédente est trop vielle, ou dans des vacances pour se distraire et oublier cet affreux boulot qu'ils sont obligés de faire parce qu'ils ont besoin de cet argent

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Melvin Burgess
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Alors qu'on prĂ©parait la ciguĂ«, Socrate Ă©tait en train d'apprendre un air de flĂ»te. "Ă  quoi bon cela te servira-t-il ? lui demande-t-on. — À savoir cet air avant de mourir." Si j'ose rappeler cette rĂ©ponse trivialisĂ©e par les manuels, c'est parce qu'elle me paraĂźt l'unique justification sĂ©rieuse de toute volontĂ© de connaĂźtre, qu'elle s'exerce au seuil de la mort ou Ă  n'importe quel autre moment.
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Emil M. Cioran
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Pourquoi ne l'as-tu pas tuĂ© ? me demanda-t-elle. – Il n'y a pas de fatalitĂ©. J'en suis la preuve vivante, et je me sens pareil Ă  cet enfant par les origines. De mĂȘme que je ne puis avoir la certitude d'ĂȘtre le maĂźtre absolu de la destinĂ©e d'Arthur, tu ne peux non plus espĂ©rer contrĂŽler totalement le devenir de ton fils. Ainsi il n'y a pas de fatalitĂ© ni dans la crĂ©ation ni dans la destruction, car deux choses Ă©chappent aux calculs les plus subtils de la prĂ©voyance : l'Ăąme et le hasard. Et mĂȘme si tu parviens Ă  faire de cet ĂȘtre un instrument parfait au service de ta haine de l'homme, il ne pourra nuire que si Arthur et ses pairs de la Table Ronde montrent folie ou faiblesse. Et s'ils sont fous ou faibles, qu'importe la cause de leur ruine, car le coupable ne sera pas toi, ni ton fils, mais eux-mĂȘmes.
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Michel Rio (Merlin)
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Entre rois, entre peuples, entre particuliers, le plus fort se done des droits sur le plus faible, et la mĂȘme rĂšgle est suivie par les animaux, par la matiĂšre, par les ĂšlĂšments, etc., de sorte que tout s'exĂšcute dans l'univers par la violence; et cet ordre, que nous blĂąmons avec quelque apparance de justice, est la loi la plus gĂšnĂšrale, la plus absolue, la plus immuable, et la plus ancienne de la nature.
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Luc de Clapiers de Vauvenargues (RĂ©flexions et Maximes)
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Je me suis figurĂ© qu’une femme devait faire plus de cas de son Ăąme que de son corps, contre l’usage gĂ©nĂ©ral qui veut qu’elle permette qu’on l’aime avant d’avouer qu’elle aime, et qu’elle abandonne ainsi le trĂ©sor de son coeur avant de consentir Ă  la plus lĂ©gĂšre prise sur celui de sa beautĂ©. J’ai voulu, oui, voulu absolument tenter de renverser cette marche uniforme ; la nouveautĂ© est ma rage. Ma fantaisie et ma paresse, les seuls dieux dont j’aie jamais encensĂ© les autels, m’ont vainement laissĂ© parcourir le monde, poursuivi par ce bizarre dessein ; rien ne s’offrait Ă  moi. Peut-ĂȘtre je m’explique mal. J’ai eu la singuliĂšre idĂ©e d’ĂȘtre l’époux d’une femme avant d’ĂȘtre son amant. J’ai voulu voir si rĂ©ellement il existait une Ăąme assez orgueilleuse pour demeurer fermĂ©e lorsque les bras sont ouverts, et livrer la bouche Ă  des baisers muets ; vous concevez que je ne craignais que de trouver cette force Ă  la froideur. Dans toutes les contrĂ©es qu’aime le soleil, j’ai cherchĂ© les traits les plus capables de rĂ©vĂ©ler qu’une Ăąme ardente y Ă©tait enfermĂ©e : j’ai cherchĂ© la beautĂ© dans tout son Ă©clat, cet amour qu’un regard fait naĂźtre ; j’ai dĂ©sirĂ© un visage assez beau pour me faire oublier qu’il Ă©tait moins beau que l’ĂȘtre invisible qui l’anime ; insensible Ă  tout, j’ai rĂ©sistĂ© Ă  tout,... exceptĂ© Ă  une femme, – Ă  vous, Laurette, qui m’apprenez que je me suis un peu mĂ©pris dans mes idĂ©es orgueilleuses ; Ă  vous, devant qui je ne voulais soulever le masque qui couvre ici-bas les hommes qu’aprĂšs ĂȘtre devenu votre Ă©poux. – Vous me l’avez arrachĂ©, je vous supplie de me pardonner, si j’ai pu vous offenser. ( Le prince )
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Alfred de Musset (La nuit vénitienne)
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Que se serait-il passĂ© ? Lol ne va pas loin dans l'inconnu sur lequel s'ouvre cet instant. Elle ne dispose d'aucun souvenir mĂȘme imaginaire, elle n'a aucune idĂ©e sur cet inconnu. Mais ce qu'elle croit, c'est qu'elle devait y pĂ©nĂ©trer, que c'Ă©tait ce qu'il lui fallait faire, que ç'aurait Ă©tĂ© pour toujours, pour sa tĂȘte et pour son corps, leur plus grande douleur et leur plus grande joie confondues jusque dans leur dĂ©finition devenue unique mais innommable faute d'un mot. J'aime Ă  croire, comme je l'aime, que si Lol est silencieuse dans la vie c'est qu'elle a cru, l'espace d'un Ă©clair, que ce mot pouvait exister. Faute de son existence, elle se tait. Ç'aurait Ă©tĂ© un mot-absence, un mot-trou, creusĂ© en son centre d'un trou, de ce trou oĂč tous les autres mots auraient Ă©tĂ© enterrĂ©s. On n'aurait pas pu le dire mais on aurait pu le faire rĂ©sonner. Immense, sans fin, un gong vide, il aurait retenu ceux qui voulaient partir, il les aurait convaincus de l'impossible, il les aurait assourdis Ă  tout autre vocable que lui-mĂȘme, en une fois il les aurait nommĂ©s, eux, l'avenir et l'instant. Manquant, ce mot, il gĂąche tous les autres, les contamine, c'est aussi le chien mort de la plage en plein midi, ce trou de chair.
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Marguerite Duras (The Ravishing of Lol Stein)
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A tout le monde: la Société protectrice des animaux... La Faim dans le monde... Le Secours Catholique... Sans compter les paysans par là autour... qui sont pendus au Crédit Agricole... Je donne des sous aux marginaux... Je paye du hasch aux hippies... Enfin tout quoi... Je donne, je donne... Chantesprit et maßtre Armoise, la bouche ouverte, regardaient couler tout cet argent par la parole de cet homme qui n'avait pas sur lui pour cent francs de hardes.
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Pierre Magnan
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Une trĂšs jolie jeune fille, traitĂ©e avec des Ă©gards constants et des attentions dĂ©mesurĂ©es par l'ensemble de la population masculine, y compris par ceux - l'immense majoritĂ© - qui n'ont plus aucun espoir d'en obtenir une faveur d'ordre sexuel, et mĂȘme Ă  vrai dire tout particuliĂšrement par eux, avec une Ă©mulation abjecte confinant chez certains quinquagĂ©naires au gĂątisme pur et simple, une trĂšs jolie jeune fille devant qui tous les visages s'ouvrent, toutes les difficultĂ©s s'aplanissent, accueillie partout comme si elle Ă©tait la reine du monde, devient naturellement une espĂšce de monstre d'Ă©goĂŻsme et de vanitĂ© autosatisfaite. La beautĂ© physique joue ici exactement Ie mĂȘme rĂŽle que la noblesse de sang sous l'Ancien RĂ©gime, et la brĂšve conscience qu'elles pourraient prendre Ă  l'adolescence de l'origine purement accidentelle de leur rang cĂšde rapidement la place chez la plupart des trĂšs jolies jeunes filles Ă  une sensation de supĂ©rioritĂ© innĂ©e, naturelle, instinctive, qui les place entiĂšrement en dehors, et largement au-dessus du reste de l'humanitĂ©. Chacun autour d'elle n'ayant pour objectif que de lui Ă©viter toute peine, et de prĂ©venir Ie moindre de ses dĂ©sirs, c'est tout uniment (sic) qu'une trĂšs jolie jeune fille en vient Ă  considĂ©rer Ie reste du monde comme composĂ© d'autant de serviteurs, elle-mĂȘme n'ayant pour seule tĂąche que d'entretenir sa propre valeur Ă©rotique - dans l'attente de rencontrer un garçon digne d'en recevoir l'hommage. La seule chose qui puisse la sauver sur le plan moral, c'est d'avoir la responsabilitĂ© concrĂšte d'un ĂȘtre plus faible, d'ĂȘtre directement et personnellement responsable de la satisfaction de ses besoins physiques, de sa santĂ©, de sa survie - cet ĂȘtre pouvant ĂȘtre un frĂšre ou une soeur plus jeune, un animal domestique, peu importe. (La possibilitĂ© d'une Ăźle, Daniel 1,15)
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Michel Houellebecq
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Songez Ă  la ruse de la mer et Ă  la maniĂšre dont ses crĂ©atures les plus redoutables glissent sous l’eau, Ă  peu prĂšs invisibles, traĂźtreusement cachĂ©es par les plus suaves tons d’azur. Songez Ă  la beautĂ© et Ă  l’éclat satanique de ses plus impitoyables tribus, Ă  la forme exquise de certains requins. Songez au cannibalisme universel qui rĂšgne dans la mer oĂč les crĂ©atures de proie s’entre-dĂ©vorent, menant une guerre Ă©ternelle depuis l’origine du monde. Songez Ă  tout cela et tournez alors vos regards vers cette terre aimable et verte infiniment docile, songez Ă  l’OcĂ©an et Ă  la terre, ne retrouvez-vous pas en vous-mĂȘme leurs pareils ? Car de mĂȘme que cet ocĂ©an de terreur entoure les verts continents, de mĂȘme l’ñme de l’homme enferme une Tahiti, Ăźle de paix et de joie, cernĂ©e par les horreurs sans nombre d’une vie Ă  demi inconnue. Que Dieu te garde ! Ne pousse pas au large de cette Ăźle, tu n’y pourrais jamais revenir !
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Herman Melville (Moby Dick)
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Les moments significatifs de la vie sont parfois les plus courts. Telle la seconde d'un flash qui Ă  jamais immortalise un instant et transforme le fugace en impĂ©rissable. TĂŽt ou tard, la photographie jaunie et racornie de cet instant se substitue au souvenir d'une pĂ©riode. Plus encore, elle devient la loupe Ă  travers laquelle on observe cette pĂ©riode, et la dĂ©forme. Dans mon souvenir, le reste de ma vie est une crĂ©ation de cet instant prĂ©cis oĂč j'ai posĂ© les yeux sur lui.
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Ryad Assani-Razaki (La main d'Iman)
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Je n'allume plus jamais ce poste recouvert d'un plastique jaune que l'on m'apporté avec une fausse magnanimité. J'ai trop peur de saisir cette voix chaude et tendre, trop peur de l'imaginer derriÚre les murs gris de cet hÎpital sinistre. [I will never again turn on this yellow plastic-covered radio that was given to me with fake generosity. I'm too afraid of encountering that warm, gentle voice, too afraid of imagining it behind the grey walls of this sinister hospital.]
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Valérie ValÚre (Le Pavillon des enfants fous)
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J'appelle "sociĂ©tĂ© de provocation" toute sociĂ©tĂ© d'abondance et en expansion Ă©conomique qui se livre Ă  l'exhibitionnisme constant de ses richesses et pousse Ă  la consommation et Ă  la possession par la publicitĂ©, les vitrines de luxe, les Ă©talages allĂ©chants, tout en laissant en marge une fraction importante de la population qu'elle provoque Ă  l'assouvissement de ses besoins rĂ©els ou artificiellement crĂ©Ă©s, en mĂȘme temps qu'elle lui refuse les moyens de satisfaire cet appĂ©tit. (...)
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Romain Gary (White Dog)
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- Eh bien, monsieur le naturaliste, demanda le Canadien d’un ton lĂ©gĂšrement goguenard, et cette MĂ©diterranĂ©e? - Nous flottons Ă  sa surface, ami Ned. - Hein! Fit Conseil, cette nuit mĂȘme?... - Oui, cette nuit mĂȘme, en quelques minutes, nous avons franchi cet isthme infranchissable. - Je n’en crois rien, rĂ©pondit le Canadien. - Et vous avez tort, maĂźtre Land, repris-je. Cette cĂŽte basse qui s’arrondit vers le sud est la cĂŽte Ă©gyptienne. - À d’autres, monsieur, rĂ©pliqua l’entĂȘtĂ© Canadien.
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Jules Verne (Vingt mille lieues sous les mers : tome 2)
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L'un des privilĂšges de l'Ă©criture, pour moi en tout cas, est d'Ă©crire ce qui me passe par la tĂȘte, comme je le fais maintenant. Mais, quand je dis " ce qui me passe par la tĂȘte", je ne veux pas dire que c'est dĂ©sordonnĂ©. Le processus d'Ă©crire est trĂšs mystĂ©rieux. Mais ce qui est sĂ»r, c'est qu'il n'est pas dĂ©sordonnĂ©. Il obĂ©it Ă  un ordre qui n'est pas celui du lecteur, c'est tout. Souvent, dans certains genres d'Ă©critures, les plus intĂ©ressantes selon moi, cet ordre Ă©chappe Ă  l'auteur aussi.
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Fatema Mernissi (L'Amour dans les pays musulmans : A travers le miroir des textes anciens)
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« On ne raconte pas aux enfants ce qui s'est passé avant eux. d'abord ils sont trop petits pour comprendre, ensuite ils sont trop grands pour écouter, puis ils n'ont plus le temps, aprÚs c'est trop tard. C'et le propre de la vie de famille. On vit cÎte à cÎte comme si on se connaissait mais on ignore tout les uns des autres. On espÚre des miracles de notre consanguinité : des harmonies impossibles, des confidences absolues, des fusions viscérales. On se contente du mensonge rassurant de notre parenté. »
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Jean-Michel Guenassia
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J’aime beaucoup les cimetiĂšres, moi, ça me repose et me mĂ©lancolise j’en ai besoin. Et puis, il y a aussi de bons amis lĂ  dedans, de ceux qu’on ne va plus voir ; et j’y vais encore, moi, de temps en temps. Justement, dans ce cimetiĂšre Montmartre, j’ai une histoire de cƓur, une maĂźtresse qui m’avait beaucoup pincĂ©, trĂšs Ă©mu, une charmante petite femme dont le souvenir, en mĂȘme temps qu’il me peine Ă©normĂ©ment, me donne des regrets
 des regrets de toute nature. Et je vais rĂȘver sur sa tombe
 C’est fini pour elle. Et puis, j’aime aussi les cimetiĂšres, parce que ce sont des villes monstrueuses, prodigieusement habitĂ©es. Songez donc Ă  ce qu’il y a de morts dans ce petit espace, Ă  toutes les gĂ©nĂ©rations de Parisiens qui sont logĂ©s lĂ , pour toujours, troglodytes dĂ©finitifs enfermĂ©s dans leurs petits caveaux, dans leurs petits trous couverts d’une pierre ou marquĂ©s d’une croix, tandis que les vivants occupent tant de place et font tant de bruit, ces imbĂ©ciles. Me voici donc entrant dans le cimetiĂšre Montmartre, et tout Ă  coup imprĂ©gnĂ© de tristesse, d’une tristesse qui ne faisait pas trop, de mal, d’ailleurs, une de ces tristesses qui vous font penser, quand on se porte bien : « Ça n’est pas drĂŽle, cet endroit-lĂ , mais le moment n’en est pas encore venu pour moi
 » L’impression de l’automne, de cette humiditĂ© tiĂšde qui sent la mort des feuilles et le soleil affaibli, fatiguĂ©, anĂ©mique, aggravait en la poĂ©tisant la sensation de solitude et de fin dĂ©finitive flottant sur ce lieu, qui sent la mort des hommes.
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Guy de Maupassant (La Maison Tellier)
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Modern civilization seems to be incapable of producing people endowed with imagination, intelligence, and courage. In practically every country there is a decrease in the intellectual and moral caliber of those who carry the responsibility of public affairs. The financial, industrial, and commercial organizations have reached a gigantic size. They are influenced not only by the conditions of the country where they are established, but also by the state of the neighboring countries and of the entire world. In all nations, economic and social conditions undergo extremely rapid changes. Nearly everywhere the existing form of government is again under discussion. The great democracies find themselves face to face with formidable problems--problems concerning their very existence and demanding an immediate solution. And we realize that, despite the immense hopes which humanity has placed in modern civilization, such a civilization has failed in developing men of sufficient intelligence and audacity to guide it along the dangerous road on which it is stumbling. Human beings have not grown so rapidly as the institutions sprung from their brains. It is chiefly the intellectual and moral deficiencies of the political leaders, and their ignorance, which endanger modern nations.
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Alexis Carrel (L'homme cet inconnu)
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C'est fini. J'ai renoncĂ©. Je ne pouvais plus. Je crois que nous en sommes venus Ă  nous dĂ©tester. Ne plus avoir de vie. La routine, l'affreuse routine, la certitude de nous rĂ©veiller chaque jour cĂŽte Ă  cĂŽte, errer de conserve, l'ennui... Tenter de tromper cet ennui en nous abrutissant de substances, se dĂ©foncer pour qu'il y ait quelque chose entre nous qui ne soit pas notre "amour", s'y raccrocher pour Ă©chapper Ă  l'autre, haĂŻr l'autre d'ĂȘtre toujours lĂ , tout en craignant qu'il parte... Partir avant. C'est fini.
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Lolita Pille
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une ambiologie, c’est un espace, mais cet espace n’est pas nu; il n’est pas exempt de signes, de reprĂ©sentations plastiques qui permettent la configuration d’un habitat. Une ambiologie, ce n’est pas par ailleurs un cadre bĂąti, un espace mis en valeur par le biais de bĂątiments, de squares ou de parcs, d’immeubles Ă  valeur patrimoniale. Sous sa forme la plus prĂ©cise, l’ambiologie dĂ©signe les turbulences Ă©motionnelles qui nous font habiter dans l’espace, qui nous font ĂȘtre sujets d’un espace contenant ou, si l’on veut, matriciel.
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Anonymous
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Les jeunes filles d’aujourd’hui Ă©taient plus avisĂ©es et plus rationnelles. Elles se prĂ©occupaient avant tout de leur rĂ©ussite scolaire, tĂąchaient avant tout de s’assurer un avenir professionnel dĂ©cent. Les sorties avec les garçons n’étaient pour elles qu’une activitĂ© de loisirs, un divertissement oĂč intervenaient Ă  parts plus ou moins Ă©gales le plaisir sexuel et la satisfaction narcissique. Par la suite elles s’attachaient Ă  conclure un mariage raisonnĂ©, sur la base d’une adĂ©quation suffisante des situations socio-professionnelles et d’une certaine communautĂ© de goĂ»ts. Bien entendu elles se coupaient ainsi de toute possibilitĂ© de bonheur – celui-ci Ă©tant indissociable d’états fusionnels et rĂ©gressifs incompatibles avec l’usage pratique de la raison – mais elles espĂ©raient ainsi Ă©chapper aux souffrances sentimentales et morales qui avaient torturĂ© leurs devanciĂšres. Cet espoir Ă©tait d’ailleurs rapidement déçu, la disparition des tourments passionnels laissait en effet le champ libre Ă  l’ennui, Ă  la sensation de vide, Ă  l’attente angoissĂ©e du vieillissement et de la mort.
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Michel Houellebecq (The Elementary Particles)
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Notre rire est toujours le rire d'un groupe. Il vous est peut-ĂȘtre arrivĂ©, en wagon ou Ă  une table d'hĂŽte, d'entendre des voyageurs se raconter des histoires qui devaient ĂȘtre comiques pour eux puisqu'ils riaient de bon cƓur. Vous auriez ri comme eux si vous eussiez Ă©tĂ© de leur sociĂ©tĂ©. Mais n'en Ă©tant pas, vous n'aviez aucune envie de rire. Un homme, Ă  qui l'on demandait pourquoi il ne pleurait pas Ă  un sermon oĂč tout le monde versait des larmes, rĂ©pondit : "Je ne suis pas de la paroisse". Ce que cet homme pensait des larmes serait bien plus vrai du rire.
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Henri Bergson
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Ma langue maternelle fut une langue infirme. Ce patois judĂ©o-arabe de Tunis, truffĂ© de mots hĂ©breux, italiens, français, mal compris des Musulmans, totalement ignorĂ© des autres, m'abondonnais dĂšs que je quittais les ruelles du ghetto. Au-delĂ  des Ă©motions simples, du boire et du manger, dans cet univers politique, technique et intellectuel que je rĂȘvais de conquĂ©rir, il perdait tout efficacitĂ©. Par bonheur, l'Ă©cole primaire me fit don du français. C'Ă©tait un cadeau intimidant, exigeant et difficile Ă  manier; c'Ă©tait en outre la langue du Colonisateur. Mais prĂ©cisĂ©ment, ce superbe instrument, magnifiquement au point, exprimait tout et ouvrait toutes les portes. Le degrĂ© de culture, le prestige intellectuel, la rĂ©ussite sociale se mesurait Ă  l'assurance dans le maniement de la langue du vainqueur. J'acceptai joyeusement le pari et l'enjeu: avec ma mĂšre, qui ne comprenait pas le français,je parlerais la langue de mon enfance; dans la rue, dans ma profession, je serais un Occidental. C'Ă©tait affaire d'organisation intĂ©rieure. AprĂšs tout, je ne serais pas le seul homme sur terre Ă  ne pas connaitre une parfaite unitĂ©.
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Albert Memmi (La libération du Juif)
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Eh bien, monsieur de Rastignac, traitez ce monde comme il mĂ©rite de l'ĂȘtre. Vous voulez parvenir, je vous aiderai. Vous sonderez combien est profonde la corruption fĂ©minine, vous toiserez la largeur de la misĂ©rable vanitĂ© des hommes. Quoique j'aie bien lu dans ce livre du monde, il y avait des pages qui cependant m'Ă©taient inconnues. Maintenant je sais tout. Plus froidement vous calculerez, plus avant vous irez. Frappez sans pitiĂ©, vous serez craint. N'acceptez les hommes et les femmes que comme des chevaux de poste que vous laisserez crever Ă  chaque relais, vous arriverez ainsi au faĂźte de vos dĂ©sirs. Voyez-vous, vous ne serez rien ici si vous n'avez pas une femme qui s'intĂ©resse Ă  vous. Il vous la faut jeune, riche, Ă©lĂ©gante. Mais si vous avez un sentiment vrai, cachez-le comme un trĂ©sor ; ne le laissez jamais soupçonner, vous seriez perdu. Vous ne seriez plus le bourreau, vous deviendriez la victime. Si jamais vous aimiez, gardez bien votre secret ! ne le livrez pas avant d'avoir bien su Ă  qui vous ouvrirez votre cƓur. Pour prĂ©server par avance cet amour qui n'existe pas encore, apprenez Ă  vous mĂ©fier de ce monde-ci...
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Honoré de Balzac (PÚre Goriot)
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« — Tu as entendu parler de Marcion, Martin ? Marcion Ă©tait un chrĂ©tien qui vivait il y a mille huit cents ans Ă  Rome. En regardant autour de lui, en regardant cet univers traversĂ© de souffrances, de massacres, de maladies, de guerres et de violence, Marcion l’hĂ©rĂ©tique en conclut que le Dieu qui avait crĂ©Ă© tout ça ne pouvait pas ĂȘtre bon, que le mal Ă©tait une composante de sa crĂ©ation. Les scĂ©naristes de la chrĂ©tientĂ© trouvĂšrent un rebondissement assez vaseux pour rĂ©pondre Ă  la question du mal : ils inventĂšrent Lucifer. Mais la version de Marcion Ă©tait bien meilleure : Dieu est responsable du mal comme de tout le reste, il est responsable de la maladie de Gustav aussi. Non seulement le mal fait partie de sa crĂ©ation, mais il en est un des leviers. C’est grĂące Ă  la violence et au conflit que la crĂ©ation Ă©volue vers des formes toujours supĂ©rieures. Regarde Rome. Selon Plutarque, Jules CĂ©sar a pris plus de huit cents villes, soumis trois cents nations, fait un million de prisonniers et tuĂ© un autre million de ses ennemis. Rome Ă©tait une sociĂ©tĂ© vicieuse, avec un goĂ»t certain pour la cruautĂ©. Pourtant, son ascension a permis au monde d’évoluer[
] »
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Bernard Minier
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Je ris, Caesonia, quand je pense que, pendant des annĂ©es, Rome tout entiĂšre a Ă©vitĂ© de prononcer le nom de Drusilla. Car Rome s'est trompĂ©e pendant des annĂ©es. L'amour ne m'est pas suffisant, c'est cela que j'ai compris alors. C'est cela que je comprends aujourd'hui encore, en te regardant. Aimer un ĂȘtre, c'est accepter de vieillir avec lui. Je ne suis pas capable de cet amour. Drusilla vieille, c'Ă©tait bien pis que Drusilla morte. On croit qu'un homme souffre parce que l'ĂȘtre qu'il aime meurt en un jour. Mais sa vraie souffrance est moins futile : c'est de s'apercevoir que le chagrin non plus ne dure pas. MĂȘme la douleur est privĂ©e de sens. Tu vois, je n'avais pas d'excuses, pas mĂȘme l'ombre d'un amour, ni l'amertume de la mĂ©lancolie. Je suis sans alibi. Mais aujourd'hui, me voilĂ  encore plus libre qu'il y a des an-nĂ©es, libĂ©rĂ© que je suis du souvenir et de l'illusion. (Il rit d'une façon passionnĂ©e.) Je sais que rien ne dure ! Savoir cela ! Nous sommes deux ou trois dans l'histoire Ă  en avoir fait vraiment l'expĂ©rience, accompli ce bonheur dĂ©ment. Ceasonia, tu as suivi jusqu'au bout une bien curieuse tragĂ©die. Il est temps que pour toi le rideau se baisse.
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Albert Camus (Caligula)
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Ceux qui arriveront Ă  vaincre tous ces obstacles, et Ă  triompher de l’hostilitĂ© d’un milieu opposĂ© Ă  toute spiritualitĂ©, seront sans doute peu nombreux ; mais, encore une fois, ce n’est pas le nombre qui importe, car nous sommes ici dans un domaine dont les lois sont tout autres que celles de la matiĂšre. Il n’y a donc pas lieu de dĂ©sespĂ©rer ; et, n’y eĂ»t-il mĂȘme aucun espoir d’aboutir Ă  un rĂ©sultat sensible avant que le monde moderne ne sombre dans quelque catastrophe, ce ne serait pas encore une raison valable pour ne pas entreprendre une Ɠuvre dont la portĂ©e rĂ©elle s’étend bien au-delĂ  de l’époque actuelle. Ceux qui seraient tentĂ©s de cĂ©der au dĂ©couragement doivent penser que rien de ce qui est accompli dans cet ordre ne peut jamais ĂȘtre perdu, que le dĂ©sordre, l’erreur et l’obscuritĂ© ne peuvent l’emporter qu’en apparence et d’une façon toute momentanĂ©e, que tous les dĂ©sĂ©quilibres partiels et transitoires doivent nĂ©cessairement concourir au grand Ă©quilibre total, et que rien ne saurait prĂ©valoir finalement contre la puissance de la vĂ©ritĂ© ; leur devise doit ĂȘtre celle qu’avaient adoptĂ©e autrefois certaines organisations initiatiques de l’Occident : Vincit omnia Veritas.
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René Guénon (The Crisis of the Modern World)
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Le touriste [...] paraĂźt s'engager toujours plus sur cette voie expĂ©rimentale : inscrire toujours davantage sa pratique du voyage dans une aventure symbolique, dans "l'intensitĂ© d'une fiction", oĂč s'enchaĂźnent les sĂ©quences essentielles d'un scĂ©nario initiatique : histoire d'un sujet qui se transforme, et oĂč se succĂšdent effectivement, Ă  travers le dĂ©part, l'exploration et le retour, ces phases rituelles bien connues des ethnologues : sĂ©paration, initiation et rĂ©intĂ©gration. Bien des activitĂ©s touristiques contemporaines peuvent ĂȘtre reconsidĂ©rĂ©es sous cet angle, notamment comme "rites de passage".
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Jean-Didier Urbain (L'idiot Du Voyage: Histoires De Touristes)
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Il y a cette brĂ»lure de ne rien ĂȘtre autorisĂ© Ă  dire, de devoir tout taire, et cette question terrible, cet abĂźme sous les pieds  : si on n'en parle pas, comment prouver que ça existe  ? Un jour, quand l'histoire sera terminĂ©e, puisqu'elle se terminera, nul ne pourra tĂ©moigner qu'elle a eu lieu. L'un des protagonistes (lui) pourra aller jusqu'Ă  la nier, s'il le souhaite, jusqu'Ă  s'insurger qu'on puisse inventer pareilles sornettes. L'autre (moi) n'aura que sa parole, elle ne pĂšserait pas lourd. Cette parole n'adviendra jamais. Non, je n'ai jamais parlĂ©. Sauf aujourd'hui. Dans ce livre. Pour la premiĂšre fois.
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Philippe Besson (" ArrĂȘte avec tes mensonges ")
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J'essayais de me raisonner : je me sentais la volontĂ© bien ferme de ne point avoir peur, mais il y avait en moi autre chose que ma volontĂ©, et cette autre chose avait peur. Je me demandai ce que je pouvais redouter ; mon moi brave railla mon moi poltron , et jamais aussi bien que ce jour-lĂ  je ne saisis l'opposition des deux ĂȘtres qui sont en nous, l'un voulant, l'autre rĂ©sistant, et chacun l'emportant tour Ă  tour. Cet effroi bĂȘte et inexplicable grandissait toujours et devenait de la terreur. Je demeurais immobile, les yeux ouverts, l'oreille tendue et attendant. Quoi ? Je n'en savais rien, mais ce devait ĂȘtre terrible.
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Guy de Maupassant
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(...) cet espoir se dilua dans le gris qui paraissait attrister mĂȘme les arbres de la rue Custine, engoncĂ©s dans leurs grilles de fonte, cette limitation si parisienne Ă  l'acharnement vĂ©gĂ©tal (rien ne reprĂ©sente plus l'esprit moderne que cette Ă©trange idĂ©e, la grille d'arbre. On a beau vous persuader que ces imposants morceaux de ferraille sont lĂ  pour protĂ©ger le marronnier ou le platane, pour leur bien, pour Ă©viter qu'on ne nuise Ă  leurs racines, il n'existe pas, je crois, de reprĂ©sentation plus terrible de la lutte Ă  mort entre la ville et la nature, ni de signe plus Ă©loquent de la victoire de la premiĂšre sur la seconde)
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Mathias Énard (Boussole)
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N'en dĂ©plaise aux bĂȘtifications des nouveaux adultes occidentaux, n'en dĂ©plaise Ă  cette nouvelle religion - la seule, au fond, qui tienne et fasse mĂȘme l'unanimitĂ© - selon laquelle l'enfance, en tant que telle, serait pure, sainte, source de vĂ©ritĂ©, de beautĂ©, de morale, on peut ĂȘtre un enfant et ĂȘtre un monstre. Alors, d'accord pour la cause des enfants suppliciĂ©s. D'accord pour, Ă  l'Onu et ailleurs, lancer des actions en vue de tirer le maximum d'enfants de cet enfer que sont les guerres. Mais pas d'accord pour alimenter Ă  travers ces actions le vieux prĂ©jugĂ© de l'enfance innocente et sacrĂ©s. (ch. 19 La nuit des enfants-soldats
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Bernard-Henri LĂ©vy (War, Evil and the End of History)
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Je sentis que le seul homme avec qui je pouvais parler sur cet objet, sans me compromettre, Ă©tait mon Contesseur. AussitĂŽt je pris mon parti; je surmontai ma petite honte; et me vantant d'une faute que je n'avais pas commise, je m'accusai d'avoir fait tout ce que font les femmes. Ce fut mon expression; mais en parlant ainsi je ne savais en vĂ©ritĂ© quelle idĂ©e j'exprimais. Mon espoir ne fut ni tout Ă  fait trompĂ©, ni entiĂšrement rempli; la crainte de me trahir m'empĂȘchait de m'Ă©clairer : mais le bon PĂšre me fit le mal si grand que j'en conclus que le plaisir devait ĂȘtre extrĂȘme; et au dĂ©sir de le connaitre succĂ©da celui de le goĂ»ter.
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Pierre Choderlos de Laclos (Les Liaisons dangereuses)
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Le fait de ne pas prolonger l’expĂ©rience amoureuse n’est pas un critĂšre de validitĂ© en soi. Dans la rencontre attentionnĂ©e avec l’autre, l’individu est Ă©lectrisĂ©. Dans la rencontre de deux corps s’exalte une sensation de vie intense. Aussi la passion n’est-elle pas toujours liĂ©e Ă  la suite de l’évĂ©nement : il est frĂ©quent de rencontrer sensuellement quelqu’un sans vivre ensuite avec lui. Il faut disjoindre la grĂące de la rencontre, qui est Ă©blouissement rĂ©ciproque, des suites d’une relation. Deux ĂȘtres peuvent s’estimer trop diffĂ©rents, trop Ă©loignĂ©s, pour dĂ©cider de former une relation durable, malgrĂ© un Ă©change merveilleux. Les partenaires savent que, « sans lendemain », cet Ă©change se suffit Ă  lui-mĂȘme, qu’il procure une Ă©nergie fabuleuse. C’est nĂ©anmoins un moment magique. « Une voluptĂ© vraie est aussi difficile Ă  rĂ©ussir qu’un mariage d’amour », estime Vladimir JankĂ©lĂ©vitch (1949). Il ne s’agit pas de ce que l’on appelle communĂ©ment l’état amoureux, aussi cette forme de relation est toujours niĂ©e, vulgarisĂ©e, ramenĂ©e Ă  un Ă©change libertin, de pur sexe, instrumental, intĂ©ressĂ©, etc. Pourtant l’apport Ă©motionnel, sensuel, Ă©nergĂ©tique, affectif, amoureux peut avoir des rĂ©percussions plus grandes dans l’histoire de vie de la personne que des annĂ©es de vie conjugale.
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Serge Chaumier (L'amour fissionnel : Le nouvel art d'aimer)
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Ce n'est pas vrai du tout, que l'ĂȘtre humain soit une crĂ©ature qui comprenne la vie. Son intelligence ne lui sert pas Ă  grand'chose; par le fait qu'il parle, il n'en est pas moins bĂȘte. Mais lĂ  oĂč sa bĂȘtise dĂ©passe celle des animaux, c'est quand il s'agit de deviner et de sentir la dĂ©tresse de son sembable. Il nous arrive, parfois, de voir dans la rue un homme Ă  la face blĂȘme et au regard perdu, ou bien une femme en pleurs. Si nous Ă©tions des ĂȘtres supĂ©rieurs, nous devrions arrĂȘter cet homme ou cette femme, et leur offrir promptement notre assistance. C'est lĂ  toute la supĂ©rioritĂ© que j'attribuerais Ă  l'ĂȘtre humain sur la bĂȘte. Il n'en est rien.
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PanaĂŻt Istrati
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Il faut regarder la souffrance en face. S'il Ă©tait Premier ministre, il obligerait les membres du gouvernement Ă  passer une semaine dans une base de rĂ©servistes de Gaza ou d'HĂ©bron, ou dans une maison d'arrĂȘt du NĂ©guev, ou Ă  sĂ©journer au moins deux jours dans le service psychiatrique d'un hĂŽpital perdu ou Ă  se tenir en embuscade une nuit entiĂšre, du coucher du soleil Ă  l'aube, dans la boue et la pluie, en hiver, dans le pĂ©rimĂštre de sĂ©curitĂ© Ă  la frontiĂšre libanaise. Ou encore Ă  vivre dans l'intimitĂ© d'Eytan et de Warhaftig, dans cet enfer de l'avortement noyĂ© sous les accords de piano et de violoncelle qui s'Ă©chappaient de l'Ă©tage supĂ©rieur. (p. 283)
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Amos Oz (Fima)
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Kwa sababu za kijiografia, Copenhagen iko mbele kwa masaa 9 (PST) kuilinganisha na Tijuana (kaskazini-magharibi mwa Meksiko) na masaa 7 (CST) kuilinganisha na Salina Cruz (kusini-magharibi mwa Meksiko). Mauaji ya Meksiko yametokea saa 4 usiku wa Jumanne, Copenhagen ikiwa saa 1 asubuhi Jumatano CET. Saa 5 usiku wa Jumanne, El Tigre anahamishwa (na ndege binafsi) kutoka katika milima ya Tijuana (alikokuwa amejificha) mpaka katika jumba la kifahari la Eduardo Chapa de Christopher (Mkurugenzi wa Usafirishaji wa Kolonia Santita) nje ya Salina Cruz – ambako Chui anafika saa 10 alfajiri na kuendesha kikao cha dharura cha Bodi ya Wakurugenzi ya Kolonia Santita.
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Enock Maregesi (Kolonia Santita)
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Le ciel est d’un bleu limpide. Les orangers n’en finissent pas de se donner la main. L’enfant a douze ans et un cƓur en porcelaine. A cet Ăąge de tous les coups de foudre, simplement parce que sa confiance est aussi grande que ses joies, il voudrait croquer la lune comme un fruit, persuadĂ© qu’il n’a qu’à tendre la main pour cueillir le bonheur du monde entier
 Et lĂ , sous mes yeux, en dĂ©pit du drame qui vient d’enlaidir Ă  jamais le souvenir de cette journĂ©e, en dĂ©pit des corps agonisant sur la chaussĂ©e et des flammes finissant d’ensevelir le vĂ©hicule du cheikh, le garçon bondit et, les bras dĂ©ployĂ©s tels des ailes d’épervier, s’élance Ă  travers champs oĂč chaque arbre est une fĂ©erie

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Yasmina Khadra
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Dans l’automne de l’annĂ©e 1816, John Melmoth, Ă©lĂšve du collĂšge de la TrinitĂ©, Ă  Dublin, suspendit momentanĂ©ment ses Ă©tudes pour visiter un oncle mourant, et de qui dĂ©pendaient toutes ses espĂ©rances de fortune. John, qui avait perdu ses parents, Ă©tait le fils d’un cadet de famille, dont la fortune mĂ©diocre suffisait Ă  peine pour payer les frais de son Ă©ducation ; mais son oncle Ă©tait vieux, cĂ©libataire et riche. Depuis sa plus tendre enfance, John avait appris, de tous ceux qui l’entouraient, Ă  regarder cet oncle avec ce sentiment qui attire et repousse Ă  la fois, ce respect mĂȘlĂ© du dĂ©sir de plaire, que l’on Ă©prouve pour l’ĂȘtre qui tient en quelque sorte en ses mains le fil de notre existence.
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Charles Maturin (Melmoth, l'homme errant)
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Leur aspect eĂ»t suffi Ă  les diffĂ©rencier des autres habitants du village ; mais dĂšs qu'ils parlaient le fossĂ© semblait s'Ă©largir encore et les paroles qui sortaient de leur bouche sonnaient comme des mots d'une langue Ă©trangĂšre. Ils n'avaient pas la lenteur de diction canadienne, ni cet accent indĂ©finissable qui n'est pas l'accent d'une quelconque province française, mais seulement un accent paysan, en quoi les parlers diffĂ©rents des Ă©migrants d'autrefois se sont confondus. Ils employaient des expressions et des tournures de phrases que l'on n'entend point au pays de QuĂ©bec, mĂȘme dans les villes, et qui aux hommes simples assemblĂ©s lĂ  paraissaient recherchĂ©es et pleines de raffinement.   -dans
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Louis Hémon (Maria Chapdelaine : récit du Canada français)
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Il reste que, face aux femmes volontairement sans descendance, on brandit toujours cette menace : « Un jour, tu le regretteras ! » Cela traduit un raisonnement trĂšs Ă©trange. Peut-on se forcer Ă  faire quelque chose qu'on n'a aucune envie de faire uniquement pour prĂ©venir un hypothĂ©tique regret situĂ© dans un avenir lointain ? Cet argument ramĂšne les personnes concernĂ©es prĂ©cisĂ©ment Ă  la logique que nombre d'entre elles cherchent Ă  fuir, cette logique de prĂ©voyance Ă  laquelle incite la prĂ©sence d'un enfant et qui peut dĂ©vorer le prĂ©sent dans l'espoir d'assurer l'avenir : prendre un crĂ©dit, se tuer au travail, se soucier du patrimoine qu'on lui lĂ©guera, de la façon dont on paiera ses Ă©tudes
 (p. 120-121)
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Mona Chollet (SorciÚres : La puissance invaincue des femmes)
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Soudain, il me sembla que le ciel descendait. De la terre, surgit comme une fontaine d’énergie dorĂ©e. Cette chaude Ă©nergie m’encercla, et mon corps et mon esprit devinrent trĂšs lĂ©gers et trĂšs clairs. Je pouvais mĂȘme comprendre le chant des petits oiseaux autour de moi. A cet instant, je pouvais comprendre que le travail de toute ma vie dans le Budo Ă©tait rĂ©ellement fondĂ© sur l’amour divin et sur les lois de la crĂ©ation. Je ne pus retenir mes larmes, et pleurai sans retenue. Depuis ce jour, j’ai su que cette grande Terre elle-mĂȘme Ă©tait ma maison et mon foyer. Le soleil, la lune et les Ă©toiles m’appartiennent. Depuis ce jour, je n’ai plus jamais ressenti aucun attachement envers la propriĂ©tĂ© et les possessions.
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Morihei Ueshiba
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Pourquoi ce chemin plutĂŽt que cet autre ? OĂč mĂšne-t-il pour nous solliciter si fort ? Quels arbres et quels amis sont vivants derriĂšre l’horizon de ses pierres, dans le lointain miracle de la chaleur ? Nous sommes venus jusqu’ici car lĂ  oĂč nous Ă©tions ce n’était plus possible. On nous tourmentait et on allait nous asservir. Le monde, de nos jours, est hostile aux Transparents. Une fois de plus il a fallu partir
 Et ce chemin, qui ressemblait Ă  un long squelette, nous a conduits Ă  un pays qui n’avait que son souffle pour escalader l’avenir. Comment montrer, sans les trahir, les choses simples dessinĂ©es entre le crĂ©puscule et le ciel ? Par la vertu de la vie obstinĂ©e, dans la boucle du Temps artiste, entre la mort et la beautĂ©.
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René Char (La Postérité du soleil)
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En rĂ©alitĂ©, la psychanalyse ne peut avoir pour effet que d’amener Ă  la surface, en le rendant clairement conscient, tout le contenu de ces « bas-fonds » de l’ĂȘtre qui forment ce qu’on appelle le « subconscient » ; cet ĂȘtre, d’ailleurs, est dĂ©jĂ  psychiquement faible par hypothĂšse, puisque, s’il en Ă©tait autrement, il n’éprouverait aucunement le besoin de recourir Ă  un traitement de cette sorte ; il est donc d’autant moins capable de rĂ©sister Ă  cette « submersion », et il risque fort de sombrer irrĂ©mĂ©diablement dans ce chaos de forces tĂ©nĂ©breuses imprudemment dĂ©chaĂźnĂ©es ; si cependant il parvient malgrĂ© tout Ă  y Ă©chapper, il en gardera du moins, pendant toute sa vie, une empreinte qui sera en lui comme une « souillure » ineffaçable.
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RenĂ© GuĂ©non (Articles Et Comptes Rendus: Tome I,[Parus Dans] Le "Voile D'isis" [Puis Dans Les] Études Traditionnelles])
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Mais il conviendrait d'ajouter que cet orgueil, cet absolu - sur le plan intellectuel, tout au moins - ne sont pas le fait d'une "classe" sociale particuliĂšre, comme on vient de le montrer. C'est la culture maternelle mĂȘme qui pĂȘche en Europe et fausse chez l'individu, dĂšs son enfance, sa conception du monde et de l'humanitĂ©. L'histoire et la civilisation commencent, pour lui, Ă  AthĂšnes, font un ricochet Ă  Rome, disparaissent soudain pendant plus d'un millĂ©naire, et reparaissent brusquement Ă  la Renaissance, Ă  Paris ou Ă  Londres. Avant AthĂšnes qu'y avait-il? Du vide. Entre Aristote et Descartes, qu'y a-t-il? Du vide. [...] C'est cette optique particuliĂšre qui fausse d'emblĂ©e l'humanisme occidental, qui fausse la politique europĂ©enne.
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Dans la cour attenant au triclinium, des musiciens assemblĂ©s accordaient des lyres et des flĂ»tes pour accompagner en sourdine les conversations. Des parfums intenses, nĂ©s de la nuit chaude, arrivaient par bouffĂ©es. Brigitte, assise au pied du lit de l’impĂ©ratrice Eutropie, s’étonna : — Quel est cet arĂŽme Ă©trange, Ă  la fois si lourd et si doux ? Les narines de NikĂ© palpitĂšrent pour mieux humer l’air parvenant du jardin : — Je sais ! Il provient d’une fleur en forme d’étoile et que l’on dirait sculptĂ©e dans la cire. C’est la fleur d’un arbre fruitier. Elle fleurit sans cesse, d’une lune Ă  l’autre. SĂ©vĂ©rien aime beaucoup cet arbre, qu’il a rapportĂ© d’Afrique. Il l’appelle oranger. — La nuit est tout embaumĂ©e de son parfum. Il est
, il est inoubliable !
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L.N. Lavolle (L'Otage de Rome)
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J’allais ouvrir la bouche et aborder cette fille , quand quelqu’un me toucha l’épaule. Je me retournai, surpris, et j’aperçus un homme d’aspect ordinaire, ni jeune ni vieux, qui me regardait d’un air triste. — Je voudrais vous parler, dit-il. Je fis une grimace qu’il vit sans doute, car il ajouta : — « C’est important. » Je me levai et le suivis Ă  l’autre bout du bateau : — « Monsieur, reprit-il, quand l’hiver approche avec les froids, la pluie et la neige, votre mĂ©decin vous dit chaque jour : « Tenez-vous les pieds bien chauds, gardez-vous des refroidissements, des rhumes, des bronchites, des pleurĂ©sies. » Alors vous prenez mille prĂ©cautions, vous portez de la flanelle, des pardessus Ă©pais, des gros souliers, ce qui ne vous empĂȘche pas toujours de passer deux mois au lit. Mais quand revient le printemps avec ses feuilles et ses fleurs, ses brises chaudes et amollissantes, ses exhalaisons des champs qui vous apportent des troubles vagues, des attendrissements sans cause, il n’est personne qui vienne vous dire : « Monsieur, prenez garde Ă  l’amour ! Il est embusquĂ© partout ; il vous guette Ă  tous les coins ; toutes ses ruses sont tendues, toutes ses armes aiguisĂ©es, toutes ses perfidies prĂ©parĂ©es ! Prenez garde Ă  l’amour !
 Prenez garde Ă  l’amour ! Il est plus dangereux que le rhume, la bronchite et la pleurĂ©sie ! Il ne pardonne pas, et fait commettre Ă  tout le monde des bĂȘtises irrĂ©parables. » Oui, monsieur, je dis que, chaque annĂ©e, le gouvernement devrait faire mettre sur les murs de grandes affiches avec ces mots : « Retour du printemps. Citoyens français, prenez garde Ă  l’amour ; » de mĂȘme qu’on Ă©crit sur la porte des maisons : « Prenez garde Ă  la peinture ! » — Eh bien, puisque le gouvernement ne le fait pas, moi je le remplace, et je vous dis : « Prenez garde Ă  l’amour ; il est en train de vous pincer, et j’ai le devoir de vous prĂ©venir comme on prĂ©vient, en Russie, un passant dont le nez gĂšle. » Je demeurai stupĂ©fait devant cet Ă©trange particulier, et, prenant un air digne : — « Enfin, monsieur, vous me paraissez vous mĂȘler de ce qui ne vous regarde guĂšre. » Il fit un mouvement brusque, et rĂ©pondit : — « Oh ! monsieur ! monsieur ! si je m’aperçois qu’un homme va se noyer dans un endroit dangereux, il faut donc le laisser pĂ©rir ?
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Guy de Maupassant
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Les Poets de Sept ans Et la MĂšre, fermant le livre du devoir, S'en allait satisfaite et trĂšs fiĂšre sans voir, Dans les yeux bleus et sous le front plein d'Ă©minences, L'Ăąme de son enfant livrĂ©e aux rĂ©pugnances. Tout le jour, il suait d'obĂ©issance ; trĂšs Intelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits Semblaient prouver en lui d'Ăącres hypocrisies. Dans l'ombre des couloirs aux tentures moisies, En passant il tirait la langue, les deux poings A l'aine, et dans ses yeux fermĂ©s voyait des points. Une porte s'ouvrait sur le soir : Ă  la lampe On le voyait, lĂ -haut, qui rĂąlait sur la rampe, Sous un golfe de jour pendant du toit. L'Ă©tĂ© Surtout, vaincu, stupide, il Ă©tait entĂȘtĂ© A se renfermer dans la fraĂźcheur des latrines: Il pensait lĂ , tranquille et livrant ses narines. Quand, lavĂ© des odeurs du jour, le jardinet DerriĂšre la maison, en hiver, s'illunait , Gisant au pied d'un mur, enterrĂ© dans la marne Et pour des visions Ă©crasant son oeil darne, Il Ă©coutait grouiller les galeux espaliers. PitiĂ© ! Ces enfants seuls Ă©taient ses familiers Qui, chĂ©tifs, fronts nus, oeil dĂ©teignant sur la joue, Cachant de maigres doigts jaunes et noirs de boue Sous des habits puant la foire et tout vieillots, Conversaient avec la douceur des idiots ! Et si, l'ayant surpris Ă  des pitiĂ©s immondes, Sa mĂšre s'effrayait, les tendresses profondes, De l'enfant se jetaient sur cet Ă©tonnement. C'Ă©tait bon. Elle avait le bleu regard, - qui ment! A sept ans, il faisait des romans, sur la vie Du grand dĂ©sert oĂč luit la LibertĂ© ravie, ForĂȘts, soleils, rives, savanes ! - Il s'aidait De journaux illustrĂ©s oĂč, rouge, il regardait Des Espagnoles rire et des Italiennes. Quand venait, l'Oeil brun, folle, en robes d'indiennes, -Huit ans -la fille des ouvriers d'Ă  cĂŽtĂ©, La petite brutale, et qu'elle avait sautĂ©, Dans un coin, sur son dos, en secouant ses tresses, Et qu'il Ă©tait sous elle, il lui mordait les fesses, Car elle ne portait jamais de pantalons; - Et, par elle meurtri des poings et des talons, Remportait les saveurs de sa peau dans sa chambre. Il craignait les blafards dimanches de dĂ©cembre, OĂč, pommadĂ©, sur un guĂ©ridon d'acajou, Il lisait une Bible Ă  la tranche vert-chou; Des rĂȘves l'oppressaient, chaque nuit, dans l'alcĂŽve. Il n'aimait pas Dieu; mais les hommes qu'au soir fauve, Noirs, en blouse, il voyait rentrer dans le faubourg OĂč les crieurs, en trois roulements de tambour, Font autour des Ă©dits rire et gronder les foules. - Il rĂȘvait la prairie amoureuse, oĂč des houles Lumineuses, parfums sains, pubescences d'or, Font leur remuement calme et prennent leur essor ! Et comme il savourait surtout les sombres choses, Quand, dans la chambre nue aux persiennes closes, Haute et bleue, Ăącrement prise d'humiditĂ©, Il lisait son roman sans cesse mĂ©ditĂ©, Plein de lourds ciels ocreux et de forĂȘts noyĂ©es, De fleurs de chair aux bois sidĂ©rals dĂ©ployĂ©es, Vertige, Ă©croulement, dĂ©routes et pitiĂ© ! - Tandis que se faisait la rumeur du quartier, En bas, - seul et couchĂ© sur des piĂšces de toile Écrue et pressentant violemment la voile!
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Arthur Rimbaud
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Huit heures de sommeil ! Nous perdons le tiers de notre vie humaine dans cet Ă©tat d’impuissance et de demi-mort. VoilĂ  ce qui me rĂ©voltait. Il faut libĂ©rer l’humanitĂ© de la charge du sommeil. Quelles extraordinaires perspectives, quelles possibilitĂ©s !... Combien de grandes Ɠuvres les grands penseurs nous auraient encore donnĂ©es, si toutes leurs nuits avaient pu ĂȘtre consacrĂ©es Ă  la crĂ©ation ! Combien de grandes Ɠuvres inachevĂ©es ne le seraient pas ! Comme le progrĂšs avancerait ! ! L’ouvrier ayant travaillĂ© aux heures fixĂ©es Ă  sa machine-outil consacrerait la nuit aux livres ou au travail social. Nous n’aurions pas d’illettrĂ©s. Mieux encore, tous recevraient la possibilitĂ© de devenir parfaitement instruits. De quels pas gigantesques avancerait le progrĂšs ! C’était Ă  cela que je pensais...
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Alexandre BeliaĂŻev (L'homme qui ne dormait pas)
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J’ai remarquĂ© que souvent l’homme part juste pour partir, pour se libĂ©rer et changer d’univers. Nous sommes inconstants par nature. La femme, elle, va quelque part, c’est la destination qui lui importe. Pour elle le voyage est un mal nĂ©cessaire. Je pense que lorsque l’Homme a quittĂ© sa terre originelle, il l’a fait Ă  cause du manque d’eau ou de nourriture bien sĂ»r, mais le mĂąle serait restĂ© Ă©ternellement nomade si la femme n’avait pas dĂ©cidĂ© un jour que « cet endroit tranquille, prĂšs d’un cours d’eau, non loin des terres de chasse, serait trĂšs bien pour s’installer et s’abriter, pour Ă©lever nos enfants ». L’homme a compensĂ© sa sĂ©dentarisation en allant Ă  la chasse. Puis la femme a inventĂ© l’agriculture pour le retenir plus proche encore, Ă©viter qu’il ne soit tuĂ© par un quelconque mammouth.
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Cyril Hadji-Thomas (Le parti de l'Homme)
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Plus nous nous efforçons d'expliquer rationnellement ces phĂ©nomĂšnes historiques, plus ils nous apparaissent dĂ©nuĂ©s de sens et incomprĂ©hensibles. Tout homme vit pour soi, profite de sa libertĂ© pour atteindre ses buts personnels et sent de tout son ĂȘtre qu'il peut Ă  chaque instant accomplir ou ne pas accomplir tel acte; mais une fois qu'il l'aura accompli, cet acte accompli Ă  un moment prĂ©cis du temps deviendra irrĂ©vocable et appartiendra Ă  l'histoire qui, de libre qu'il Ă©tait, le rend nĂ©cessaire. (...) L'homme consciemment vit pour soi, mais il sert inconsciemment d'instrument Ă  des fins historiques et sociales. (...) a tort et raison celui qui prĂ©tend que c'est le dernier coup de pioche qui a fait s'Ă©crouler la colline que l'on creusait. (Guerre et Paix, livre troisiĂšme, 1Ăšre partie, ch. I)
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Leo Tolstoy
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‎Il faut que nous soyons bien anesthĂ©siĂ©s pour que, chaque fois que nous avons Ă  rendre compte de notre identitĂ©, nous ne soyons pas bouleversĂ©s, atterrĂ©s, terrorisĂ©s par le vĂ©ritable scandale que cela constitue : avoir Ă  rĂ©pondre de « qui je suis » par une liste limitative (et en gĂ©nĂ©ral fort brĂšve) d'Ă©lĂ©ments discrets. L'identitĂ©, c'est bien d'une part cette assignation sociale de l'individu, de l'autre la « conscience que celui-ci a de lui-mĂȘme ». Et c'est cette incompatibilitĂ© de l'un Ă  l'autre, cet accolement violent de deux univers radicalement hĂ©tĂ©rogĂšnes que perçoit peut-ĂȘtre Ă  l'occasion le psychotique - comme si l'expĂ©rience psychotique venait Ă  ce moment-lĂ  rĂ©vĂ©ler le gouffre sur lequel nous Ă©voluons tous avec plus ou moins d'aisance, sur nos passerelles aussi rĂ©sistantes que dĂ©risoires.
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Robert Gentis
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Sois-en sĂ»re, Caesonia. Sans elle, j'eusse Ă©tĂ© un homme satisfait. GrĂące Ă  elle, j'ai conquis la divine clairvoyance du solitaire. (Il s'exalte de plus en plus, Ă©tranglant peu Ă  peu Caesonia qui se laisse aller sans rĂ©sistance, les mains un peu offertes en avant. Il lui parle, penchĂ© sur son oreille.) Je vis, je tue, j'exerce le pouvoir dĂ©lirant du destructeur, auprĂšs de quoi celui du crĂ©ateur paraĂźt une singerie. C'est cela, ĂȘtre heureux. C'est cela le bonheur, cette insupportable dĂ©li-vrance, cet universel mĂ©pris, le sang, la haine autour de moi, cet isolement non pareil de l'homme qui tient toute sa vie sous son regard, la joie dĂ©mesurĂ©e de l'assassin impuni, cet-te logique implacable qui broie des vies humaines (il rit), qui te broie, Caesonia, pour parfaire enfin la solitude Ă©ternelle que je dĂ©sire.
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Albert Camus (Caligula)
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En considérant cet enchaßnement de fondations, de résurrections et de catastrophes, on croit saisir un fil qui relie les divers efforts, en bonne partie vains, du monde hellénistico-romain pour sauver ses livres. Tout commence avec Alexandrie : Pergame, Antioche, Rome, AthÚnes ne sont que des répliques. La derniÚre réincarnation aura lieu à Byzance, et ce sera encore une fois une bibliothÚque dans un palais : celui de l'empereur et celui du patriarche. Les destructions, les ruines, les saccages, les incendies frappÚrent surtout les grands rassemblements de livres, placés, selon la rÚgle, au centre du pouvoir. Les bibliothÚques de Byzance ne firent pas non plus exception. C'est pourquoi, ce qui à la fin est resté ne vient pas des grands centres, mais de lieux "marginaux" (les couvents) ou de copies privées sporadiques.
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Luciano Canfora (The Vanished Library: A Wonder of the Ancient World)
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La plus intelligente des pensĂ©es, la plus admirable des actions, la plus belle des Ɠuvres d'art sont vouĂ©es Ă  l'insignifiance: elles sont circonstancielles, et sous menace de disparition plus ou moins prochaine. On aurait tort d'y confier la capacitĂ© d'attention dont dispose une vie d'homme: un tel investissement serait exorbitant par rapport Ă  la prĂ©caritĂ© des biens sur lesquels on gagerait son capital. Cet investissement n'a de sens, au grĂ© d'une philosophie informĂ©e de l'insignifiance, que dans la mesure oĂč c'est le bonheur qui est constamment visĂ© Ă  travers la prĂ©caritĂ© de l'oeuvre: ce qui suppose notamment qu'on ne demande pas Ă  la crĂ©ation esthĂ©tique de protĂ©ger du passager et du frivole, mais seulement de tĂ©moigner de quelques instants de bonheur, qui lui tiennent trĂšs suffisamment lieu de raison d'ĂȘtre et de fin.
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ClĂ©ment Rosset (L'anti-nature. ÉlĂ©ments pour une philosophie tragique)
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Ecoute les orgues Elles jouent pour toi Il est terrible cet air lĂ  J'espĂšre que tu aimes C'est assez beau non C'est le requiem pour un con Je l'ai composĂ© spĂ©cialement pour toi A ta mĂ©moire de scĂ©lĂ©rat C'est un joli thĂšme Tu ne trouves pas Semblable Ă  toi mĂȘme Pauvre con Voici les orgues Qui remettent ça Faut qu't'apprennes par cïżœur cet air lĂ  Que tu n'aies pas mĂȘme Une hĂ©sitation Sur le requiem pour un con Quoi tu me regardes Tu n'apprĂ©cies pas Mais qu'est-ce qu'y a lĂ  dedans Qui t'plaĂźt pas Pour moi c'est idem Que ça t'plaise ou non J'te l'rejoue quand mĂȘme Pauvre con Ecoute les orgues Elles jouent pour toi Il est terrible cet air lĂ  J'espĂšre que tu aimes C'est assez beau non C'est le requiem pour un con Je l'ai composĂ© spĂ©cialement pour toi A ta mĂ©moire de scĂ©lĂ©rat Sur ta figure blĂȘme Aux murs des prisons J'inscrirai moi-mĂȘme : "Pauvre con
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Serge Gainsbourg
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« Écoute, Egor PĂ©trovitch, lui dit-il. Qu’est ce que tu fais de toi ? Tu te perds seulement avec ton dĂ©sespoir. Tu n’as ni patience ni courage. Maintenant, dans un accĂšs de tristesse, tu dis que tu n’as pas de talent. Ce n’est pas vrai. Tu as du talent ; je t’assure que tu en as. Je le vois rien qu’à la façon dont tu sens et comprends l’art. Je te le prouverai par toute ta vie. Tu m’as racontĂ© ta vie d’autrefois. À cette Ă©poque aussi le dĂ©sespoirte visitait sans que tu t’en rendisses compte. À cette Ă©poque aussi, ton premier maĂźtre, cet homme Ă©trange, dont tu m’as tant parlĂ©, a Ă©veillĂ© en toi, pour la premiĂšre fois, l’amour de l’art et a devinĂ© ton talent. Tu l’as senti alors aussi fortement que maintenant. Mais tu ne savais pas ce qui se passait en toi. Tu ne pouvais pas vivre dans la maison du propriĂ©taire, et tu ne savais toi-mĂȘme ce que tu dĂ©sirais. Ton maĂźtre est mort trop tĂŽt. Il t’a laissĂ© seulement avec des aspirations vagues et, surtout, il ne t’a pas expliquĂ© toimĂȘme. Tu sentais le besoin d’une autre route plus large, tu pressentais que d’autres buts t’étaient destinĂ©s, mais tu ne comprenais pas comment tout cela se ferait et, dans ton angoisse, tu as haĂŻ tout ce qui t’entourait alors. Tes six annĂ©es de misĂšre ne sont pas perdues. Tu as travaillĂ©, pensĂ©, tu as reconnu et toi-mĂȘme et tes forces ; tu comprends maintenant l’art et ta destination. Mon ami, il faut avoir de la patience et du courage. Un sort plus enviĂ© que le mien t’est rĂ©servĂ©. Tu es cent fois plus artiste que moi, mais que Dieu te donne mĂȘme la dixiĂšme partie de ma patience. Travaille, ne bois pas, comme te le disait ton bonpropriĂ©taire, et, principalement, commence par l’a, b, c. « Qu’est-ce qui te tourmente ? La pauvretĂ©, la misĂšre ? Mais la pauvretĂ© et la misĂšre forment l’artiste. Elles sont insĂ©parables des dĂ©buts. Maintenant personne n’a encore besoin de toi ; personne ne veut te connaĂźtre. Ainsi va le monde. Attends, ce sera autre chose quand on saura que tu as du talent. L’envie, la malignitĂ©, et surtout la bĂȘtise t’opprimeront plus fortement que la misĂšre. Le talent a besoin de sympathie ; il faut qu’on le comprenne. Et toi, tu verras quelles gens t’entoureront quand tu approcheras du but. Ils tĂącheront de regarder avec mĂ©pris ce qui s’est Ă©laborĂ© en toi au prix d’un pĂ©nible travail, des privations, des nuits sans sommeil. Tes futurs camarades ne t’encourageront pas, ne te consoleront pas. Ils ne t’indiqueront pas ce qui en toi est bon et vrai. Avec une joie maligne ils relĂšveront chacune de tes fautes. Ils te montreront prĂ©cisĂ©ment ce qu’il y a de mauvais en toi, ce en quoi tu te trompes, et d’un air calme et mĂ©prisant ils fĂȘteront joyeusement chacune de tes erreurs. Toi, tu esorgueilleux et souvent Ă  tort. Il t’arrivera d’offenser une nullitĂ© qui a de l’amour-propre, et alors malheur Ă  toi : tu seras seul et ils seront plusieurs. Ils te tueront Ă  coups d’épingles. Moi mĂȘme, je commence Ă  Ă©prouver tout cela. Prends donc des forces dĂšs maintenant. Tu n’es pas encore si pauvre. Tu peux encore vivre ; ne nĂ©glige pas les besognes grossiĂšres, fends du bois, comme je l’ai fait un soir chez de pauvres gens. Mais tu es impatient ; l’impatience est ta maladie. Tu n’as pas assez de simplicitĂ© ; tu ruses trop, tu rĂ©flĂ©chis trop, tu fais trop travailler ta tĂȘte. Tu es audacieux en paroles et lĂąche quand il faut prendra l’archet en main. Tu as beaucoup d’amour-propre et peu de hardiesse. Sois plus hardi, attends, apprends, et si tu ne comptes pas sur tes forces, alors va au hasard ; tu as de la chaleur, du sentiment, peut-ĂȘtre arriveras-tu au but. Sinon, va quand mĂȘme au hasard. En tout cas tu ne perdras rien, si le gain est trop grand. Vois-tu, aussi, le hasard pour nous est une grande chose. »
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Fyodor Dostoevsky (Netochka Nezvanova)
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Tout ce que je ressens est dĂ©cuplĂ©. Je grouille d’émotions, je fourmille de sentiments. Je pleure souvent. De tristesse, de joie, de rage. Je m’oublie au bĂ©nĂ©fice des autres. J’ai tellement d’empathie, je peux tellement comprendre les autres que j’en suis influençable. Je suis incapable d’avoir un avis tranchĂ©. Je ne m’aime pas. Mais ce n’est pas grave, tant que les autres m’aiment. Je me juge constamment. Avec sĂ©vĂ©ritĂ©. Mon cerveau n’est jamais au repos, mon imagination est une machine de guerre. Quand je regarde un film, quand j’utilise un objet, je me demande ce que font les comĂ©diens Ă  cet instant prĂ©cis, quelle est la vie de celui qui l’a fabriquĂ©, qui vit lĂ . Je suis toujours en hypervigilance. Je sursaute quand je croise maman dans le couloir, je crie quand Lily entre dans la salle de bains sans frapper. Lorsque j’entends parler d’un fait divers, je me mets Ă  la place des victimes. Je vis les scĂšnes comme si j’y Ă©tais. Je suis lucide. Trop.
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Virginie Grimaldi (Il est grand temps de rallumer les Ă©toiles)
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J’habite une blessure sacrĂ©e j’habite des ancĂȘtres imaginaires j’habite un vouloir obscur j’habite un long silence j’habite une soif irrĂ©mĂ©diable j’habite un voyage de mille ans j’habite une guerre de trois cent ans j’habite un culte dĂ©saffectĂ© entre bulbe et caĂŻeu j’habite l’espace inexploitĂ© j’habite du basalte non une coulĂ©e mais de la lave le mascaret qui remonte la valleuse Ă  toute allure et brĂ»le toutes les mosquĂ©es je m’accommode de mon mieux de cet avatar d’une version du paradis absurdement ratĂ©e -c’est bien pire qu’un enfer- j’habite de temps en temps une de mes plaies chaque minute je change d’appartement et toute paix m’effraie tourbillon de feu ascidie comme nulle autre pour poussiĂšres de mondes Ă©garĂ©s ayant crachĂ©s volcan mes entrailles d’eau vive je reste avec mes pains de mots et mes minerais secrets j’habite donc une vaste pensĂ©e mais le plus souvent je prĂ©fĂšre me confiner dans la plus petite de mes idĂ©es
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Aimé Césaire (Notebook of a Return to the Native Land)
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Ce qui est tout Ă  fait extraordinaire, c’est la rapiditĂ© avec laquelle la civilisation du Moyen-Âge tomba dans le plus complet oubli ; les hommes du XVIIe siĂšcle n’en avaient plus la moindre notion, et les monuments qui en subsistaient ne reprĂ©sentaient plus rien Ă  leurs yeux, ni dans l’ordre intellectuel, ni mĂȘme dans l’ordre esthĂ©tique ; on peut juger par lĂ  combien la mentalitĂ© avait Ă©tĂ© changĂ©e dans l’intervalle. Nous n’entreprendrons pas de rechercher ici les facteurs, certainement fort complexes, qui concoururent Ă  ce changement, si radical qu’il semble difficile d’admettre qu’il ait pu s’opĂ©rer spontanĂ©ment et sans l’intervention d’une volontĂ© directrice dont la nature exacte demeure forcĂ©ment assez Ă©nigmatique ; il y a, Ă  cet Ă©gard, des circonstances bien Ă©tranges, comme la vulgarisation, Ă  un moment dĂ©terminĂ©, et en les prĂ©sentant comme des dĂ©couvertes nouvelles, de choses qui Ă©taient connues en rĂ©alitĂ© depuis fort longtemps, mais dont la connaissance, en raison de certains inconvĂ©nients qui risquaient d’en dĂ©passer les avantages, n’avait pas Ă©tĂ© rĂ©pandue jusque lĂ  dans le domaine public (1). Il est bien invraisemblable aussi que la lĂ©gende qui fit du moyen Ăąge une Ă©poque de « tĂ©nĂšbres », d’ignorance et de barbarie, ait pris naissance et se soit accrĂ©ditĂ©e d’elle-mĂȘme, et que la vĂ©ritable falsification de l’histoire Ă  laquelle les modernes se sont livrĂ©s ait Ă©tĂ© entreprise sans aucune idĂ©e prĂ©conçue ; mais nous n’irons pas plus avant dans l’examen de cette question, car, de quelque façon que ce travail se soit accompli, c’est, pour le moment, la constatation du rĂ©sultat qui, en somme, nous importe le plus. (1) Nous ne citerons que deux exemples, parmi les faits de ce genre qui devaient avoir les plus graves consĂ©quences : la prĂ©tendue invention de l’imprimerie, que les Chinois connaissaient antĂ©rieurement Ă  l’ùre chrĂ©tienne et la dĂ©couverte « officielle » de l’AmĂ©rique, avec laquelle des communications beaucoup plus suivies qu’on ne le pense avaient existĂ© durant tout le moyen Ăąge.
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René Guénon (The Crisis of the Modern World)
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En effet, les peuples europĂ©ens, sans doute parce qu’ils sont formĂ©s d’élĂ©ments hĂ©tĂ©rogĂšnes et ne constituent pas une race Ă  proprement parler, sont ceux dont les caractĂšres ethniques sont les moins stables et disparaissent le plus rapidement en se mĂȘlant Ă  d’autres races ; partout oĂč il se produit de tels mĂ©langes, c’est toujours l’Occidental qui est absorbĂ©, bien loin de pouvoir absorber les autres. Quant au point de vue intellectuel, les considĂ©rations que nous avons exposĂ©es jusqu’ici nous dispensent d’y insister ; une civilisation qui est sans cesse en mouvement, qui n’a ni tradition ni principe profond, ne peut Ă©videmment exercer une influence rĂ©elle sur celles qui possĂšdent prĂ©cisĂ©ment tout ce qui lui manque Ă  elle-mĂȘme ; et, si l’influence inverse ne s’exerce pas davantage en fait, c’est seulement parce que les Occidentaux sont incapables de comprendre ce qui leur est Ă©tranger : leur impĂ©nĂ©trabilitĂ©, Ă  cet Ă©gard, n’a d’autre cause qu’une infĂ©rioritĂ© mentale, tandis que celle des Orientaux est faite d’intellectualitĂ© pure.
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René Guénon (East and West)
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Moral sense is almost completely ignored by modern society. We have, in fact, suppressed its manifestations. All are imbued with irresponsibility. Those who discern good and evil, who are industrious and provident, remain poor and are looked upon as morons. The woman who has several children, who devotes herself to their education, instead of to her own career, is considered weak-minded. If a man saves a little money for his wife and the education of his children, this money is stolen from him by enterprising financiers. Or taken by the government and distributed to those who have been reduced to want by their own improvidence and the shortsightedness of manufacturers, bankers, and economists. Artists and men of science supply the community with beauty, health, and wealth. They live and die in poverty. Robbers enjoy prosperity in peace. Gangsters are protected by politicians and respected by judges. They are the heroes whom children admire at the cinema and imitate in their games. A rich man has every right. He may discard his aging wife, abandon his old mother to penury, rob those who have entrusted their money to him, without losing the consideration of his friends. ...Ministers have rationalized religion. They have destroyed its mystical basis. But they do not succeed in attracting modern men. In their half-empty churches they vainly preach a weak morality. They are content with the part of policemen, helping in the interest of the wealthy to preserve the framework of present society. Or, like politicians, they flatter the appetites of the crowd.
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Alexis Carrel (L'Homme, CET Inconnu)
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l'inĂ©galitĂ© majeure entre les humains, celle qui les sĂ©pare de la maniĂšre la plus irrĂ©mĂ©diable, celle Ă  laquelle le progrĂšs, l'Histoire, la bonne volontĂ© des uns ou des autres, ne peuvent, pour l'heure, Ă  peu prĂšs rien, ce n'est ni la fortune, ni le savoir, ni le pouvoir, ni le savoir-pouvoir, ni aucune des autres grĂąces que dispensent la nature ou le monde, mais cet autre partage qui, dans les situations de dĂ©tresse extrĂȘme, distingue ceux qui ont la chance de pouvoir s'en aller et ceux qui savent qu'ils vont rester. Les alliĂ©s des damnĂ©s d'un cĂŽtĂ© ; les amis du Job moderne ; les compagnons d'un jour ou de quelques jours ; les infiltrĂ©s ; les mercenaires du Bien ; tous ces bienheureux qui, quelque part qu'ils prennent Ă  la souffrance des autres, quelque ardeur qu'ils mettent Ă  militer, sympathiser, se faire les porte-voix des sans-voix, aller sur le terrain, crapahuter, les suivre dans leurs tranchĂ©es, sous leurs bombes, le font tout en sachant qu'il y a cette petite diffĂ©rence qui change tout : ils partiront, eux, quand ils voudront... (ch. 15 Arendt, Sarajevo : qu'est-ce qu'ĂȘtre damnĂ© ?)
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Bernard-Henri LĂ©vy (War, Evil and the End of History)
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Quelle est la premiĂšre chose que je faisais quand, retour d'une plongĂ©e dans la gĂ©henne du Bengla-Desh, je rentrais souffler un peu, dans l'autre Bengale, Ă  Calcutta ? Je fonçais au siĂšge du Times of India pour voir, dans les Ă©ditions du journal que j'avais manquĂ©es, les cartes indiquant les mouvements de troupe, donc le sens de la bataille que j'avais vĂ©cue de l'intĂ©rieur et Ă  laquelle j'avais l'impression de n'avoir, du coup, rien compris.(...) Stendhal a raison. le point de vue de Fabrice est un point de vue partiel, en effet. Obtus. Inintelligent. Mais voilĂ . C'est le seul. Il n'y en a pas d'autre. Il n'y a rien de plus Ă  voir dans la rĂ©alitĂ© des guerres que cet enfer absurde oĂč l'on se demande en permanence oĂč l'on est, oĂč l'on va, d'oĂč viennent les obus, qui les tire et ce que sont devenues les belles vertus hĂ©roĂŻques chantĂ©es par la littĂ©rature de guerre. Fabrice n'a peut-ĂȘtre rien compris. Mais c'est tout ce qu'il y avait Ă  comprendre. C'est l'essence mĂȘme de la guerre que de donner ce sentiment d'incomprĂ©hensible chaos, d'absurditĂ©, de juxtaposition de points de vue idiots, aveugles, fermĂ©s les uns sur les autres. (ch. 43 Le thĂ©orĂšme de Stendhal)
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Bernard-Henri LĂ©vy (War, Evil and the End of History)
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Or qu’est-ce que l’intĂ©ressant ? C’est un de nos principaux mobiles, il explique une bonne part des conduites humaines, culturelles et autres, bien qu’il soit souvent oubliĂ© dans les Ă©numĂ©rations. D’accord, le sexe, l’argent, le pouvoir... L’intĂ©ressant, lui, ne s’explique par rien, il n’est pas utile, ni Ă©goĂŻste, ni altruiste, il n’est pas nĂ©cessairement rare, plaisant, Ă©levĂ©, prĂ©cieux ou beau : l’intĂ©ressant est dĂ©sintĂ©ressĂ©, nous avons avec lui la relation purement objective dont parle un des grands philosophes allemands du siĂšcle passĂ© – non, ce n’est pas Heidegger, cet ex-chrĂ©tien qui, comme saint Augustin, condamne la vaine curiositĂ©, mais bien Georg Simmel. L’humaniste PĂ©trarque la condamne aussi ; fier d’avoir fait (comme moi) l’ascension du mont Ventoux, il ne s’en blĂąme pas moins de cette vaine entreprise, dĂ©pourvue de piĂ©tĂ©. Un chercheur, un historien est mĂ» par la valeur de l’objet "vĂ©ritĂ©", sans que s'y mĂȘle l'idĂ©e d'un quelconque profit pour qui que ce soit. Ce qui peut dĂ©plaire Ă  des croyants ou Ă  un gouvernement. Il demeure que cet intĂ©rĂȘt dĂ©sintĂ©ressĂ© est peut-ĂȘtre le point le plus Ă©levĂ© que puissent atteindre les animaux supĂ©rieurs. Tous ont l'Ă©trange facultĂ© de s'intĂ©resser Ă  ce qui ne leur sert Ă  rien.
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Paul Veyne (Et dans l'éternité je ne m'ennuierai pas. Souvenirs)
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Le premier empereur est appelĂ© l'Empereur du Ciel. Il a dĂ©terminĂ© l'ordre du temps qu'il a divisĂ© en dix troncs cĂ©lestes et douze branches terrestres, le tout formant un cycle. Cet empereur vĂ©cut dix-huit mille ans. Le second empereur est l'Empereur de la Terre ; il vĂ©cut aussi dix-huit mille ans : on lui attribue la division du mois en trente jours. Le troisiĂšme empereur est l'Empereur des Hommes. Sous son rĂšgne apparaissent les premiĂšres Ă©bauches de la vie sociale. Il partage son territoire en neuf parties, et Ă  chacune d'elles il donne pour chef un des membres de sa famille. L'histoire cĂ©lĂšbre pour la premiĂšre fois les beautĂ©s de la nature et la douceur du climat. Ce rĂšgne eut quarante-cinq mille cinq cents ans de durĂ©e. Pendant ces trois rĂšgnes qui embrassent une pĂ©riode de quatre-vingt-un mille ans, il n'est question ni de l'habitation, ni du vĂȘtement. L'histoire nous dit que les hommes vivaient dans des cavernes, sans crainte des animaux, et la notion de la pudeur n'existait pas parmi eux. A la suite de quels Ă©vĂ©nements cet Ă©tat de choses se transforma-t-il ? L'histoire n'en dit mot. Mais on remarquera les noms des trois premiers empereurs qui comprennent trois termes, le ciel, la terre, les hommes, gradation qui conduit Ă  l'hypothĂšse d'une dĂ©cadence progressive dans l'Ă©tat de l'humanitĂ©.
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Tcheng-Ki-Tong (Les Chinois peints par eux-mĂȘmes)
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Papa-bobo prĂ©cipitĂ© avec inquiĂ©tude sur mon genou saignant, qui va chercher les mĂ©dicaments et s'installera des heures au chevet de mes varicelle, rougeole et coqueluche pour me lire Les Quatre Filles du docteur March ou jouer au pendu. Papa-enfant, "tu es plus bĂȘte qu'elle", dit-elle. Toujours prĂȘt Ă  m'emmener Ă  la foire, aux films de Fernandel, Ă  me fabriquer une paire d'Ă©chasses et Ă  m'initier Ă  l'argot d'avant la guerre, pĂ©pĂ©dĂ©ristal et autres cezigue pĂąteux qui me ravissent. Papa indispensable pour me conduire Ă  l'Ă©cole et m'attendre midi et soir, le vĂ©lo Ă  la main, un peu Ă  l'Ă©cart de la cohue des mĂšres, les jambes de son pantalon resserrĂ©es en bas par des pinces en fer. AffolĂ© par le moindre retard. AprĂšs, quand je serai assez grande pour aller seule dans les rues, il guettera mon retour. Un pĂšre dĂ©jĂ  vieux Ă©merveillĂ© d'avoir une fille. LumiĂšre jaune fixe des souvenirs, il traverse la cour, tĂȘte baissĂ©e Ă  cause du soleil, une corbeille sous le bras. J'ai quatre ans, il m'apprend Ă  enfiler mon manteau en retenant les manches de mon pull-over entre mes poings pour qu'elles ne boulichonnent pas en haut des bras. Rien que des images de douceur et de sollicitude. Chefs de famille sans rĂ©plique, grandes gueules domestiques, hĂ©ros de la guerre ou du travail, je vous ignore, j'ai Ă©tĂ© la fille de cet homme-lĂ .
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Annie Ernaux (A Frozen Woman)
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Un mot sur la « libre-pensĂ©e », ou plus prĂ©cisĂ©ment sur l’obligation quasi morale qui est faite Ă  tout homme de « penser par lui-mĂȘme » : cette exigence n’est nullement conforme Ă  la nature humaine, car l’homme normal et vertueux, en tant que membre d’une collectivitĂ© sociale et traditionnelle, se rend compte en gĂ©nĂ©ral des limites de sa compĂ©tence. De deux choses l’une : ou bien l’homme est exceptionnellement douĂ© sur tel ou tel plan, et alors rien ne peut l’empĂȘcher de penser d’une maniĂšre originale, ce qu’il fera d’ailleurs en accord avec la tradition — dans les mondes traditionnels qui seuls nous intĂ©ressent ici— prĂ©cisĂ©ment parce que son intelligence lui permet de saisir la nĂ©cessitĂ© de cet accord ; ou bien l’homme est d’intelligence moyenne ou mĂ©diocre, sur un plan quelconque ou d’une façon gĂ©nĂ©rale, et alors il s’en remettra aux jugements de ceux qui sont plus compĂ©tents que lui, et c’est lĂ  dans son cas la chose la plus intelligente Ă  faire. La manie de dĂ©tacher l’individu de la hiĂ©rarchie intellectuelle, c’est-Ă -dire de l’individualiser intellectuellement, est une violation de sa nature et Ă©quivaut pratiquement Ă  l’abolition de l’intelligence, et aussi des vertus sans les quelles l’entendement rĂ©el ne saurait s’actualiser pleinement. On n’aboutit ainsi qu’à l’anarchie et Ă  la codification de l’incapacitĂ© de penser.
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Frithjof Schuon (The Transfiguration of Man)
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Il y a quelque chose d’ineffablement touchant dans notre campagne pĂ©tersbourgeoise, quand, au printemps, elle dĂ©ploie soudain toute sa force, s’épanouit, se pare, s’enguirlande de fleurs. Elle me fait songer Ă  ces jeunes filles languissantes, anĂ©miĂ©es, qui n’excitent que la pitiĂ©, parfois l’indiffĂ©rence, et brusquement, du jour au lendemain, deviennent inexprimablement merveilleuses de beautĂ©: vous demeurez stupĂ©faits devant elles, vous demandant quelle puissance a mis ce feu inattendu dans ces yeux tristes et pensifs, qui a colorĂ© d’un sang rose ces joues pĂąles naguĂšre, qui a rĂ©pandu cette passion sur ces traits qui n’avaient pas d’expression, pourquoi s’élĂšvent et s’abaissent si profondĂ©ment ces jeunes seins ? Mon Dieu ! qui a pu donner Ă  la pauvre fille cette force, cette soudaine plĂ©nitude de vie, cette beautĂ© ? Qui a jetĂ© cet Ă©clair dans ce sourire ? Qui donc fait ainsi Ă©tinceler cette gaietĂ© ? Vous regardez autour de vous, vous cherchez quelqu’un, vous devinez... Mais que les heures passent et peut-ĂȘtre demain retrouverezvous le regard triste et pensif d’autrefois, le mĂȘme visage pĂąle, les mĂȘmes allures timides, effacĂ©es : c’est le sceau du chagrin, du repentir, c’est aussi le regret de l’épanouissement Ă©phĂ©mĂšre... et vous dĂ©plorez que cette beautĂ© se soit fanĂ©e si vite : quoi ! vous n’avez pas mĂȘme eu le temps de l’aimer !...
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Fyodor Dostoevsky
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Je me trouvais en quelque lieu vague et trouble... Je dis « lieu » par habitude, car maintenant toute conception de distance et de durĂ©e Ă©tait abolie pour moi, et je ne puis dĂ©terminer combien de temps je restai en cet Ă©tat. Je n’entendais rien, ne voyais rien, je pensais seulement et avec force et persistance. Le grand problĂšme qui m’avait tourmentĂ© toute ma vie Ă©tait rĂ©solu : la mort n’existe pas, la vie est infinie. J’en Ă©tais convaincu bien avant ; mais jadis je ne pouvais formuler clairement ma conviction : elle se basait sur cette seule considĂ©ration que, astreinte Ă  des limites, la vie n’est qu’une formidable absurditĂ©. L’homme pense ; il perçoit ce qui l’entoure, il souffre, jouit et disparaĂźt ; son corps se dĂ©compose et fournit ses Ă©lĂ©ments Ă  des corps en formation : cela, chacun le peut constater journellement, mais que devient cette force apte Ă  se connaĂźtre soi-mĂȘme et Ă  connaĂźtre le monde qui l’entoure ? Si la matiĂšre est immortelle, pourquoi faudrait-il que la conscience se dissipĂąt sans traces, et, si elle disparaĂźt, d’oĂč venait-elle et quel est le but de cette apparition Ă©phĂ©mĂšre ? Il y avait lĂ  des contradictions que je ne pouvais admettre. Maintenant je sais, par ma propre expĂ©rience, que la conscience persiste, que je n’ai pas cessĂ© et probablement ne cesserai jamais de vivre. Voici que derechef m’obsĂšdent ces terribles questions : si je ne meurs pas, si je reviens toujours sur la terre, quel est le but de ces existences successives, Ă  quelles lois obĂ©issent-elles et quelle fin leur est assignĂ©e ? Il est probable que je pourrais discerner cette loi et la comprendre si je me rappelais mes existences passĂ©es, toutes, ou du moins quelques-unes ; mais pourquoi l’homme est-il justement privĂ© de ce souvenir ? pourquoi est-il condamnĂ© Ă  une ignorance Ă©ternelle, si bien que la conception de l’immortalitĂ© ne se prĂ©sente Ă  lui que comme une hypothĂšse, et si cette loi inconnue exige l’oubli et les tĂ©nĂšbres, pourquoi dans ces tĂ©nĂšbres, d’étranges lumiĂšres apparaissent-elles parfois, comme il m’est arrivĂ© quand je suis entrĂ© au chĂąteau de La Roche-Maudin ? De toute ma volontĂ©, je me cramponnais Ă  ce souvenir comme le noyĂ© Ă  une Ă©pave ; il me semblait que si je me rappelais clairement et exactement ma vie dans ce chĂąteau je comprendrais tout le reste. Maintenant qu’aucune sensation du dehors ne me distrayait, je m’abandonnais aux houles du souvenir, inerte et sans pensĂ©e pour ne pas gĂȘner leur mouvement, et tout Ă  coup, du fond de mon Ăąme comme des brumes d’un fleuve, commençaient Ă  s’élever de fugaces figures humaines ; des mots au sens effacĂ© rĂ©sonnaient, et dans tous ces souvenirs Ă©taient des lacunes... Les visages Ă©taient vaporeux, les paroles Ă©taient sans lien, tout Ă©tait dĂ©cousu......
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Aleksey Apukhtin (Entre la mort et la vie : suivi de Les Archives de la comtesse D*** & Le Journal de Pavlik Dolsky)
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(...) Celui qui ignore que la maison brĂ»le, n'a aucune raison d'appeler au secours; de mĂȘme, l'homme qui ne sait pas qu'il est en train de se noyer ne saisira pas la corde salvatrice; mais savoir que nous pĂ©rissons, c'est soit dĂ©sespĂ©rer, soit prier. Savoir rĂ©ellement que nous ne sommes rien, parce que le monde entier n'est rien, c'est se souvenir de « Ce qui est », et se libĂ©rer par ce souvenir. Quand un homme est victime d'un cauchemar et qu'il se met alors, en plein rĂȘve, Ă  appeler Dieu au secours, il se rĂ©veille infailliblement, et cela dĂ©montre deux choses : premiĂšrement, que l'intelligence consciente de l'Absolu subsiste dans le sommeil comme une personnalitĂ© distincte, - notre esprit reste donc en dehors de nos Ă©tats d'illusion, et deuxiĂšmement, que l'homme, quand il appelle Dieu, finira par se rĂ©veiller aussi de ce grand rĂȘve qu'est la vie, le monde, l'ego. S'il est un appel qui peut briser le mur du rĂȘve, pourquoi ne briserait-il pas aussi le mur de ce rĂȘve plus vaste et plus tenace qu'est l'existence ? Il n'y a, dans cet appel, aucun Ă©goĂŻsme, du moment que l'oraison pure est la forme la plus intime et la plus prĂ©cieuse du don de soi.(2) (2) « L'Heure suprĂȘme ne viendra qu'alors qu'il n'y aura plus personne sur terre qui dise : Allah! Allah! » (hadith). - C'est en effet la saintetĂ© et la sagesse - et avec elles l'oraison universelle et quintessencielle - qui soutiennent le monde.
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Frithjof Schuon (Understanding Islam)
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Sept ans plus tĂŽt, elle m’avait expliquĂ© qu’elle n’avait jamais ressenti un tel sentiment avec personne, une telle Ă©motion, une telle vague de douce et chaude mĂ©lancolie qui l’avait envahie en me voyant faire ce geste si simple, si apparemment anodin, de rapprocher trĂšs lentement mon verre Ă  pied du sien pendant le repas, trĂšs prudemment, et de façon tout Ă  fait incongrue en mĂȘme temps pour deux personnes qui ne se connaissaient pas encore trĂšs bien, qui ne s’étaient rencontrĂ©es qu’une seule fois auparavant, de rapprocher mon verre Ă  pied du sien pour aller caresser le galbe de son verre, l’incliner pour le heurter dĂ©licatement dans un simulacre de trinquer sitĂŽt entamĂ© qu’interrompu, il Ă©tait impossible d’ĂȘtre Ă  la fois plus entreprenant, plus dĂ©licat et plus explicite, m’avait-elle expliquĂ©, un concentrĂ© d’intelligence, de douceur et de style. Elle m’avait souri, elle m’avait avouĂ© par la suite qu’elle Ă©tait tombĂ©e amoureuse de moi dĂšs cet instant. Ce n’était donc pas par des mots que j’étais parvenu Ă  lui communiquer ce sentiment de beautĂ© de la vie et d’adĂ©quation au monde qu’elle ressentait si intensĂ©ment en ma prĂ©sence, non plus par mes regards ou par mes actes, mais par l’élĂ©gance de ce simple geste de la main qui s’était lentement dirigĂ©e vers elle avec une telle dĂ©licatesse mĂ©taphorique qu’elle s’était sentie soudain Ă©troitement en accord avec le monde jusqu’à me dire quelques heures plus tard, avec la mĂȘme audace, la mĂȘme spontanĂ©itĂ© naĂŻve et culottĂ©e, que la vie Ă©tait belle, mon amour.
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Jean-Philippe Toussaint (Making Love)
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Ne m'interrompez point, mes enfants! je pense donc que vous- savez qui nous sommes. Quand nos pĂšres, irritĂ©s de la cruautĂ© de leurs maĂźtres, quittĂšrent la GrĂšce et vinrents'Ă©tablir ici, dans le ressentiment des outrages qu'ils avaient reçus de leurs patrons, la premiĂšre loi qu'ils y firent fut d'ĂŽter la vie Ă  tous les maĂźtres que le hasard ou lenaufrage conduirait dans leur Ăźle, et consĂ©quemment de rendre la libertĂ© Ă  tous les esclaves: la vengeance avait dictĂ© cette loi; vingt ans aprĂšs la raison l'abolit, et en dicta une plus douce. Nous ne nous vengeons plus de vous, nous vous corrigeons; ce n'est plus votre vie que nous poursuivons, c'est la barbarie de vos coeurs que nous voulons dĂ©truire; nous vous jetons dans l'esclavage pour vous rendre sensibles aux maux qu'on y Ă©prouve; nous vous humilions, afin que, nous trouvant superbes, vous vous reprochiez de l'avoir Ă©tĂ©. Votre esclavage, ou plutĂŽt votre cours d'humanitĂ©, dure trois ans, au bout desquels on vous renvoie, si vos maĂźtres sont contents de vos progrĂšs; et si vous ne devenez pas meilleurs, nous vous retenons par charitĂ© pour les nouveaux malheureux que vous iriez faire encore ailleurs; et par bontĂ© pour vous, nous vous marions avec une de nos citoyennes. Ce sont lĂ  nos lois Ă  cet Ă©gard, mettez Ă  profit leur rigueur salutaire. Remerciez le sort qui vous conduit ici; il vous remet en nos mains durs, injustes et superbes; vous voilĂ  en mauvais Ă©tat, nous entreprenons de vous guĂ©rir; vous ĂȘtes moins nos esclaves que nos malades, et nous ne prenons que trois ans pour vous rendre sains; c'est-Ă -dire, humains, raisonnables et gĂ©nĂ©reux pour toute votre vie.
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Pierre de Marivaux (L'Ăźle des esclaves)
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La consĂ©quence immĂ©diate de ceci, c’est que connaĂźtre et ĂȘtre ne sont au fond qu’une seule et mĂȘme chose ; ce sont, si l’on veut, deux aspects insĂ©parables d’une rĂ©alitĂ© unique, aspects qui ne sauraient mĂȘme plus ĂȘtre distinguĂ©s vraiment lĂ  oĂč tout est « sans dualitĂ© ». Cela suffit Ă  rendre complĂštement vaines toutes les « thĂ©ories de la connaissance » Ă  prĂ©tentions pseudo-mĂ©taphysiques qui tiennent une si grande place dans la philosophie occidentale moderne, et qui tendent mĂȘme parfois, comme chez Kant par exemple, Ă  absorber tout le reste, ou tout au moins Ă  se le subordonner ; la seule raison d’ĂȘtre de ce genre de thĂ©ories est dans une attitude commune Ă  presque tous les philosophes modernes, et d’ailleurs issue du dualisme cartĂ©sien, attitude qui consiste Ă  opposer artificiellement le connaĂźtre Ă  l’ĂȘtre, ce qui est la nĂ©gation de toute mĂ©taphysique vraie. Cette philosophie en arrive ainsi Ă  vouloir substituer la « thĂ©orie de la connaissance » Ă  la connaissance elle-mĂȘme, et c’est lĂ , de sa part, un vĂ©ritable aveu d’impuissance ; rien n’est plus caractĂ©ristique Ă  cet Ă©gard que cette dĂ©claration de Kant : « La plus grande et peut-ĂȘtre la seule utilitĂ© de toute philosophie de la raison pure est, aprĂšs tout, exclusivement nĂ©gative, puisqu’elle est, non un instrument pour Ă©tendre la connaissance, mais une discipline pour la limiter »1. De telles paroles ne reviennent-elles pas tout simplement Ă  dire que l’unique prĂ©tention des philosophes doit ĂȘtre d’imposer Ă  tous les bornes Ă©troites de leur propre entendement ? C’est lĂ , du reste, l’inĂ©vitable rĂ©sultat de l’esprit de systĂšme, qui est, nous le rĂ©pĂ©tons, antimĂ©taphysique au plus haut point.
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René Guénon (Introduction to the Study of the Hindu Doctrines)
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L'engagement du disciple dans la voie initiatique consiste Ă  prendre progressivement conscience du « Regard » divin qui transcende celui des hommes. Bien au-delĂ  des rĂŽles sociaux, ce Regard se pose sur la vie intĂ©rieure de l'homme. « Dieu ne regarde pas vos formes ni vos actes, mais Il regarde ce qui se trouve dans vos cƓurs », dit un hadith attribuĂ© au ProphĂšte Muhammad. C'est dans la mesure oĂč l'homme agit pour Dieu, c'est-Ă -dire conformĂ©ment Ă  sa nature vĂ©ritable, et non pas seulement en vue d'un effet attendu chez les autres, qu'il devient intĂ©rieurement monothĂ©iste et Ă©vite le polythĂ©isme cachĂ© qui consiste Ă  associer au Regard de Dieu celui des autres humains. C'est par la grĂące de ce Regard auquel rien n'Ă©chappe que le disciple revient vers son propre moi et apprend Ă  se connaĂźtre avec toujours plus de finesse et de discernement. Le Regard de Dieu n'est pas seulement celui qui dĂ©voile, il est aussi celui qui transforme. C'est par la grĂące de ce Regard se posant sur l'Ăąme du disciple que celle-ci pourra ĂȘtre libĂ©rĂ©e de l'illusion des tĂ©nĂšbres dans laquelle elle se trouve, puis entrer dans un monde de lumiĂšre, celui de l'amour et de la connaissance. « L'Amour divin est comme une flamme, disait RĂ»mĂź, lorsqu'il entre dans le cƓur du disciple, il brĂ»le tout et Dieu seul reste. » Celui qui a goĂ»tĂ© Ă  cet Amour ne peut plus l'oublier et n'a de cesse de le retrouver. Cette flamme sacrĂ©e constitue un mystĂšre si profond que personne ne peut en parler sans le galvauder. En fait, on ne peut Ă©voquer que des conditions ou des effets de l'Amour, mas nul ne peut parler de sa rĂ©alitĂ©, car il est justement au-delĂ  de toute parole : il ne peut ĂȘtre qu'une expĂ©rience, une saveur, un vĂ©cu.
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Faouzi Skali (Le Souvenir de l'Être Profond)
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L'homme ne vit pas seulement sa vie personnelle comme individu, mais consciemment ou inconsciemment il participe aussi Ă  celle de son Ă©poque et de ses contemporains, et mĂȘme s'il devait considĂ©rer les bases gĂ©nĂ©rales et impersonnelles de son existence comme des donnĂ©es immĂ©diates, les tenir pour naturelles et ĂȘtre aussi Ă©loignĂ© de l'idĂ©e d'exercer contre elles une critique que le bon Hans Castorp l'Ă©tait rĂ©ellement, il est nĂ©anmoins possible qu'il sente son bien-ĂȘtre moral vaguement affectĂ© par leurs dĂ©fauts. L'individu peut envisager toute sorte de buts personnels, de fins, d'espĂ©rances, de perspectives oĂč il puise une impulsion Ă  de grands efforts et Ă  son activitĂ©, mais lorsque l'impersonnel autour de lui, l'Ă©poque elle-mĂȘme, en dĂ©pit de son agitation, manque de buts et d'espĂ©rances, lorsqu'elle se rĂ©vĂšle en secret dĂ©sespĂ©rĂ©e, dĂ©sorientĂ©e et sans issue, lorsqu'Ă  la question, posĂ©e consciemment ou inconsciemment, mais finalement posĂ©e en quelque maniĂšre, sur le sens suprĂȘme, plus que personnel et inconditionnĂ©, de tout effort et de toute activitĂ©, elle oppose le silence du vide, cet Ă©tat de choses paralysera justement les efforts d'un caractĂšre droit, et cette influence, par-delĂ  l'Ăąme et la morale, s'Ă©tendra jusqu'Ă  la partie physique et organique de l'individu. Pour ĂȘtre disposĂ© Ă  fournir un effort considĂ©rable qui dĂ©passe la mesure de ce qui est communĂ©ment pratiquĂ©, sans que l'Ă©poque puisse donner une rĂ©ponse satisfaisante Ă  la question " Ă  quoi bon? ", il faut une solitude et une puretĂ© morales qui sont rares et d'une nature hĂ©roĂŻque, ou une vitalitĂ© particuliĂšrement robuste. Hans Castorp ne possĂ©dait ni l'une ni l'autre, et il n'Ă©tait ainsi donc qu'un homme malgrĂ© tout moyen, encore que dans un sens des plus honorables. (ch. II)
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Thomas Mann (The Magic Mountain)
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Cette qualitĂ© de la joie n’est-elle pas le fruit le plus prĂ©cieux de la civilisation qui est nĂŽtre ? Une tyrannie totalitaire pourrait nous satisfaire, elle aussi, dans nos besoins matĂ©riels. Mais nous ne sommes pas un bĂ©tail Ă  l’engrais. La prospĂ©ritĂ© et le confort ne sauraient suffire Ă  nous combler. Pour nous qui fĂ»mes Ă©levĂ©s dans le culte du respect de l’homme, pĂšsent lourd les simples rencontres qui se changent parfois en fĂȘtes merveilleuses
 Respect de l’homme ! Respect de l’homme !
 LĂ  est la pierre de touche ! Quand le Naziste respecte exclusivement qui lui ressemble, il ne respecte rien que soi-mĂȘme ; il refuse les contradictions crĂ©atrices, ruine tout espoir d’ascension, et fonde pour mille ans, en place d’un homme, le robot d’une termitiĂšre. L’ordre pour l’ordre chĂątre l’homme de son pouvoir essentiel, qui est de transformer et le monde et soi-mĂȘme. La vie crĂ©e l’ordre, mais l’ordre ne crĂ©e pas la vie. Il nous semble, Ă  nous, bien au contraire, que notre ascension n’est pas achevĂ©e, que la vĂ©ritĂ© de demain se nourrit de l’erreur d’hier, et que les contradictions Ă  surmonter sont le terreau mĂȘme de notre croissance. Nous reconnaissons comme nĂŽtres ceux mĂȘmes qui diffĂšrent de nous. Mais quelle Ă©trange parenté ! elle se fonde sur l’avenir, non sur le passĂ©. Sur le but, non sur l’origine. Nous sommes l’un pour l’autre des pĂšlerins qui, le long de chemins divers, peinons vers le mĂȘme rendez-vous. Mais voici qu’aujourd’hui le respect de l’homme, condition de notre ascension, est en pĂ©ril. Les craquements du monde moderne nous ont engagĂ©s dans les tĂ©nĂšbres. Les problĂšmes sont incohĂ©rents, les solutions contradictoires. La vĂ©ritĂ© d’hier est morte, celle de demain est encore Ă  bĂątir. Aucune synthĂšse valable n’est entrevue, et chacun d’entre nous ne dĂ©tient qu’une parcelle de la vĂ©ritĂ©. Faute d’évidence qui les impose, les religions politiques font appel Ă  la violence. Et voici qu’à nous diviser sur les mĂ©thodes, nous risquons de ne plus reconnaĂźtre que nous nous hĂątons vers le mĂȘme but. Le voyageur qui franchit sa montagne dans la direction d’une Ă©toile, s’il se laisse trop absorber par ses problĂšmes d’escalade, risque d’oublier quelle Ă©toile le guide. S’il n’agit plus que pour agir, il n’ira nulle part. La chaisiĂšre de cathĂ©drale, Ă  se prĂ©occuper trop Ăąprement de la location de ses chaises, risque d’oublier qu’elle sert un dieu. Ainsi, Ă  m’enfermer dans quelque passion partisane, je risque d’oublier qu’une politique n’a de sens qu’à condition d’ĂȘtre au service d’une Ă©vidence spirituelle. Nous avons goĂ»tĂ©, aux heures de miracle, une certaine qualitĂ© des relations humaines : lĂ  est pour nous la vĂ©ritĂ©. Quelle que soit l’urgence de l’action, il nous est interdit d’oublier, faute de quoi cette action demeurera stĂ©rile, la vocation qui doit la commander. Nous voulons fonder le respect de l’homme. Pourquoi nous haĂŻrions-nous Ă  l’intĂ©rieur d’un mĂȘme camp ? Aucun d’entre nous ne dĂ©tient le monopole de la puretĂ© d’intention. Je puis combattre, au nom de ma route, telle route qu’un autre a choisie. Je puis critiquer les dĂ©marches de sa raison. Les dĂ©marches de la raison sont incertaines. Mais je dois respecter cet homme, sur le plan de l’Esprit, s’il peine vers la mĂȘme Ă©toile. Respect de l’Homme ! Respect de l’Homme !
 Si le respect de l’homme est fondĂ© dans le cƓur des hommes, les hommes finiront bien par fonder en retour le systĂšme social, politique ou Ă©conomique qui consacrera ce respect. Une civilisation se fonde d’abord dans la substance. Elle est d’abord, dans l’homme, dĂ©sir aveugle d’une certaine chaleur. L’homme ensuite, d’erreur en erreur, trouve le chemin qui conduit au feu.
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Antoine de Saint-Exupéry (Lettre à un otage)
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Bien du chemin, on le voit, a Ă©tĂ© parcouru depuis que l’esclave de Tunis trouva Ă  Dougga des pierres « engravĂ©es es lettres » qu’il pensait ĂȘtre « puniques, ou carthaginoises, ou bien syriaques ». La famille linguistique Ă  laquelle appartiennent ces vieilles Ă©critures ne fait plus guĂšre de doute aujourd’hui, mais nous sommes encore loin de les avoir dĂ©chiffrĂ©es. Aussi chimĂ©rique qu’elle soit, la perspective d’y parvenir un jour ne doit cesser de nous guider. Elle suppose que nous disposions d’un corpus systĂ©matique qui nous permettrait d’établir des sĂ©ries statistiques comparables Ă  celles qui ont mis Ventris sur la voie du dĂ©chiffrement du linĂ©aire B. Il y a dĂ©jĂ  longtemps que Lionel Galand a appelĂ© de ses vƓux la rĂ©alisation d’un tel corpus. La petite Ă©quipe qui l’entoure s’y emploie, et le livre de Mohamed Aghali et Jeannine Drouin s’inscrivait prĂ©cisĂ©ment dans cet effort collectif. Il faut aussi rassembler des donnĂ©es sur les pĂ©riodes plus anciennes, et notamment sur ce que Werner Pichler appelle la phase transitionnelle, dont nous n’avons encore qu’une vision trĂšs floue. On voit cependant des travaux paraĂźtre sur le sujet, l’article de Werner Pichler et Jean-LoĂŻc Le Quellec que j’ai mentionnĂ© incidemment Ă©tant l’un d’eux. Autre domaine qui demande Ă©galement qu’on s’y applique : les datations. Werner Pichler nous a fait lĂ -dessus des propositions originales, qui demandent encore Ă  ĂȘtre Ă©prouvĂ©es. Il n’est pas le seul, au demeurant, car les travaux d’Abdelaziz El Khayari et d’El Hassan Ezziani sont aussi d’un apport prĂ©cieux. En tout cas, tous les chercheurs que je cite dans cette conclusion – et il y en aurait encore quelques autres – sont totalement immuns au militantisme dont les effets sur les recherches berbĂ©risantes sont si dĂ©lĂ©tĂšres. C’est lĂ  une raison d’espĂ©rer dans l’avenir. [DĂ©chiffrages. Quelques rĂ©flexions sur l’écriture libyco-berbĂšre]
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Dominique Casajus
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En honorant l'Ă©cole Ă  l'excĂšs, c'est toi [l'Ă©lĂšve excellent] que tu flattes en douce, tu te poses plus ou moins consciemment en Ă©lĂšve idĂ©al. Ce faisant, tu masques les innombrables paramĂštres qui nous font tellement inĂ©gaux dans l'acquisition du savoir : circonstances, entourage, pathologies, tempĂ©rament
 Ah ! l'Ă©nigme du tempĂ©rament ! « Je dois tout Ă  l'Ă©cole de la RĂ©publique ! » Serait-ce que tu voudrais faire passer tes aptitudes pour des vertus ? (Les unes et les autres n'Ă©tant d'ailleurs pas incompatibles
) RĂ©duire ta rĂ©ussite Ă  une question de volontĂ©, de tĂ©nacitĂ©, de sacrifice, c'est ça que tu veux ? Il est vrai que tu fus un Ă©lĂšve travailleur et persĂ©vĂ©rant, et que le mĂ©rite t'en revient, mais c'est, aussi, pour avoir joui trĂšs tĂŽt de ton aptitude Ă  comprendre, Ă©prouvĂ© dĂšs tes premiĂšres conforntations au travail scolaire la joie immense d'avoir compris, et que l'effort portait en lui-mĂȘme la promesse de cette joie ! À l'heure oĂč je m'asseyais Ă  ma table Ă©crasĂ© par la conviction de mon idiotie, tu t'installais Ă  la tienne vibrant d'impatience, impatience de passer Ă  autre chose aussi, car ce problĂšme de math sur lequel je m'endormais tu l'expĂ©diais, toi, en un tournemain. Nos devoirs, qui Ă©taient les tremplins de ton esprit, Ă©taient les sables mouvants oĂč s'enlisait le mien. Ils te laissaient libre comme l'air, avec la satisfaction du devoir accompli, et moi hĂ©bĂ©tĂ© d'ignorance, maquillant un vague brouillon en copie dĂ©finitive, Ă  grand renfort de traits soigneusement tirĂ©s qui ne trompaient personne. À l'arrivĂ©e, tu Ă©tais le travailleur, j'Ă©tais le paresseux. C'Ă©tait donc ça, la paresse ? Cet enlisement en soi-mĂȘme ? Et le travail, qu'Ă©tait-ce donc ? Comment s'y prenaient-ils, ceux qui travaillaient bien ? OĂč puisaient-ils cette force ? Ce fut l'Ă©nigme de mon enfance. L'effort, oĂč je m'anĂ©antissais, te fut d'entrĂ©e de jeu un gage d'Ă©panouissement. Nous ignorions toi et moi qu'« il faut rĂ©ussir pour comprendre », selon le mot si clair de Piaget, et que nous Ă©tions, toi comme moi, la vivante illustration de cet axiome. (p. 271-272)
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Daniel Pennac (Chagrin d'Ă©cole)
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Worldly morality and love for Krishna. (18/43 Mall Road, Kanpur, December 1, 1927)   Bless me so that I can dedicate my life to fulfilling ƚrÄ« Bhaktivinoda áčŹhākura’s desire and glorifying the Supreme Lord, which is the goal of ƚrÄ«mad-Bhāgavatam. ƚrÄ« Gaurasundara has been established at KurukáčŁetra, which is a center for vipralambha-rasa. His service has now been introduced at NaimiáčŁÄraáč‡ya, which is the place for Bhāgavata recitation. Next year, ƚrÄ« Gaurasundara may be installed in Váč›ndāvana. I have visited PuáčŁkara, Dvārakā, GopÄ«sarovara, Prabhāsa, SudāmāpurÄ«, and Avantipura. Yet, even after seeing these seven major holy places that award liberation, I am not being liberated because of not engaging in the service of all of you. It is not that I do not have a desire to serve Lord Krishna in a liberated state. Since today I remembered the Bhagavad-gÄ«tā verses, api cet suduracāra (9.30), sarvadharmān parityajya (18.66), yat karoáčŁi yad aƛnāsÄ« (9.27), and yā prÄ«tiravivekÄ«nāáč, as well as the ƚrÄ«mad-Bhāgavatam verse, janmādasya (1.1.1), I wrote this letter to disturb you. Ethical principles and moral rules are best according to material considerations. I have no second opinion about this. But since love of Krishna is most relishable, moral rules are not superior to nor more relishable than Krishna. In fact, there is no comparison. Many people do not like the way Lord Krishna forcibly killed the washerman in Mathurā and took away the clothes, garlands, etc., They may think that sincere premika bhaktas, who are under the shelter of the transcendental parakÄ«ya-rasa, are less ethical, but love for Hari has such a wonderful power that even a greatly delightful moral standard becomes dim in front of it. The code of conduct that is found when one becomes absorbed in service to Krishna, giving up all impediments that come in its way and are born of “a sense of duty,” should be ardently respected. Unless a chanter is considerate, he does not attain devotional service, and if devotional service is not attained, then a mundane sense of duty and a doubting temperament do not go away.
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Srila Bhaktisiddhanta Prabhupada (Patramrta: Nectar from the Letters)
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« Nous sommes toujours en 1929 et, cette annĂ©e-lĂ , George Washington Hill (1884-1946), prĂ©sident de l’American Tobacco Co., dĂ©cide de s'attaquer au tabou qui interdit Ă  une femme de fumer en public, un tabou qui, thĂ©oriquement, faisait perdre Ă  sa compagnie la moitiĂ© de ses profits. Hill embauche Bernays, qui, de son cĂŽtĂ©, consulte aussitĂŽt le psychanalyste Abraham Arden Brill (1874-1948), une des premiĂšres personnes Ă  exercer cette profession aux États-Unis. Brill explique Ă  Bernays que la cigarette est un symbole phallique reprĂ©sentant le pouvoir sexuel du mĂąle : s’il Ă©tait possible de lier la cigarette Ă  une forme de contestation de ce pouvoir, assure Brill, alors les femmes, en possession de leurs propres pĂ©nis, fumeraient. La ville de New York tient chaque annĂ©e, Ă  PĂąques, une cĂ©lĂšbre et trĂšs courue parade. Lors de celle de 1929, un groupe de jeunes femmes avaient cachĂ© des cigarettes sous leurs vĂȘtements et, Ă  un signal donnĂ©, elles les sortirent et les allumĂšrent devant des journalistes et des photographes qui avaient Ă©tĂ© prĂ©venus que des suffragettes allaient faire un coup d’éclat. Dans les jours qui suivirent, l’évĂ©nement Ă©tait dans tous les journaux et sur toutes les lĂšvres. Les jeunes femmes expliquĂšrent que ce qu'elles allumaient ainsi, c'Ă©tait des « flambeaux de la libertĂ© » (torches of freedom). On devine sans mal qui avait donnĂ© le signal de cet allumage collectif de cigarettes et qui avait inventĂ© ce slogan ; comme on devine aussi qu'il s'Ă©tait agi Ă  chaque fois de la mĂȘme personne et que c'est encore elle qui avait alertĂ© les mĂ©dias. Le symbolisme ainsi crĂ©Ă© rendait hautement probable que toute personne adhĂ©rant Ă  la cause des suffragettes serait Ă©galement, dans ta controverse qui ne manquerait pas de s'ensuivre sur la question du droit des femmes de fumer en public, du cĂŽtĂ© de ceux et de celles qui le dĂ©fendaient - cette position Ă©tant justement celle que les cigarettiers souhaitaient voir se rĂ©pandre. Fumer Ă©tant devenu socialement acceptable pour les femmes, les ventes de cigarettes Ă  cette nouvelle clientĂšle allaient exploser. » Norman Baillargeon, prĂ©face du livre d’Edward Bernays, « Propaganda ». (É. Bernays Ă©tait le neveu de S. Freud)
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Norman Baillargeon
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C’est Ă  Ibn ‘Arabi que l’on attribue le rĂŽle le plus Ă©minent dans cette interprĂ©tation de plus en plus approfondie du principe fĂ©minin. Pour lui non seulement la nafs [Ăąme] est fĂ©minine – comme c’est le cas gĂ©nĂ©ralement – mais aussi dhĂąt, « essence divine », de sorte que la fĂ©minitĂ©, dans son Ɠuvre, est la forme sous laquelle Dieu se manifeste le mieux (
) cette phrase savant exprime, en effet, parfaitement le concept d’Ibn ‘Arabi puisqu’il Ă©crit au sujet de sa comprĂ©hension du divin : « Dieu ne peut ĂȘtre envisagĂ© en dehors de la matiĂšre et il est envisagĂ© plus parfaitement en la matiĂšre humaine que dans toute autre et plus parfaitement en la femme qu’en l’homme. Car Il est envisagĂ© soit comme le principe qui agit soit comme le principe qui subit, soit comme les deux Ă  la fois (
) quand Dieu se manifeste sous la forme de la femme Il est celui qui agit grĂące au fait qu’Il domine totalement l’ñme de l’homme et qu’Il l’incite Ă  se donner et Ă  se soumettre entiĂšrement Ă  Lui (
) c’est pourquoi voir Dieu dans la femme signifie Le voir sous ces deux aspects, une telle vision est plus complĂšte que de Le voir sous toute autre forme par laquelle Il se manifeste. » (
) Des auteurs mystiques postĂ©rieurs Ă  Ibn ‘Arabi dĂ©veloppĂšrent ses idĂ©es et reprĂ©sentĂšrent les mystĂšres de la relation physique entre l’homme et la femme par des descriptions tout Ă  fait concrĂštes. L’opuscule du soufi cachemirien Ya’qub Sarfi (mort en 1594), analysĂ© par Sachiko Murata, en est un exemple typique ; il y explique la nĂ©cessitĂ© des ablutions complĂštes aprĂšs l’acte d’amour par l’expĂ©rience « religieuse » de l’amour charnel : au moment de ce plaisir extatique extrĂȘme – le plus fort que l’on puisse imagine et vivre – l’esprit est tant occupĂ© par les manifestations du divin qu’il perd toute relation avec son corps. Par les ablutions, il ramĂšne ce corps devenu quasiment cadavre Ă  la vie normale. (
) On retrouve des considĂ©rations semblables concernant le « mystĂšre du mariage » chez Kasani, un mystique originaire de Farghana (mort en 1543). Eve, n’avait-elle pas Ă©tĂ© crĂ©Ă©e afin que « Adam pĂ»t se reposer auprĂšs d’elle », comme il est dit dans le Coran (sourate 7:189) ? Elle Ă©tait le don divin pour le consoler dans sa solitude, la manifestation de cet ocĂ©an divin qu’il avait quittĂ©. La femme est la plus belle manifestation du divin, tel fut le sentiment d’Ibn ‘Arabi.
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Annemarie Schimmel (My Soul Is a Woman: The Feminine in Islam)
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Le monde d’aujourd’hui est un chaos d’opinions et d’aspirations dĂ©sordonnĂ©es : le soi-disant « monde libre » est un chaos fluide ; la partie totalitaire du monde moderne est un chaos rigide. Par opposition, le monde ancien constituait toujours un ordre, c’est-Ă -dire une hiĂ©rarchie de concepts, chacun au niveau qui lui est propre. Le chaos a Ă©tĂ© provoquĂ©, nous l’avons vu, par le « tĂ©lescopage » humaniste de la hiĂ©rarchie jusqu’au niveau psychique, et par l’intrusion, dans les considĂ©rations terrestres, d’aspirations vers l’autre monde, frustrĂ©es et perverties. L’homme, en raison de sa vĂ©ritable nature, ne peut pas ne pas adorer ; si sa perspective est coupĂ©e du plan spirituel, il trouvera un « dieu » Ă  adorer Ă  un niveau infĂ©rieur, dotant ainsi quelque chose de relatif ce qui seul appartient Ă  l’Absolu. D’oĂč l’existence aujourd’hui de tant de « mots tout-puissants » comme « libertĂ© », « Ă©galitĂ© », « instruction », « science », « civilisation », mots qu’il suffit de prononcer pour qu’une multitude d’ñmes se prosterne en une adoration infra-rationnelle. Les superstitions de la libertĂ© et de l’égalitĂ© ne sont pas seulement le rĂ©sultat mais aussi, en partie, la cause du dĂ©sordre gĂ©nĂ©ral, car chacune, Ă  sa maniĂšre, est une rĂ©volte contre la hiĂ©rarchie ; et elles sont d’autant plus pernicieuses qu’elles sont des perversions de deux des Ă©lans les plus Ă©levĂ©s de l’homme. Corruptio optimi pessima, la corruption du meilleur est la pire ; mais il suffit de rĂ©tablir l’ordre ancien, et les deux idoles en question s’évanouiront de ce monde (laissant ainsi la place aux aspirations terrestres lĂ©gitimes vers la libertĂ© et l’égalitĂ©) et, transformĂ©es, reprendront leur place au sommet mĂȘme de la hiĂ©rarchie. Le dĂ©sir de libertĂ© est avant tout dĂ©sir de Dieu, la LibertĂ© Absolue Ă©tant un aspect essentiel de la DivinitĂ©. Ainsi, dans l’Hindouisme, l’état spirituel suprĂȘme qui marque la fin de la voie mystique est dĂ©signĂ© par le terme de dĂ©livrance (moksha), car c’est un Ă©tat d’union (yoga) avec l’Absolu, l’Infini et l’Éternel, qui permet l’affranchissement des liens de la relativitĂ©. C’est Ă©videmment, avant tout, cet affranchissement auquel le Christ faisait rĂ©fĂ©rence lorsqu’il disait : « Recherchez la connaissance, car la connaissance vous rendra libre », Ă©tant donnĂ© que la connaissance directe, la Gnose, signifie l’union avec l’objet de la connaissance, c’est-Ă -dire avec Dieu. (pp. 59-60)
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Martin Lings (Ancient Beliefs and Modern Superstitions)
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FOLCO : "Socialisme" et "communisme" sont devenus presque des gros mots. Quelle est l'essence de ce rĂȘve Ă  laquelle on pourrait s'identifier, au lieu de le repousser sans mĂȘme y rĂ©flĂ©chir ? TIZIANO : L'idĂ©e du socialisme Ă©tait simple : crĂ©er une sociĂ©tĂ© dans laquelle il n'y aurait pas de patrons pour contrĂŽler les moyens de production, moyens avec lesquels ils rĂ©duisent le peuple en esclavage; Si tu as une usine et que tu en es le patron absolu, tu peux licencier et embaucher Ă  ta guise, tu peu mĂȘme embaucher des enfants de douze ans et les faire travailler. Il est clair que tu engranges un profit Ă©norme, qui n'est pas dĂ» uniquement Ă  ton travail, mais Ă©galement au travail de ces personnes-lĂ . Alors, si les travailleurs participent dĂ©jĂ  Ă  l'effort de production, pourquoi ne pas les laisser copossĂ©der l'usine ? La sociĂ©tĂ© est pleine d'injustices. On regarde autour de soi et on se dit : mais comment, il n'est pas possible de rĂ©soudre ces injustices ? Je m'explique. Quelqu'un a une entreprise agricole en amont d'un fleuve avec beaucoup d'eau. Il peut construire une digue pour empĂȘcher que l'eau aille jusqu'au paysan dans la vallĂ©e, mais ce n'est pas juste. Ne peut-il pas, au contraire, trouver un accord pour que toute cette eau arrive Ă©galement chez celui qui se trouve en bas ? Le socialisme, c'est l'idĂ©e d'une sociĂ©tĂ© dans laquelle personne n'exploite le travail de l'autre. Chacun fait son devoir et, de tout ce qui a Ă©tĂ© fait en commun, chacun prend ce dont il a besoin. Cela signifie qu'il vit en fonction de ce dont il a besoin, qu'il n'accumule pas, car l'accumulation enlĂšve quelque chose aux autres et ne sert Ă  rien. Regarde, aujourd'hui, tous ces gens richissimes, mĂȘme en Italie ! Toute cette accumulation, Ă  quoi sert-elle ? Elle sert aux gens riches. Elle leur sert Ă  se construire un yacht, une gigantesque villa Ă  la mer. Souvent, tout cet argent n'est mĂȘme pas recyclĂ© dans le systĂšme qui produit du travail. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. C'est de lĂ  qu'est nĂ©e l'idĂ©e du socialisme. FOLCO : Et le communisme ? Quelle est la diffĂ©rence entre le socialisme et le communisme ? TIZIANO : Le communisme a essayĂ© d'institutionnaliser l'aspiration socialiste, en crĂ©ant - on croit toujours que c'est la solution - des institutions et des organismes de contrĂŽle. DĂšs cet instant, le socialisme a disparu, parce que le socialisme a un fond anarchiste. Lorsqu'on commence Ă  mettre en place une police qui contrĂŽle combien de pain tu manges, qui oblige tout le monde Ă  aller au travail Ă  huit heures, et qui envoie au goulag ceux qui n'y vont pas, alors c'est fini. (p. 383-384)
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Tiziano Terzani (La fine Ăš il mio inizio)
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[...] Pourtant, s’il n’existe pas de moyen infaillible pour permettre au futur disciple d’identifier un MaĂźtre authentique par une procĂ©dure mentale uniquement, il existe nĂ©anmoins cette maxime Ă©sotĂ©rique universelle (127) que tout aspirant trouvera un guide authentique s’il le mĂ©rite. De mĂȘme que cette autre maxime qu’en rĂ©alitĂ©, et en dĂ©pit des apparences, ce n’est pas celui qui cherche qui choisit la voie, mais la voie qui le choisit. En d’autres termes, puisque le MaĂźtre incarne la voie, il a, mystĂ©rieusement et providentiellement, une fonction active Ă  l’égard de celui qui cherche, avant mĂȘme que l’initiation Ă©tablisse la relation maĂźtre-disciple. Ce qui permet de comprendre l’anecdote suivante, racontĂ©e par le Shaykh marocain al-’ArabĂź ad-DarqĂąwĂź (mort en 1823), l’un des plus grands MaĂźtres soufis de ces derniers siĂšcles. Au moment en question, il Ă©tait un jeune homme, mais qui reprĂ©sentait dĂ©jĂ  son propre Shaykh, ’AlĂź al-Jamal, Ă  qui il se plaignit un jour de devoir aller dans tel endroit oĂč il craignait de ne trouver aucune compagnie spirituelle. Son Shaykh lui coupa la parole : « Engendre celui qu’il te faut! » Et un peu plus tard, il lui rĂ©itĂ©ra le mĂȘme ordre, au pluriel : « Engendre-les! »(128) Nous avons vu que le premier pas dans la voie spirituelle est de « renaĂźtre »; et toutes ces considĂ©rations laissent entendre que nul ne « mĂ©rite » un MaĂźtre sans avoir Ă©prouvĂ© une certaine conscience d’« inexistence » ou de vide, avant-goĂ»t de la pauvretĂ© spirituelle (faqr) d’oĂč le faqĂźr tire son nom. La porte ouverte est une image de cet Ă©tat, et le Shaykh ad-DarqĂąwĂź dĂ©clare que l’un des moyens les plus puissants pour obtenir la solution Ă  un problĂšme spirituel est de tenir ouverte « la porte de la nĂ©cessitĂ© »(129) et de prendre garde qu’elle ne se referme. On peut ainsi en dĂ©duire que ce « mĂ©rite » se mesurera au degrĂ© d’acuitĂ© du sens de la nĂ©cessitĂ© chez celui qui cherche un MaĂźtre, ou au degrĂ© de vacuitĂ© de son Ăąme, qui doit ĂȘtre en effet suffisamment vide pour prĂ©cipiter l’avĂšnement de ce qui lui est nĂ©cessaire. Et soulignons pour terminer que cette « passivitĂ© » n’est pas incompatible avec l’attitude plus active prescrite par le Christ : « Cherchez et vous trouverez; frappez et l’on vous ouvrira », puisque la maniĂšre la plus efficace de « frapper » est de prier, et que supplier est la preuve d’un vide et l’aveu d’un dĂ©nuement, d’une « nĂ©cessitĂ© » justement. En un mot, le futur disciple a, aussi bien que le MaĂźtre, des qualifications Ă  actualiser. 127. Voir, dans le Treasury of Traditional Wisdom de Whitall Perry, Ă  la section rĂ©servĂ©e au MaĂźtre spirituel, pp. 288-95, les citations sur ce point particulier, de mĂȘme que sur d’autres en rapport avec cet appendice. 128. Lettres d'un MaĂźtre soufi, pp. 27-28. 129. Ibid., p. 20. - Le texte dit : « porte de la droiture », erreur de traduction corrigĂ©e par l’auteur, le terme arabe ayant bien le sens de « nĂ©cessitĂ© », et mĂȘme de « besoin urgent ». (NdT)
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Martin Lings (The Eleventh Hour: The spiritual crisis of the modern world in the light of tradition and prophecy)
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moi je suis fĂąchĂ© contre notre cercle patriarcal parce qu’il y vient toujours un homme du type le plus insupportable. Vous tous, messieurs, le connaissez trĂšs bien. Son nom est LĂ©gion. C’est un homme qui a bon coeur, et n’a rien qu’un bon coeur. Comme si c’était une chose rare Ă  notre Ă©poque d’avoir bon coeur ; comme si, enfin, on avait besoin d’avoir bon coeur ; cet Ă©ternel bon coeur ! L’homme douĂ© d’une si belle qualitĂ© a l’air, dans la vie, tout Ă  fait sĂ»r que son bon coeur lui suffira pour ĂȘtre toujours content et heureux. Il est si sĂ»r du succĂšs qu’il nĂ©glige tout autre moyen en venant au monde. Par exemple, il ne connaĂźt ni mesure ni retenue. Tout, chez lui, est dĂ©bordant, Ă  coeur ouvert. Cet homme est enclin Ă  vous aimer soudain, Ă  se lier d’amitiĂ©, et il est convaincu qu’aussitĂŽt, rĂ©ciproquement, tous l’aimeront, par ce seul fait qu’il s’est mis Ă  aimer tout le monde. Son bon coeur n’a mĂȘme jamais pensĂ© que c’est peu d’aimer chaudement, qu’il faut possĂ©der l’art de se faire aimer, sans quoi tout est perdu, sans quoi la vie n’est pas la vie, ni pour son coeur aimant ni pour le malheureux que, naĂŻvement, il a choisi comme objet de son attachement profond. Si cet homme se procure un ami, aussitĂŽt celui-ci se transforme pour lui en un meuble d’usage, quelque chose comme un crachoir. Tout ce qu’il a dans le coeur, n’importe quelle saletĂ©, comme dit Gogol, tout s’envole de la langue et tombe dans le coeur de l’ami. L’ami est obligĂ© de tout Ă©couter et de compatir Ă  tout. Si ce monsieur est trompĂ© par sa maĂźtresse, ou s’il perd aux cartes, aussitĂŽt, comme un ours, il fond, sans y ĂȘtre invitĂ©, sur l’ñme de l’ami et y dĂ©verse tous ses soucis. Souvent il ne remarque mĂȘme pas que l’ami lui-mĂȘme a des chagrins par-dessus la tĂȘte : ou ses enfants sont morts, ou un malheur est arrivĂ© Ă  sa femme, ou il est excĂ©dĂ© par ce monsieur au coeur aimant. Enfin on lui fait dĂ©licatement sentir que le temps est splendide et qu’il faut en profiter pour une promenade solitaire. Si cet homme aime une femme, il l’offensera mille fois par son caractĂšre avant que son coeur aimant le remarque, avant de remarquer (si toutefois il en est capable) que cette femme s’étiole de son amour, qu’elle est dĂ©goĂ»tĂ©e d’ĂȘtre avec lui, qu’il empoisonne toute son existence. Oui, c’est seulement dans l’isolement, dans un coin, et surtout dans un groupe que se forme cette belle oeuvre de la nature, ce « spĂ©cimen de notre matiĂšre brute », comme disent les AmĂ©ricains, en qui il n’y a pas une goutte d’art, en qui tout est naturel. Un homme pareil oublie – il ne soupçonne mĂȘme pas –, dans son inconscience totale, que la vie est un art, que vivre c’est faire oeuvre d’art par soi-mĂȘme ; que ce n’est que dans le lien des intĂ©rĂȘts, dans la sympathie pour toute la sociĂ©tĂ© et ses exigences directes, et non dans l’indiffĂ©rence destructrice de la sociĂ©tĂ©, non dans l’isolement, que son capital, son trĂ©sor, son bon coeur, peut se transformer en un vrai diamant taillĂ©.
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Fyodor Dostoevsky
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J’ai d’ailleurs un ami qui, ces jours-ci, m’a affirmĂ© que nous ne savons mĂȘme pas ĂȘtre paresseux. Il prĂ©tend que nous paressons lourdement, sans plaisir, ni bĂ©atitude, que notre repos est fiĂ©vreux, inquiet, mĂ©content ; qu’en mĂȘme temps que la paresse, nous gardons notre facultĂ© d’analyse, notre opinion sceptique, une arriĂšre-pensĂ©e, et toujours sur les bras une affaire courante, Ă©ternelle, sans fin. Il dit encore que nous nous prĂ©parons Ă  ĂȘtre paresseux et Ă  nous reposer comme Ă  une affaire dure et sĂ©rieuse et que, par exemple, si nous voulons jouir de la nature, nous avons l’air d’avoir marquĂ© sur notre calendrier, encore la semaine derniĂšre, que tel et tel jour, Ă  telle et telle heure, nous jouirons de la nature. Cela me rappelle beaucoup cet Allemand ponctuel qui, en quittant Berlin, nota tranquillement sur son carnet. « En passant Ă  Nuremberg ne pas oublier de me marier. » Il est certain que l’Allemand avait, avant tout, dans sa tĂȘte, un systĂšme, et il ne sentait pas l’horreur du fait, par reconnaissance pour ce systĂšme. Mais il faut bien avouer que dans nos actes Ă  nous, il n’y a mĂȘme aucun systĂšme. Tout se fait ainsi comme par une fatalitĂ© orientale. Mon ami a raison en partie. Nous semblons traĂźner notre fardeau de la vie par force, par devoir, mais nous avons honte d’avouer qu’il est au-dessus de nos forces, et que nous sommes fatiguĂ©s. Nous avons l’air, en effet, d’aller Ă  la campagne pour nous reposer et jouir de la nature. Regardez avant tout les bagages rien laissĂ© de ce qui est usĂ©, de ce qui a servi l’hiver, au contraire, nous y avons ajoutĂ© des choses nouvelles. Nous vivons de souvenirs et l’ancien potin et la vieille affaire passent pour neufs. Autrement c’est ennuyeux ; autrement il faudra jouer au whist avec l’accompagnement du rossignol et Ă  ciel ouvert. D’ailleurs, c’est ce qui se fait. En outre, nous ne sommes pas bĂątis pour jouir de la nature ; et, en plus, notre nature, comme si elle connaissait notre caractĂšre, a oubliĂ© de se parer au mieux. Pourquoi, par exemple, est-elle si dĂ©veloppĂ©e chez nous l’habitude trĂšs dĂ©sagrĂ©able de toujours contrĂŽler, Ă©plucher nos impressions – souvent sans aucun besoin – et, parfois mĂȘme, d’évaluer le plaisir futur, qui n’est pas encore rĂ©alisĂ©, de le soupeser, d’en ĂȘtre satisfait d’avance en rĂȘve, de se contenter de la fantaisie et, naturellement, aprĂšs, de n’ĂȘtre bon Ă  rien pour une affaire rĂ©elle ? Toujours nous froisserons et dĂ©chirerons la fleur pour sentir mieux son parfum, et ensuite nous nous rĂ©volterons quand, au lieu de parfum, il ne restera plus qu’une fumĂ©e. Et cependant, il est difficile de dire ce que nous deviendrions si nous n’avions pas au moins ces quelques jours dans toute l’annĂ©e et si nous ne pouvions satisfaire par la diversitĂ© des phĂ©nomĂšnes de la nature notre soif Ă©ternelle, inextinguible de la vie naturelle, solitaire. Et enfin, comment ne pas tomber dans l’impuissance en cherchant Ă©ternellement des impressions, comme la rime pour un mauvais vers, en se tourmentant de la soif d’activitĂ© extĂ©rieure, en s’effrayant enfin, jusqu’à en ĂȘtre malade, de ses propres illusions, de ses propres chimĂšres, de sa propre rĂȘverie et de tous ces moyens auxiliaires par lesquels, en notre temps, on tĂąche, n’importe comment, de remplir le vide de la vie courante incolore. Et la soif d’activitĂ© arrive chez nous jusqu’à l’impatience fĂ©brile. Tous dĂ©sirent des occupations sĂ©rieuses, beaucoup avec un ardent dĂ©sir de faire du bien, d’ĂȘtre utiles, et, peu Ă  peu, ils commencent dĂ©jĂ  Ă  comprendre que le bonheur n’est pas dans la possibilitĂ© sociale de ne rien faire, mais dans l’activitĂ© infatigable, dans le dĂ©veloppement et l’exercice de toutes nos facultĂ©s.
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Fyodor Dostoevsky
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Et sans doute une guerre est certainement trop bête, mais cela ne l’empêche pas de durer. La bêtise insiste tou- jours, on s’en apercevrait si l’on ne pensait pas toujours à soi. Nos concitoyens à cet égard étaient comme tout le monde, ils pensaient à eux-mêmes, autrement dit ils étaient humanistes : ils ne croyaient pas aux fléaux
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Albert Camus (The Plague)
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Mais le deuxiĂšme objectif de la vie humaine me paraĂźt ĂȘtre le sens. Si l'on ne peut tout de mĂȘme pas ĂȘtre heureux, l'on aimerait au moins que la vie, mĂȘme la vie malheureuse, ait un sens. Cependant, d'aprĂšs moi, la notion de sens est prĂ©texte Ă  toutes sortes de sottises. J'entends surtout par lĂ  la tendance trĂšs en vogue Ă  trouver Ă  tout prix que tout a un sens. Coupable, au premier chef, de la perversion de la notion de "sens" est la religion chrĂ©tienne, sans aucun doute, qui nous enseigne qu'aucun moineau ne tombe du toit sans la volontĂ© du constructeur de cet oiseau. Le dogme chrĂ©tien enseigne : si le moineau reste sur le toit, c'est voulu par Dieu et cela a un sens ; si le moineau tombe, c'est aussi voulu par Dieu et cela a un sens, seulement ce sens, nous ne le comprenons pas. Donc si l'oiseau reste sur le toi, cela a un sens que nous pouvons comprendre ; mais si l'oiseau ne reste pas sur le toit, cela a un sens que nous ne pouvons pas comprendre. Ergo, tout a un sens. Il y a dans ce raisonnement une contradiction qui me dĂ©goĂ»te au point que je ne saurais la supporter sans rien faire. En un pareil moment, il faudrait carrĂ©ment inventer Dieu qui a crĂ©Ă© ce moineau (car, personnellement, je crois qu'il n'existe pas) rien que pour lui casser la gueule. (p. 243-244)
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Fritz Zorn (Mars)
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L'idéal de l'amour est certainement la fidélité éternelle. Les lois morales et religieuses ont voulu consacrer cet idéal; les faits matériels le troublent, les loi civiles sont faites de maniére à le rendre souvent impossible ou illusoire.
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George Sand
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Les pertes sont inĂ©vitables, sauf le cas de Madoff. Vous avez besoin d'accepter ce fait vous ne pouvez pas Ă©viter les perd. Essayer d'Ă©viter les pertes ne fera que provoquer des pertes plus importantes. Votre travail consiste Ă  «essayer» les garder petits. Lorsque vous dĂ©tailler exactement ce que vous ĂȘtes prĂȘt Ă  risquer un Trading d'accepter le fait que le Trading ne pas avoir Ă  travailler. Acceptez le fait que vous pouvez perdre de l'argent. Cet argent vous ĂȘtes prĂȘt Ă  perdre doit ĂȘtre une petite quantitĂ© qui n'affecte pas votre Ă©tat Ă©motionnel ou votre compte de trading. Par exemple, si vous disposez d'un compte de trading 100.000 $ et que vous ĂȘtes prĂȘt Ă  risquer 1% sur un Trade vous vous tenez la possibilitĂ© de perdre 1000 $. Si vous ne pouvez pas tolĂ©rer que vous pouvez rĂ©duire votre risque sur le Trading Ă  un pourcentage infĂ©rieur ou tout simplement peut-ĂȘtre la Trade n'est pas pour vous. Vous avez besoin d'accepter l'incertitude la plus complĂšte lorsque nous faisons des Ă©changes. La seule certitude est l'incertitude. Une fois que votre serviteur internaliser ce fait de commencer la construction de la patience et de la discipline. La discipline est d'avoir des rĂšgles de Trade et ayant la capacitĂ© de les suivre parce que vous avez acceptĂ© les risques inhĂ©rents lors de la Trade ainsi que la
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Trend Following mentor (Les fautes des jours de bourse (Trend Following Mentor))