Au Rebours Quotes

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Il m'arrive de relire mes romans préférés en partant de la fin. Je commence par le dernier chapitre, et je relis à rebours jusqu'au premier. Quand on lit de cette manière, les personnages vont de l'espoir vers le désespoir, de la connaissance de soi vers le doute. Dans les histoires d'amour, les couples sont d'abord amants avant de devenir des étrangers. Les récits d'initiation se transforment en récit d'égarement. Des personnages reviennent même à la vie. Si ma vie était un roman qu'on lisait à l'envers, rien ne changerait.
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Nicola Yoon (Everything, Everything)
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Les Occidentaux, toujours animés par ce besoin de prosélytisme qui leur est si particulier, sont arrivés à faire pénétrer chez les autres, dans une certaine mesure, leur esprit antitraditionnel et matérialiste ; et, tandis que la première forme d’invasion n’atteignait en somme que les corps, celle-ci empoisonne les intelligences et tue la spiritualité ; l’une a d’ailleurs préparé l’autre et l’a rendue possible, de sorte que ce n’est en définitive que par la force brutale que l’Occident est parvenu à s’imposer partout, et il ne pouvait en être autrement, car c’est en cela que réside l’unique supériorité réelle de sa civilisation, si inférieure à tout autre point de vue. L’envahissement occidental, c’est l’envahissement du matérialisme sous toutes ses formes, et ce ne peut être que cela ; tous les déguisements plus ou moins hypocrites, tous les prétextes « moralistes », toutes les déclamations « humanitaires », toutes les habiletés d’une propagande qui sait à l’occasion se faire insinuante pour mieux atteindre son but de destruction, ne peuvent rien contre cette vérité, qui ne saurait être contestée que par des naïfs ou par ceux qui ont un intérêt quelconque à cette œuvre vraiment « satanique », au sens le plus rigoureux du mot(*). (*)Satan, en hébreu, c’est l’« adversaire », c’est-à-dire celui qui renverse toutes choses et les prend en quelque sorte à rebours ; c’est l’esprit de négation et de subversion, qui s’identifie à la tendance descendante ou « infériorisante », « infernale » au sens étymologique, celle même que suivent les êtres dans ce processus de matérialisation suivant lequel s’effectue tout le développement de la civilisation moderne.
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René Guénon (The Crisis of the Modern World)
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Ah oui, c’est vrai. Sur la terrasse du Narval, aucun des habitués ne prêta attention à leur passage. Il faisait encore très bon en cette fin de journée et les consommateurs profitaient de ces instants de calme, de la circulation presque nulle et du ciel irréprochable en buvant un verre ou en grattant un Morpion. Pourtant, il y avait au fond de cette quiétude comme une contrariété, un sentiment de compte à rebours qui nuisait même aux heures les plus douces. C’était une impression nouvelle dont on n’aurait pas su dater l’origine, ni expliquer vraiment la cause. Chaque plaisir semblait maintenant contenir en lui cette humeur de fin de permission, chaque moment privilégié prenait l’aspect d’un dernier jour des vacances. Comme si le retour des saisons n’était plus garanti. En attendant, autour de cette place banale, avec son PMU, sa boulangerie, son agence immobilière, et non loin de l’église toujours vide, un monde jouissait pleinement de son sursis. Et en ce beau dimanche de mai qui tirait vers le soir, le temps était si bon, la vie si patiente qu’il était presqu’impossible de deviner l’immense accumulation de gaz qui ronflait dans les caves de cet univers inquiet de sa fin.
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Nicolas Mathieu (Connemara)
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C'était comme si j'avais toujours su que j'allais finir au sous-sol du monde. Certains ont la certitude de leur réussite, ils débordent d'ambition en sachant que ça payera un jour ; les politiques sont comme ça. Moi, il me semblait que j'avais vécu ma vie avec le sentiment que dans mon corps croupissait le compte à rebours de l'échec. J'avais vécu avec la certitude du précipice.
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David Foenkinos (Je vais mieux)
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ce qui diffère essentiellement entre un livre et un ami, ce n’est pas leur plus ou moins grande sagesse, mais la manière dont on communique avec eux, la lecture, au rebours de la conversation, consistant pour chacun de nous à recevoir communication d’une autre pensée, mais tout en restant seul, c’est-à-dire en continuant à jouir de la puissance intellectuelle qu’on a dans la solitude et que la conversation dissipe immédiatement, en continuant à pouvoir être inspiré, à rester en plein travail fécond de l’esprit sur lui-même.
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Marcel Proust (Days of Reading)
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L'émotivité « perçoit » et révèle ceux des aspects d'un bien ou d'un mal, que la simple définition logique ne saurait montrer directement et concrètement : ce sont les aspects existentiels, subjectifs, psychologiques, moraux et esthétiques, soit de la vérité, soit de l'erreur ; ou soit de la vertu, soit du vice. Que l'on se représente un enfant qui, par simple ignorance et partant par manque de sens des proportions, profère une parole en fait blasphématoire ; si le père fulmine, l'enfant apprend «existenciellement» quelque chose qu'il n'apprendrait pas si le père se bornai à une dissertation abstraite sur le caractère blasphématoire de la dite parole. La fulmination du père démontre concrètement à l'enfant l'étendue de la faute, elle rend visible une dimension qui autrement serait restée abstraite et anodine ; de même dans les cas inverses, mutatis mutandis : la joie des parents rend tangible pour l'enfant, la valeur de son acte méritoire ou de la vertu tout court. Au rebours de l'expérience et du bon sens, certaines adeptes de la psychanalyse – sinon tous- estiment qu'on ne devrait jamais punir un enfant, car, pensent-ils, une punition le « traumatiserait » ; ce qu'ils oublient, c'est qu'un enfant qui se laisse traumatiser par une punition juste – donc proportionnée à la faute- est déjà un monstre. L'essence de l'enfant normal, sous un certain rapport, est le respect des parents et l'instinct du bien ; une juste punition, loin de le blesser foncièrement, l'illumine et le délivre, en le projetant pour ainsi dire dans la conscience immanente de la norme. Certes, il est des cas où les parents ont tort et où l'enfant est traumatisé à juste titre, mais l'enfant normal, ou normalement vertueux, n'en tombera pas pour autant dans une amertume vindicative et stérile, bien au contraire : il tirera de son expérience le meilleur parti, grâce à l'intuition que toute adversité est métaphysiquement méritée, aucun homme n'étant parfait sans épreuve.
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Frithjof Schuon (Résumé de métaphysique intégrale)
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L’état humain — ou tout autre état « central » analogue — est comme entouré d’un cercle de feu : il n’y a là qu’un choix, ou bien échapper au « courant des formes » par le haut, en direction de Dieu, ou bien sortir de l’humanité par le bas, à travers le feu, lequel est comme la sanction de la trahison de ceux qui n’ont pas réalisé le sens divin de la condition humaine; si « la condition humaine est difficile à atteindre», comme l’estiment les Asiates « transmigrationnistes », elle est également difficile à quitter, pour la même raison de position centrale et de majesté théomorphe. Les hommes vont au feu parce qu’ils sont des dieux, et ils en sortent parce qu’ils ne sont que des créatures; Dieu seul pourrait aller éternellement en enfer s’il pouvait pécher. Ou encore : l’état humain est tout près du Soleil divin, s’il est possible de parler ici de « proximité »; le feu est la rançon éventuelle — à rebours — de cette situation privilégiée; on peut mesurer celle-ci à l’intensité et à l’inextin-guibilité du feu. Il faut conclure de la gravité de l’enfer à la grandeur de l’homme, et non pas, inversement, de l’apparente innocence de l’homme à l’injustice supposée de l’enfer. [...] Bien des hommes de notre temps tiennent en somme le langage suivant : « Dieu existe ou il n ’existe pas ; s’il existe et s’il est ce qu’on dit, il reconnaîtra que nous sommes bons et que nous ne méritons aucun châtiment » ; c’est-a-dire qu’ils veulent bien croire à son existence s’il est conforme à ce qu’ils s’imaginent et s’il reconnaît la valeur qu’ils s’attribuent à eux-mêmes. C’est oublier, d’une part, que nous ne pouvons connaître les mesures avec lesquelles l’Absolu nous juge, et d’autre part, que le « feu » d’outre-tombe n’est rien d ’autre, en définitive, que notre propre intellect qui s’actualise à l'encontre de notre fausseté, ou en d’autres termes, qu’il est la vérité immanente qui éclate au grand jour. A la mort, l’homme est confronté avec l’espace inouï d’une réalité, non plus fragmentaire, mais totale, puis avec la norme de ce qu’il a prétendu être, puisque cette norme fait partie du Réel ; l’homme se condamne donc lui-même, ce sont — d’après le Koran — ses membres mêmes qui l’accusent ; ses violations, une fois le mensonge dépassé, le transforment en flammes ; la nature déséquilibrée et faussée, avec toute sa vaine assurance, est une tunique de Nessus. L’homme ne brûle pas que pour ses péchés; il brûle pour sa majesté d’image de Dieu. C’est le parti pris d’ériger la déchéance en norme et l’ignorance en gage d’impunité que le Koran stigmatise avec véhémence — on pourrait presque dire : par anticipation — en confrontant l’assurance de ses contradicteur avec les affres de la fin du monde (1). En résumé, tout le problème de la culpabilité se réduit au rapport de la cause à l’effet. Que l’homme soit loin d'être bon, l’histoire ancienne et récente le prouve surabondamment, l’homme n’a pas l’innocence de l’animal, il a conscience de son imperfection, puisqu’il en possède la notion ; donc il est responsable. Ce qu’on appelle en terminologie morale la faute de l’homme et le châtiment de Dieu, n’est rien d ’autre, en soi, que le heurt du déséquilibre humain avec l’Equilibre immanent ; cette notion est capitale.[...] (1) C'est la même un des thèmes les plus instamment répétés de ce livre sacré, qui marque parfois son caractère d'ultime message par une éloquence presque désespérée.
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Frithjof Schuon (Understanding Islam)
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Bien plus, la subversion la plus habile et la plus dangereuse est certainement celle qui ne se trahit pas par des singularités trop manifestes et que n’importe qui peut facilement apercevoir, mais qui déforme le sens des symboles ou renverse leur valeur sans rien changer à leurs apparences extérieures. Mais la ruse la plus diabolique de toutes est peut-être celle qui consiste à faire attribuer au symbolisme orthodoxe lui-même, tel qu’il existe dans les organisations véritablement traditionnelles, et plus particulièrement dans les organisations initiatiques, qui sont surtout visées en pareil cas, l’interprétation à rebours qui est proprement le fait de la « contre-initiation » ; et celle-ci ne se prive pas d’user de ce moyen pour provoquer les confusions et les équivoques dont elle a quelque profit à tirer. C’est là, au fond, tout le secret de certaines campagnes, encore bien significatives quant au caractère de l’époque contemporaine, menées, soit contre l’ésotérisme en général, soit contre telle ou telle forme initiatique en particulier, avec l’aide inconsciente de gens dont la plupart seraient fort étonnés, et même épouvantés, s’ils pouvaient se rendre compte de ce pour quoi on les utilise ; il arrive malheureusement parfois que ceux qui croient combattre le diable, quelque idée qu’ils s’en fassent d’ailleurs, se trouvent ainsi tout simplement, sans s’en douter le moins du monde, transformés en ses meilleurs serviteurs !
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René Guénon (The Reign of Quantity and the Signs of the Times)
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[…] comme l’exprime Ibn Arabi « la faim procure la connaissance de Satan » ; ceci n’est pas sans rapport avec la forme serpentine des intestins, localisation du « moi » inférieur, le python que l’on doit combattre. Le jeûne est appelé en Islam la mort blanche. Le jeûne constitue non seulement une purification mais une domination, un piétinement des tendances inférieures. L’homme en tant que microcosme doit se délivrer de toutes les impuretés comme Jésus chassa les marchands du Temple selon l’enseignement de l’excellentissime Maître Eckhart. On retrouve différentes allusions à tout cela, dans des expressions familières sans que le sens profond en soit perçu : « se sentir le cœur léger » et pour le ventre les « lourdeurs » d’estomac. Les intestins deviennent un support, un cheval de Troie dans l’organisme. « Avoir l’estomac noué » symptôme de l’angoisse qui ouvre une faille laissant le passage aux démons, conduisant à la folie et à la possession démoniaque. Le possédé est « fermé » à recevoir toute nourriture spirituelle, bloqué par les anneaux de Python, il est rempli de bile. Le Temple est soumis au pillage, au lieu d’être rempli d’or (influences spirituelles) et devient peu à peu submergé par la boue. Parodie du jeûne et du majdhûb, le possédé devient d'une maigreur effrayante. Quant Dante arrive au troisième cercle de l’Enfer, il y trouve ceux dont les appétits ne furent jamais rassasiés, qu’il nomme les « maudits profanes ». […] Le Prophète de l’Islam déclara dans un sermon : « Même si on lui donnait une vallée pleine d’or, le fils d’Adam en voudrait une seconde, et si on lui en donnait une seconde, il en voudrait une troisième. La terre de la tombe seule donne la satiété au ventre du fils d’Adam. Il est cependant d’autres qui se tournent vers Dieu. » L’Envoyé définit le jeûne ainsi : « Toute chose a son aumône purificatrice, l’aumône purificatrice du corps est le jeûne. » On peut mesurer toute l’importance du jeûne que l’on présente comme les restes d’un fanatisme décadent voire d’une tendance au « masochisme ». Il reste aux médisants, aux « je-sais-tout » le jogging ou les cures d’amaigrissement et les produits « naturels ». Le tout pouvant être accompagné de mouvements blasphématoires récemment baptisés (à rebours) de prière à Allah !
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Jean-Marc Allemand (René Guénon Et Les Sept Tours Du Diable)
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Quand la cosmologie hindoue enseigne que les âmes des défunts vont tout d'abord à la Lune, elle suggère indirectement, et en marge d'autres analogies beaucoup plus importantes, l'expérience d'incommensurable solitude - les « affres de la mort » - par laquelle l'âme passe en sortant « à rebours » de la matrice protectrice qu'était pour elle le monde terrestre; la lune matérielle est comme le symbole de l'absolu dépaysement, de la solitude nocturne et sépulcrale, du froid d'éternité (1); et c'est ce terrible isolement post mortem qui marque le choc en retour par rapport, non à tel péché, mais à l'existence formelle. (1) C'est ce qui nous permet de douter - soit dit en passant - de l'opportunité psychologique d'un voyage dans l'espace. Même en admettant des facteurs mentaux imprévisibles qui rendent psychologiquement possible une telle aventure, - et en écartant ici la possibilité d'un secours satanique, - il est peu probable que l'homme, en revenant sur terre, y retrouve son ancien équilibre et son ancien bonheur. Il y a quelque chose d'analogue dans la folie, qui est une mort, c'est-à-dire un effondrement ou une décomposition, non de l'âme immortelle, mais de son revêtement psychique, l'ego empirique; les fous sont des morts-vivants, le plus souvent en proie à des influences ténébreuses, mais véhiculant parfois au contraire, - dans des milieux de grande ferveur religieuse, - telle influence angélique; mais dans ce dernier cas, il ne s'agit plus à proprement parler de folie, la fissure naturelle étant compensée et en quelque sorte comblée par le Ciel. Quoi qu'il en soit, la folie se caractérise, surtout chez ceux qui y sombrent sinon toujours chez ceux qui s'y trouvent déjà, par une angoisse qui marque le glissement dans un épouvantable dépaysement, exactement comme c'est le cas à la mort ou, par hypothèse, lors d'un voyage interplanétaire. Dans tous les cas, les limites normales de l'ambiance humaine sont dépassées, et cela a lieu également dans la science moderne d'une façon générale : on est projeté dans un vide qui ne laisse plus le choix qu'entre le matérialisme ou une réadaptation métaphysique, à laquelle s'opposent les principes mêmes de cette science.
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Frithjof Schuon (Understanding Islam)
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L’état humain — ou tout autre état « central » analogue — est comme entouré d’un cercle de feu : il n’y a là qu’un choix, ou bien échapper au « courant des formes » par le haut, en direction de Dieu, ou bien sortir de l’humanité par le bas, à travers le feu, lequel est comme la sanction de la trahison de ceux qui n’ont pas réalisé le sens divin de la condition humaine; si « la condition humaine est difficile à atteindre», comme l’estiment les Asiates « transmigrationnistes », elle est également difficile à quitter, pour la même raison de position centrale et de majesté théomorphe. Les hommes vont au feu parce qu’ils sont des dieux, et ils en sortent parce qu’ils ne sont que des créatures; Dieu seul pourrait aller éternellement en enfer s’il pouvait pécher. Ou encore : l’état humain est tout près du Soleil divin, s’il est possible de parler ici de « proximité »; le feu est la rançon éventuelle — à rebours — de cette situation privilégiée; on peut mesurer celle-ci à l’intensité et à l’inextin-guibilité du feu. Il faut conclure de la gravité de l’enfer à la grandeur de l’homme, et non pas, inversement, de l’apparente innocence de l’homme à l’injustice supposée de l’enfer.
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Frithjof Schuon (Understanding Islam)
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que ce qui diffère essentiellement entre un livre et un ami, ce n’est pas leur plus ou moins grande sagesse, mais la manière dont on communique avec eux, la lecture, au rebours de la conversation, consistant pour chacun de nous à recevoir communication d’une autre pensée, mais tout en restant seul, c’est-à-dire en continuant à jouir de la puissance intellectuelle qu’on a dans la solitude et que la conversation dissipe immédiatement, en continuant à pouvoir être inspiré, à rester en plein travail fécond de l’esprit sur lui-même
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Marcel Proust
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Le sionisme allumera sans doute en Palestine une hideuse guerre de religion: encore un de ces progrès à rebours que les traités auront valu au genre humain. L'Osservatore Romano signale, parmi les immigrants juifs qui arrivent en nombre, des fanatiques qui parlent de détruire les reliques chrétiennes. Ce n'est pas tout. Avec la guerre religieuse, le sionisme apporte la guerre sociale. Les juifs venus de Pologne, de Russie, de Roumanie, réclament un partage des terres et l'expulsion des indigènes. M. Nathan Strauss, le milliardaire américain, dit crûment que "les musulmans trouveront d'autres régions pour vivre". Admirable moyen de réunir, en Asie Mineure et même plus loin, tout l'Islam contre l'Occident.
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Jacques Bainville (La Russie Et La Barrière de L'Est)
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Le savoir s'est peut-être perdu, l'amour du travail, celui des livres – peut-être à rebours : d'abord on avait cessé d'aimer les livres, puis le travail n'avait plus vraiment intéressé personne, et le savoir avait disparu.
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Dominique Fortier (Au péril de la mer)
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L’idée de fonder en quelque sorte une science sur la répétition trahit encore une autre illusion d’ordre quantitatif, celle qui consiste à croire que la seule accumulation d’un grand nombre de faits peut servir de « preuve » à une théorie ; il est pourtant évident, pour peu qu’on y réfléchisse, que les faits d’un même genre sont toujours en multitude indéfinie, de sorte qu’on ne peut jamais les constater tous, sans compter que les mêmes faits s’accordent généralement tout aussi bien avec plusieurs théories différentes. On dira que la constatation d’un plus grand nombre de faits donne tout au moins plus de « probabilité » à la théorie ; mais c’est là reconnaître qu’on ne peut jamais arriver de cette façon à une certitude quelconque, donc que les conclusions qu’on énonce n’ont jamais rien d’« exact » ; et c’est aussi avouer le caractère tout « empirique » de la science moderne, dont les partisans, par une étrange ironie, se plaisent pourtant à taxer d’« empirisme » les connaissances des anciens alors que c’est précisément tout le contraire qui est vrai car ces connaissances, dont ils ignorent totalement la véritable nature, partaient des principes et non point des constatations expérimentales, si bien qu’on pourrait dire que la science profane est construite exactement au rebours de la science traditionnelle. Encore, si insuffisant que soit l’« empirisme » en lui-même, celui de cette science moderne est-il bien loin d’être intégral, puisqu’elle néglige ou écarte une partie considérable des données de l’expérience, toutes celles en somme qui présentent un caractère proprement qualitatif ; l’expérience sensible, pas plus que tout autre genre d’expérience, ne peut jamais porter sur la quantité pure, et plus on s’approche de celle-ci, plus on s’éloigne par là même de la réalité qu’on prétend constater et expliquer ;
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René Guénon (The Reign of Quantity and the Signs of the Times)